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La revue › 3e série n° 6

Structure sociale et lutte de classes au Surinam

Sandew Hira · Quatrième Internationale, 3e série n° 6 · octobre-novembre-décembre 1981 · p. 73-85 · 5 996 mots

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La Deuxième Guerre mondiale a marqué un changement qualitatif dans la structure de classe de Surinam. Dans la première moitié du XX* siècle, l'économie coloniale était basée sur la production du sucre et du café. A partir de 1922, la production de la bauxite, la matière première de l'aluminium, devint de plus en plus importante. Toutefois, la société d'avant-guerre était essentiellement agricole. Les grandes plantations du XIX siècle avaient été remplacées par des entreprises paysannes produisant en partie pour leur propre consommation, en partie pour les marchés locaux et étrangers. Les zones urbaines, notamment la capitale Paramaribo, étaient peuplées par des marchands qui s'occupaient du commerce local et du commerce international, des employés de l'Etat, des petits capitalistes qui exploitaient peu d'ouvriers et quelques hommes d'affaires indépendants.

UN DEVELOPPEMENT AU

SERVICE DU

CAPITAL ETRANGER La Deuxième Guerre mondiale provoqua une augmentation considérable de la demande d'aluminium et, par conséquent, de bauxite. L'industrie aéronautique, qui avait besoin de réserves de bauxite, entreprit d'importants investissements à Surinam. Les énormes importations de capital furent accompagnées par le stationnement d'une grosse unité de l'armée américaine, très bien payée, qui devait protéger les intérêts de l'Aluminium Company of America (ALCOA). Cela détermina une croissance du marché local, notamment du marché alimentaire. Cette expansion fut encouragée davantage par le déclin du commerce extérieur à la suite de la guerre) et par l'introduction de la conscription généralisée, qui arracha des milliers de jeunes paysans de leur existence isolée. La guerre provoqua une montée de l'économie coloniale. Mais cette montée s'acheva en 1945. Puis l'économie stagna jusqu'au commencement de l'époque de « l'aide au développement ».

Quatre ans après la fin de la guerre, le premier plan de développement, dit Welfare Fund, commença à être réalisé. Le Welfare Fund fut suivi d'un plan de dix ans et deux plans de cinq ans. Ces plans furent établis dans une large mesure par des économistes hollandais au service du capital hollandais. En 1972, un nouveau plan fut établi par une commission commune d'économistes de Surinam et de Hollande.

Les premiers plans de développement, notamment le Welfare Fund et le plan de dix ans, avaient deux buts très clairs. Le premier était de transformer les petites entreprises paysannes en de grandes entreprises mécanisées produisant pour le marché étranger. Grâce à l'aide au developpement, on mit sur pied le Stichting Machinale Landbouw (SML, Fondation pour une Agriculture mécanisée), dont le but etait, justement, de moderniser l'agriculture. Le SML introduisit une nouvelle qualité de riz qui demandait des moyens de productions nouveaux. L'ensemencement devait être fait par des avions et des machines combinées. Dans le district de Nickerie, le SML reçut des terrains très étendus pour cultiver le riz. En dix années, il devint le plus grande producteur de riz du pays. D'autres fermiers commencèrent à produire du riz pour l'exportation. Le riz devint le produit agricole le plus important.

Le deuxième but de l'aide au développement fut de faciliter la recherche et la production de matières premières pour des compa- gnies impérialistes. La construction d'infrastructures (routes, ponts, terrains d'aviation et autres moyens de communication comme le système téléphonique et télégraphique) fut financée par le fond pour le développement. Le développement fut facilité également par la fondation et l'expansion d'instituts de crédit (banques, compagnies d'assurance). En outre, le gouvernement s'efforça d'attirer des investissements étrangers par des bas taux d'intérêt, des mesures de détaxation et le maintien d'un climat politique stable. Cette politique fut une réussite dans la mesure où les investissements étrangers arrivèrent effectivement. Mais ils se dirigèrent surtout vers le secteur de la bauxite.

A partir de la seconde moitié des années 1960, le plan de développement déplaça son axe de la production de bauxite à la transformation de cette matière première. Une énorme usine d'aluminium, située près d'une digue sur le fleuve Surinam, permit à la SURALCO, une compagnie subsidiaire du trust ALCOA, de transformer la bauxite. L'afflux d'investissements étrangers, la croissance de l'infrastructure matérielle et financière, un marché intérieur en développement, et le processus d'accumulation du capital local créèrent des possibilités d'expansion pour des industries locales. L'industrie manufacturière se tailla une part croissante du produit national brut.

