Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 43

La Chine deux ans après Tian Anmen

Livio Maitan · Quatrième Internationale, n° 43 · décembre 1991-février 1992 · p. 29-44 · 8 148 mots

In English: Two Years After Tiananmen (International Marxist Review No. 13 (Vol. 5, No. 4), Spring 1992).

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Un peu plus de deux ans après le massacre de la place Tian Anmen, il est important de dresser un bilan de la situation en Chine et de la dynamique en cours. Non seulement parce que, malgré les apparences conjoncturelles, ce pays continue de jouer un rôle de premier plan sur la scène mondiale, mais aussi parce que la « solution » chinoise représente en fait un effort assez systématique d'aborder la crise des sociétés de transition bureaucratisées d'une façon différente de celle empruntée en Europe orientale et en Union soviétique.

Les choix fondamentaux du groupe dirigeant

Au-delà des oscillations et des rectifications partielles et temporaires !, les choix du groupe dirigeant au cours des deux dernières années ont été définis ou rédefinis, grosso modo, dans les termes suivants :

1. La bureaucratie politique centrale, représentée par les couches de la caste dominante les plus directement liées aux appareils de l'Etat et du parti, continue d'exercer, en alliance étroite avec la bureaucratie militaire, un contrôle décisif aussi bien sur le plan politique que sur le plan économique. Les organisations de masse telles que les syndicats, l'organisation de jeunesse et la Fédération des femmes restent rigoureusement subordonnées aux directives du parti. Cette orientation a été réaffirmée avec force —— surtout dans des textes qui circulent sous des formes confidentielles — après l'aggravation ultérieure de la crise en Union soviétique.

2. Une fois ce critère réaffirmé et après une série de changements au niveau de la direction du parti et de l'Etat, on n'a pas eu recours à des purges trop drastiques (aucun procès n'a été entamé contre les représentants de l'aile « réformiste » la plus radicale, à qui on avait pourtant attribué la responsabilité des événements de mai-juin 1989). Plus généralement, la répression a été plus selective que généralisée et, après les arrestations et les exécutions des premiers mois, relativement modérée. Des milieux du mouvement oppositionnel lui-même ont souligné que, pour des « crimes » passibles, selon la loi, de la peine de mort, on n'a infligé que quelques années de prison alors que, par exemple, des représentants de la contestation de 1979 avaient été condamnés à l'époque jusqu'à quinze ans. L'été dernier, par ailleurs, certains des dirigeants les plus connus du mouvement de 1989 — Zheng Xuguang, Zhang Jiangjing et Cheng Jianan — ont été libérés.

3. Il n'y a pas de changement de cap substantiel dans les choix économiques fondamentaux, fixés depuis la fin des années soixante-dix. Au contraire, surtout ces derniers temps, on a multiplé les efforts pour développer davantage des accords au niveau international, créer de nouvelles joint ventures, encourager des initiatives de privatisation et stimuler des mécanismes de marché (voir à ce sujet l'appendice à la fin de notre article) ; on n'a pas hésité non plus à conseiller à Kim II-sung, en viste à Pékin, d'ouvrir son pays aux capitaux étrangers. Les mesures de réforme introduites dans les campagnes n'ont pas été remises en question. En même temps, on a, toutefois, réaffirmé deux conditions essentielles : le parti-Etat, comme nous l'avons déjà mentionné, doit continuer à jouer un rôle absolument hégémonique, sans aucune « libéralisation » ou réforme politique, et le cadre économique d'ensemble doit être fixé par un plan nationalement centralisé — en fait, centralisé bureaucratiquement (le huitieme plan quinquennal 1991-1996 es actuellement en voie d'application) 2 minance de l'économie planifiée et de la propriété publique ait été aussi confirmée en ce qui concerne de nouveaux projets avec une très importante participation étrangère, comme celui très ambitieux de Pudong, dans la région de Shanghai (Financial Times, 24 avril 1991).

4. Les objectifs visant à établir un équilibre plus grand entre les secteurs économiques fondamentaux ont été maintenus, avec l'agriculture comme « priorité » numéro un, les deux autres priorités étant l'industrie de base et la modernisation des forces armées, et avec la préoccupation de satisfaire, dans une mesure croissante, les besoins en matière de consommation. En fait, non seulement on peut trouver sur le marché, parfois même avec une abondance excessive, des biens de consommation alimentaire (des restaurants standardisés du style nord-américain ont fait leur apparition '), mais des biens de consommation durables —transistors, téléviseurs, appareils photographiques, etc. — sont aussi accessibles à des couches larges de la population (pour ne pas parler des bicyclettes, moyen de transport urbain prédominant, produites à une très large échelle ").

5. Le climat « idéologique » est caractérisé par un mélange d'ingrédients contradictoires. D'un côté, l'exaltation stéréotypée des valeurs de la révolution et des « héros positifs » de l'époque maoïste se poursuit ; de l'autre, la publicité, sous des formes que nous connaissons bien, déferle de plus en plus et, en particulier, les chaînes de télévision diffusent le répertoire le plus ordinaire de la production cinematographique « occidentale » (li est possible que, de ce point de vue, 1l y ait des situations différentes selon les régions)

6. L'orientation internationale continue de se fonder, dans ses proclamations les plus générales, sur les « cinq principes de la coexistence pacifique » (respect réciproque de la souveraineté et de l'intégrité territoriale, non-agression, noningérence dans les affaires internes d'autres pays, rapports sur une base d'égalité et d'intérêts réciproques, coexistence pacifique). Après Tian Anmen, le gouvernement s'est efforcé avant tout de neutraliser les conséquences négatives du massacre du 4 juin. Cet objectif a été dans une large mesure atteint : il suffit de rappeler, par exemple, la décision des Etats-Unis de maintenir la clause de la nation la plus favorisée (malgré les différends qui subsistent avec Pékin, notamment en ce qui concerne la ratification du traité de non-prolifération nucléaire et les pratiques protectionnistes chinoises), les visites au mois de septembre des premiers ministres japonais, britannique et italien et l'invitation d'Andreotti à Li Peng pour qu'il visite l'Italie.

