Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 3e série n° 6

L'eurocommunisme dans l'impasse

Livio Maitan · Quatrième Internationale, 3e série n° 6 · octobre-novembre-décembre 1981 · p. 17-35 · 9 820 mots

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La fin de l'« unite nationale » en Italie, la crise de l'Etat espagnol — dont le coup d'Etat manqué du 23 février a été l'expression la plus spectaculaire — la victoire de Mitterrand et du Parti socialiste (PS) en France sont les événements les plus importants qui se sont reflétés dans la politique et dans les débats des partis communistes en provoquant des rectifications et des tournants. L'eurocommunisme a subi et va subir des nouveaux bouleversements.

Dans ce contexte, il nous semble utile d'analyser ce qui s'est passé au cours des dernières années dans les partis communistes les plus forts de l'Europe capitaliste et d'en tirer quelques conclusions.

LE PCI ESTOMPE LE COMPROMIS HISTORIQUE Après son succès électoral de juin 1976, le Parti communiste italien (PCI) avait pu traduire dans la pratique sa stratégie de « compromis historique » par son entrée dans le giron du gouvernement (abstention face au gouvernement Andreotti d'abord, participation à la majorité parlementaire ensuite).

Les conséquences d'un tel choix - qui amenait le PCI à prendre de lourdes responsabilités sans avoir la possibilité de peser réellement sur les décisions du gouvernement — étaient claires dès les premiers mois de 1977. Le parti se heurtait assez vite à un mécontentement croissant dans le mouvement de masse (notamment parmi les jeunes). Il était critiqué, plus ou moins explicitement, par des secteurs des syndicats. La méfiance et le scepticisme se dessinaient dans ses propres rangs : dans les entreprises, denombreux militants, tout en ne s'associant pas par discipline à des actions allant à l'encontre de la ligne officielle, ne défendaient plus l'orientation de la direction. La crise devait éclater dans toute son ampleur lors des élections de juin 1979 qui marquèrent pour le PCI le plus grave échec depuis trente années (-4 %).

Des déclarations récentes démontrent à quel point la situation était devenue sérieuse. « Après les élections de 1979 — a dit Berlinguer le 28 juillet dernier (entrevue à La Republica) - nous avons risqué une défaite qui aurait pu nous mettre à genoux. Pas tellement à cause de la perte de voix, pourtant grave, mais à cause du fait que pendant les gouvernements d'unité nationale nous avions perdu le contact direct et constant avec les masses... Je peux vous assurer que nous n'allons jamais répéter une expérience pareille ». Au Comité central qui s'est tenu une vingtaine de jours avant, l'un de ses membres de cet organisme - Sintini - avait affirmé que son tournant de novembre 1980 — sur lequel nous allons revenir — le parti « serait allé au désastre », du moins dans certaines régions, à l'occasion des élections locales de juin.

En fait, depuis l'été 1978, les dirigeants du PCI s'étaient rendus compte du danger sérieux qu'ils couraient et ils avaient commencé à faire des mises au point significatives. Lors d'une de ces polémiques sur le léninisme, que bourgeois et socialistes déclenchent périodiquement dans le but de pousser le PCI à s'intégrer encore davantage dans les mécanismes du système, Berlinguer se préoccupait surtout de réaffirmer l'identité passée et présente de son parti par rapport à la social-démocratie. Il repoussa toute idée d'« abjuration historique ». En même temps, dans une rencontre au sommet à Moscou, il définissait un modus vivendi avec le PCUS en obtenant une approbation explicite de sa politique de compromis historique (1).

Quelques mois plus tard, le PCI rectifia une première fois sa ligne en retirant son soutien au gouvernement Andreotti, et en se plaçant de nouveau dans l'opposition. Le 5e congrès, réalisé un peu plus tard, donna une forme plus systématique à des idées et des orientations avancées dans les années précédentes, mais sans aucun changement de stratégie. Il dut reconnaître les difficultés que le parti avait rencontrées et rencontrait encore dans « le maintien et le renforcement, toujours et à chaque étape, des rapports entre lui et les différentes couches de travailleurs » (2)

Malgré tous ces symptômes alarmants et malgré la défaite électorale de juin 1979, ce n'est qu'à la fin de 1980 que le PCI a opéré une deuxième rectification de sa ligne. Le 21 novembre dernier, la directon a adopté une résolution qui affirmait que « La Démocratie chrétienne (DC) démontre qu'elle n'est pas en condition de diriger l'assainissement moral et le renouveau de l'Etat » et qu'« il appartient objectivement au PCI d'être la force stimulante et la garantie d'un gouvernement qui exprime et combine les énergies les meilleures de la démocratie italienne ; des hommes capables et honnêtes de différents partis et même en dehors des partis ». Le jour suivant, dans une déclaration à la presse, Berlinguer a parlé d'« un nouveau gouvernement qui trouve dans le PC sa force stimulante et où soient représentés les partis laïcs » (à savoir, le PC, les socialistes, les républicains, les libéraux et les sociaux-démocrates) et pourquoi pas ? - les secteurs les plus ouverts et les plus avancés et « des personnalités de la DC honnêtes et non compromises dans les scandales ». Il ne s'agissait pas, d'après lui, de choisir une « alternative de gauche », mais une « alternative démocratique », « une perspective de gouvernement y compris avec des gens qui ne soient pas de gauche, mais toutefois, fidèles à la constitution républicaine ».

Dans un entretien, le 7 décembre, le secrétaire du PCI précisa que, même après l'adoption de la nouvelle ligne, la stratégie du parti restait valable dans « ses fondements essentiels ». Cette idée a été reprise par d'autres et répétée par Berlinguer (3). Toutefois, le tournant du 27 novembre a été suivi par des autocritiques plus ou moins nettes.

Si certains ont mis l'accent sur le fait que la méfiance envers le « compromis historique », existant largement parmi les militants, avait empêché d'engager activement le parti dans le combat (4) ; d'autres ont reconnu que « lorsque, entre 1976 et 1978, nous avons déclaré que nous voulions stimuler le renouveau de la DC, nous avons commis une erreur: nous avons contribué à donner de nouveau à ce parti une crédibilité que son groupe dirigeant a ensuite utilisée pour se retrancher dans une ligne conservatrice » (Chiarante, CC de juillet 1981). Berlinguer n'a pas été moins clair : Nous avions misé sur la possibilité que la DC puisse se renouveler effectivement et se transformer, changer de méthodes et de politique, se placer à la hauteur des véritables problèmes du pays. Je veux bien admettre que sur ce point nous nous sommes trompés ou, plus précisément, que les moyens que nous avons utilisés, ne correspondaient pas au but » (5).

En tout cas, depuis son retour dans l'opposition parlementaire, le parti a radicalisé sa tactique, ne fût-ce que partiellement. Cela s'est produit à l'occasion de certaines luttes syndicales. Cela vaut aussi pour l'opposition à des décisions de politique étrangère du gouvernement Spadolini, que pourtant le PCI veut ménager parce qu'il n'est pas présidé par un démocrate-chrétien.

En ce qui concerne l'attitude face à la DC, elle est, pour l'instant, plus proche de celle que le PCI a eue dans les années '50 et '60 que de celle qu'il avait adoptée après la définition de la politique de « compromis historique », même avant de participer à la majorité parlementaire. En même temps, le PCI a une ligne plus critique à l'égard du Parti socialiste italien (PSI), surtout à la suite de l'avènement de Craxi au secrétariat, et de l'entrée des socialistes au gouvernement au côté d'une DC qui a refusé à son dernier congrès toute perspective de gouvernement d'unité avec les communistes.