Le dernier plan de développement — qui commença à être réalisé officiellement en 1975, l'année de l'indépendance — a mis une fois de plus l'accent sur la nécessité de transformer la bauxite à Surinam. Une station hydro-électrique, avec une puissance trois fois supérieure à celle de la station sur le fleuve Surinam, est en train d'être construite dans le Courantyn River, à la frontière de l'ancienne Guyane britannique. On ne retrouve pas dans ce plan une impulsion systématique au développement des industries locales, bien que la croissance des dernières décennies ait crée les conditions d'un tel développement.

Les plans de développement après la Deuxième Guerre mondiale ont été avantageux pour le capital étranger. « Les grandes sociétés produisent entre 40 et 50 % du

Produit national, elles emploient à 15 % de la force de travail et elles participent pour 90 à

95 % aux exportations. Environ à 50 % des profits annuels globaux — correspondant à 80-85 millions de SF - sont allés jusqu'à une époque récente au gouvernement à titre d'impôts.

Ces revenus ont augmenté considérablement après 1975, à la suite de l'introduction d'une nouvelle taxe sur la bauxite. Malgré cela, les transferts de profits ont été de l'ordre de grandeur de 75 à 100 millions de SF ».

(Rapport officiel de la Commission hollandaise-surinamienne) (1).

Les activités des capitalistes étrangers à Surinam ont laissé le pays dans un état de détresse. Des valeurs produites dans l'ancienne colonie hollandaise ont été transférées en Occident par le truchement de l'échange inégal, des transferts de profits et des paiements d'experts et de conseillers économiques.

STRUCTURE DE CLASSE

ET PAUPERISATION L'autre aspect du tableau est représenté par la paupérisation croissante des ouvriers et des paysans. La paysannerie n'a jamais constitué une masse homogène. L'introduction de la nouvelle qualité de riz a accru la concurrence entre les paysans qui produisent pour le marché. Les petits paysans se sont endettés dans l'effort de suivre le processus de mécanisation. Cette concurrence a été un désastre pour nombre de petits paysans. Ils ont été obligés de vendre leurs terres pour payer les dettes. Ainsi, de nombreux petits paysans ont dû quitter l'agriculture. Voilà l'une des causes de l'exode rural massif vers les villes de Paramaribo et de Nieuw Nickerie.

Une autre conséquence du développement de l'après-guerre a été le chômage croissant qui est concentré dans les zone urbaines. Les causes en sont multiples. Nous avons déjà mentionné l'expulsion des paysans de leurs terres. Une deuxième source a été l'émigration des Indiens et des Marroons à la suite de la pénétration du capital étranger dans l'intérieur, qui détruisit leurs conditions de vie traditionnelles. La structure d'âge de la population est un autre facteur à considérer. Plus de la moitié de la population a moins de 19 ans, et elle représente un réservoir de maind'œuvre de plus en plus grand. Il faut tenir compte aussi des femmes, qui sortent du cadre familial pour survivre.

Mais le facteur le plus important est la structure de l'économie. La politique du gouvernement défend les intérêts du capital étranger. Les investissements étrangers furent favorisés, mais ils ne créèrent pas des postes de travail suffisants, parce qu'ils s'acheminèrent fondamentalement vers le secteur de la bauxite et la production du riz. En outre, dans la mesure où l'économie de Surinam est intégrée dans le marché mondial capitaliste, où elle doit faire face à une rude concur- rence, les entrepreneurs ont opté pour des technologies faisant économie de main-d'œuvre.

La croissance économique telle qu'elle a été realisée n'a pas produit que le chômage. Elle a produit en même temps une inflation de plus en plus considérable, une inégalité croissante dans la distribution des revenus, une dépendance meurtrière par rapport à l'aide impérialiste et un déséquilibre de plus en plus grave dans le développement régional.

Avant 1940, la colonie hollandaise avait la structure de classe suivante : la classe ouvrière était extrêmement faible ; le travail salarié existait surtout dans le secteur des mines. La composition raciale de la classe ouvrière était très simple : elle était composée de Créoles (des noirs d'origine africaine). L'économie coloniale se basait sur l'agriculture. Les marchandises d'exportation les plus importantes étaient produites par des petits fermiers, la plupart d'origine indienne et indonésienne. Dans certains districts les paysans créoles jouaient un rôle important comme petits producteurs, mais en général la petite-bourgeosie rurale était d'origine asiatique. Une classe de marchands blancs et métis, qui contrôlait le commerce extérieur et local, exploitait sans merci ces fermiers. Cette classe était étroitement liée à la bourgeoise impérialiste. L'appareil d'Etat colonial était surtout au service de ce bloc social. La petite-bourgeosie urbaine était relativement faible. Elle était composée d'artisans, d'avocats, de médecins etc., dont la plupart étaient des blancs ou des métis (quelques noirs avaient, toutefois, réussi à y pénétrer).

