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La revue › 3e série n° 9

Le concept de nation et la nation arabe

S. Jaber · Quatrième Internationale, 3e série n° 9 · juillet-août-septembre 1982 · p. 33-46 · 6 219 mots

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L'article qui suit est tiré d'une brochure publiée en mars 1981 par le

Groupe Communiste Révolutionnaire (section de la Quatrième

Internationale au Liban) et consacrée à une discussion de la plate-forme de fondation de la Ligue de l'Action Communiste (L.A.C. — aujourd'hui Parti de l'Action Communiste) de Syrie, organisation révolutionnaire avec laquelle nos camarades du Liban entretiennent des rapports étroits.

LA « NATIONALITE » A l'instar du Parti ouvrier communiste Egyptien (cf. La question nationale arabe dans la revue «Le Communiste Egyptien », n° 3), la quatrième brochure des camarades d'Action Communiste s'appuye sur une citation tirée de l'ouvrage d'un des maîtres du «marxisme soviétique», Les Principes de la Philosophie d'Afanassiev, pour distinguer entre deux phases consécutives, qualitativement différentes, dans la formation du fait national : la «nationalité» et la «nation», cette dernière reposant sur une unité économique absente dans la phase précédente.

Que l'on nous permette tout d'abord une remarque sur le choix d'Afanassiev comme référence pour l'étude de la question nationale : cela équivaut, en effet, à choisir un manuel scolaire de physique comme référence pour une thèse sur la concordance entre la théorie de la relativité et la théorie des quanta ! Quelle misère qu'une discussion marxiste qui se fonde sur l'ouvrage d'Afanassiev, pur spécimen de la vulgarisation réductrice et momifiante du marxisme par les staliniens!

C'est peut-être, d'ailleurs, le sentiment de la faiblesse du recours à Afanassiev comme référence unique pour établir la distinction entre nationalité et nation, qui a incité l'auteur de la quatrième brochure à tenter d'appeler Engels en renfort. Tentative infructueuse cependant, car ladite distinction n'existe en tant que distinguo qualitatif (existence ou absence d'une communauté économique, par exemple) chez aucun des grands noms du marxisme révolutionnaire.

Il est vrai qu'Engels distingue dans ses articles entre nationalités et nations, mais il ne s'agit pas tant d'une distinction qualitative que d'une distinction relative à la dimension, sans autre considération. Si l'article La Décadence de la Féodalité et l'Essor de la Bourgeoisie, sur lequel s'appuye la quatrième brochure, n'est pas assez clair à cet égard, il suffit de lire les autres articles d'Engels sur la question nationale pour vérifier ce que nous affirmons. Le compagnon de Marx lie ladite distinction au distinguo qui lui est propre (après Hegel) entre peuples «historiques» (les grands peuples) et peuples «non historiques» (la plupart des petits peuples retardataires de l'Europe du XIXe siècle), pour ne reconnaître qu'aux nations, ou peuples «historiques», le droit à l'autodétermination, qu'il dénie à la plupart des nationalités (c'est-à-dire les petites nations) considérées comme «non historiques». (Il est à noter que tous les marxistes ont rejeté par la suite ce distinguo hégélien, d'ailleurs absent de l'œuvre de Marx luimême ; Lénine, pour sa part, a combattu avec la plus grande rigueur toute tentative visant à dénier le droit à l'autodétermination à toute nationalité, quelles que soient ses dimensions).

Nous citerons, pour confirmer notre assertion, un article paru en 1866, sous le titre Qu'est-ce que les classes laborieuses ont à voir avec la Pologne ?, dans lequel Engels lance une attaque en règle contre le «principe des nationalités», c'est-à-dire le principe du droit des nationalités (petites nations) à l'autodétermination dont se réclamait Napoléon III ; Engels dénie ce droit à un ensemble de nationalités dont certaines étaient effectivement en voie de disparition, mais dont d'autres étaient attachées à leur identité nationale, telles que les peuples de l'Europe orientale. Le compagnon de Marx trouve avantageux le fait que les grandes nations intègrent à l'intérieur de leurs frontières d'autres nationalités, ce qui tranche dans l'uniformité nationale trop monotone (sic). Il poursuit : « C'est ici que nous percevons la différence entre le «principe des nationalités» et le vieux principe de la démocratie et de la classe ouvrière du droit des grandes nations à une existence autonome et indépendante. Le «principe des nationalités» laisse totalement intacte la grande question du droit à l'exis- tence nationale pour les peuples historiques de l'Europe. Bien plus, s'il y touche, c'est pour le mettre à mal. Le principe des nationalités pose deux types de questions. Tout d'abord, le problème des frontières entre ces grands peuples historiques, et deuxièmement, des questions concernant le droit à l'existence nationale indépendante de ces multiples petites reliques de peuples qui, après avoir figuré pendant un temps plus ou moins long sur la scène de l'histoire, ont été finalement intégrées dans l'une ou l'autre des nations plus puissantes que leur vitalité supérieure rendait capables de surmonter des obstacles plus grands ». (souligné par Engels).

