Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 3e série n° 6

Notes de lecture

Quatrième Internationale, 3e série n° 6 · octobre-novembre-décembre 1981 · p. 103-111 · 4 173 mots

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Les Congrès de la Quatrième Internationale, tome 2 :

L'internationale dans la guerre 1940-1946

(Editions La Brèche, Paris)

Les opérations militaires de la Deuxième Guerre mondiale, l'interruption des communications entre les pays occupés par des forces armées ennemies, cassèrent en trois les sections de la jeune IVe Internationale fondée à la veille de la guerre, en 1938. Les organisations situées dans le camp allié (hémisphère occidentale, Grande-Bretagne, Inde), celles de l'Europe occupée par les nazis, et celles de la Chine occupée par l'impérialisme japonais, durent fonctionner indépendamment les unes des autres. Les trotskystes en URSS avaient été, à quelques individus près, assassinés par Staline.

C'est une preuve de la solidité théorique et politique de l'organisation fondée par Léon Trotsky — et de l'opportunité de cette fondation - qu'en dépit de cette cassure physique, aucune différence d'orientation majeure n'opposa les trois tronçons de la IVe Internationale. Lorsqu'ils se retrouvèrent en 1945, ils purent facilement se regrouper dans une organisation et sur une ligne communes. Disons qu'ils partagèrent y compris des erreurs de prévision et d'appréciation, telle l'attente d'une révolution allemande, l'hypothèse que l'Inde et non la Chine était le maillon le plus faible de la chaine capitaliste en Asie, et la surestimation des marges d'expansion des organisations révolutionnaires indépendantes, du stalinisme et de la social-démocratie, au cours de la montée révolutionnaire qu'ils prévoyaient à juste titre dans la phase de « liquidation » de la Deuxième Guerre mondiale.

Le tome 2 de l'ouvrage Les Congrès de la Quatrième Internationale réunit les documents adoptés par les directions de l'Internationale parallèlement établie à New York et émergeant en Europe Occupée, puis des structures communes créées à partir de la défaite de l'impérialisme allemand, jusque et y compris la première conférence internationale des 3-5 mars 1946. Cela fait un solide ensemble de près de 500 pages de textes, dont la continuité est frappante. Des commentaires de Rodolphe Prager les relient les uns les autres. Une excellente préface du même auteur en dresse le cadre général et en résume la teneur.

L'ouvrage dans son ensemble constitue d'ores et déjà un instrument de travail indispensable pour quiconque peut se pencher sur l'histoire du mouvement trotskyste. Mentionnons une lacune : l'absence de textes des trotskystes chinois, et la place trop restreinte accordée aux développements de la IVe Internationale en Amérique latine (où la période de la Deuxième Guerre mondiale a notamment vu la naissance du trotskysme en Bolivie, dont on connaît les développements par la suite). Mais sans doute aurait-il fallu beaucoup de temps pour remplir cette lacune, et l'éditeur a-t-il pensé, à juste titre, qu'il était préférable de ne pas retarder la parution du tome 2 des textes de nos congrès.

E.M.

Mauro Volpi :

La democrazia autoritaria : forma di governo bonpartista e V repubblica francese,

Bologna, Il Mulino, 1979

Bien qu'en retard, il vaut la peine de signaler cette analyse exhaustive de Mauro Volpi sur la Ve République depuis sa fondation jusqu'à Giscard d'Estaing. Il s'agit d'une étude très précise du fonctionnement des institutions françaises, qui est précédée par trois chapitres d'un intérêt historique et théorique certain : « Le bonapartisme comme catégorie politique », « Les traits institutionnels du Deuxième Empire » et « La forme de gouvernement bonapartiste ».

