Pour comprendre le caractère spécifique de la société britannique, il faut partir de la constatation suivante: la Grande-Bretagne n'est pas une société capitaliste quelconque. Pendant deux siècles, elle fut la plus grande puissance capitaliste et le premier Etat impérialiste du monde.
Cela a eu des conséquences sur les bases mêmes et sur l'aspect particulier de toutes les couches sociales fondamentales. Cela a assuré à la classe dominante des réserves énormes, lui permettant d'acheter la classe ouvrière. Aujourd'hui, le problème est que la classe dominante, au moins en partie, ne peut plus se permettre de faire les concessions qu'elle avait faites pendant des années. Ce qui est plus, le succès même de l'impérialisme britannique, la construction de l'empire avec son énorme capital financier et bancaire a aidé à créer les conditions du déclin spectaculaire d'aujourd'hui, de même que de l'explosion de toutes les contradictions internationales au sein de l'économie et de la société nationale.
L'histoire impérialiste de la Grande-Bretagne explique également pourquoi la bourgeoisie britannique fut la première à développer ce que Trotsky a décrit comme la forme parfaite, achevée, de la domination bourgeoise. Il ne se référait pas à Margaret Thatcher ou à ses adversaires d'aujourd'hui. Il voulait souligner la connection réciproque de deux éléments: la démocratie bourgeoise, à savoir un Etat qui se présente comme le représentant du peuple dans son ensemble alors qu'en réalité il est au service de la classe capitaliste, et une bureaucratie ouvrière, qui est à la base de cette démocratie et qui contrôle la classe ouvrière en l'empêchant de défier ce système démocratique bourgeois.
Contrairement à ce qu'explique le «bon sens» du mouvement ouvrier, c'est cette bureaucratie -plus que le parti conservateurqui est le bastion ultime de l'impérialisme et de la classe dominante britannique.
Sans la bureaucratie ouvrière, ceuxci ne pourraient pas surmonter une crise majeure.
LE PARTI CONSERVATEUR
Le parti conservateur est le parti politique le plus vieux du monde. Son origine remonte directement à la période 1685-1688 et indirectement à l'année 1640. Il ne fut jamais le parti le plus important de la bourgeoisie industrielle. Ce rôle fut joué par un secteur des Whigs et ensuite, sous une forme plus centralisée, par le parti libéral. Le parti conservateur a représenté les forces les plus arriérées, archaïques et réactionnaires, dans le pays socialement le plus avancé du monde.
Comment ce dinosaure politique put-il devenir le parti le plus important de la classe dominante? Avant 1848, le parti conservateur se divisa sur le problème de l'abrogation de la Corn Law, il fut réduit à la portion congrue au parlement et il fut menacé de disparaître politiquement. Le parti libéral apparut comme un candidat beaucoup plus crédible au rôle de parti dirigeant de la classe dominante.
Si les conservateurs ont réussi a imposer leur suprématie dans la classe dominante, ce fut parce que le capitalisme britannique a engendré un monstre, une classe ouvrière qui, dans les années 1840, commença à avoir sa propre vie politique. Pour faire face à ce danger pour son pouvoir, la bourgeoisie a dû mettre sur pied une coalition de toutes les forces de la société, y compris les plus archaïques, les plus décrépites, voire les plus «moyennageuses». Le noyau le plus stable, le plus cristallisé et le plus profondément réactionnaire de cette coalition fut fourni par les sec- teurs obscurantistes de la classe dominante -les secteurs les plus arriérés de l'aristocratie et des propriétaires fonciers et de leurs alliés -qui formèrent le noyau historique du parti conservateur. Le parti conservateur moderne fut bâti dans un processus où une couche après l'autre rejoignait le noyau: les forces protestantes réactionnaires de l'Irlande du Nord, la petite bourgeoisie, la hiérarchie militaire et ensuite, grâce au génie politique de Disraeli, suivi par les capacités organisationnelles de Joseph Chamberlain, un secteur significatif de la classe ouvrière -au vingtième siècle un tiers à peu près sur le terrain électoral. La force économiquement dominante du parti fut le capital bancaire.
Le problème pour la classe dominante était que, d'un côté le parti conservateur était en condition de maintenir l'emprise de l'impérialisme britannique sur la société, mais d'un autre côté, cela se réalisait avec des conséquences très négatives pour l'économie nationale. L'orientation spécifique de la classe dominante exprimée par le parti, à savoir celle des opérations bancaires internationales, des taux de change élevés et des concessions à la classe ouvrière à l'intérieur pour maintenir une base politique stable, représente l'une des racines historiques principales de la crise actuelle de l'impérialisme britannique.
LE MOUVEMENT DE
LA CLASSE OUVRIERE
Au moment de sa formation, le mouvement ouvrier britannique était le plus avancé du monde. Pour une assez longue période, en réalité, il fut le seul mouvement ouvrier existant avec des dimensions de masse. Grâce à sa politisation et son internationalisme, au développement de courants révolutionnaires en son sein, et à l'ampleur du soutien de masse dont il jouit, le Chartisme -l'expression organisée fondamentale du mouvement ouvrier à partir de la moitié des années 1830se plaça, à son époque, au premier rang.
Mais, à la suite du développement de l'impérialisme à partir de la moitié du XIXe siècle, la classe dominante s'assura une marge de manœuvre qui lui permit d'acheter le mouvement ouvrier et d'en changer le caractère. Par une dialectique étrange, le même processus impérialiste créa les conditions pour que la classe ouvrière britannique devienne, du point de vue organisationnel, la plus forte en Europe et en même temps la plus faible politiquement. Grâce à son expansion gigantesque, le capitalisme britannique pouvait faire des concessions substantielles à la classe ouvrière. Certes, la classe capitaliste n'aurait rien donné de son gré -aucune classe dominante ne le fait. Mais elle pouvait permettre à la classe ouvrière de gagner des concessions importantes.
La classe ouvrière construisit des organisations colossales pour arracher des telles concessions. Nous en voyons maintenant les résultats: plus de douze millions de membres des syndicats, à savoir le mouvement syndical le plus puissant d'Europe dans le pays le plus prolétarisé et jouissant du rapport de forces le plus favorable. Mais, en même temps, sa possibilité de faire des concessions permit à la bourgeoisie de maintenir une domination politique sur la classe ouvrière. La bourgeoisie britannique n'a jamais dû faire face à un affrontement majeur. Il n'y a pas d'équivalent britannique de la Commune de Paris, des révolutions alleman-
LES ANNEES 1980 59 des de 1918-1919, de 1919 en Hongrie ou de la guerre civile espagnole, pour ne pas parler des révolutions russes de 1905 et 1917. La grève générale de 1926 -l'équivalent britannique le plus prochene fut aucunement une bataille ouverte pour le pouvoir.
Puisque la classe ouvrière n'eut jamais d'affrontement avec la bourgeoisie, la question de l'organisation de toutes les couches les plus opprimées de la société contre la classe dominante ne se posa jamais en des termes d'urgence. Ainsi, la classe ouvrière s'accomoda d'une politique chauvine à l'échelle internationale, en ne soutenant pas les revendications de lutte des Irlandais, etc. La domination politique de la bourgeoisie se consolida sur toutes ces bases.
