EN EUROPE ORIENTALE Le fait que le sionisme ait choisi la Palestine comme «patrie» des Juifs du monde indique la présence du facteur religieux dans son idéologie. Le lien imaginaire censé lier les Juifs à la Palestine remonte à quelque deux mille ans et les soi-disant «droits historiques» ne sont donc qu'une image irréelle et irrationnelle appartenant à l'antiquité. L'analyse du processus de formation du sionisme à la fin du siècle dernier, et de son évolution, nous oblige à dépasser le facteur religieux et à nous intéresser aux racines socio-économiques de la société juive en Europe de l'Est.
L'attachement mystique des Juifs à Erets-Israël (Palestine) n'apparaît pas toujours et partout d'une façon identique. Si les sionistes insistent sur cet aspect, c'est pour donner comme c'est souvent le cas dans des mouvements chauvinistes et racistes, une justification historique mystificatrice à leur idéologie, remplaçant l'analyse de la dynamique socio-économique et socio-politique qui, en dernière analyse est la base de leurs idées et de leurs actes. Ce n'est que plus tard qu'une partie des théoriciens et des dirigeants sionistes ont cherché des explications économiques et sociales pour justifier le sionisme. Mais il est impossible de justifier la colonisation sioniste en Palestine précisément par des arguments rationnels; c'est pourquoi, même eux sont obligés de recourir, finalement, à des arguments plus mystiques et religieux qu'historiques, qui devraient «prouver» que tous les Juifs du monde sont et ont toujours été attachés à l'idée du «retour» à la «patrie antique», Erets-Israel.
Il faut l'affirmer catégoriquement; la Palestine n'est pas liée à l'histoire des Juifs de l'époque préhitlérienne, le «lien historique» se situant des milliers d'années plus tôt; tant qu'ils n'ont pas immigré en Palestine, et à l'exception de quelques milliers de Juifs qui y vivaient longtemps avant la colonisation sioniste de la même manière que d'autres vivaient dans d'autres pays, rien ne les liait à ce pays.
Le but du sionisme est de résoudre le problème juif à travers le monde en établissant les Juifs en Palestine et en les orientant vers des métiers productifs. L'origine du mouvement sioniste est à chercher dans le développement inégal, et essentiellement retardé, de la formation sociale de l'empire tsariste à la fin du XIXe siècle.
Le développement tardif des rapports de production capitalistes dans l'empire tsariste, dès le départ déformé, a eu un impact destructeur sur les structures sociales de la société juive: les secteurs économiques sur lesquels vivait la communauté juive ont été progressivement éliminés par ces nouveaux développements.Si les Juifs ont été privés de leurs moyens d'existence antérieurs, les nouveaux secteurs industriels ne leur ont pas pour autant ouvert leurs portes; l'exacerbation des contradictions sociales, en outre, ravive l'antisémitisme au sein des masses, tandis que l'Etat tsariste organise de sang froid des pogromes meurtriers contre les Juifs afin de détourner le mécontentement populaire de ses causes réelles.
Face à une telle situation, les Juifs ont tenté de trouver une issue qui leur permettrait d'échapper à une situation de plus en plus intenable: ce fut l'émigration en masse vers l'Amérique du nord, l'Europe occidentale et d'autres continents. Entre les années '80 du siècle dernier et le début de la première guerre mondiale, ce sont entre 2,5 et 3 millions de Juifs qui ont émigré de l'empire tsariste. C'est dans ce contexte que quelques jeunes intellectuels juifs vivant dans des petits bourgades eurent l'idée d'organiser une émigration en masse vers la Palestine dans l'optique de changer la situation nationale et sociale des Juifs par un mouvement de colonisation productive: c'est lors des pogromes criminels organisés par l'Etat tsariste après l'assassinat d'Alexandre Il en 1880 que s'est constitué le premier groupe sioniste: «Hibat Sion» (l'Amour de Sion).
Léo Pinsker, l'idéologue de ce nouveau mouvement, parle dans son livre «Auto-émancipation» de «la formation d'une nation juive, d'un peuple qui s'installera sur sa terre». Ses idées ont été motivées par des facteurs nationaux laies, mais il les liait à un élément irrationel, le retour à la patrie biblique, ce qu'un autre idéologue de ce même mouvement exprimera d'une façon encore plus marquée: «la renaissance d'Israel sur la terre de nos pères» (Lilenblum).
En 1896, Herzel absorbe ce groupe dans l'Organisation Sioniste Mondiale qu'il venait de constituer. Jusque là, les idées de Herzel sur la solution à apporter à la question juive, (la nécessité d'une organisation mondiale et d'une stratégie centrée sur la persuation des rois et des ministres qu'il était de leur intérêt de l'aider à réaliser ses projets) n'avaient pas dépassé le stade des chimères.
Contrairement aux Juifs d'Europe occidentale et centrale, ceux d' Europe de l'Est n'avaient pas les moyens de s'assimiler, ni aucune nerspective crédible de pouvoir s'en sortir dans un proche avenir, vues les conditions socio-économiques existantes. C'est ce qui va permettre aux idées de Herzel de prendre un peu de poids et de s'enraciner dans certaines franges limitées de la société juive d'Europe de l'Est. Le peu d'impact qu'ont eu les idées sionistes sur les masses juives apparait clairement a la lueur du fait suivant: 60 et 70.000 personnes seulement ont choisi la Palestine, c'est-à-dire entre 3 et 3,5°/° de la masse des immigrants.
Quelles ont été les réactions des diverses couches de la société d'Europe de l'Est au sionisme?
Jusqu'à la première guerre mondiale, le sionisme n'a eu qu'un impact limité sur certaines couches intellectuelles des petites bourgades. Entre la fin de la première guerre mondiale et la venue au pouvoir de Hitler en 1933, cet impact s'est un peu élargi dans certaines couches petites-bourgeoises (commerçants) suite aux explosions antisémites en Pologne. Mais l'ensemble n'a pas dépassé 130.000 immigrants en Palestine, ce qui est insignifiant si on le compare aux millions d'émigrants juifs à travers le monde durant cette période.
Les travailleurs et les artisans juifs sont restés complètement étrangers à l'idéologie sioniste, ne voyant pas comment parvenir à une amélioration de leur vie misérable dans un pays sous-développé comme la Palestine. Nombreux ont été ceux qui se sont consciemment opposés au sionisme, du point de vue de leur intérêt de classe; ils étaient organisés dans l'Union des Travailleurs Juifs (Bund), les organisations socialistes et les mouvements de masse dirigés par les organisations ouvrières. Les partis et organisations «sionistessocialistes» et les groupes qui en étaient proches au sein de la classe ouvrière sont toujours restés des phénomènes marginaux.
Quant à la bourgeoisie juive, elle aussi était opposée au sionisme du point de vue de ses intérêts de classe. Elle était liée à l'ordre social existant, et malgré le développement limité du capitalisme et la faible industrialisation, elle appartenait entièrement à la classe bourgeoise de l'empire tsariste (et plus tard de Pologne), une partie d'entre elle allant jusqu'à s'assimiler complètement, socialement et culturellement. Confrontée à l'antisémitisme, la bourgeoisie juive cherchera à investir dans les pays d'Europe Occidentale et outre-mer. La Palestine n'avait aucun attrait pour ses capitaux, et «la renaissance de la nation juive» ne lui disait rien. L'hypothèse de certains marxistes selon laquelle le sionisme serait le fait de la bourgeoisie juive est, en ce sens, complètement erroné.
B. L'IDEOLOGIE SIONISTE
Le sionisme se considère comme le mouvement national du peuple juif. Il part de l'hypothèse selon laquelle les Juifs sont une minorité nationale qui ne peuvent trouver leur place dans la vie économique, sociale et culturelle des différents pays où ils se trouvent: c'est pourquoi ce «peuple éternel» doit bâtir son Etat juif dans sa «patrie historique» -la Palestineoù il pourra enfin résoudre la question juive.
Le sionisme n'est donc pas un mouvement national dont l'objectif serait d'unir des gens ayant une lanque commune et un territoire commun en un Etat national, afin de permettre un essor à leur développement. Ce n'est que lorsque la réaction a réactivé l'antisémitisme pour détourner les masses de leurs ennemis véritables, que les Juifs ont commencé à immigrer en Palestine.
Le sionisme est incapable de résoudre la question juive car il laisse intacts les fondements mêmes de l'antisémitisme -l'ordre capitaliste-; il crée par contre de ses propres mains un nouvel aspect de cette question juive, en entrant nécessairement en conflit avec un autre peuple, le peuple arabe palestinien.
L'idéologie et la pratique sionistes ont prouvé leur nature réactionnaire dans le cours de leur histoire. En fait, ce caractère réactionnaire se trouve dans les sources mêmes du sionisme, mouvement issu du capitalisme en déclin et s'appuyant sur ce dernier pour réaliser ses objectifs. Voyons ici quelques citations de Theodore Herzl, fondateur et premier dirigeant du mouvement sioniste mondial: «Les antisémites ont été nos amis les plus fidèles, les pays antisémites sauront être nos alliés» (1). «Lorsque notre organisation sera connue à travers le monde, les forces antisémites lui feront de la publicité dans les gouvernements, dans les meetings, dans les journaux» (2). Le sionisme ne se présente-t-il pas ici comme le demi-frère de l'antisémitisme?