LA DEFAITE DU PCF Même au moment où la tendance à l'homogénéisation des partis eurocommunistes était plus forte, le Parti communiste française (PCF) s'est en partie différencié du PCI et du Parti communiste espagnol, (PCE) aussi bien sur le terrain théorique que sur le terrain des orientations politiques. Par exemple, ses théoriciens ont prétendu se placer dans le cadre de la conception marxiste de l'Etat (bien que, dans la pratique, leur parti ne la foulait pas moins aux pieds que Berlinguer ou Carrillo). Son analyse du « socialisme réel » est restée plus prudente et son attitude face à la Communauté européenne très différente, sinon carrément opposée.

Mais, c'est à partir de la moitié de 1977, que l'évolution du PCF comporte une différenciation plus nette par rapport à celle de ses confrères. Le facteur décisif a été, comme l'on sait, cette rupture de l'Union de la Gauche qui a été provoquée surtout par Marchais, même si Mitterrand, qui voulait avoir les mains libres et imposer sa ligne, y a pour sa part contribué. Les traits qui démarquaient de plus en plus le PCF peuvent être synthétisés comme suit : - une polémique virulente et systématique contre le PS et son principal dirigeant, accusés d'avoir opéré un tournant à droite en s'alignant sur les positions de la social-démocratie internationale, et notamment de la social-démocratie allemande ; - une attitude verbalement plus dure qu'auparavant contre Giscard et son gouvernement - surtout dans le but de se différencier des socialistes — et une polémique démagogique contre la politique d'austérité, ce qui était en contradiction avec la ligne suivie à l'époque par le PCI, de même qu'avec la ligne d'un PCE défendant le pacte de la Moncloa ; - une radicalisation programmatique démagogique (par exemple, au sujet des nationalisations) ; - une attitude encore plus critique que dans le passé envers la Communauté européenne, notamment lors des élections européennes de juin 1979, et qui était inspirée, d'un côté, par un esprit protectionniste chauvin désormais traditionnel (« le socialisme aux couleurs de la France », « produire français »), d'un autre côté par le souci de s'opposer encore une fois radicalement au PS et à la social-démocratie des autres pays d'Europe ; - une attitude plus conciliatrice à l'égard de la bureaucratie de Moscou qui s'est traduite surtout dans un alignement substantiel sur celle-ci à l'occasion de l'entrée des troupes soviétiques en Afghanistan.

Tout cela a été confirmé par le XXIII* congrès, qui toutefois, a adopté des positions analogues à celles du congrès du PCI qui s'est tenu presqu'à la même date, sur des questions comme l'attitude face à la révolution d'octobre, le marxisme et le léninisme et la conception du centralisme démocratique (6).

Dans la même période, par ailleurs, s'est produit un épisode très révélateur des divergences entre PCI et PCF : la rencontre à l'assemblée de Strasbourg entre Berlinguer et

Mitterrand. Marchais ne mâche pas ses mots : « Le PCI et le PS sont d'accord sur l'austérité et sur les droits supranationaux de la Communauté européenne. Mitterrand est allé cherché auprès d'Enrico Berlinguer une caution pour sa politique d'alliance avec la droite. Maintenant François Mitterrand va marcher en s'abritant sous le parapluie du compromis historique ». L'Unita riposta vertement en traitant de « déconcertante » la déclaration de Marchais d'après laquelle le compromis historique était une alliance avec la droite réactionnaire et elle donna à son tour un coup de semonce : « Mettre les socialistes sur le même plan que la droite réactionnaire et une erreur que le mouvement ouvrier a payé très cher » (7).

Les divergences entre PCI et PCF se sont manifestées aussi dans la façon dont ils ont célébré le 60e anniversaire de leur fondation, respectivement dans Rinascita et Révolution (8). Les deux partis se sont préoccupés de réaffirmer leur identité historique commune. Mais Rinascita, tout en parlant de « continuité », a mis l'accent sur l'importance capitale des changements dans l'histoire du parti et notamment dans la « sterzata » qui s'était désormais imposée dans le fonctionnement du parti et la réalisation de la démocratie en son sein. Révolution, par contre, a insisté surtout sur les racines historiques des divergences entre communistes et socialistes et leur profondeur. Révolution a publié de larges extraits des discours prononcés au congrès de Tours, respectivement par Vaillant Couturier au nom de la tendance communiste et par Léon Blum au nom de la tendance socialiste. Enfin, l'hebdomadaire du PCF a souligné la « continuité » entre le choix fait à l'époque par Blum et celui que Mitterrand a fait cinquante ans plus tard.

La défaite électorale d'avril-juin - après une campagne où les thèmes que nous avons mentionnés avaient été accentués dans des formes parfois paradoxales - a représenté une condamnation sans appel de la politique suivie par le PCF depuis 1977. Marchais a obtenu le résultat exactement opposé à celui qu'il escomptait : le rapport de forces a évolué d'une façon spectaculaire en faveur des socialistes et son parti a essuyé un échec sans doute le plus grave de son histoire (9).

La réaction du groupe dirigeant s'est traduite dans un tournant diamétralement opposé à celui de 1977. Esquissé très timidement dans les derniers jours de la campagne présidentielle, surtout face aux répercussions négatives provoquées par le refus de Marchais de se prononcer clairement sur la question du désistement, ce tournant a été opéré avec une rapidité extrême après le 10 mai. Comme il est dans le style d'une bureaucratie qui a été à l'école du stalinisme, il a pris des formes parfois grotesques. Ceux qui avaient cloué au pilori les socialistes et déployé à tout moment le drapeau du « seul parti de la classe ouvrière », en sont allés jusqu'à présenter des candidats sous le sigle de la « nouvelle majorité »,

Men estompant leur qualité de militants du PCF ! (10) L'aboutissement final a été cette déclaration commune avec le PS du 23 juin, qui, au-delà de quelques clauses de style, représente une acceptation par le PCF de toutes les lignes d'orientation fondamentales avancées par Mitterrand.

Néanmoins, si le tournant a été radical, Marchais n'a pas tout à fait tort quand il prétend - notamment dans son rapport au CC de juin -que la stratégie du XXII et du XXIII® congrès reste valable (nous préciserions : surtout celle du premier). Il n'a pas tout à fait tort pour la simple raison que le projet stratégique de transition graduelle au socialisme, adopté par les deux congrès, n'était pas qualitativement différent de celui de Mitterrand et de son parti.

Au demeurant, la PCF n'avait pas le choix : soit avaler la couleuvre soit risquer de se couper du processus qui se développe et aggraver davantage son isolement.

TENDANCES ET FORCES CENTRIFUGES DANS LE PCE Le pacte de Moncloa a représenté pour le PCE ce que l'« unité nationale » a représenté pour le PCI et la défaite électorale récente pour le PCF. Carrillo l'a admis, plus ou moins explicitement, au cours du débat pour le Xe congrès. Certes, il s'est efforcé de présenter comme responsables des conséquences négatives pour son parti tous ceux qui avaient critiqué le pacte en tant que tel, en empêchant ainsi, d'après lui, d'attaquer efficacement les autres partenaires qui ne respectaient pas les engagements pris. Toujours est-il que le pacte de la Moncloa est à l'origine des difficultés graves que le mouvement ouvrier a connu par la suite. Le PCE a payé pour sa part un prix assez lourd : diminution importante de membres, perte d'influence syndicale, chute - d'après les sondages — de son influence électorale, crise de la presse, démobilisation des militants (11).