Sous un angle historique, le problème pour la bourgeoisie réside dans le fait que les bases matérielles de l'arriération du mouvement ouvrier sont en train de disparaitre. Nous n'avons pas besoin de dire que la classe ouvrière britannique n'est pas arriérée ou stupide en général. Elle n'est ni pire ni meilleure que les autres classes ouvrières. Son retard historique découla de la force matérielle de l'impérialisme britannique, de sa classe dominante et de la bureaucratie puissante qui a émergé dans ses rangs. Le déclin matériel du capitalisme britannique crée les conditions d'une transformation de sa conscience, bien que la conscience soit toujours en retard par rapport aux changements dans la réalité objective. C'est pourquoi la crise de l'impérialisme britanique détermine une espèce de «course contre la montre» qui résume les problèmes de la lutte des classes en Grande-Bretagne dans leur forme politique la plus générale: la classe dominante réussira-t-elle à utiliser sa force politique pour écraser la force organisationnelle du mouvement ouvrier avant que la classe ouvrière ne soit obligée de rompre avec son niveau actuel de conscience politique pour défendre ses acquis sociaux et organisationnels?
C'est la tâche des révolutionnaires de combattre au sein de la classe ouvrière pour une rupture avec son niveau actuel de conscience et le développement d'un mouvement qui corresponde aux besoins de la situation objective. Ce n'est pas un petit problème, et la solution ne peut être puisée tout simplement dans l'histoire de la classe ouvrière britannique au long de 130 années environ, à savoir dans des luttes économiques, des luttes économiques plus grandes, une grande bataille contre le gouvernement conservateur, etc. Ce n'est pas une stratégie adéquate pour le socialisme. Naturellement, tous ces éléments doivent faire partie d'une stratégie révolutionnaire. Mais ils n'en constituent ni la totalité ni le cadre. La classe ouvrière doit affronter et surmonter une crise de l'impérialisme beaucoup plus profonde et compliquée que toutes les crises auxquelles elle dut faire face dans le dernier siècle et demi.
UNE CRISE POLITIQUE
Si nous examinons la nature d'une crise vraiment sérieuse, nous pouvons saisir les traits caractéristiques d'une telle situation par rapport à des périodes de stagnation. Pour avoir une idée de ce qui va arriver précisément et, en fait, est déJa en train d'arriver, il est donc utile de revenir sur la crise la plus grave que l'impérialisme britannique a connue dans son histoire. Elle se produisit dans la période autour de la première guerre mondiale. Cette période ne fut pas caractérisée simplement par des luttes majeures sur des problèmes syndicaux et économiques (bien que cela se soit produit à une échelle massive), mais par une crise sociale, économique et politique d'ensemble, aux dimensions aussi bien nationales qu'internationales.
En premier lieu, se développa la lutte et ensuite la guerre de libération nationale du peuple irlandais, la première lutte anticoloniale livrée avec succès contre l'Etat britannique après la guerre d'indépendance américaine. En deuxième lieu, surgit le mouvement sur la question, décisive à l'époque, de la lutte de libération de la femme: la lutte des suffragettes pour le droit de vote. Un troisième élément fut l'impact de la guerre ellemême, avec les conséquences directes du carnage et ses répercussions sur la société britannique dans son ensemble. Quatrièmement, de grands changements se produisirent dans le système des partis politiques avec la scission et le déclin des libéraux et la montée du Labour Party. Cinquièmement, il y eut l'impact de la révolution russe qui amena à la formation du parti communiste. Finalement tout cela se combina avec une attaque frontale contre le niveau de vie de la classe ouvrière et les organisations syndicales.
Bref, cette période fut marquée, à une échelle moins développée, par tous les traits typiques d'une sérieuse crise révolutionnaire: la convergence de nombreux éléments économiques, sociaux, politiques, nationaux et internationaux, qui provoquent la désorganisation dans la classe dominante, une radicalisation des couches intermédiaires de la société et des luttes majeures de la classe ou- vrière. La différence entre la crise politique en Grande-Bretagne et les crises révolutionnaires en Allemagne, en Russie ou en Espagne résida en premier lieu dans le fait que la crise objective ne fut pas aussi profonde qualitativement et en deuxième lieu qu'on ne pouvait avoir aucun espoir dans l'écrasante majorité des directions et les traditions de la classe ouvrière. A quelques exceptions honorables près, on enregistra une incapacité totale à développer une stratégie révolutionnaire cohérente, susceptible de mener des luttes en rapport avec tous les éléments de la crise.
Aucune campagne de solidarité avec la guerre d'indépendance des Irlandais ne fut sérieusement développée -sur ce terrain, le palmarès du jeune parti communiste ne fut pas brillant non plus. Le mouvement des suffragettes fut suivi avec indifférence et parfois même avec hostilité par les directions majoritaires du mouvement ouvrier. De même que dans d'autres pays belligérants, face à la guerre impérialiste, ce fut la capitulation généralisée. Symbole tragique: des dizaines de milliers de mineurs qui s'étaient engagés dans des luttes extraordinaires avant 1914, se précipitèrent dans l'armée dès l'éclatement de la guerre. Très peu de gens engagés dans les luttes d'un secteur firent des tentatives sérieuses pour se lier à d'autres gens luttant dans d'autres secteurs.
Le résultat de tous cela ne fut pas seulement que la classe ouvrière n'exploita pas les possibilités objectives, mais aussi que la classe dominante réussit à exploiter, de son côté, la situation contre le mouvement ouvrier et les opprimés. En Irlande, la classe dominante britannique était arrivée en 1914 au bord d'une guerre civile qui représentait la crise inté-
LES ANNEES 1980 61 rieure la plus sérieuse depuis 1832. Le fait que la classe ouvrière n'organisa pas un mouvement massif de solidarité avec la lutte de libération nationale, surgie de l'Easter Rising de 1916 et de la victoire électorale du Sinn Fein en 1918, permit à la classe dominante de créer l'Etat réactionnaire orangiste en Irlande du Nord. Le résultat fut l'instauration d'une hégémonie réactionnaire dans la classe ouvrière protestante et la formation d'une force contre-révolutionnaire dirigée potentiellement d'une façon permanente contre la lutte irlandaise et la classe ouvrière britannique.
En ce qui concerne les suffragettes, la classe ouvrière eut une occasion encore plus évidente. Au commencement, la direction du mouvement gravita spontanément vers le mouvement ouvrier et ses organisations politiques. Mais la direction et la majorité du mouvement ouvrier refusèrent de s'engager. Le résultat fut ridicule: ce fut un gouvernement libéral-conservateur qui, après des décennies de dure opposition, adopta une loi favorable aux femmes. Si le Labour Party était apparu comme le parti des droits des femmes, le cours de la politique britannique dans la période de l'entredeux guerres aurait pu être sensiblement différent. Mais, la direction du Labour Party permit au parti conservateur de consolider davantage sa base électorale (des femmes de la classe ouvrière votant pour des partis bourgeois dans une proportion plus importante que les hommes).
Finalement, la direction du mouvement ouvrier dans son ensemble fut totalement incapable d'affronter la crise politique créée par la guerre. Elle laissa passer l'explosion des grèves et s'épuiser le mécontentement massif dans l'armée et la dé- sorganisation de la police dans la période qui suivit immédiatement la guerre. Elle permit aux gouvernements successifs -travaillistes et conservateursde se préparer pour la grève générale de 1926 et, par son comportement, elle rendit possible l'échec de cette grève. Le résultat fut une défaite du mouvement ouvrier pour une génération.