C'est en ce sens que s'éclaire l'intention d'Engels quand il écrivait dans l'article cité par la quatrième brochure (La Décadence de la Féodalité...) : « Les groupes linguistiques une fois délimités(...), il était naturel qu'ils servent de données de base à la formation des Etats, que les nationalités commencent à se développer pour devenir des nations ». Il voulait dire par là que le processus de formation des langues modernes (délimitation des groupes linguistiques) par la fusion de plusieurs langues anciennes a permis de passer des petites nationalités fondées sur les langues anciennes à de grandes nationalités (nations) intégrant les petites nationalités dont les langues ont fusionné. Tout ce qui précède confirme qu'il n'y a absolument aucun rapport entre le distinguo d'Engels et la distinction d'Afanassiev ; pourtant, l'exégèse à laquelle se livre la quatrième brochure pour concilier les deux devient caduque.

Laissons donc Engels et son distinguo entre nationalité et nation, et

TION ARABE 35 examinons la distinction d'Afanassiev, adoptée par l'article du «Communiste Egyptien» et la quatrième brochure.

Afanassiev est stalinien jusqu'à la moelle. Suivant l'exemple de son maître qui réduisit l'histoire de l'humanité à la succession de cinq modes de production, inéluctables pour toutes les sociétés et exclusifs de tout autre mode, Afanassiev distingue cinq étapes dans l'évolution de l'humanité : la gens et la tribu (sous le régime de la commune primitive), suivies de la «nationalité» (dans les sociétés esclavagiste et féodale), puis de la nation (bourgeoise) et, enfin, la «nation socialiste». Cette classification rigide n'est pas moins indigente du point de vue de la théorie que la classification par Staline des modes de production successifs.

Ce n'est pas seulement le cas des sociétés du mode de production «asiatique» qui se caractérise par une administration économique centralisée «à l'échelle de pays entiers» (en Egypte, Mésopotamie, Perse et dans de larges parties de l'Inde et de la Chine), et qu'Afanassiev ignore comme son maître Staline ; mais c'est aussi le cas de l'Etat romain, par exemple, qui a, sans nul doute, unifié l'Italie économiquement pour une longue période, avant sa chute, et c'est dans un cadre économique global (agricole, industriel, commercial et fiscal) que se retrouvent les éléments constitutifs de la communauté de vie économique tels qu'énumérés par la quatrième brochure (pp. 12-13) ; celle-ci affirmant à tort, à l'instar d'Afanassiev (1), que la production bourgeoise est seule capable de les réunir. Si done la «communauté de vie économique» est la caractéristique fondamentale qui, lorsqu'elle s'ajoute à une nationalité, la transforme en nation, il faut alors reconnaître que les sociétés que nous avons mentionnées constituaient des nations... Nous voici arrivés à l'origine de ce gâchis : la définition de la nation par Staline !

LE CONCEPT

DE NATION La fidélité d'Afanassiev aux enseignements du «père des peuples» ne se restreint pas à l'imitation du quintette de Staline ; il va jusqu'à recopier telle quelle la définition de la nation par Staline (sans mentionner la source dans les éditions de l'ouvrage — très scientifique ! -d'Afanassiev, parues après le vingtième congrès du P.C.U.S. et contenant en revanche plus de dix citations de Khroutchev avec l'affirmation que ce dernier a contribué de manière importante à l'approfondissement de la théorie marxiste (sie !!!).

Or, l'article du Communiste Egyptien et la quatrième brochure de la L.A.C. adoptent, eux aussi, la définition de la nation par Staline et s'appuyent sur elle. Cependant, tandis que le Communiste Egyptien attribue la définition à son propriétaire légitime (le «camarade Staline», comme dit l'auteur de l'article, fier d'être le camarade de l'homme qui présida à l'enterrement du bolchévisme et à la liquidation des bolchéviks), la quatrième brochure, elle, à l'instar d'Afanassiev, tait la source et attribue la définition au «marxisme-léninisme».

Cette définition figure dans la brochure Le Marxisme et la Question Nationale, rédigée par Staline et publiée en 1913 sous le titre de Les problèmes des nationalités et la social-démocratie. On y lit :

« La nation est une communauté humaine, stable, historiquement constituée sur la base d'une communauté de langue, de territoire, de vie économique et de formation psychique qui se traduit dans une communauté de culture ».