Après le coup du 23 février, la direction du PCE a accentué davantage son cours droitier en passant de l'acceptation de la monarchie à l'exaltation du roi comme sauveur des institutions, en approuvant toutes les mesures de répression prises par le gouverment sous prétexte de lutter contre le terrorisme, et, en général, en « modérant » son opposition, en s'efforçant d'apparaître encore plus que dans le passé comme le défenseur de l'Etat unitaire. Une telle politique ne pouvait pas aider le mouvement ouvrier à surmonter sa crise. Mais elle a réussi à aggraver davantage la crise du parti qui a éclaté d'une façon spectaculaire dans les mois qui ont précédé le congrès.

Rappelons que le cinquième congrès de PSUC - le PC de Catalagone — avait infligé un coup sérieux au groupe dirigeant du PCE en décidant notamment de supprimer l'expression « eurocommunisme ». Comme l'on sait, le CC du PSUC a annulé quelques mois plus tard la décision du congrès le ensuite chassé de son poste président du parti Pere Ardiaca, appartenant au secteur « prosoviétique ».

Il faut rappeler aussi que déjà le IX* congrès avait représenté une nouveauté par rapport aux traditions des grands partis communistes depuis leur stalinisation. Les différenciations existantes s'étaient traduites dans des votes opposés : sur la proposition de la direction sortante de supprimer la référence au léninisme il y avait eu 968 voix pour, 248 contre et 46 abstentions. Les différenciations dans le parti s'étaient reflétées aussi au niveau des commissions ouvrières (12).

Carrillo a fixé trois axes de combat pour le nouveau congrès : il a réaffirmé la stratégie d'ensemble ; il a précisé davantage les orientations à adopter dans une situation qui s'est créée après le 23 février ; il a fait des choix organisationnels assez fermes en ce qui concerne le fonctionnement du parti et les tendances.

Dans son chapitre économique, le projet de la direction sortante n'échappe pas à la contradiction qui marque d'autres textes eurocommunistes du même type ; à savoir la contradiction entre une analyse qui, tout en étant très peu rigoureuse, doit souligner la profondeur de la crise de l'économie capitaliste, et les solutions proposées qui non seulement ne remettent pas en question les mécanismes du système, mais ne vont même pas au-delà d'un projet de rationalisation réformiste très modéré (plus modéré, par exemple, que celui envisagé par Mitterrand) (13). La perspective est fixée à trois niveaux : à long terme (en harmonie avec la « perspective stratégique » de la démocratie politique et sociale) ; à moyen terme (« dans la perspective des prochaines élecnons ») , à court terme (défense des intérêts immédiats des travailleurs). La partie sans doute la plus développée est celle qui concerne le moyen terme : elle prévoit fondamentalement un renforcement du secteur public; une planification « démocratique » ; une restructuration industrielle impliquant des réductions d'effectifs à condition que soient réalisés des investissements complémentaires dans d'autres secteurs avec création de nouveaux postes (l'analogie avec les conceptions du PCI et des syndicats italiens ici est frappante) (14); une diminution du degré de dépendance de l'étranger ; une politique de l'emploi avec réduction des heures de travail hebdomadaires en moyenne à 41 heures en 1982, 40 en 1983... (les 35 heures sont avancées très timidement comme un objectif assez vague). Quant à l'agriculture, l'objectif est le maintien et le renforcement de l'entreprise familiale dans le cadre de la lutte pour l'indépendance alimentaire contre les multinationales.

Le projet reprend les formules habituelles sur la voie pacifique au socialisme (« Nous concevons le chemin vers une nouvelle société comme un processus d'approfondissement et d'expansion de la démocratie sur tous les terrains de la vie économique, sociale et politique »). Il réaffirme l'orientation d'unité démocratique, dont l'unité de la gauche doit être le « moteur » et la conception du « bloque de progreso » qui en découle. En ce qui concerne les autonomies, il se prononce pour le respect strict du cadre fixé par la Constitution bourgeoise en vigueur.

En matière de politique internationale, le texte rappelle que « le PCE ne partage pas l'idée d'après laquelle la lutte de classe à l'échelle internationale s'exprime par l'affrontement des deux blocs militaires, l'OTAN et le pacte de Varsovie » Il prône « une stratégie européenne ... indispensable pour élaborer une alternative progressiste à la crise, pour préparer et promouvoir des actions communes et obtenir un rapport de forces nouveau, pour donner à la construction de l'Europe une dynamique nouvelle qui surmonte la domination des multinationales et des monopoles et nous amène à l'Europe des peuples ». Il confirme l'opposition du PCE à l'entrée de l'Etat espagnol dans l'OTAN et au maintien de bases nord-américaines sur le territoire espagnol. Finalement, le texte réaffirme « le caractère du parti comme parti marxiste, révolutionnaire, démocratique, de masse, de lutte et de gouvernement », comme « parti de combat et de gouvernement, démocratique et de masse, avec différents courants en son sein ». Comme on peut le constater, il n'y a pas de grandes nouveautés par rapport aux textes antérieures et, plus généralement, par rapport aux conceptions et aux orientations eurocommunistes. La question se pose, donc, de savoir pourquoi le PCE a été frappé par une crise majeure justement à cette étape.

De toute évidence, il y a eu combinaison d'une série de facteurs. Tout d'abord, la politique de Carrillo n'avait pas donné des résultats exaltants du point de vue du rapport de forces au sein du mouvement ouvrier. Les élections de juin 1977 avaient démontré que l'influence du Parti socialiste ouvrier d'Espagne (PSOE) était sensiblement plus grande (28,7 % contre 9,7 %) et la situation ne changea pas dans une mesure appréciable en mars 1979. Nous avons déjà parlé, d'ailleurs, du déclin — absolu et relatif - des CCOO. Cette situation était le reflet des difficultés croissantes dans le rapport avec des larges couches ouvrières, frappées par le pacte de la Moncloa. La question nationale - notamment en Euzkadi - a joué aussi au détriment du PCE, qui est apparu comme un partisan fervent de l'Etat centraliste. Finalement, le 23 février a mis en évidence en même temps la fragilité de ces institutions de l'après Franco — dont la construction et le renforcement étaient considérés par le PCE comme une tâche primordiale — et la faiblesse alarmante du mouvement ouvrier dans sa riposte face aux tentatives réactionnaires.

Ajoutons que Carrillo avait mené — ou avait été obligé de mener — son action de révision des conceptions traditionnelles du parti dans des formes assez drastiques, sans la souplesse des plus sophistiqués eurocommunistes du PCI. De plus, les rectifications idéologiques et politiques n'étaient pas allées de pair avec un renouveau des méthodes de direction et des modes de fonctionnement du parti et avec des changements importants dans les équipes de direction.

Tout cela explique la profondeur de la crise et l'ampleur des courants d'opposition qui ont secoué le parti verticalement et horizontalement, en provoquant des clivages graves au sein de l'appareil lui-même (15).

