Le 28 septembre 1992, la livre sterling est tombée sous les coups des « spéculateurs » internationaux, dont beaucoup de banques britanniques parmi les plus importantes. La Grande-Bretagne a été obligée de quitter l'European Exchange Rate Mechanism (ERM/EMS). C'était le premier d'une série d'événements qui ont secoué de fond en comble le gouvernement conservateur de John Major. Celuici n'a pu survivre que grâce à une majorité de trois voix, lors d'un vote sur le traité de Maastricht (trente députés conservateurs, inspirés par Margaret Thatcher, refusant de l'appuyer).
Au même moment, des manifestations gigantesques, rassemblant environ deux cent mille personnes, ont eu lieu pour protester contre la décision de fermer trente et une mines de charbon avec la suppression de trente mille emplois. Pour la deuxième fois, le gouvernement a été sauvé de justesse au Parlement. D'autres protestations ont eté provoquées par la décision de fermer douze hôpitaux londoniens. Finalement, le gouvernement a été impliqué dans une grave affaire de vente d'armes à l'Irak, survenue à la veille de la guerre du Golfe.
Voilà quelques-uns des épisodes les plus spectaculaires du crescendo d'un effondrement économique en train de bouleverser une industrie déjà durement frappée. En automne 1992, trente mille emplois ont eté supprimes par semaine. Un déficit gigantesque du budget a conduit le gouvernement à proclamer le blocage des salaires de cinq millions de fonctionnaires. Toutes les prévisions de dépenses nationales ont été drastiquement réduites.
Bref, tous les traits caractéristiques de la crise britannique ont réapparu quelques mois après les élections législatives, où les conservateurs avaient gagné en promettant une croissance économique à court terme. En l'espace de quelques mois, l'histoire a exprimé son premier jugement sur la période de onze années de gouvernement Thatcher (1979-1990).
Pourquoi le thatchérisme était arrivé au pouvoir
Le déclin historique de la Grande-Bretagne capitaliste, qui, après avoir été la principale puissance industrielle mondiale, est devenue une puissance de troisième ordre, n'est pas une nouveauté. Les années décisives à l'origine de la crise actuelle avaient été celles du gouvernement conservateur d'Edward Heath (1970-1974). Le but principal de Heath avait été de frapper le « pouvoir des syndicats » par l'adoption du fameux Industrial Relations Act (loi sur les relations industrielles), qui interdisait les grèves de solidarité et imposait d'autres restrictions aux droits des ouvriers. En même temps, Heath s'était engagé à limiter l'intervention de l'Etat dans l'économie en donnant le feu vert aux forces du marché et en permettant la faillite des sociétés en crise.
Or, aucun de ces projets n'avait été réalisé. Les crises de désespoir des entrepreneurs britanniques avaient fait perdre le contrôle de la situation au gouvernement, et l'avaient amené à rétablir les subsides de l'Etat aux secteurs menacés. En même temps, la législation antisyndicale s'était écroulée entre 1972 et 19/4 dans le cadre de la vague la plus puissante de militantisme des travailleurs industriels depuis les années vingt. En 1974, le gouvernement avait été renversé par la deuxième grève des mineurs en l'espace de deux ans. C'était la première fois dans l'histoire moderne d'Europe occidentale qu'un gouvernement était renversé par un soulèvement ouvrier. Dans la même année, le Labour Party (LP) avait gagné les élections.
Toujours est-il que le gouvernement Heath avait laissé un héritage durable, bien que durement contesté : la décision de provoquer un tournant pro-européen du capitalisme britannique par l'adhésion à la Communauté économique européenne (CEE).
La crise gouvernementale de 1974 avait coïncidé avec le commencement de la récession économique mondiale (1974-1975). C'est la combinaison de ces deux événements qui a bouleversé, en 1975, le Parti conservateur, en provoquant la défaite de Heath aux élections pour le leadership du parti et son remplacement par Margaret Thatcher. Celle-ci a promis de propulser un programme bourgeois tout à fait nouveau visant à écraser les syndicats, à renouveler complètement l'industrie,
L'échec du « thatchérisme tardif »
Le gouvernement travailliste de 1974-1979 a été un fiasco : il avait été luiméconteitement», en 1978-199. A parile époque ils pret massir du Fonds mécontentement », monétaire international (FMI), en 1976, il n'avait fait rien d'autre qu'imposer des mesures d'austérité croissantes. volait cis appr le tasait, en ang pan ors devent de ire pron la modui Depuis 1979, le thatchérisme au pouvoir a développé un programme qui des années quatre-vingt.
