Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 3e série n° 6

Togliatti, dirigeant du Komintern, d'après un historien du P.C.I.

Antonio Moscato · Quatrième Internationale, 3e série n° 6 · octobre-novembre-décembre 1981 · p. 87-98 · 6 048 mots

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Le livre que l'historien Paolo Spriano, membre du Comité central du P.C.I., a publié il y a quelques mois sur le rôle joué par Togliatti en tant que secrétaire de l'Internationale communiste, mérite d'être signalé parce qu'il représente une contribution à l'histoire du mouvement ouvrier des années '30, basée sur les archives du P.C.I. et, dans une moindre mesure, de l'Internationale communiste elle-même.

Dans sa première partie, il analyse la phase qui a précédé le VII° congrès de l'I.C. et l'action développée par Togliatti pour préparer le tournant de la « troisième période » aux fronts populaires.

Il est bien connu que Togliatti avait été très proche de Boukharine jusqu'au mois de décembre de 1928. Toutefois, déjà à partir du mois de juillet de la même année, puisqu'il avait compris que l'orage allait s'abattre sur Boukharine, il avait préféré quitter Moscou, en laissant

Angelo Tasca comme seul représentant du parti italien auprès du Komintern. Tasca estimait qu'il pouvait compter toujours sur l'appui du Comité central de son parti et de Togliatti, qui encore vers la moitié de décembre lui avait envoyé une lettre approuvant son attitude sur la « question allemande » (1). En fait, Togliatti était déjà en train de préparer son décrochage par rapport à Boukharine et à Tasca avec un incroyable cynisme. Il annonça à Tasca avoir trouvé un accord avec le représentant de l'I.C., Manouilsky, sur deux textes du CC du P.C.I. sur la question allemande : une résolution publique impliquant des concessions à Staline et un document confidentiel adressé à la direction du parti soviétique, où seraient avancées des critiques sévères au régime intérieur du P.C. allemand et de l'I.C. elle-même. Mais à Moscou, on ne reçut que le texte public (on ne sait pas si l'autre fut jamais rédigé). Tasca fut abandonné par son propre parti dans un affrontement très dur avec Staline (entre autres, à l'étonnement général, il n'hésita pas à interrompre Staline lorsque celui-ci était en train de prononcer son réquisitoire contre l'« opportunisme poltron » de Humbert-Droz et de Tasca lui-même, au cours de la réunion du présidium de l'I.C. du 19 décembre 1928).

Togliatti passa rapidement du double jeu et de la réticence à une prise de distance ouverte et grossière par rapport à Tasca. Déjà le 2 mars 1929, dans son rapport au CC du P.C.I., il proposa de « désavouer et condamner sans hésitation et sans réserve aucune le camarade Serra » (Tasca). Il avait peur d'être impliqué à son tour dans la chute de Boukharine, notamment à cause des rappels que Tasca faisait à leur attitude commune sur certaines questions. C'est dans ce but qu'il conclua en disant : « Nous devons reconnaître que la caractérisation que le camarde Staline a donnée à propos de Serra, en affirmant qu'il est un opportuniste hypocrite, correspond entièrement à la vérité ». Cette déclaration marque une date. En effet, depuis lors, Togliatti n'oubliera jamais d'exprimer son accord total avec toute déclaration de Staline.

Cela mérite d'être souligné car il existe encore une tendance à considérer Togliatti comme quelqu'un qui aurait à plusieurs occasions pris ses distances par rapport aux pires aberrations staliniennes. En réalité, il serait facile de réunir toute une anthologie des écrits de Togliatti pendant la « troisième période », qui démontrerait sans contestation possible son identification complète avec les orientations et les méthodes staliniennes (y compris la chasse aux sorcières contre Trotsky et les oppositionnels).

D'après Spriano — qui partage à ce sujet une opinion exprimée par d'autres — Togliatti aurait donné une contribution importante et originale à l'analyse de la nature du fascisme. Le texte fondamental en la matière serait les Leçons du fascisme dans le cadre d'un « Cours sur les adversaires », et qui mettait dans le même sac fascistes, socialistes maximalistes, républicains et anarchistes. La grande nouveauté résiderait dans la caractérisation du fascisme comme « régime réactionnaire de masse ». « Le fascisme - avait dit Togliatti — ne signifie pas seulement lutte contre la démocratie bourgeoise; nous ne pouvons pas utiliser cette expression lorsque nous sommes confrontés à une telle lutte. Nous devons l'utiliser seulement lorsque la lutte contre la classe ouvrière se développe sur une nouvelle base de masse avec un caractère petit-bourgeois » (2).