Dans la période qui a précédé le congrès national, les divisions se sont encore approfondies et des courants oppositionnels, parfois en condition d'imposer leur point de vue sur des problèmes importants, se sont manifestés en Catalogne, en Euzkadi, en Andalousie, en Aragon, aux Asturies, dans le pays de Valence et dans la fédération de Madrid elle-même. Les affrontements les plus durs se sont produits sur le problème des nationalités et des autonomies et sur celui de la reconnaissance statutaire des tendances. En ce qui concerne le premier, il suffit de prendre l'exemple du EPK, le PC d'Euzkadi,au sein duquel la tendance dite fédéraliste, proche des eurocommunistes « renovadores » a gagné et dont le projet politique est la formation d'un parti qui rassemble les forces du mouvement ouvrier traditionnel, et les forces de la gauche nationaliste, en premier lieu Euzkadito Eskerra. En ce qui concerne le second, l'épisode le plus spectaculaire a été l'adoption par une majorité de « renovadores » et de « prosoviétiques » au congrès de la province de Madrid d'un amendement favorable à l'organisation des tendances (16).

A l'échelle nationale les courants les plus significatifs sont celui des « pro-soviétiques » ou « dogmatiques » d'un côté, celui des eurocommunistes « renovadores » de l'autre.

Le premier courant est apparu avant tout à l'occasion du Ve congrès du PSUC. Il rassemble des militants et des cadres qui ne partagent pas les orientations de Carrillo. Mais la caractérisation de « prosoviétique », utilisée par leurs adversaires, est abusive. Même ses positions sur l'Afghanistan n'impliquent pas un soutien inconditionnel de la politique du Kremlin (17). En tout cas, c'est surtout sa critique de la ligne symbolisée par le pacte de la Moncloa qui lui a valu la sympathie de couches de militants ouvriers (18).

Quant au courant dit léniniste - dont la faiblesse instrinsèque a été démontrée par les événements qui ont suivi le congrès du PSUC — il était composé surtout de ceux qui, au IXe congrès, s'étaient oppsés à la suppression de la référence au léninisme et qui étaient fortement représentés dans le groupe parlementaire catalan et dans la direction de la CONC (Commissions ouvriers de Catalogne). Sa critique de l'eurocommunisme était apparue peu claire dès le début. On peut dire la même chose en ce qui concerne son opposition au pacte de la Moncloa, qui, bien que formellement vigoureuse, ne remettait pas en question les orientations de base de la direction du PCE (19).

Mais le phénomène le plus important de la phase préparatoire du congrès a été incontestablement l'émergence des eurocommunistes « renovadores ». Ce courant peut compter sur une vingtaine de voix (sur 160) dans le Comité central sortant, des membres du Comité exécutif dont le bien connu Azcarate, des députés, des dirigeants des organisations d'Euzkadi et d'autres régions, des syndicalistes, etc.

En partant du constat des échecs essuyés par la direction Carrillo, les «renovadores» mettent l'accent sur la « déconnection » entre le parti et la société qui aurait caractérisé « aussi bien la vie parlementaire du PCE que sa politique face aux moyens de communication de masse ». Ils dénoncent « l'inadaptation de la politique eurocommuniste à l'étape post-constitutionnelle » qui « fut inévitablement accompagnée par une non-correspondance entre la structure organisationnelle du PCE et son projet politique ». Ils estiment que « le modèle d'organisation actuel est inefficace pour l'action politique eurocommuniste ». Sur le plan syndical, ils critiquent la tendance d'« une bonne partie de la direction des CCOO » à mener « une politique de radicalisation et d'affrontement non face au patronat et au gouvernement, mais face àl'UGT ». Ils proposent surtout un changement radical aussi bien dans la politique des cadres qu'au niveau de la direction nationale : « Le renouveau signifie le changement de l'équipe dirigeante du parti » (20).

Finalement, des différenciations se sont produites dans le congrès des CCOO qui eut lieu quelques semaines avant le congrès du parti, avec en toile de fond les coups sérieux subis par la classe ouvrière (augmentation massive du chômage, baisse du niveau de vie etc.) et le recul des CCOO aux dernières élections des délégués. Un des points litigieux a été l'accord national sur l'emploi, signé par la direction du syndicat et contesté par une partie des délégués (et par de larges secteurs à la base). L'oppo- sition a été plus large qu'au ler congrès : le rapport de la direction sortante a été approuvé avec 660 voix pour, 153 contre et 70 abstentions (ont voté contre en grande partie des délégués catalans). Aux élections pour la nouvelle direction la liste « officielle » a obtenu 667 voix, une liste « alternative » 229 (en obtenant 13 sièges sur 49) (22). La ligne majoritaire est calquée sur les orientations du PCE et, en général, le fonctionnement intérieur des CCOO a été marqué par une accentuation des méthodes bureaucratiques.

C'est dans ce contexte qu'a eu lieu le X* congrès, caractérisé du début à la fin par des divergences profondes et de votes différenciés. La bataille a commencé lors de l'élection de la présidence et sur la question du quorum nécessaire pour qu'un amendement proposé dans une commission soit discuté en assemblée plénière (la direction sortante avait proposé un minimum de 33%, mais le congrès a approuvé 25%). Le rapport, fait par Carrillo au nom de la majorité du CC sortant, a eu 689 voix pour, 66 contre (les « prosoviétiques ») et 266 abstentions (« renovadores » et « fédéralistes »).

Les propositions des « renovadores » ont été soutenues par 30% environ des délégués. Leurs amendements sur la thèse VII notamment ont obtenu 255 voix pour, 677 contre, 109 abstentions. L'élection du nouveau CC - composé de 85 « majoritaires » (dont 11 appartiennent toutefois au PSUC et ne sont pas tous pour Carrillo), 17 « renovadores » et 1 « prosoviétique » -a été aussi controversée : 370 délégués n'ont pas voté pour Carrillo qui a été élu quinzième.

Carrillo a finalement gagné sa bataille, mais avec beaucoup de peine et avec quelles conséquences pour le parti, personne ne peut le dire dès maintenant.

En principe, il aurait pu faire une tentative de compromis pour éviter ou atténuer l'affrontement. Il a fait le choix opposé, fort probablement parce qu'il était hanté par les dangers d'un éclatement de tendances centrifuges encore plus puissantes. Ce n'est pas par hasard si Carrillo a affirmé que le sort du parti était en jeu et que le PCE « pouvait s'autodétruire à court terme ». Il a mis fortement l'accent sur la réaffirmation de l'identité du parti, en défendant aussi son histoire avec un coup de chapeau à la vieille garde (23). Il a rejeté avec force l'idée - avancée par des « renovadores » - selon laquelle le parti devait être le « reflet de la société» et réaffirmé une conception du centralisme démocratique qui, tout en n'étant plus celle de l'ère stalinienne, est assez proche de celle de l'époque Zinoviéviste de l'Internationale communiste. Il a affirmé qu'il fallait rejeter aussi bien le modèle de la Ile Internationale que celui de la III°. Il n'a pas hésité à menacer de mesures disciplinaires notamment contre les « dogmatiques » qu'il a attaqués violemment en les accusant d'opportunisme pour leur alliance avec les « renovadores ». Il n'a pas été plus doux à l'égard de ceux-ci qu'il a attaqués comme « accapareurs de pouvoir », arrivistes, soucieux de nouer des liens avec la base, uniquement à la veille du congrès et qu'il a caractérisés comme tendance « social-démocrate à l'intérieur ». Le rapporteur pour la majorité sur la thèse VIl a dit explicitement - en provoquant des réactions tumultueuses — que les propositions de la minorité étaient très proches des conceptions des partis de la II° Internationale.

