Nous publions un article de Johanna Brenner dont le titre est, dans la version en langue anglaise, « Finding hope in hard times : feminism's revolutionary promise » (espérer dans des temps difficiles : la promesse révolutionnaire du féminisme). Johanna Brenner est militante de l'organisation Solidarity des Etats-Unis.
Il n'a jamais été facile d'être une militante féministe socialiste. Nous occupons un terrain caillouteux entre la popularité d'un reformisme feministe démocratique radical (et social-démocrate) apparemment pratique et le puissant attrait de l'affirmation feministe radicale d'une supériorité morale et spirituelle des femmes.
Notamment, à une étape qui n'est pas très révolutionnaire, écrire sur la signification d'un changement révolutionnaire du point de vue du féminisme socialiste semble plus un exercice de création de mythes qu'une analyse, plus l'expression d'une espérance utopique que l'esquisse d'une stratégie politique. C'est une ironie que, justement au moment où les feministes socialistes doivent faire face à ce que nous vivons comme un déclin, sinon comme une défaite du féminisme ou du moins du feminisme comme un mouvement de base au sein duquel les militantes les plus conséquentes pourraient s'organiser, des gens de gauche cherchent dans le féminisme et dans d'autres « mouvements » des sujets révolutionnaires remplaçant la classe ouvrière. Certes, le féminisme peut contribuer considérablement à élargir ce que le marxisme conçoit comme libération de l'humanité et à créer des mouvements susceptibles de la réaliser. Selon le feminisme, il est nécessaire de s'engager théoriquement et politiquement dans des domaines de la vie sociale que le marxisme a fondamentalement ignorés, la sexualité, les sentiments personnels, les soins des enfants, les soins des personnes âgées. Le féminisme nous a permis de réfléchir beaucoup plus qu'auparavant sur les bases matérielles du socialisme et les meilleurs moyens d'organiser la vie sociale pour « former » des socialistes et promouvoir des rapports d'égalité et de respect. En abordant le problème des peines et des gratifications de la maternité dans la société contemporaine et en concevant la maternité comme une sorte de travail, le feminisme nous a permis de redéfinir notre idée du travail aussi bien aliéné que non aliéné. En réévaluant les qualités et les activités humaines qu'on considère comme propres aux femmes, le féminisme a mis en question fondamentalement toute conception du socialisme qui ne réintègre pas ces dimensions de la vie humaine que le capitalisme a si radicalement séparées. La théorie féministe nous a aidé à saper le système auquel on avait réduit la théorie marxiste, c'est-à-dire son réductionnisme économiste, sa conception productiviste et son approche acritique à l'égard de la technologie, ses définitions étriquées du travail, des travailleurs et de la classe ouvrière, sa réification de la séparation capitaliste entre « public » et « prive » et la place privilegiée du public comme domaine de l'analyse théorique et de l'organisation politique, sa compréhension défaillante de la conscience, notamment son manque d'intérêt pour la question de savoir comment les besoins émotionnels modèlent la compréhension politique, le rapport entre l'identité de genre et la construction des « intérêts » politiques et économiques. Par sa théorie et par sa pratique politique, le féminisme a été un stimulant précieux pour le renouveau du marxisme, la redécouverte et le développement de sa conception libératrice conséquente. Les organisations feministes ont débattu de problèmes que la gauche marxiste a rarement soulevés : le conflit entre processus et produit, entre direction et participation au débat critique, entre élaboration d'un consensus et appréciation des différences, etc. Il est vrai que, dans son effort pour trouver des formes d'organisation préfigurantes, le mouvement feministe n'a pas trouvé facilement de réponses. En effet, à la plupart des questions soulevées par le feminisme, on ne peut répondre que par un large processus de dialogue et d'expérimentation impliquant la créativité et l'expérience de nombreuses communautés de résistance differentes. Mais si ces tensions ne peuvent pas être aisément surmontées, le fait que le féminisme en ait pris conscience lui a permis d'établir des moyens de discussion, d'action collective et de décision (ou décision de ne pas décider) qui pourraient aider à contrecarrer les tendances bureaucratiques qui ont infecté les organisations de gauche, grandes et petites.