Après l'horreur du pogrome de Kichinev en 1905, Herzl s'adresse dans une lettre datée du 19 mai, au ministre russe Plehve, antisémite notoire qui a été à l'initiative de ces pogromes: «Les événements douloureux de Kichinev m'obligent aujourd'hui à prendre ma plume. Mais pas pour pleurer sur le passé. J'ai entendu de (1) Herzl, Journal, vol. I, p. 10 (Hébreu) (2) Herzl, op. cit. p. 150 sources sûres que le désespoir commence à frapper les Juifs de Russie... des jeunes de 15 et 16 ans qui ne comprennent rien aux folies révolutionnaires s'enthousiasment pour la violence. Au cours des années passées, le sionisme a été fier de proposer à tous les malheureux un idéal sublime qui donne consolation et paix de l'âme. Son Excellence le sait certainement.»
C'est donc bien d'un front uni qu'il s'agit, entre la réaction la plus noire et le sionisme, contre les idées socialistes qui avaient un impact de plus en plus prononcé au sein de la jeunesse juive de l'empire tsariste.
Dans une lettre à l'Archiduc de Bade, Herzl écrit le 10.7.1898: «Il ne fait aucun doute que la colonisation accélérée d'un peuple neutre en Orient peut être d'une importance capitale pour la politique de l'Allemagne en Levant; et de quel peuple s'agit-il? Un peuple qui, poussé par la réalité, est obligé de rejoindre les rangs des partis révolutionnaires» (3)
C'est en des termes analogues que Herzl s'adresse aussi à l'empereur Wilhelm d'Allemagne, au ministre des affaires étrangères britannique Chamberlain, au sultan Abdul 'Hamid, au Tsar de toutes les Russies. Dans son livre «L'Etat Juif», Herzl écrit: «La Palestine est notre patrie historique... les Juifs y seront une muraille de l'Europe contre l'Asie». Et plus loin: «Nous y serons l'avant-poste de la civilisation contre la barbarie».
Ces citations du fondateur du sionisme révèlent le caractère intrinsèque du sionisme sur lequel se sont développées plus tard l'idéologie et la pratique des pionniers et des fon(3) Herzl, Journal, vol. 3, p. 75.
dateurs de l'Etat juif, jusqu'à aujourd'hui. Le fondateur du sionisme avait déjà compris que l'entreprise dont il était le prophète ne pouvait se réaliser que sous le patronage de l'impérialisme; cette conception restera à la base de la pratique de tous ses successeurs. Ceux que l'on nomme la «gauche sioniste» n'ont pas été une exception à cette règle, comme nous le verrons ultérieurement.
Finalement, l'idéologie et la pratique sionistes, c'est aussi la formation d'une unité ethnique homogène sur le territoire de Palestine. L'exclusivité juive n'est pas un épiphénomène, mais l'essence même du sionisme, pour l'ensemble des courants qui s'y réfèrent. En d'autres termes, les différents stades du développement du sionisme ont certes été le produit d'une certaine situation objective, mais ils se situent tous dans l'optique du rassemblement de tous les Juifs du monde en Palestine et de la formation d'un Etat juif, sans la population palestinienne indigène, et même en s'y opposant, et sous le patronage de l'impérialisme. C. LE SIONISME ET LA QUESTION
DE L'ASSIMILATION
Un Juif jouissant des pleines libertés civiles dans le pays dans lequel il se trouve peut s'adapter à l'environnement social et culturel, et s'il ne se débarasse pas, lui-même de ses spécificités juives, il y a toutes les chances pour que ses enfants le fassent, en fonction, évidemment, des conditions spécifiques du pays dans (1) Le Monde, 13.1.66, cité par N Weinstock, Le sionisme contre Israël.
lequel ils se trouvent. Certes, ce n'est pas un processus automatique, rapide et simple, et il ne débouche pas nécesairement sur l'émancipation réelle du Juif. Si l'assimilation dépend d'une certaine dynamique sociale, l'émancipation, elle, exige des bouleversements sociaux.
Dans son Histoire du Sionisme, Walter Laqueur insiste souvent sur le fait que les hommes quittent leur patrie quand ils sont confrontés à une situation particulièrement difficile. Avant la montée de Hitler au pouvoir, les processus d'émancipation et d'assimilation empêchaient toute immigration de masse en Palestine. C'est bien pourquoi le sionisme est dans sa nature l'ennemi de l'émancipation des Juifs. L'existence de l'Etat Juif est fondée sur l'antisémitisme qui est la négation de l'émancipation.
Nahum Goldman, l'ancien président du Congrès Juif Mondial et de la Confédération Sioniste Mondiale, remarque: «Le danger de l'assimilation des communautés juives dans les peuples au sein desquels elles vivent est bien plus grave que la menace extérieure de l'antisémitisme» (1).
Et le président de l'exécutif de l'Agence Juive, Arié Dolchin, ajoute: «A travers le monde, les Juifs s'éloignent de leur judaïcité. L'Etat a cessé d'attirer les Juifs de la Diaspora».
Les facteurs d'assimilation changent sans arrêt, parfois se renforçant, parfois s'atténuant. Dans la plupart des pays, les conditions de vie actuelles poussent les Juifs à abandonner leur spécificité. C'est la raison de la hantise des dirigeants sionistes face à ce qu'ils appellent la disparition des communautés juives au sein des Gentils et l'absence d'attrait qu'offre l'Etat d'Israël aux yeux des Juifs de la Diaspora. Un danger permanent plane sur le sionisme, à savoir, perdre sa base «nationale» dans la diapora et sa capacité de garder une influence sur cette dernière.
En plus d'une certaine insertion, qui sans aucun doute joue un rôle non négligeable dans les facteurs de conservation de la spécificité juive, ll existe toute une série de raisons qui mettent un frein à l'assimilation: l'antisémitisme à l'Ouest comme à l'Est, l'impact de l'existence d'un Etat juif (même si celui-ci perd de son pouvoir d'attraction), la propagande sioniste, la mystique religieuse, le traumatisme de l'holocauste hitlérien, etc.
Mais qu'il s'agisse des facteurs favorisant l'assimilation ou des facteurs y mettant un frein, tous s'inscrivent dans une réalité socio-économique et politique générale, y compris les facteurs les plus irrationnels tels que la religion et autres phénomènes mystiques.
Dans sa thèse numéro 3, Walter Laqueur écrit: «La société pluraliste occidentale actuelle a changé; ce ne sont pas seulement les Juifs qui ont perdu une partie de leur identité (suite à l'assimilation) mais l'ensemble de la société est durement atteint: elle a jeté par dessus bord certaines valeurs traditionnelles. Tout comme les Juifs, la société est elle aussi, de plus en plus, déracinée. Et même si cela permet de réduire le fossé entre Juifs et non-Juifs, cela remet aussi en question l'esprit de tolérance libérale qui (2) Walter Laqueur, Histoire du Sionisme, Shoken 1979, anglais, p. 593.
avait permis l'existence juive dans le monde occidental. » (2).
Sans entrer dans les détails des conceptions de Laqueur, il est évident que ce dernier craint d'appeler les choses par leur nom; même s'il décrit relativement bien leurs conséquences quant à l'assimilation des Juifs. Ce problème est celui de la crise du capitalisme. Et de même qu'il se refuse à définir les racines du problème qu'il analyse, Laqueur est incapable de définir une solution à cette crise, c'est-à-dire un changement radical de la société par une révolution socialiste qui non seulement pourrra sauver les Juifs, mais aussi libérer l'humanité toute entière. D. LES POSITIONS DE BOROCHOV
C'est en 1906 que s'est constitué le Parti Ouvrier Démocratique Juif -Poalei Sion, Ber Borochov rédigeant son projet de programme. Dans ce document, connu sous le nom «Notre plateforme», il a synthétisé l'essentiel de ses positions: - les contradictions nationales sont toujours liées à des contradictions sociales; - l'ensemble des conditions d'existence de la classe ouvrière sert de base stratégique pour ses luttes de classe; - vu que le peuple juif n'a pas de base territoriale propre, ses conditions de production se développent de façon «anormale» et la base stratégique de l'ouvrier juif est étroite et instable; - au cours du développement du capitalisme, les Juifs sont expulsés de leurs positions traditionnelles, à cause de leur anormalité sociale dans le processus de production, et pour cette raison sont poussés à émigrer; - un phénomène identique apparait dans leur nouveau lieu d'établissemen; il leur faut donc à nouveau émigrer; - les Juifs ont donc besoin d'une nouvelle patrie, avec une population «étrangère» la plus restreinte possible, où les Juifs pourraient constituer les bases essentielles d'une économie, sans être confrontés à la concurrence d'étrangers; - la Palestine est le pays qui répond à ces conditions, et avec lequel les Juifs ont des liens historiques; - dans ce pays, l'ouvrier juif se donnera une base stratégique normale pour mener sa lutte de classe et réaliser son rôle libérateur.