Sur cette base, il a réussi à gagner le soutien d'une majorité - par ailleurs assez hétérogène - qui n'a pas voulu courir le risque d'une fragmentation, voire d'une explosion du parti et qui était fortement conditionnée par la formation idéologique qu'elle avait reçue depuis des années. LES EUROCOMMUNISTES A LA

RECHERCHE DE LEUR IDENTITE Au moment où il a pris forme, le courant eurocommuniste avait l'ambition d'exprimer mieux que tout autre courant du mouvement ouvrier d'Europe capitaliste une réponse aux problèmes posés par la crise à l'échelle continentale. Les partis qui le composent apparaissaient effectivement comme une alternative crédible à des secteurs de masse très larges. Mais leur projet a commencé à être soumis à une dure épreuve au lendemain même de son lancement.

Un premier coup - dont la portée a été largement sousestimée à l'époque — a été représenté par les résultats des élections de juin 1977 en Espagne. Trois ans après le Portugal, en Espagne se créa dans le mouvement ouvrier un rapport de forces nettement favorable à la social-démocratie. Rappelons que, en France, le PS avait remonté la pente après le congrès d'Epinay et devançait déjà électoralement le PCF, bien que de justesse. Ce n'est pas par hasard, à notre sens, que justement pendant l'été 1977, à savoir après les élections espagnoles, la direction du PCF a adopté le cours qui a débouché sur la rupture de l'Union de la Gauche. C'est également en 1977 que le PCI a commencé à se heurter aux contradictions de sa politique « d'unité nationale » et aux difficultés dans les mouvements de masse dont nous avons parlé.

Tout ce qui s'est passé par la suite a rendu plus brûlante la question : quel rôle peuvent jouer effectivement les partis eurocommunistes ? Plus précisément : dans la mesure où la social-démocratie - avec toutes ses spécificités dans les différents cas - reste la force majoritaire dans le mouvement ouvrier de la majorité des pays d'Europe capitaliste et où elle est devenue hégémonique même dans le pays où existent de forts partis communistes (l'Italie est désormais la seule exception) ; dans la mesure où le projet stratégique eurocommuniste se fonde sur l'idée de la transition démocratique et graduelle au socialisme et le rejet de la conception révolutionnaire léniniste, les partis communistes se différencient-ils qualitativement des partis sociaux-démocrates ? Leur existence se justifie-t-elle historiquement ?

Cette question est, en dernière analyse, la base de beaucoup de polémiques et d'affrontements et les groupes dirigeants eurocommunistes ont été obligés d'y répondre (25).

La réponse la plus simple est celle qu'a donnée le PCF. Eile est bien connue : le PC et la social-démocratie dans son ensemble sont intégrés dans le système et, dans la meilleure des hypothèses, ils gèrent « honnêtement » la société capitaliste (le texte du XXIII congrès parle d'une « participation active » des sociaux-démocrates et de leur Internationale « à la stratégie de contre-offensive des forces du capital »). Le PCF est donc le seul parti de la classe ouvrière. Les raisons qui ont déterminé sa fonda- tion, il y a soixante ans, restent valables. Le projet de transition graduelle au « socialisme démocratique » ne sera réalisé que si le PCF est hégémonique dans le mouvement ouvrier.

Nous avons déjà analysé dans le passé comment - déjà à partir de 1956 — la différence entre la socialdémocratie et leur propre parti a été expliquée par les dirigeants du PCI. Au cours des trois dernières années ils ont éprouvé le besoin d'y revenir avec insistance.

Ainsi, en septembre 1978, en se référant à un argument classique de Togliatti, Berlinguer a expliqué que « le trait commun de toutes les social-démocraties reste qu'elles renoncent à lutter pour sortir du capitalisme et pour transformer les bases de la société dans un sens socialiste ». La même idée était reprise dans le texte du XVe congrès. Dans l'entrevue à La Republica que nous avons déjà mentionnée, le secrétaire du PCI précise que la « dujérence subtantielle » entre la social-démocratie et le PCI réside dans le fait que celle-ci « s'est toujours préoccupée beaucoup des ouvriers, des travailleurs organisés dans les syndicats, mais peu ou pas des marginaux, des sous-prolétaires, des femmes ».

Nous n'avons pas besoin de démontrer que ces arguments sont inconsistants, sinon carrément faux, ou qu'ils peuvent, tout au plus, s'appliquer à certains partis sociaux-démocrates pendant certaines périodes. Les grands partis sociauxdémocrates classiques n'avaient pas « renoncé » programmatiquement à « sortir du capitalisme ». Mais c'est leur intégration dans les mécanismes et dans les institutions de la démocratie bourgeoise qui les a amenés à renoncer dans la pratique à toute lutte pour le renversement du système. On pourrait dire au PCI : de te fabula narratur (c'est un discours qui te concerne toi même). Par ailleurs, Berlinguer lui-même réduit la porte de l'argument avancé dans son entrevue puisqu'il dit en même temps que la social-démocratie suédoise et Mitterrand se placeraient désormais sur le même terrain que le PCI.

Mais le problème est si important que les dirigeants du PCI y sont revenus une enième fois dans un numéro spécial de leur revue Critica marxista, consacré au 60º anniversaire de la fondation du parti.

C'est encore Berlinguer qui prend la parole. Il critique notamment « l'illusion que le dépassement du capitalisme et le passage au socialisme puissent se produire comme un processus de métamorphose 'naturelle' ou mécanique de l'un dans l'autre, comme une progression linéaire, évolutive et presque sans arrêt sur un chemin de progrès et d'émancipation ». Comme on le voit, c'est une prise de distance à bon marché par rapport à des adversaires plutôt imaginaires.

Il y a ensuite une défense du mouvement communiste de l'époque de la III° Internationale dont l'histoire n'impliquerait pas « une série d'erreurs sans interruption ». Finalement, Berlinguer revient sur le problème de la social-démocratie; qui aurait commis l'erreur de « s'adapter à la réalité telle qu'elle est » en « mettant entre parenthèses son engagement à changer l'état de choses existant » et en perdant « son autonomie idéale et politique par rapport au capitalisme ». Notre diversité « par rapport à la socialdémocratie - conclut Berlinguer — réside dans le fait que nous ne renoncerons jamais à notre engagement de transformation et à l'autonomie idéale et politique ».

C'est toujours la même approche à la Togliatti ; dans le meilleur des cas une proclamation de bonnes intentions.

Nous avons vu comment Carrillo a réaffirmé, de son côté, l'identité de son parti en tant que parti d'avant-garde et de combat. Cette caractérisation a été exprimée en opposition explicite au PSOE, présenté, comme « un parti de gouvernement, mais non un parti révolutionnaire et de combat » (discours au congrès de la fédération de Madrid). Dans un article du 19 juillet, par ailleurs, il a expliqué davantage pourquoi il fallait rejeter une conception du parti différente de celle du parti d'avant-garde et de combat : « L'idée du parti reflet de la société (esquissée en fait par des « renovadores ») peut avoir comme conséquence qu'on mène une politique de sommet et vers le sommet, dans laquelle la médiation fondamentale entre le parti et les masses soit assurée par les élus et non par les organisations de base et le travail dans les mouvements de masse. Elle peut aussi déterminer une situation où des groupes politiques différenciés opèrent dans le parti — qu'on les appelle tendances ou courants - alors que la grande masse des militants reste passive et éloignée ... Dans les conditions actuelles l'abandon de notre conception d'avant-garde ne nous amènerait pas tellement à un type Nouveau de parti, mais surtout à la désagrégation du parti que nous avons ». En fin de compte, il faut rejeter l'idée selon laquelle « le PCE est un instrument historiquement dépassé par la social-démocratie » (El Pais, 19 juillet) (25 bis).