L'incapacité de la classe ouvrière de profiter des occasions illustre une loi fondamentale de la politique. Le fait qu'une crise se produise dans le système capitaliste ne détermine pas nécessairement l'aboutissement; il indique que la situation existante ne peut pas se maintenir et doit être changée. Si la classe ouvrière ne réussit pas à exploiter les contradictions et les crises de la société bourgeoise, alors celles-ci seront utilisées par la classe dominante pour attaquer et affaiblir la classe ouvrière et les autres opprimés.
LA CRISE DE L'IMPERIALISME
BRITANNIQUE
Pour revenir au présent, je ne parlerai pas ici de tous les éléments qui se développeront avant l'émergence d'une crise révolutionnaire globale susceptible de menacer la domination de la classe capitaliste. D'abord, personne ne peut dire d'avance quels seront exactement ces éléments et, ensuite, une telle crise n'est pas, de toute façon, pour demain. J'indiquerai les lignes politiques de rupture autour desquelles se prépareront les luttes de demain. Sur ce terrain, les tendances fondamentales sont déjà claires.
Le premier élément est le début d'une crise politique du parti conservateur. Le gouvernement Thatcher n'est pas un gouvernement conser- vateur «quelconque»; il est la dernière tentative de tenir ensemble le bloc historique conservateur. Sa faillite est inscrite dans le rapport de forces global entre les classes. II ne marquera pas seulement la fin d'une administration, mais ausi la fin du fondement même du parti, surtout si elle se produit dans le cadre d'une explosion de militantisme et de luttes de la classe ouvrière.
Je veux éviter tout malentendu. Je ne suis pas en train de prévoir que la défaite de Thatcher sera suivie par une succession glorieuse de gouvernements ouvriers -justement le contraire. Je ne suppose pas non plus que les conservateurs disparaîtront et ne seront jamais plus au gouvernement. Je me limite à souligner que la chute de Thatcher ne représentera pas une oscillation supplémentaire de la pendule, mais elle marquera plutôt un processus de rupture du vieux cadre de la politique britannique. LA CRISE DES CONSERVATEURS
Pour comprendre ce point, il faut abandonner l'idée que les intérêts du parti conservateur et ceux de la classe dominante seraient identiques, qu'une défaite des conservateurs équivaudrait à une défaite de la classe dominante, et que le Labour Party équivaudrait à la classe ouvrière. Comme nous l'avons déjà expliqué, historiquement le parti conservateur ne représenta pas les secteurs les plus importants et les plus dynamiques de la bourgeoisie nationale, mais des intérêts particuliers et sectoriels. C'est son succès dans la bataille pour contenir la classe ouvrière qui est à la base de son influence sur la classe dominante dans son ensemble. La devise -réaction politique combinée aux concessions économiquesen même temps reflète la domination des investissements étrangers et du capital bancaire qui est la force spécifique de l'impérialisme britannique, et assure une extraordinaire hégémonie politique à la bourgeoisie.
Le problème que doivent affronter maintenant le parti conservateur et la classe dominante est que la combinaison achevée d'une orientation économique et d'une stratégie politique a été sapée par l'érosion des profits colossaux, provenant des opérations financières dans le monde et l'inefficacité de l'économie à l'intérieur. La stratégie économique la plus rationnelle pour l'impérialisme britannique est aujourd'hui celle représentée par l'aile Heath du parti conservateur et les libéraux: contrôle des salaires, intervention de l'Etat pour stimuler les investissements, augmentation sensible du taux d'exploitation, etc. Mais ces forces n'ont aucune stratégie politique face à la classe ouvrière, comme le gouvernement Heath de 1970-1974 l'a définitivement démontré.
Par contre, Thatcher s'est dotée d'une stratégie politique qu'elle utilisa très habilement dans la période jusqu'aux élections de 1979. C'est la stratégie prônée sous une forme plus grotesque par Powell depuis 1968. Elle implique l'exploitation de la force politique de la classe dominante pour relancer des campagnes réactionnaires de tout genre -contre la «menace communiste», les «assassins irlandais», les «écornifleurs immigrés», la «destruction de la loi et de l'ordre», etcpour déborder la direction travailliste, bref, l'exploitation de l'arriération du Labour Party et du travaillisme pour obtenir un soutien aux conservateurs.
LES ANNEES 1980
Cette orientation comporte l'inconvénient de ne pas avoir une politique économique cohérente et acceptable. Ce fut de toute évidence le cas de Powell, dont la tentative de stimuler une dynamique politique réelle impliqua des choix tout à fait inacceptables du point de vue économique pour la classe dominante (retrait de la CEE, monétarisme outrancier, etc.). Thatcher s'efforce d'arracher le mieux sur les deux terrains par des campagnes réactionnaires qui, pourtant, ne comportent pas une incitation à la mobilisation des masses du style Powell et qui vont de pair avec une politique monétariste moins outrancière (celle-ci ne prévoit pas une déflation complète et un affrontement généralisé comme le prévoyait Powell). Certes, en fin de compte, elle a obtenu le pire sur les deux terrains: une politique économique incapable de changer d'une façon décisive le rapport de forces entre les classes et une poussée croissante vers le pragmatisme, combinée à une mobilisation réactionnaire insuffisante à la protéger des conséquences impopulaires de son économie politique. Toute l'approche de Thatcher est condamnée, bien que cela ne l'empêche pas d'infliger quelques sérieuses défaites à la classe ouvrière avant de s'écrouler. C'est son incapacité à trouver la combinaison cohérente d'une formule économique et d'une formule politique, qui est en train de provoquer une crise politique majeure de la classe dominante. LA CRISE DE L'ETAT NATIONAL
L'Etat bourgeois britannique est sans contestation possible le plus vieux du monde. A l'exception ma- jeure de la libération de l'Irlande du sud, sa forme essentielle n'a pas changé depuis la révolution bourgeoise du XVII siècle et l'unification des états anglais et écossais qui s'en suivit. Les changements ultérieurs les plus importants, surtout l'extension du droit de vote et l'intégration politique de la classe ouvrière dans le système, eurent lieu dans le cadre fondamental des institutions surgies des victoires décisives de la bourgeoisie en 1688 et en 1707. L'élimination de toute bourgeoisie consistante du pays de Galles, l'unification avec la bourgeoisie écossaise et le maintien d'une démocratie bourgeoise avec une monarchie, un solide système bipartite basé sur des arrangements électoraux stables et l'«apolitisme» de la fonction publique en furent les traits fondamentaux. Le dernier problème majeur de l'Etat britannique, celui de l'intégration de la direction et de la bureaucratie de la classe ouvrière, fut résolu avec succès dans ce cadre, dans la période avant et après 1945.