A la conclusion de son livre Volpi se

Henri Weber : Nicaragua

Paris, Le livre de Henri Weber combine une information sur les événements au Nicaragua et la phase d'incubation qui les avait précédés, une analyse de la crise révolutionnaire qui a débouché sur l'insurrection du 19 juillet, et de l'évolution du nouveau régime jusqu'à la fin de 1980, ainsi que des mises au point sur des problèmes fondamentaux qui vont au-delà du cas spécifique qu'on examine. Il exprime des appréciations et des conclusions qui correspondent, en ligne générale, à celles qu'ont exprimées les textes de la IVe Internationale et des contributions plus particulières de certains de ses militants. Il souligne l'enjeu du processus nicaraguayen qui pourrait être synthétisé en deux questions : le pose la question de savoir qu'est-ce qui reste du « bonapartisme originaire » à l'époque de Giscard d'Estaing. Sa réponse est claire : « Reste un ensemble d'institutions qui s'avèrent de plus en plus inadéquates à surmonter la division du pays en deux parties; reste un président qui s'efforce de maintenir l'illusion selon laquelle il serait l'expression de la souveraineté nationale alors qu'il n'est que le représentant d'un bloc conservateur; reste une phraséologie interclassiste qui a une incidence très limitée sur les choix des grandes masses ». : la révolution sandiniste 1981 Nicaragua deviendra-t-il un Etat ouvrier ? l'Etat ouvrier nicaraguayen pourra-t-il éviter une dégénérescence bureaucratique?

La réponse que donne Weber semble positive sur les deux terrains. C'est pourquoi son livre est marqué par une note d'optimisme (fondée rationnellement sur l'analyse des facteurs qui opèrent et des lignes de tendance actuelles).

On pourrait faire quelques remarques, par exemple, sur la description des trois tendances du FSLN; sur l'appréciation selon laquelle la bourgeoisie antisomoziste aurait perdu son hégémonie sur l'opposition au cours de l'année 1978; sur la caractérisation du FSLN qui est incontestablement correcte en ce qui concerne la dernière phase de la longue lutte, mais qui estompe une évolution complexe. Mais il nous semble plus utile de reprendre quelques thèmes centraux, sur lesquels l'analyse de Weber n'est pas sans ambiguité.

Tout d'abord, à propos de l'alliance du FSLN avec des secteurs de la bourgeoisie, Weber avance un argument inacceptable lorsqu'il écrit que « refusant tout volontarisme, le FSLN s'efforce de tenir compte du niveau de conscience réel des larges masses, dans la détermination des rythmes de la révolution, et pas seulement des secteurs les plus radicalisés » (p. 86). Nous ne prétendons pas que les « larges masses » avaient en 1979 des idées parfaitement claires sur la nature de la révolution et toutes les mesures qu'il fallait adopter. Mais pour elles la révolution ne se réduisait pas au renversement du despote. Elle impliquait la satisfaction de leurs besoins vitaux et le plein épanouissement de leurs droits politiques, donc de leurs possibilités de participer effectivement aux décisions concernant la reconstruction du pays. Dans la mesure oú elles voulaient améliorer leur niveau de vie et leurs conditions de travail et disposer de la terre, elles s'opposaient en fait à l'ensemble des classes exploiteuses, bourgeois « antisomozistes » y compris. Sur quelle base pourrait-on dire, par exemple, que les masses n'auraient pas compris la formation d'une Junte sans Robelo et Violeta Chamorro ou une composition différente, dès le début, du Conseil d'Etat ?

En réalité, la politique des alliances du FSLN a été expliquée par les interessés avec d'autres arguments : fondamentalement, le rapport de forces, surtout à l'échelle internationale. De notre part, nous avons considéré que les accords du FSLN avec des formations et des personnalités bourgeoises avaient un caractère essentiellement tactique et nous avons jugé - et nous jugeons - sur la base des contenus concrets. Sous cet angle nous avons posé la question de savoir quels étaient les pouvoirs dont disposaient les uns et les autres. La formule de dualité de pouvoir suis generis utilisée dans les textes de la IVe Internationale peut sans doute créer quelques problèmes; mais son but était de souligner que la bourgeoisie détenait l'essentiel des moyens de production et, du moins avant les changements dans certains ministères clés et le retrait de Robelo et Chamorro de la Junte, disposait également d'importants instruments politiques; qu'un saut qualitatif devait donc être réalisé pour l'instauration d'un Etat ouvrier.

