La question nationale kurde a été traditionnellement négligée par le mouvement ouvrier international. La II° Internationale ne s'en occupa qu'à son congrès de Zurich en août 1930, où un délégué arménien évoqua la répression qui suivit la révolte du mont Ararat en faisant adopter une déclaration de protestation. Le bilan de la III° Internationale, qui pourtant depuis son deuxième congrès (1920) engagea à plusieurs reprises des débats sur la question nationale et coloniale, n'est pas beaucoup plus riche. Aucune résolution ne fut adoptée à aucun moment sur le problème kurde qui ne fut pas non plus mentionné dans les textes de caractère général. Même après la deuxième mondiale, à l'occasion d'événements majeurs pour le mouvement national kurde, le problème n'attira l'attention que dans des cercles restreints. Cela était dû, entre autres, au fait que, dans le cadre de la recomposition du système international et des rapports entre les grandes puissances, symbolisée par les accords de Yalta, il n'y avait pas de place pour un Kurdistan indépendant dont l'émergence aurait provoqué inévitablement une crise dans plusieurs Etats d'une région vitale pour les équilibres d'ensemble.
La IVe Internationale elle-même n'a jamais adopté une position formelle sur la question kurde, bien que des déclarations dénonçant des actes de répression aient fait référence au droit du peuple kurde à l'autodétermination (1). Un débat est actuellement en cours : notre article a pour but d'y contribuer.
PREMISSES HISTORIQUES Il est impossible d'esquisser ici une synthèse, même sommaire, de l'histoire des populations des régions correspondant au Kurdistan actuel. Les origines du peuple kurde remontent très loin, au XXX siècle avant J.-C. Entre le XXX et le XII siècle il y eut des populations autochtones qui, toutefois, à partir d'une période allant du XIX au XVI siècle, fusionnèrent avec des populations immigrées d'origine indo-européenne. Des références à une époque plus récente existent dans des auteurs classiques comme Strabon, Xénophon et Tite-Live. Xénophon notamment, dans sa célèbre Anabase, mentionne les Kardoukoï, ancêtres des Kurdes contemporains. A l'époque féodale, caractérisée par une forte tendance à la sédentarisation de tribus antérieurement nomades, se constituent — depuis le XI* et surtout le XIVe et XVe siècle, après les invasions mongoles — de nombreuses principautés. Ces principautés se maintiennent — à travers des vicissitudes et des transformations multiples — jusqu'au siècle dernier.
Elles furent impliquées dans la lutte entre l'Empire ottoman et le Shah de Perse. Un tournant capital fut marqué par la bataille de Tchaldyran en 1514, où le sultan Selim mit en déroute le shah Ismail. Les Kurdes s'étaient rangés du côté des Turcs. Des raisons réligieuses y avaient contribué : en effet, les Persans étaient chiites alors que les Kurdes étaient sunnites de même que les sultans ottomans. En 1515 un accord fut réalisé entre l'Empire ottoman et les principautés kurdes. Celles-ci - seize au début - gardèrent formellement leur autonomie sous la domination de leurs propres beys (chefs tribaux), qui, toutefois, devinrent des seigneurs féodaux de l'Empire, étant obligés, entre autres, de fournir des contingents militaires en cas de besoin. En fait, les Kurdes furent entraînés pendant des siècles dans les conflits entre les deux empires : ils cherchèrent à louvoyer et à manœuvrer sans trop de scrupules. Certaines principautés étaient, par ailleurs, sous la domination du shah persan; d'autres gardaient leur indépendance. En tout cas, les conflits se succédaient sans arrêt : en principe, les sultans ottomans ne respectaient pas les accords et s'efforçaient d'annexer tout simplement des principautés. Selon certains auteurs toutes ces vicissitudes et l'indépendance relative de certaines principautés justifient la thèse selon laquelle l'idée nationale kurde remonterait au XVIe siècle (rappelons que le premier texte en langue kurde - qui est une langue indo-européenne du groupe iranien, comme le persan ou l'afghan — est du VII* siècle). Du point de vue idéologique on peut considérer que le premier qui exprima l'idée nationale fut le grand poète Ehmed Khani, vécu entre 1650 et 1706 et l'auteur de l'épopée Mem-O-Zin.
Le XIX* est marqué par des luttes multiples des principautés pour leur indépendance contre l'Empire ottoman. Certains auteurs - parmi lesquels Basile Nikitine — font remonter à cette période un premier stade du mouvement national kurde moderne, même s'il s'agit en réalité de luttes sous la direction des seigneurs «féodaux» défendant en même temps leur autonomie relative et leurs privilèges ancestraux. Parmi les révoltes les plus significatives rappelons la révolte de la principauté de Bahan (1806), dirigé par
Abdourrahman pacha ; le soulèvement des Bibas (1808) ; la lutte de Mir Mohammed, souverain de la principauté de Soran qui eut l'ambition de réaliser la conquête-libération du Kurdistan iranien (1835); la révolte de Bedir Khan-bek, émir du Botan à partir de 1821, qui fut selon certains l'un des héros de l'indépendance au XIXe siècle et, en tout cas, réussit à imposer son autorité, bien que pour une brève période, sur une bonne partie du Kurdistan (1843-1846) ; la révolte de Yezdan Shern, qui s'étendit sur des territoires assez vastes (18531855) ; la révolte du cheikh Obeidoullah à laquelle participèrent en même temps des kurdes ottomans et des kurdes iraniens (1879-1880).
Vers la fin de ce premier stade fut fondé le premier journal kurde (bilingue kurde-turc), titré Kurdistan et publié d'abord en Suisse et ensuite en Angleterre, qui fut un porte-parole des patriotes kurdes. Il fut transféré à Istanboul après la révolte des Jeunes Turcs (1908) qui marqua le début d'un deuxième stade du mouvement national kurde. Les Kurdes commencèrent à s'organiser pour obtenir la reconnaissance de leurs droits nationaux les plus élémentaires. Surgirent notamment ¡'Association pour le développement et le progrès du Kurdistan, qui publia un journal, et l'Association pour la diffusion de l'instruction parmi les Kurdes, qui fonda une école kurde à Istanboul. Ce ne fut, toutefois, qu'un interlude très bref. Le nouveau régime, qui avait proclamé à son avènement l'égalité de toutes les nationalités de l'Empire, changea rapidement d'attitude en déclenchant une attaque violente contre les nationalités non turques, en premier lieu les Kurdes. Déjà en 1909 associations et publi- cations furent mises hors la loi.
Un troisième stade s'ouvre au lendemain de la première guerre mondiale. Pour la première fois le problème de la formation d'un Kurdistan indépendant se pose sur le plan diplomatique aussi (la GrandeBretagne, à l'époque puissance décisive dans la région, laissa entendre pendant une brève période qu'elle était, en principe, favorable à une telle solution et la France fit de même). Des clubs et des associations étaient de nouveau formés, surtout à Istanboul, mais cette fois dans d'autres villes de Turquie aussi. L'association la plus importante fut l'Association pour le développement du Kurdistan dont Abdel Kader fut président et Emir Ali Bedir Khan vice-président. Assez rapidement s'esquissèrent des courants divers, essentiellement autour de la question : autonomie ou indépendance ? Abdel Kader devint le porte-parole principal de la thèse autonomiste, Emir Ali de la thèse indépendantiste. Le conflit déboucha sur la constitution de deux organisations rivales des Kurdes d'Istanboul, la Ligue sociale kurde d'Emir Ali et la Ligue des Kurdes et du Kurdistan d'Abdel Kader.