Après la dégénerescence bureaucratique de l'U.R.S.S., Staline et ses adulateurs créérent une légende au sujet de ladite brochure et de la définition qu'elle contient, les érigeant en «seule théorie marxiste de la nation» (sic !). Lorsque, ultérieurement, dans une réponse à un détracteur, l'auteur de la quatrième brochure de la L.A.C. dut reconnaître l'origine de la définition qu'il avait adoptée-après l'avoir cachée dans la brochure, pour des considérations qui se rapportent sans doute à sa répugnance envers le stalinisme, considérations pour lesquelles nous éprouvons de la sympathie mais qui ne justifient pas le fait d'ôter à Staline son dû si il chercha à faire cautionner Staline par Lénine, en affirmant que ce dernier avait «apprécié» la brochure de Staline.

La réalité est toutefois différente, et Lénine n'est pas plus responsable de Staline qu'Engels ne l'est d'Afanassiev, ou presque. S'il est vrai que c'est Lénine lui-même qui demanda à Staline de rédiger ladite brochure — Staline était alors un Bolchévik dévoué et n'était «stalinien» qu'en puissance (en ce sens que certains traits de sa personnalité marquèrent ultérieurement le stalinisme, après s'être aggravés) — il reste que Lénine ne mentionna la brochure après sa parution qu'une seule fois, en passant (entre parenthèses, dans un article daté du 15(28) Décembre 1913), pour y approuver l'exposé par Staline des fondements du «programme national des socialdémocrates», dont personne ne nie qu'ils sont exposés de manière relativement fidèle dans la brochure en question. Par la suite, Lénine n'en fit plus aucune mention et ne la cita point dans des dizaines de brochures et d'articles qu'il consacra à la question nationale, après 1913.

Les auteurs marxistes Maxime Rodinson et Michael Lowy attribuent cette attitude de Lénine à l'égard de la brochure de Staline au fait que celle-ci contredit, sous certains aspects importants, l'essentiel de la position léniniste sur la question nationale. Dans un recueil paru en France sous le titre Les Marxistes et la Question Nationale, Lowy énumère les divergences entre la brochure de Staline et l'œuvre de Lénine, parmi lesquelles figurent des divergences dans l'attitude à l'égard des mouvements nationalistes : Staline, en effet, met dans le même sac le nationalisme grand-russe et les nationalismes que ce dernier opprimait, en les critiquant tous également, voire même en traitant plus durement les nationalismes opprimés, alors que Lénine eut toujours soin de distinguer entre le nationalisme des oppresseurs et celui des opprimés. Lowy estime que cette divergence est à l'origine du violent

TION ARABE 37 désaccord qui surgit, vers la fin de la vie du fondateur du bolchévisme, entre celui-ci et Staline, désaccord qui porta précisément sur la question nationale au sujet de laquelle le testament de Lénine au XIIIe congrès du parti bolchévique comporta ce qui suit :

« J'ai déjà écrit dans mes ouvrages sur la question nationale qu'il est tout à fait vain de poser dans l'abstrait la question du nationalisme en général. Il faut distinguer entre le nationalisme de la nation qui opprime et celui de la nation opprimée, entre le nationalisme d'une grande nation et celui d'une petite nation.

« (...) Aussi l'internationalisme du côté de la nation qui opprime ou de la nation dite «grande» (encore qu'elle ne soit grande que par ses violences, grande simplement comme l'est, par exemple, l'argousin) doit-il consister non seulement dans le respect de l'égalité formelle des nations, mais encore dans une inégalité compensant de la part de la nation qui opprime, de la grande nation, l'inégalité qui se manifeste pratiquement dans la vie. Quiconque n'a pas compris cela n'a pas compris non plus ce qu'est l'attitude vraiment prolétarienne a l'égard de la question nationale : celui-là s'en tient, au fond, au point de vue petit-bourgeois...

(...) Le Géorgien (2) qui considère avec dédain ce côté de l'affaire, qui lance dédaigneusement des accusations de «social-nationalisme» (alors qu'il est lui-même non seulement un vrai, un authentique «social-national», mais encore un brutal argousin grand-russe), ce Géorgien là porte en réalité atteinte à la solidarité prolétarienne de classe, car il n'est rien qui en retarde le développement et la consolidation comme l'injustice nationale...

(...) Il va de soi que c'est Staline et Dzerjinski qui doivent être rendus politiquement responsables de cette campagne foncièrement nationaliste grand-russe ».

Parmi les divergences entre les conceptions de Lénine et celles de Staline sur la question nationale énumérées par Lowy, certaines ont trait à la définition de la nation par Staline. Ainsi, les notions de « caractère national », de « formation psychique » et de « particularité psychologique » propres a chaque naton, que staline introduit dans sa définition de la nation, sont des notions inspirées du marxiste autrichien Otto Bauer, auteur de ce que Lénine qualifie de « théorie psychologique » de la nation (que Kautsky avait déjà réfutée), et n'ont aucun rapport avec le matérialisme historique. En outre, si Lénine avait eu à s'en tenir à la définition de Staline, il n'aurait pu qualifier de nations la plupart des peuples qu'il considéra et décrivit comme étant des nations. En réalité, la définition en question est le type même de la définition dogmatique rigide, non pas par son contenu, mais par le caractère que Staline lui donna.