La période allant jusqu'en 1984-1985 a été une période de monétarisme sans limite et de déflation délibérément choisie. Cela a eu des conséquences économiques désastreuses : le chômage est passé d'un million à trois millions de personnes. Le poids specitique de l'industrie manutacturière, notamment des secteurs basés sur l'acier et l'industrie automobile, s'est réduit très considérablement. Des tentatives vigoureuses ont été faites pour réduire les dépenses de l'Etat. En même temps, des lois antisyndicales de plus en plus draconiennes ont été adoptées. Par ailleurs, après l'élection de Reagan, la politique étrangère britannique, tout en ne renonçant pas à la CEE, s'est orientée très nettement vers les Etats-Unis.
Il est clair que, dans sa première phase, le thatchérisme a eu pour but de rétablir la situation de l'industrie manufacturière par un « bouleversement », par l'application de la politique que Heath avait dû abandonner, c'est-à-dire de permettre aux sociétés les plus faibles de faire faillite, en accroissant par ce biais la productivité moyenne. La productivité s'est effectivement accrue grâce à une sérieuse érosion du pouvoir des syndicats à cause du chômage, et à la faillite des sociétés les plus faibles. Mais, d'un point de vue plus général, cela n'a pas du tout contribué à relancer l'industrie manufacturière d'une économie déprimée. Au lieu de reconnaître l'échec, les partisans de Thatcher ont commencé à le théoriser implicitement.
Cet échec aurait dû provoquer la défaite de Thatcher aux élections de 1987. Mais une chose l'a sauvée : le boom spéculatif et inflationniste de l'économie des Etats-Unis, transféré rapidement en Grande-Bretagne par une dérégulation des marchés financiers, qui renforçait la place de Londres comme principal marché mondial des changes. sur le ses au financier, les satrici et es promes indiaire des derrie bar Vers la fin des années quatre-vingt, un boom extraordinaire de style yuppie, basé dans le sud de l'Angleterre à l'avantage des classes moyennes. Les revenus des gens qui travaillaient ont augmenté. C'est sur cette base que les partisans de Thatcher ont proclamé une nouvelle philosophie : selon eux, la Grande-Bretagne pouvait rester une puissance capitaliste importante, malgré le déclin de son industrie manufacturière, grâce à son rôle considérable dans la finance mondiale, aux profits de ses investissements à l'extérieur et à une main-d'œuvre bon marché susceptible d'attirer des investissements du Japon et des Etats-Unis.
C'est cette illusion qui est en train d'être balayee par la crise actuelle. Au fur et à mesure que l'économie mondiale, et notamment l'économie des Etats-Unis, a plongé encore une fois dans la récession, le boom yuppie s'est épuisé, de même que les illusions maniaques du « thatchérisme tardif ».
Les guerres entre conservateurs
Tout au long des années de Thatcher, un clivage fondamental s'est opéré. Le modèle d'accumulation prôné par le thatchérisme tardif a donné des coups supplémentaires à la bourgeoisie industrielle. Historiquement, il a existé en GrandeBretagne, qui reste le plus international des principaux pays imperialistes, un secteur rentier excessivement puissant, basé sur les banques et la finance aussi bien que sur les investissements extérieurs. Cela explique le paradoxe d'une économie nationale en déclin rapide avec une bourgeoisie encore richissime.
