Juan Posadas, qui a joué un rôle dans le développement du mouvement trotskyste d'Amérique latine dans les années 1950, est mort en mai 1981 en Italie, des suites d'une longue maladie.
Militant d'origine ouvrière, Posadas a fondé le G.Q.I. (Groupe Quatrième Internationale), en rassemblant différents groupes entre lesquels le mouvement trotskyste argentin avait été éparpillé à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Posadas a compris mieux que d'autres le caractère contradictoire du mouvement péroniste : mouvement de masse impressionnant, impliquant notamment la syndicalisation de millions de salariés non qualifiés, mais en même temps dominé idéologiquement et politiquement par la bourgeoisie nationaliste.
A cette compréhension politique, Posadas joignit une autorité organisationnelle incontestable. Il manifesta une volonté de dépasser le dilettantisme et le manque de sérieux dans la question de la construction du parti qui caractérisait la plupart des vieux courants trotskystes latino-américain. Ceci lui permit d'étendre son influence à une série de pays latino-américains. Mais, comme c'est souvent le cas dans des groupes petits, insuffisamment enracinés dans la classe ouvrière, ces qualités furent de plus en plus neutralisées par des défauts qui leur étaient parallèles. L'autorité se transforma en autoritarisme. L'ascendant organisationnel devient esprit de clique et régime piétinant la démocratie interne et le droit de tendance. Posadas construit ainsi une véritable fraction autonome autour de « Bureau latino-américain », fraction qui commença dès la fin des années 1950 à se soustraire à tout contrôle des militants de base du mouvement en Amérique latine ainsi que de l'Internationale dans son ensemble. Lorsqu'il précipita une scission sans principes avec cette dernière, en 1961, ces défauts s'amplifièrent rapidement. Ils débouchèrent sur une véritable dégénérescense : bureaucratisme organisationnel extrême, subjectivisme politique sans frein et culte de la personnalité. Ces agissements discréditèrent gravement le trotskysme — comme lorsqu'il lança l'idée du déclenchement nécessaire d'une « guerre nucléaire préventive », ou quand il accusa Fidel Castro de manière irresponsable d'avoir assassiné Che Guevara à Cuba — et brisèrent des centaines de militants révolutionnaires dévoués. Vers la fin des années 1960 Posadas, qui n'avait pas hésité à fonder une organisation s'appelant elle-même « Quatrième Internationale posadiste », fut abandonné par la plupart de ses anciens cadres et sombra dans la pathologie politique.