Le Traité de Sèvres, signé en 1920, fut une déception pour les Kurdes qui avaient espéré une solution favorable sur le terrain diplomatique. Le traité reconnaissait « l'autonomie locale pour les régions où domine l'élément kurde » et n'excluait pas l'éventualité de leur indépendance de la Turquie. Mais la réalisation de cette indépendance était subordonnée à une série de conditions, dont la reconnaissance par le Conseil de la Société des nations de la «capacité» de «cette population» d'être indépendante. En outre, le territoire du Kurdistan éventuel était sérieusement limité. Finalement, des conditions supplémentaires étaient fixées pour la région de Mossoul, intégrée plus tard dans l'Etat irakien. En tout cas, le Traité de Sèvres resta lettre morte même pour le petit nombre d'aspects positifs qu'il pouvait comporter pour les Kurdes. La situation ne s'améliora guère à la suite du Traité de Lausanne (1923), qui en réalité sanctionna le partage colonial du territoire kurde, divisé entre la Turquie et l'Iran, entre la Syrie et l'Irak.
Ce partage, qui était une violation flagrante des intérêts et des aspirations les plus élémentaires du peuple kurde, fut à l'origine d'une série de révoltes qui s'étalèrent dans les décennies entre les deux guerres.
Tout d'abord, se développa le mouvement inspiré par Ismaîl agha, plus connu sous le nom de Simko, qui commença à être actif en territoire iranien en 1918 et après 1920 déclencha une rébellion ouverte avec le mot d'ordre : « Kurdistan indépendant ». A son apogée cette rébellion contrôla une zone assez vaste.
Eclatèrent ensuite les révoltes successives du cheikh Mahmoud. La première fut lancée contre l'occupation britannique du Kurdistan méridional (1919-1920). Le deuxième épisode se produisit en 1922 : Mahmoud forma un « cabinet du Kurdistan », composé de huit ministres et se proclama « shah du Kurdistan » (pendant quelques mois fut publié un journal officiel, Soleil du Kurdistan). Deux ans plus tard Mahmoud est battu, mais il ne renonce pas pour autant à sa lutte. A la fin de 1930 il se lance dans une révolte ultime et essuie un échec définitif l'année suivante.
En 1925, le Kurdistan turc est secoué par une nouvelle révolte, celle du Cheikh Saïd, qui s'achève une année plus tard avec l'exécution de nombreux insurgés.
Un mouvement insurrectionnel de plus grande envergure est lancé entre 1927-1928 et 1931-1932 à l'initiative du Khoyboun (être soimême), comité fondé dans des circonstances peu claires dans un congrès réalisé en 1927, qui avait dans sa direction des notables turcs d'Istanboul (2) (3). En 1928, un major de l'armée turque, Ihsan Nouri, qui avait participé au congrès de 1927, entreprend des actions militaires dans la région du mont Ararat. Il dirige plusieurs milliers d'hommes et il instaure la République de l'Ararat. Cette république tombe en septembre 1930, mais la lutte continue dans la région pendant deux ans environ. La fin des combats est suivie, comme d'habitude, par des répressions horribles.
Il faut rappeler, enfin, la révolte du Dersim, toujours dans le territoire dominé par la Turquie, dont le «généralissime» Seyid Reza fut le protagoniste principal et qui connut son point culminant en 1937. Seyid Reza est l'auteur d'une lettre-manifeste qui est l'un des textes les plus significatifs de l'époque (4).
La division du Kurdistan subsista même après la deuxième guerre mondiale. Ainsi le peuple kurde reste partagé entre cinq Etats. Les Kurdes ont dépassé les 15 millions : plus de 5 millions et demi se trouvent sous domination iranienne (statistiques de 1975), plus de 6 200 000 sous la domination turque (1970), 2 800 000 sous domination irakienne (1975), 825 000 sous domination syrienne (1976), alors que 278 000 sont citoyens de l'Union Soviétique (1970) (5).
Les Kurdes sont, donc, privés de leur Etat national et, plus généralement, des droits les plus élémentaires dont devraient jouir des minorités ethniques et ils sont soumis systématiquement à des pratiques de discrimination, voire de véritable dénationalisation.
UNE QUESTION NATIONALE La très brève synthèse historique que nous avons esquissé, indique par elle-même qu'il existe sans contestation possible une nation kurde. C'est, par ailleurs, la conclusion qu'ont tiré les auteurs les plus sérieux sur cette question, indépendamment de leurs points de vue particuliers et de leurs conclusions politiques. Dans la préface à l'anthologie Les Kurdes et le Kurdistan, Maxime Rodison affirme nettement : « Les droits du peuple kurde ne devraient faire de doute pour personne. Voici un peuple bien spécifique, parlant une langue bien définie (quoiqu'on dise en Iran), vivant sur un territoire cohérent, doté d'une culture particulière, refusant dans sa masse l'assimilation culturelle à laquelle on veut le contraindre, ayant montré mille fois depuis plus d'un siècle sa conscience de former un groupe ethnico-national particulier qui a vocation à ses institutions politiques propres, qui a droit d'exercer son autonomie de décision. On peut discuter les options stratégiques et tactiques des dirigeants kurdes du passé et du présent, qui ont été en effet souvent critiquables, et sur bien d'autres choses encore peut-être. Mais les caractéristiques que je viens d'énumérer sur la spécificité du peuple kurde sont des données objectives, indiscutables, qu'aucun observateur sérieux ne peut nier ». Dans son étude sociologique sur les Kurdes, l'ancien diplomatique de la Russie tsariste, Basile Nikitine arrive à la conclusion suivante : « En résumé, nous croyons qu'il existe une nation kurde, bien que, en Turquie comme en Perse, on se soit réfusé à la reconnaître, ce qui rendit d'ailleurs inopérantes toutes les mesures prises à l'égard de ce peuple depuis la fin de l'époque féodale ». « Avec leur langue, leur culture, leur religion, leurs traditions — écrit pour sa part Chris Kutschera — les Kurdes forment une des nations les plus anciennes du Moyen-Orient ».
Il vaut la peine de souligner, finalement, que le PC irakien - qui pourtant a connu sur la question kurde (comme sur bien d'autres !) des oscillations spectaculaires et ne saurait être cité comme un exemple de lutte conséquente pour le droit des Kurdes à l'autodétermination — a dû expliquer ce qui suit dans l'un de ses textes :
« Le peuple kurde en Irak fait partie intégrante de la nation kurde, établie sur son territoire, le Kurdistan, actuellement partagé entre la Turquie, l'Iran et l'Irak. Les Kurdes constituent une nation ayant toutes les caractéristiques inhérentes à une nation, notamment: un groupe stable de personnes formé historiquement, ayant un territoire commun-malgré la partitition imposée par les impérialistes _ une langue commune, et possédant les possibilités d'établir une économie nationale orientée vers la libération et l'unité nationale ». (6)
Même le Baas irakien, dont la responsabilité dans les répressions anti-kurdes les plus sanglantes sont universellement connues, a été obligé de reconnaître en 1968-1969
« l'existence de la nation kurde ». (7)
Le peuple kurde a été et reste victime d'une oppression nationale classique. Non seulement il n'a pas pu créer son propre Etat, mais il n'a pas non plus joui d'une autonomie quelconque dans le cadre des Etats qui l'oppriment. Dans certains cas il a été et il est privé même du droit le plus élémentaire, celui de parler sa propre langue (dans les régions dominées par la Turquie, la langue kurde a été interdite dans les écoles depuis 1925 et il est interdit également de publier des livres et des journaux en kurde). A plus forte raison, il ne peut pas se doter librement de ses propres organisations. Dans les cas - peu nombreux — où le régime oppresseur a dû faire des concessions (par exemple, en Irak et plus récemment en Iran) il s'est agi d'acquis ephémères, annulés assez rapidement par des nouvelles vagues de répression.