Dans un discours récent, le ministre des Affaires étrangères, Qian Qichen, a souhaité « la création d'un nouveau cadre de rapports internationaux permettant aux differents pays de vivre en paix et de réaliser un développement commun » (China Daily, 3 septembre). Une telle proclamation de bonnes intentions n'a pas empêché les dirigeants chinois de se faire complices de l'intervention impérialiste au Moyen-Orient. En effet, la Chine a voté en faveur de la résolution de l'ONU pour le blocus de l'Irak au mois d'août 1990 et s'est abstenue sur le recours à la torce, au mois de novembre, en renonçant a son droit de veto, ce que Bush a publiquement apprécié. Cela n'empêche pas non plus l'entretien de rapports cordiaux avec des régimes antidémocratiques corrompus, comme celui du Maroc '.

La situation actuelle

Pour en venir à la situation actuelle, rappelons d'abord que, depuis le début de l'année, la Chine a été ravagée par des inondations très graves. Cette vieille tragédie qui se répète confirme que le problème de la régulation des eaux est loin d'être résolu et ne le sera pas à court terme, malgré les mesures importantes annoncées récemment. Selon les sources officielles, 28 provinces sur 30 et 220 millions de personnes ont été touchées, et il y a eu plus de 2 000 morts. Les dégâts ont atteint 68,5 milliards de yuans, c'est-à-dire 12,9 milliards de dollars (China Daily, 26 août). Selon d'autres estimations, ils seraient même de 80 milliards de yuans.

Tout cela a eu comme conséquence d'aggraver le déficit déjà très important de l'Etat, qui devrait augmenter cette année de 8 milliards de yuans, c'est-à-dire 3,73 milliards de dollars (China Daily, 1ª septembre) . Dans ces conditions, le Conseil d'Etat a décidé, fin août, d'annuler toute une série de projets de construction approuvés auparavant (International Herald Tribune, 11 septembre).

L'augmentation du déficit stimulera ultérieurement les tendances inflationnistes. Ces tendances s'étaient déjà manifestées dans des périodes précédentes : elles avaient été particulièrement fortes en 1988. Conséquence : trois dévaluations du yuan par rapport au dollar, dont la dernière le 10 avril 1991. Au cours des derniers mois, les prix ont augmenté, notamment dans les villes grandes et moyennes. En juillet, les prix au détail ont augmenté de 4,3% par rapport à 1990 et, plus généralement, le coût de la vie a augmenté de 11,5 % dans 35 grandes villes. Pour les sept premiers mois de cette année, augmentation aurait éte de 7,5 % (China Daily, 25 août).

Quant à la situation économique dans son ensemble, les sources officielles elles-mêmes indiquent des tendances assez différentes, voire contradictoires. Le Bureau des statistiques de l'Etat a annoncé pour 1990 une croissance de la production industrielle de 7,6 %, à décomposer comme suit : industrie légère : + 9,1 % ; industrie privée : + 21,6 % ; joint ventures : + 56 % ; industrie d'Etat dans son ensemble : - 2,9 %. Selon le ministre de la Commission du plan, Zou Jiahua, pendant les six premiers mois de cette année le produit national brut aurait augmenté de 6,1 % par rapport a 1990 et la production industrielle de 13,5 % (entre janvier et juillet) ? . En ce qui concerne l'agriculture, elle avait connu une situation difficile pendant quatre ans, ce qui avait amené, entre autres, à renoncer à l'objectif de 450 millions de tonnes pour les céréales en 1990 (cet objectif est reporté désormais à 1995 et celui de 500 millions est fixé pour l'an 2000). En 1990, la situation s'était sensiblement améliorée et on avait atteint le record de 435 millions de tonnes de céréales. Mais, selon Zou Jiahua, on prévoit pour cette année une baisse de la production non seulement des céréales, mais aussi du coton, surtout à la suite des inondations (China Daily, 3 septembre). Dans l'industrie elleme ine stre sexut certain ses pul gus du yaise des site aves parsde . meme, ce sont surtout certains secteurs qui connaissent des difficultés. Par exem millions de travailleurs — pourrait subir les conséquences de la baisse de la production du coton : pour les cinq premiers mois de cette année, elle a enregistré une baisse des profits de 38 % (dans le secteur d'Etat). Par ailleurs, en 1990, 30 % des entreprises avaient subi des pertes et les profits avaient diminué de 70% par rapport à 1989. D'autre part, alors qu'il existe une demande non satisfaite de produits de qualité, les stocks de produits qui n'ont pas d'acheteurs s'accroissent (China Daily, 28 août et 1" septembre) &

Ce phénomène ne concerne pas que le textile. Il s'agit, plus généralement, du problème le plus sérieux qui affecte l'industrie. La presse chinoise l'a souligné avec force ces derniers temps. Par exemple, le China Daily écrivait, le 1" septembre : « Cela semble impossible, mais la scène peut se répéter dans n'importe quelle region du pays. Chaque mois, les entreprises annoncent une croissance encourageante de la valeur de leur production industrielle, alors que leurs produits s accumulent dans leurs propres entrepôts ou dans les entrepôts des societes commerciales. Les statistiques officielles indiquent que la valeur des stocks a atteint, fin mai, 200 milliards de yuans. » Un collaborateur du même journal expliquait, quelques jours plus tard, que « le réajustement de la structure industrielle, amorcé il y a trois ans, est loin d'avoir remporté un succès définitif. L'efficacité ne cesse de diminuer, les dettes d'augmenter et les stocks ont atteint 200 milliards de yuans.»

En d'autres termes, on doit constater les inconvénients classiques d'une économie bureaucratisée : productivité insuffisante, retard technologique, désorganisation et planification effective défaillante, à cause, entre autres, de fortes tendances localistes?. Résultat : on calcule que plus de 30% des entreprises industrielles du secteur de l'Etat sont au rouge — 40 % de ces entreprises appartiendraient au secteur géré par l'armée (China Daily, 25 août, et Corriere della sera, 22 septembre). Une loi de 1988 autorise les entreprises déficitaires à déposer leur bilan. Mais, puisqu'il existe déjà un chômage assez important — nous y reviendrons — et qu'on veut éviter des répercussions socio-politiques négatives, le plus souvent cette loi n'est pas appliquée (elle n'a été appliquée que très partiellement dans le cas d'entreprises coopératives ou d'industries locales) 1° . Ainsi, l'Etat a été obligé de verser des subsides à l'industrie pour 11 milliards de dollars l'année dernière.