A cet égard, nous eûmes la satisfaction de lire au début de la quatrième brochure de la L.A.C. les lignes suivantes : « La définition dans la méthode marxiste n'est pas une chose purement formelle; elle est une expression précise de l'essence de l'objet, de son contenu, et ne saurait point devenir un moule prêt et rigide émasculant la réalité vivante et mouvante et la réduisant en un jeu de mots sans vie » (p. 6). Mais notre satisfaction se transforma en déception brusque : quelques pages plus loin après avoir cité la définition de la nation par Staline, la brochure en dit ce qu'en disait son auteur : « Nous voulons insister sur le fait que les caractéristiques que nous avons énumérées précédemment dans la définition de la nation, forment un tout unifié historiquement constitué (nous insistons sur historiquement) et que l'absence d'une de ces caractéristiques quelle qu'elle soit signifie que nous ne sommes pas en présence d'une nation ». (Sic ! - p. 13, nous soulignons). C'est comme si l'auteur avait eu l'intention de se contredire !

Or, la catégorie de nation est, entre toutes les catégories sociohistoriques, celle dont les contours sont les moins précis et celle qui se prête le moins à être réduite à une définition rigoureuse, à l'instar des entités auxquelles elle s'applique. Ce n'est pas un hasard si les principaux marxistes, y compris Marx, Engels et Lénine n'ont pas donné de définition précise de la nation, malgré l'abondance de leurs écrits traitant de la question nationale. Un des grands noms du marxisme, Karl Kautsky, avant sa trahison du marxisme révolutionnaire, a expliqué dans l'un de ses célèbres articles sur la nation (paru en 1908 sous le titre de Nationalité et Internationalisme) la raison de l'équivoque qui entoure le concept de nation et qui s'est traduite par les nombreuses discussions à son sujet :

« Nos divergences sur le concept de nation trouvent aussi leur fondement dans le fait que nous avons à faire avec la nation à une formation sociale difficile à appréhender, un produit du développement social, un des facteurs les plus puissants du développement social, que ni statuts ni règles quelconques n'ont jamais transformée en un organisme social précisément dessiné. La nationalité est un rapport social qui se modifie sans cesse, revêt dans des conditions différentes des significations très différentes... ».

Combien grande est la distance qui sépare la reconnaissance modeste par Kautsky du fait que la nation est un phénomène qui échappe à toute définition rigoureuse — alors que Kautsky est le plus grand penseur marxiste de sa génération et le père spirituel de la génération ultérieure à laquelle Lénine appartient - de la prétention dogmatique et vaniteuse de Staline qui croit avoir tranché définitivement le problème de la nation, rien de moins, surtout si l'on rapporte cette prétention à l'indigence culturelle et théorique de Staline et à la pauvreté de sa production intellectuelle préalable à sa brochure !

Mais, laissons-là Staline et sa présomption et examinons les raisons qui ont fait qu'aucun des grands théoriciens marxistes n'ait formulé une définition rigoureuse et complète de la nation. En d'autres termes : qu'est-ce qui fait de la nation une catégorie sans contours nets et précis, la moins délimitée des catégories socio-historiques ?

C'est, à notre avis, le fait que la nation soit un phénomène purement idéologique : c'est-à-dire qu'elle n'est pas implantée dans l'infrastructure des sociétés, n'a pas de rapport avec la structure sociale et n'est pas incarnée par des instruments et des appareils, comme certains éléments de la superstructure (l'Etat, par exemple).

Ce qui unit les membres d'une même nation, ce n'est pas, bien sûr, leur condition économique ou sociale, ou autres conditions matérielles. Ce n'est pas non plus leur appartenance à un même marché économique : faut-il dénier aux Kurdes, aux Bengalis, aux Basques ou à tant d'autres, leur prétention de constituer une nation, pour la simple raison que des nations plus fortes ont divisé leur pays ou se le sont partagé, leur imposant ainsi une division en deux groupes ou plus, appartenant chacun à un marché différent ? Cela serait absurde ! Et qu'en serait-il des nations allemande et coréenne, sans compter la nation vietnamienne avant la libération de sa partie sud ?

Même la «communauté de territoire» ne saurait être un critère de la nation : faut-il dénier à un peuple exilé et dispersé par l'oppression nationale la prétention d'appartenir à une même nation ? Faut-il dénier aux Arméniens exilés au Liban et ailleurs leur prétention d'appartenir à la nation arménienne, pour la simple raison que la férocité du chauvinisme turc les a contraint à quitter leur territoire pour fuir un des massacres les plus odieux de l'histoire ? Faut-il dénier aux communautés kurdes du Liban, d'Ankara ou d'Allemagne occidentale, leur prétention d'appartenir à la nation kurde pour la simple raison qu'elles vivent loin de leur territoire pour fuir l'oppression nationale turque, arabe ou persane dans leur région d'origine ? Le seul critère que l'on puisse admettre à cet égard, c'est que chaque nation a une origine géo-historique commune, ni plus ni moins. Faire de la communauté de territoire combinée avec la stabilité, un critère de définition de la nation est une erreur qui entraîne des conclusions saugrenues.