Par ailleurs, de même que tous ceux qui ont écrit jusqu'ici sur la révolution au Nicaragua, Weber ne se pose pas la question de savoir quelle aurait été l'évolution de la situation si les accords de Puntarenas, impliquant, entre autres, une fusion entre l'armée sandiniste et une partie de l'armée de l'ancien régime, avaient été mis en pratique. On nous dira qu'il s'agit d'une hypothèse qui ne s'est pas réalisée. Mais il est utile de l'évoquer pour éviter la tentation de tirer abusivement des conclusions pour d'autres expériences révolutionnaires. L'insurrection a effectivement balayé les accords de Puntarenas et, donc, les accords avec la bourgeoisie n'ont pas remis en question le rôle de direction du FSLN et son contrôle total sur la nouvelle armée. Voilà l'essentiel de ce que les sectaires - correctement condamnés par Weber - ont été et sont incapables de comprendre. Un deuxième problème est celui du maintien du secteur privé. Il ne s'agit pas, de toute évidence, de fixer un calendrier des expropriations à accomplir. Mais il est impossible d'ignorer ou de sousestimer les conséquences d'une prolongation éventuelle de la situation actuelle. Weber mentionne les nationalisations de 1968 à Cuba qui a posteriori furent critiquées par les dirigeants castristes eux-mêmes. Mais la comparaison n'est pas pertinente. Au Nicaragua, la question qui se pose n'est pas de savoir si on doit réaliser des nationalisations allant jusqu'au petit commerce, mais s'il faut laisser aux privés les secteurs économiquement décisifs. Si on veut faire un parallèle, il faut le faire avec les nationalisations cubaines de 1960 et la réforme agraire de 1963. Si le statu quo est maintenu, la perspective, même à moyen terme, ne peut être qu'alarmante : soit on risque d'aboutir à une paralysie (si les bourgeois, ne se considérant pas suffisamment « garantis », persistent dans leurs manœuvres d'obstruction, de décapitalisation, de sabotage tout court), soit la situation se stabilise sur la base du mécanisme d'accumulation capitaliste qui présuppose, notamment dans le contexte actuel de l'économie mondiale, une exploitation accrue des masses travailleuses, avec des risques politiques énormes pour le régime. Nous sommes parfaitement conscients que le choix n'est pas facile pour le FSLN dans le cadre de la situation d'Amérique centrale. Mais il devra bien le faire. Puisque nous ne pensons pas qu'il soit disposé à agir à l'encontre des intérêts des masses et à entrer en contradiction avec elles, nous estimons qu'un show down est inévitable, justement sur le problème de l'économie mixte. La fin de l'économie mixte n'impliquera pas nécessairement l'élimination complète du secteur privé; mais elle devra signifier l'introduction d'un mécanisme d'accumulation collectiviste dans le cadre d'une économie qui commence à être réorganisée effectivement sur une base planifiée.

Finalement, il y a chez Weber des ambiguïtés à propos de la démocratie socialiste.

Tout d'abord, il utilise à plusieurs reprises l'expression « marxisme kominternien ». « J'appelle marxisme kominternien - écrit-il - par opposition au « marxisme » stalinien, la doctrine de l'Internationale communiste avant sa prise de contrôle par la fraction stalinienne. Ce marxisme s'exprime dans les