Des inconvénients similaires se produisent dans les grands réseaux de distribution commerciale. La Banque industrielle et commerciale de Chine a fait à ce propos une étude en analysant la situation de plus de 40 000 entreprises commerciales d'Etat. Celles-ci ont enregistré des pertes de 11,81 milliards de yuans (2,19 milliards de dollars). 90% de ces pertes concernent des entreprises de commerce en gros. L'étude mentionne comme une des causes d'une telle situation le caractère peu compétitif des entreprises, l'absence de plans de développement et les carences de gestion. Il faut y ajouter les problèmes créés par l'existence d'un double système de prix : il peut, en effet, arriver que des entreprises commerciales d'Etat achètent à des prix fixés par l'Etat et soient obligées de vendre à des prix de marché inférieurs à ceux de l'Etat, en subissant de ce fait des pertes " !. Voilà un exemple classique des ditticultés qui découlent de la juxtaposition d'un cadre de planification étatique et de mécanismes de marché.

Dans un rapport fait devant l'Assemblée nationale populaire, Li Peng luimême a denoncé, il y a quelques mois, « des consommations élevées dans la production, une mauvaise qualité des produits, des gaspillages énormes dans la construction, un turn over trop lent du capital, une baisse de la productivité du travail et des pertes sérieuses ». Une analyse de la Banque mondiale va dans le même sens en soulignant le retard technologique, l'utilisation d'un outillage obsolète et la baisse productivité du travail. Ajoutons que des inconvénients analogues se produisent dans le secteur agricole. Il suffit de signaler, par exemple, qu'à la suite de la récolte record de 1990 des dizaines de millions de tonnes de céréales n'ont pas pu être stockées dans des entrepôts et que, à la suite de difficultés de trésorerie, les départements commerciaux de l'Etat n'ont pas pu acheter la production excédentaire des paysans alors que les prix chutaient sur le marché (Financial Times, 24 avril).

On estime généralement que les réformes réalisées dans les campagnes après le tournant de la fin des années soixante-dix ont eu comme résultat une croissance de la production agricole et une amélioration sensible du niveau de vie des paysans "2. Les deux phénomènes sont incontestables. Mais plusieurs précisions s'imposent. Nous avons déjà cité des difficultés sérieuses au niveau aussi bien de la production que de la distribution et leurs consequences pour les paysans. Des difficultés similaires avaient surgi également dans la phase antérieure aux événements de mai-juin 1989 : parfois, à cause des difficultés financières de l'Etat, les récoltes n'avaient pas été payées régulièrement aux paysans. Qui plus est, le cours nouveau, à cause du rôle qui est attribué au marché et qui devrait augmenter, a accru les différenciations au sein de la population agricole : alors que, notamment dans certaines provinces, les conditions de vie se sont considérablement améliorées, de larges couches de paysans ont connu un véritable processus d'appauvrissement '4. En troisième lieu, dans la mesure où il y a eu des augmentations de la productivité et où la mécanisation a progressé '5, , d'un côté le nombre des salariés agricoles s'est accru et, de l'autre, la surpopulation agricole a acquis des dimensions croissantes (selon certaines estimations, elle concernerait plus du tiers de la force de travail active dans les campagnes). D'où le phénomène dramatique de l'exode rural que gouvernement et autorités locales s'efforcent de contrecarrer en obligeant les immigrés à retourner dans leurs régions d'origine ou à se déplacer ailleurs, et en introduisant des contrôles rigoureux sur l'embauche de travailleurs qui proviennent d'autres provinces (par exemple, dans le Guangdong). En fait, il existe désormais une population sans résidence stable, qui tend à augmenter (selon des estimations, difficiles à vérifier, il s'agirait de 60 à 80 millions de personnes).

Ces tendances dans les campagnes vont de pair avec le phénomène du chômage industriel et urbain. Encore une fois, il est bien difficile d'en préciser la portée. Selon des estimations officielles qui remontent au début de l'année 1990, il s'agirait de 5 millions de personnes; officieusement, on avance le chiffre de 7 millions et demi. Cela vaut aussi pour les villes et les provinces qui ont connu dans la dernière décennie un développement économique plus important, par exemple Shanghai où il y avait, début 1990, 75 000 ouvriers au chômage technique '6, et la province du Guangdong, où pourtant le pourcentage de 2,2 % de chômeurs est inférieur à celui de 3,4 % qui correspond, selon le Bureau chinois du travail, à la moyenne du pays. La capitale du Guangdong, Canton, est investie par un exode rural qui atteint des niveaux particulièrement élevés au mois de février dernier (China Daily, 1ª septembre). Tout cela est d'autant plus alarmant qu'on estime que les ouvriers dits excédentaires seraient 20 millions et que, chaque année, 10 millions de jeunes arrivent sur le marché du travail !

Un reflet de cette situation de l'emploi est l'émergence de ce qu'on pourrait appeler un tertiaire pauvre. Comme cela est le plus souvent admis, tout en étant encore un pays à revenu moyen très modeste, la Chine ne connaît pas la misère généralisée tragique de tant de pays sous-développés. Il n'y pas de comparaison possible, par exemple, entre ce que le commun de visiteurs peut voir dans des grandes villes comme Pékin, Shanghai et Nankin, et les conditions affligeantes de métropoles comme Lima ou Dakar, pour ne pas parler des villes indiennes. Toutefois, même si c'est dans des proportions plus limitées, on assiste au phénomène de la multiplication d'innombrables vendeurs, plus ou moins ambulants, de quelques marchandises, qui cherchent des acheteurs souvent avec peu de chances de les trouver '. A part l'appauvrissement déjà mentionné de secteurs paysans, il existe, par allleurs, des couches populaires qui ne réussissent pas à satisfaire leurs besoins alimentaires (environ 40 millions de personnes en 1989, selon des estimations officielles).