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La contribution des « nouveaux mouvements »
Des auteurs de gauche ', qui s'inspirent des « nouveaux mouvements » et qui expriment leur orientation politique en partant d'une démocratie radicale plutôt que de l'exploitation de classe, ont posé aux révolutionnaires une question cruciale : comment formuler, dans le cadre d'une politique socialiste, la revendication d'une participation et d'une lutte démocratique contre des formes de domination autres que la domination de classe ' ? Par ailleurs, alors que ces auteurs ne sont pas les seuls à noter ce point, ils ont raison, selon nous, d'un côté, de souligner le potentiel subversif des protestations contre la domination, la destruction écologique, l'anéantissement nucléaire et de l'autre, d'affirmer que le bloc révolutionnaire est une création politique : aucune revendication, y compris celle de la participation démocratique, n'est nécessairement subversive, et toute lutte peut être insérée aussi bien dans un projet d'intégration que dans un projet révolutionnaire. Laclau et Mouffe expliquent ce qui suit : « Toute lutte, qu'elle soit menée par des ouvriers ou par d'autres sujets politiques, n'a qu'un caractère partiel, si elle est laissée à elle-même, et peut être intégrée dans des approches différentes. C'est cette intégration et non leur point de départ qui détermine leur caractère. C est pourquoi il n'y a aucun sujet ni, d'ailleurs, aucune "nécessité" qui soit absolument radical et irrécupérable par l'ordre dominant et qui représente un point de départ absolument garanti pour une transformation totale • » Beaucoup d'entre nous seront d'accord avec cette approche salutaire du caractère politique, construit et contingent de la conscience révolutionnaire. Mais quelles conclusions stratégiques faut-il en tirer ? S'il n'y a pas de sujet qui soit nécessairement radical, est-ce que cela signifie que des conceptions révolutionnaires du monde peuvent être bâties et adoptées indifferemment par un groupe social ou par un autre ? Il est vrai que les besoins et les intérêts sont socialement et historiquement déterminés et que des conceptions du monde anti-hégémoniques font partie de ce processus. Les approches conséquentes redéfinissent les besoins et idéntifient les intérêts de telle sorte qu'elles relient les différents besoins et intérêts à une conception de la société transformée. Mais les conceptions du monde sont exprimées par des groupes qui, par leur nature sociale et leur expérience, leur expérience quotidienne aussi bien que leur expérience dans les mouvements pour les réformes, sont plus ou moins ouverts à tel ou tel autre système d'idées. En outre, la lutte contre l'exploitation et la lutte contre la domination ne doivent pas être opposées. Si les nouveaux mouvements nous ont montré l'importance d'autres dimensions de l'oppression et d'autres identités comme sources de protestation radicale, leur évolution a également démontré comment les mécanismes de l'accumulation du capital, s'ils ne sont pas contestés (politiquement ou économiquement), limitent et déforment ces possibilités. Des groupes militants des « nouveaux mouvements » continuent d'exister. Mais, en règle générale, ces mouvements n'ont pas réussi à élargir leur base sociale et, du moins aux Etats-Unis, ils choisissent de plus en plus d'agir comme des lobbies ou de faire valoir leurs compétences dans le cadre des structures politiques existantes. Leur déplacement vers des stratégies de réformes plus conservatrices ne peut pas être attribué uniquement à une carence d'imagination politique. Les directions de ces mouvements se sont adaptées à un climat politique où l'hostilité aux réformes est incontestablement nourrie par une offensive capitaliste internationale contre le mouvement ouvrier et la defaite et la désorganisation des syndicats.
Ces pressions - et leurs conséquences politiques - sont tout à fait évidentes dans les succès et les échecs du féminisme. Une appréciation de ce nouveau mouvement spécifique pourrait illustrer la nécessité pour les révolutionnaires de baser leur politique (c'est-à-dire leur organisation, leur activité aussi bien que leur programme) sur l'auto-activité de ce que nous pouvons appeler la classe ouvrière au sens large 4.