Dans une de ses introductions au livre d'Abraham Léon, Ernest Germain répond aux thèses de Borochov: «On ne peut approcher la question des conditions sociales existantes comme un «fait» mais comme le développement d'un processus historique, et c'est dans le cadre de ce processus qu'il faut comprendre les changements historiques... Le Borochovisme ne s'est pas seulement trompé dans son hypothèse, mais encore plus dans ses conclusions. Il approche la question de la solution à la question juive non seulement hors du processus historique, mais aussi hors de la réalité sociale... Borochov n'avait pas la moindre notion de l'existence de la loi, du développement inégal et combiné à (I) Abraham Léon, Conception matérialiste de la question juive, introduction, Mexico, 1950, p.14-15 (traduit de l'hébreu). Dreu).
l'époque de l'impérialisme et comment celle-ci empêche toute nation, sans exception aucune, de résoudre ses problèmes à l'époque du déclin du capitalisme. Il ne faut pas chercher la solution à la spécificité tragique du peuple juif en l'isolant de l'ensemble de la société en déclin. Il ne s'agit pas de «renverser» la pyramide inversée des Juifs au moment où la pyramide «normale» des autres peuples se trouve elle-même dans un processus de décomposition. Seule la révolution socialiste mondiale est apte à rendre «normale» la société juive. Une solution dans le cadre du capitalisme en déclin est impossible». (1)
En Aout 1917, lors du 3e congrès des Poalei Sion, Borochov s'empêtre encore plus dans ses contradictions, ce qui provoque l'apparition de courants oppositionnels, à droite comme à gauche. Dans une de ses interventions il dit: «...car nous avons le droit et le devoir de nous servir du langage du sentiment. Nous avons le droit et nous devons dire: Erets Israel - un foyer juif. Mais en dernière analyse, ce n'est pas si important que cela. L'essentiel reste notre programme, et celui-ci ne change pas. Notre point de départ a été et reste les intérêts de classe du prolétariat juif. Notre but -la réalisation du socialisme. Pour nous le sionisme est l'article maximum de notre programme minimum, la lutte de classe étant le moyen d'atteindre nos objectifs.» (2)
Malgré ce déluge verbal tendant à laisser penser que pour Borochov (2) «Le 3e Congrès des Poalei Sion en Russie 1917», publié par M. Mints, Université de Tel Aviv 1976, p. 44-45.
c'est le socialisme et non le sionisme qui est l'essentiel, la révolution n'est mentionnée qu'au détour d'une phrase, alors que nous sommes à deux mois de l'insurrection d'Octobre et qu'en Russie vivent au moins quatre millions de Juifs pour lesquels le 3e congrès des Polalei Sion n'a pas un seul mot d'ordre à proposer, face à un processus révolutionnaire qui se développe à un rythme accéléré.
Les Poalei Sion n'ont pas pris part à la révolution car, selon Borochov, les ouvriers juifs n'ont pas de base stratégique conciliable avec la lutte de classe. (Les travailleurs juifs, eux, voyaient les choses autrement; ils participérent en masse et activement à la révolution russe et à la bataille pour la défense et le développement de l'Etat ouvrier).
Le doute qui plane sur le «socialisme» des Poalei Sion ne provient pas seulement de leur inactivité au cours de la révolution russe; c'est la façon concrète dont ils traitent la question palestinienne qui démasque leur caractère chauvin et anti-socialiste. Lors de ce même congrès, Borochov affirme: «Nous devons exiger que la Palestine soit mise sous la domination d'un quelconque pays comme entité administrative autonome. Il faut faire appliquer en Palestine une nouvelle loi agraire démocratique ainsi que d'autres réformes sociales. Dans ce forum international, nous devons poser l'exigence du droit à la colonisation et à l'immigration libre, et y gagner le droit à l'autodétermination nationale». (1) Par Forum International, Borocho entendait parler du Congrès de la (1) 3ª Congrès des Poalei Sion, p. 32.
paix qui devait se dérouler à l'issue de la première guerre mondiale, et où les puissances impérialistes devaient se partager le monde, entre autres l'Orient Arabe. Pas un mot de soutien au mouvement de libération nationale arabe qui commençait à se développer dans l'Orient Arabe. Au contraire, aux yeux de l'idéologie borochoviste, il faut à tout prix s'opposer à l'aspiration à l'unité nationale des masses autochtones (territoire autonome - du monde arabe-, sous domination étrangère -c'est-à-dire britannique). Et à quelle réforme agraire aspire ce «révolutionnaire»? Pour les pauvres paysans palestiniens? Pas du tout: en faveur des colons sionistes et contre ces paysans pauvres.
Finalement qu'entendent Borochov et ses amis quand ils parlent du droit à l'autodétermination nationale? Celle des populations vivant depuis toujours en Palestine? Bien sûr que non. Ce que Borochov veut obtenir de ce «forum international» réactionnaire, c'est le droit à la conquête aux dépens de la population locale, à qui cet «internationaliste» n'envisage même pas de demander son avis. En fait ce à quoi le Borochovisme aspire n'est rien d'autre que la déclaration Balfour de l'impérialisme britannique.
11. Buts et structures socio-économiques et politiques de la société sioniste avant la formation de l'Etat d'Israël.
A. LES ORIGINES DU MOUVEMENT
SIONISTE MONDIAL
Herzl est le premier à tenter d'unir les sionistes du monde entier et de les organiser en un mouvement politique. Par le biais de la Confédération Sioniste mondiale et des Congrès sionistes, Herzl parviendra à imposer l'unité du mouvement sioniste et une conception politique du sionisme, qui jusqu'alors, et surtout en europe de l'Est ('Hovevei Sion) restait essentiellement du domaine de la philantropie.
Herzl a été un des premiers à comprendre qu'en dernière analyse il est impossible de réaliser les objectifs du sionisme uniquement par la colonisation, c'est-à-dire l'infiltration goutte à goutte d'individus isolés en Palestine. Ce qu'il faut, c'est une propagande, des relations et des pourparlers avec les puissances dominantes, et ce à une très grande échelle. Mais les grands de ce monde n'accordent rien sans contre-partie. C'est là qu'Herzl contribue le plus à la définition d'une stratégie d'ensemble pour le sionisme: lier le sort de l'Etat juif à celui de l'ordre social dominant. Dès Herzl et jusqu'à nos jours, le sionisme s'est allié aux puissances impérialistes afin d'obtenir une «charte» qui lui donne le droit et les moyens de constituer un Etat juif en Palestine, et plus tard des traités d'alliance lui permettant de survivre face au monde arabe hostile. Toute rupture entre le sionisme et la réaction impérialiste signifie l'écroulement immédiat du sionisme; et généralement, il n'existe pas de corps sociaux qui, de plein gré, acceptent de s'auto-liquider.
Shlomo Avineri considère que Herzl n'a pas été un intellectuel d'envergure. Pourtant il reconnait qu'il a été le fondateur du sionisme politique. «Son apport et son importance historique ne résident pas dans l'originalité de ses idées ni dans son efficacité organisationnelle, mais, principalement dans une contribution: Herzl a été le premier à enfoncer le mur de l'opinion publique juive et internationale, et à transformer la question de la solution nationale à la question juive d'un problème traité dans des revues intellectuelles hébreuses et sectaires, sans aucun écho sérieux ni dans le public juif, ni dans le public non-juif, en l'objet d'une discussion large dans l'opinion publique mondial. Herzl a transformé le sionisme d'un phénomène marginal de la vie dans leurs bourgades dans un phénomène international »!!!)
Au delà de cette contribution capitale, Herzl a été aussi celui qui a compris que l'idéologie sioniste a besoin d'une base institutionnelle et fi- nancière pour organiser et soutenir ses projets colonisateurs. C'est au cours du premier congrès sioniste mondial qu'a été constituée la Confédération Sioniste, comme structure unificatrice à l'échelle mondiale. Les organisations qui lui ont été antérieures ont été proprement absorbées par elle (tel 'Hibat Sion devenu ensuite "Hovevei Sion). C'est sous la direction de Herzl qu'ont été mises sur pieds les diverses institutions organisationnelles et financières, comme le Fonds de Colonisation Juive en 1898 et le Fonds National Juif en 1901. le programme de Bâle affirme que: «Le sionisme aspire a acquérir un refuge sûr pour le peuple d'Israel en Erets-Israel par le biais d'une décision (internationale) publique». Plus loin, on y affirme la nécessité d'organiser les Juifs dans les pays de la Diaspora, de renforcer leur conscience nationale juive, et d'organiser une action politique visant à obtenir le soutien des gouvernements aux projets sionistes. (2)
Dans Altneueland, Herzl remarque que les Arabes pourront s'intégrer dans la nouvelle société, s'ils en expriment le désir. Shlomo Avinéri, théoricien du mouvement sioniste-ouvrier et membre du parti travailliste et de l'Internationale socialiste, commente cet aspect de la pensée de Herzl: «S'il apparait aujourd'hui naîf, voire simpliste, il (Herzl) n'en est pas moins imprégné d'une vision huma(I) Shlomo Avinéri, l'idée sioniste dans ses diversités, Am Oved, Tel Aviv, 1980, p.105-106. (2)Encyclopédie des sciences sociales, Sifryat Poalim, tome 2, 1964, p.201.
niste et universaliste qui mérite notre estime». (3)
Ce propos condescendant vient d'un des intellectuels «de gauche» les plus en vogue en Israel, qui se complait à parler d'émancipation et d'auto-émancipation. D'un politicien dont le mouvement soit-disant socialiste s'est emparé d'un pays avec l'aide active de l'impérialisme dans le but déclaré de bâtir une colonie, sans consulter la population indigène. Pour un sioniste de gauche comme Shlomo Avinéri, le fait de permettre aux autochtones de prendre leur place dans la «société nouvelle» est certes d'une naïveté inconcevable, mais prouve sans nul doute l'humanisme universaliste. du fondateur du sionisme politique. C'est à des socialistes ayant plus les pieds sur terre qu'il reviendra de débarrasser le sionisme de cette naïveté humaniste.
Les biographes de Herzl se plaisent à remarquer que ce dernier n'a eu que très peu de succès dans la réalisation des objectifs qu'il avait si bien su définir. Ce sont ses rivaux d'Europe de l'Est qui vont permettre au mouvement sioniste d'aller de l'avant. En effet, en opposition à Herzl, Hovevei Sion va mettre l'accent non sur l'obtention d'une concession politique de la part des puissances impérialistes, mais plutôt sur la colonisation immédiate de la Palestine. D'un côté les sionistes-pratiques qui veulent d'abord créer la base d'une colonisation juive en Palestine afin d'obtenir, plus tard, et tou(3) Shlomo Avineri, op.cit., p.116.
jours par le biais de la puissance dominante, un pouvoir politique; de l'autre, les sionistes-politiques, qui, tel Max Nordau, le disciple le plus extrémiste de Herzl, veulent obtenir un Etat juif, et alors seulement, comme il est de mise chez des hommes d'Etat, s'atteler à la tache de coloniser sur une grande échelle le nouvel Etat.