La combinaison du déclin économique et des problèmes du parti conservateur menace maintenant ce système en crise. Le premier effet est que dans les régions les plus frappées par le déclin économique, le parti conservateur s'avère déjà incapable de tenir ensemble son bloc historique. Cela est clair surtout en Ecosse, où il était auparavant le parti majoritaire et ne représente plus maintenant qu'une force marginale. Même aux élections de 1979, l'Ecosse se déplaça vers le Labour Party, contre les conservateurs. Le même processus fondamental se produit dans le nord industriel de l'Angleterre. Au fur et à mesure que le déclin économique sévit, le parti conservateur risque de perdre sa base historique dans la classe ouvrière.
Le deuxième effet est le développement d'autres partis bourgeois. Aussi longtemps que le parti conservateur était fort et que sa base ouvrière restait intacte, cela œuvrait puissamment contre les autres partis bourgeois et les nouvelles formations. Avec l'affaiblissement du bloc conservateur, les autres partis bourgeois ont tendance à émerger en rapport aux ruptures internes de la classe dominante.
Le premier exemple est celui de la montée continue du Parti Libéral à partir du commencement des années 1950, où il avait atteint son niveau le plus bas. Au niveau parlementaire cela n'apparaît pas clairement, à cause du système électoral, dont le but est justement de prévenir l'émergence d'un troisième parti, et des traits spécifiques des élections de 1979. La tendance est, toutefois, nette. Dans les années 1950, les libéraux n'étaient qu'une force bourgeoise insignifiante. Dans les dernières années du gouvernement Macmillan (1959-1963), avec l'éclatement des premiers problèmes économiques sérieux de l'après-guerre et de crises au sein du parti conservateur, ils commencèrent à renaître. En 1970 et encore plus nettement en 1974 leur pourcentage électoral augmenta. Le pacte de facto entre eux et les travaillistes leur permit d'avoir un pied au gouvernement pour la première fois depuis la guerre.
La politique économique du parti libéral, comme nous l'avons déjà expliqué, correspond aujourd'hui aux intérêts du capital industriel plus que celle de n'importe quel parti. C'est pourquoi il n'est pas étonnant qu'en 1974, il ait reçu pour la première fois des contributions financières de la part de la bourgeoisie. Qui plus est, leurs problèmes tinanciers traditionnels deviendront moins graves à la suite de l'institution d'un fonds étatique pour les partis politiques. L'introduction d'une quelconque forme de représentation proportionnelle leur assurerait un rôle presque permanent dans des gouvernements de coalition bourgeois.
Le deuxième élément du processus de différenciation concerne l'alliance sur laquelle se base le parti conservateur lui-même. Le bloc réactionnaire orangiste dans l'Irlande du Nord a été historiquement l'allié le plus sûr du noyau essentiel des conservateurs en Angleterre. Le parti s'est même présenté à des élections comme «parti conservateur et unioniste». La nouvelle montée de la lutte en Irlande depuis 1968 a secoué le lein unioniste, d'abord par la rupture des unionistes avec les conservateurs, ensuite avec la marginalisation du parti unioniste official.
Le troisième processus se déroule en Ecosse. La défaite essuyée par la SNP (Scottish National Party) aux élections de 1979 a poussé les media bourgeois et une partie significative de la gauche à tirer la conclusion que la question de la «dévolution» et du nationalisme ne se posait plus. La myopie et l'absurdité d'une telle perspective ont été mises en lumière par les résultats obtenus par le SNP aux premières élections partielles à Glasgow sous le gouvernement Thatcher, et par les positions adoptées sur la «dévolution» par des conférences successives du parti travailliste écossais. En réalité le SNP a connu au long des années 1970 une évolution. Il était une force marginale. Il est devenu un parti important, alors que les conservateurs ne sont plus, en Ecosse, qu'une force marginale.
Plus important encore, ce développement a une base sociale réelle.
LES ANNEES 1980
65 Economiquement, des secteurs de la bourgeoisie écossaise, surtout ceux qui sont liés à l'émergence du pétrole comme facteur-clé, ont des intérêts nettement différents de ceux des banquiers de la City de Londres qui jouent un rôle important dans la définition de la politique des conservateurs. Politiquement, la haine implacable de la classe ouvrière contre les conservateurs empêche que ceux-ci gagnent un pourcentage majeur du vote urbain dans une période de déclin. Seul un autre parti bourgeois peut empêcher un raz-de-marée travailliste. Finalement, à la base de tout cela, il y a le fait que l'Ecosse est une nation séparée de l'Angleterre, même si elle n'est pas une nation opprimée. La «question écossaise» ne s'estompera pas. Elle deviendra un élément encore plus important de la politique britannique dans les années 1980.
La tendance fondamentale de tous ces développements -et d'autres au Pays de Galles- n'est pas simplement une rupture du bloc historique conservateur. Combinés à la crise du Labour Party, ces développements donneront une image nouvelle de la politique britannique et menaceront la forme actuelle de l'état bourgeois démocratique.
LA CRISE DU LABOUR PARTY
La crise de l'impérialisme britannique ne frappe pas seulement les institutions bourgeoises. Puisque toutes les classes furent formées et définies par la grandeur impériale, toutes les classes sont secouées et transformées par ce déclin. Il n'est donc pas étonnant qu'on entre dans une période cruciale de crise et développement du Labour Party, dont la scission récente n'est qu'une étape. La base de cette scission est l'existance dans le parti, notamment depuis 1945, d'une couche représentée par Jenkins, Williams, etc. qui a une base sociale fondamentalement différente de la base travailliste traditionnelle. Leur base n'est pas constituée par la bureaucratie syndicale, mais par des segments de l'appareil d'Etat et des industries nationalisées, et même des secteurs marginaux de la bourgeoisie.
La scission n'est pas seulement ni surtout provoquée par les évolutions du secteur Jenkins lui-même. Elle est provoquée surtout par la situation dans les syndicats. Le fabianisme, dont les partisans de Jenkins sont les véritables héritiers, n'a jamais dominé dans le parti. Il faut rejeter ce mythe de la couche intellectuelle petite bourgeoise qu'ils représentent. C'est la bureaucratie syndicale qui a construit le Labour Party et, en dernière analyse, l'a toujours contrôlé. Elle était disposée à assurer la prédominance dans le mouvement des gens dont les idées s'accomodaient des leurs. Mais elle n'a jamais cédé à d'autres le pouvoir ultime de décider sur ce qui se passait dans le parti qu'elle gardait pour elle-même. Lorsqu'elle a affirmé son autorité, par exemple en 1968 à propos de In place of strife, la direction du parti a dû se soumettre.
Dans les années 1950 et au commencement des années 1960, cette situation ne créa aucun problème à des gens comme Jenkins et Gaitskell. Au contraire, ils s'alignèrent avec les bureaucrates syndicaux contre les partisans de Bevan et la gauche des circonscriptions électorales. Aussi longtemps que les partisans de la
«nouvelle droite» n'allèrent pas trop loin -comme ils le firent, par exemple, lors de leur tentative de supprimer la clause IV des statut du partiles patrons des syndicats furent bien heureux de leur permettre de dominer le parti.