Le féminisme après la deuxième vague
Dans les années soixante et soixante-dix le féminisme devait jouer un rôle historique en tant que mouvement « pluriclassiste » pour les droits démocratiques. Ce n'est donc qu'à notre époque et grâce à l'organisation féministe que la révolution bourgeoise a été parachevée et les femmes sont devenues non seulement des citoyennes mais aussi les propriétaires de leur propre personne et les vendeuses vraiment libres de leur force de travail. Tout l'édifice qui avait sanctionné l'asservissement légal des femmes dans le mariage, qui leur avait nié le contrôle sur leur corps et sur leur pouvoir de reproduction et qui avait légalisé notre marginalisation économique, a été substantiellement démantelé. Cette victoire a contribue à provoquer une réorganisation - matérielle, culturelle, politique - de l'ordre des sexes. Les termes de cette réorganisation sont maintenant contestés. Dans cette lutte, les femmes doivent faire face non seulement à la droite réactionnaire qui idéalise la famille patriarcale, mais aussi à une droite moderniste qui célèbre les vertus méritocratiques et le choix individuel prétendument fondé sur le marché. Dans la mesure où ses adversaires changent, le féminisme change lui aussi. Le féminisme a commencé comme un mouvement social réel. Les organisations autonomes, de base et locales qui étaient le trait marquant du féminisme de la deuxième vague, et le terrain de leur génie créateur, ont été remplacées par un féminisme comme groupe d'intérêts organisé. Alors que les féministes (au sens large de personnes qui prennent la defense des femmes) sont entrées dans les partis politiques, aussi bien conservateurs que libéraux et sociaux-démocrates, dans les organisations patronales et dans les organisations professionnelles et ont commencé à les influencer, le principal héritier contemporain du féminisme de la deuxième vague est ce que nous pourrions appeler le « féminisme du bien-être social », un réseau large de personnes et d'organisations qui, dans l'appareil d'Etat et en dehors de cet appareil, s'efforce d'exprimer les intérêts des femmes, y compris des femmes de la classe ouvrière et de celles appartenant à une race opprimée. Dans les pays capitalistes avancés, le féminisme est aujourd'hui un réseau d'organisations qui opèrent beaucoup plus comme groupes de pression que comme organisations des femmes à la base. Les membres de ces organisations donnent de largent, parfois apportent des voix, envoient des lettres ou passent des coups de fil, mais n'ont qu'une activité locale très limitée.
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A l'instar de leurs homologues dans les syndicats et même, peut-être, avec moins de liens organisationnels avec leur base sociale que les permanents dirigeants syndicaux, les femmes qui gagnent leur vie, sous une forme ou sous une autre, comme représentantes des intérêts des femmes (et que les féministes australiennes appellent « fémocrates ») ont des rapports particulièrement étroits avec les partis politiques qui ont défendu historiquement l'Etat providence, c'est-à-dire les partis sociaux-démocrates (et, aux Etats-Unis, le Parti démocrate). Alors que les féministes ont pu exercer une influence importante sur ces partis et sur leurs gouvernements lorsqu'ils étaient au pouvoir, elles ont été en même temps conditionnées par leur dépendance de ces partis et de l'appareil d'Etat et par la vulnérabilité de leurs propres organisations qui ne s'appuient que sur une base sociale relativement faible. Ainsi, en règle générale (et à cause de cette dépendance vis-à-vis de la force relative des partis politiques auxquels elles sont liées), les féministes ont été acculées politiquement à la défensive. Ou réside alors la perspective de transformation du féminisme ? A notre avis, les mêmes changements sociaux, économiques et politiques qui ont amené à l'institutionnalisation du féminisme et à son intégration culturelle, ont créé la possibilité de construire une organisation féministe d'un type nouveau, basée sur l'auto-activité des femmes travailleuses. Un tel mouvement ne sera pas un mouvement « pluri-classiste » pour les droits démocratiques, mais il sera fondé sur des organisations de femmes et pour les femmes partie prenante d'autres luttes et situées organisationnellement dans le cadre de mouvements de la classe ouvrière, qu'elles opèrent dans les communautés ou sur les lieux de travail. Un tel mouvement ne sera pas nécessairement révolutionnaire, pas plus que ne le sont les syndicats et d'autres organisations ouvrières. Néanmoins, par leur condition aussi bien que par leur expérience, les femmes travailleuses sont les mieux placées pour créer et stimuler une pratique politique qui aille au delà du réformisme en constituant un pont entre socialisme et féminisme. L'exploitation de ce potentiel dépend partiellement du fait que les révolutionnaires incorporent dans leur conception de la révolution et leur mode d'organisation les approches et les expériences de la théorie et de la pratique féministes.