C'est dans un tel contexte que se produisent des phénomènes de déchéance sociale dénoncés y compris par le gouvernement et la presse officielle : outre les vols et autres délits de droit commun qui tendent à s'accroître (par exemple, la délinquance a augmenté de 45 % en 1988), la prostitution (contre laquelle des mesures de répression ont été adoptées), le trafic de drogue et les enlèvements — ou la vente — de mineurs (surtout des jeunes temmes). Ce dernier phénomène a été l'objet de prises de position publiques, et même de conférences de presse, sans que la portée en soit précisée (dans une conférence de presse, le chiffre de 10 000 a été avancé, mais des gens pensent qu'il serait inférieur à la réalité). Il faut ajouter que des crimes économiques sont très répandus. Par exemple, la contrebande et les contrefaçons de produits portent préjudice aux finances de l'Etat 8. La justice chinoise continue d'être très dure à l'égard de tous ces criminels en ayant recours assez souvent à la peine de mort '°

Finalement, les problèmes liés à la mauvaise qualité des produits ont eu un effet négatif sur le commerce extérieur. Selon le ministre des Relations économiques avec l'étranger, il n'y a pas eu beaucoup d'efforts pour améliorer la situation de ce point de vue -. bien que, dans les quatre premiers mois de cette année et au mois d'août dernier, les exportations aient augmenté, par rapport à l'année précédente, plus que les importations (China Daily, 3 septembre). En ce qui concerne la dette exterieure, tout en restant interieure, en terme relatits et partois meme absolus, à celle d'autres pays comparables, elle est passée en 1990 de 41,3 à 52,55 milliards de dollars 2

Pour compléter le tableau, il faut signaler deux autres problèmes d'une importance cruciale.

Le premier est celui de la croissance démographique. Les mesures de limitation des naissances — un seul enfant par famille — n'ont pas donné les résultats espérés. Selon le recensement de 1990, la population aurait augmenté de 125 millions entre 1982 et 1990 et, pendant le septième plan quinquennal (1986-1990), d'environ 11 millions par an (16 millions, voire plus, selon d'autres estimations). La croissance est attribuée surtout aux campagnes où les limites fixées sont peu respectées : le coefficient de fécondité des femmes serait de 1,33 dans les villes et de 2,84 dans les campagnes. Des porte-parole du gouvernement ont souligné récemment qu'une telle augmentation constante de la population constitue un obstacle au développement économique et, surtout, à l'amélioration du niveau de vie (elle aggrave davantage, par exemple, les difficultés de logement). Le vice- président de l'Académie des sciences sociales, Liu Guogang, est allé jusqu'à déclarer dans une entrevue : « La population chinoise est trop grande pour qu'on puisse nourrir l'illusion de pouvoir atteindre un jour des niveaux de bien-être similaires à ceux des pays occidentaux » (l'Unità, 6 décembre 1990). Par ailleurs, la tendance à la diminution en pourcentage de la population féminine s'accentue. Selon le dernier recensement, pour 100 jeunes de sexe féminin on trouve 111,3 jeunes de sexe masculin alors qu'à la naissance le rapport serait de 100 à 105,5. Que sont devenues les femmes qui disparaissent dans le deuxième calcul ? On avance des hypothèses : des naissances non déclarées, des adoptions non formelles ou des éliminations. Mais la réponse reste difficile et angoissante 21

Le deuxième problème est celui de la détérioration de l'environnement. Depuis des années, des spécialistes avaient attiré l'attention sur des phénomènes désormais classiques, qui frappent dans une large mesure aussi la Chine : érosion des sols, désertification, diminution des terres arables, déboisement. Après avoir expliqué que les structures énergétiques héritées du passé « semblent avoir atteint leur limite historique extrême », un auteur français tire la conclusion que « l'écheance que la Chine affronte en cette fin du xx' siècle paraît incontournable : les systèmes energetiques cerealiers, fondés sur la culture intensive irriguee et l'énergie humaine, ne recèlent plus guère de possibilités d'expansion 2 ». Dans les prochaines décennies plus particulièrement, des menaces pèsent sur la vallée du Yangtsé avec un danger d'épuisement du principal grenier de la Chine (Financial Times, 21 février 1989). Hu Angang, chercheur de l'Académie chinoise des sciences, a même esquissé, dans une interview à l'Unità, un calcul des dégâts subis par l'environnement en 1988 : 142 milliards de dollars, un peu moins de 10 % du produit national brut! L'un des responsables de l'Agence nationale pour la protection de l'environnement a rappelé, pour sa part, que les grandes villes continuent de subir une détérioration très grave de l'environnement et que la situation se dégrade aussi dans les plus petites villes. Les déchets jetés dans les fleuves et dans les canaux augmentent constamment, et les eaux sont de plus en plus contaminees. La pollution d'origine industrielle n'est pas moins alarmante. Le gouvernement projette d'investir des sommes très importantes pour la protection de l'environnement, mais, au vu de l'immensité du problème, il est difficile que des résultats appréciables soient obtenus à bref ou moyen terme.

Tensions et contradictions majeures

Il est difficile d'avancer des hypothèses sur les développements en Chine dans l'avenir, notamment en rapport avec l'évolution de la situation mondiale et de la crise dans les pays d' Europe orientale et en Union soviétique. Mais, dans le cadre que nous avons essayé d'esquisser, il est possible de saisir tensions et contradictions qui non seulement subsistent, mais vont même s'aggraver.

En premier lieu, en dépit des proclamations idéologiques et des réajustements périodiques, les dirigeants chinois ne pourront pas surmonter des tensions et des contradictions entre le maintien d'un cadre économique bureaucratiquement cen- tralisé sous le contrôle du parti-Etat et les besoins d'efficacité et de créativité productive. Cela est vrai en termes généraux, c'est encore plus vrai dans le contexte du choix de poursuivre des objectifs de développement en attribuant un rôle croissant aux mécanismes de marché et en stimulant des investissements étrangers à grande échelle. En fait, l'« économie de marché » pénètre progressivement dans les pores de la société bureaucratique en posant de nouveaux problèmes et de nouvelles contradictions, en multipliant les forces centrifuges et en nourrissant des embryons de couches sociales nouvelles.