Il est presqu'incroyable que Spriano oublie que Togliatti parle en 1935 et que sa remarque tout à fait banale n'est faite que deux ans après la victoire de Hitler, et par surcroît sans aucune autocritique par rapport aux caractérisations passées. Ce qui est encore pire, en reprenant les sottises de la « troisième période », Togliatti attaque Trotsky qui aurait confondu bonapartisme et fascisme dans la mesure où il avait caractérisé le gouvernement de Brüning comme bonapartiste. Donc, encore en 1935, Togliatti maintient la caractérisation de « fascistes » pour les gouvernements qui avaient précédé Hitler, tout en acceptant — ne fût-ce que très partiellement — des traits de l'analyse du fascisme esquissée bien avant par Gramsci et bien entendu, par Trotsky. D'après lui, par ailleurs,

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Trotsky aurait commis ces erreurs à cause de sa « méconnaissance du fascisme comme dictature de la bourgeoisie » (3).

FRONT UNIQUE ET

FRONT POPULAIRE La polémique grossière à l'égard de Trotsky n'est aucunement marginale et accidentelle. Déjà au mois de mars 1933, lors d'une réunion du Bureau politique du P.C.I., Togliatti avait commenté l'appel pour le front unique lancé par l'I.C. quelques jours avant, en expliquant qu'on pourrait commettre deux erreurs : « Dire qu'il s'agit d'une ligne nouvelle et donc épouser la position des trotskystes ; dire qu'il n'y a rien de nouveau et donc ne pas comprendre l'importance de la chose » (4). Par la suite, il s'en tiendra toujours à une telle attitude de « juste milieu », en évitant surtout d'admettre qu'on avait tenu compte, ne fût-ce que dans une mesure minime, des critiques de l'Opposition de Gauche, dont les positions ne cesseront d'être systématiquement falsifiées.

Par ailleurs, la relance du front unique après des années de polémiques contre le « social-fascisme », ne comporte pas un retour à la tactique élaborée au III° et au IVe congrès de l'I.C. et proposée de nouveau d'une façon opiniâtre par Trotsky et l'Opposition de Gauche. D'un côté, en effet, des traces des orientations de la « troisième période » subsistent dans les appels de 1933 et 1934 (notamment, front unique d'en-bas dans le but de « démasquer »). D'un autre côté, les versions du P.C.I. avancent déjà, bien que très timidement, l'idée d'un élargissement du front à des forces non prolétariennes (dans un but de

« manœuvre » pour le moment) (5).

La définition de la social-démocratie comme « social-fasciste » ellemême ne disparaîtra pas rapidement. Pour ne donner qu'un seul exemple : à l'occasion de la première « offensive pour le front unique » en mai 1933, Togliatti expliquait sans problèmes que la position du principal dirigeant socialiste, Nenni, était « comme toujours, la plus favorable au fascisme » et que la « ligne politique de Nenni est claire : il est contre le front unique. C'est la ligne du fascisme et de Mussolini au sein du mouvement ouvrier » (6). Même après le VIle congrès de II.C., par ailleurs, Manouilsky devait confirmer la déclaration de Staline d'après laquelle « le fascisme et la social-démocratie étaient des jumeaux et non des antipodes ». D'après une note que Togliatti reproduit sans aucun commentaire, en appendice à une lettre adressée à Giuseppe Dozza, le même Manouilsky allait jusqu'à déclarer en janvier 1936 qu'en Italie, le problème du front unique se posait « différemment que dans tous les autres pays. Non pas avec les socialistes, mais avec les fascistes » (7).

On sait que Togliatti esquissa avec insistance une tactique de pénétration dans les syndicats fascistes et dans les autres organisations de masse du régime. La même tactique avait été conseillée par lui aux communistes allemands déjà avant la victoire d'Hitler. Il est évident qu'il ne s'agissait pas seulement d'une tactique visant à exploiter les marges éventuelles dans les seules organisations de masse légales.

Spriano, qui dans le troisième volume de son histoire du P.C.I. avait reconstruit d'une façon exhaustive le débat autour de l'appel aux « frères en chemise noire », nous fait connaître maintenant des textes nouveaux, comme, par exemple, la lettre déjà citée de Togliatti à Dozza. Dans cette lettre, Togliatti écrivait entre autres : « Politiquement miser sur les organisations fascistes, les cadres fascistes, etc. Si dans une usine il y a 80% de fascistes passifs et 15% de fascistes convaincus, miser sur les 15% et y ouvrir une brèche. Le problème de la succession n'est pas actuel ».