Le conflit entre «pratiques» et politiques, pourra être plus ou moins dissimulé au cours des premiers congrès sionistes. Mais en fait il accompagnera le mouvement sioniste jusqu'à la création de l'Etat d'Israel. Cette différence de stratégie reflète des contradictions sociales, ainsi que la situation matérielle différente dans laquelle se trouvent les Juifs d'Europe Occidentale et ceux d'Europe de l'Est. Ce sont ces derniers qui auront le dernier mot. Pourtant, dans leur essence, ces deux conceptions s'appuient sur les mêmes données: le sionisme est un processus de colonisation massive s'appuyant sur le soutien des puissances impérialistes. Le débat ne concerne que les rythmes et les modalités de ce processus. B. LA STRATEGIE FONDAMENTALE DU SIONISME ET LES STRUCTURES
SOCIO-ECONOMIQUES ET
POLITIQUES DE LA SOCIETE
SIONISTE AVANT 1948
Dès son origine, le sionisme aspire à constituer une entité ethnique juive homogène et à fonder une souveraineté territoriale exclusive en Palestine. Telle a été, et reste jusqu'à nos jours, l'essence même du sionisme. L'exclusivisme juif n'est pas un aspect secondaire du sionisme, un épiphénomène. C'est l'essence de l'idéologie sioniste à laquelle sont soumises les diverses formes économiques et politiques de la colonisation, quels que soient par ailleurs les autres aspects des idéologies des différents courants sionistes.
En d'autres termes, s'il est juste d'affirmer que les différentes étapes qui ont marqué la colonisation de la Palestine ont été le produit de conditions objectives variées et changeantes, elles se situent toutes dans le cadre de la volonté de rassembler la majorité des Juifs du monde en Palestine et d'y former un Etat juif sans et à l'encontre de la population arabe indigène, et ceci grâce au soutien de l'impérialisme.
Les écrits sionistes insistent lourdement sur le fait que les colons juifs ont trouvé, en arrivant en Palestine, un pays désert, tant sur le plan économique qu'institutionnel. A. Schölch a étudié en profondeur la situation économique de la Palestine à la fin du 19e siècle; il conclut: «Avant 1882 la rutestine n'était pas un pays désolé et stagnant; son économie orientée vers l'exportation, avait connu pendant les 30 années qui ont suivi la guerre de Crimée une réelle prospérité. Grâce à sa balance des paiements excédentaire, la Palestine jouait un rôle important dans l'économie générale de la grande Syre.» (1).
Certes, après 1882, l'économie de la Palestine va connaître une régression sensible. Mais ceci ne change rien au fait qu'indépendamment du sionisme un potentiel réel de développement économique et social existait en Palestine, et qu'au contraire, c'est la colonisation sioniste qui va mettre un frein à ce développement.
Avant la création de l'Etat d'Israël, la Palestine était un pays relativement sous-développé où dominaient, dans une large mesure, des rapports de production pré-capitalistes; la paysannerie pauvre composait l'essentiel de la population, l'industrie était presque inexistante. A côté de cette formation sous-développée classique, les sionistes vont bâtir un système socio-économique moderne, sur la base d'une technologie développée importée d'Europe, et de méthodes d'organisation et de formes d'investissements capitalistes. Arthur Rupin, l'un des organisateurs les plus efficaces de la colonisation juive en Palestine, insistera beaucoup sur la nécessité d'un soutien actif des communautés juives à travers le monde à la formation d'une infrastructure moderne en Palestine.
Contrairement à tous les autres exemples de colonisation européenne, le sionisme s'est refusé à exploiter la main d'œuvre locale à bon marche. Son objectif étant de «normaliser» la structure économique et sociale de la société juive, le sionisme se devait exclure la main d'œuvre arabe du marché, afin de permettre aux Juils de produire par eux-mêmes leurs moyens de production et de consommation.
C'est done consciemment que le sionisme a bâti une économie et une société, indépendante et parallèle à la société arabe autochtone. Il fallait isoler, réduire puis détruire la société arabe, afin de permettre l'émergence d'une société exclusivement juive. (1) A. Schöleh. Aspects du déreloppement economique de la Palestine dans la deuxième moitié du VINs. Institut des Etudes Islamiques de l'Université de Essen. 1975. (2) CT. Y.T. Colton. La question juive et stion. 1932 Colton. un dese avee ses classes, son marché, ses institutions. C'est à cette tâche centrale que s'atelle le mouvement sioniste pendant les 30 années du mandat britannique en Palestine, empêchant sciemment la société arabe de se développer, au moment même où les pays arabes avoisinants connaissaient un développement économique dû principalement aux effets de la seconde guerre mondiale (2).
Tous les moyens étaient bons pour exclure les Arabes de leurs positions dans l'économie locale: utiliser les grèves pour faire remplacer les travailleurs arabes par des travailleurs juifs dans les institutions du mandat britannique et dans les industries à capital étranger, boycott de l'agriculture arabe, voire destruction de ses produits et attaques des marchands, acquisition des terres des mains des propriétaires abstentionnistes plus intéressés par l'argent liquide que par le développement de leurs propriétés, expulsion des paysans arabes une fois les terres acquises. Dans la concurrence entre l'industrie et l'agriculture locales et celles développées par les sionistes, ces derniers partaient d'avance gagnants, vues les techniques modernes qu'ils utilisaient et les -relativementgrands capitaux à la disposition des colons.
Les jeunes Juits qui avaient souffert de l'oppression et des pogromes antisémites en Europe de l'Est, immigraient en Palestine le cœur plein d'idéaux nobles et prêts à riciens du Parti Com. Pal., a été le premier a développer d'une faron brillante l'analyse de ce qu'il a appelé la «société parallèle». Comme nombre des fondateurs et dirigeanis du PCP, il sera assassiné dans les années 30 comme «trotskiste tous les sacrifices. Ils étaient convaincus de pouvoir résoudre la question juive en rassemblant le plus grand nombre possible de Juifs en Palestine et en y créant un Etat juif. Nombre d'entre eux liaient ce projet à la création de relations nouvelles entre les hommes, au socialisme. La réalité sera différente.
Avant tout, les pionniers devaient se donner les moyens d'exister dans un pays qui leur était complètement étranger et aux conditions duquel ils n'étaient pas préparés. Pour les aider, le mouvement sioniste mondial mettra sur pied toute une série de fonds destinés à récolter de l'argent au sein des communautés juives, afin d'acheter des terres et de subventionner l'établissement des pionniers en Palestine. La création par la Histadrout -à laquelle nous consacrons un chapitre à partde toute une série de coopératives, de l'entreprise de construction SolelBoné, sera un des moyens les plus etficaces pour permettre, apres la première guerre mondiale, aux pionniers de donner une base économique et sociale à leurs projets colonialistes. Nathan Weinstock explique très bien la situation: «Le travailleur juif venant de l'Occident en Palestine aurait été incapable de se maintenir économiquement sans l'expulsion impitoyable de toute concurrence arabe contre le secteur juif.» (3).
L'action de la Histadrout et des institutions sionistes et la participation du capital juif comme partenaire mineur dans les entreprises britanniques, ont été la colonne vertébrale du secteur économique sioniste autonome ses méthodes capitalistes développées lui permettront peu à (3) Nathan Weinstock, Le sionisme contre Israël, Maspero, Paris. 1969. p. 143.
peu de s'imposer face à un secteur arabe sous-développé. Les principaux mots d'ordre de cette conquête économique de la Palestine furent «la libération de la terre» et «la conquête du travail», ce dernier étant décrit par Ben Curion, au cours d'un congres de la Histadrout, comme l'expression de la lutte des classes... à savoir la classe ouvrière juive chassant les travailleurs arabes de leurs lieux de travail.
La libération de la terre est elle aussi présentée comme lutte antiféodale contre les propriétaires abstentionnistes, en oubliant de mentionner que le sort réservé aux paysans pauvres qui travaillaient ces terres depuis des générations n'était autre que l'exil, les possibilités de prolétarisation étant extrêmement limitées étant donné la politique du travail juive. Quand ces paysans s'opposaient a l'expulsion, les unités de la Hagaba se chargeaient de les convaincre, les autorités britanniques fermant les veux face à ces actions.
Les conditions objectives de la colonisation sioniste ont poussé le «mouvement sioniste ouvrier», avec ses pionniers idéalistes et ses institutions «progressistes», tels les Kiboutsim et la Histadrout, aux avant-posles de la lutte contre les intérêts des travailleurs arabes et contre le mouvement national arabe, et à l'alliance permanente avec l'impérialisme. S'il ne fait aucun doute que la direction du mouvement national arabe de Palestine était archi-réactionnaire, que son chef le plus prestigieux était le Moufti de Jérusalem, Haj Amin el Husseini, il n'en reste pas moins que ce mouvement avait tout droit de s'opposer à la mainmise sioniste sur la Palestine. Les slogans «socialis- tes» contre la révolution palestinienne ne sont qu'hypocrisie quand ils viennent de la part de ceux qui se sont liés à l'impérialisme pour déposséder un peuple de sa patrie et de sa lerre.