La très forte orientation « atlantiste », pro-américaine, de Thatcher correspondait parfaitement aux intérêts du secteur de la bourgeoisie qui investissait son argent aux Etats-Unis à la fin des années quatre-vingt. En revanche, le marché le plus important pour les produits industriels britanniques n'était pas celui des EtatsUnis, mais celui de l'Allemagne. Voilà pourquoi Thatcher a essayé un jeu d'équilibre unique : maintenir la Grande-Bretagne dans la CEE et, en même temps, lui faire jouer un rôle charnière entre le bloc commercial émergent en Amérique du Nord et Teer un role charmière entre le bloc commercial émergent en Amérique du Nord et
Toutefois, l'accélération du processus d'intégration européenne, et notamment la perspective d'une politique extérieure et militaire commune, était inacceptable pour les Etats-Unis et risquait de lier la Grande-Bretagne à une option proeuropéenne. Voilà la base matérielle fondamentale des conflits gigantesques qui ont déchiré le Parti conservateur à propos de Maastricht.
La défaite de Thatcher, en novembre 1990, a favorisé la fraction pro-européenne des conservateurs, en premier lieu Michael Heseltine, aujourd'hui numéro deux de la direction du parti (Heseltine avait démissionné du gouvernement en 1976 sur la question du choix que devait faire l'industrie britannique des hélicoptères, à savoir si elle devait se lier à la société nord-américaine Sikorski, comme Thatcher le souhaitait, ou participer a un consortium europeen).
La bataille sur Maastricht a été particulièrement empoisonnée par les symboles idéologiques d'indépendance et de nationalité, si importants pour les conservateurs britanniques.
Aux yeux de ceux-ci, les calculs économiques rationnels passent souvent au second plan par rapport aux débats purement nationalistes. La confusion s'est accrue davantage par le fait que les cercles bourgeois n'ont pas d'idée claire sur les perspectives économiques réelles du capitalisme britannique, et donc sur les choix rationnels à faire. Puisqu'il ne veut pas s'intégrer complètement dans l'Europe communautaire ni en être exclu, le Parti conservateur aborde ce problème en passant d'une crise à l'autre.
La longue action d'arrière-garde du mouvement ouvrier
La Grande-Bretagne est le pays où, dans les années quatre-vingt, un parti uvrier de masse a été confronté au défi de gauche le plus agressif et où s'es léroulée la lutte ouvrière la plus prolongée, c'est-à-dire la grève des mineurs d 1984-1985. Mais, dans les deux cas, cela a abouti à d'amères défaites. C'est la combinaison du profond désarroi dans les rangs de la bourgeoisie et des échecs essuyés par la classe ouvrière et la gauche qui représente le trait particulier de la crise britannique.
La révolte de la gauche du Labour Party est liée surtout au nom de Tony Benn, brillant orateur d'origine aristocratique, qui s'est déplacé progressivement à gauche pendant vingt ans. La victoire électorale de Thatcher sur un gouvernement travailliste droitier, en 1979, avait exaspéré les militants de base du LP et des syndicats, qui exigeaient des réponses à une question très simple : qu'était devenue l'orientation travailliste de réformes radicales, prônée par Wilson et Callaghan, une fois que ceux-ci s'étaient installés au gouvernement? C'est en partant de cela que Benn avait avancé un programme qui, pour le LP, était subversif: une orientation politique radicale et la revendication d'une démocratie interne permettant aux militants de contrôler leur parti. En 1981, Benn n'avait été battu aux élections pour devenir secrétaire adjoint que d'extrême justesse (49% pour lui contre 50 %).
Lorsque, en 1983, Thatcher a été confirmée au pouvoir grâce à sa victoire dans la guerre des Malouines, la droite travailliste s'est lancée dans une gigantesque offensive contre Benn, en exigeant un déplacement du LP vers le centre, pour qu'il devienne à nouveau « éligible ». La longue chasse aux sorcières contre la gauche a commencé avec l'exclusion des dirigeants de la tendance d'extrême gauche The Militant, à la conférence d'octobre 1983. Mais le déplacement à droite du LP a été lié aux développements de la lutte de classes. Le militantisme des travailleurs industriels dans les années soixante-dix avait donné naissance au bennisme ; ses défaites dans les années quatre-vingt ont constitué la base de la défaite du même bennisme. Les dirigeants du LP et des Trade Unions ont saboté la grève des mineurs en 1984-1985. Si cette grève avait gagné, elle aurait provoqué la chute de Thatcher et une croissance spectaculaire de la gauche. Tout en ne faisant pas de concessions à la théorie des complots, on peut donc estimer que la bureaucratie travailliste n'avait aucun intérêt à ce que les mineurs emportent leur lutte.