Mais le déclin accéléré de l'impérialisme britannique sapa cette alliance à sa base. Le tournant fut marqué du point de vue chronologique, par la lutte autour de In place of strife. En 1968 la bourgeoisie n'offrait pas de concessions. Elle exigeait plutôt une attaque ouverte contre les organisations du mouvement ouvrier. Les partisans de Jenkins étaient bien disposés à le faire. Sous la pression de sa base et de peur que ses positions ne soient aussi menacées, la bureaucratie syndicale rejeta ces propositions. Comme toujours, au moment décisif, la direction du parti s'aligna finalement avec la bureaucratie syndicale, en laissant Jenkins isolé et en provoquant la rage de la classe dominante. Depuis lors, les partisans de Jenkins découvrirent, à leur étonnement, qu'ils étaient une clique relativement sans pouvoir. La scission n'était plus qu'une question de temps.
Les thèmes politiques sur lesquels ils ont mené leur bataille dans le parti, sont les plus inacceptables pour la classe dominante: retrait de la CEE, désarmement nucléaire unilatéral, des menaces de donner au mouvement ouvrier une structure interne plus démocratique. La combinaison d'une pression constante dans les syndicats, qui empêche un retrait complet de la part de la bure cratie et impose des positions «de gauche» sur certaines questions, et du besoin pour la bourgeoisie d'un affrontement de plus en plus ouvert, crée les conditions d'une crise explosive dans le Labour Party.
LE BENNISME
C'est sur cette base que nous devons analyser l'émergence de Benn et du «bennisme». Des ailes gauches dans le Labour Party ne constituent pas, par elles-mêmes, une nouveauté. Il suffit de rappeler les exemples de la Socialist League dans les années 1930 et de Bevan au commencement des années 1950. Mais ces gauches s'étaient formées, lorsque la classe ouvrière avait essuyé des défaites sérieuses -comme en 1926 ou en 1931ou lorsque le capitalisme entrait dans une période de boom -comme dans les années 1950. Leur organisation se limitait dans une large mesure aux circonscriptions électorales dont le poids dans le parti est fort réduit. La direction parlementaire, en accord avec une bureaucratie syndicale droitière, pouvait facilement maintenir le contrôle de la situation.
Toutefois, depuis le mouvement national de gauche des années 1920, aucune aile gauche ne se développa dans une situation où la classe ouvrière avait essuyé une défaite qualitative et la classe dominante ne pouvait pas faire de concessions importantes et durables. Qui plus est, aujourd'hui, de même que dans les années 1920, la radicalisation touche les syndicats dans la mesure où il y a une pression sérieuse d'en bas sur la bureaucratie. C'est ce dernier aspect qui alarme le plus la classe dominante et donne au bennisme toute sa signification. Quelques protestations dans les circonscriptions électorales peuvent être facilement tolérées, mais avec les syndicats c'est un autre problème. Ceux-ci sont des instruments de lutte puissants -potentielle-
LES ANNEES 1980 ments et la classe dominante ne l'ont éprouvé en 1972 et 1974. Certes, la bourgeoisie ne croit pas beaucoup que les «lieutenants ouvriers du capital» puissent renverser l'ordre bourgeois. Mais elle a peur des conséquences des actions auxquelles ils peuvent être poussés sur le terrain de la lutte des masses ou par leur position de contrôle du Labour Party. Elle craint surtout que ne surgissent des expectatives qui puissent leur faire perdre le contrôle sur leurs partisans;
Le trait caractéristique de Benn lui-même réside justement dans le fait qu'il comprend que la gauche doit se baser principalement sur les syndicats. Cela se reflète non seulement dans les thèmes politiques qu'il avance -stratégie économique alternative, coopératives ouvrières, «contrôle » ouvrier, etc.-mais aussi dans son orientation organisationnelle. Depuis 1968, comme le symbolisa sa marche à la tête d'une manifestation des travailleurs du chantier naval de l'Upper Clide, Benn s'efforça de s'assurer un soutien politique dans les syndicats avec la perspective d'établir une alliance avec les secteurs de « gauche » émergents de la bureaucratie.
• Toute son orientation - ce son verbe de gauche à sa décision de participer au gouvernement en 1975 en raison visall a gague t appui des dirigeants syndicaux à sa candidature à la direction du parti. Etant donné la faiblesse de sa position dans le Labour Party parlementaire, une partie essentielle de sa stratégie dut comporter un effort pour arracher l'élection de la direction au pouvoir exclusif des parlementaires. Cette politique aurait dû renforcer l'alliance à laquelle il aspirait et augmenter davantage le pouvoir direct de la bureau- cratie cundiocla donc la maur cratie syndicale dans le parti.
Ce qui alarme la classe dominante est qu'une telle orientation l'empêchera d'infliger facilement une défaite aux partisans de Benn. Le succès de l'aile droite et son renforcement dans l'AUEW a été une victoire significative, mais, dans son ensemble, la bureaucratie syndicale est encore très loin de représenter ce vieux bloc droitier monolithique qui put battre Bevan. Face aux attaques de Thatcher et à la radicalisation à la base de certains secteurs, des secteurs de la bureaucratie syndicale, tout en ne marchant pas avec Benn, vont trop loin pour la classe dominante. L'orientation immédiate de la direction du Labour Party vise naturellement à réaliser une alliance directe avec la classe dominante et notamment la Confederation of British Industry contre la «folie» des conservateurs. Mais à moyen terme une telle orientation est de toute façon inapplicable. L'alternative cohérente sera soit une capitulation totale du genre de celle de 1975-1979, soit le bennisme. Le choix entre ces deux options accentuera dramatiquement les tensions à la base et à la direction aussi bien dans les syndicats que dans le parti.
La combinaison d'une scission de droite et de l'émergence d'une «nouvelle gauche» représente un facteur de déstabilisation majeur au sein du Labour Party. Pour la première fois depuis des décennies, la masse de la classe ouvrière peut voir une claire alternative de «gauche» à la politique traditionnelle des gouvernements travaillistes les plus récents. II faut saisir toute la portée de ce fait. Pour le mouvement ouvrier, dans le cadre de l'Etat bourgeois démocratique, le Labour Party est l'élément politique décisif. Le fait qu'une question soit discutée ou non au sein du parti détermine s'il s'agit aux yeux des centaines de milliers d'ouvriers d'une question politique d'une légitime ou « marginale ».
La combinaison du déclin objectif de l'impérialisme britannique et de la crise du Labour Party peut potentiellement accélérer énormément le processus de politisation au sein de la classe ouvrière. En fait, il s'agit de la précondition pour la construction d'un parti révolutionnaire de masses en Grande-Bretagne. Comme Trotsky l'a expliqué, quand on parle de révolution, tout chiffre inferieur à dix millions est insignifiant. Si on parle d'une politisation des masses, alors seule une différenciation au sein du Labour Party est importante. Pour le moment, nous ne sommes nulle part proches d'une crise ou d'une différenciation qui puisse mener à la formation d'un parti révolutionnaire de masses. Mais, malgré cela, ce sont les développements dans le Labour Party et l'émergence du bennisme qui vont dominer la politique de la classe ouvrière britannique dans les années 1980.