La différence entre le colonialisme sioniste et le colonialisme classique réside dans deux éléments qui détermineront dans une large mesure les modalités de la lutte de libération nationale palestinienne après la création de l'Etat d'Israël: le type de rapport entre le mouvement colonial et la population autochtone, le type de relation entre la colonie et l'impérialisme.
Le sionisme, comme tous les mouvements colonialistes, a spolié le paysan pauvre des meilleures terres, il a déformé la structure sociale en place et empêché son développement, il a été l'agent du capital monopoliste étranger et a servi d'agent de l'impérialisme dans la région. Ce qui fait la particularité du sionisme, c'est que, d'une part, son objectif n'a pas été d'exploiter la main d'œuvre locale à bon marché mais de l'expulser, même si économiquement parlant, c'était beaucoup moins rentable; et, d'autre part, le fait que son apport pour l'impérialisme anglais, et plus tard américain, ne sera pas directement économique mais politique. Si l'impérialisme a soutenu le sionisme, et continue à le faire jusqu'à aujourd'hui, ce n'est pas pour les profits qu'il peut tirer de l'exploitation du travailleur israélien -le travailleur arabe étant lui expulséou des matières premières se trouvant sous souveraineté israélienne, mais pour le rôle politique que le sionisme et l'Etat juif ont joué dans la défense de l'ordre impérialiste face aux menaces du mouvement de libération nationale arabe.
La séparation économique entre les deux secteurs de la société palestinienne sous le mandat britannique a été facilitée par la séparation des institutions politiques et administratives. En 1920, le Haut Commissaire britannique autorise la formation d'une «Assemblée des Elus», représentant uniquement la population juive et élue par elle seule. Le mouvement sioniste avait en outre ses institutions propres pour acheter les terres (Fonds National Juif), pour l'installation d'implantations juives (Keren Hayessod), pour se «défendre» (Hagana), et l'ouvrier arabe ne pouvait être admis dans les rangs de son soi-disant syndicat, la Histadrout, de même qu'aucun enfant arabe ne pouvait s'inserire dans les écoles mises sur pied par les institutions sionistes.
Les Arabes aussi avaient leurs propres institutions, mais vu le système social en place et le rôle prépondérant des clans, ces institutions ne pouvaient rivaliser avec l'efficacité de celles que le mouvement sioniste avaient modelées à l'image des institutions modernes de la bourgeoisie européenne. C'est donc un Etat, dans le plein sens du terme et avec toutes ses structures, que le sionisme a mis sur pied sous le mandat britannique et avec son soutien. Cet «Etaten-route», comme l'appelaient les sionistes, a réussi non seulement à roder ce qui allait être l'Etat d'Israël mais aussi à neutraliser toute possibilité d'expression politique nationale de la population indigène.
Une des raisons de l'incapacité du secteur palestinien à tenir tête au développement du secteur juif a été l'incapacité, voire le refus, de la bourgeoisie palestinienne d'envisager un développement capitaliste en Palestine. Le maire de Jaffa n'écri vait-il pas, pendant les années '40: «La Palestine est un pays pauvre qui ne pourra jamais être industrialisé.. elle ne peut être ni un centre industriel ni même un centre commercial, mais uniquement un pays agricole» (4). Contrairement au courant «politique» qui, comme nous l'avons vu, mettait l'accent sur l'action diplomatique afin d'obtenir une charte des grandes puissances, Ruppin, Weizman et d'une façon plus générale le mouvement sioniste «ouvrier» insistent avant tout sur la nécessité de développer éonomiquement et politiquement l'implantation juive en Palestine et de la renforcer numériquement; créer un état de fait est pour eux la condition sine qua non de la reconnaissance par les grandes puissances; parallèlement au renforcement du secteur juif en Palestine, ils ne cessent de mener une activité diplomatique intense.
«Hectare après hectare, une chèvre puis une autre» est le slogan central du mouvement sioniste ouvrier qui, comprenant l'importance primordiale de la terre dans son projet de création d'une entité politicosociale juive indépendante, va donner une priorité aux colonies agricoles -et donc aux travailleurs manuels de la campagne et de la ville, et non à la petite bourgeoisie urbaine qui se retrouve plus souvent dans les courants minoritaires au sein du mouvement sioniste. Mais par-delà ces divergences, le mouvement sioniste reste uni dans son objectif fondamental: préparer la création d'un Etat exclusivement juif d'où seraient exelus, socialement et physiquement le plus grand nombre possible d'habitants autochtones. (4) La question palestinienne, Jaffa. 1937, en arabe.
C. LE SIONISME AU SERVICE DE
L'IMPERIALISME BRITANNIQUE
Entre la fin de la seconde guerre mondiale et la création de l'Etat d'Israël, le sionisme a eu un double rôle dans la politique des autorités mandataires britanniques: a) de soutien actif et militant à la répression du mouvement national arabe; b) d'alibi pour l'impérialisme anglais, et de bouc émissaire face à la colère des masses palestiniennes.
Au cours de la première guerre mondiale, la majorité du mouvement sioniste mondial se tourne vers l'impérialisme britannique qui semble devoir remplacer le pouvoir ottoman en déroute dans la domination de l'orient Arabe en général et de la Palestine en particulier. L'empire britannique avait promis son soutien aux dirigeants arabes qui aspiraient à la formation d'un Etat arabe uni au Proche Orient. Mais cette promesse allait rapidement être trahie par les accords secrets entre la France et la Grande Bretagne (accords Sykes-Picot) qui partageaient le Moyen Orient entre ces deux puissances impérialistes. Parallèlement Lord Balfour accordait, le 2 novembre 1917, à Lord Rothschild la célèbre déclaration qui porte son nom et qui garantissait aux Juifs le soutien de l'empire britannique à la création d'«un foyer national juif en Palestine».
L'impérialisme britannique avait promis monts et merveilles aux
Arabes afin d'obtenir leur soutien dans sa guerre contre l'empire ottoman et dans l'établissement de son nouveau pouvoir dans l'Orient Arabe. Mais c'est en répondant favorablement à la demande des sionistes d'obtenir la base d'un foyer national juif qu'il a le mieux défendu ses intérêts en dressant «un mur européen contre l'Asie» selon le célèbre mot de Herzl, ou plus précisément, une barrière contre le mouvement national arabe. Lord Melchet, dirigeant sioniste anglais notoire, dira plus tard: «Les avantages pour l'empire britannique sont évidents. Il ne s'agit pas de moins que la défense du Canal de Suez, des aérodromes indispensables à l'Empire, de l'extrémité de l'oléoduc à Haifa et du port de Haifa devenu si important dans notre stratégie au Proche Orient: la défense des intérêts de l'Empire sera mieux assurée par une forte population européenne que par quelques unités que nous pourrons par ailleurs épargner (pour d'autres tâches).»
Si l'on peut peut-être soupçonner Lord Melchet de prendre trop à cœur les intérêts de l'Empire parce qu'en plus d'être un dirigeant sioniste, il était aussi membre éminent de la classe dirigeante anglaise, citons un autre dirigeant sioniste qui, lui, est né et a été éduqué en Russie; dans la Palestine Review, Mena'hem Ussishkin écrit en 1936: «Si la Palestine est complètement arabe, les Britanniques devront tôt ou tard la quitter, de force... La Palestine à mjorité juive sera une alliée et une amie pour les Anglais». Tout au long de la période qui va de la première guerre mondiale jusqu'à la création de l'Etat d'Israël, les dirigeants sionistes insisteront sur leur loyauté face à l'impérialisme britannique, y compris pendant les périodes de tension entre les Anglais et les sionistes.
Chaque fois que les Arabes de Palestine se sont révoltés contre l'impérialisme britannique, les institutions sionistes ont mobilisé leurs forces au service de la lutte de l'occupant anglais contre les Arabes. La collaboration britannique-sioniste a atteint son sommet dans les années qui ont précédé la seconde guerre mondiale, quand le colonel Wingate a été nommé par les autorités mandataires responsable de l'entrainement et de la formation de l'encadrement de la Hagana. Chrétien extrémiste, Wingate était convaincu que la Palestine avait été promise par Dieu aux Juifs, et considérait que c'était donc une mission sacrée que d'entrainer les Juifs à défendre... l'Empire britannique. Les commandos mis sur pied par Wingate pour défendre l'oléoduc de la BP deviendront plus tard les unités de choc de la Hagana, plus connues sous le nom de Palma'h et qui se sont distinguées pendant la guerre 1948-1949 par l'expulsion de centaines des milliers d'Arabes et la destruction de leurs villages.
Le fait qu'au cours de la seconde guerre mondiale et après elle des centaines d'attentats individuels aient été commis par des sionistes contre les forces anglaises, et que ces dernières aient après 1936 imposé toute une série de limites à l'immigration juive et à l'achat de terres semble infirmer notre thèse quant à la collaboration permanente entre le sionisme et l'impérialisme britannique. Il n'en est rien. L'intérêt commun à l'impérialisme et au sionisme n'exclut pas des divergences, mêmes profondes, entre eux. Les Britanniques ne pouvaient décemment pas remplir toutes les exigences des sionistes sans s'aliéner complètement l'ensemble du monde arabe. Mais même quand ils se sont trouvé obli- gés de limiter les exigences des sionistes, les autorités mandataires n'ont pas fait de gros efforts pour veiller à l'application de leurs mesures: jamais les sionistes n'ont acquis autant de terres que pendant les quelques années où le Livre blanc interdisait toute une série de transactions immobilières! Quant aux actions terroristes contre les forces d'occupation britanniques, écoutons ce qu'en dit à cette époque un dirigeant sioniste notoire, Moshé Sneh: «Un des principes les plus mauvais dans leur système traditionnel (aux Britanniques), c'est qu'ils ne sont prêts à faire des concessions qu'à ceux qui savent les déranger et leur causer des problèmes, alors qu'au contraire ils méprisent ceux parmi leurs alliés qui leur sont fidèles, patients et calmes, et vont même jusqu'à les trahir. Nous n'avons donc pas d'autre choix que d'essayer cette méthode. Nous ne pouvons pas continuer longtemps une collaboration unilatérale à la place d'une collaboration réciproque. La communauté juive n'a pas l'intention d'expulser les Britanniques de ce pays afin de les remplacer. Nous ne voyons aucune contradiction entre immigration juive, Etat juif et des bases britanniques larges et fortes dans ce pays. Au contraire, nous verrons de telles bases d'un très bon oeil.» (1).