Sur le terrain économique le rapport entre les régions non kurdes et les régions kurdes à l'intérieur des différents Etats a des analogies assez strictes avec le rapport classique métropole-colonies (des produits manufacturés en échange de matières premières avec des termes de l'échange favorables aux premiers). Pour reprendre une expression utilisée par Marx à propos de l'Irlande et par des marxistes italiens à propos du Mezzogiorno, les régions kurdes constituent une sorte de Nebenland, condamné à une condition subalterne de sous-développement même par rapport à d'autres régions d'Etats qui restent, dans l'ensemble, sous-développés et exploités, directement ou indirectement, par l'impérialisme. Dans le cas de l'Irak, dont les régions kurdes disposent de ressources pétrolières importantes, la rente pétrolière est accaparée par le pouvoir central qui la redistribue dans des proportions avantageant énormément les régions non kurdes.
Au delà des pratiques d'oppression «normales», le peuple kurde a dû subir périodiquement des tentatives massives de dispersion et de «dénationalisation» frisant le génocide dans les cas les plus tragiques. Pour ne faire référence, d'une façon sommaire, qu'à certains épisodes parmi les plus significatifs, lors de la première guerre mondiale le gouvernement turc a organisé des opérations de déportation qui ont frappé environ 700 000 personnes dont une bonne partie sont mortes pendant les marches forcées de déplacement (un massacre qui ne le cède qu'à celui des Arméniens). Entre 1925 et 1928 c'est toujours le gouvernement turc qui adopte un programme de «déplacement» d'environ un million de personnes et depuis l'hiver 1932 déporte effectivement des centaines de milliers de Kurdes vers les steppes d'Anatolie. Nous avons déjà mentionné la répression qui a accompagné et suivi les révoltes des années 1920 et 1930; d'après des estimations du Parti communiste turc, en treize années environ un million et demi de kurdes furent massacrés ou déportés. Pour en venir à une époque plus récente, les victimes des répressions déclenchées par les gouvernements irakiens dans les années 1960 et 1970 furent des centaines de milliers (selon certains calculs, seulement en 1975-1976 on aurait «transféré» dans d'autres régions 200 000 kurdes). Finalement, selon des sources du PDK, au moins 15 000 personnes — en majorité des civils - auraient été tuées pendant la lutte actuelle des Kurdes en Iran.
Le simple fait que tout cela n'ait pas détruit le mouvement national ni étouffer l'aspiration profonde des Kurdes aux droits nationaux et à l'indépendance est une confirmation éclatante de la réalité de la nation kurde.
Cette nation a démontré vouloir défendre son identité et revendiquer son indépendance en luttant avec les armes contre les Etats qui l'oppriment : voilà pour nous le critère, en dernière instance, décisif. Nous avons déjà évoqué les mouvements et les révoltes de la période entre les deux guerres. Au cours et immédiatement après la deuxième guerre mondiale, la lutte des Kurdes fut relancée avec une extrème vigueur et un esprit de sacrifice incomparable. En 1943 éclata dans le Kurdistan irakien la révolte de Barzani qui obligea l'armée irakienne à se retirer et dura jusqu'à 1945. La Royal Air Force britannique dut intervenir directement d'une façon massive et c'est à la suite de cette intervention que les insurgés se replièrent en territoire iranien. Peu après c'est justement le Kurdistan iranien qui fut le théâtre d'un des épisodes les plus marquants de la lutte de libération kurde des temps modernes. Le 22 janvier fut proclamé à Mahabad une république kurde indépendante dont Qadi Mohammed devint le président. Une armée indépendante fut organisée et un accord fut signé avec le gouvernement indépendant qui s'était formé à la même époque dans l'Azerbaïdjan. La minuscule république vécut moins d'une année — jusqu'au 15 décembre 1946 — mais pendant son existance elle exerça une très grande force d'attraction. Des Kurdes provenant d'autres régions y arrivèrent et participèrent à sa défense (ce fut le cas notamment des forces kurdo- irakiennes de Barzani). Dans cette même période fut fondé le PDK (parti démocratique kurde) qui eut à son origine une vocation pankurde. - Dans une période plus récente la vitalité du mouvement national kurde fut démontrée encore une fois par la résistance et les révoltes périodiques des Kurdes d'Irak. Ismet Vanly n'a pas hésité à parler d'« une guerre de libération de quinze années », commencée en 1961 et terminée avec la défaite de 1975. En réalité entre 1958 et 1975 les ouvertures et les manœuvres démagogiques des gouvernements de Bagdad alternaient avec la répression le plus sauvage. Des représentants kurdes participaient au gouvernement à plusieurs reprises avec l'illusion que les droits de leur peuple seraient finalement reconnus. Mais tous les accords et les compromis ont été suivis chaque fois par des marches en arrière et des véritables trahisons : d'où l'explosion périodique de nouveaux conflits, le plus souvent sur une grande échelle (8). A son apogée le mouvement national kurde sous l'hégémonie de Barzani a réussi à créer un bastion puissant où vivaient, en plus des réfugiés, environ un million et demi de Kurdes, et où fonctionnait un cabinet de neuf ministres, doté des attributions d'un véritable gouvernement.
Au moment où nous écrivons l'épicentre de la lutte des Kurdes est placé dans le Kurdistan iranien. Des régions entières se défendent, les armes à la main, contre les attaques et les répressions sanglantes de l'Etat iranien qui à l'heure de la république islamique n'a aucunement renoncé au centralisme oppresseur propre de l'ancien régime impérial.
QUEL KURDISTAN ? Pour toutes ces raisons c'est le devoir élémentaire des marxistes révolutionnaires non seulement d'affirmer le droit du peuple kurde à l'autodétermination, mais de se prononcer aussi en faveur de l'indépendance du Kurdistan. Il est possible que des considérations politico-tactiques puissent suggérer à certains moments de ne pas avancer cet objectif comme un objectif immédiat ou à court terme, mais aucune ambiguïté n'est possible du point de vue des principes et sur le terrain de la stratégie d'ensemble.
Ajoutons que sous l'angle d'une stratégie révolutionnaire il existe une raison supplémentaire qui pousse dans le même sens : la conquête de l'indépendance par le peuple kurde créerait des conditions plus favorables à la lutte révolutionnaire dans l'ensemble de la région dans la mesure où s'aggraverait la crise des états bourgeois qui oppriment des minorités kurdes (9).
Le problème des Kurdes d'Union Soviétique est incontestablement spécifique. Le fait que l'Union Soviétique soit un état ouvrier n'est pas nécessairement un argument contre la revendication de l'autodétermination des Kurdes. Toutefois, il faut prendre en considération deux éléments : 1. la communauté kurde d'Union Soviétique est relativement restreinte et, qui plus est, elle n'a pas de continuité territoriale (en fait, elle est dispersée dans des différentes républiques) ; 2. par rapport aux autres communautés kurdes, elle jouit des conditions relativement privilégiées en ce qui concerne les droits linguistiques et culturels
D'autre part, il n'existe pas de mouvement national kurde en URSS comparable à celui qui existe dans les autres Etats de la régions (du moins selon les informations dont nous disposons) (10).