Le résultat de la grève a été une nouvelle stabilisation du régime thatchérien, la victoire des conservateurs aux élections en 1987, le déplacement plus accentué du LP vers la droite et toute une série de défaites du mouvement ouvrier dans l'industrie. Des dizaines de milliers de militants ont quitté le LP, qui a désormais le nombre de membres le plus bas depuis le début du siècle.
Toutefois, il faut saisir les limites de ces défaites. En Grande-Bretagne, il y a encore huit millions de syndiqués, même si le niveau de grèves est très bas. Le LP a encore l'aile gauche la plus forte de tous les partis sociaux-démocrates européens, même si le poids de cette gauche s'est fortement réduit. Un potentiel de mobilisation énorme subsiste toujours.
Entre 1987 et 1989, il y a eu une relance importante des luttes ouvrières au moment où l'économie a connu un mini-boom : les salaires ont augmenté à l'époque de 10%. Cette vague de militantisme ouvrier a été limitée dans la mesure où la nouvelle récession a créé à nouveau un chômage de masse. La question cruciale, à laquelle on n'a pas donné de réponse pour l'instant, est de savoir si le mılitantısme ouvrier reapparaitra dans les annees quatre-vingt-dix.
Le gouvernement en crise
Vers la fin des années quatre-vingt, les partisans de Thatcher ont proclamé qu'un « miracle économique » avait été réalisé grâce à leur politique. C'est faux. Le boom britannique, que nous avons décrit, a été le produit des développements au niveau de l'économie mondiale et, surtout, de l'économie des Etats-Unis, et n'a rien a voir avec la politique delationniste et monetariste du programme initial de Thatcher. En fait, il a été obtenu grâce à la décision heureuse d'abandonner cette politique et de donner libre cours à un boom spéculatif inflationniste.
Maintenant, les résultats de ce tournant sont dénoncés tout comme le modèle « rentier » de développement du capitalisme britannique. Le déclin de l'économie mondiale a réduit très sérieusement les exportations britanniques et les bénéfices des investissements étrangers. Le chômage et la dépression ont accru drastiquement la pauvreté, en frappant durement les classes moyennes et les secteurs les plus favorisés de la classe ouvrière, qui avaient constitué la base du thatchérisme. Cela a comporté une crise fiscale dramatique de l'Etat, à la suite de la chute de l'impôt sur le revenu. Le déficit national atteindra, en 1992, environ cinquante-deux milliards de dollars, et il dépassera les soixante milliards en 1993. En dépit de toutes les privatisations, Thatcher n'a pas réussi à réduire les dépenses de l'Etat. Ainsi, Major se trouve piégé : l'impôt sur le revenu baisse et, en même temps, les dépenses de l'Etat augmentent à cause des frais supplémentaires pour le chomage et la securite sociale. D ou une conclusion inévitable : cette année, le gouvernement s'efforcera de contenir les salaires des fonctionnaires. L'année prochaine, il sera oblige de lancer une attaque massive contre l'Etat-providence en réduisant la Sécurité sociale en termes aussi bien absolus que relatifs.
La crise économique a désormais une portée catastrophique. Le chômage réel dépasse quatre millions de personnes. Il augmentera d'un million l'année prochaine. L'économie est en chute libre. N'ayant aucune politique de reconstruction industrielle, les conservateurs de Major seront obligés d'essayer d'éliminer ce qui reste du règlement établi entre les classes après la guerre par la destruction de l'Etatprovidence. Mais cela dépend évidemment de la capacité du gouvernement à surmonter sa crise actuelle.
L'ensemble des facteurs que nous avons mentionnés plus haut indique que le gouvernement risque sérieusement de tomber dans les mois prochains. Le danger provient justement de deux problèmes qui ont obsédé la bourgeoisie pendant deux décennies : l'Europe et le militantisme ouvrier (plus concrètement, celui des mineur destruction de l'industrie minière proposée par les conservateurs n'a rien d voir avec la rationalité économique : le charbon britannique est le meilleur marché produit en Europe dans des mines de fond. La décision d'opter pour la production d'énergie sur la base du gaz est inspirée, en fait, par la volonté d'en finir avec le pouvoir industriel des cinquante mille qui ont toujours le syndicat le plus à gauche la National Union of Mineworkers (NUM), dirigée par Arthur Scargill, syndicaliste d'extrême gauche, bien que membre du LP.