L'impérialisme et le sionisme avaient simultanément des intérêts communs et contradictoires. Tout comme le sionisme, l'impérialisme britannique était intéressé par un Etat sioniste, capitaliste et puissant (1) Moshé Sneh, Ha-arets, 26.10.45. Moshé Sneh était à cette époque membre de l'Etat major de la Hagana et du Comité Exécutif de l'Agence juive. Plus en Palestine, capable de tenir tête au mouvement anti-impérialiste arabe et, parallèlement, de cristalliser autour de lui la haine des masses arabes. A la fois garde prétorienne et élément central d'un stratégie «diviser pour régner».
En général, l'impérialisme donne quelques miettes des produits de son exploitation à la bourgeoisie indigène. En s'engageant à permettre la constitution d'un Foyer juif en Palestine, l'impérialisme britannique s'empêchait de donner ces quelques miettes aux classe dominantes de la société palestinienne mais en même temps trouvait un bouc émissaire vers lequel il pouvait orienter le mécontentement des Arabes de Palestine, toutes classes confondues. C'est là la raison pour laquelle le mouvement national palestinien dirigé par le Moufti 'Haj Amin el Husseini et les chefs de clans s'est soulevé tout d'abord et avant tout contre le sionisme et pas contre l'impérialisme anglais. Les dirigeants arabes ont longtemps tenté de persuader l'impérialisme anglais qu'ils sont au moins aussi capables que les sionistes de défendre les intérêts de l'empire et qu'il est de l'intérêt de Londres de cesser d'appuyer le sionisme contre le mouvement national arabe. Incapables de faire changer l'impérialisme anglais de position, les dirigeants palestiniens se tourneront au cours des années '30 vers le fascisme italien, puis, au cours de la seconde guerre mondiale vers l'impérialisme allemand. Cette politique va grandement faciliter la tâche des dirigeants sionistes, en renforçant le chauvinistard, il rejoindra le Parti Communiste Israélien pour le quitter à nouveau et finir ses jours comme sioniste repenti.
me anti-arabe des masses juives en Palestine.
L'impérialisme anglais a aussi largement facilité le développement du capitalisme sioniste en Palestine. Rares étaient les capitalistes juifs dans les métropoles impérialistes prêts à investir en Palestine. A part le textile et quelques branches secondaires, l'industrie sioniste n'a pas dépassé, jusqu'à la seconde guerre mondiale, le stade des petites manufactures. Pendant la guerre, la situation va changer: les difficultés de faire parvenir par voie maritime l'approvisionnement nécessaire aux troupes alliées en Orient va obliger ces dernières à se tourner vers la production locale. Le mandat britannique, conscient de la supériorité technologique de l'industrie juive en Palestine, va s'appuyer sur celle-ci et lui permettre de se développer à un rythme accéléré.
La grave crise qui va provoquer le déclin de l'impérialisme britannique au cours de la seconde guerre mondiale, va poser un problème sérieux au sionisme. En effet, il devenait évident que la bourgeoisie anglaise allait rapidement perdre l'essentiel de son pouvoir au Proche Orient. Un des objectifs du terrorisme anti-britannique pendant et après la seconde guerre mondiale sera de menacer ce dernier que s'il ne faisait pas de nouvelles concessions, le sionisme s'alignerait sur l'impérialisme américain, qui voulait prendre la place de la Grande Bretagne au Proche Orient. C'est ce que fera finalement le mouvement sioniste -non sans quelques âpres débatsse met(1) Pour une analyse détaillée de la Histadrout, cf. J. Taut, La nature de classe de la Histadrout, hébreu, Cahiers Rouges, n° 19, Jérusalem, 1977.
tant au service de Washington avec le même enthousiasme qui avait caractérisé la collaboration antérieure avec l'Empire britannique.
D. LA HISTADROUT -CATALYSEUR DE LA COLONISATION SIONISTE ET DE FORMATION DE L'ETAT ISRAEL
Contrairement à ce que l'on croit souvent, la Histadrout n'est pas une confédération de syndicats ouvriers, dans le sens où on l'entend généralement. S'il est vrai qu'il existe, au sein de la Histadrout, quelques syndicats, aucun membre de la Histadrout n'appartient à un de ces syndicats mais directement à la Histadrout, qui ramasse les cotisations et organise les membres à travers un énorme appareil, complètement indépendant des syndicats. Est membre de la Histadrout quiconque est inscrit à la Caisse de Santé de la Histadrout, la Koupat 'Holim, qui regroupe 80% des habitants d'Israël. Une séparation entre la Koupat 'Holim et la Histadrout provoquerait une chute vertigineuse des effectifs de cette dernière.
Nulle part au monde n'existe un organisme qui puisse être comparé à la Histadrout (1). Il ne s'agit pas ici de la ligne politique et de l'idéologie de sa direction, mais de sa structure et des divers secteurs de son activité économique et sociale qui recoupe presque tous les aspects de la vie -y compris militairejusqu'à la création de l'Etat d'Israël, dans la société sioniste. Si l'on examine, par exemple, le livre publié par la Histadrout à l'occasion de son 30° anniversaire, ce qui saute aux yeux ce n'est pas la rhétorique réformiste et opportuniste à laquelle nous ont habitués les directions bureaucratiques des grandes confédérations syndicales, mais le fait que sur 625 pages, 254 sont consacrées aux entreprises industriellês, bancaires et commerciales de la Histadrout, alors que 75 pages seulement sont consacrées au chapitre intitulé «la branche des affaires syndicales»; de plus, une grande partie de ce chapitre traite des affaires financières de la Histadrout. L'image que donne ce vaste rapport est celle d'un immense trust qui s'infiltre dans tous les secteurs de la société pour y développer ses affaires.
Il est impossible de comprendre la nature de la Histadrout et sa place dans la société israélienne actuelle sans analyser: 1) la formation et les spécificités de la classe ouvrière juive en Palestine; 2) la formation de la Histadrout et les divers stades de son développement, parallèlement au développement de la colonisation sioniste.
L'origine historique de la classe ouvrière israélienne est à la fois différente de celle de la classe ouvrière dans les métropoles impérialistes, et de celle de la classe ouvrière dans les pays coloniaux. Elle n'est pas non plus la continuité de la classe ouvrière juive d'Europe de l'Est; contrairement aux utopies naïves de Borochov et de ses disciples, le sionisme (2) Programme de fondation de la Histadrout, 1920, cité dans la carte de membre de la Histadrout, p. 3.
n'est pas parvenu à avoir un impact sur les travailleurs juifs.
Un des objectifs fondamentaux du mouvement sioniste sera de créer, ex nihilo, une classe ouvrière juive en Palestine, et la Histadrout sera l'instrument pour mener à bien cette entreprise. Comme le dit clairement la déclaration de fondation de la Histadrout, celle-ci devra «s'engager à former, comme produit de la colonisation, un nouveau type de travailleur juif»; ou encore, «La Confédération (Histadrout en Hébreu) Générale des Travailleurs Hébreux en Palestine unit et organise dans ses rangs tous les travailleurs (juifs, évidemment...) afin de traiter tous les problèmes d'implantation, économiques et culturels, de la classe ouvrière dans le pays, dans le but de construire la société du travail juif en Palestine» (2).
C'est donc le «mouvement sioniste ouvrier» qui a pris, dès 1920, la tâche historique de la bourgeoisie -dont le poids était infime -à savoir: créer la base d'un capitalisme juif et d'une classe ouvrière juive en Palestine. Ben Gurion résume très clairement la question en 1932: «Le peuple juif ne pourra se constituer dans sa patrie et le pays ne pourra être construit qu'avec une classe ouvrière forte numériquement et qualitativement. Mais la classe ouvrière ne sera créée qu'avec le peuple et son soutien matériel et social, ce qui nécessite un mouvement sioniste actif et doté d'un programme clair et juste. Un tel mouvement ne pourra exister que si le mouvement ouvrier devient un mouvement populaire de masse... Dans notre mouvement l'action de classe et l'action nationale sont étroitement liés et dépendant l'une de l'autre. » (3).
En 1936, il résume à nouveau le problème: «La question n'est pas uniquement d'organiser la classe ouvrière, mais de la créer, de la former et de l'enraciner en Palestine».
Un des problèmes de la direction sioniste en Palestine vers les années '20 sera d'asseoir son autorité sur les diverses vagues d'immigrants souvent réticents à toute forme d'autorité, et toujours liés à des organisations politiques et des institutions très autonomes les unes des autres. Dans cette bataille pour l'émergence d'«un pouvoir» central, la Histadrout et son dirigeant incontesté David Ben Gurion, joueront un rôle central.