Il nous ne semble pas possible, par conséquent, d'avancer dans ce cas spécifique la solution qui s'impose dans l'ensemble. On pourrait éventuellement revendiquer pour les Kurdes qui sont citoyens soviétiques le droit à se transférer dans un Kurdistan indépendant et/ou d'avoir la double nationalité.
Nous avons dit que l'objectif des révolutionnaires est la création d'un Kurdistan indépendant. Précisons que le Kurdistan indépendant devra être en même temps un Kurdistan unifié, à savoir inclure tous les territoires peuplés par des Kurdes intégrés actuellement dans les différents Etats. Cet objectif est d'autant plus important que les projets imposés dans le passé par des directions conservatrices voire réactionnaires, qui comportaient l'indépendance (ou l'autonomie) de telle ou telle autre région kurde indépendamment ou au détriment des autres, sont l'une des causes principales des défaites essuyées (nous reviendrons plus loin sur ce problème). Il est inutile de dire que notre orientation n'implique pas que la libération nationale sera réalisée nécessairement en même temps dans tous les territoires kurdes (11). Elle implique que le Kurdistan unifié est un objectif stratégique qui ne doit jamais être oublié ou sacrifié à des choix politiques conjoncturels.
Finalement, les marxistes révolutionnaires doivent expliquer qu'ils luttent pour l'instauration d'un Etat ouvrier kurde. Seul un Etat ouvrier, aboutissement d'une dynamique de révolution permanente, assurera le parachèvement des objectifs démocratiques nationaux du peuple kurde, satisfera les besoins des masses exploitées, réalisera un développement économique réel et ouvrira la perspective d'une fédération de républiques socialistes de la région.
La tâche stratégique des révolutionnaires ne peut être, donc, que : Kurdistan indépendant, unifié et socialiste.
COMPOSANTES SOCIALES
ET POLITIQUES DU MOUVEMENT NATIONAL Dans la première partie de notre article nous avons déjà mentionné la formation du mouvement national kurde en esquissant un schéma de périodisation. Quelle a été et quelle est la nature de ce mouvement et comment s'est-il exprimé et s'exprime-t-il politiquement ?
Au delà des traits communs incontestables, il existe des spécificités régionales, déterminées, en dernière analyse, par l'intégration des communautés kurdes dans des Etats différents. En ce qui concerne, tout d'abord, le Kurdistan iranien, pendant toute une période les gros propriétaires et, plus généralement, les «notables» ont eu un poids prépondérant. Même dans le gouvernement de la république de Mahabas les grands propriétaires, caractérisés par Kutschera comme «féodaux» et les commerçants étaient majoritaires. Le chef du mouvement, Qadi Mohammed, provenait d'une famille d'intellectuels et de réligieux ayant des fonctions de cheikhs et de juges (Qadi signifie justement juge), qui étaient en même temps des riches propriétaires de villages dans la région de Kokan.
Dans les décennies suivantes, notamment à la suite de la pseudoréforme de l'époque du shah, qui a frappé, ne fût-ce que partiellement une partie des propriétaires, les petits et moyens paysans deviennent la composante principale du mouvement. Le poids du prolétariat agricole augmente également. La bourgeoisie industrielle reste très faible alors que se développe, par contre, une petite bourgeoisie «nouvelle», liée à l'administration et aux services. A l'étape actuelle, la résistance est soutenue par la quasi totalité de la population : en plus de peshmergas, il y aurait des dizaines de milliers de paysans armées (12).
Le mouvement national a été pour une longue période sous l'hégémonie des chefs traditionnels dans la région dominée par la Turquie aussi. Dans ce sens Kendal parle d'un mouvement «seigneurial» qui acquiert progressivement des traits plus proprement bourgeois. Il faut rappeler, en tout cas, que dès le début les communautés kurdes d'Istanboul (et plus tard d'autres villes) ont joué un rôle considérable. C'est à Istanboul que les premières associations surgissent en 1908 et qu'elles resurgissent à la fin de la première guerre mondiale. C'est dans les villes que se développe au commencement des années 1960 ce mouvement démocratique et socialiste turc dans le cadre duquel se forment des cadres du mouvement kurde lui-même. C'est dans les faubourges des grandes villes (notamment Istanboul, Izmir, Ankara) que se concentrent les contingents les plus nombreux du prolétariat kurde.
Surtout dans les deux dernières décennies le mouvement a connu une évolution en rapport avec les changements socio-économiques. Bien que le poids des rapports précapitalistes et des structures de type tribal soit resté prépondérant, il y a eu une pénétration du capitalisme dans les campagnes, dont l'une des conséquences a été un exode rural massif. L'industrie a garde des dimensions modestes, voire artisanales. Le prolétariat est concentré dans le secteur minier, contrôlé par l'Etat. La bourgeoisie proprement dite est largement intégrée dans le régime oppresseur et elle n'a donc pas un poids décisif dans le mouvement national. Un rôle important est joué dans cette région aussi, par la petite bourgeoisie, y compris celle des campagnes.
Dans les régions irakiennes le mouvement des années 1960 et 1970 a été soutenu par la grande majorité de la population. Celle-ci restait dans sa grande majorité paysanne malgré le développement industriel, lié notamment à l'industrie pétrolière. Toutefois, à côté des gros contingents paysans, surtout dans la dernière période de la lutte, il y a eu une participation considérable d'intellectuels et étudiants (une partie de ceux-ci revenant de l'étranger après avoir interrompu leurs études).
Ce mouvement a été incontestablement sous l'hégémonie du général Moustafa Barzani, une personnalité sous plusieurs aspects ambigüe et même contradictoire. Barzani a été protagoniste d'oscillations politiques spectaculaires qui se sont exprimées, entre autres, dans l'évolution de ses rapports avec le PDK et de ses «alliances» ou compromissions internationales, sur laquelle nous reviendrons. Mais du point de vue social, il y a chez ce personnage une continuité certaine : il exprime surtout les intérêts et les conceptions des grands propriétaires ou des chefs traditionnels qui par son intermédiaire gardaient, dans l'ensemble, l'hégémonie sur le mouvement. Barzani lui-même provenait, par ailleurs, d'une famille de cheikhs de Barzan à laquelle avait appartenu, entre autres, le Cheikh Ahmed, protagoniste de révoltes kurdes des années 1930.
Après la défaite de 1975 le mouvement des régions irakiennes est entré dans une phase de recomposition y compris sur le terrain social.
Finalement, il existe un mouvement kurde dans l'émigration en Europe occidentale, où sont concentrés des contingents de la classe ouvrière plus nombreux que ceux qui existent au Kurdistan. Du fait de son intégration dans une réalité autre que celle du pays d'origine, cette classe ouvrière ne peut pas jouer un rôle direct dans le mouvement national. Elle peut toutefois y contribuer par le renforcement de certaines organisations, la formation de cadres, des actions de solidarité.
La première ébauche de parti kurde remonte à 1920 : des Kurdes de Turquie voulurent fonder un Parti démocratique kurde, mais la tentative fit long feu, notamment à la suite du refus du ministre de l'Intérieur de donner l'autorisation nécessaire. En 1942 fut formé à Mahabad le Komala i Jiani Kurdistan (Comité de la Vie du Kurdistan) à l'initiative de nationalistes d'origine petite bourgeoise (13). Il prit, entre autres, des contacts avec Hewa (Espoir), une organisation fondée en 1941 dans la zone irakienne sur la base d'une convergence de plusieurs organisations ayant une orientation assez proche de celle du PC irakien, qui appuya Barzani en 1943 et éclata en 1945 dans des différentes fractions (14).
