Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 3e série n° 7

Austérité, rémilitarisation, contre-révolution

Quatrième Internationale, 3e série n° 7 · janvier-février-mars 1982 · p. 3-13 · 3 740 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Aujourd'hui, une contre-offensive internationale du Capital se développe autour de trois axes : offensive d'austérité ; offensive de remilitarisation ; offensive de refoulement des révolutions en cours. Cette offensive constitue la riposte de la bourgeoisie internationale aux menaces accrues qui pèsent sur la survie de son système. Celles-ci résultent de la dépression économique de longue durée que le système subit depuis la fin des années soixantes, de la déterioration des rapports de force mondiaux qu'il subit depuis la défaite impérialiste en Indochine en 1975, et des avances de la révolution, avant tout en Amérique Centrale. Un nouvel Etat ouvrier peut y naître au Nicaragua ; la vague révolutionnaire s'étend au Salvador et au Guatemala, déstabilisant dans le règne de l'impérialisme et du Capital toute la région (1). Ainsi, cette contreoffensive vise, à des niveaux différents, la classe ouvrière mondiale, le mouvement de libération anti-impérialiste et les Etats ouvriers.

Il y a une action réciproque entre tous les éléments de la crise accentuée de l'impérialisme et de sa riposte devant cette crise. La remilitarisation constitue une riposte à la longue dépression économique, dans la mesure où elle permet d'accroître les investissements et les commandes dans le seul secteur de l'économie capitaliste où il n'y a ni manque de débouchés ni crise de la mise en valeur du capital : le secteur d'armement.

Mais la remilitarisation implique aussi une redistribution des dépenses publiques aux dépens des dépenses sociales et en faveur des dépenses d'armement, surtout dans la mesure où la part totale des dépenses publiques dans le revenu national ne peut pas s'accroître au-delà d'un certain seuil, dans les conditions socio-économiques actuelles, et où le ralentissement de la croissance économique à long terme signifie que le montant absolu des dépenses publiques croîtra lui-aussi à un rythme plus lent. La remilitarisation implique donc automatiquement une austérité accentuée. Il n'y a plus moyen d'assurer à la fois le beurre et les canons, même pour les pays impérialistes les plus riches.

La remilitarisation implique un effort pour doter l'impérialisme d'une force d'intervention plus puissante, plus mobile, plus indépendante dans l'immédiat des grands mouvements d'opinion publique, afin d'assurer une action contre-révolutionnaire plus efficace avant tout en Amérique Centrale et au Moyen-Orient, mais aussi en Afrique australe dans la Corne d'Afrique et en Asie de l'Est et du Sud-Est, voire dans l'Océan Indien. Cette remilitarisation vise aussi à renforcer les rapports militaires entre l'impérialisme et les classes dominantes de certains pays dits du « tiers-monde ». La remilitarisation renforce donc la contre-révolution, afin d'arrêter la déterioration des rapports de force pour l'impérialisme, surtout après la chute du Shah et celle de Somoza. Nous n'en sommes encore qu'aux phases initiales de cette riposte, qui commença à la fin de l'administration Carter et au début de l'administration de Mme Thatcher, et qui s'accentue sous l'administration Reagan. Pour le moment, ses succès sont limités, malgré l'ampleur de plus en plus spectaculaire des mesures prises. C'est que contrairement à ce qui fut la situation dans la période 1929 - 1939, aucune fraction importante de la classe ouvrière mondiale n'a subi de défaite grave, voire décisive avant ou dès le début de la crise. Au contraire, le mouvement ouvrier entre

AUSTERITE, REMILITARISATION, CONTRE REVOLUTION 5 dans celle-ci avec des forces accrues, en fonction même de ce qui s'était passé pendant les deux décennies précédentes. Malgré une désorientation et un désarroi politiques patents face à la dépression, face à la contre-offensive militariste et contre-révolutionnaire impérialiste, sa résistance devant les attaques contre le niveau de vie acquis (salaires réels, sécurité sociale, infrastructure sociale) et devant la nouvelle étape de la course aux armements est tenace. Le Capital doit se battre pour chaque pouce de terrain.