Nous avons dit que la nation est un phénomène purement idéolo- gique ; il nous reste à expliquer ce qu'est ce phénomène. Car, bien entendu, nous n'avions nullement à l'esprit cette autre merveille : la «formation psychique qui se traduit dans une communauté de culture». Si, en effet, chaque nation avait une «formation psychique» qui lui est propre, il faudrait aussi considérer — et pourquoi pas ? - que les antagonismes nationaux ne sont pas nécessairement l'expression de la contradiction entre les intérêts matériels des classes dominantes dans chacune des nations antagonistes, ou d'autres contradictions concrètes : les antagonistes nationaux résulteraient parfois de l'incompatibilité de caractère entre les nations concernées, de l'incompatibilité entre leurs «formations psychisues» ! Encore une absurdité !

Quant à la notion de «communauté de culture», il suffit, pour se rendre compte de son inanité, de considérer la culture commune aux membres de la nation pendjabi du Pakistan, par exemple, dont quatrevingt pour cent environ sont encore analphabètes, et dont la seule culture commune est la religion, si l'on peut qualifier la religion de culture ! Nul besoin de démontrer que la communauté de religion ne saurait absolument pas servir de critère pour la définition de la nation. Hormis la religion, les coutumes et autres éléments du «folklore» différent parfois plus d'une région à l'autre de la même nation qu'entre deux régions appartenant à deux nations distinctes. Quant au patrimoine culturel écrit en langue ourdou, la langue du Pakistan, pour revenir à notre exemple, il n'est commun qu'à une partie mineure de la nation pakistanaise, du moment que 20% de ses membres, seulement, savent lire et que seule une faible partie d'entre eux, sans nul doute, a eu le «loisir» de lire la littérature locale. Ce qui nous conduit à cet argument utilisé depuis longtemps par Kautsky pour réfuter la «communauté de culture», fantaisie introduit par Otto Bauer (et reprise par Staline, dont la plupart des écrits théoriques ne sont rien de plus qu'une compilation éclectique d'idées puisées chez d'autres).

Dans son article Nationalité et Internationalisme, Kautsky écrivait :

« Et là où, à l'intérieur d'une nation apparaissent de grandes différences entre les classes, se dessinent aussi des différences culturelles beaucoup plus profondes que nombre de celles qui existent entre des nations; en revanche, l'appartenance à une même classe constitue souvent le fondement d'une communauté de culture entre les membres d'une même classe appartenant à des nations différentes »•

Nous connaissons bien ce fait, dans une région du monde dont les bourgeois adhèrent aux cultures des anciens colonisateurs ou des impérialismes modernes, et sont séparés des habitants de leurs campagne par des cultures, voire des civilisations, tellement différentes qu'on croirait qu'ils appartiennent, non à des nations, mais à des planètes ou des époques différentes ! Que reste-t-il donc : un seul élément, la communauté de langue, seul élément stable commun aux membres d'une même nation.

Cependant, la communauté de langue, même entre personnes habitant une même zone géographique sur une longue période historique, ne suffit pas à constituer une nation. Les exemples sont connus: ni Danois et Norvégiens, ni Anglais et Irlandais ne forment une seule nation. Car pour autant que la nation doit nécessairement reposer sur une communauté de langue et une origine géo-historique commune, elle se fonde, par-dessus tout, sur le sentiment d'appartenir à une même nation, c'est-à-dire la conscience nationale. La nation est sentiment et conscience en premier lieu : il n'y a pas de nation en-soi sans être pour-soi, il n'y a pas d'appartenance nationale qui précède la conscience nationale. C'est pourquoi nous avons affirmé que la nation est un phénomène purement idéologique.

Cette conception de la nation irréductible à une définition fondée sur l'énumération d'éléments constituants, et encore moins de conditions, est celle que partagentimplicitement le plus souvent, mais parfois explicitement - les principaux théoriciens marxistes, et celle en raison de laquelle ils n'ont pas formulé de définition rigide du concept de nation. Nous nous contenterons ici de mentionner le reproche de Lénine aux «économistes» qui préconisaient de délimiter les frontières des Etats en fonction des besoins de la production, sans tenir compte des sentiments de la population. Dans la même brochure, Bilan d'une discussion sur le droit des nations à l'autodétermination, Lénine cite l'ouvrage d'Engels, Le Pô et le Rhin, où le compagnon de Marx explique que les grandes nations européennes se sont déterminées, au cours de leur évolution historique, « en fonction de la langue et des sympathies » de la population.