LES TRANSFORMATIONS

SOCIALES DE L'APRES-GUERRE Après la guerre, une transformation profonde de la structure sociale se produisit. L'un des résultats du développement rapide du capitalisme fut une croissance rapide de la classe ouvrière. Dans les zones rurales l'agriculture fut réorganisée sur une base capitaliste. La différenciation dans la paysannerie qui en découla fut une expression de la nouvelle forme d'intégration de la production agricole dans l'économie capitaliste mondiale. A la suite du processus de mécanisation, une couche distincte de fermiers dépossédés émergea. Une partie de ces fermiers travaillent dans des propriétés comme salariés. Ils forment le prolétariat rural. Une autre partie s'est déplacée vers la ville pour s'intégrer dans le lumpenprolétariat. Il y a aussi une couche de paysans qui travaillent en partie, comme salariés et en partie, cultivent des petits lopins.

La classe ouvrière fut renforcée aussi par l'émigration des Indiens et des Marroons vers la capitale, autour de laquelle ils se sont installés en menant une vie misérable. La pénétration du capital dans la jungle, et la politique du gouvernement qui l'a accompagnée, créa un marché du travail dans l'intérieur en entraînant Indiens et Marroons dans des rapports de production capitalistes. Une autre source d'expansion de la classe ouvrière fut la différenciation qui eut lieu dans la petite-bourgeoisie urbaine. Le développement de l'après-guerre accentua la concurrence entre les producteurs indépendants des villes. Les couches inférieures de cette classe furent condamnées à la misère la plus noire, et finalement se prolétarisèrent.

Le prolétariat n'est pas homogène. Il est composé de couches différentes. Les ouvriers les mieux payés et les mieux organisés sont ceux des secteurs au développement capitaliste le plus élevé, surtout dans les mines et dans la transformation des matières premières. Les couches inférieures forment le lumpenproletariat. Les travailleurs des banques et des assurances, qui sont les secteurs les plus développés après la bauxite et l'industrie de transformation, gagnent à peu près autant que leurs collègues du secteur de la bauxite. D'autre part, les travailleurs de la fonction publique - qui représentent une espèce de reservoir de sous-emploi caché - et les travailleurs de la construction sont les moins payés. Ce n'est qu'au cours des dernières années, à la suite de la réorganisation de la construction sur une base capitaliste que les conditions des travailleurs de ce secteur se sont améliorés.

La vague d'investissements depuis 1940 détermina la formation d'une classe de représentants locaux des sociétés étrangères, d'une bourgeoisie compradore. Celle-ci ne possède pas directement des moyens de production. Ses revenus ne proviennent pas principalementet directement de l'exploitation du travail salarié, mais des services rendus à ses maîtres étrangers. Ainsi, cette couche se différencie de la bourgeoisie nationale qui est composée de capitalistes indigènes qui exploitent directement les travailleurs salariés, recherchent leur propre accumulation et, dans ce sens, peuvent, entrer en conflit avec les sociétés étrangères qui transfèrent des valeurs produites à Surinam vers l'Europe et les Etats-Unis.

Economiquement, la bourgeoisie compradore se forma à la suite de l'importation massive de capitaux après la Deuxième Guerre mondiale.

CLASSES AU SURINAM 77 Mais sociologiquement elle est le produit d'un processus de différenciation au sein de la petite-bourgeoisie urbaine et rurale. Déjà pendant la guerre, la petite-bourgeoisie s'était mobilisée contre l'autorité coloniale et avait exercé des pressions pour obtenir une autonomie locale. Dans le but de bloquer la radicalisation des masses, les colonialistes avaient promis de faire des concessions sur ce terrain. Dès 1948, grâce à des réformes institutionnelles, dont l'introduction du suffrage universel, la petite-bourgeoisie put participer à l'administration du pays, même si des domaines importants, comme la défense, restaient sous contrôle impérialiste.

Peu après la guerre surgirent des partis politiques luttant pour gagner une influence sur l'appareil de l'Etat. La plupart de ces partis se formèrent sur des bases radicales. Le Nationale Partij Suriname (Parti national de Surinam, NPS) fut créé par la petite-bourgeoisie urbaine métisse, mais il gagna une large influence aussi parmi les Créoles protestants. Les Créoles catholiques appuyèrent le Progressieve Surinaamse Volkspartij (Parti progressiste populaire de Surinam, PSV), qui fut fondé aussi par des personnalités petites-bourgeoises métisses. Le Verenigde Hindoestaanse Partij (Parti uni hindoustan, VHP) se basa sur les paysans des Indes orientales, alors que le Kaum Tani Persuatan Indonesia (Parti des paysans indonésiens, KTPI) eut un soutien important parmi les paysans javanais.