Le problème du centralisme démocratique - débattu surtout dans le PCI et dans le PCE, et posé par des dissidents du PCF - est aussi analysé, le plus souvent, sous l'angle de la défense de l'identité du parti.

Dans le numéro de Critica marxista que nous avons cité (nº2, 1981), Giorgio Napolitano rappelle que le centralisme démocratique léniniste était conçu dans le cadre d'une conception révolutionnaire de la lutte pour le pouvoir. Dans ce sens, il ne pourrait être maintenu tel quel par le PCI aujourd'hui. Mais, selon Napolitano, le centralisme démocratique peut être interprété d'une façon « mobile » et adaptée à « l'engagement démocratique et à la vision du socialisme qui caractérisent le PCI ». Il peut donc être sauvegardé, d'autant plus qu'il constitue une garantie contre « les dangers d'un débat sans conclusion, de la contamination et de la désagrégation de type fractionnel, de la désarticulation du parti dans des centres de décision et d'initiative multiples, séparés entre eux • et contradictoires » (p. 54).

La nécessité d'appliquer d'une façon plus souple le centralisme (qui, en réalité, ne l'oublions pas, même dans l'histoire la plus récente du PCI, a été beaucoup bureaucratique que démocratiques et de permettre une plus libre expression de la dialectique interne (avec la formation de majorités et de minorités, des votes différenciés, information sur les débats dans le groupe dirigeant, etc.) a été, par ailleurs, la conclusion du CC de janvier dernier, consacré justement au centralisme démocratique. Le rapporteur, Napolitano, a précisé à cette occasion les raisons pour lesquelles le PCI a renoncé à la conception monolithique du parti, dans les termes suivants : « Etre un parti communiste de masse signifie aujourd'hui être en condition de se mesurer avec une pluralité de sujets institutionnels et sociaux et même d'approches politiques, sans estomper son propre rôle, d'opérer dans un système d'autonomies tel que le système qui caractérise désormais la structure de l'Etat et de la société civile, en s'engageant en même temps à combattre des phénomènes négatifs de séparation et de fragmentation » (L'Unita, 7 janvier 1981).

Nous ne savons pas si des « renovadores » du PCE ont utilisé ou vont utiliser ce passage pour défendre leur conception du parti « expression de la société ». Toujours est-il qu'il exprime bien les raisons du changement introduit par le plus conséquent des partis eurocommunistes. Il est, d'autre part, utile de souligner que, dans le débat du même CC, Ingrao, qui pourtant est allé plus loin que le rapporteur dans la demande de changement, s'est préoccupé de mettre en garde contre le danger d'une fragmentation possible dans le fonctionnement réel du parti, en d'autres termes contre une « démocratisation » qui amène le PCI à adopter des formes de démocratie interne analogues à celles des partis sociauxdémocrates les moins bureaucratisés.

Il est significatif que Carrillo ait concentré son attaque contre les « renovadores » sur les problèmes organisationnels en les accusant d'œuvrer comme une « social-démocratie à l'intérieur ». Dans son rapport au congrès, il a repoussé avec une vigueur extrême la demande de légaliser les tendances en agitant l'épouvantail d'un éclatement du parti : « Si la légalisation des courants était poussée à sa conclusion logique, la proportionnalité électorale, nous pourrions transférer à l'intérieur du parti un phénomène qui se produit parfois dans la société : l'ingouvernabilité ».

Finalement, même le problème de l'attitude du parti face aux syndicats s'est posé dans une large mesure sous l'angle de l'exigence de de sauvegarder ou de renforcer son identité. Sur ce terrain, les différences entre les partis eurocommunistes sont très sensibles du fait que la situation du mouvement syndical dans les trois pays n'est pas la même. Alors que le PCF a maintenu un contrôle rigide sur la CGT et que le PCE détient une majorité écrasante à la direction des CCOO, le PCI, d'un côté, exerce son influence prépondérante sur une centrale dans laquelle milite la majorité des forces syndicales socialistes, d'un autre côté, il a soutenu sans réserve une pratique unitaire qui a débouché sur la formation d'une Fédération qui réunit les trois principales centrales et sur des formes d'unification encore plus poussées dans le cas de certaines catégories décisives (les métallurgistes surtout).

Ainsi, la CGT n'a commencé à esquisser des changements et à se poser des problèmes « italiens » qu'à son quarantième congrès (fin 1978). Dans la pratique, ces changements ont été d'autant plus limités que le PCF était engagé dans son cours d'autoproclamation sectaire et antiunitaire, et cela ne pouvait pas ne pas se répercuter sérieusement dans la CGT, malgré quelques différenciations ponctuelles (26). A l'étape actuelle, le problème se pose dans des termes différents pour le PCF; il se heurtera en tout cas à des difficultés sérieuses. En effet, il doit, d'un côté, tirer le bilan de sa défaite éclatante en opérant le tournant sur le terrain syndical aussi ; d'un autre côté, il sera poussé à utiliser la CGT pour maintenir une relative autonomie par rapport au gouvernement Mitterrand-Mauroy. Rappelons qu'au lendemain de l'accord PCFPS, le secrétaire de la CGT, Séguy, a déclaré que son organisation n'était pas « signataire d'un texte du type de celui auquel ont souscrit les deux partis de la gauche qui ont la vocation de gouverner ensemble » (L'Humanité, 26 juin). Quelques semaines plus tard, la CGT prenait, du moins partiellement, ses distances, en se refusant de signer un accord avec le patronat sur le temps de travail, accepté, par contre, par la CFDT.

Le X* congrès du PCE a réaffirmé la nécessité de renforcer les CCOO qui, malgré leur recul, constituent un élément de la force du parti, en soulignant, entre autres, que le renforcement des CCOO comme centrale principale est une condition pour réaliser l'unité avec l'UGT. D'un autre côté, les thèses critiquent les syndicats qui auraient la tendance à ne pas faire la distinction nécessaire entre dimension politique implicite dans toute action syndicale et la dimension politique qui appartient au parti. Carrillo a déclaré dans son rapport qu'on avait commis une erreur en supprimant l'organisme du parti chargé des questions syndicales, en cédant face aux polémiques contre le syndicat, courroie de transmission. Le congrès a accepté un amendement statuant que ceux qui militent dans les syndicats et dans les autres mouvements de masse sont tenus d'y défendre la ligne du parti.