Faut-il conclure de ce qui a précédé que la genèse des nations n'a aucun rapport avec le développement capitaliste et que la nation

TION ARABE 41 est une catégorie éternelle, un phénomène existant depuis l'aube de l'histoire ? Notre réponse est claire et nette : absolument pas! Bien au contraire, la nation en tant que conscience nationale — c'est-àdire conscience d'appartenir à une communauté fondée sur le dépassement des considérations tribales, raciales et religieuses, pour ne retenir que la langue et l'histoire -est au centre de l'idéologie bourgeoise. Le nationalisme a constitué avec la démocratie les deux ailes idéologiques de la transformation bourgeoise du monde. Aussi considérons-nous toujours que les tâches démocratiques et nationales sont des tâches d'essence historique bourgeoise, même si nous savons pertinemment que le prolétariat est seul capable de les achever dans notre monde contemporain.

La conscience nationale moderne, fondement des nations au sens moderne du terme, est un élément fondamental de l'idéologie bourgeoise : cela signifie qu'il est absurde de qualifier de nations au sens moderne du terme les communautés humaines des époques précédant l'expansion mondiale du capitalisme. C'est la bourgeoisie qui a créé (oui : créé) le concept moderne de nation, la bourgeoisie de chaque pays cherchant à assurer son hégémonie sur le marché constitué par ceux qui parlent sa langue, quelle que soit leur religion ou leur origine raciale. Par contre, dans les époques pré-capitalistes, les formes de conscience collective qui existaient ne sortaient point du cadre du tribalisme, de la religion, du racisme, ou du provincialisme dans le meilleur des cas ; la conscience nationale au sens moderne n'existait pas. Il suffit pour s'en rendre compte d'examiner l'étymologie du mot nation. Il dérive du terme latin natio dont la racine est le verbe nascor : naître. La natio est une notion raciale qui désigne l'ensemble des personnes d'une même origine ; ce terme a conservé son sens premier, longtemps après son passage aux principales langues européennes. (...) (3)

Toute entreprise contemporaine visant à revenir au vieux sens du terme nation, c'est-à-dire à fonder de nouveau la «nation» sur la race ou la religion - qu'elle vienne des nazis, des sionistes, des frères musulmans ou autres nostalgiques de la «tradition» et des gloires de leurs «ancêtres», quelles que soient leurs prétentions politiques — est une entreprise réactionnaire au plein sens du terme, qu'il faut comhattre sans compromis.

Une dernière précision est nécessaire : ce que nous avons affirmé au sujet de la relation entre le concept moderne de nation et la bourgeoisie ne signifie nullement que seuls peuvent être qualifiés de nations, les peuples ayant atteint un degré certain de développement capitaliste et au sein desquels est apparue une bourgeoisie nationale dominant un marché unifié. Or, la conscience nationale a souvent précédé l'instauration de l'Etat national, l'Etatnation, et a inspiré l'action visant à cette instauration. Aussi ne faut-il pas confondre les concepts de nation et d'Etat national ou de marché national : les Allemands ont proclamé leur appartenance à la nation allemande et l'ont considérée comme un fait avant l'union douanière allemande (1834). De même, les nations que le joug de l'oppression nationale empêche de fonder un Etat national et un marché national indépendants sont malgré cela des nations, nations opprimées, nations divisées, mais bien des nations ! Seuls leur dénieront leur prétention de constituer des nations, ceux qui les oppriment et ceux qui croient que la qualité de nation ne saurait être attribuée à un peuple sans une autorisation ou une attestation préalable délivrée par leurs doctes personnes à la lumière des Tables de la Loi. La qualité de nation ne se décerne pas aux peuples : elle est proclamée par euxmêmes !

Les mêmes bourgeoisies qui ont créé le concept de nation, réalisé les tâches nationales qu'elles s'étaient assignées et défendu leurs propres droits nationaux, ont dénié tout cela aux autres peuples qu'elles ont inclus par la force au sein de leurs frontières étatiques ou qu'elles ont colonisés. Cependant, l'idéologie bourgeoise dans ses composantes nationale et démocratique a pénétré partout où le capital a tant soit peu pénétré. C'est aussi le cas de l'idéologie prolétarienne moderne, autre produit du développement capitaliste, qui a pénétré jusque des régions où n'existe pas de prolétariat «en-soi», mais où dominent des formes de production pré-capitalistes !

La très grande majorité des peuples du monde contemporain, quel que soit leur niveau de développement économique, ont une conscience nationale dont la cristallisation a souvent été, en partie, le résultat de l'oppression nationale, un des principaux catalyseurs du nationalisme. Seuls font exception quelques tribus et clans des régions les plus arriérées du monde. Cela dit, dans la plupart des autres régions, les formes de conscience collective précédant la conscience nationale moderne, c'est-à-dire les consciences tribale, raciale, reli- gieuse et provinciale, mènent encore une lutte réactionnaire contre celleci et contre la conscience de classe, tandis que la conscience de classe prolétarienne cherche à récupérer la conscience nationale, là où cette dernière a une orientation progressiste, en faisant siens les objectifs nationaux progressistes et en combattant l'idéologie nationaliste sous ses deux aspects chauvin et conciliateur entre les classes.