Le but était de stimuler la naissance d'une opposition à la guerre d'Ethiopie de l'intérieur même du fascisme. Mais les méthodes étaient absolument scandaleuses et surtout contre-productives. D'un côté, on provoquait inévitablement au sein des forces antifascistes une nouvelle rupture, une nouvelle vague de méfiance à l'égard des communistes. D'un autre côté, comment la force du fascisme pouvaitelle être entamée si on reconnaissait au fascisme la qualité de « mouvement populaire », en revalorisant, entre autres, son programme de 1919, misérable salade démagogique ? L'ennemi n'était plus fascisme ni le capitalisme, c'étaient les « magnats » et les « requins », indiqués nommément (moins d'une vingtaine d'industriels et de propriétaires fonciers appartenant à l'ancienne noblesse). Mussolini n'était pas l'objet de la moindre attaque (on citait, par contre, un écrit de lui remontant à 1919, avec lequel on se déclarait d'accord !).

Spriano fait remonter ce texte — qui ne fut pas l'œuvre de Togliatti, mais fut signé par lui - à une « origine française », en soulignant les analogies avec des appels adressés à la même époque par Thorez aux catholiques et aux Croix de feu. Mais il ne peut pas nier que — comme le prouve notamment la note de Manouilsky - cette politi- que était inspirée, à l'origine, par Moscou et non par Paris. Tout au plus, pouvait-on parler d'une spécificité italienne dans le sens que la bureaucratie soviétique avait manifesté à plusieurs reprises son intérêt à entretenir de bons rapports avec le régime fasciste. Les communistes italiens avaient eu en la matière des surprises désagréables (par exemple, en 1929, Tasca avait découvert que la presse soviétique saluait la présence à Odessa du dirigeant fasciste Italo Balbo, l'un des plus féroces massacreurs de prolétaires, en le présentant comme un « chef magnifique »).

Sans aucun doute, Togliatti était au courant des concessions faites par l'URSS à Mussolini pendant la guerre d'Ethiopie. Dans une étude récente, d'un intérêt certain, sur l'attitude des organisations ouvrières internationales face à cette guerre, l'historien Procacci, lui aussi membre du P.C.I. et de son Comité central, a expliqué que l'URSS continua à envoyer du pétrole à l'Italie (couvrant 22% de ses besoins). Dès lors, on ne doit pas s'étonner que l'I.C. ait esquissé des théorisations fumeuses (« il faut des sanctions prolétariennes ») et que Manouilsky - encore lui - ait déclaré : « Imaginez que les Etats bourgeois n'appliquent pas les sanctions et que l'URSS soit le seul Etat à suivre le conseil de la IIe Internationale. Qui y gagne ? Les Etats capitalistes qui maintiennent des rapports avec l'Italie. Qui y perd ? Non pas l'Italie, mais l'URSS ». C'est la même logique qui amena les dirigeants sociaux-démocrates allemands à exclure l'éventualité d'une grève contre la guerre en 1914. L'ours russe se serait renforcé et l'autocratie tsariste aurait détruit les conquêtes du mouvement ouvrier allemand.

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Il est donc clair pourquoi Togliatti qui se place toujours du « point de vue » de l'URSS, ait eu, pendant la guerre d'Ethiopie, des attitudes extrêmement ambigües. Spriano luimême explique qu'« à ce moment dramatique, les interventions d'Ercoli (Togliatti) reflètent exactement l'orientation de l'Exécutif de I'I.C. On y retrouve toutes les hésitations et les distinguo que nous avons déjà analysés dans la conduite du Komintern ».

Rien d'étonnant non plus que la revue officielle du P.C.I., « Lo Stato operaio », ait écrit dans un éditorial de mai 1936 sur la conquête d'Addis Abeba par l'armée italienne : « Nos soldats, les chemises noires, se sont battus courageusement, ils ont fait des sacrifices très grands, ils ont souffert la soif et la faim, ils ont accompli un effort qui démontre le degré élevé d'abnégation et d'endurance de notre peuple magnifique. C'est vrai: les soldats et les chemises noires ont combattu pour une cause injuste. Ils ont été trompés... Ils ont cru se battre pour que leur pays soit grand, fort et heureux : et pour cet idéal admirable pour lequel il vaut la peine de donner sa vie, des milliers de nos frères sont morts et des milliers ont été estropiés ou seront malades pour toujours ».

Le but était, encore une fois, celui de stimuler un hypothétique mécontentement des chemises noires contre ceux qui avaient profité de la guerre. Mais l'adaptation à la mentalité chauvine n'en était pas moins dangereuse. Certains dirigeants du parti allèrent plus loin (trop loin du goût de Togliatti lui-même). Montagnana déclara par exemple : « Nous devons avoir le courage de dire que nous ne proposons pas d'abattre le fascisme; le rapport de forces actuel ne permet pas de nous donner un tel mot d'ordre. Le programme de 1919 que nous voulons adopter, présuppose l'existence du fascisme et non son renversement... Après la victoire militaire en Ethiopie, en Italie, on ne croit plus au renversement immédiat du fascisme. Notre objectif actuel, que nous allons certainement modifier demain, ce sont les libertés démocratiques en régime fasciste. Aujourd'hui, nous voulons améliorer le fascisme, parce que nous ne pouvons pas faire davantage : liberte, paix, un salaire meilleur : voilà le but que nous devons continuer à poursuivre » (8).