C'est sur ce terrain que l'attitude du PCI aussi semble avoir connu récemment une certaine évolution. Soyons clairs : le PCI ne prône aucun changement substantiel dans l'orientation d'ensemble des syndicats. Par exemple, dans des assemblées ou colloques qu'il a organisés pour examiner les problèmes de l'industrie de l'automobile et de FIAT en particulier, ses porte-parole ont fait des pas en avant supplémentaires dans l'acceptation de la logique de la productivité, de la restructuration et de ce qu'on appelle avec un euphémisme emprunté au patronat la « mobilité du travail » à savoir la possibilité pour les patrons de licencier (27). Quant aux textes pour le prochain congrès de la CGIL - élaborés avec la participation prépondérante de dirigeants qui sont membres du PCI -malgré quelques remarques autocritiques, la logique de la restructuration capitaliste est également acceptée ; la ligne dite de l'EUR (du nom du quartier de Rome où s'est tenue en février 1978 l'assemblée qui l'a ratifiée) est fondamentalement confirmée. Cette ligne impliquait une attitude modérée dans les revendications des travailleurs dans le but de faciliter une relance des investissements notamment dans le Sud et des mesures pour donner du travail aux jeunes. En fait, au-delà de tout le bavardage traditionnel sur la programmation économique et la « démocratie industrielle » (28), on recule sur toute la ligne. On renonce désormais aux augmentations égales pour tous, l'une des conquêtes majeures de 1969, sous prétexte qu'il faut encourager ce qu'on appelle la « professionnalité » et sans se soucier des différenciations croissantes qu'une telle politique provoquera dans la classe ouvrière. Il faut toutefois ajouter, pour donner un tableau complet, que sur d'autres problèmes (défense de l'échelle mobile, rejet de la politique des revenus), l'orientation de la CGIL n'a pas changé — du moins en principe. Dans certains cas (par exemple, le problème de la contribution des travailleurs à raison de 0,50% de leur salaire à un fonds national pour l'emploi), elle s'est démarquée des autres centrales par une position plus dure (29).

Le PCI semble inspiré par deux préoccupations. Tout d'abord, il veut intervenir pour aider les syndicats à sortir de la situation critique dans laquelle ils se trouvent maintenant (30). Par exemple, un article paru dans Rinascita synthétise comme suit : « quelques points fondamentaux » : a) retrouver un équilibre nouveau entre manœuvre syndicale et stratégie du changement... La question qui se pose est celle du rôle et de la stratégie (transformatrice ou non) du syndicat dans la phase de transition actuelle ; b) dans cet équilibre nouveau, récupérer - et non nier — une vision renouvelée de la 'comptabilité' qui ne soit pas subalterne ni aux pression sauvages ni à la 'non-ligne' d'un 'non-gouvernement' ; c) récupérer une autonomie du syndicat, réelle et responsable dans l'élaboration des plateformes et dans le rapport avec le patronat. On y risque l'identitié même du syndicat » (n°11, 1981). Deuxième exemple : après le colloque réalisé à

Montecatini par la Fédération unitaire, l'hebdomadaire du PCI a publié un commentaire dans lequel, après avoir regretté que le colloque n'ait pas été précédé par une consultation de masse, il signale le danger d'« immobilisme » qui découle d'une « prise de conscience insuffisante par le mouvement syndical » des problèmes de l'attitude à adopter tace au gouvernement, « d'une compréhension croissante de masse sur le fait qu'une phase qualitativement nouvelle de la politique revendicative est ouverte » et de la nécessité de rétablir « un rapport démocratique avec les travailleurs » (n°11, 1981).

En deuxième lieu, le PCI revendique - dans la pratique beaucoup plus qu'en principe - son droit d'exprimer ses propres positions sur les questions en discussion dans le mouvement syndical. Il change donc assez sensiblement son attitude par rapport à 1969 et aux années suivantes. Indépendamment des intentions de tel ou tel autre dirigeant et des jeux d'appareil, un tel changement correspond aussi à l'exigence de réaffirmer sur tous les terrains l'identité, la raison d'être du parti (31). (A suivre dans le prochain numéro)

Livio Maitan 10 août 1981

Notes : (1) Pour des détails sur cette polémique significative, voir notre article «Léninisme, social-démocratie et eurocommunisme » dans Inprecor, novembre 1977. (2) Sur le XVe congrès, voir l'article paru dans le n° 46 n.s. d'Inprecor.

Dans l'entretien accordé à La Republica, Berlinguer dit : « L'alternative démocratique est pour nous un instrument qui peut servir aussi au renouveau des autres partis, la DC y comprise ». Donc, il ne regretterait pas que la DC surmonte sa crise ! Pense-t-il que dans cette hypothèse heureuse, le compromis historique pourrait être finalement-réalisé ?

Dans un article paru dans le n°8 (1981) de Rinascita, Napolitano explique que lorsque les difficultés ont commencé, « toutes les réserves sont apparues, y compris en ce qui concerne la façon dont la ligne (de compromis historique)

avait été engendrée, et une grande partie du parti est restée à la fenêtre ».

D'après une enquête menée par Barbagli et Corbetta dans les sections de la

Fédération de Modena, l'un des puissants remparts d'Emilie, la majorité des militants étaient méfiants face au « compromis historique ». Ils pensaient qu'ils s'agissait d'une opération tactique, visant à diviser la DC et à favoriser un gouvernement de gauche.

Berlinguer n'admet pas pour autant que ceux qui avaient critiqué l'« unité nationale » avaient raison. Il critique explicitement ceux qui, en lisant la résolution du 27 novembre, ont commenté : « Finalement ! Vous auriez dû le comprendre depuis 1976 ! » (L'Unita, 7 décembre 1980).

Voir l'article déjà cité dans le nº46 d'Inprecor (« l'eurocommunisme, de choc du PCI et les 'spécificités' du PCF »).

Rappelons qu'à propos de l'Afghanistan, le PCI avait présenté à Strasbourg une résolution condamnant l'intervention soviétique. Il l'avait ensuite retirée pour soutenir une résolution socialiste allant dans le même sens. Une telle pratique n'était pas susceptible d'améliorer les rapports avec le PCF...

Le remplacement de l'hebdomadaire traditionnel France Nouvelle par un autre, intitulé Révolution, a été une autre manifestation de la volonté du PCF de redorer — à bon marché — son blason « révolutionnaire ». (9) On peut mesure l'ampleur de la déception en se rappelant que, lors du Comité central, apres les elections européennes, où le score du PCF n'avait pas été mauvais, Marchais avait déclaré : « L'objectif que nous nous sommes fixés

- l'avancée démocratique au socialisme — suppose que le parti révolutionnaire bénéficie d'une influence largement — je dis bien largement — supérieure à celle qu'elle est aujourd'hui ». (10) Il ne faut pas penser à des « bavures » locales. Parmi ces candidats, il y avait des dirigeants représentatifs comme Juquin et Ducolonné. (11) D'après le texte du CC pour le congrès, les membres du PCE ne sont désormais que 160.000. Rappelons que son organe de presse est devenu hebdomadaire. Sur le terrain syndical, lors des élections de 1978, les commissions ouvrières avaient devancé nettement l'Union générale des Travailleurs,

PUGT (35% des délégués élus contre 22,7%). Aux dernières élections, elles ont perdu 15.000 sièges environ (le taux de syndicalisation général n'est que de 20%). (12) Le débat au premier congrès des CCOO (juin 1978) fut centré sur le pacte de la Moncloa. Le rapport général fut finalement adopté par 993 voix pour, contre et 40 abstentions. Pour la Commission exécutive, furent élus 38 militants du PC, 2 indépendants, 2 militants du Mouvement communiste d'Espagne, 1 de la Ligue communiste révolutionnaire. Des différenciations encore plus profondes s'étaient produites dans certaines organisations sectorielles (santé, bois, banques, etc.). (13) Voir à ce sujet l'article de Pedro Montes dans le n°5 de Cuadernos de comunismo. (14) Le projet se prononce pour un moratoire nucléaire. (15) L'exemple du PSUC est à lui seul éloquent. Mais le phénomène est plus général.