La désynchronisation entre l'évolution des rapports de force socio-politique (dans lesquels entrent évidemment un mouvement anti-impérialiste et un ensemble d'Etats ouvriers infiniment plus forts qu'au début des années "30) et les besoins objectifs du Capital font que la crise sera longue, qu'aucune solution radicale en faveur du capitalisme n'est en vue avant longtemps. Contrairement aux apparences, nous ne nous trouvons nullement à la veille de la troisième guerre mondiale. Sans une défaite de secteurs décisifs du prolétariat mondial, celle-ci ne peut pas éclater.

L'offensive de remilisarisation de l'impérialisme s'est heurtée à une résistance et à une riposte dont il n'avait pas prévu l'ampleur. Eu Europe capitaliste, les manifestations de masse contre les armes nucléaires et contre la tentative de l'impérialisme d'y installer les fusées Pershing et Cruise ainsi que la bombe à neutrons ont fait descendre dans la rue plus de deux millions de personnes, à Bonn, à Londres, à Madrid, à Barcelone, à Bruxelles à Amsterdam, à Rome, à Milan, à Paris et ailleurs. Il s'agit de la vague de manifestations la plus importante que l'Europe ait connue depuis la guerre du Vietnam, voire depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Elle se prolongera.

Les marxistes révolutionnaires participent avec résolution et enthousiasme à ces mobilisations. Ils y défendent des mots-d'ordre qui entraînent objectivement le désarmement unilatéral de l'impérialisme. Ils y voient un moyen d'affaiblir dans l'immédiat l'ennemi de classe, avant tout, celui de leur propre pays, ce qui met des obstacles supplémentaires sur la voie des préparatifs de guerre. Ils mettent en avant des propositions de coordination internationale des manifestations anti-guerre, d'une journée internationale de lutte contre le réarmement. Ils s'efforcent d'être les meilleurs organisateurs de ces mobilisations, sur base unitaire. Ils s'efforcent avant tout d'obtenir un engagement de plus en plus large du mouvement ouvrier organisé, de la classe ouvrière, dans le mouvement anti-guerre, ce qui est loin d'être acquis dans tous les pays.

Un aspect important des manifestations anti-guerre actuellement en cours, c'est qu'elles accentuent la prise de conscience de larges masses des dangers terrifiants qu'impliquerait une troisième guerre mondiale nucléaire. Contre les tentatives de sa « banalisation » de la bourgeoisie et ses agents idéologiques, les masses laborieuses sentent d'instinct que la guerre nucléaire menace la survie de la civilisation matérielle, voire la survie du genre humain tout court.

Jouer de manière criminelle avec l'idée d'une « guerre nucléaire victorieuse », c'est jouer à la roulette russe avec l'existence même de l'humanité. La bureaucratie soviétique, elle aussi, a senti cette pression. Elle est revenue plus ou moins officiellement de la doctrine militaire, irresponsablement formulée au cours des années 60, visant à « préparer la victoire dans la guerre nucléaire » (2).

Dorénavant, des secteurs de plus en plus amples de l'humanité, et la quasi-totalité du mouvement ouvrier organisé ont compris que le but à atteindre doit être celui d'éviter la guerre nucléaire, et à cette fin, de détruire toutes les armes nucléaires et d'empêcher leur fabrication. Dans la mesure où les larges mobilisations antiguerre et anti-nucléaire, actuellement en cours, accentuent cette prise de conscience auprès de larges couches de la classe ouvrière et de la petite-bourgeoisie, elles nous rapprochent de ce but, en plaçant des obstacles politiques et sociaux supplémentaires sur la voie des préparatifs de guerre de l'impérialisme.

Elles nous rapprochent de ce but : mais elles sont, en ellesmêmes, insuffisantes pour l'atteindre. Autant nous sommes convaincus que vu les rapports de force actuels dans le monde, avant tout les rapports de force au sein même des principaux pays impérialistes, il n'y a pas d'imminence à la guerre nucléaire mondiale, ni de possibilité de la déclencher à court et à moyen terme, autant nous restons convaincus qu'il existe un grave danger de guerre nucléaire mondiale à long terme, et ce pour deux raisons fondamentales.