La petite-bourgeoisie urbaine fut incontestablement le réservoir le plus important pour le recrutement des représentants des sociétés étrangères. Pour les impérialistes, il fut facile d'intégrer les couches supérieures de cette classe dans les nouveaux rapports sociaux. Des liens s'établirent en même temps avec les partis qui représentaient ces couches au parlement et dans l'administration. La couche supérieure de la petite-bourgeoisie rurale fut intégrée aussi dans le rapport avec le capital étranger, de même que l'ancienne classe des marchands, qui profita de la croissance considérable du commerce extérieur après 1945.

La montée de la bourgeoisie nationale est également le résultat des transformations de l'aprèsguerre. Mais une base réelle d'expansion de cette classe n'exista qu'à partir de la deuxième moitié des années 1960. La croissance du marché intérieur, à la suite de la prolétarisation de larges secteurs de la population, permit à des petits capitalistes d'élargir leurs entreprises. L'origine économique et sociologique du phénomène peut être ramenée à la montée de la bourgeoisie compradore et à la différenciation de la petite bourgeoisie. A la moitié des années 1960, la croissance de la classe compradore avait atteint un point où un changement qualitatif se produisit. Une couche de cette classe avait accumulé assez de capitaux pour fonder des entreprises, ou acheter des participations dans des entreprises déjà existantes. De cette façon surgit une base indépendante d'accumulation du capital.

Il y a certainement des liens très forts entre les impérialistes et une telle couche de la bourgeoisie nationale : il existe souvent des joint ventures. Mais il arrive aussi que cette couche établisse des liens avec d'autres secteurs de la bourgeoisie nationale, qui sont le résultat d'une différenciation au sein de la petitebourgeoisie urbaine. Les petits entrepreneurs qui réussisent à la fin à intégrer les rangs des grands capitalistes sont l'expression de ce proces- sus. Cette bourgeoisie nationale est encore petite, mais elle se développe.

Dans les zones rurales, la différenciation à l'intérieur de la petitebourgeoisie détermina l'émergence d'une classe de grands propriétaires fonciers. Des fermiers et des commerçants moyens réussirent à acheter des quantités de terre considérables, obligeant les petits fermiers à vendre leurs lopins. Mais puisqu'à l'origine, la majeure partie de la terre était sous contrôle de l'Etat, le gouvernement a une influence très grande dans la distribution des terres. La distribution de la terre ne fut pas avantageuse pour les seuls grands propriétaires. La bourgeoisie compradore en profita également, grâce au contrôle qu'elle avait sur l'appareil de l'Etat. Ainsi, des liens étroits s'établirent entre la bourgeoisie compradore et les grands propriétaires.

LES ORIGINES DU

COUP D'ETAT DE FEVRIER 1980 En 1979, la dégénérescence de la démocratie bourgeoise a débouché sur l'affaire Koorndijk. La Nationale Partij Kombinatie (Coalition nationales des partis, NPK), la coalition dominante dirigée par Henk Arron, a obtenu une voix de majorité (21 sièges sur 40) au parlement. La mort d'un député de la NPK provoqua une crise ; le NPK perdit sa majorité. Un nouveau député devait être désigné, mais l'opposition n'accepta pas Koorndijk comme nouveau membre du parlement pour la NPK. Elle organisa un boycott empêchant d'atteindre le quorum. La crise ne fut résolue que trois mois plus tard. Koorndijk fut désigné, mais de nouvelles élections auraient lieu en mars 1980. Ce compromis n'a pas pu arrêter le mécontentement croissant des masses contre le gouvernement Arron.

La lutte de masse contre ce gouvernement avait commencé déjà en 1978. Les Indiens et les Marroons de l'intérieur s'étaient unis dans une lutte pour la reconnaissance de leur droit à la terre, que le gouvernement, en accord avec les impérialistes, leur avait arrachée. La lutte culmina dans une marche d'Albina à Paramaribo qui dura trois jours. D'autre part, en 1979, plusieurs organisations de Jeunesse avaient organisé des manifestations et des rassemblements pour exiger le droit de vote à 18 ans. Dans la même année, des manifestations furent organisées pour la suppression d'une législation scandaleusement discriminatoire contre les femmes (la femme était privée de droits élémentaires, elle ne pouvait même pas acheter un frigo sans l'autorisation de son mari).

Toujours en 1979, des travailleurs du secteur public, organisés dans la centrale syndicale CLO, demandèrent des augmentations de salaires pour contrebalancer les augmentations des prix. Un accord avec le gouvernement fut réalisé, mais, puisque ce dernier n'avait aucune intention de l'appliquer, la CLO lança une grève. A cause de la mauvaise préparation, cette lutte s'acheva par une défaite.

Le gouvernement devait aussi faire face au mécontentement d'autres couches de la population. A Paramaribo, des manifestations furent organisées pour protester contre l'insuffisance d'eau. Les travailleurs à la retraite, pour leur part, protestèrent dans les rues contre le refus des représentants de la bourgeoisie compradore d'augmenter les allocations de vieillesse

Finalement, le Comité des églises chrétiennes attaqua à son tour le gouvernement pour sa politique aggravant les inégalités sociales.