Shabtai Tevet, un des meilleurs spécialistes actuels du sionisme, a décrit en détails le rôle de la Histadrout dans ce processus, dans un article publié dans Ha-arets du 17 avril 1981 et intitulé «L'origine de l'établissement de l'autorité». Entre autres, il écrit: «Il est important d'expliquer pourquoi Ben Gurion (qui était de 1921 à 1935 secrétaire général de la Histadrout, J.T.) avait tant besoin de cette autorité centrale. Celle-ci était nécessaire pour renforcer le sionisme, et plus précisément pour augmenter substantiellement l'immigration et créer une majorité juive en Palestine. Afin d'augmenter d'une façon permanente l'immigration, il fallait renforcer substantiellement les capacités d'intégration des immigrants. Ben Gurion craignait qu'en période (3) Ben Gurion, Mémoires, T. 1, p. 548 (1) Le rôle de la Histadrout dans la formation de l'appareil politique central du de chômage, les différentes autorités autonomes s'opposeraient à la poursuite de l'immigration ou essayeraient de la limiter... Ben Gurion a donc exigé que le Comité Exécutif (de la Histadrout, J.T.) ait le pouvoir d'imposer son autorité aux Conseils ouvriers (sic! -de la Histadrout, J.T.), les colonies agricoles et toutes les instances de la Histadrout, sur cette question avant tout. Il a exigé une politique centrale pour tout ce qui concernait l'immigration et l'intégration... Pendant la période de chômage, il a exigé que le Comité Exécutif ait le pouvoir d'orienter les travailleurs vers leur lieu de travail et de décider des capacités d'intégration de chaque colonie, urbaine et agricole. Il a clairement revendiqué le droit d'imposer la dictature du sionisme (c'est nous qui soulignons, J.T.). .... (Ces méthodes draconiennes) lui ont permis d'asseoir l'autorité de la Histadrout comme pierre de touche sur laquelle il voulait établir l'autorité de la direction sioniste sur l'ensemble de la population juive (de Palestine). C'est pourquoi le pouvoir ouvrier qu'il a mis sur pied est sans doute la base la plus solide sur laquelle a été bâti et constitué l'Etat d'Israël. La Histadrout a donc été la première organisation centrale à accepter le principe d'autorité au sein de la colonie juive, et par ailleurs la plus grande et la plus puissante. En tant que président de l'Agence Juive (la direction politique centrale du mouvement sioniste en Palestine, J.T.), Ben Gurion a pu bâtir sur l'autorité de la Histadrout les fondements de l'autorité sioniste sur l'ensemble de la population...ı (1). sionisme est confirmé par la biographie personnelle de Ben Gurion qui, de secrétaire général de la Histadrout, devient
Contrairement aux formes classiques de colonialisme, le sionisme n'a pas détruit les structures sociales antérieures en les soumettant aux lois du profit capitaliste, mais en créant une structure économique et sociale parallèle, où l'Arabe n'avait pas de place, même comme force de travail sur-exploitable. C'est bien pourquoi la classe ouvrière juive est non seulement le produit de la colonisation sioniste, mais est aussi intrinsèquement liée à elle. L'existence même du travailleur juif, son niveau de vie élevé, comparativement aux travailleurs arabes, dépend, pas moins que pour le Kiboutsnik, des progrès du sionisme et de l'élimination du travail arabe et de la production arabe. L'ouvrier juif a donc une double nature: d'une part, démuni des moyens de production, il doit vendre sa force de travail et est donc exploité par «sa» bourgeoisie, d'autre part, il fait partie et dépend du processus de colonisation sioniste. Cette double nature caractérise la classe ouvrière juive jusqu'à nos jours, quoi qu'elle change en fonction du développement du capitalisme israélien et de l'Etat sioniste (4).
En ce sens, la Histadrout n'exprime pas seulement certains intérêts bourgeois spécifiques dans le cadre de la colonisation sioniste, mais aussi les intérêts particuliers d'une classe ouvrière qui n'a pas rompu avec le sionisme.
Le lien organique qui a lié les travailleurs juifs en Palestine à la Histadrout n'a donc été en rien d'orprésident de l'Agence Juive puis premier ministre du nouvel Etat Juif. De même en est-il de la Hagana: à l'origine organisation armée de l'A'hdut Ha-'avoda (le parti de Ben Gurion), elle devient l'organisation armée de la Histadrout, puis de dre idéologique, mais découlait des besoins d'existence élémentaire dans le cadre de la colonisation sioniste. Mais la double fonction de la Histadrout -comme créatrice de la classe ouvrière, propriétaire d'entreprises et patron d'une part, et comme organisatrice de la classe ouvrière, de l'autreplace celle-ci dans une position contradictoire: elle doit d'une part défendre le travailleur juif face à l'«ennemi arabe» et prendre soin de ses privilèges, et de l'autre, défendre comme toute entreprise capitaliste ses profits, à l'encontre des intérêts des travailleurs qu'elle est censée organiser et défendre.
Car à côté du département des affaires syndicales qui organise les travailleurs, la Histadrout comprend toute une série d'autres branches qui représentent et défendent d'autres couches sociales: petits entrepreneurs, coopératives, Kiboutsim, paysans, propriétaires terriens, etc. Mais la contradiction est encore plus évidente si l'on considère un troisième aspect de cette institution: la 'Hevrat Ha-ovdim, immense empire économique comprenant les plus grandes entreprises industrielles du pays, des compagnies de contruction, d'assurances, une des plus grandes banques du pays, et employant plus d'un quart de la population active d'israël. Cet empire économique n'a évidemment rien de socialiste, et la rentabilité capitaliste qui guide ses choix l'oblige à exploiter les ouvriers qui par ailleurs en sont formellement les propriétaires. l'Agence Juive pour devenir finalement l'armée de l'Etat d'Israêl. (4) Sur l'aspect double de la classe ouvrière juive, cf. «Socialisme ou Massada», chapitre 5, Cahiers Rouges, n° II, seconde édition, Jérusalem, 1978.
Si aujourd'hui encore la Histoudrat est le plus grand employeur et le pus grand producteur du pays -après l'Etatelle l'était encore plus pendant les premières phases de la colonisation sioniste, force motrice essentielle de la formation d'un capitalisme sioniste. Des entreprises capitalistes «normales», dont l'activité aurait été déterminée uniquement par des considérations de rentabilité, n'auraient jamais pu réaliser les divers projets qui ont permis la formation d'un secteur capitaliste juif autonome en Palestine, y compris la création d'emplois pour les ouvriers juifs, bien moins rentables que les travailleurs arabes. C'est la capacité d'unir organiquement l'accumulation primitive et la classe ouvrière qui a fait de la Histadrout la clef de voûte de la formation d'une société juive autonome en Palestine, et qui explique, jusqu'à nos jours la puissance économique et politique de 1a Histadrout d'un part, d'autre lourd handicap qui pèse sur la classe ouvrière israélienne dans sa lutte pour l'indépendance de classe.
Mais cette intégration de la classe ouvrière à l'entreprise sioniste par le biais de la Histadrout eut été impossible si cette dernière avait dû réaliser l'accumulation par une surexploitation des travailleurs juifs (l'exploitation des travailleurs arabes étant évidemment exclue pour les raisons expliquées plus haut). C'est l'afflux sans précédent du capital -surtout juif, avant la création de l'Etat d'Israël et provenant des états impérialistes après 1948qui a permis à la fois la création d'une infrastructure industriellé relativement développée et moderne et un niveau de vie pour les couches populaires sans commune mesure avec la richesse réelle du pays (ce sujet, fondamental pour la compréhension de la formation sociale israélienne, nécessite une étude approfondie ce qui, vu les limites de cet article, ne pourra être fait ici).
Pendant la seconde guerre mondiale, mais surtout après la création de l'Etat d'Israël et davantage encore après la guerre de 1967, un secteur privé s'est fait une place non négligeable dans l'économie sioniste, et par des biais multiples, la Histadrout a créé de nombreux liens avec ce secteur. Le développement du capitalisme israélien et d'une classe ouvrière vont accentuer la lutte des classes et donc affaiblir les liens organiques entre la classe ouvrière et la Histadrout. Pourtant le caractère double de la classe ouvrière juive n'a pas disparu et ne pourra disparaître complètement que lorsque le sionisme ne sera plus capable de garantir, essentiellement par le biais de capital étranger, un niveau de vie et des conditions d'existence largement supérieures à celles qui existent dans le monde arabe avoisinant. E. LA PARTITION DE LA PALESTINE
ET LA CREATION DE L'ETAT SIONISTE
Les limites de l'Etat juif n'ont jamais été clairement définies et de tous temps ont été l'objet d'âpres discusions entre les différents courants sionistes. D'une façon générale on parlait d'Erets Israel (Terre d'Israël-Palestine). Le discours de Ben Gurion à l'occasion de la Conférence du Conseil Mondial des Poalei Sion en 1938 et son rapport devant la commission d'enquête royale (Com- mission Peel) en 1936-37 nous donnent une idée des conceptions les plus communes au sein du mouvement sioniste: «Nous avons jusqu'à présent été habitués à lire dans les documents officiels une approche limitative et exclusive de nos droits. C'est la première fois que nous pouvons entendre de la part d'une commission gouvernementale anglaise que la promesse qui avait été donnée au peuple juif impliquait, même si ce n'était pas explicite, la possibilité d'être la majorité et de former un Etat juif indépendant, et pas seulement dans une partie de la Palestine, mais dans l'ensemble d'Erets-IsraëlPalestine, dont les frontières ne sont pas définies et ont plusieurs fois changé, mais dont personne ne peut nier qu'elles comprennent la TransJordanie, c'est-à-dire ce qui a été donné à l'Emir Abdallah, mais aussi la partie nord, au-delà de Yarmouk, et qui se trouve actuellement sous mandat français... Cet Etat juif qui nous est proposé aujourd'hui, même si des changements qui nous soient favorables sont possibles, n'est pas le but du sionisme. Dans un territoire si limité, il est impossible de résoudre la question juive. Certes, cela peut être une étape importante dans la voie de la réalisation du grand sionisme, et permettre de constituer rapidement dans le pays une force juive qui nous conduira à notre objectif historique... La Commission ellemême n'ignore pas combien le territoire qu'elle nous propose pour l'Etat juif est restreint, et que le projet de transfert de population arabesit possible de bon gré, sinon par la (1) Cité par Israel Sha'hak, Le sionisme de la bouche de ses dirigeants, Jérusalem, 1978, pp. 40-41. lam 1079 formepeut permettre d'élargir la colonisation juive. » (1).