Comme nous l'avons déjà dit, le PDK fut fondé à Mahabad en 1945. Selon certaines sources Qadi Mohammed en aurait pris l'initiative sous l'impulsion des Soviétiques. Les dirigeants du Komala n'étaient pas très favorables à s'organiser dans le même parti que Qadi Mohammed de peur qui celui-ci ne le domine. Mais leur résistance n'eut pas de succès et pratiquement le Komala fut absorbé dans le PDK dont Qadi Mohammed devint le président. La vocation pan-kurde du nouveau parti provoqua également des conflits : en fait, le programme - essentiellement nationaliste et démocratique et centré sur la revendication de l'autonomie -ne faisait référence qu'à la région iranienne. Barzani était favorable à la formation d'un parti distinct pour le Kurdistan irakien alors que Qadi Mohammed apparemment s'y opposait (parmi les Irakiens la thèse unitaire était défendue par Ibrahim Ahmed). En tout cas, déjà en 1946 fut fondée une section irakienne qui se transforma en PDK d'Irak (le congrès de fondation eut lieu le 16 août 1946) (15).
Beaucoup plus tard, en 1965, surgit le PDK des régions turques et en 1967 le PDK du Kurdistan syrien, dont le programme revendiquait la reconnaissance des Kurdes en tant que groupe ethnique.
Il est impossible d'analyser en détail toutes les vicissitudes des différents secteurs du mouvement kurde qui a connu des conflits multiples débouchant souvent sur des scissions ou des véritables affrontements. En ce qui concerne le secteur turc, il suffit de mentionner que le PDK, idéologiquement nationaliste et socialement composé d'artisans, d'intellectuels et de gros propriétaires, se divisa déjà en 1969 entre le PDK de Turquie (tendance Saïd Elji) et le PDK en Turquie (tendance Sivan) (celui-ci aurait été favorable à l'indépendance totale vis-à-vis de la Turquie). A l'heure actuelle, le PDK de Turquie maintiendrait une implantation solide surtout dans les régions proches de la frontière syrienne et irakienne. A son congrès d'octobre 1977 il s'est prononcé pour l'indépendance avec une ouverture envers le marxismeléniniste. Il reste, toutefois, fondamentalement conservateur (16).
A gauche, la plupart des organisations se réclament désormais du marxisme en soulignant le rôle hégémonique du prolétariat. L'Ozgurluk (la liberté) est une organisation caractérisée comme pro-soviétique et anti-chinoise, qui en 1980 a signé une déclaration commune avec le DDKD et le KUK. Elle est partisane de l'indépendance du Kurdistan de Turquie et d'une fédération avec un état turc démocratique. En 1978 elle a été sérieusement affaiblie par une scission qui a débouché sur la fondation d'une autre organisation, Orgurluk Yolu (le chemin de la liberté). Le DDKD (association culturelle démocratique et révolutionnaire) remonte à 1974 : il se réclame idéologiquement du marxisme et se prononce pour l'indépendance des quatre parties du Kurdistan. Le KUK (partisans de la libération du Kurdistan) est né d'une scission du PDK (1977) avec une orientation marxisante. Il prône une solution analogue à celle prônée par Orgurluk. Il existe, finalement, Rizgari (Libération), favorable lui aussi à l'indépendance des quatre régions du Kurdistan, qui a une présence dans l'émigration en Europe occidentale, Kurtulus, fondé au début des années 1970 par des étudiants d'inspiration castriste, avec des traits staliniens, mais critiquant la bureaucratie aussi bien de Moscou que de Pékin, et le PKK (Parti ouvrier kurde) qui a connu des conflits internes violents à propos de la lutte armée et, selon des communiqués récents, aurait subi après le coup d'état en Turquie une répression très dure (17).
En ce qui concerne PIran, le PDK, très durement frappé par le régime du shah, a eu le plus souvent une vie interne assez tourmentée. En 1956 il publia son premier programme d'ensemble qui comporait la création d'une république démocratique iranienne dans le cadre de laquelle les Kurdes auraient leur propre gouvernement et leur propre parlement. Au congrès de 1964 le principal dirigeant de l'époque, Abdalla Isshaki, fit condamner comme «traître» à titre posthume Qadi Mohammed et comme «révisionniste» la tendance plus progressiste du parti. En 1969 c'était le tour de Abdalla lui-même d'être évincé à la suite d'un tournant à gauche. Au congrès de 1973 le PDK revenait à ses positions originaires et se prononçait pour la lutte armée contre le régime du shah en revendiquant « les droits nationaux du peuple kurde ». A l'heure actuelle le PDK, sous la direction de A.R. Ghassemlou, est la force de loin majoritaire dans le Kurdistan iranien. Il adhère au Conseil national de la résistance, en collaborant avec, outre les Moudjahidins, Bani Sadr qui pourtant s'était opposé à l'autonomie du Kurdistan lorsqu'il était président. Il maintient la revendication de l'autonomie dans le cadre de l'Etat iranien (18).
Pendant une période une certaine influence avait été gagnée, semble-til, par les Feddayin Khalq et un groupe autour d'une personnalité religieuse, le Cheikh Ezzadir Hosseini. Mais actuellement la seule organisation active, à part le PDK, est le Komala, qui a une orientation marxiste, et prône une voie insurrectionnelle avec l'objectif d'une « République démocratique révolutionnaire » (19).
Comme nous l'avons vu, le PDK d'Irak est né en 1946 et des conflits sérieux marquent son existence dès le début. Barzani ne participe pas au premier congrès, mais il envoie quelqu'un qui le représente. Déjà une année plus tard il perd tout contact avec le parti: à l'issue d'une longue marche qui passera dans l'histoire de la résistance kurde comme la « retraite des 500 », il se réfugie en Union Soviétique où il reste jusqu'à l'avènement du régime de Kassem (1958).
Dans son premier programme, le PDK revendique une réforme agraire, une amélioration des conditions de vie de la classe ouvrière, des réformes économiques et sociales (dont la nationalisation des ressources naturelles) et l'autonomie du Kurdistan. Il intégrera un «front national» avec le Parti du peuple de Aziz Cherif, le Parti nationaldémocratique et le PC irakien. Par la suite il se radicalise (v. notamment les décisions de son troisième congrès de janvier 1953). Il se prononce pour un Etat fédéral irakien intégré dans la République irakienne et adopte le marxisme-léninisme comme idéologie. En 1955, la lutte de tendances — qui n'a jamais cessé - provoque une rupture entre le PDK dirigé par Ibrahim Ahmed et le «front progressiste» de Hamza Abdalla. Mais l'année suivante il y a une réunification : le parti prend le nom de PDKU (parti démocratique kurde unifié). A son retour lUnion Soviétique, Barzani écarte Ibrahim Ahmed et prend le contrôle du parti en collaboration avec Hamza Abdalla (début 1959). Sous le régime de Kassem, soutenu par l'URSS, le PDKU adopte des positions de plus en plus proches de celles du PC qui combine une propagande verbalement radicale contre «l'impérialisme, la réaction. et le féodalisme» et la revendication des droits nationaux des Kurdes dans le cadre du Kurdistan irakien (manifeste de 1959). Mais au IVe congrès la direction du PDK change de nouveau : Hamza Abdalla est écarté et Ibrahim Ahmed redevient sécrétaire général. Parmi ses collaborateurs il y a Jalal Talabani, qui sera plus tard l'un des principaux opposants de Barzani(20). Au Ve congrès, tenu en mai 1960 — la succession rapide des congrès réflète les oscillations constantes, liées, par ailleurs, aux soubresauts de la situation irakienne dans son ensemble — le PDKU redevient PDK et confirme son adhésion au marxismeléninisme, mais en hommage à son alliance avec Kassem, il supprime «pour le moment» la revendication de l'autonomie. Après la rupture avec Kassem, il s'engage dans la résistance avec pas mal d'hésitations (1962). A l'époque, Barzani n'est pas en condition de le contrôler : c'est pourquoi il déclare non seulement qu'il n'en fait pas partie, mais même qu'il n'y en jamais fait partie ! La rupture est, en tout cas, sanctionnée en avril 1964 : Barzani est condamné dans un communiqué du PDK pour un accord passé avec le régime irakien et dénoncé comme « le plus grand danger pour la révolution kurde ».