D'abord en fonction même de la gravité de la dépression économique de longue durée que connaît l'impérialisme, la tentation de trouver une issue à cette crise comme en 1939 deviendra de plus en pus forte. Elle le deviendra d'autant plus que les

AUSTERITE, REMILITARISATION, CONTRE REVOLUTION 7 armes pour la déclencher seront présentes et qu'il y a une « logique », - fût-ce une logique démentielle - dans la course aux armements. Elle implique un effort soutenu pour obtenir à un moment déterminé un avantage technologique et opératif tel que le « prix » à payer pour la guerre pourrait, du côté de l'agresseur être « réduit » dans l'immédiat, à des centaines de millions de morts et les responsables impérialistes pourraient de ce fait, caresser l'espoir - réaliste ou non, cela est une autre question - d'en sortir indemnes, eux-mêmes et leurs proches.

A ce propos, il faut bien souligner que même si les fusées Pershing et Cruise, ainsi que la bombe à neutrons, ne s'installent pas en Europe, cela ne réduit nullement les menaces d'holocauste nucléaire. Cela signifie seulement que l'humanité ne risque que d'être détruite quatre fois au lieu de l'être cinq fois, pour reprendre une autre formule démentielle. Les accords Salt, dont tant de pacifistes se font les thuriféraires, ne suppriment nullement la course aux armements, y compris aux armements nucléaires, ne supprimant donc nullement les risques de guerre nucléaire. Ils subsistent seulement une course aux armements mesurée, contrôlée, à une course aux armements dont la dynamique échappe par trop à ses protagonistes. (3) Avec des accords de ce genre, nous continuons à vivre sur une planète sursaturée d'armes de destruction massives, qui risquent tôt ou tard d'être utilisées.

Cela est d'autant plus vrai qu'en fonction même des changements survenus dans le monde depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, de la victoire de la révolution chinoise à celle de la révolution indochinoise, la « solution » que l'impérialisme aux absis pourrait finalement chercher à sa crise dans la guerre réside à la fois dans la logique propre de celle-ci (à savoir un nouveau cycle de destruction massive / reconstruction massive du Capital sur une échelle colossale), et dans l'objectif politique, économique et social qu'elle poursuivrait : refouler de manière décisive l'aire géographique aujourd'hui soustraite à la mise en valeur directe par le capital. Rétablir le record de production capitaliste là où il n'existe plus même au prix d'une hécatombe est une affaire « rentable » du point de vue de la logique de l'économie de marché et de concurrence, qui ne tolère à la longue aucune limite géographique à son expansion.

Voilà pourquoi les marxistes révolutionnaires combattront les idéologies pacifistes. A la longue, la guerre nucléaire mondiale risque d'être déclenchée par le grand Capital, si celui-ci conserve la base matérielle et le pouvoir d'Etat pour ce faire. Oui, le capitalisme continue de porter en lui la guerre comme la nuée l'orage. Si le capitalisme survit, la guerre risque de devenir inévitable, et l'humanité de périr.

La seule manière d'en finir une fois pour toutes avec la menace des armes de destruction massive, c'est l'expropriation du capital, la suppression de la propriété privée, l'abolition des Etats nationaux souverains ; c'est la création d'une Fédération Socialiste Mondiale au sein de laquelle les travailleurs détiendront le pouvoir démocratiquement, et auront donc la possibilité d'interdir et d'empêcher la fabrication de toutes les armes meurtrières, de détruire une fois pour toutes les stocks d'armes existants.