Cela apparaît clairement, si on compare la situation actuelle et la lutte de 1970-1974 contre le gouvernement Heath. La situation politique à l'époque était dominée nettement par des actions de masses ouvertes des syndicats: les grèves contre l'Industrial Relation Act, la grève des mineurs de 1972, la libération des Cinq de Pentonville, la deuxième grève des mineurs en 1974. Les développements dans le Labour Party avaient quelque influence, mais il ne s'arissait pas d'une influence décisive. Le développement d'une nouvelle aile favorable à Benn avait commencé, mais il était encore relativement limité comme facteur actif sur le terrain politique. Aujourd'hui la situation est tout à fait différente. La lutte de masses n'a pas disparu -elle se situa à un niveau plus élevé qu'en 1970-1974mais la classe ouvrière n'a pas essuyé de défaite qualitative. Toutefois se combine aujourd'hui aux effets les plus généraux de la crise politique et notamment aux développements dans le Labour Party. Nous avons assisté et nous assisterons non seulement à des grandes grèves économiques comme celles des travailleurs de l'acier, mais aussi à des luttes contre le militarisme, l'oppression des femmes et le racisme, à des affrontements sur la démocratie dans le mouvement ouvrier et une profonde crise prolongée en Irlande du Nord. Tous ces thèmes seront de plus en plus l'objet de discussions politiques dans le Labour Party.
LA REPRESENTATION
PROPORTIONNELLE
Le développement le plus dramatique des années 1980 se produira sur le terrain politique. Certains éléments cruciaux ont déjà été discutés. D'autres concernent la crise qui se développe par rapport à la CEE. Mais ces éléments ne s'accumuleront pas que séparément, de façon quantitative. A un moment donné ils se combineront à une crise économique et sociale croissante et aux potentialités d'explosions massives dans la classe ouvrière pour déterminer un changement qualitatif dans la politique britannique.
Le plus probable est qu'un tel changement se produise à la suite de l'introduction d'un système électoral basé sur une espèce de représentation proportionnelle. On pourrait s'étonner du
LES ANNEES 1980 fait que nous considérons ce qui semble être une question technique, comme susceptible de provoquer des changements politiques décisifs. En fait, la réforme électorale implique des problèmes substantiels. La forme actuelle de la politique bourgeoise en Grande-Bretagne est basée historiquement sur la prémisse que deux partis stables, l'un et l'autre défendant les intérêts fondamentaux de la classe dominante, puissent aller au gouvernement et former des gouvernements solides. Tous les détails du système politique -l'«apolitisme» du chef de l'Etat et de la fonction et de la bureaucratie de l'Etat, le renoncement à établir des coalitions (sauf en cas de guerre), la structure unitaire de l'Etat, la survivance de la Chambre des Lords, l'absence d'une forte caste militaro-policière dominantese basent sur cette prémisse. Dans la période d'avant le XXe siècle, la stabilité fut assurée par une alternance au gouvernement de deux partis de la bourgeoisie. Dans notre siècle, la classe dominante a joui du privilège de compter sur une bureaucratie ouvrière si domestiquée et contrôlée qu'on pouvait lui permettre de gouverner seule. Dans tous les autres pays, la bourgeoisie a estimé g' e ses bureaucrates ouvriers n'étaient pas suffisamment dignes de confiance et ne contrôlaient pas suffisamment la classe ouvrière pour être en condition de gouverner sans des coalitions avec des partis bourgeois.
Les différents gouvernements travaillistes qui furent formés entre 1923 et 1979, ont bien servi les capitalistes. Lorsque des problèmes ont surgi, ou lorsque d'autres considérations ont pesé, ils ont pu être remplacés par des gouvernements conservateurs. Dans les deux cas il y a eu des gouvernements forts et stables sans nécessité d'avoir recours à des coalitions, à des gouvernements nationaux (sauf en cas de guerre), à des fronts populaires, au développement de forces considérables à la droite du parti conservateur ou à d'autres expériences dangereuses de cette natuте.
La difficulté réside actuellement dans le fait que les deux partis potentiellement gouvernementaux révèlent, pour des raisons différentes, des fortes tendances à l'instabilité. La base des conservateurs risque de devenir trop étroite socialement pour être en condition d'affronter une montée ouvrière majeure alors que le Labour Party pourrait créer des expectatives trop dangereuses et potentiellement incontrôlables parmi ses partisans si on lui permettait de former à lui seul un gouvernement. La vieille alternance des partis devient de plus en plus difficile, voire dangereuse, pour la classe dominante. Celle-ci a besoin de stimuler des alliances bourgeoises plus larges et beaucoup plus puissantes que celles que lui offrent les directions de tel ou tel autre parti pris séparément.
La solution n'est pas, comme certains l'estiment, un gouvernement national. Tout d'abord, ce serait une solution temporaire: aucune bourgeoisie n'a jamais créé dans son histoire une coalition semi-permanente de tous les partis les plus importants. En deuxième lieu, l'effet probable de la formation d'un gouvernement national avec une classe ouvrière qui ne soit pas battue, serait une radicalisation dangereuse au sein du Labour Party et une politisation généralisée de la classe ouvrière avec tendance à la rupture avec tous les partis existants. On a pu courir le risque de former un gouvernement de coalition entre 1929 et 1931 -le seul qui ait existé en dehors des périodes de guerreparce que la classe ouvrière avait essuyé une défaite écrasante cinq années plus tôt. En tout cas, il ne s'agissait pas tant d'un gouvernement de coalition que d'un gouvernement conservateur avec participation du secteur scissionniste du Labour Party.
Un changement du système électoral avec l'introduction de la proportionnelle, impliquant en réalité un déplacement vers des gouvernements de coalition permanente, bien que changeable, serait une tout autre histoire. A moyen terme, cela offrirait à la classe dominante un levier important.
Premièrement, ce serait le meilleur moyen, dans le cadre de la démocratie bourgeoise, d'éviter un gouvernement formé par le Labour Party seul. Le pourcentage des voix de la classe ouvrière, pour un parti de la classe ouvrière, est en Grande-Bretagne parmi les plus bas des grands pays européens. Le Labour Party n'a jamais atteint le palier du 50%. Sauf dans le cas d'une crise gigantesque de la bourgeoisie ou de l'adoption par le Labour Party d'une perspective socialiste claire et d'un effort de sa part pour mobiliser la masse de la classe ouvrière dans la perspective de conquêtes réelles, la représentation proportionnelle garantira virtuellement à la bourgeoisie que le Labour Party n'ira au gouvernement que par le truchement d'une coalition. Elle est également le meilleur moyen d'assurer la reconstitution d'une nouvelle droite, forte et bien caractérisée, dans le Labour Party après une scission. Elle obligerait le Labour Party à choisir entre deux stratégies possibles. Soit s'orienter ouvertement à gauche dans la tentative d'obtenir la majorité et de gouverner en s'opposant à toutes les forces bourgeoises - une politique qui serait risquée pour la bureaucratie car elle déclencherait des luttes majeures que la bureaucratie s'efforcera d'éviter à tout prix. Soit rechercher une alliance avec un parti de la bourgeoisie, ce qui impliquerait évidemment de payer le prix d'une orientation pro-capitaliste. A propos de la «nécessité» urgente de coalitions de cette nature, imposées par la proportionnelle, la classe capitaliste pourra exercer une pression énorme pour cristalliser une nouvelle droite dans le Labour Party et déplacer le centre de gravité de la bureaucratie tout à fait vers la droite. Finalement, le système proportionnel sera une nécessité absolue si les effets des scissions du Labour Party se maintiennent. Le système électoral actuel ne frappe pas seulement les troisièmes partis en général, mais, plus particulièrement, il éliminerait électoralement un parti «social-démocrate» qui n'aurait pas de base dans les syndicats dès que l'intérêt initial pour lui serait épuisé.