Thèses et résolutions des quatre premiers congrès de la III° Internationale et dans divers écrits des leaders bolcheviques des années 1920-21 » (p. 145). D'après lui, c'est souvent à des arguments tirés de l'arsenal de ce marxisme que font recours des dirigeants du FSLN. Malheureusement, certains arguments de ceux-ci ont parfois des relents carrément staliniens (il s'agit d'arguments et pas — heureusement— d'une pratique). Mais ce qui est plus important, Weber semble oublier un détail : que les textes qu'il mentionne, s'inspiraient d'une conception soviétique de la démocratie socialiste. Certes, des erreurs ont été commises y compris par Lénine et Trotsky qui ne pouvaient pas à l'époque être parfaitement conscients des risques de bureaucratisation que certaines mesures pouvaient impliquer. Mais une chose est d'étudier critiquement l'histoire des premières années suivant Octobre, autre chose est d'inventer une nouvelle catégorie idéologique.

En ce qui concerne le problème de la démocratie socialiste aujourd'hui au Nicaragua, Weber ne résiste pas à la tentation de présenter deux thèses alternatives délibérément poussées à l'extrême. Il a ainsi beau jeu de repousser aussi bien l'hypothèse de l'introduction d' « instititions » comme celles de la Conféderation helvétique, que « l'instauration immédiate de la pyramide des conseils ouvriers » (p. 160). Encore une fois, il ne s'agit pas de fixer des échéances précises ou des rythmes arbitraires, de faire une bataille pour des formes plus que pour des contenus. Mais l'argumentation de Weber devient franchement dangereuse lorsqu'il écrit qu'« une démocratie socialiste développée ne peut pas prendre forme d'emblée dans un pays arriéré, détruit par la guerre, largement analphabète..., dénué de toute tradition démocratique » (p. 160). Or, justement, parce que dans un pays arriéré, les dangers de bureaucratisation sont objectivement plus grands, l'action au ni- veau subjectif, le bataille au niveau politique et idéologique est d'autant plus décisive et urgente. Cette bataille implique nécessairement la construction d'organismes qui assurent la participation réelle des masses à la gestion du pouvoir. Ce n'est que dans l'expérience pratique au sein de tels organismes que les masses pourront surmonter leur arriération culturelle et leur carence d'expériences démocratiques. C'est un chemin ardu. Mais il faut le parcourir. La seule alternative serait d'encourager une élite à décider pour les masses aussi longtemps qu'elles ne sont pas mûres. Ce serait du paternalisme, inévitablement autoritaire, avec toutes les conséquences qu'il est facile d'imaginer.

S'agit-il d'imposer des schémas tirés de vieux textes ? Absolument pas. La construction de la démocratie socialiste peut commencer en partant des organismes qui déjà existent, en premier lieu les CDS. Il s'agit de leur attribuer des tâches autrement importantes et décisives que celles qu'ils ont aujourd'hui. Il s'agit de structurer des organisations de masses Ce livre est composé de trois parties : un bilan de la récession de l'économie capitaliste internationale de 1980-81; une analyse de la crise structurelle de l'industrie automobile internationale; une analyse de la crise structurelle de l'industrie sidérurgique européenne. Les deux premières parties sont de Winfried Wolf; la troisième est de Michel Capron. Celle-ci parut dans le n° spécial que l'organe du Secrétariat Unifié de la IVe Internationale, Inprecor, consacre chaque année à démocratiques, indépendantes par rapport au gouvernement - les syndicats en premier lieu. Il s'agit de faire du FSLN un vrai parti, qui fonctionne en tant que tel, avec la participation active de tous les militants aux discussions sur les problèmes clés et aux décisions qui s'imposent. Tout cela est concrètement possible dès maintenant.

Par ailleurs, les masses ont démontré, lors d'échéances cruciales, qu'elles méritaient la confiance que les révolutionnaires doivent avoir en elles; qu'elle étaient capables de devancer leurs dirigeants. Il suffit de réfléchir sur l'expérience de l'insurrection. Il suffit de se rappeler, toute proportion gardée, les luttes et les mobilisations des premiers mois de 1980 qui ont stimulé une rectification importante sur le problème des syndicats et de leur unité et qui, en dernière analyse, ont impulsé davantage le processus révolutionnaire.