Pour tous ceux qui sont lucides en la matière, c'est aujourd'hui l'argument le plus puissant qui soit en faveur de la révolution socialiste mondiale. Il n'y a pas d'autre moyen d'empêcher à la longue l'holocauste nucléaire de l'humanité. Toute idée d'un désarmement radical sous le capitalisme, c'est-à-dire avec la survie de la propriété privée de la production (y compris de la production d'armes) pour le profit, et de la concurrence est la pire des illusions et des utopies. Plus débile encore, l'idée d'empêcher à tout jamais la guerre, tout en poursuivant la production massive d'armements. Il y a une deuxième raison pour laquelle les mobilisations antiguerre en cours et qui iront en s'élargissant, ne suffisent pas en elles-mêmes pour éliminer le danger de guerre et d'holocauste nucléaire. C'est que l'obstacle principal qui empêche l'agresseur impérialiste d'accomplir aujourd'hui ou demain sa sale besogne, la force de résistance du mouvement ouvrier, risque de ne pas subsister de façon illimitée dans le temps. Ici joue un autre aspect de la dialectique entre « austérité, remilitarisation et contrerévolution », sur laquelle les marxistes ont également le devoir d'attirer l'attention de l'avant-garde. La classe ouvrière est entrée dans la grande dépression des années '70 et '80 avec tout l'acquis d'une longue phase de renforcement organique et organisé. Sa force de résistance n'a donc pas été entamée par la première vague de chômage qui a accompagné l'offensive d'austérité du capitalisme.

Il faut aussi souligner le fait qu'une des conquêtes de la sécurité sociale, c'est une assurance chômage qui, quoique fort différente de pays en pays, a considérablement amorti le choc du chômage pour des secteurs importants de la classe ouvrière des pays impérialistes, dans une mesure tout à fait différente de ce qui est arrivé au cours de la période suivant le crach de 1929. En outre, le chômage a frappé d'abord les couches les plus faibles et les moins organisées de la classe ouvrière: femmes, jeunes, travailleurs immigrés. Il laissa presqu'intacte la force des travailleurs organisés des grandes entreprises (les Etats-Unis constituaient l'exception partielle à la règle, ce qui s'est d'ailleurs traduit par un affaiblissement prononcé de leur mouvement syndical dès le début des années "70).

Mais au fur et à mesure que la dépression se prolonge, le socle permanent du chômage qui est atteint lors de chaque récession successive, et qui ne disparaît plus lors de chaque reprise (relativement faible) qui lui succède, s'élève de plus en plus. Rien que pour les seuls pays impérialistes, il est passé de dix millions de chômeurs en 1970 à vingt millions vers 1975 pour atteindre près de trente millions actuellement. Ce chiffre ne pourra que s'élever davantage pendant toute la durée de la dépression, car la 3ème révolution technologique se poursuit, la micro-électronique fait des coupes sombres dans l'emploi de secteurs entiers, les investissements se cantonnent de plus en plus dans le seul domaine des investissements de rationalisation.

Or, un chômage massif, structurel, durable, affaibli à la longue la classe ouvrière et ses organisations organiquement, surtout lorsqu'il commence à entamer les « gros bataillons » des grandes entreprises et des secteurs traditionnellement les plus combatifs (sidérurgie, automobile). Chômage et peur du chômage finiront par entamer le potentiel de combat des masses laborieuses, si le mouvement ouvrier s'avère incapable d'abord de lui opposer un projet politique d'ensemble crédible qui permette d'y porter remède, ensuite de réaliser ce projet dans les faits. Il est illusoire de croire que la combativité des masses puisse résister pendant une période illimitée à la déterioration des conditions de vie et de travail du prolétariat, si celle-ci s'accompagne d'une incapacité durable du mouvement ouvrier d'assurer la percée vers le socialisme.

Une situation, dans laquelle aucune des deux classes fondamentales de la société ne peut imposer sa solution à la crise sociale, ni le Capital, du fait de la force objective du Travail, ni le Travail, du fait de sa faiblesse subjective, ne peut durer indéfiniment. Elle implique la prolongation de la crise du système, qui alors s'exacerbe et conduit inéluctablement à des affrontements qui tranchent dans un sens ou dans l'autre. Il en fut ainsi entre 1923 et 1938. Il en sera de même aujourd'hui.