Mais pour la préparation du coup d'Etat, c'est la lutte dans l'armée (Surinaamse Krijgsmacht, SKM) qui a eu une importance déterminante.

Le 25 novembre 1975, la vieille armée coloniale néerlandaise fut remplacée par la SKM. Peu après l'indépendance, l'armée, qui était composée de 1 000 hommes - dont 200 étaient des officiers sortis du rang - a commencé à se plaindre de la corruption, dont le chef de l'armée Elstak était le symbole, du népotisme, de la discipline féroce qui lui était imposée, et des différences de soldes (les soldats du contingent étaient moins payés que les soldats professionnels pour accomplir les mêmes tâches). Au sein des cadres eux-mêmes, des conflits se sont produit. Les officiers sortis du rang ont commencé à se mobiliser déjà en 1977, en demandant la reconnaissance de leur droit à s'organiser syndicalement. Leurs dirigeants ont été arrêtés. Une protestation fut organisé en face du parlement. Tout cela, rappelons-le, dans un contexte social et politique de plus en plus conflictuel.

Une grève générale avait déjà eu lieu à Surinam en 1973. Mais maintenant la situation était plus favorable aux masses. Tout d'abord, du point de vue international : les révolutions au Nicaragua et à Grenade avaient changé le rapports des forces en Amérique centrale et dans les Caraïbes. La situation intérieure était également changée. Les organisations de gauche s'étaient considérablement développées, bien que d'une manière inégale et avec des vicissitudes multiples.

Les maoïstes, adeptes de la théorie des « trois mondes », après une alliance avec le gouvernement Arron pour combattre l'expansionnisme soviétique (!), s'étaient finalement sabordés en entrant dans le NPS. D'autres groupes — dont la PALU (Progressieve Arbeiders en Landbouwers Unie - Union progressiste des ouvriers et des paysans) - ont continué, par contre, à se développer. La PALU est une formation petite-bourgeoise de technocrates qui se sont prononcés pour l'autogestion ouvrière. Elle représente une tendance très particulière, sans équivalent à l'échelle internationale. Ses militants prétendent avoir les connaissances techniques suffisantes pour changer la société surinamienne sans qu'il soit nécessaire de mobiliser les ouvriers pour renverser le système capitaliste.

Mais l'organisation la plus forte — qui se développe le plus rapidement - est le VP (Volkspartij, Parti du Peuple) dont la direction a été éduquée à l'école stalinienne, bien qu'elle ne se rallie pas explicitement à Moscou. Il s'agit d'une formation qui veut embrasser différentes classes, à savoir aussi bien les ouvriers et les petits fermiers que la bourgeoisie nationale. Son journal, Pipel (Le Peuple) avait souvent critiqué le gouvernement Arron, mais sans jamais prendre la direction de la lutte contre la bourgeoisie compradore. Une telle lutte aurait amené le VP à lutter contre la classe dominante dans son ensemble, la bourgeoisie nationale y comprise. Le programme du VP reprend les revendications de la bourgeoisie nationale pour une réorganisation de l'économie qui assure une expansion de l'industrie locale. L'influence croissante de la PALU et du VP a été, en tout cas, une expression du mécontentement des opprimés envers les partis domi- nants et de leur recherche d'une alternative.

Un autre facteur qui doit être pris en considération est la lutte au sein de la classe dominante. La bourgeoisie nationale était de plus en plus mécontente à l'égard du gouvernement compradore. Les capitalistes locaux et leurs organisations, comme la Chambre du Commerce et la Société pour l'Industrie et le Commerce surinamiens, se sont plaints à plusieurs reprises du manque de collaboration de la part de la NPK pour la réalisation des mesures nécessaires à l'expansion des industries locales. D'autre part, la corruption dans l'appareil d'Etat était un autre obstacle pour les entrepreneurs indigènes qui se trouvaient désavantagés face aux sociétés étrangères qui achetaient les fonctionnaires publics et obtenaient des commandes de l'Etat pour la réalisation des plans de développement. Dans la mesure où certaines commandes étaient concédées à des capitalistes locaux, ceux-ci avaient beaucoup de peine à se faire payer, car la caisse de l'Etat était le plus souvent vide.

La bourgeosie nationale ne disposait que d'un très faible pouvoir politique. Le PNR aurait pu être son parti. Il était issu d'un groupe culturel nationaliste noir fondé dans les années 1950 (Wi Egi Sani, Nos propres affaires), qui avait mené une bataille pour la valorisation de la langue et de la culture créoles. A la fin des années 1960, ses principaux dirigeants avaient formé le PNR, une formation luttant pour l'indépendance, qui gagna une influence considérable dans la plus importante fédération syndicale. Après la grève de 1973, le parti avait participé au premier gouvernement NPK. Une aile, composée de dirigeants syndicaux, sous la pression de la base syndicale, se prononça contre la politique économique et sociale de la NPK. Une autre tendance, dirigée par Eddy Bruma, se concentra sur le problème de l'indépendance et le problème de la réglementation des importations. Bruma, ministre de l'économie dans la première administration de la NPK, apparaissait comme le principal responsable de la détérioration des conditions sociales et économiques.