L.M. 29 juillet 1981 la conjoncture économique internationale (n° 94-95 du 15/2/1981). Le bilan de la récession de l'économie capitaliste internationale 1980-1981 est lui-même une extension de l'article de Winfried Wolf paru dans le même n° d'Inprecor. L'étude de la crise structurelle de l'industrie automobile paraîtra dans un prochain n° de Quatrième Internationale.

Winfried Wolf analyse de manière détaillée la profondeur des récessions économiques qui se sont succédées depuis

Winfried Wolf/Michel Capron :

Spätkapitalismus in den achtziger Jahren

Maison d'édition I.S.P., Francfort, 1981

Winfried Wolf/Michel Capron :

Spätkapitalismus in den achtziger Jahren

Maison d'édition I.S.P., Francfort, 1981 ans, la gravité de la crise monétaire internationale, malgré le succès relatif de deux opérations successives de recyclage des « pétrodollars », les menaces d'un krach bancaire international, les incidences de la politique économique de Reagan sur l'économie impérialiste américaine et internationale, le développement inégal de la crise en Europe capitaliste, le « défi japonais », les causes profondes de la récession, son impact sur les pays semi-coloniaux et dépendants, les perspectives d'ensemble de l'économie capitaliste internationale.

Cette analyse est complète et fort satisfaisante. C'est un instrument de combat pour tous les militants - y compris les militants syndicaux - qui

Alberto Flores Galindo Desco, La figure de José Carlos Mariategui, le penseur marxiste le plus fertile apparu jusqu'ici en Amérique latine, continue à susciter des commentaires et des controverses de plus en plus amples. Deux livres récents, l'un dû à un professeur péruvien de gauche, qui ne se rattache à aucun courant politique précis, l'autre dû à notre camarade Herrera Robles, mettent l'accent sur les divergeances qui séparent l'analyse et la stratégie de Mariategui de celles du 6º congrès de l'I.C., et de son prolongement, la première conférence communiste latino-américaine qui s'est réunie à Buenos Aires du 1 au 12 juin 1929.

La polémique de Mariategui et de ses disciples, les fondateurs du Parti Socia- désirent réfuter l'argumentation patronale-bourgeoise selon laquelle la crise serait due au « choc pétrolier » ou aux « revendications excessives » des syndicats. Le seul point faible, c'est que l'auteur ne traite pas des pays de l'Asie orientale en « décollage » économique (Corée du sud, Hong Kong, Singapour, Taïwan, en partie Malaisie et Indonésie) qui, tout en ayant été frappés à des degrés divers par la récession, ont connu cependant, pendant la période 1979-1981, une croissance d'ensemble loin au-dessus de la moyenne des pays capitalistes.

E.M. * : La agonia de Mariategui Lima, 1980 liste Péruvien (qui allait bientôt se transformer en Parti Communiste du Pérou), avec les représentants principaux de PI.C. à la conférence de Buenos Aires, l'argentin Codovilla et le suisse HumbertDroz, porta sur les points suivants : 1. La nature des formations sociales latino-américaines. Les représentants de I'I.C. les caractérisèrent essentiellement comme féodales, ou, dans le meilleur des cas, comme « semi-féodales ». Mariategui, tout en ne contestant pas l'existence de nombreuses survivances féodales et semi-féodales dans l'agriculture, mit l'accent sur le développement combiné de l'Amérique latine, où aux côtés de ces survivances, se maintienent des com-

Rafael Herrera Robles :

Mariategui o la revolution permanente

Pensamiento y Accion, Lima, 1980

Rafael Herrera Robles :