Les forces centrifuges ont et auront des composantes externes - les intérêts du capital international -- et des composantes internes - les intérêts des noyaux de classe capitaliste indigène, de même que ceux de certains secteurs de la bureaucratie (bureaucratie technocratique et bureaucratie liée aux pouvoirs provinciaux). Elles s'enchevêtrent dans des tendances régionalistes ou localistes qui pèsent déjà lourdement. Les sources officielles elles-mêmes dénoncent très souvent le fait que le pouvoir central ne réussit pas à imposer sa volonté aux pouvoirs provinciaux (par exemple, en obtenant la suppression d'un protectionnisme qui représente un obstacle très sérieux à la concrétisation des choix économiques nationaux ou l'élimination des impôts locaux) 23. . Il faut ajouter que des structures agricoles, où les terres cultivées, propriété collective, sont divisées en parcelles familiales et où l'on applique le système des contrats à responsabilité familiale, rendent plus problématique une planification d'ensemble, comme la presse chinoise doit elle-même le constater (le Monde, 15 octobre 1989).

En troisième lieu, il y a, d'un côté, les exigences de productivité des entreprises qui poussent aussi bien à des restructurations qu'à des concentrations — présentées souvent comme une solution nécessaire, mais qui risquent de faire retomber sur des entreprises qui marchent bien le poids des faillites d'autrui —— et la nécessité de ne pas accroître le déficit de l'Etat. Il y a, d'autre part, les contraintes sociales, c'est-à-dire la nécessité de ne pas augmenter le chômage et la surpopulation rurale, de maintenir des subventions, directes ou indirectes, d'éviter une spirale ascendante dans les coûts des logements 24

Tout cela se répercute sur le plan politique. L'expérience des tentatives de réforme dans des sociétés de transition bureaucratisées, depuis les années cinquante jusqu'à aujourd'hui, indique que toutes les différentes réformes esquissées se terminent dans une impasse - en ouvrant le chemin à des tentatives, plus ou moins durables, de « normalisation » ou à une dynamique de décomposition —— si des changements radicaux ne se produisent pas sur le terrain politique. Sur ce terrain, le groupe dirigeant chinois a opéré des réajustements à plusieurs reprises, y compris après Tian Anmen, en aboutissant, pour l'instant, à une espèce de compromis centriste, déjà amorcé lors du choix de Jiang Zemin comme secrétaire du parti. Il a évité, comme nous l'avons mentionné, des purges trop dures, et même repêché des personnages qui avaient été limogés (c'est le cas de trois viceministres nommés en juin 1991, Hu Qili, Rui Xingwen et Yang Mingfu, tous les trois liés à l'époque à Zhao Ziyang). C'est dans ce cadre que se situe aussi l'ascension de l'ancien maire de Shanghai, devenu vice-Premier ministre, Zhu Rongji. Toujours est-il que les mécanismes politiques fondamentaux ont été maintenus et que, au niveau idéologique, aucune concession n'a été faite sur un point crucial, c'est-à-dire l'affirmation de la prédominance absolue du parti-Etat 2 Toute idée de pluralisme a été rejetée de taçon péremptoire et on ne saurait prendre trop au sérieux la décision, annoncée par Deng Xiaoping fin 1989, d'accroître le poids des partis ou regroupements déjà existants, qui de toute taçon resteront des fantoches. Par ailleurs, la dialectique interne bureaucratique elle-même est limitée surtout aux sommets et se développe dans les coulisses. Quant à l'armée, dont on s'est efforcé de rétablir l'homogénéité, elle reste, comme on l'explique sans ambages, le garant suprême de l'intégrité du régime, se déclarant prête au besoin à s'engager dans de nouvelles actions répressives. Il est difficile de croire qu'avec de telles approches et de telles pratiques on puisse éviter indéfiniment des conflits croissants et, en dernière analyse, de nouvelles explosions, notamment après tout ce qui s'est passé dans d'autres pays prétendus socialistes.

Il ne faut pas oublier non plus les conflits qui existent ou pourraient se produire au niveau des nationalités. Le cas du Tibet est bien connu. Il y a aussi le probleme du Xinjiang, qui a une frontière commune avec le Kazakhstan, et ou des incidents sanglants ont eu lieu, y compris après la répression de Tian Anmen. La question nationale n'a pas une portée comparable à celle de l'URSS et de la Yougoslavie, mais elle pourrait devenir un facteur supplémentaire de déséquilibre, particulièrement dangereux pour le régime dans de nouvelles phases critiques.

Sur le terrain social, des tensions et des conflits subsistent et auront tendance à s'accentuer, en premier lieu entre la bureaucratie, qui ne renonce guère à ses privilèges en contribuant ainsi au gaspillage de ressources, et la classe ouvrière 26 La classe ouvrière, à qui des sacrifices avaient été imposés même avant 1989 (en 1987, par exemple, on avait décidé de convertir 25 % de certaines rétributions en bons de l'Etat), ne peut jouir que très partiellement des biens de consommation sur lesquels on fait de plus en plus du tapage publicitaire. Elle ne saurait espérer améliorer son niveau de vie dans un avenir proche ; au contraire, elle risque de le voir baisser si les prix continuent de monter, si l'Etat, pour faire face à sa crise financière, supprime ou réduit les subventions qu'il a jusqu'ici assurées et si des mécanismes de marché interviennent davantage. Des problèmes spécifiques pourraient surgir dans les zones économiques spéciales où des horaires de travail prolongés et des cadences infernales sont souvent imposés à la main-d'œuvre (par exemple, une correspondance du Monde a signalé, début novembre, que dans une société mixte à Shenzhen, à laquelle participe Thomson, des jeunes filles travaillent dix heures par jour). Les niveaux de l'emploi pourraient aussi être menacés. N'oublions pas que, dans les zones économiques spéciales, les employeurs ont droit d'embaucher et de licencier à leur gré et que, plus généralement, les contrats à durée limitée sont admis depuis 1986. Nous rappelons, en outre, que dans l'organisation du travail on a largement recours au travail aux pièces. Dans la mesure où les choix des entreprises — qu'ils soient faits au niveau central, à la périphérie ou au-delà des océans — n'impliquent aucunement les ouvriers, des exigences de contrôle ouvrier ou d'autogestion, qui s'etaient déjà exprimées dans le passé, bien que sous des formes embryonnaires, pourraient réapparaître. Par ailleurs, les syndicats officiels, discrédités depuis des décennies, seront de moins re moins en condition de jouer effectivement leur rôle conservateur et réactionnaien moins en condition de jouer effectivement leur rôle conservateur et réactionnai-

Nous avons déjà évoqué quelques problèmes majeurs qui se posent dans les campagnes : les différenciations croissantes entre des couches de paysans riches, source potentielle d'une classe capitaliste rurale, et des couches de paysans pauvres, obligés de vendre leur force de travail, et la surpopulation rurale croissante. En réalité, pendant toute une période, le régime sera amené à faire retomber les coûts économiques et sociaux de son propre développement en premier lieu sur les paysans. Encore une fois, il est difficile de croire que tout cela pourra se faire sans provoquer des tensions graves, voire des conflits déchirants.