LA NATION ARABE

Tel est précisément le devoir des mouvements prolétariens dans les pays arabes. En effet, la pénétration du capitalisme dans la région arabe depuis le XIXème siècle, accompagnée de l'écho de la montée des mouvements nationaux en Europe, a entraîné la naissance d'une conscience nationale arabe qui ne tarda pas à se répandre dans toutes les provinces arabes, de sorte que la conscience d'appartenir à une même nation arabe a gagné la majorité écrasante des arabophones. En ce sens, la nation arabe existe, mais elle reste divisée en plusieurs Etats, n'ayant pas encore réalisé son unification dans le cadre d'un Etat national unique. La nation arabe est une nation en voie d'unification et non une nation «en formation» ; elle s'est formée au cours de siècles d'histoire. Tout appel à l'unification de la nation arabe est d'ailleurs une reconnaissance implicite du fait qu'elle existe, bien que divisée.

L'appel à l'unification des «nations arabes» est, quant à lui, une manière absurde d'éviter de reconnaître l'existence d'une nation arabe. Si, en effet, l'appel à l'unification des «nations arabes» se

TION ARABE 43 justifie par le fait qu'elles parlent la même langue, sur des zones géographiques contigues, pourquoi ne préconiserait-on pas de fusionner la république d'Irlande avec le Royaume-Uni ! S'il s'agit plutôt de créer un vaste cadre pour la construction du socialisme, pourquoi en tiendrait-on à l'écart l'Iran ou la Turquie, sans parler de l'Afrique noire ? Excluerait-on le Brésil d'un projet de Fédération socialiste des nations d'Amérique Latine sous prétexte qu'il n'est pas hispanophone ? Plus encore : nous affirmons qu'une nation arabe devra nécessairement se fédérer avec d'autres nations, jusqu'à réaliser une Fédération mondiale des Républiques socialistes, objectif du mouvement communiste depuis sa fondation. Nous ne concevons l'unification de la nation arabe que comme une étape nationale dans la longue marche internationaliste !

L'existence de plusieurs Etats et mini-Etats arabes n'implique point l'existence de plusieurs nations arabes ou l'inexistence d'une nation arabe unique, d'autant plus que les frontières de ces Etats et minietats ont été dessinées par l'oppresseur étranger et n'ont aucun rapport avec les fondements en fonction desquels ont été établies les frontières qu'Engels considère comme «naturelles», c'est-à-dire la langue et les sympathies de la population. Il est vrai, d'autre part, que la conscience nationale ou le sentiment national arabes ont connu un recul palpable ces dernières années et qu'ils sont inégaux d'une région à l'autre de l'ensemble arabe ; mais c'est là le propre de toutes les formes de conscience. La conscience de classe ouvrière, par exemple n'est-elle pas différente en intensité d'un secteur à l'autre de la classe ouvrière, et sujette à des montées et des déclins selon la variation des conditions générales dans lesquelles elle étolue ? Croit-on, par ailleurs, que la conscience nationale allemande, par exemple, a connu un développement linéaire ? Lisons ces lignes de Kautsky :

« Le développement économique de l'Allemagne comme de l'Italie a été perturbé au XVIème siècle, (...) lorsque le commerce s'est déplacé des côtes méditerranéennes vers celles de l'océan Atlantique. (...)

« La stagnation économique a eu pour conséquence un engourdissement du sentiment national. Il avait été plus fort au XVème siècle en Allemagne et en Italie qu'il ne l'était au XVIIème; le particularisme des petits Etats et l'esprit de clocher sont devenus les caractéristiques typiques des deux nations. Elles étaient livrées impuissantes aux influences de l'étranger, et les bons voisins ont naturellement tout mis en œuvre pour maintenir le morcellement national et l'arriération économique et pour veiller à ce que surgissent des adversaires et des concurrents dangereux. L'arriération économique avait produit le morcellement national et la dépendance ; ceux-ci devinrent à leur tour de nouveaux obstacles au développement économique ». (Kautsky, La Nationalité Moderne, 1887).

On ne peut s'empêcher, en lisant les lignes qui précèdent, de penser à la nation arabe, où l'influence impérialiste s'appuye sur les intérêts particuliers de la classe possédante dans chaque Etat ainsi que sur les conflits qui opposent les Etats arabes entre eux, selon la formule «diviser pour régner». Notre histoire contemporaine regorge d'efforts impérialistes pour maintenir le morcellement national et l'arriération économique arabes, conditions de la dépendance des Etats arabes à l'égard de l'impérialisme. Quant aux deux dernières phrases de la citation de Kautsky, elles semblent avoir été écrites au sujet de la région arabe où «l'arriération économique avait produit le morcellement national et la dépendance ; ceux-ci devinrent à leur tour de nouveaux obstacles au développement économique».