Ces propos furent prononcés au CC de septembre 1936, après que la guerre civile avait déjà commencé en Espagne, avec l'intervention contrerévolutionnaire de l'Italie fasciste !

Il est difficile de vérifier dans quelle mesure de telles attitudes d'ouverture vers le régime fasciste étaient dictées par des préoccupations diplomatiques de l'URSS, qui rêvait de séparer l'Italie de l'Allemagne. Ce qui est, par contre, clair, c'est que la conception que Togliatti et Manouilsky avaient du front unique, n'avait pas un contenu de classe prolétarien et était toujours subordonnée à des manœuvres conjoncturelles.

Ce n'est pas par hasard que sur un point Togliatti semble avoir joué effectivement le rôle du « précurseur clairvoyant » : l'extension des fronts populaires aux radicaux et à d'autres forces bourgeoises, au programme desquelles le programme commun fut adapté. Cela ne l'empêcha pas de se rendre à Paris pour dissuader Thorez de proposer, pour le moment, une telle extension. Toutefois, comme le confirme Cerreti (9), immédiatement après, il se préoccupa de faire savoir « officieusement » à Thorez qu'il était solidaire avec lui.

Il faut préciser que Dimitrov et Manouilsky, qui avec Togliatti formaient à ce moment la troïka des principaux dirigeants du Kominter, ne rejetaient pas du tout l'extenion du Front populaire pour une question de principe ; elle leur semblait tout simplement prématurée. Dimitrov notamment avait peur qu'en ouvrant trop tôt le Front aux radicaux, les socialistes exploiteraient la situation en excluant les communistes. Togliatti lui-même estimait que les communistes avaient commis « l'erreur de présenter aux socialistes leur proposition de créer un front populaire et leur programme pour ce front, avant de lancer l'action et le programme parmi les masses d'une forme bien claire et définie » (lettre de Manouilsky de novembre 1934). En d'autres termes, il craignait, lui aussi, que les socialistes ne profitent de la relance unitaire. Sa « divergence » avec Dimitrov et Manouilsky résidait dans la conviction qu'il était utile pour le P.C.F. de s'intégrer dans le mouvement de masse qui s'esquissait, dans le but de le canaliser et de le contrôler. Mais il était absolument d'accord sur le contenu interclassiste de la nouvelle alliance. Faut-il rappeler qu'en octobre 1935 il recommanda à Thorez de tenir compte du fait qu'« un mouvement irrésistible » était en train de naître dans les usines, et qu'il fallait donc « faire attention de ne pas effrayer les radicaux » ?

ERCOLI ET L'ESPAGNE

A des moments cruciaux, TogliattiErcoli fut le représentant principal du Komintern en Espagne. A ce sujet, Spriano s'efforce de réfuter le témoignage de Jesus Hernandez, à l'époque dirigeant du P.C.E. et ministre de l'Education dans le gouvernement de Front populaire, selon lequel Togliatti dirigea personnellement l'opération visant à l'élimination physique d'Andrès Nin qui aurait été réalisée pratiquement par son compatriote Vidali. Les preuves fournies par Spriano, en ce qui concerne le rôle personnel de Togliatti, semblent convaincantes. Il ne se trouvait pas en Espagne à l'époque de l'assassinat de Nin et des événements de Catalogne de mai 1937. Il était à Moscou, où il était chargé de coordonner la propagande internationale visant à justifier et à exalter l'extermination des dirigeants de la vieille garde bolchevique. De toute façon, il est secondaire qu'il ait participé ou non directement à la chasse aux opposants en Espagne. Il est incontestable qu'il exalta cette chasse dans ses écrits espagnols et que dans ses rapports au Komintern, il alla jusqu'à regretter la « tolérance » excessive envers les trotskystes, qu'il assimila constamment aux fascistes, y compris dans les textes les plus confidentiels.

Spriano met en épingle des passages des rapports de Togliatti critiquant durement le PCE, aussi bien pour son incapacité organisationnelle que pour l'absence d'une tactique efficace à l'égard des anarchistes. D'après lui, il en ressortirait un personnage bien différent de ce « persécuteur des anarchistes » que certains ont dénoncé. Mais, prises dans leur ensemble, les remarques de Togliatti révèlent tout de même un cynisme extrême. Il recommande, en effet, au P.C.E. de « faire des efforts pour gagner de nouveau les anarchistes à la collaboration gouvernementale » plutôt que de miser sur une solution de la « controverse » par « les armes ». Mais il le fait parce qu'il est conscient des

TOGLIATTI, DIRIGEANT DU KOMINTERN contradictions qui existent parmi les anarchistes et surtout de leur disponibilité à tirer les marrons du feu pour la bourgeoisie. Il insista, par ailleurs, sur la nécessité de « semer la discorde dans leurs rangs », en dénonçant en même temps l'existence d'une dangereuse opposition dont « l'aile illégale est constituée par les trotskystes et les anarchistes. Ceuxci opèrent illégalement et ils publient illégalement des pamphlets, vendus comme publication de la FAI». Plus tard, il écrira, avec soulagement, que la situation s'était améliorée et que le P.C.E. avait remporté des « succès » importants, dont « une série de mesures exceptionnelles » comme la formation de « tribunaux spéciaux contre les difJuseurs de la presse fasciste et trotskyste ».