Carrillo - naturellement dans le but de prouver que ses adversaires étaient autorisés à lui parler uniquement au nom de la base — a expliqué que les représentants du courant « renovador » étaient dans leur grande majorité des membres de l'appareil (voir le rapport au congrès national). (16) Voilà le texte de l'amendement : « Dans le cadre du respect des statuts, sont reconnus les courants d'opinion au sein du parti dans le but de normaliser et rassembler les différentes expériences politiques qui existent dans celui-ci, en jouissant d'une complète liberté d'expression dans ses organes et publications aussi bien que dans tout autre moyen de communication, individuellement et collectivement » (sic !). On remarquera qu'on n'utilise pas l'expression

« courants organisés », mais Carrillo n'a pas tout à fait tort de dire que substantiellement l'amendement impliquait une reconnaissance des tendances organisées. (17) L'argument fondamental dans les textes des « prosoviétiques » catalans était que l'intervention soviétique soutenait un processus révolutionnaire et neutralisait une contre-révolution organisée et armée par l'impérialisme à partir du

Pakistan. (18) Comme le fait remarquer à juste titre Joan Font dans un article publié dans le n°3 de Cuadernos de comunismo, la critique du pacte de la Moncloa était au fond partielle, dans la mesure où ce courant semble s'y opposer seulement à cause du rapport de forces favorable à la bourgeoisie. (19) Les « léninistes » insistent eux aussi sur le fait que le rapport de forces n'était pas favorable pour de telles opérations. (20) Nous citons du texte « Por un eurocomunismo renovador ». Dans un article publié dans El pais (19 juillet), le membre du CC Julio Segura a insisté à son tour sur le renouveau des structures et le changement du groupe dirigeant. (21) Ces démissions ont été mal accueillies par les « renovadores » qui comptaient notamment sur Tamames pour leur combat. Tamames a nié avoir l'intention d'aller au PSOE en disant : « Je ne quitte pas le Guatémala pour aller au

Honduras, ou au Salvador » (La Calle). (22) Pour l'analyse du congrès des CCOO, voir l'article de Pedro Montes dans le n°5 de Cuadernos de comunismo. La liste « officielle » avait offert une place à la LCR qui a naturellement refusé. (23) La ligne d'attaque de Carrillo s'est exprimée surtout dans son intervention au congrès provincial de Madrid et dans son rapport au congrès (nous nous basons sur les extraits publiés dans El Pais, les informations données par un numéro de Mundo Obrero et des comptes rendus de la presse du PCI). (24) « Si le PC veut être le reflet de la société capitaliste... celle-ci avalera le

PCE et alors surgira nécessairement un autre parti comme le notre, mais nous-mêmes, nous n'y serons pas ». (25) Il est intéressant de souligner que dans son commentaire — assez pessimiste — sur le congrès du PCE, le correspondant de Rinascita, Marcello Calamai, a écrit:

« Pourquoi le choix eurocommuniste en Espagne, mais non seulement en

Espagne, a-t-il perdu dans les dernières années une grande partie de sa charge initiale, en rencontrant des difficultés sérieuses à s'affronter aux nouveautés sociales et économiques, à donner la preuve d'une capacité convaincante d'initiative politique, justement au moment où l'offensive conservatrice dans une grande partie de l'Europe s'avère être une faillite et enregistre des échecs spectaculaires et, par contre, augmente le besoin d'une alternative démocratique et progressiste sur le terrain de l'économie et de l'Etat ?

Quelles sont les raisons les plus profondes de la faiblesse électorale du PCE, alors que les socialistes apparaissent comme la seule possibilité d'alternance en condition, au yeux de tant d'électeurs, de garantir en même temps le cadre démocratique et une réponse progressive à la faiblesse institutionnelle, à la crise, etc. et à l'éclatement social croissant ? Y a-t-il une réponse à ces problèmes qui ne soit ni un retranchement de témoignage ni l'unité avec le PS dans une condition substantiellement subalterne ? ». Parions que Marchais se sentira visé par cette dernière remarque encore plus que Carrillo. (25bis) Carrillo a avancé comme perspective, qui n'est pas réalisable à court terme, l'idée d'une « nouvelle formation politique dans laquelle participeraient, en maintenant leur propre personnalité, leur propre philosophie et leur propre organisation, toutes les composantes du mouvement socialiste du pays : partis politiques, syndicats et mouvements sociaux » (rapport au congrès). Il n'a pas insisté beaucoup sur cette idée. (26) Lors de l'entrée des troupes soviétiques en Afghanistan, des divergences se sont exprimées clairement à la direction de la CGT, et même des membres du PCF n'ont pas défendu la position de leur parti. Autre épisode : en décembre 1979, la CGT décida de participer à une manifestation contre les missiles Pershing, mais en déclarant qu'elle était favorable à la « dissolution simultanée des blocs militaires » et à « la suppression de tout armement nucléaire ». L'Humanité du 19 décembre censura cette partie de la déclaration.

Elle fut obligée de la publier in extenso le jour suivant à la suite d'une protestation de la CGT. (27) Rinascita (n°6, 1981) a écrit à propos des problèmes qui se posent chez

FIAT : « Une question cruciale est posée de nouveau : l'acceptation par le mouvement ouvrier de la restructuration comme le terrain sur lequel développer et faire mürir des propositions positives et crédibles pour résoudre les problèmes créés par la crise de la grande industrie ». (28) Le prétendu droit de contrôle sur les investissements n'existe tout simplement pas. La nouvelle mystification, reprise dans les textes pour le congrès de la

CGIL, est l'introduction du « plan d'entreprise » avec participation des syndicats. (29) Voir à ce propos l'article « Le tesi per il X congresso della CGIL », Critica

Comunista, n°12-13, 1981. Le fait que le courant socialiste et le courant communiste de la CGIL tombent d'accord sur des thèses qui, en réalité, sont un projet stratégique d'ensemble pour le mouvement ouvrier, confirme que le projet eurocommuniste ne se différencie pas substantiellement de celui des socialistes, même après leur tournant de droite. (30) Garavini, dirigeant de la CGIL et membre du PCI, explique que les rapports sont difficiles entre le syndicat et « une partie croissante des travailleurs » et que « les conflits sociaux réels se produisent surtout sur le front revendicatif traditionnel, souvent en-dehors et contre le syndicalisme unitaire, ou ils se développent sur une position fermée, pour la défense des postes de travail »

(Rinascita, n°3, 1981). (31) En 1969, le PCI accepté, en fait, de déléguer aux syndicats la direction et l'organisation des mouvements de masse. Le résultat fut que, pendant toute une période, les syndicats ont joué le rôle de parti d'opposition.

A partir de la moitié des années 1970, surtout à la suite de l'éclatement de la crise économique et des difficultés qui en découlaient pour eux, les syndicats ont commencé de nouveau à souligner la nécessité que les partis jouent leur rôle sur le terrain politique d'ensemble. Dans les textes pour le congrès de la CGIL, cette tendance s'exprime aussi par la reconnaissance

— en elle-même éloquente — de la prééminence des assemblées institutionnelles.

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