La seule différence entre la situation de la région arabe et celle de l'Allemagne et de l'Italie, telle que décrite par Kautsky, est que la fluctuation du sentiment national arabe n'est pas tant fonction directe de la situation économique arabe qu'elle ne l'est de l'évolution de la lutte anti-impérialiste, elle-même fonction des directions de cette lutte. Il est tout à fait évident que le sentiment national arabe a progressé toutes les fois que les luttes arabes anti-impérialistes progressaient, et qu'il a reculé avec chaque recul desdites luttes. Au temps de la montée des luttes de libération, au temps des victoires, le sentiment national arabe des masses atteint son apogée. Au temps des défaites, par contre, au temps de la poussée réactionnaire, proliférent les tenants de «l'Egypte avant tout», les «descendants» des pharaons, des phéniciens, etc... La conscience nationale arabe pousse sur le sol de la lutte émancipatrice ; le particularisme, lui, pousse sur le fumier de la contre-révolution !

L'unification de la nation arabe est une tâche considérable qui doit nécessairement occuper la place centrale qu'elle mérite dans le programme des communistes révolutionnaires arabes, de même que la tâche de l'unification de la nation allemande a occupé une place cen- trale dans le programme des pionniers du communisme en Allemagne, y compris Marx et Engels. La tâche de l'unification nationale est d'autant plus importante, dans le cadre du programme révolutionnaire arabe, que les classes possédantes ont démontré de manière définitive leur inaptitude à réaliser l'unité arabe.

En effet, il n'est de fusion possible entre deux Etats bourgeois qu'aux dépens de la bourgeoisie de l'un deux. Or, le morcellement national arabe imposé par le colonialisme a empêché la croissance d'une bourgeoisie arabe unifiée, créant à sa place un ensemble de classes possédantes que les puissances coloniales ont veillé à s'attacher chacune avec des liens particuliers. Par la suite, après que les Etats arabes eurent accédé à l'indépendance, leurs économies se caractérisèrent par une vaste prépondérance de l'Etat, quasi-totale dans certains cas, avec ce que cela implique comme barrières douanières et autres mesures pour la protection des intérêts locaux, et planification économique à l'échelle de l'Etat exclusivement. Si, par contre, l'«économie de marché» pure, c'està-dire l'économie du libéralisme, était dominante dans la région, et si les rêves de l'union douanière arabe caressés par certains bourgeois s'étaient réalisés, une bourgeoisie arabe serait apparue et les économies arabes se seraient développées en complémentarité, du fait des lois du marché, de sorte à créer un puissant intérêt bourgeois à l'unification nationale qui serait ainsi devenue une tâche réalisable dans le cadre bourgeois.

TION ARABE 45

Dans la situation réelle décrite plus haut, toute unité entre deux Etats bourgeois arabes ne saurait être que la domination de l'un par l'autre comme ce fut le cas avec l'union égypto-syrienne de 1958. Naturellement, n'était-ce la présence des «gendarmes» impérialistes, les grands Etats arabes, notamment l'Egypte, auraient essayé d'absorber leurs petits voisins par la force ; la nation arabe aurait pu s'unifier sous hégémonie égyptienne et sous la direction de Nasser, comme la nation allemande s'est unifiée sous hégémonie prussienne et sous la direction de Bismarck et comme la nation italienne s'est unifiée sous hégémonie piémontaise et sous la direction de VictorEmmanuel II. Mais les Etats impérialistes ne permettront jamais une telle opération : c'est là une des formes de leur maintien du morcellement national arabe.

Le prolétariat, quant à lui, n'est pas seulement l'unique classe à ne pas avoir d'intérêts particularistes provinciaux ; il est aussi la seule classe capable de diriger un vaste affrontement avec l'impérialisme. Pour ces deux raisons combinées, le prolétariat est la seule classe capable de réaliser l'unité nationale arabe : la nation arabe ne s'unifiera que sous l'hégémonie du prolétariat et sous la direction de son parti communiste révolutionnaire.

S. JABER

Notes : (1) Il se confirme qu'Afanassiev ignore même l'histoire des sociétés antiques européennes, et notamment l'histoire de la République puis de l'Empire romains, quand il se reprend dans son livre, pour affirmer : « Il est vrai que l'échange des marchandises et les marchés ont existé aussi dans la société esclavagiste et sous la féodalité mais ils avaient alors une importance limitée, locale, et ne pouvaient éliminer le morcellement dans les domaines économique et politique ».(sic) (2) Staline, faut-il le rappeler, était Géorgien.

(3) Suivent des considérations similaires sur pas jugé utile de traduire (N. du T.).

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