Mais il convoque peu après son propre congrès du parti (le VI°), qui, entre autres, supprime la référence au marxisme-léninisme. Ainsi il y a désormais deux PDK, celui de Barzani et celui de Ibrahim AhmedTalabani. Ceux-ci se réfugient en Iran et perdent du terrain justement au moment ou Barzani organise le bastion kurde qui résistera, comme nous l'avons dit, jusqu'à 1975. En 1966 il s'accordent avec le régime irakien et s'installent à Bagdad, en organisant même des unités combattantes contre Barzani. Leur justification politico-idéologique est analogue à celle du Baas irakien : le clivage est entre un régime progressiste et anti-impérialiste, d'un côté, et les forces féodales philoimpérialistes, dont Barzani, de l'autre côté.
Dans la phase de recomposition qui s'ouvre après la défaite, le PDK semble se radicaliser de nouveau sous une direction provisoire, qui dans une conférence se prononce pour le droit des Kurdes à l'autodétermination et pour une coopération des représentants des différentes parties du Kurdistan. Pour sa part, Talabani crée l'Union patriotique du Kurdistan sur la base de la confluence de trois mouvements à l'occasion d'un congrès de septembre 1977 qui prend position pour l'autonomie. Des conflits y compris armés entre «talabanistes» et «barzanistes» s'en suivent. En 1979 Mahmoud Osman fonde le Parti socialiste unifié du Kurdistan. Auparavant s'étaient formés l'Union nationale kurde, favorable à la reconnaissance d'«une véritable autonomie dans le cadre d'une république indépendante d'Irak» (21), et le Komala (Comité marxiste-léniniste).
DIFFICULTES ET CONTRADICTIONS Des décennies de luttes, succès partiels et défaites très dures imposent un bilan, qui est une conditio sine qua non pour le développement et l'aboutissement victorieux des nouvelles phases du mouvement national.
Il faut, d'abord, partir d'une constatation élémentaire. Le Kurdistan est placé dans une région où ont opéré - directement ou indirectement — des grandes puissances, lesquelles ont pu favoriser temporairement et stimuler pour des raisons tactiques, des révoltes ou des mouvements de résistance et même faire des déclarations diplomatiques favorables aux Kurdes, mais sans jamais vouloir réellement qu'un Etat kurde indépendant se forme. Le mouvement national kurde s'est heurté constamment à cet obstacle majeur. Il s'est heurté aussi à des régimes le plus souvent antidémocratiques n'hésitant pas à avoir recours aux répressions les plus féroces et, comme le souligne Chaliand, à « la longue tradition étatique des Persans et plus encore des Turcs ».
En deuxième lieu, la ténacité des structures traditionnelles - que certains auteurs définissent «féodales», d'autres «tribales» et qui, en fait, sont une combinaison de rapports socio-économiques et politiques divers et conflictuels — a eu des conséquences contradictoires. Comme le fait remarquer, par exemple, Nikitine, elles ont contribué à préserver le Kurdistan des envahisseurs étrangers en lui permettant de garder son identité, mais en même temps elles ont représenté un obstacle majeur à la formation cohérente d'une véritable nation et d'un Etat national indépendant. Sous cet angle les bouleversements que ces structures ont subi depuis la première guerre mondiale et surtout dans les dernières décennies, ont créé des conditions objectives plus favorables (22).
Plus généralement, les structures socio-économiques prédominantes et la composition sociale du mouvement national qui en découlait, ont provoqué des contradictions .aigües et agi en tant que frein puissant au plein essor de la lutte de libération.
Il suffit d'évoquer, par exemple, les conflits qui se sont produits dans la république de Mahabad ellemême, qui s'était heurtée à l'hostilité de certaines tribus qui, étant productrices de tabac pour le marché iranien, étaient lésées par la rupture avec l'Iran. Archie Roosevelt Jr., qui a étudié les problèmes de Mahabad, a fait, par ailleurs, une remarque très pertinente : « Comme dans les tentatives précédentes, ce fut surtout le manque d'unité des Kurdes eux-mêmes qui la (la tentative de Mahabad) fit échouer. L'un des dilemmes du nationalisme kurde consiste en ce que ce sont les citadins les plus éclairés qui doivent lui fournir ses dirigeants et ses partisans, alors que sa force militaire lui est toujours venue des tribus et de leurs chefs qui n'avaient ni l'imagination ni l'éducation pour rechercher autre chose que butin et profit dans l'affaiblissement de l'autorité gouvernementale ».
L'expérience - aux dimensions beaucoup plus vastes — du bastion kurde irakien se prête à des considérations du même ordre. Peu après l'avènement de Kassem éclata une révolte kurde qui fut rapidement écrasée pour la simple raison qu'elle n'avait pas pu mobiliser les paysans. Elle ne les avait pas mobilisés pour cause : elle était inspirée par des chefs traditionnels, alertés par la réforme agraire, pourtant timorée, de septembre 1958. Au début des années 1960, le PDK hésita avant de s'engager à fond dans la lutte. Ibrahim Ahmed expliqua à un journaliste du Monde (12 mars 1963) que les paysans leur avaient «imposé» une guerre qu'eux, les dirigeants, ne voulaient pas, la considérant « perdue d'avance ». Il déclara un peu plus tard au même journaliste : « Je ne vous cache pas que nous redoutons le déchaînement des paysans ». La réalité est, comme le souligne à juste titre Kutschera, que pour les paysans kurdes le problème essentiel était celui de la terre alors que le PDK voulait l'éluder pour ne pas s'aliéner les chefs traditionnels, qui, par le truchement de la direction Barzani, conditionnaient en dernière analyse le mouvement dans son ensemble.
Il faut rappeler, en troisième lieu, que les dirigeants et les organisations du mouvement kurde ont renoncé le plus souvent à revendiquer l'indépendance de leur pays. Ils ne l'ont revendiquée que dans certaines périodes et d'une façon contradictoire. Qui plus est, ils ont cherché, en général, des solutions favorables à une des communautés kurdes, indépendamment ou au détriment des autres. Cette approche se relie, par ailleurs, à une approche plus traditionnelle visant à obtenir l'autonomie ou l'indépendance grâce au soutien des grandes puissances et/ou d'un des Etats de la région. L'exemple de Barzani est le plus éloquent à ce sujet. Jusqu'à 1945 celui-ci a misé sur l'aide de la Grande-Bretagne (avant lui la même illusion avait été nourrie dans les années 1920, par exemple, par Abdel Kader et Bedir Khan). Par la suite il s'est efforcé de gagner le soutien de l'URSS (qui, pourtant, avait laissé tomber aussi bien l'Azerbaïdian indépendant que la république de Mahabad) et il est apparu pendant quelques années comme quelqu'un qui jouissait de la confiance de Moscou. A partir de 1967 il réalisera un accord avec le shah d'Iran et avec l'impérialisme américain lui-même par l'intermédiaire de la CIA (mars 1970). On sait quel a été le résultat. En 1975, grâce à une médiation algérienne, le Shah s'alliait à l'Irak et en l'espace d'un matin abandonnait les Kurdes à leur sort. Les appels désespérés de Barzani à Washington restaient naturellement sans réponse.