L'impact des divisions de classe croissantes parmi les femmes
En tant que mouvement politique autoconscient organisé, le féminisme a été dans une large mesure un mouvement de femmes des classes moyennes et blanches. Des femmes de couleur ont certainement apporté des contributions capitales à la théorie féministe aussi bien par leurs écrits que par leur activité politique d'organisation dans leur communauté. Mais ce n'est que dans les années quatre-vingt et surtout par le truchement des syndicats que les femmes travailleuses se sont organisées avec la conscience de leurs capacités et de leurs besoins spécifiques. Nous n'ignorons pas la participation des femmes travailleuses, syndiquées ou non, par exemple les enseignantes, dans le mouvement féministe des années soixante et soixante-dix. Toujours est-il que le féminisme organisé était constitué dans son écrasante majorité par des femmes blanches et des classes moyennes. Dans les années soixante et soixante-dix, les femmes travailleuses (blanches ou de couleur) se sont engagées dans la politique comme membres de leur famille et de leur communauté. Elles ont été au centre des mouvements pour les droits civils, les droits sociaux, l'intégration scolaire, les problèmes des locataires, etc. Au cours de ces luttes, les femmes ont souvent transformé leur conscience, avec le sentiment d'être personnellement efficaces et d'avoir droit à être respectées dans la vie privée et dans la vie publique, et ont appris à apprécier des directions de femmes. Certaines d'entre elles, dans leurs mouvements, ont même contesté les hommes sur le terrain du programme, des revendications et de la stratégie. Mais le plus souvent elles n'ont pas identifié leurs organisations et leurs luttes avec le féminisme et les droits des femmes. Elles ont parlé en tant que femmes d'une classe, d'une race ou d'une communauté opprimée alors que le mouvement féministe parlait de la femme. Pour sa part, ce mouvement feministe a réalisé des conquêtes historiques pour les femmes, y compris les femmes travailleuses. Mais les travailleuses n'ont pas été les principales protagonistes de ces réformes ni leurs principales bénéficiaires. Les revendications feministes pour l'égalité, comme le droit de participer à la compétition et de négocier, ont été assimilées culturellement et institutionnalisées. Les vieux préjugés sur l'origine naturelle de la division sexuelle du travail ont été contestés. Les femmes sont libres de négocier avec les hommes leurs relations et leurs responsabilités parentales, de choisir leur « façon de vivre » et leurs « carrières ». Ce nouvel idéal réflète des changements réels, notamment dans la vie des femmes des classes moyennes qui ont la possibilité de négocier des systèmes d'éducation, de formation culturelle et d'emploi, etc., qui sont marqués par des caractéristiques de classe et de race. En fait, les femmes se sont divisées davantage du point social et aujourd'hui un mouvement de classes moyennes peut parler encore moins qu'auparavant au nom de toutes les femmes ' . Bien que presque toutes les femmes travailleuses aient une double responsabilité du fait qu'elles n'obtiennent pas de leurs partenaires une participation égale ou qu'elles sont des mères seules, des femmes engagées dans une activité de direction d'entreprise ou dans une profession libérale peuvent trouver des solutions individuelles pour concilier leur travail et leur vie familiale. Des revenus plus élevés leur permettent de se libérer de leurs tâches domestiques et surtout d'utiliser des crèches de qualité. Elles ont personnellement un pouvoir de négociation plus grand pour obtenir des conditions plus avantageuses comme des congés parentaux ; elles peuvent mieux contrôler leurs conditions de travail et jouissent d'une plus grande flexibilité ; grâce à leur statut plus élevé, elles se trouvent dans une position moins dangereuse et vulnérable . La majorité des femmes ne peuvent pas réaliser l'égalité par des solutions individuelles. Qui plus est, aussi longtemps qu'il restera de la responsabilité privée de chaque famille de s'occuper d'autres personnes, il sera difficile pour les femmes de briser le cercle vicieux qui fait que leurs salaires, relativement bas, renforcent la division sexuelle du travail au sein de la famille et que leurs responsabilites domestiques constituent un handicap sur le marche du travail. En outre, pour la plupart des femmes, le rôle de mères seules continue de comporter
FEMINISME AUX USA 59 privations et pauvreté. Il n'est pas étonnant que beaucoup de femmes travailleuses, у compris celles qui partagent les aspirations féministes au respect de soi et à l'égalité, aient des sentiments partagés à l'égard du féminisme. La liberté croissante des femmes semble avoir eu comme consequence une diminution des protections : dans une société d'individus atomisés qui considèrent les autres comme des moyens pour atteindre leurs buts, la plupart des femmes ne peuvent qu'être perdantes. La corvée d'une double journée de travail ne saurait être considérée comme une libération, et une identité réalisée par un accroissement de la consommation et l'appropriation d'un style de vie et d'une image imposés par le marché ne saurait satisfaire notre besoin de reconnaissance sociale et de participation reelle.