Certes, l'introduction de la proportionnelle poserait des problèmes sérieux à la classe dominante. En premier lieu, elle diviserait le bloc conservateur beaucoup plus encore que celui du Labour Party. Les libéraux, le SNP, les nationalistes du pays de Galles et les sociaux-démocrates en seraient avantagés. Le vieil appareil du parti conservateur s'y opposera avec violence. Deuxièmement, tout le système de coalitions permanentes pousserait la monarchie à se mêler plus directement dans la politique en créant des tensions tout à fait nouvelles dans l'appareil d'Etat. Bref, la classe dominante ne s'engage pas à la légère sur le terrain de la représentation proportionnelle. Elle ne peut y avoir recours que si elle y est obligée par le déclin et la
LES ANNEES 1980 71 crise de l'impérialisme et le système de partis qu'il a créé.
LES TACHES
DES REVOLUTIONNAIRES
Tous ces développements offrent de grandes possibilités aux révolutionnaires et représentent pour eux un grand défi. On aimerait bien dire que la classe ouvrière fera sauter inévitablement tous les plans de la classe dominante et que l'offensive de celle-ci ne sera qu'une bulle de savon. Mais la réalité est différente. Pour repousser toutes les attaques de la bourgeoisie, la classe ouvrière aura besoin d'une direction, une organisation et une conscience révolutionnaire, donc d'un parti révolutionnaire de masse. Les crises et les luttes majeures qui sont devant nous offriront incontestablement la possibilité de construire une organisation révolutionnaire implantée dans la classe ouvrière. Il n'y a aucune raison objective que des dizaines de milliers d'ouvriers, avec une influence dans l'action sur des centaines de milliers, ne soient pas gagnés à une telle organisation dans la prochaine décennie.
Toutefois, ces chiffres, si impr"tants soient-ils par rapport aux groupes révolutionnaires actuels, n'indiqueraient pas que les révolutionnaires dirigent la masse de la classe ouvrière. Pour prendre le pouvoir dans un pays comme la GrandeBretagne, on a besoin d'un parti de centaines de milliers de militants, capables de diriger, disons, vingt millions de personnes. Il est enfantin de croire qu'un tel parti puisse être construit dans les années 1980. Pourtant, sans des forces d'une telle consistance, les révolutionnaires ne pourront pas déterminer fondamen- talement le cours de la politique nationale. C'est pourquoi nous devons partir de l'idée que, sous la direction réformiste qui continuera à exister, la classe ouvrière essuiera des défaites, malgré des luttes massives, et la classe dominante réussira à imposer sa stratégie sous des aspects importants. La tâche des révolutionnaires sera d'intervenir et de construire une organisation puissante dans une réalité où ils seront une force croissante, mais non une force dominante. Pour quels changements doivent-ils donc se préparer?
La tendance de fond sera que les secteurs les plus forts et les plus décisifs des deux classes se placeront au premier plan. Déjà, avec le gouvernement Thatcher, et même le gouvernement Callaghan, les attaques lancées par la bourgeoisie ont acquis une portée qu'on n'aurait pas pu imaginer il y a dix ou quinze ans. Si quelqu'un avait dit en 1966 qu'il y aurait trois millions de chômeurs, que les gouvernements auraient tenté de baisser le niveau de vie de dix pour cent chaque année -comme l'a fait le dernier gouvernement travailisteque le service national de santé serait rabaissé au niveau de la charité, que toutes les dépenses sociales de l'après-guerre seraient menacées, qu'il y aurait une augmentation du réarmement énormément supérieur à celui des pires années de la guerre froide, que des dictatures militaires brutales s'instaureraient virtuellement sur tout le continent latino-américain et la plupart du monde colonial, avec un soutien ouvert croissant de la part du gouvernement impérialiste «démocratique» des Etats-Unis, on aurait pensé à un mauvais rêve. Même des secteurs de la classe dominante s'en seraient honnêtement indignés.
Pourtant, il s'agit de la réalité des attaques lancées actuellement par la classe capitaliste qui seront encore pires dans les années 1980. A la fin de la décennie, il y aura probablement un minimum de cinq millions de chômeurs avec des implications importantes sur le degré de syndicalisation et la force des syndicats, une diminution du niveau de vie de vingt pour cent, un déclin drastique dans la sécurité sociale et des droits démocratiques et des régimes dictatoriaux sans précédent pourraient s'étendre à certaines régions de l'Europe. Il ne s'agit pas de fantaisies, mais de perspectives réalistes de la lutte des classes dans les années 1980, dont la bourgeoisie est tout à fait consciente et pour lesquelles elle est en train de se préparer. Des secteurs décisifs, énergiques et droitiers de la classe dominante se placeront de plus en plus au premier plan. Ce sera la décennie de ses durs plutôt que de ses «moux».
Cela a des conséquences importantes pour la classe ouvrière. La politique n'est pas une question de nombre de voix passives, mais de force. On peut le regretter: toujours est-il que dans une société capitaliste les millions de retraités sont beaucoup moins puissants et décisifs dans la lutte de classes qu'un million de mineurs du charbon. Tout le poids de tous les enseignants, des travailleurs de la sécurité sociale, des professeurs universitaires et des étudiants ne peut contrebalancer aucunement le poids de n'importe quel syndicat industriel important. Qui plus est, les couches intermédiaires seront les victimes les plus faciles des attaques de la classe dominante et en seront le plus facilement déboussolées.
Dans la classe ouvrière aussi, le rôle dirigeant appartiendra de plus en plus aux secteurs les plus forts et les plus décisifs, à savoir avant tout, aux travailleurs de l'industrie, organisés dans les syndicats industriels. C'est dans ces couches que les révolutionnaires devront s'implanter d'une façon décisive et avoir la majorité de leurs membres, s'ils veulent participer aux luttes cruciales des années 1980 qui décideront aussi bien du rapport de forces entre les classes et du résultat de la lutte dans le Labour Party. C'est notamment parmi les jeunes ouvriers que les révolutionnaires pourront faire valoir leurs idées. La moyenne d'âge des membres du parti bolchévique était de 23 ans, celle des Sandinistes de 24 et celle de la masse des membres du parti communiste allemand des années 1920 plus ou moins la même.
Un tournant vers la construction du parti parmi les ouvriers industriels n'est pas, toutefois, à luimême, suffisant. Les années 1980 seront une décennie de désagrégation sociale et de crise politique croissantes. On y assistera à des luttes croissantes contre les tentatives de renforcer torte sorte d'oppression. Cela détermine le type de parti qu'il faut construire: un parti qui soit implanté dans la classe ouvrière industrielle et y ait la majorité de ses membres et qui soit en même temps capable d'intervenir sur tous les problèmes posés par la lutte de classes.
Il faut remarquer qu'il ne s'agit pas seulement d'une question de programme et des revendications, mais aussi d'une question d'organisation. Les opprimés ne peuvent pas se battre s'ils ne sont pas organisés. Le mouvement ouvrier devra lui aussi élargir et transformer ses orgnisations pour affronter les problèmes politiques nouveaux qui se posent dans les années 1980. Des organisations comme le mouvement des femmes, et le mouvement des
LES ANNEES 1980 noirs et des asiatiques et des campagnes de front unique ne sont pas des aspects «secondaires» d'une politique révolutionnaire. Elles ne peuvent pas être reléguées au dernier rang par rapport aux revendications salariales, à la lutte contre le chômage et à la propagande pour la nationalisation de l'industrie.