Le « mérite » de Togliatti serait donc de stimuler des tentatives de récupération de militants anarchistes (par le truchement de leurs dirigeants opportunistes les plus malléables) et de ne pas ignorer qu'il existait aussi le problème d'une récupération de militants « caballeristes » (l'aile Caballero du P.S.) Ceux-ci sont toujours assimilés aux « trotskystes du POUM », mais envers eux, on recommande une attitude plus souple. « Les caballeristes — écrit Togliatti dans une lettre confidentielle à Dimitrov et à Manouilsky - contrôlent la direction régionale des syndicats de Valence et cela leur offre la possibilité d'avoir à leur disposition un quotidien, la 'Correspondencia de Valencia, organe des syndicats de Valence. Aujourd'hui, ce journal est l'organe de Caballero, et il mène contre le P.C.E. les batailles les plus sales. La question est posée devant le secrétariat depuis mon arrivée, et les camarades garantissent chaque jour qu'ils chasseront les caballeristes de la direction régionale des syndicats et de la rédaction de leur journal. Leur plan est de se mettre d'accord avec les socialistes (centristes) présents à la direction régionale et, en ayant avec eux la majorité, d'opérer une espèce de coup de main semilégal dans le journal, en chassant les rédacteurs caballeristes et en installant une nouvelle rédaction. Ils assurent que l'opération peut être menée avec l'aide des autorités et, chaque jour, ils promettent que tout sera fait dans les 24 heures. En ce qui me concerne, je les stimule et les pousse énergiquement dans cette direction ». Puis, il regrette que la situation se soit détériorée davantage, au point où « la seule chose qui reste à faire, c'est d'attaquer le journal avec les hommes et les armes du parti, en risquant de se heurter à la force publique et avec la certitude qu'une telle action aura comme effet de resserrer les rangs de la fraction caballeriste ».

On ne saurait prétendre, comme le fait Spriano, que l'image de Togliatti qui ressort de tous les témoignages antistaliniens soit entamée par des textes pareils !

Dans la même période où il s'occupait de l'Espagne, Togliatti fut également actif dans d'autres secteurs, entre autres, il « soignait » (le mot est utilisé par Spriano) ces partis communistes de l'Europe centrale dont, après les « soins » du Komintern, il ne resta pas grand' chose au commencement de la Deuxième Guerre mondiale. Les documents en la matière sont très pauvres, voire inexistants. En ce qui concerne en particulier la responsabilité de Togliatti dans la destruction du parti communiste polonais, Spriano dit encore moins que ce qu'on peut trouver dans d'autres sources. Un demi-aveu contenu dans la biographie officielle par Maurizio et Marcello Ferrara, et le fait que le P.C.I. a signé la « réhabilitation » du parti polonais (avec celle du P.C. finlandais de Kuusinen, le parti bulgare de Dimitrov et naturellement le PCUS) semblent, de toute façon, confirmer qu'une telle responsabilité existe. D'autre part, un dirigeant du KPD de l'époque, Allemand Herbert Wehner, aujourd'hui leader du S.P.D., a rappelé que Togliatti joua le rôle d'accusateur dans l'un des « procès » contre les collaborateurs allemands de l'I.C. D'après un autre dirigeant du Komintern de l'époque, le Finlandais Arvo Tuominen, Togliatti garda le silence pendant toute la séance du présidium où Bela Kun fut mis en accusation par Manouilsky, et qui s'acheva par la sortie du « citoyen » Bela Kun escorté par deux agents du NVD. Bela Kun fut fusillé un peu plus tard.