En 1977, le PNR était chassé de la NPK, mais sans que les différences en son sein disparaissent pour autant. La tendance Bruma accentua son orientation vers les capitalistes indigènes, alors que la tendance syndicale autour de Fred Derby tendait à se rapprocher des groupes de gauche. En janvier 1980, il y eut une scission ouverte. Le PNR-Bruma annonça qu'il formerait un bloc électoral avec des parties de la bourgeoisie compradore.

Entretemps, les conflits dans la SKM ne s'étaient pas apaisés. Les discussions entre les officiers sortis du rang, les soldats et d'autres militaires de rang inférieur amenèrent à la formation de la BOMI— KA (Bond van Militair Kader, Union des cadres militaires). En décembre 1979 et en janvier 1980, la BOMIKA protesta à plusieurs occasions contre les conditions qui existaient dans l'armée. Arron et Elstak refusèrent de prendre en considération la demande de reconnaissance de la BOMIKA comme organisation légale. Alors, le 25 janvier, celle-ci envoya au gouvernement un télégramme demandant la démission de la direction de l'armée, notamment d'Elstak et de son aide de camp, Essed. Elstak et Essed étaient accusés, entre autres, d'agir contre le gouvernement à la veille des élections, fixées pour le 27 mars. Le gouvernement riposta par une lettre très dure adressée à des membres individuels de la direction de la BOMIKA et demandant des explications. La BOMIKA refusa de répondre, en expliquant que la lettre devait être adressée à l'organisation, ce qui aurait impliqué pratiquement sa légalisation.

Le gouvernement décida de remplacer la garde des casernes Memre Boekoe par la police militaire. Les casernes se transformèrent en barricades. La police militaire ne put y entrer, mais elle encercla les rebelles. Les officiers déposèrent les armes pour démontrer leur volonté de trouver une solution pacifique. Mais lorsqu'il fut clair que la police militaire voulait un affrontement sanglant, 200 membres de la BOMIKA se replièrent vers le stade de football. Les dirigeants de l'Union furent accusés de mutinerie. Trois d'entre eux, Sital, Neede et Abrahams, furent inculpés devant une cour martiale. D'autres entrèrent dans la clandestinité.

Une partie de la direction de la BOMIKA se concerta avec les groupes de gauche, notamment le VP, qui proposa d'attendre les élections. Mais c'était une solution inacceptable : la BOMIKA était déjà sous le coup de la répression.

Des éléments bourgeois, notamment du PNR - certains membres de la BOMIKA appartenaient au PNR-Bruma — estimaient que la dynamique de la lutte impliquait un danger sérieux pour le régime capitaliste en tant que tel. Des discussions eurent lieu, et l'idée fut avancée de transformer la SKM dans une « armée pour le développement ». Entretemps, la solidarité avec la BOMIKA se développait grâce à l'action des femmes des soldats et des officiers, des organisations de jeunesse et des syndicats, qui collectaient de l'argent et de la nouriture et aidaient les dirigeants recherchés à se cacher. Pendant le procès contre Sital, Neede et Abrahams des rassemblements de milliers de personnes furent organisés. La lutte de BOMIKA était devenue un catalyseur de la lutte de classes. La CLO commença à préparer des mobilisations pour des augmentations de salaires. D'autre syndicats, des organisations de femmes, des groupes de jeunes, des groupes de quartier, exprimèrent aussi leur opposition au gouvernement Arron.

En l'absence d'une alternative révolutionnaire réelle, les cadres dirigeants de la BOMIKA établirent des liens avec des forces bourgeoises pour réaliser un coup d'Etat contre Arron. Des cercles bourgeois l'avaient déjà projeté à partir de 1976.

En fait, les préparatifs du coup qui réussit le 25 février 1980, avaient commencé à la fin de 1978. Bouterse, chef du coup, actuellement chef de l'armée, explique dans son autobiographie que les plans avaient été fixés en accord avec la Central Intelligence Agency surinamienne et avec des figures politiques qu'il ne nomme pas. Etant donné le rôle central joué par des dirigeants du PNR avant et après le coup dans la lutte contre Arron, il est possible qu'il s'agissait de membres de cette formation.

Bouterse n'était pas personnellement impliqué dans la lutte de la BOMIKA, mais sans le soutien de celle-ci le coup n'aurait pas réussi. Les militaires prirent le pouvoir le 25 février 1980 au nom des soldats et des officiers mutinés.