Des problèmes vont être posés aussi par des couches de la population urbaine qui, bon gré, mal gré, se sont intégrées dans le tissu créé par la réforme de la fin des années soixante-dix, et notamment par le developpement de mecanismes de marche. Si les tendances actuelles ne sont pas rectifiées ou même renversées, le poids specitique de couches plébéiennes va s'accroître inévitablement. Ces couches n'atteignent généralement pas un niveau de conscience révolutionnaire mais, dans un contexte conflictuel, elles représentent quand même un facteur supplémentaire de tensions. En ce qui concerne la bourgeoisie renaissante et la petite bourgeoisie commerçante et affairiste, elles auront tendance l'une et l'autre à briser les liens imposés par le cadre centralisé de l'économie et à se donner des instruments, y compris organisés, de défense et d'affirmation de leurs propres intérêts.

Finalement, il y a les jeunes étudiants, qui ont été les principaux protagonistes de l'épopée du printemps 1989. Des ferments subsistent, si les informations sur des épisodes de contestation à l'occasion du deuxième anniversaire du massacre correspondent à la réalité. Mais, pour l'essentiel, le régime a réussi à imposer sa « normalisation » en ayant recours à la menace de nouvelles répressions et encore plus au chantage socio-économique. La sélection pour l'admission aux université est très sévère et ceux qui sont choisis ne représentent qu'une petite minorité par rapport aux candidats. En deuxième lieu, l'Etat reste pour les diplômés Temployeur presque exclusif. Les éléments « suspects » ou supposés tels savent très bien que, même s'ils réussissent à mener à bien leurs études, ils ne trouveront pas d'emploi ou seront embauchés dans des endroits éloignés de leur région d'origine et de leur milieu. C'est sur ce terrain, donc, que tensions et contradictions se concentrent sous une forme particulièrement intense : au niveau économique et social, pour les raisons déjà indiquées, et au niveau politique et idéologique, parce que des jeunes gens, nes vingt ans ou plus apres la victoire de la revolution et qui vivent dans une societe qui a connu, malgré tout, un mürissement incontestable, seront de moins en moins disposés à accepter des institutions et des mécanismes politiques sclérosés, paternalistes et autoritaires, et des motifs idéologiques qui n'ont pas la moindre crédibilité, en depit de certains ettorts pour utiliser des formulations plus sobres 28. . Si on sait que les étudiants chinois, du 4 mai 1919 à mai-juin 1989, ont eu une tradition de batailles démocratiques révolutionnaires, on peut avancer à juste titre l'hypothèse que les jeunes générations joueront un rôle de premier plan dans la crise que la société bureaucratique va inévitablement connaître, et au renversement de laquelle ils apporteront une contribution irremplaçable.

Appendice bureaucratisées : changements et perspectives », in Quatrième Internationale n° 34, août-octobre 1989). En avril 1988, des amendements à la Constitution avaient été adoptés, qui reconnaissaient le rôle de la propriété privée et, en ce qui concerne les campagnes, la possibilité de vendre, louer et sous-louer les droits d'exploitation des sols. Après le massacre et le refroidissement des relations internationales, on avait assisté à un temps d'arrêt et même à des pas en arrière. Mais, assez vite, il est devenu clair que, en dépit des déclarations des parties concernées, il n'y aurait pas eu un véritable renversement de tendance.

En 1990, selon des estimations officielles, les investissements étrangers ont atteint 6,57 milliards de dollars (dont 90 % dans l'industrie manufacturière) avec une augmentation de 17,3 % par rapport à 1989. Hong Kong et Taiwan y avaient contribué dans une large mesure (Taiwan préférant, en principe, assumer le contrôle complet des propriétés). Au cours des derniers mois, il y a eu un nouvel essor à la suite duquel les niveaux de la deuxième moitié des années quatre-vingt devraient être dépassés. Aussi bien le gouvernement central que des responsables économiques et politiques des différentes provinces ont réaffirmé leur volonté d'accroître les investissements étrangers, d'élargir les sociétés mixtes et d'introduire des technologies avancées d'autres pays. Pour ce faire, des règles visant à attirer les investissements, notamment en matière de fiscalité (une loi détaxant davantage les investissements a été adoptée par l'Assemblée nationale le 1* juillet dernier) ont été ou seront fixées. En même temps, des garanties ont été données que, en cas d'appel aux tribunaux, ceux-ci jugeront d'une manière équitable les plaintes de sociétés étrangères (une loi sur la liquidation des entreprises sera appliquée dès le 1° octobre). Qui plus est, il serait désormais possible pour des étrangers de créer des sociétés sans avoir recours au partenariat avec l'Etat chinois (le Monde, 1ª novembre). D'autres mesures ont été adoptées au niveau des provinces (par exemple, le shanxi assure des conditions particulierement tavorables aux citoyens de Taiwan qui pourront désormais transférer et laisser en héritage investissements, propriétés et profits, selon le China Daily du 25 août). Les agences de consultation qui s'occupent des relations avec l'étranger sont très nombreuses : 33 000 avec plus de 700 000 employés l'été dernier.

Entre janvier et avril de cette année ont été approuvés 3 100 projets avec participation du capital étranger pour un total de 857 millions de dollars (Financial Times, 20 mai). Des villes comme Shanghai et Guangzhou (Canton) continuent d'être à l'avant-garde sur ce terrain (mais des villes plus petites, par exemple Suzhou, s'engagent aussi pour ne pas rester sur la touche). A Shanghai, le bureau de la mairie concerné avait enregistré fin juin 954 entreprises avec des investissements étrangers; 745 étaient déjà actives au mois d'août. A la périphérie de la même ville, une zone de libre commerce, la première du genre, est en cours de construction : ceux qui investiront dans cette zone n'auront pas besoin d'obtenir une licence d'importation et ne paieront aucune taxe ni à l'entrée ni à la sortie. Guangzhou et le Guangdong ne sont pas moins actifs : ils exploitent surtout leurs rapports avec Hong Kong. En 1990, le commerce entre le Guangdong et Hong Kong a dépassé 50 milliards de dollars. Le capital de Hong Kong est engagé avec plus de 10 000 joint ventures et 20 000 usines de transformation avec plus de 2 millions d'employés. Le poids de Hong Kong, y compris dans la perspective du transfert de pouvoir en 1997, va augmenter. Le slogan officiel — « un pays, deux systèmes » — a justement pour but de rassurer financiers, entrepreneurs et commerçants déjà impliqués dans les activités multiples citées, et d'en attirer d'autres. Plus généralement, on calcule que de 20 à 30% des produits et des exportations industrielles du Guangdong pendant les deux dernières années proviennent d'entreprises à investissements étrangers (Financial Times, 24 avril).