Sur toutes ces activités, Togliatti fut fort « réservé », y compris à l'époque de la déstalinisation (qui, au début, le gêna beaucoup et à laquelle il ne prit la décision de participer que lorsqu'il fut clair qu'elle n'irait pas au-delà de certaines limites). Il paraît que dans un seul cas, il aida quelqu'un qui, toutefois, n'était pas encore trop compromis, à savoir Willy Münzenberg, qui fut envoyé en mission à l'étranger peu avant son arrestation possible. Par contre, lors de l'arrestation du communiste italien Paolo Robotti, qui était le mari de la sœur de sa femme, et avec qui il avait des rapports d'amitié depuis longtemps, il ne se renseigna même pas sur le sort de sa belle-sœur qui se trouva, avec son enfant, dans des conditions très difficiles pendant la détention de son mari. D'autres témoignages prouvent qu'il déchira avec irritation un billet demandant de l'aide, que lui avait fait parvenir l'un des communistes italiens (sur un total de 250 environ !) jetés dans les goulags staliniens. Ces témoignages complètent le portrait de l'homme Togliatti - repoussant à l'extrême — mais elles n'ajoutent rien au jugement historique sur sa responsabilité dans l'apologie des crimes du stalinisme.

LA DISSOLUTION

DU KOMINTERN Lors du pacte entre l'URSS et l'Allemagne nazie, après quelques hésitations rappelant la position initiale de Thorez, Togliatti fut encore une fois au premier rang des défenseurs cyniques de la ligne stalinienne. Dans la partie de ses œuvres qui concerne cette période, il y a des pages horribles, où, entre autres, il salue les « succès » de l'URSS en Finlande et il dénonce parmi les « défenseurs du capitalisme, le petit Judas Trotsky, qui attribuait à l'impérialisme une mission historique libératrice » et le « traître Boukharine, qui s'extasiait face à la perspective contre-révolutionnaire d'un seul trust capitaliste mondial ». Spriano recommande aux lecteurs de « tenir compte du fait que ces choses étaient écrites pour être lues à Moscou ». Comme si cela représentait une circonstance atténuante !

Notre historien se console en nous expliquant que - de même que Dimitrov et Manouilsky — Togliatti était gêné par les manifestations de joie des survivants parmi les communistes allemands à l'occasion du défilé des troupes nazies aux Champs Elysées à Paris. D'après Fischer, il aurait dit aux Allemands de ne pas perdre la tête et de comprendre que « le pacte est bien un fait accompli, mais il ne faut pas

TOGLIATTI, DIRIGEANT DU KOMINTERN y compter pour longtemps ». Il est probable qu'il ait commencé à s'interroger sur la durée de l'alliance avec le nazisme justement après les grands succès allemands à l'Ouest, qui laissaient à Hitler les mains libres pour se lancer dans cette marche vers l'Est qu'il avait préconisée dès l'époque de Mein Kampf. Toutefois, ce n'est que dans un texte de mai 1941 - qui n'eut, par ailleurs, aucune diffusion — qu'il abandonne partiellement l'attitude d'équidistance entre les différents « brigands impérialistes » (en pratique, il ne s'agissait pas d'une réelle équidistance, mais plutôt d'un soutien à la propagande de « paix » menée par les nazis).

Il est vraisemblable que, comme Dimitrov, Togliatti ait accueilli avec soulagement la dissolution du Komintern, dont les deux dirigeants de l'I.C. avaient parlé en 1940 (il venait de rentrer à Moscou, après avoir été libéré des prisons françaises, probablement à la suite d'une intervention discrète de l'URSS). Cela est confirmé, bien que de façon indirecte, par son attitude en 1950-1951, lorsque Staline lui demanda de s'installer de nouveau à Moscou pour valoriser le Komintern. Il fut informé de la demande de Staline lors d'un séjour en Union soviétique, et il n'apprécia aucunement la décision unanime de la direction du P.C.I. de le « livrer » à Staline. Il maœuvra habilement, et il obtint de rentrer « temporairement » en Italie. Mais ce retour temporaire fut, comme on sait, définitif.

Par ailleurs, depuis longtemps, l'I.C. n'était plus qu'une fiction (depuis 1935, l'Exécutif élargi ne s'était jamais réuni et ce n'est pas par hasard que certains rapports de Togliatti sur l'Espagne n'étaient adressés à aucun organisme, mais personnellement à Dimitrov et à

Manouilsky). Dans la mesure où il y avait encore quelque chose à faire, le bureau des affaires étrangères du PCUS suffisait (il s'agissait du fameux « Institut 84 », qui fut, d'après le témoignage de Cerreti, la nouvelle dénomination de l'appareil du Komintern) (10). Lorsqu'en Italie certains rechignèrent aux instructions provenant de Radio Moscou sur la nécessité de soutenir le gouvernement du maréchal Badoglio, Luigi Longo, numéro 2 du parti communiste italien à l'époque, réagit vivement, comme l'indique Spriano : « Longo devine parfaitement que la ligne Togliatti provient de la volonté - commune avec l'URSS — d'imposer une solution plus démocratique de la structure gouvernementale du royaume du Sud'». Et il ajoute : « Pensez-vous que, puisque la dissolution du Komintern est une affaire sérieuse et non un truc, Ercoli n'ait plus aucun contact d'aucun type, même pas personnel, pour savoir ou, du moins, flairer ce que pensent les camarades russes ? ». Ainsi, il tranche définitivement. L'Internationale n'existe plus ; il s'agit de « flairer » ce que pensent les « camarades russes ». Qui connaît cet art mieux qu'Ercoli ?