UN PREMIER BILAN

Le climat dans lequel le coup d'Etat s'était produit a obligé la bourgeoisie, qui en avait pris l'initiative, à tolérer dans le Conseil militaire révolutionnaire (NMC) des représentants de la BOMIKA, bien qu'il ne soit pas certain que ceux-ci auraient accepté une direction bourgeoise. Le NMC n'a pas été élu par la BOMIKA. Il s'est formé comme résultat d'un compromis entre la direction de l'Union et les hommes qui avaient préparé le coup d'Etat pendant plus d'une année et qui l'ont pratiquement organisé.

Le NMC a décrété un couvrefeu, interdit toute réunion politique et introduit la censure sur la presse. Il voulait empêcher toute initiative indépendante des masses. Le fait que l'aile du NMC qui représentait la BOMIKA ait accepté ces mesures donne une idée des conceptions politiques de cette organisation. Elle n'était pas du tout homogène et n'avait aucune perspective claire de lutte contre l'impérialisme et l'oppression.

La scène politique des six premiers mois après le coup à été caractérisée par une lutte plus ou moins ouverte entre les éléments bourgeois et les représentants de la BOMIKA. Lorsque s'est posé le problème de la formation d'un gouvernement, la BOMIKA a proposé d'y inclure de nombreux dirigeants de groupes de gauche, alors que la tendance bourgeoise y était opposée. Finalement, Eddy Bruma, chargé de former le gouvernement, y a inclus un membre du VP (aucun de la PALU). Le PNR-Bruma avait trois ministres, en plus du Premier ministre. Le président Johan Ferrier restait à sa place.

L'aile BOMIKA a donc perdu sa bataille. Elle a recherché le soutien des organisations de gauche, mais la PALU a pris une attitude très prudente et n'a pas voulu être impliquée dans l'affaire du coup. Dans le VP, une lutte fractionnelle ouverte a éclaté sur le même problème. La direction autour de

Lie Paw Sam a été, elle aussi, prudente. Elle s'est prononcée pour un soutien au NMC, mais elle n'a pas voulu que l'appareil du parti fût au service du NMC. Une minorité autour des frères Naarendorp opté, par contre, pour un soutien total. En mai 1980 il y eut scission et la minorité a quitté le parti, en créant le Revolutionaire Volkspartij (parti révolutionnaire du peuple, RVP).

Entretemps, l'aile BOMIKA avait formé un conseil consultatif composé des dirigeants du VP, de la PALU, du PNR-Derby et d'une personne sans importance nommée Herrenberg, ancien dirigeant syndical et fondateur d'un soi-disant Parti socialiste surinamien. Après la scission du VP, le RVP a remplacé Lei Paw Sam dans ce conseil, qui de toute façon n'a pas aidé l'aile BOMIKA à avoir le dessus sur la tendance bourgeoise du NMC.

Dans tous les conflits importants, cette aile a perdu sa bataille. Nous avons déjà mentionné la constitution du gouvernement. Des propositions de réforme agraire radicale (distribution de terres aux petits paysans) ont été également repoussées. Des promesses faites par l'aile radicale (des améliorations des conditions économiques et sociales des couches les plus pauvres de la population, une politique étrangère anti-impérialiste) n'ont pas été maintenues non plus. Ainsi, l'aile BOMIKA a commencé à chercher un soutien dans la classe ouvrière en organisant des « comités populaires », sur la base des villages et des arrondissements de la capitale. Mais ces comités n'ont pas été conçus de façon à stimuler l'initiative indépendante des masses.

Il faut souligner que sur la base des normes fixées pour l'activité politique, les meetings n'étaient autorisés que si tout le NMC y participait ou, du moins, des représentants des deux ailes du NMC. Le couvre-feu fut maintenu, il fut présenté comme une mesure de sécurité contre les contre-révolutionnaires. La censure de la presse était exercée par un bureau contrôlé par la bourgeoisie. En fait, elle était dirigée contre la presse de gauche.

Mais c'est la nature programmatique qui explique surtout la faiblesse du courant BOMIKA, qui ne représentait pas au sein du NMC un groupe homogène avec des idées claires sur la question qui faillait-il combattre et comment. Dans les premières semaines, on savait qu'au moins cinq des neuf membres du NMC avaient des sympathies pour le VP, mais ils ne constituaient aucunement un bloc homogène. Dans les six mois qui ont suivi le coup d'Etat, la bourgeoisie a réussi à diviser ceux qui oscillaient et ceux qui avaient une ligne plus conséquente, notamment en garantissant aux premiers des promotions dans l'armée. Le sergent Bouterse s'est promu lui-même au rang de major ; le sergent Horb est devenu capitaine ; le sergent Abrahams, lié au courant BOMIKA, a été nommé chef de la police militaire.