De toute façon, il s'est avéré beaucoup plus difficile de réaliser les réformes nécessaires pour promouvoir une participation égalitaire des femmes au travail et à la vie publique et donc l'égalité des femmes dans la vie personnelle que d'obtenir les changements légaux et culturels qui sont l'héritage du feminisme de la deuxième vague. En tant que mouvement pour des réformes légales, le féminisme a été capable d'arracher des conquêtes dans les années soixante et soixante-dix sans porter atteinte pour autant au pouvoir de la classe capitaliste. Cela ne signifie pas qu'il a été facile d'obliger les employeurs de cesser les discriminations dans l'embauche et de respecter l'égalité des salaires pour le même travail, ou d'obtenir la légalisation de l'avortement. Ces conquêtes, par ailleurs, ne cessent d'être contestées encore aujourd'hui. Mais un mouvement, basé essentiellement sur des femmes instruites des classes moyennes, des étudiantes, des ménagères aisées, des femmes exerçant des professions libérales a pu quand même obliger le Parlement à adopter des lois antidiscriminatoires, et obliger la police et les tribunaux à les faire appliquer
Pour changer la condition des femmes travailleuses, il sera en tout cas nécessaire d'opérer une redistribution significative des ressources. Les travailleuses ont besoin, tout au moins, de structures de qualité et financièrement à leur portée en ce qui concerne les garderies d'enfants et les soins aux personnes âgées, et de temps libre payé pour accomplir leurs tâches parentales (y compris pour satisfaire les besoins pédagogiques et affectifs aussi bien que physiques des enfants). A plus long terme, elles auront besoin d'une réduction de la journée de travail non seulement pour pouvoir jouir des relations avec leurs enfants, mais aussi pour avoir du temps à consacrer à des activités autres que leur travail et leurs tâches domestiques. Qui plus est, les femmes ont besoin de temps pour s'organiser politiquement dans le but de redécouvrir, redéfinir et combattre l'oppression des femmes.
Mais toute réorganisation substantielle de la reproduction sociale comporte une redistribution importante du surplus et par conséquent se heurte aux intérêts et aux exigences du capital (exprimés aussi bien par le pouvoir des employeurs particuliers que par l'opposition de l'Etat à assurer la base matérielle de l'égalité des femmes). Même dans des pays relativement riches où il existe de forts partis sociaux-démocrates, les mesures adoptées par l'Etat (allocations familiales, congés parentaux payés, subsides pour les garderies d'enfants) ne sont pas encore suffisantes pour briser la logique de la division sexuelle du travail. Une année de congé parental payé et une semaine ou deux de congés familiaux payés chaque année allègent la double journée de travail, mais les tâches ménagères exigent toujours une quantité de travail non payé. La responsabilité envers les personnes dépendantes (enfants, malades, vieux, etc.) demande du temps, un effort émotionnel et un travail physique la part des membres de la famille. Alors que des femmes peuvent revendiquer l'égalité des sacrifices de la part de leurs partenaires masculins ou se débrouiller toutes seules, cela aboutit le plus souvent à des arrangements dont elles paient le prix en n'atteignant un niveau de vie décent que grâce aux contributions de leurs partenaires dont le revenu supérieur sanctionne leur statut privilegie de principal « soutien » de la famille. De surcroit, l'ampleur des subsides et des mesures des gouvernements est toujours conditionnée par les exigences de l'accumulation du capital. Des reculs économiques amènent à des réductions des subsides de l'Etat, souvent de façon particulièrement sévère dans le domaine des services personnels qui emploient beaucoup de gens et dans les services qui doivent satisfaire les besoins des secteurs les moins actifs politiquement et donc souvent des services importants concernant les femmes et notamment les mères. Nous ne prétendons pas que la persistance de la division sexuelle du travail dans la structure de l'emploi et dans la famille est tout simplement le résultat de réactions rationnelles d'hommes et de femmes aux difficultés matérielles auxquelles ils doivent faire face. Il est clair que les aspirations des femmes, leur désir d'avoir des enfants, leur sens des responsabilités envers les personnes âgées sont déterminés socialement, et les femmes établissent et maintiennent des rapports avec les hommes pour des raisons autres que la survie économique. En outre, si les femmes ne devaient pas se heurter à la résistance des hommes, les chances de changer la division sexuelle du travail dans la famille ou au travail seraient beaucoup plus grandes même dans les limites fixées par la protection de l'accumulation du capital et la privatisation de la reproduction sociale. Néanmoins, ces limitations structurelles constituent des barrières considérables à l'auto-organisation des femmes et des points de résistance aux projets féministes.