Précisons que le prix payé par le mouvement kurde fut très élevé. La rupture entre le mouvement d'Irak et celui d'Iran fut inévitable. Barzani alla jusqu'à faire assassiner des dirigeants kurdes iraniens et à en livrer d'autres aux bourreaux du shah. Conséquence : à partir de 1973 le PDK iranien établit de bons rapports avec le gouvernement irakien et ouvre un bureau à Bagdad. Un «front unique» monstrueux du Baas irakien et du PDK iranien s'oppose au front non moins monstrueux de Barzani et du shah Reza Palehvi. Barzani déclare cyniquement : « Nous sommes prêts à agir conformément à la politique américaine dans cette région si les Etats-Unis nous protègent des loups. En cas de soutien suffisamment fort, nous pourrions contrôler le gisement de Kirkouk et confier son exploitation à une compagnie américaine. C'est notre région, et la nationalisation fut un acte contre les Kurdes » (Washington Post, juin 1973). En fait, aucune action ne fut entreprise contre les puits de pétrole...
Malheureusement, il ne semble pas que la leçon ait été tirée. Après la chute du shah, lorsque le nouveau régime attaque à son tour les Kurdes, Talabani joue le médiateur au détriment de la résistance. Massood Barzani obtient une liberté de mouvement en Iran et reçoit une aide importante. En contrepartie, ses partisans n'hésitent pas à s'aligner pratiquement du côté de Téheran dans la nouvelle guerre qui se déclenche contre les Kurdes iraniens (23).
Après avoir souligné que le mouvement kurde en Irak a drainé et reflété les retards de la société kurde, Chaliand tire, sur le terrain politique, la conclusion suivante: « La direction n'a jamais pu, dans sa vision, se hausser au-dessus de sa propre société tout en entraînant les masses, comme sont parvenues à le faire ailleurs des directions révolutionnaires. En plus d'un sévère handicap géopolitique, ce point est crucial et rend compte de la faiblesse majeure du mouvement kurde : le retard de ses élites, héritage historique qui pèse sur le destin national et perpétue la crise de la société kurde ».
En d'autres termes : le mouvement kurde a été marqué profondément par la combinaison et l'opposition relative d'un aspect traditionnel, reflétant la pesanteur sociologique de régions arriérées, et un aspect moderne, s'exprimant par l'organisation du parti et, dans une certaine mesure, par son idéologie et celle de son principal dirigeant. Mais les conditionnements sociaux de même que l'adaptation, voire la subordination au cadre internatio- nal donné, ont eu comme résultat que le premier aspect a pesé d'une façon beaucoup plus décisive que le deuxième. D'où l'issue catastrophique.
QUEL PARTI
REVOLUTIONNAIRE ? Il serait simpliste de tirer automatiquement d'une stratégie baséé sur l'objectif d'un Kurdistan indépendant, unifié et socialiste la conclusion qu'il faut construire des maintenant un seul parti des révolutionnaires kurdes.
Les précédents historiques qu'on pourrait évoquer, ne permettent pas non plus de tirer nécessairement une telle conclusion. En dépit des différences évidentes, le point de référence le plus pertinent nous semble celui du débat sur la question polonaise qui eut lieu en 1896. « Si les Polonais des trois parties de la Pologne s'organisent selon le principe des nationalités pour la libération étatique de la Pologne », disait à l'époque Rosa Luxembourg, « pourquoi les différentes nationalités d'Autriche n'agiraient-elles pas de la même façon ? Pourquoi les Alsaciens ne s'organiseraient-ils pas en commun avec les Français, etc. ? En un mot, la porte serait grande ouverte aux luttes nationales et aux organisations nationales. A la place de l'organisation des travailleurs en fonction des données politiques et étatiques, on rendrait hommage au principe de l'organisation selon la nationalité, procédé qui tourne souvent très mal dês le départ. A la place de programmes politiques conformes aux intérêts de classe, on élaborerait des programmes nationaux ».
Toujours est-il que Rosa ellemême défendit, dans la pratique, l'indépendance de son parti, bien qu'en principe son affiliation au POSDR fut décidée depuis 1905.
Lénine souligna la nécessité que le parti soit uni au delà des divisions nationales. Quant à lui, Trotsky se prononça pour le centralisme le plus rigoureux dans le cadre d'un seul parti, contre «toute contagion nationaliste». La tâche du parti était, selon lui, de «lier le plus étroitement possible, au moyen d'une discipline de classe volontaire, les travailleurs des différentes nationalistes en un seul tout». Le parti bolchévique «repoussait purement et simplement le principe nationalfédératif de la structure du parti... Une organisation révolutionnaire n'est pas le prototype de T'Etat futur, elle n'est qu'un instrument pour le créer ». (Histoire de la révolution russe).
Ce principe ne saurait être contesté. Toutefois, il est incontestable que le prolétariat des nationalités opprimées a des intérêts, des besoins et des aspirations spécifiques, qui risquent de ne pas peser suffisamment dans le cadre d'un seul parti unifié.
Dans le cas du Kurdistan la difficulté majeure réside dans le fait que la lutte de libération doit s'affronter non à un seul, mais à quatre états oppresseurs. Le trait commun de l'oppression nationale n'élimine pas les différences découlant du contexte historique, des expériences de lutte du passé, des conditions particulières réservées aux Kurdes dans les différents états, de l'existence de formes organisationnelles hétérogènes. On peut estimer que l'éclatement rapide du PDK en tant que parti pan-kurde est dû surtout à la nature de ses directions, à leur opportunisme, à leurs trahisons. Mais il réflète aussi la difficulté objective de mener la lutte kurde au moyen d'un seul parti. Pour les marxistes révolutionnaires le problème est aujourd'hui d'autant plus complexe qu'ils ne représentent que des noyaux embryonnaires d'un parti révolutionnaire kurde. Il devra être discuté en tenant compte du contexte actuel, tout en ne perdant pas de vue l'option stratégique d'un seul parti de la révolution kurde.
Finalement, une considération tactique s'impose. Notre mot d'ordre stratégique — pour un Kurdistan indépendant, unifié et socialiste - ne saurait être avancé sous la même forme par tous les marxistes révolutionnaires. Les marxistes révolutionnaires turcs, iraniens et irakiens doivent mettre l'accent sur la bataille pour l'autodétermination et pour l'indépendance : il appartient, en effet, au peuple kurde de décider par sa lutte s'il veut être unifié dans un seul état et s'il veut être socialiste. Les marxistes révolutionnaires kurdes, toute en mettant au premier plan la revendication de l'indépendance dans l'unité, ne cacheront pas que leur bataille est, en dernière instance, pour la créations d'un état ouvrier kurde. Les uns et les autres, tout en expliquant qu'une indépendance et une unification réelles ne pourront être réalisées que par une lutte ayant une dynamique de révolution permanente, ne poseront pas de conditions à la revendication de l'indépendance. Ils rechercheront l'unité avec toutes les forces qui luttent avec cet objectif.