Les conservateurs ont été pris au dépourvu par l'explosion de rage qui a suivi l'annonce de la fermeture de trente et une mines de charbon. Cette annonce a provoqué des mobilisations de protestation gigantesques : des manifestations de cent et deux cent mille personnes ont eu lieu en octobre en l'espace de quelques jours. Paradoxalement, les conservateurs favorables a Thatcher ont pu exploiter la crise à leur avantage, en se présentant comme les champions des mineurs et en exigeant des concessions de la part du gouvernement.
Les manifestations ont eu trois composantes : les syndicats, qui ont mobilisé enormement leurs membres, le LP, dont les branches locales se sont mobilisées massivement dans les rues pour la première fois depuis dix ans, et l'extrême gauche hégémonisée par des organisations trotskystes ou trotskysantes.
Pour obtenir une majorité au Parlement, Major a été obligé de faire des concessions importantes sur les échéances des fermetures et de promettre une révision complète de sa politique énergétique. Mais le plan de fermeture des puits n'a pas été retiré jusqu'à maintenant. Les concessions ont fait apparaître les mobilisations comme étant moins urgentes. Mais cela n'a pas empêché la formation d'un mouvement important de solidarité avec les mineurs, l'organisation de comités unitaires et de démonstrations de masse dans toute les villes. Toutefois, les limites de ce mouvement résident justement dans le fait que c'est un mouvement de protestation. Le mouvement ouvrier y est massivement impliqué. Mais la protestation n'a pas débouché sur des grèves, alors que, en dernière analyse, un mouvement de protestation, même important, ne saurait gagner sans des initiatives massives dans les secteurs industriels. En fait, sur l'arrière-fond de la crise politique et des protestations, la vague de licenciements ne s'arrête guère et la direction des Trade Unions en profite pour se déplacer vers la droite.
A la demande de grève générale d'un jour et d'une mobilisation des secteurs industriels, avancée par l'extrême gauche et reprise massivement à la base du mouvement travailliste, les Trade Unions ont répondu par une campagne d'envergure très limitée pour la « récupération nationale ». Cela comporte l'organisation de meetings du vieux style Front populaire, avec la participation d'entrepreneurs bien connus, de conservateurs dissidents, de personnalités de différentes Eglises et de dirigeants du LP, pour exiger que le gouvernement permette à la GrandeBretagne de « reprendre à travailler ». Voilà la recette pour une défaite totale.
Beaucoup de choses dépendent des décisions que le syndicat des mineurs luimême prendra à la veille des termetures des puits (les dix premieres devraient avoir lieu en janvier 1993). S'il n'y a pas d'opposition, avec des grèves et occupation de mines, les chances de transformer le mouvement de protestation en une remobilisation des syndicats seront sérieusement compromises.
En plus du problème des mines, les conservateurs doivent résoudre la question de leur attitude face à Maastricht. La victoire de Major, au mois d'octobre, avec une majorité parlementaire de trois voix, a été obtenue parce qu'il s'agissait de trancher sur un aspect technique et non d'exprimer un vote décisif. En dernière analyse, le destin du gouvernement pourrait dépendre du résultat d'un nouveau référendum au Danemark : si les Danois votaient à nouveau « non », l'approbation par le Parlement britannique serait impossible.