La dernière partie du livre de Spriano traîte du « tournant de Salerno », à savoir de la bataille politique que Togliatti livra pour réorienter le parti vers une participation plus rigoureuse à «l'unité nationale » (entre autres par le renvoi du choix entre monarchie et république jusqu'après la fin de la guerre, et l'entrée des communistes dans un gouvernement dirigé par un monarchiste compromis avec le fascisme comme Badoglio). Mais sur tout cela, l'auteur n'apporte aucun élément nouveau, à part quelques remarques nuancées sur l'identité de vues complète entre Ercoli et le représentant soviétique en Italie, qui était à l'époque le malfamé Vichinsky.

En conclusion, il faut dire que le livre de Spriano a le mérite de ne pas garder le silence, même sur les questions les plus scabreuses, et de ne pas cacher les lourdes responsabilités de Togliatti dans la direction de l'I.C., tout en s'efforçant de le défendre. Pour un historien qui reste lié au groupe dirigeant d'un parti de formation stalinienne, ce n'est pas sans importance.

Toutefois, alors que dans ses premières œuvres, où il s'occupa des origines de son parti, Spriano peut valoriser son talent incontestable sans craindre des implications politiques directes, au fur et à mesure que ses analyses affrontent des problèmes liés à des périodes plus rapprochées et sur lesquels lui-même a pris ses responsabilités, la préoccupation de justifier ce qui a été fait ou dit tend à avoir le dessus. Ainsi, même les remarques plus sérieuses doivent être déchiffrées en lisant entre les lignes, et deviennent presqu'incompréhensibles pour les noninitiés.

Deux exemples : « la question Gramsci » et le problème de la dissolution de l'I.C. Sur la mise à l'écart de Gramsci, à la suite du « tournant » de 1930, beaucoup de livres ou d'articles ont été publiés en Italie depuis la biographie par Giuseppe Fiori parue il y a quinze ans (11). Spriano lui-même a écrit un livre à ce sujet, sans doute le plus faible qu'il ait jamais écrit. Dans le livre que nous analysons ici, il en reprend les conclusions essentielles, sans cacher les divergences de Gramsci avec le parti, mais en s'efforçant de les minimiser. Les éléments qu'il apporte sont extrêmement faibles. Le fait notamment qu'en 1937

Togliatti exalte la figure de Gramsci dans un essai tendancieux, où il le présente comme le chef de la classe ouvrière italienne qui étudiait en prison en russe pour pouvoir lire Staline, lui paraît confirmer que les divergences avaient été surmontées. Il glisse toutefois sur un petit détail : Togliatti écrivit son article après la mort de Gramsci, alors que pendant des années, on n'avait plus parlé de lui - sauf à l'occasion de campagnes de solidarité avec les antifascistes emprisonnés.

On ne peut pas accepter non plus l'affirmation de Spriano selon laquelle « l'hypothèse, qui eut pourtant une large audience dans les dernières années, selon laquelle il y aurait eu une rupture formelle de Gramsci avec le parti, voire son expulsion, est absolument sans fondement et démentie par tous les documents ». Notre historien joue sur l'ambiguité des mots. Il n'y a pas eu, effectivement, de rupture formelle, dans le sens qu'il n'existe aucun document sanctionnant l'exclusion de Gramsci du collectif du parti dans la prison. Toujours est-il que de nombreux témoignages directs prouvent que les rapports avaient été rompus et que le collectif exprimait des appréciations très négatives à l'égard du dirigeant dissident (certains allèrent jusqu'à le caractériser comme « intellectuel social-démocrate », et « partisan de Croce par opportunisme »).

Donc Spriano a raison de dire qu'il n'y a pas eu d'exclusion au sens strict du terme. Dans d'autres cas aussi l'exclusion fut remise jusqu'au moment où la perspective d'une libération imminente laissait craindre que le scandale n'éclate au-delà du petit monde de la prison. Terracini, qui partagea sans le savoir les critiques de Gramsci et des Trois du « tournant » et de la politique de

TOGLIATTI, DIRIGEANT DU KOMINTERN la « troisième période » et qui, par la suite, aggrava sa position en critiquant durement le pacte HitlerStaline, ne fut exclu qu'en 1943, peu avant la chute de Mussolini (en dépit du fait que le nouveau « tournant » de 1941 avait permis de surmonter les divergences antérieures).

Formellement, il n'y a donc, chez Spriano, aucune falsification, mais l'image des rapports entre Gramsci et la direction du parti stalinisé, est en substance faussée.