Cette déclaration d'intention expansionniste n'est pas, de la part de Ben Gurion, une réthorique abstraite. S'il est vrai que le mouvement sioniste officiel a finalement «renoncé» à la Trans-Jordanie -contrairement au Etsel de Menahem Beginpour des considérations pragmatiques et real-politiques internes et externes, c'est, comme le montre cette citation antérieure de 10 ans au projet de partition, comme solution provisoire uniquement. Il s'agissait ensuite d'acquérir de nouvelles forces afin d'achever, en une seconde étape, les véritables objectifs historiques du sionisme. L'occasion s'est présentée en 1967, et l'Etat juif s'est effectivement approprié l'ensemble du territoire sous mandat britannique, les territoires au-delà du Yarmouk (le plateau du Golan), ce qui manque encore (?) étant la partie du Liban se trouvant au sud du Litan.
Le colonialisme sioniste ne s'est pas fait dans le vide, mais sur la base d'un plan très précis et cohérent. Comme l'écrit très justement Jon Rothschild, «La partition était dans une large mesure la reconnaissance d'un Etat de fait, dans la mesure où existait déjà en Palestine une communauté juive indépendante avec une conscience nationale développée et un appareil d'Etat expérimenté.» (2).
Ce qu'il fallait à ce stade, c'était d'éloigner du pays le pus grand nombre possible de Palestiniens, neutraliser ceux qui restaient et se préparer à de nouvelles conquêtes, tout cela en plein accord avec le plan que Ben (2) Intercontinental Press, 29.10.73
Gurion avait clairement défini plus de 10 ans auparavant.
Agissant dans un certain cadre international, les sionistes se devaient de sauver une façade «humaniste» et de cacher leurs projets réels d'expulsion des Arabes de Palestine. Pourtant, entre 1948 et 1949, 80% de la population palestinienne a été expulsée et expropriée: certains ont été expulsés dans le plein sens du terme, d'autres se sont enfuis à la suite d'actions terroristes de la Hagana et du Etsel dont le but était précisément de créer une panique au sein de la population palestinienne, d'autres encore ont quitté leur domicile dans le but de revenir dès la fin des hostilités, une fois qu'un des deux camps aurait vaincu. Cette possibilité ne leur a jamais été donnée par le vainqueur sioniste.
La direction palestinienne a agi avec une irresponsabilité criminelle. Elle n'a pas essayé de convaincre les Palestiniens de rester et de tenir tête aux pressions sionistes. C'est ce qui a permis d'inventer la légende selon laquelle les Palestiniens ont quitté de plein gré leur patrie et leurs maisons, légende à laquelle croient non seulement une grande partie de la jeunesse juive, mais nombre de courants libéraux et socialistes.
Ecoutons la vérité de la bouche d'un des dirigeants sionistes les plus prestigieux, qui affirme fermement que ce qu'il dit reflétait l'opinion générale au sein de la direction sioniste: «Après la (seconde) guerre (mondiale) la question de la Palestine et la question juive sortiront du cadre du «développement»; entre nous il s'agit d'être clairs: il n'y a pas de place pour deux peuples. Aucun «déve(3) Y. Weitz, Journal, cité par Israel Shahak, op. cit. p 57-58.
loppement» ne nous raprochera de notre objectif, à savoir être un peuple indépendant dans ce petit pays. Si les Arabes le quittent, nous aurons à notre disposition un large pays; s'ils restent, par contre, le pays restera pauvre et étroit. Quand la guerre s'achèvera pr la victoire des Anglais, et lorsque les peuples siègeront pour faire justice, notre peuple devra présenter devant eux ses exigences et ses revendications; la seule solution que nous proposerons est la Palestine, ou au moins la Palestine occidentale, vide d'Arabes. Il n'y a pas de place pour des compromis! L'action sioniste qui s'est concentrée sur la préparation et l'établissement des fondements de l'Etat hébreu en palestine était valable et utile en son temps, et pouvait se contenter de l'«achat de terres»; elle ne pouvait donner à Israël un Etat. Celui-ci doit venir d'un seul coup, comme une espèce de rédemption. C'est bien là le fond de l'idée messianique. Et il n'existe pas de possibilité autre que le transfert des Arabes vers les pays avoisinants, les transférer tous, sauf peut-être ceux de Betlehem, Nazareth et la vieille ville de Jérusalem. Il ne faut laisser aucun village, aucune tribu. Le transfert doit être orienté vers l'Iraq, la Syrie, voire même la Transjordanie. Pour ce projet, nous trouverons de l'argent, même beaucoup d'argent. Ce n'est qu'après ce transfert que nous pourrons intégrer des millions de nos frères, et mettre ainsi fin à la question juive. Il n'y a pas d'autre issue.» (3).
On ne pouvait poser de façon plus concrète, et ceci 8 ans avant la conquête de la plus grande partie de la Palestine et l'expulsion de la gran- de majorité de sa population, ce qu'était le projet sioniste. En 1947, vivaient dans les territoires qui allaient devenir l'Etat d'Israël, 800.000 Palestiniens. Début 1949, il n'en restait plus que 133.000 (4).
L'idée selon laquelle les Britanniques ont été obligés de quitter la Palestine à cause de l'action armée des groupes terroristes sionistes, repose sur une légende. Le repli britannique a été en fait le fruit de bouleversements profonds dans la situation mondiale et de changements dans les rapports de force entre les pays impérialistes.
La Grande Bretagne sort exténuée de la seconde guerre mondiale. Son empire s'écroule et une partie de plus en plus importante passe sous l'hégémonie de l'impérialisme américain; ce processus n'épargne évidemment pas le Proche Orient: le pétrole, entre autres, devient progressivement le monopole de trusts américains. Les Anglais exigent de Washington un soutien financier et militaire pour continuer à garder sa main mise sur la Palestine, ce que les Américains, bien entendu, refusent. Il ne reste plus à l'armée et à l'administration britanniques qu'à plier bagages pour se maintenir uniquement en Transjordanie, dans la Péninsule arabique et sur le Canal de Suez, d'où ils seront expulsés un peu plus tard.
Le pouvoir britannique direct sur la Palestine va être remplacé par (4) La nécessité sioniste de spolier et d'expulser les Arabes de Palestine se trouve déjà de façon claire et explicite chez Herzl, qui est souvent présenté comme un sioniste libéral. Dans son Journal, il écrit entre autres: «Il nous faut retirer petit à petit les terres privées des mains de leurs propriétaires.
un pouvoir indirect de l'impérialisme américain. L'Etat juif «indépendant» poursuivra le rôle de gendarme des intérêts impérialistes que les institutions sionistes avaient joué auparavant.
Le roman d'amour entre le sionisme et le Kremlin entre 1947 et 1950 aura un impact réel sur les développements politiques et diplomatiques qui aboutiront à la création de l'Etat d'Israël, et sera la cause d'une sympathie profonde de la «gauche» sioniste pour l'Union Soviétique stalinienne. Mais il sera éphémère. Le brusque tournant antisioniste du début des années '50, voire antisémite (procès des médecins juifs à Moscou, assassinat de Rajk en Hongrie, procès Slansky en Tchécoslovaquie) et le début de la guerre froide mettront de part et d'autre fin à l'idylle entre sionisme et stalinisme. Pourtant, aussi éphémère fut-elle, cette alliance aura un impact prolongé sur le mouvement de masses dans l'Orient arabe. Le vote de Gromiko à PONU en faveur de la partition, ses discours fanatiques en faveur du sionisme, la reconnaissance de l'Etat juif -même avant Washingtonet l'envoi d'armes tchèques aux unités de la Hagana qui organisaient l'expulsion en masses des Arabes de Palestine, vont permettre à la réaction arabe de lancer une campagne anticommuniste efficace, et donner un coup mortel aux partis communistes arabes. Parallèlement, les campaLes populations pauvres -nous essayerons de les transférer discrètement de l'autre côté de la frontière. Quoi qu'il en soit, dans notre pays, nous ne les empêcherons pas d'avoir un quelconque emploi.» T. Herzl, Oeuvres Choisies, T. 7, Livre I, p. 86.
gnes antisémites en URSS et dans les démocraties populaires vont mettre définitivement fin à la sympathie qu'éprouvaient de larges couches de la population juive en Palestine envers l'URSS, voire envers une certaine idée du communisme, après la victoire de l'Union Soviétique sur le
Nazisme.
A cause de la politique criminelle du stalinisme, ce ne seront pas seu-
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Martel izac lement la direction sioniste et la réaction arabe qui seront complètement alignés sur les positions et les intérêts de l'impérialisme; au sein de l'immense majorité des masses arabes et juives vont dominer l'idéologie anticommuniste et la haine de l'Union Soviétique qui, plus de 30 années plus tard, continuent à imprégner les sentiments populaires que ce soient dans les Etats arabes ou dans l'Etat sioniste.