Entre l'obstacle que représente la force du mouvement ouvrier sur la voie de la guerre, et la lutte contre l'austérité, il y a une interaction évidente. Si la classe ouvrière ne réussit pas à défendre ses intérêts matériels, sa capacité de riposte politique finira par s'en éroder. Les autres couches sociales capables de se mobiliser contre la guerre n'ont pas le poids social suffisant pour arrêter les bras criminels de l'impérialisme.

La médiation est encore plus précise: l'offensive d'austérité et de remilitarisation pourra aboutir tôt ou tard à des atteintes croissantes aux droits démocratiques des travailleurs, c'est-à-dire à une « contre-réforme », voire une contre-révolution politique dans les métropoles, prolongeant les tentatives contre-révolutionnaires de par le monde. Cette tendance s'est déjà manifestée en Turquie. Elle s'esquisse en Espagne. Elle est présente en filigrane dans les attaques contre le droit de grève et les libertés syndicales (par exemple la tentative de briser un syndicat comme celui du PATCO), en Grande-Bretagne, aux EtatsUnis et au Portugal. Elle se prépare idéologiquement dans l'offensive de la « nouvelle droite » contre l'idée même d'égalité politique formelle des citoyens et contre le suffrage universel.

Cela non plus n'est pas fortuit ; c'est la prolongation naturelle de l'offensive d'austérité. Dans la mesure où celle-ci lèse les intérêts de la grande majorité des électeurs, au profit d'une poignée de riches, elle comporte le risque politique, du point de vue du Capital, de déboucher sur une défaite électorale des forces conservatrices, comme ce fut le cas en France et en Grèce. Austérité + démocratie parlementaire bourgeoise = victoire électorale des partis ouvriers : si l'équation se répète trop souvent, le Capital ne remettra pas en question la politique d'austérité, condition indispensable pour une remontée du taux de profit. Il remettra en question la démocratie parlementaire bourgeoise.

L'offensive de remilitarisation a aussi pour but de renforcer le dispositif idéologique et les instruments techniques pour traduire un tel projet dans les faits.

Ce sont des menaces graves qui pèsent sur l'avenir du mouvement ouvrier, du prolétariat et de l'humanité toute entière. Ce serait indigne de marxistes de les cacher ou de les sousestimer. Bien au contraire : c'est en comprenant pleinement l'enjeu décisif de la « course de vitesse » qui a commencé en 1968, que les marxistes révolutionnaires, que l'avant-garde du mouvement ouvrier et ses alliés, pourront œuvrer avec la lucidité, la résolution et l'énergie nécessaires pour aboutir au renversement du Capital dans ses principaux bastions, seul moyen d'éviter à la longue le désastre de nouvelles dictatures sanglantes et d'une nouvelle guerre catastrophique.

Le règne du Capital peut être affaibli dans les pays semicoloniaux et dépendants, par les progrès de la révolution qui ne cesseront de s'y produire. Il peut être affaibli par les progrès de la révolution politique dans les Etats ouvriers bureaucratisés. Il ne peut être renversé - et les dangers de nouvelles dictatures totalitaires et d'une nouvelle guerre mondiale définitivement éliminés - que s'il est renversé dans les métropoles.

Or, ce qui domine aujourd'hui la situation, et ce qui la dominera encore, en règle générale pendant toute une période, ce n'est ni l'imminence de la guerre, ni l'imminence de la dictature, mais au contraire la capacité de résistance de riposte massive des travailleurs, leur volonté unitaire comme celle de rompre avec la politique d'austérité et de remilitarisation et ce malgré le poids du chômage, la durée déjà longue de la crise et l'impuissance désolante des appareils bureaucratiques du mouvement ouvrier de lui faire face.

Ce sont ces traits de la situation qui expliquent fondamentalement la victoire de Mitterand en France, la montée de la gauche travailliste en Grande-Bretagne, la paralysie des gouvernements bourgeois qui se succèdent en Italie. Rien ne laisse prévoir un renversement rapide de cette tendance. Elle continuera à moyen terme, quand bien même on assisterait à un retour au pouvoir possible des sociaux-chrétiens en République Fédérale Allemande ou une défaite électorale du Labour en Angleterre.