Toujours est-il que Major dispose d'un allié potentiel et d'une ceinture de sécurité : la direction du LP. Les dirigeants travaillistes sont favorables à Maastricht et, dans le passé, ils ont attaqué le gouvernement en lui reprochant d'être trop peu pro-européen. Lors d'un vote décisif, ils pourraient choisir de voter pour Maastricht, même s'il était possible de renverser le gouvernement sur cette question. La gauche et les perspectives de dénouement de la crise
Si l'effondrement économique et le désarroi de la bourgeoisie, aussi bien que les défaites et la démoralisation du mouvement ouvrier, constituent le cadre de la crise, le facteur qui empêche une solution décisive est incontestablement la direction du mouvement ouvrier. Le LP a l'orientation la plus droitière qu'il ait jamais eue au cours de ce siècle et les Trade Unions sont presque complètement dominées par les dirigeants « néo-réalistes » de leur aile droite. militantisme aurie et aux actions diciant les Toi antinyons etait ple aut Dans les années quatre-vingt, la direction des Trade Unions s'était opposée au demandé d'« attendre un gouvernement travailliste ». Alors que cette perspective a disparu pour cinq ans, un « syndicalisme d'affaires » explicite a été affirmé et la redéfinition des syndicats comme fournisseurs de services sociaux et autres à leurs membres, plus que comme organisateurs d'actions collectives, est devenue le « sens commun » des dirigeants syndicaux.
Quant aux dirigeants travaillistes, Neil Kinnock d'abord et John Smith ensuite, ils ont adopté toutes les conceptions de base du thatchérisme : en d'autres termes, ils ont abandonné toute orientation économique keynésienne, en s'adaptant de plus en plus aux tentatives de detruire l'Etat-providence. Il s'agit d'un recul historique de la part de la social-démocratie britannique. En effet, le fondement du LP après la guerre a justement résidé dans le règlement - établi en 1945 et concrétisé par le gouvernement travailliste entre 1945 et 1951 - qui combinait la formation d'un secteur public important dans l'économie, un Etat-providence substantiel incluant la gratuité des soins médicaux et une philosophie d'intervention de l'Etat dans l'économie. La seule chose qui reste de cette philosophie dans la politique officiel- le du LP est une préoccupation résiduelle de maintenir quelques aspects de l'Etatprovidence.
Quoi qu'il en soit, aussi bien la direction du LP que la direction des Trade Unions feront de leur mieux pour empêcher toute initiative de grèves en défense des mineurs, de même que pour éviter que la crise des mines et celle de Maastricht entraînent la chute du gouvernement.
Quel rôle la gauche du mouvement ouver pourra-t-elle jouer dans cette crise ? Des députés comme Tony Benn et Dennis Skinner ont eu un rôle central dans la formation du mouvement de solidarité avec les mineurs. Mais leur base au sein du LP s'est fortement réduite. Par conséquent, il est difficile de répondre dès maintenant à la question de savoir s'ils pourront exploiter la crise actuelle pour regagner un soutien important dans le LP.
Paradoxalement, une popularité massive à la base des syndicats ne comporte pas automatiquement un nouvel essor de la gauche dans le parti lui-même, à cause de la réduction de ses membres. Mais, s'il y avait des grèves prolongées et si le gouvernement essuyait de véritables défaites, on pourrait s'attendre à une relance de la gauche travailliste. Les restes dispersés du Parti communiste britannique jouent, pour leur part, un rôle de plus en plus limité, surtout en utilisant le quotidien communiste Morning Star, qui tire à six mille exemplaires et constitue un instrument dans les mains de la bureaucratie syndicale.
Les manifestations en défense des mineurs ont été dominées, du point de vue politique, par l'extrême gauche, notamment par le Socialist Workers Party et The Militant, du moins dans le sens où ce sont leurs revendications (respectivement « grève générale maintenant » et « grève générale d'un jour ») qui ont été au premier plan. En effet, les forces les plus importantes à la gauche du LP sont représentées aujourd'hui par environ dix mille militants d'organisations se réclamant du trotskysme.
Mais la difficulté réside dans le fait que ce rapport de forces s'est établi dans une période de défaites de la classe ouvrière. Par conséquent, l'extrême gauche est encore très loin d'avoir une influence de masse lui permettant d'apparaître comme une direction alternative réelle du mouvement ouvrier (à l'exception des forces locales dont dispose The Militant à Glasgow et à Liverpool).
La situation se complique par les méthodes sectaires qui caractérisent les deux principales organisations de cette extrême gauche. En ce qui concerne plus particulièrement la situation actuelle, alors que le SWP a lancé le mot d'ordre de « grève générale maintenant » sous une forme ultimatiste, les autres organisations sont plutôt d'accord sur l'idée que seule une relance des grèves pourrait assurer une défense des mineurs et provoquer la défaite du gouvernement conservateur. Il est vrai, toutefois, que la dynamique du mouvement de masse échappe au contrôle de l'extrême gauche, qui ne peut pas, à l'heure actuelle, en déterminer l'aboutissement.