La dérive politique à droite
Si on tient compte de tout cela, il devient plus facile de comprendre comment un mouvement politique fondamentalement minoritaire comme la nouvelle droite a pu contrecarrer avec succes le feminisme. On pouvait évidemment s'attendre à l'apparition d'une opposition de droite au défi du féminisme. Mais ce n'était pas inévitable que la droite impose les termes du débat politique et que le féminisme se trouve acculé à la defensive, surtout dans la mesure où la plupart des femmes rejettent les idées de la droite. En réalité, la droite apparaît si influente non parce qu'elle reflète un sentiment majoritaire, mais parce qu'il n'y a aucune politique ni aucune organisation qui exprime une conception du monde alternatif convaincante. S'il n'est pas capable de présenter les problèmes personnels comme des enjeux politiques, le féminisme est acculé inévitablement à la défensive à partir du moment
FEMINISME AUX USA 61 où il doit se heurter à une opposition dont l'influence politique est beaucoup plus importante que le poids numérique. Puisqu'elles rejettent le courant féministe principal qui surestime le succès conçu selon des modèles masculins, accepte les structures concurrencielles et hiérarchiques de la société capitaliste, soutient d'une façon acritique l'Etat-providence et qu'elles sont repoussées par le moralisme répressif de la droite, la plupart des femmes ont renoncé à participer à la vie politique organisée. Ce ne sont pas seulement les contraintes de la survie quotidienne, c'est aussi l'aridité de la politique qui pousse les femmes à trouver des solutions sur le terrain de l'amélioration de leur vie personnelle. Néanmoins, le féninisme est toujours bien vivant. Il est institutionnalisé dans un large réseau d'organisations qui, dans leur ensemble, constituent une espèce de « lobby de femmes ». Les formes spécifiques reflètent les structures politiques nationales. Aux Etats-Unis, ce réseau inclut des organisations gouvernementales au niveau local et national, dont des commissions de femmes et des groupes d'action, des bureaux pour les discriminations positives, une partie de la bureaucratie des services sociaux ; des organisations politiques traditionnelles (par exemple, le Congressional Women's Caucus, le National Women's Political Caucus, des organisations dans le cadre du Parti démocrate et du Parti républicain, la National Organisation for Women, des lobbys s'occupant de tous les problèmes des femmes, des droits sociaux à la réforme des impôts et à l'avortement) ; des organisations qui interviennent au niveau du système judiciaire, notamment en assurant l'aide légale dans des plaintes contre les discriminations surtout si elles peuvent créer des précédents. Le lobby inclut également des groupes qui ne sont pas explicitement politiques comme les associations officielles de professions éminemment féminines (employées des services sociaux, bibliothécaires, infirmières, etc.) ; des groupes et des organisations de femmes dans des professions traditionnellement masculines : des organisations de femmes permanentes des syndicats ; organisations de femmes qui travaillent dans la Sécurité sociale, etc. Ce lobby de femmes fontionne comme un groupe d'intérêts traditionnel, principalement en lien avec le Parti démocrate. Certes, les différenciations politiques restent dans le cadre du courant féministe. Le féminisme démocratique radical vieux style, plus axé sur la reconnaissance légale de l'égalité de traitement que sur l'élargissement des services de l'Etat et peu soucieux des différences sociales et raciales parmi les femmes, est toujours puissant. En fait, cette approche du féminisme a été de plus en plus intégrée dans les orientations politiques du centre et de tous les autres partis, sauf l'extrême droite. Le débat sur la question de savoir si les mères doivent travailler, si les enfants doivent être confiés aux crèches, si les femmes doivent être mises en condition de faire concurrence aux hommes dans la vie économique et politique, a été dans une très large mesure gagné par le côté « féministe ». Maintenant, on discute pour savoir si c'est à l'Etat de créer les conditions de l'égalité des chances ou si cela doit être laissé aux stimulants concurrentiels du marché. En Amérique du Nord, par exemple, le débat sur la législation concernant les garderies est axé non