Non seulement le prolétariat européen conserve intactes ses ressources objectives et subjectives pour renverser la vapeur. Mais l'exemple magnifique de l'auto-organisation et les luttes de dix millions de travailleurs polonais dans la révolution politique antibureaucratique démontre, après l'exemple de mai 68 en France et de « l'automne chaud » en Italie, jusqu'à quel point le prolétariat est potentiellement capable de prendre en main la direction et la réorganisation socialiste de toute la société, et de la sortir de la crise en portant d'un seul coup l'humanité à un niveau supérieur de civilisation.

C'est de ces réalités, c'est de ces possibilités, c'est de cette nécessité qu'il faut s'inspirer pour s'insérer encore plus profondément dans les luttes ouvrières et populaires, pour devenir partie prenante de la recomposition du mouvement ouvrier pour forger à temps l'instrument qui fait défaut au prolétariat pour que la période historique ouverte en 1968 se termine par sa victoire : la direction révolutionnaire de rechange des travailleurs, leur nouveau parti révolutionnaire de masse, c'est la tâche de la IVéme Internationale.

En Europe, se trouvent réunies aujourd'hui les meilleurs conditions pour renverser, dans les années à venir, les bastions-clé du capitalisme ; cette victoire se répercuterait rapidement au Japon et en Amérique du Nord.

C'est là que se trouvent réunies les meilleures conditions pour resoudre la crise historique du facteur subjectif, la crise de la conscience de la classe ouvrière et de la direction révolutionnaire des secteurs décisifs du prolétariat. C'est là que se mèneront les batailles décisives et qu'elles pourront déboucher sur une modification radicale de l'image même du socialisme. Aux révolutionnaires, aux travaileurs d'avant-garde d'œuvrer avec le maximum de sens de responsabilités pour qu'elles soient gagnées. Rarement dans l'histoire l'enjeu a été aussi important et aussi lourd de conséquences. Notre engagement doit être conforme à cet enjeu.

ler décembre 1981 Quatrième Internationale

AUSTERITE, REMILITARISATION, CONTRE REVOLUTION 13 Notes (1) Voir l'éditorial du n°6 de « Quatrième Internationale » :

« Révolution et contre-révolution en Amérique Centrale » ; le dossier sur l'Amérique Centrale paru dans « Imprecor » n° 113 du 23 novembre 1981, et l'appel du Secrétariat Unifié de la

IVe Internationale pour la défense de la révolution centreaméricaine, paru dans « Imprecor » n° 114 du 7 décembre 1981. (2) Voir un livre récent paru à Moscou sous le titre « La Menace pour l'Europe » qui, selon l'agence Tass (dépêche du 18 novembre 1981) récusait explicitement la doctrine dite du maréchal Sokolovski: « Il serait profondément erroné de substituer à la doctrine militaire des années 80 les conceptions des années 60 qui ont figuré dans les ouvrages théoriques soviétiques..Dans les nouvelles conditions des années 70 et du début des années 80, la doctrine militaire soviétique, loin de parler de remporter la victoire dans une guerre nucléaire, met encore davantage l'accent sur sa prévention ». (3) Il faut cependant mettre en relief le fait que des dépenses militaires représentent une charge beaucoup plus grande pour l'économie soviétique que pour celle des Etats-Unis, la production matérielle n'y dépassant pas fortement la moitié seulement de celle des

USA. Dans ces conditions, la course aux armements illimitées et incontrôlée constitue un véritable désastre pour l'URSS et crée des problèmes graves pour la stabilité relative de la dictature bureaucratique. Celle-ci est donc davantage intéressée que l'impérialisme ait des accords du type Salt, alors que Washington peut voir dans la relance de la course aux armements un moyen de « déstabiliser » l'économie et la société soviétiques.

Une erreur sur cette page ?