Mariategui o la revolution permanente

Pensamiento y Accion, Lima, 1980 munautés indigènes caractérisées par un communisme primitif encore très résistant, et surgirent des secteurs capitalistes de plus en plus développés. 2. La nature de l'impact impérialiste. Les représentants de l'I.C. voyaient dans la dépendance de l'Amérique latine par rapport à l'impérialisme un frein absolu de tout développement capitaliste. Celuici était condamner à rester un capitalisme « nain », aussi longtemps que la dépendance de l'impérialisme n'était pas complètement abolie. L'impérialisme était allié aux classes dominantes semiféodales indigènes (l'oligarchie), auxquelles s'opposèrent donc non seulement la paysannerie et la classe ouvrière, mais encore la bourgeoisie dite nationale (industrielle). Mariategui, au contraire, voyait dans l'impérialisme le principal moteur de l'industrialisation et du développement du capitalisme à la campagne, mais il soulignait le caractère spasmodique et surexploiteur de ce développement capitaliste, combiné à la domination impérialiste et aux survivances semiféodales. 3. La nature de la stratégie révolutionnaire. Les représentants de l'I.C. partant de ce qu'ils considéraient être le contenu démocratique-bourgeois (anti-féodal et anti-impérialiste) de la révolution latinoaméricaine, prônèrent le « bloc des quatre classes » (prolétariat, paysannerie, petite-bourgeoisie urbaine, bourgeoisie nationale) pour aboutir à un développement capitaliste « normal » et accéléré du continent. Partant de sa caractérisation du développement combiné, Mariategui prôna au contraire l'alliance ouvrière-paysanne dans une révolution socialiste, qui, liquidant les survivances féodales et semi-féodales dans l'agricul- ture, permettrait d'éviter les cauchemars de l'agonie du développement capitaliste, l'industrialisation collectiviste pouvant prendre appui sur la communauté indigène villageoise et être humanisée par elle. La manière dont Mariategui, par ses connaissances solides de la réalité péruvienne et sa capacité analytique hors pair, arriva aux mêmes conclusions que Marx avait tirées de son analyse de la réalité russe dans les années 1880 est impressionnante, - surtout quand on sait que Mariategui ignorait les écrits de Marx sur la Russie qui ne furent publiés qu'après sa mort. De même est-il saisissant de voir jusqu'à quel point Mariategui a pu reproduire les analyses de Trotsky dans « La Révolution Permanente », dont il n'avait pas non plus eu connaissance. On ne peut qu'être frappé du parallélisme entre les débats au Pérou dans les années 1920 et les débats en Russie vingt ans plus tôt. Aux trois conceptions de la révolution russe (la menchevique, la bolchevique et celle de Trotsky) correspondèrent également trois conceptions de la révolution péruvienne : la nationalpopuliste de Haya de la Torre le fondateur de l'APRA, la stalinienne du PC, et la marxiste-révolutionnaire de Mariategui. Le livre du camarade Herrera Robles contient des polémiques féroces avec des auteurs staliniens ou crypto-staliniens, tels Cesar Falcon, Mirochevsky, Nunez Valdivia, José Arico et d'autres. Le livre de Flores Galindo contient de nombreux retours en arrière recouvrant l'ensemble de la vie intellectuelle et politique de Mariategui.

E.M.

Ernest Mandel :

Long waves of capitalist development.

The marxist interpretation

Cambridge University Press, 1980, 151 p.

Depuis l'éclatement de la récession généralisée de l'économie capitaliste, en 19741975, les articles sur le « kontratieff » (« fluctuations longues ») ont fait florès parmi les économistes universitaires et divers marxistes. La régulation keynésienne s'étant brisée sur une crise durable, il fallait bien, outre le retour au monétarisme de l'austérité, tenter de chercher du côté de Kontratieff une « explication » de la baisse de régime du moteur capitaliste.

Or, dix ans auparavant, en 1964, dans « Socialist Register » (The Economies of Neo-Capitalism) Ernest Mandel avait indiqué les facteurs essentiels qui produiraient le retournement du long cycle de développement qui fit suite à la Seconde Guerre mondiale. En 1972, dans « Der Spätkapitalismus », il développa une analyse marxiste plus complète des « ondes longues » dans l'histoire du capitalisme (chapitre quatre) et opéra une critique de Kontratieff, Schumpeter etc.