Le groupe composé des sergents Sital, Mijnals et Joeman est resté plus soudé. Mais il n'avait pas, lui non plus, un programme bien défini et une perspective de lutte claire.

Toutefois, la BOMIKA constituait un danger pour la bourgeoisie. Ses représentants pouvaient exercer des pressions sur le gouvernement et l'armée et même agir d'une façon relativement indépendante. Par exemple, au début de juillet 1980, elle a pris l'initiative d'une manifestation de masse contre l'impérialisme. Pendant la visite du ministre hollandais pour le développement qui était venu discuter de l'aide de son pays au plan du gouvernement, vingt mille Surinamiens se sont rassemblés à la place de l'Indépendance pour condamner le refus du ministre de discuter de l'indexation de l'aide à Surinam. Deux mois avant, la BOMIKA avait voulu organiser un meeting de masse au théâtre Bellevue à propos de l'affaire Ormskirk (Ormskirk est un ancien officier de l'armée coloniale, qui avait essayé d'organiser un coup d'Etat réactionnaire). La direction de l'armée avait interdit le meeting, sous prétexte qu'il s'agissait d'un meeting visant la formation d'un parti politique. Mais en juillet, la bourgeoisie a pris une attitude différente. Elle s'est associée au meeting, mais seulement après avoir obtenu qu'il se transforme en une manifestation en faveur du gouvernement et contre l'impérialisme.

Le meeting de juillet a démontré les sentiments anti-impérialistes des masses et leur volonté de lutter contre l'oppression. Il a aussi encouragé l'aile BOMIKA à stimuler des mesures plus radicales contre l'impérialisme, comme la nationalisation de sociétés importantes. La BOMIKA a organisé les masses par des méthodes bureaucratiques. Mais grâce à ces mobilisations, la fraction Sital a appris beaucoup sur la nature du gouvernement, qui n'est pas disposé à faire des concessions aux masses, et les limites de son propre pouvoir. Et plus important, ces mobilisations étaient susceptibles de provoquer des initiatives indépendantes des masses, échappant au contrôle aussi bien du NMC que de la BOMIKA. C'est pourauoi la bourgeoisie a voulu se débarrasser de l'aile BOMIKA du NMC.

Le 13 août 1980 Sital, Mijnais et Joeman ont été arrêtés, avec leurs conseillers du RVP, et ac- cusés de préparer un contre-coup d'Etat. Ils ont subi un procès et ils ont été condamnés à des peines allant de six mois à deux ans et demi de prison. Mais à cause du mécontentement provoqué par leur condamnation, ils ont été relâchés par la suite.

La répression contre la fraction Sital n'a pas abouti à une stabilisation définitive du régime bourgeois. Après la démonstration de juillet, une fraction de la bourgeoisie nationale autour du premier ministre Chin A Sen (appuyé par Eddy Bruma) a opté pour une collaboration plus étroite avec l'impérialisme, pour résoudre les problèmes économiques et politiques. Une autre fraction, dirigée par l'ancien ministre André Haakmat, a raidi, par contre, son attitude anti-impérialiste. Elle maintient notamment la revendication de l'indexation de l'aide, que Chin A Sen a abandonnée. En décembre 1980, Haakmat a été limogé. Mais la bataille est loin d'être terminée. La fraction Haakmat travaille à renforcer son influence dans l'armée et à préparer ainsi son retour au gouvernement.

D'autre part, la lutte de la BOMIKA rend très difficile l'emploi de l'armée comme instrument de répression ouverte. L'armée peut être utilisée contre des individus et des groupes isolés. Mais si elle était utilisée contre des grèves ou des manifestations, très probablement les vieux militants de la BOMIKA se révolteraient contre le commandement. La bourgeoisie s'efforce de diminuer le danger par la corruption de dirigeants de la BOMIKA et par le recrutement d'éléments lumpen.

Un troisième élément d'instabilité est représenté par la nature même du coup d'Etat. Ce coup était dirigé contre la vieille bourgeoisie compradore, mais en même temps il voulait éviter la mobilisation des masses. Pour obtenir le soutien de celles-ci, la bourgeosie devrait faire des concessions. Mais la crise économique ne laisse pas beaucoup d'espace pour de telles opérations. En conclusion, le coup a certainement provoqué un désarroi parmi les masses, mais il ne leur a pas infligé des coups sérieux. Leurs organisations (syndicats, organisations de femmes, organisations des jeunes etc.) restent intactes.

De nouveaux affrontements sont tôt au tard inévitables. Leurs issue dépendra de la capacité de la classe ouvrière de créer un parti révolutionnaire, capable de mener à bien sa lutte et la lutte de ses alliés contre l'impérialisme et le capitalisme « national ». 23 mars 1981 Sandew Hira

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