Livio Maitan 25 avril 1982
Notes : (1) Leon Trotsky fait allusion aux Kurdes dans un texte de novembre 1912 sur la question arménienne. Il y dénonce la complicité des Kurdes avec les Turcs dans la répression contre les Arméniens. Il ne mentionne pas les révoltes kurdes contre les Turcs (v. The Balkan Wars 1912-1913, New York, 1980, p. 240-243). (2) Selon certaines sources le congrès aurait eu lieu dans la zone du mont Ararat.
selon d'autres au Liban. Sur la date il y a aussi incertitude : printemps ou mois d'août ? (3) Kutschera souligne que les militants du Khoyboun auraient théorisé le « foyer révolutionnaire » sous forme de guérilla « une génération avant les théoriciens latino-américains ». (4) Le texte dénonce l'oppression des Kurdes et la répression dont ils sont victimes.
Formellement il est adressé à un «Ministre», mais on ne sait pas de qui il s'agit. (5) Selon un article récent de G. Chaliand les Kurdes seraient maintenant 18 millions (Le Monde, 13 avril 1982) (6) Un article sur le PC irakien et la question kurde a été publié par le journal des marxistes révolutionnaires libanais en novembre et décembre 1973 (v. Inprecor n° 5-6, 1974). Dans la conclusion du texte que nous avons cité ci-dessus, le PC se prononce pour l'autonomie dans le cadre de l'Etat irakien. Dans une conférence de 1953 il avait parlé, par contre, d'autodétermination. (7) V. le texte adopté par le VII* congrès régional du Baas, tenu fin 1968-début
1969. Dans un accord du 11 mars 1970 avec le PDK le Baas reconnaît, par ailleurs, « la langue kurde comme langue officielle, avec l'arabe, dans les régions où la population est en majorité kurde ». Pour la politique du Baas, v. aussi Settlement of the Kurdish problem in Irak, Ath-Thawra, Bagdad. (8) V. à ce sujet la troisième partie du livre de Chris Kutschera, Le mouvement national kurde, Paris, 1979. (9) Cela est confirmé a contrario par ce qu'écrit A.H.Krulich-Ghassemlou :
« Le PDKI sait fort bien qu'il déstabiliserait le Proche-Orient s'il revendiquait l'union des Kurdes d'Iran, d'Irak, de Syrie et de la Turquie... Le PDKI voit plutôt une solution dans une fédération de républiques autonomes en Iran mais aussi au-delà » (Le Monde diplomatique, juillet 1979). (10) Hélène Carrère d'Encausse ne mentionne qu'en passant les Kurdes dans son livre sur « la révolte des nations en URSS », L'empire éclaté, Paris 1978. (11) Il serait évidemment inutile de faire des spéculations en la matière, comme l'a fait, par exemple, Ismet Chériff Vanly dans une entrevue où il a dit, entre autres : « Il semble possible, peut-être, même plus rationnel, que la réussite du mouvement kurde dans son ensemble soit précédée de la création d'Etats fédéraux en Irak, en Iran, en Turquie et peut-être aussi en Syrie, où le peuple kurde, dans chacun de ses Etats se fédérerait, d'abord séparément, et démocratiquement, avec les autres peuples de ces pays ». (avril 1959) (12) V. l'article de A.R. Ghassemlou, Le Monde, 9 avril 1982. (13) Des nationalistes ont fort probablement participé à la fondation du Komala. (14) A propos des vicissitudes de Hewa v. le livre de Kutschera p. 150-151. (15) Barzani se prononça pour un seul parti kurde à son retour d'Union Soviétique, mais sa déclaration n'eut aucune suite. (16) Dans le cas des mouvements ou organisations nationalistes, l'adhésion au marxisme-léninisme peut exprimer une certaine radicalisation (ou peut être une attitude opportuniste face à la bureaucratie soviétique) ; elle n'implique pas nécessairement une intégration dans le mouvement ouvrier international. (17) V., par exemple, Le Monde Diplomatique, septembre 1980. (18) V. l'article du Monde déjà cité (9 avril 1982). V. aussi, en ce qui concerne la répression contre le PKK, Le Monde, 21 avril 1982. Il y a trois ans le PKK avait signé un pacte avec le Front arménien.
(19) V. Komala, translation series, n° 2, april 1982. (20) Sur la personnalité de Talabani v. l'article déjà cité du Monde diplomatique de septembre 1980, qui décrit, entre autres, une «zone libérée» près de la frontière irano-irakienne, ou s'étaient installés les représentants de différents partis et mouvements. En ce qui concerne l'orientation du PDK direction provisoire, v. The Historical Place of the Kurdish National Liberation Movement, september 1977. (21) Sur l'UNK, v. Inprecor, n° 56, 1976. (22) L'auteur kurde Kendal décrit synthétiquement le Kurdistan «féodal» où
«l'organisation tribale était largement dominante». Basile Nikitine décrit
« les relations entre le chef de tribu et ses sujets sous le système féodal » et fait une distinction entre le chef féodal et le chef de tribu en disant : « Ces fonctions peuvent quelquefois coincider, mais généralement elles sont distinctes.
Un chef féodal exerce souvent son autorité sur plusieurs tribus et c'est seulement à l'égard des tribus dont il n'est pas le chef héréditaire, qu'on peut parler de prestations ayant un caractère onéreux et servant à des buts qui ne sont pas toujours ceux de la tribu » (p. 144-146). Il reprend, par ailleurs Viltchevsky selon lequel « la déchéance du régime féodal au Kurdistan est due au fait que les seigneurs kurdes en pressurant trop leurs sujets, finirent par saper les assises mêmes de leur puissance militaire » (p. 187). (23) Massood est l'un des nombreux fils de Moustafa Barzani. Celui-ci est mort en
1979 en exil. Bibliographie : - Boris Nikitine : « Les Kurdes-Etude sociologique », Paris, 1956 - M.U. Van Bruinessen ; « Aghas, Sheikhs and State », Utrecht 1978 - Ismet Cherif Vanly ; « Interview sur le Kurdistan et la question kurde », Athènes, 1969 ; « Le Kurdistan irakien, entité nationale », Neuchâtel, 1977 - Chris Kutschera ; « Le mouvement national kurde », Paris, 1979 - Gerard Chaliand ; « Les Kurdes et le Kurdistan », Paris, 1978 - A.R. Ghassemlou ; « Le Kurdistan d'Iran », Londres 1965 (en français dans le volune de Chaliand) - Kendal ; « Les Kurdes sous l'Empire ottoman — « Le Kurdistan de Turquie — « Les Kurdes en Union Soviétique » (en français dans le volume de Chaliand) - Archie Roosevelt Junior : « The Kurdish Republic of Mahabad », Middle East Journal, July 1947 - William Eagleton ; « The Kurdish Republic of 1946 », Oxford, 1963 - Le Monde diplomatique ; J.P. Viennot : « Une nation déchirée », août 1971 ; C. Kutschera ; « Regain de tension entre Bagdad et les Kurdes du général Barzani », avril 1974 ; C. Kutschera : « La fiction de l'autonomie du Kurdistan irakien », août 1977 ; A.R. Ghassemlou : « La lutte des Kurdes iraniens », juillet 1979 ; C. Kutschera : « La poudrière Kurde », septembre 1980.