On peut dire la même chose à propos de la dissolution de la Troisième Internationale. Spriano ne peut pas nier que l'une des raisons de la suppression formelle de ce qui restait du Komintern (une organisation « en fait déjà finie » et que Dimitrov proposa de dissoudre déjà en 1940) fut la volonté de la bureaucratie soviétique de « donner des preuves de sa bonne volonté » à ses alliés en confirmant par un « geste symbolique » que « l'URSS ne visait pas la domination mondiale par une révolution communiste ». Il cite, par ailleurs, le témoignage « naif » de Cerreti, qui travaillait dans l'appareil du Komintern au moment de la dissolution et qui était convaincu de la justesse d'une décision qui permettait à Staline de « donner des garanties efficaces aux nations capitalistes (« Staline, qui était un homme pratique et conséquent - écrit Cerrati - était certainement prêt à payer un prix pour l'alliance de l'après-guerre... »). Mais immédiatement après avoir concédé tout cela, Spirano semble l'oublier et préfère s'en tenir aux explications officielles : « On ne peut évidemment pas réduire un événement historique comme la dissolution de l'Internationale communiste à un geste diplomatique. Les raisons doivent être recherchées aussi dans une condition générale beaucoup plus vaste. Ce sont les raisons découlant des tâches nouvelles que doivent accomplir les différents

'détachements' nationaux du communisme mondial et qui exigent une autonomie plus grande.

Cette autonomie est essentielle dans le but de réaliser une cohésion plus grande de la Résistance, dont le rôle s'accroît au moment du tournant décisif de la guerre ».

Comme on le voit, par son effort de nuancer et d'atténuer, Spriano obtient un résultat mystifiant, même sans esquiver les arguments les plus scabreux. Son but est de toute évidence de faire accepter une grande partie du passé du P.C.I. pour en justifier intégralement le présent. L'abandon de la vieille méthode du mensonge pur et simple est imposé par l'impossibilité de est maintenir le vieux château de mensonges après la fin du monolithisme du mouvement communiste. Mais il découle aussi de la nécessité d'éviter que les phases les plus sombres de la période stalinienne ne soient étudiées que par des historiens étrangers ou hostiles au P.C.I. et donc de tenir compte des éléments et des arguments avancés par ceux-ci.

Quelles que soient les intentions subjectives et les obstacles qu'on oppose encore à une étude rigoureuse de l'histoire du mouvement ouvrier, des livres comme ceux de Spriano (et encore plus ceux qu'ont écrits Boffa, Procacci et Guerra sur le mouvement communiste mondial) stimulent, de toute façon, la réflexion critique au sein du plus fort parti communiste des pays capitalistes au moment où la vérification soudaine de l'inconsistance de la ligne du « compromis historique » pousse de nombreux militants de ce parti à s'interroger sur son rôle et sur sa stratégie d'aujourd'hui et d'hier et, en dernière analyse, sur tout le processus de formation de son groupe dirigeant.

Antonio Moscato

Notes :

(1) Voir à ce sujet Pierre Frank, Histoire de l'Internationale Communiste

(1919-1943), Paris, 1979, t. II, pp. 618-621; Jules Humbert-Droz, L'Internationale comunista tra Lenin e Stalin, Milano, 1974, p. 224 et surtout le volume

VII, 1966, des Annali de l'Institut Feltrinelli.

(2)

Paolo Spriano, Il compagno Ercoli-Togliatti segretario della Internazionale comunista, Roma, 1980, p. 28.

(3)

Togliatti, opere, vol. III, 2, p. 535.

Mentionné par Ernesto Ragionieri dans son introduction au volume III des

(4)

Opere de Togliatti.

(5) A propos des oscillations et des contradictions de l'IC pendant la difficile

« re-découverte » du front unique, voir le livre de Pierre Frank, déjà cité,

Pp. 671-678. En ce qui concerne le « front unique à l'italienne », précisons que Togliatti proposa l'élargissement de l'alliance aux républicains déjà dans une réunion du Bureau politique du 10 mars 1933.

(6)

Voir Togliatti, Opere, vol. III, 2, p. 209.

(7) L'affirmation de Manouilsky se trouve dans son rapport « Bilan du VI* congrès de (IC », qui fut lu dans les conférences des militants actifs de Moscou et de Léningrad après la fin du congrès. La lettre de Togliatti avec la note de Manouilsky est publiée dans le vol. IV des Opere de Togliatti.

(8)

Voir Spriano, Il compagno Ercoli, p. 65.

(9)

Giulio Cerreti, Con Togliatti e Thorez, quarant'anni di lotte politiche,

Milano, 1973, (la traduction française est parue chez Julliard, la même année, sous le titre A l'ombre des deux T.).

(10) Cerreti, p. 282.

(11) Giuseppe Fiori, Vita di Antonio Gramsei, Bari, 1966.

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