Il y a quelques mois est paru ce livre, « Long waves of capitalist development » qui reprend une série de conférences faites à l'Université de Cambridge en 1978. Dans cet ouvrage, Mandel met au point, en quelque sorte, son analyse de 1972. Il fonde son analyse des « ondes longues » sur les mouvements à long terme du taux de profit qui détermine, en dernière instance, les processus d'accélération ou de ralentissement de l'accumulation du capital.

L'auteur insiste, du point de vue de la périodisation, sur une triple approche de l'analyse des fluctuations du taux de profit moyen : 1) dans le cadre d'un cycle industriel proprement dit,

2) sur le plan du développement historique du capitalisme (ce qui renvoie aux discussions sur « l'écroulement » cher à des théoriciens de la II° Internationale et sur les limites du développement capitaliste), 3) au niveau de périodes d'une durée de 20 à 25 ans, qui correspondent précisément aux « ondes longues ».

A partir de là, il met en relief le défi posé à l'analyse marxiste : « Est-il possible, avec les instruments de l'analyse économique marxiste, d'expliquer l'élévation à long terme du taux de profit moyen lors de tournants historiques donnés, malgré les déclins cycliques du même taux de profit à la fin de chaque cycle industriel et malgré le déclin séculaire qui indique les limites historiques du mode de production capitaliste ? ». Le livre est une réponse d'ensemble à cette question, d'une clarté d'exposition de laquelle plus d'un économiste marxiste pourrait s'inspirer.

Mandel insiste sur le fait que les relances subites du taux de profit après les grands tournants de 1848, 1893 et 1940 (48) doivent être comprises à partir du rôle décisif joué par des facteurs extra-économiques. Il démontre que la remontée du taux de profit ne peut être déduite du fonctionnement propre des lois de développement capitaliste. Il existe une dissymétrie entre, d'une part, le déclin à long terme du taux de profit inhérent, en fin de compte, à toute longue période de croissance capitaliste et, d'autre part, le retournement soudain dans le taux de profit moyen après une période de déclin. Cette hausse subite ne peut être saisie qu'en intégrant dans l'analyse des facteurs exogènes, extra-économiques, qui déclenchent une dynamique dont l'essor est, alors, tout à fait compréhensible à partir des lois mêmes du développement capitaliste. Une période d'expansion n'est donc pas le résultat automatique d'une longue période de dépression. C'est ici que l'auteur intègre dans son analyse tous les facteurs du développement capitaliste concret et opère la synthèse avec les développements de la lutte des classes.

Un chapitre entier de l'ouvrage est consacré à une analyse systématique des divers facteurs qui ont conduit à la fin du « boom » de l'après-guerre, 1940 (48) à 1968. Effectuant un pas supplémentaire dans son analyse des « ondes longues », Mandel établit les traits spécifiques de la période de stagnation relative qui s'est ouverte, en soulignant que chacune de ces phases possède ses traits particuliers. Il met en relief les diverses dimensions de l'offensive du capital pour tenter de

O1O0UN 583 ISOTOGRA susciter une hausse du taux de profit et indique par là que les réels enjeux ne sont pas d'ordre technique mais d'ordre social et politique. Ainsi, ce livre, dans la meilleure tradition marxiste, effectue la première analyse totalisante de ces phases de développement capitaliste, de leurs contradictions particulières et fait ressortir combien l'activité consciente de la classe ouvrière est décisive pour déterminer l'issue de ces « ondes dépressives » (marquées par une lutte de classes exacerbée). Voilà donc un ouvrage qui permet de préciser le contexte général dans lequel l'activité des militants et organisations révolutionnaires doit se développer dans les années à venir.

Une traduction française doit paraître, sous peu, aux Editions de la Maison des sciences de l'homme - Paris.

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