Finalement, la Bourse de Shanghai, fermée en 1949, a été réouverte à la fin de 1990 (une Bourse fonctionne aussi à Shenzhen). Elle a commencé avec une trentaine de titres, dont 8 actionnaires : pour l'instant, une vingaine de sociétés s'y sont engagées. Il semble que les néophytes enthousiastes ne font pas défaut : l'annonce, en août dernier, de la vente d'un stock d'actions équivalent à 5 millions de yuans a provoqué de longues files de postulants qui ont bloqué le trafic dans le centre-ville. Selon le gouverneur de la Banque de Chine, dans le cadre des réformes financières qui continueront, des perspectives plus importantes vont s'ouvrir dans le futur. Rappelons que les actions sont apparues en 1984, mais elles ne comportent généralement que des revenus fixes et ne peuvent étie négociées qu'entre des entreprises et des instituts de crédit (le Monde, 20 décembre 1990). Selon des intormations officielles, à partir de 1992, des étrangers auront droit d'acheter des actions (International Herald Tribune, 17 septembre 1991). Détail piquant: une série de sociétés industrielles et financières chinoises et le Parti communiste lui-même auraient utilisé les services de la BCCI de triste renommée (Corriere della sera, 10 août 1991 ; Financial Times, 3 octobre 1991).

septembre 1991

1. Des mesures visant à freiner ou à rectifier la politique de réformes, amorcée à la fin des années soixante-dix — y compris une forte restriction du crédit —, avaient déjà été adoptées à l'automne 1988 (dans les premiers mois de 1989, le nombre des entreprises privées avait diminué de 15 %). En ce qui concerne la période qui a suivi le massacre, rappelons les décisions prises par le comité central du parti de novembre 1989, qui avait projeté une relance de la planification centralisée, réaffirmé la priorité du secteur étatique et prôné une concentration des investissements dans les secteurs clés. Mais, à la suite des graves difficultés que l'économie avait rencontrées dans les derniers mois de 1989 et qui avaient provoqué la fermeture d'une série d'usines avec des licenciements et, dans certains cas, des réductions des salaires, un nouveau réajustement, prélude de l'orientation actuelle, avait été esquissé déjà en mars 1990 (entre autres avec un relâchement des restrictions au crédit et une relance des investissements) et défini plus nettement à la fin de la même année, respectivement par les VI° et VII° plénums du comité central. Le réajustement a été stimulé par le mécontentement exprimé par des secteurs ouvriers qui, selon différentes informations, auraient même amorcé des grèves dans certaines régions à la fin de 1989 (le Courrier des pays de l'Est, Documentation française, n° 361, juillet-août 1991).

2. On ne projette pas l'introduction de mécanismes de marché dans des secteurs considérés de base. Par exemple, on a déclaré récemment que « le gouvernement est tout a fait opposé à des marches libres en ce qui concerne le commerce du coton » (China Daily, 25 août). constater qu' une cles de mail ne ras.

3. A Shanghai, on peut voir de longues files devant le fast food Kentucky Fried Chicken. Il est affligeant de constater qu'une cuisine millénaire, à juste titre appréciée, cède du terrain à la barbarie culinaire !

4. Les fabriques de bicyclettes travaillent sans interruption (entre autres, elles doivent satisfaire une demande croissante de la part de Cuba).

5. A l'occasion de la visite du ministre des Affaires étrangères marocain, Li Peng a déclaré que « la Chine et le Maroc ont des vues identiques ou similaires sur le nouvel ordre international » (China Daily, 30 août). D'autre part, on a exprimé dans la presse le vœu que l'ONU « puisse jouer pleinement son rôle positij, de sorte à devenir le mécanisme le plus important de sauvegarde dans le nouvel ordre international » (China Daily, 3 septembre).

6. Depuis 19/9, la Chine a toujours enregistré (saut en 1985) un deticit budgetaire (déclaration du ministre des Finances, China Daily, 28 août).

7. Par rapport à il y a dix ans, la production de l'acier aurait doublé. Elle aurait atteint - et selon certaines estimations, dépassé — 60 millions de tonnes, se rangeant à la quatrième place, après les Etats-Unis, l'Union soviétique et le Japon (China Daily, 27 août). Il faut toutefois ajouter que, d'après des managers de Wuhan, seul 25 % de l'acier produit peut être utilisé dans l'industrie moderne (Financial Times, 24 avril 1991).

8. L'industrie horlogère a connu, elle aussi, une crise qui a comporté des réductions de la production et des licenciements (China Daily, 25 août).

9. Un exemple est celui de l'industrie des téléviseurs. A la suite de l'augmentation de la demande enregistrée après le lancement de la télévision en couleur, des localités de plus en plus nombreuses ont monté des usines produisant des appareils. Il existerait actuellement 167 usines du secteur avec un potentiel de production de 20 millions de postes par an, alors que le marché ne peut en absorber que 10 millions (China Daily, 28 août).

10. Rappelons que des industries locales avaient connu des difficultés très graves avec des fermetures et des licenciements à la suite des restrictions au crédit décidées en 1988.

11. Le problème du système des prix est parmi les plus aigus en Chine aussi. En fait, 1l y a eu à certains moments quatre niveaux : les prix politiques (décidés par l'Etat), les prix négociés, les prix du marché libre et les prix du marché noir.