Certes, l'importance relative de chaque problème particulier de la lutte de classes change selon les circonstances. Le mouvement contre le racisme et le fascisme a relancé la lutte sous le gouvernement Callaghan et il a été suivi par le «mécontentement d'hiver» sur la question des salaires. Aujourd'hui c'est la question de la lutte contre le chômage et le militarisme qui est au premier plan.
Dans le futur, les thèmes centraux pourront être des nouvelles guerres, des nouvelles attaques contre les droits des femmes, une explosion massive à propos des salaires, une nouvelle montée de la lutte contre le fascisme ou de la lutte en Irlande. Il ne s'agit pas de faire des références de principe, mais d'analyser les situations concrètes. En tout cas, il serait faux de prétendre que la lutte contre toutes les formes d'oppression disparaîtra et sera remplacée par des luttes autour des problèmes syndicaux ou pour «enfoncer les conservateurs».
Les formes d'organisation des opprimés et de lutte sur les questions internationales changeront incontestablement. Ces problèmes ont pénétré de plus en plus dans les syndicats et dans le Labour Party et ont amené à la formation d'organisations spécifiques dans leur cadre. Cette tendance s'accetuera énormément. La construction de mouvements et de luttes des opprimés, la construction de campagnes spécifiques de front unique, leur construction dans une mesure croissante dans le cadre du mouvement ouvrier: voilà un élément fondamental et non secondaire de toute stratégie révolutionnaire. Elles s'inscrivent dans la perspectiveclé de la formation d'une aile gauche, pour une lutte de classes conséquente, au sein du mouvement ouvrier.
Le pouvoir de l'impérialisme britannique, qui a marqué de son empreinte toutes les classes sociales et tous les partis politiques, a marqué également la tradition marxiste britannique. Alors que sous l'impact de la révolution russe des partis communistes de masse furent construits en France, en Italie, en Allemagne et ailleurs, en Grande-Bretagne ne fut créée qu'une petite organisation de quelques milliers de membres. Depuis le déclin du Chartisme, aucune tradition ou organisation révolutionnaire de masse n'a existé. En outre, le petit mouvement marxiste qui a existé depuis lors, a été marqué par deux traditions contradictoires qui se sont nourries mutuellement. La tradition majoritaire a combiné un opportunisme droitier et un économisme sur le terrain politique d'une part, et un sectarisme organisationnel d'autre part. Le premier a été le produit d'une adaptation à l'impérialisme et à sa bureaucratie ouvrière; le second de la dialectique, soulignée par Marx, par laquelle un bas niveau de la lutte de classes produit toujours un haut niveau de sectarisme. La tradition minoritaire a été représentée par un courant politique révolutionnaire, qui est resté socialement marginal et s'est avéré incapable de construire une organisation révolutionnaire sérieuse.
Ces deux traditions négatives ne furent surmontées que partiellement à des époques de grandes luttes. En
1889 avec Eleanor Marx et la montéede la syndicalisation. En Irlande -qui faisait alors partie de l'Etat britanniqueavec James Connolly dans la décennie et demi allant jusqu'à 1916. Avec John Maclean en Ecosse. Sous une forme plus distortionnée avec Sylvia Pankhurst. Au delà de leurs limites particulières, chacun commença à combiner une politique révolutionnaire internationaliste sérieuse et une base réelle dans la classe ouvrière.
Le Parti communiste des premières années, né de la profonde crise internationale de la première guerre mondiale, représenta le développement le plus avancé de ce processus. Ce développement eut lieu au moment d'une crise profonde en Grande-Bretagne. Ses attitudes politiques les plus importantes furent la lutte pour le pouvoir soviétique, la participation aux élections, la bataille pour l'affiliation au Labour Party, une politique extérieure anti-impérialiste, une orientation systématique de front unique dans les syndicats (Mouvement minoritaire et Mouvement national de gauche). Le Parti communiste put élaborer ces idées politiques cruciales grâce à sa participation au mouvement communiste international et aux leçons des expériences les plus avancées de la lutte de classes au niveau international.
Le trotskyste américain James P. Cannon a parlé dans l'un de ses livres d'un bandit fameux, Willie Sutton qui, à la question que lui avait posée un journaliste - pourquoi se limitait-il exclusivement à dévaliser les banques?- avait répondu: «parce que c'est là qu'on trouve l'argent». Le problème est tout à fait clair. Pendant un siècle et demi environ, la Grande-Bretagne a enregistré le niveau le plus bas de lutte de classes par rapport à tous les autres pays européens importants. Si on croit que les idées les plus correctes et les plus avancées viendront de cette expérience, cela veut dire qu'on met le matérialisme historique sur sa tête. Malheureusement le nombre de gens qui «reconstruisent» le mouvement ouvrier mondial de Londres indique que cette vérité première n'est pas saisie suffisamment. Les révolutionnaires doivent partir des expériences internationales et surtout de toutes les expériences des classes ouvrières qui ont fait effectivement des révolutions. En Grande-Bretagne probablement plus que dans n'importe quel autre pays, la formation d'une organisation révolutionnaire nationale ne saurait être séparée de la construction d'une organisation internationale. Ce n'est pas le marxisme révolutionnaire internationaliste, mais l'exceptionnalisme et le particularisme britannique tel qu'il a existé depuis plus d'un siècle qui est condamné par ce qui va arriver dans les années 1980.
CONCLUSIONS
Quelle est, en conclusion, la portée des processus politiques que nous avons esquissés? Ces processus correspondent au changement le plus radical dans la politique britannique depuis l'essor de l'impérialisme britannique et l'extinction de la tradition révolutionnaire de masse de la classe ouvrière. Après 130 années la politique britannique renouera avec des traditions politiques que la bourgeoisie et la bureaucratie ouvrière croyaient disparues à tout jamais. Ce ne sera pas un changement rapide, soudain, bien qu'il y ait des
LES ANNEES 1980 indications particulières qui laissent penser que les choses peuvent changer rapidement.
Mais ces transformations provoqueront une crise de toutes les institutions et les traditions enracinées dans le passé impérialiste de la Grande-Bretagne: le parti conservateur, l'Etat britannique, le Labour Party et la tradition marxiste prédominante. Cette crise va créer des possibilités objectives énormes, mais elle n'aura pas automatiquement un aboutissement positif. Au contraire, le désastre des forces qui se sont efforcées d'être révolutionnaires dans des pays comme l'Italie ou le Portugal en 1975, démontre que, laissée simplement à sa propre dynamique, une crise profonde provoque une désorientation et non des solutions. Le mouvement ouvrier des années 1980 en Grande-Bretagne devra affronter des problèmes qu'il n'a pas expérimenté pendant des décennies. La mesure de son succès face aux défis que nous avons mentionnés, déterminera non seulement la nature de la politique britannique dans les années 1980, mais aussi -ce qui est plus important- l'aboutissement de la crise politique que ces années vont ouvrir.