Notre appréciation est, en dernière analyse, que la crise gouvernementale actuelle est limitée dans le temps. La possibilité existe que le gouvernement tombe. Mais, s'il inflige une défaite aux mineurs et fait passer le traité de Maastricht, Major ne sera pas renversé. La situation sera alors mauvaise. Il n'y aura plus aucun obstacle à une attaque globale des acquis historiques de mouvement ouvrier, c'està-dire l'Etat-providence.
Comme en 1931, la voie sera ouverte pour une réduction des allocations de chômage et pour le démantèlement de la Sécurité sociale. Dans le mouvement travailliste, la domination de la droite sera consolidée et les perspectives de la gauche seront particulièrement sombres. Par ailleurs, la Grande-Bretagne est le seul grand pays européen qui n'ait pas connu l'émergence d'un mouvement d'extrême droite ou néo-fasciste. Mais, si le mouvement ouvrier subissait de nouvelles défaites majeures, avec un gouvernement conservateur absolument impopulaire, l'émergence d'une nouvelle extrême droite serait tout à fait possible. Toutefois, sur la voie de ces développements, il existe toujours l'obstacle représenté par une classe ouvrière qui a huit millions de membres organisés dans les syndicats et qui a fait preuve d'une capacité de résistance durable face aux coups répétés et aux trahisons de ses directions.
Quel que soit l'aboutissement de la crise actuelle, la Grande-Bretagne ne pourra pas surmonter son déclin économique historique. Plus généralement, les processus futurs dépendront de l'évolution de la situation économique à l'échelle mondiale. Si l'actuelle récession mondiale était surmontée et s'il y avait un nouveau boom majeur, le capitalisme britannique serait entraîné dans un tel processus.
Le cours de la lutte de classes n'est pas automatiquement lié à l'évolution de la situation économique. Néanmoins, ce n'est pas par hasard que la reprise du militantisme ouvrier britannique, en 1987-1989, s'est produite lors d'un boom économique du pays, d'une diminution du chômage et d'une augmentation de l'inflation. Des luttes pour les salaires avaient mis fin à la passivité des années précédentes.
Toute l'expérience depuis la récession de 1974-1975 indique qu'il est beaucoup plus difficile de combattre le chômage et les licenciements que de mener des luttes pour les salaires. C'est justement la montée spectaculaire du chômage - et non la législation antisyndicale - qui est à l'origine du niveau historiquement bas des luttes ouvrières en Grande-Bretagne dans la période en question. Des ouvriers, qui sont décides à lancer des grèves, trouvent toujours le moyen de le faire sous des formes légales. En revanche, des ouvriers qui ont peur de perdre leur emploi, dans une situation où le chômage n'est pas un inconvénient à court terme, mais un désastre personnel, renonceront à de telles actions.
La Grande-Bretagne est le plus international des principaux capitalismes et son destin à moyen terme dépendra des facteurs internationaux plus que celui de tous les autres pays. L'économie mondiale connaîtra-t-elle une reprise et le militantisme ouvrier surgira-t-il dans le reste de l'Europe ? En tout cas, rien ne sauvera, à long terme, la Grande-Bretagne d'un déclin relatif ultérieur, d'une rétrogradation de puissance capitaliste de troisième ordre à puissance de quatrième ou cinquième ordre.
L'arrogance congénitale de la bourgeoisie britannique, produit de l'empire, est sérieusement ébranlée. Le thatchérisme, avec sa nouvelle philosophie triomphaliste proclamant la solution finale de la crise, a eu comme résultat, en dépit des intentions originelles, de faire des ravages dans les fondements industriels du pays.
S'il n'y a pas une nouvelle onde longue de croissance du capitalisme international, la Grande-Bretagne est condamnée à une crise permanente. A long terme, la victoire appartient aux partisans des solutions politiques extrêmes et radicales, de droite ou de gauche.
novembre 1992