12. Selon certaines estimations, grâce à la réforme, les revenus des paysans auraient augmenté de 50% en l'espace de cinq ans (Financial Times, 12 mars 1991). Des analyses détaillées sont développées dans les cinq premiers volumes d'une étude publiée par la maison d'édition de l'Encyclopédie chinoise (« L'état de la société chinoise, rapports sur des enquêtes concernant la situation économique et sociale en 100 départements et Villes »).

13. On prévoit d'ouvrir sous peu des marchés de gros pour la vente du riz et de cacahuètes. Des marchés de gros pour la vente des céréales existent déjà dans plusieurs provinces (China Daily, 28 août).

14. Déjà à la fin de 1988, l'économiste Deng Fureng avait calculé que, dans les années précédentes, 400 millions de Chinois, en majorité des paysans, s'étaient appauvris (Corriere della sera, 14 décembre 1988). Des allusions à l'appauvrissement paysan ont paru même récemment, en ce qui concerne, par exemple, le Sichuan, dont le vice-gouverneur, Ma Lin, a déclaré : « Nos paysans sont en train de devenir plus pauvres » (Financial Times, 24 avril). Il y a aussi eu des allusions dans le sens opposé : par exemple, le cas de paysans qui sont parfaitement en état de dépenser l'argent nécessaire pour reconstruire leurs maisons et leurs fermes, endommagées ou détruites par les inondations, a été mentionné (China Daily, 29 août). Déjà en 1988, on avait signalé le cas de paysans avec des revenus supéreurs à 20 000 yuans alors qu'à l'autre bout de l'échelle 100 millions de paysans n'auraient pas atteint 200 yuans (Corriere della sera, 30 gennaio 1988).

15. Il y a une forte demande de machines agricoles. Les ventes avaient diminué en 1989 et 1990 à cause des mesures d'austérité, mais elles sont actuellement en hausse (China Daily, 25 août). L'utilisation des fertilisants augmente aussi (China Daily, 27 août).

16. Le chômage technique assure une indemnité allant de 50 à 70% du salaire.

17. Cela peut être constaté dans les grandes villes. Il nous est arrivé, par exemple, de rencontrer au centre de Nankin, en l'espace d'une vingtaine de minutes, quelques dizaines de jeunes qui vendaient tous les mêmes sacs et les mêmes valises.

18. La contrebande de cigarettes étrangères, que l'on a commencé à combattre sérieusement, va au détriment de la production du monopole d'Etat. D'autre part, aussi bien la contrebande que les contrefaçons de cassettes magnétiques ont frappé encore plus durement les entreprises chinoises qui fabriquent ces produits : elles ne tournent qu'à 20 % de leur potentiel (China Dally, 1" septembre).

19. Des exécutions, partois particulèrement nombreuses, sont annoncées pérodiquement. Par exemple, de nombreux trafiquants ont été exécutes à l'occasion de la journée internationale pour la lutte contre la drogue (1 Unita, 21 juin 1991). D'autres executions ont eu lieu fin août 1991 et par la suite.

20. Une importance croissante est attribuée aux rentrées provenant de l'exportation de main-d'œuvre (China Daily, 1° septembre).

21. Il semble que la Chine a traditionnellement eu des problèmes de fiabilité des recensements. Selon les historiens, par exemple, en 1711 on avait recensé 26 620 000 habitants alors qu'en 1774 on en recensera 221 020 000. L'explication est qu'entretemps une réforme fiscale avait supprimé une poll tax qui existait à l'époque et, par conséquence, les gens n'avaient plus peur de se déclarer.

22. Voir le chapitre sur la Chine du volume de Jean-Claude Debeir, Jean-Paul Deléage et Daniel Hémery, les Servitudes de la puissance, une histoire de l'énergie, Flammarion,

23. Selon Li Peng, « le protectionnisme et l'insubordination sont la cause la plus importante des difficultés économiques » (Corriere della sera, 20 novembre 1990). Déjà avant 1989, le cas de provinces, qui pour obtenir des devises preteraient vendre à l'étranger des produits dont d'autres provinces avaient besoin, avait été dénoncé. Plus récemment. on a signalé le cas du Sichuan et du Heilongjiang, qui ont introduit des mesures de protection sur une vingtaine de produits, du Xinjiang qui aurait fait la même chose pour 28 produits et du Guizhou pour une centaine. D'autres provinces, comme le Liaoning, le Jilin et le Hubei, auraient imposé aux grands magasins de ne vendre que des marchandises produites sur

24. Dans les grandes villes, il y a encore des quartiers où les logements sont en mauvais état. Les loyers sont traditionnellement très bas et ne suffisent pas, en principe, à faire face aux frais de gestion et d'entretien. Lorsque le chemin à des mécanismes de marché a été ouvert, il y a eu immédiatement une flambée des prix avec le résultat que de nombreux appartements n'ont pas trouvé d'acheteurs (China Daily, 1° septembre).

25. Cela se traduit par une certaine continuité avec les conceptions de Mao Zedong, et notamment par la réaffirmation des « quatre principes » (voie socialiste, hégémonie du Parti communiste, dictature démocratique du peuple, marxisme-léninisme et pensée de Mao Zedong).

26. La presse a dénoncé à plusieurs reprises les dépenses énormes faites par des institutions, des administrations et des organisations diverses pour organiser des banquets, importer des voitures, des appareils d'air conditionné, des vidéos, des meubles de luxe et pour distribuer des cadeaux (China Daily, 1° septembre). Ces dépenses augmentent constamment depuis cinq ans (+ 21% pour les premiers mois de 1991, selon des informations reçues par le Financial Times du 25 avril).

27. Rappelons qu'avant juin 1989 il y avait eu à plusieurs reprises des grèves. Par exemple, en 1988, plus de 200 grèves avaient été signalées dans des entreprises de plus de 1 000 ouvriers.

28. Par exemple, pour définir la situation d'un point de vue très général, on explique que le système socialiste a mis ses racines en terre chinoise mais, en tant que système nouveau et pas encore mûr, il n'a pas encore prouvé entièrement sa supériorité (éditorial du Quotidien du peuple, 1" septembre). Voilà un exemple de ce que les Anglais appellent un understatement. Pour sa part, Zhao Ziyang, lorsqu'il était secrétaire du parti, avait avance l'hypothese que la Chine n'aurait pas atteint la phase socialiste, prélude de la phase communiste, avant 2050 (Corriere della sera, 23 décembre 1988).

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