sur la question de savoir si les mères doivent travailler, mais sur la quantité des dépenses gouvernementales pour les garderies et à l'avantage de qui, et si l'Etat doit donner des subsides à des entreprises privées ou développer des structures publiques. Les féministes partisanes de l'Etat-providence sont favorables à une intervention de l'Etat et ont formulé une politique qui exige de l'Etat beaucoup plus que l'adoption et l'application d'une législation antidiscriminatoire 8 . En partant, sinon de leur propre expérience, de celle des femmes qu'elles s'efforcent d'aider et, ce qui est peut-être plus important, à la suite des pressions exercées par des organisations de femmes syndiquées et de femmes noires, ces féministes ont organisé des campagnes pour une intervention du gouvernement en faveur des travailleuses (par exemple, pour le congé parental payé, pour des garderies de qualité, pour l'assistance maladie, pour l'égalité de salaires). Toutefois, à cause de la résistance terrible à l'accroissement des dépenses gouvernementales en général, des puissants intérêts industriels et régionaux qui défendent la redistribution actuelle des ressources de l'Etat (par exemple, le complexe militaro-industriel), et des moyens beaucoup plus importants dont disposent les circonscriptions électorales des classes moyennes par rapport à celles de la classe ouvrière, la plupart de ces efforts ont été vains et, au mieux, la legislation finalement adoptée a favorisé principalement les femmes des classes moyennes en ayant des effets négligeables, voire délétères, sur les femmes de la classe ouvrière ou les femmes pauvres. Confrontées à ces contraintes sociales puissantes, les féministes partisanes de l'Etat-providence (lesquelles, à cause de leur conception politique d'ensemble et de leur condition sociale sont de toute façon beaucoup plus portées à essayer d'obtenir des lois favorables aux femmes qu'à aider les femmes à s'organiser) n'ont pas réussi à élargir leur base militante. Sans un tel soutien, elles ont été particulièrement vulnérables aux pressions de la droite. Cela s'est produit surtout face aux tentatives de la droite de se réapproprier « la famille », principalement en transformant les revendications d'augentation de l'aide de l'Etat aux femmes en programme pour renforcer la famille ? . Par exemple, au printemps 1988, la députée Patricia Schroeder, coprésidente du Caucus des femmes au Congrès des Etats-Unis, a organisé une «grande tournée pour la famille americaine » au cours de laquelle elle a fait campagne, avec d'autres orateurs, pour le congé parental, les garderies d'enfants, les logements et une législation sur l'assistance médicale. En lien avec cette campagne, la coalition des femmes du mouvement syndical, a organisé à Washington une manifestation avec les mêmes objectifs et le mot d'ordre: « célébrons la famille américaine, travaillons ensemble pour le changement ». Un telle stratégie a été particulièrement desastreuse dans la mesure où elle a écarté de l'agenda politique feministe la mise en question de l'hétérosexualité obligatoire en renforçant ainsi l'influence des conservateurs à propos de l'avortement, des droits sexuels des jeunes, des droits des gays et des lesbiennes et du Sida '°. . Les organisateurs et les organisatrices de la manifestation de Washington ont refusé d'inclure les droits des gays et des lesbiennes et le droit à l'avortement dans la problématique familiale, ils n'ont pas accepté d'orateurs ou d'oratrices impliqués dans des campagnes sur ces problèmes et ont cherche à empêcher les organisations d'homosexuels de vendre leur litérature à la manifestation " . Des revendications de réformes visant à accroître l'indépendance sexuelle des femmes et mettant en question la domination masculine dans les rapports personnels ne peuvent pas être tacilement recuperees dans des programmes qui, en realite, visent a ameliorer la
FEMINISME AUX USA 63 vie des enfants et des hommes, ce qui est tout le sens de la politique « en faveur de la famille ». De surcroît, une telle justification de mesures favorables aux femmes délégitime l'aspiration des femmes à leur autonomie, à leur auto-développement et à l'affirmation de leur individualité, en éliminant le terrain sur lequel le projet de libération des femmes doit se fonder.
Si on part d'une telle analyse, l'opposition de féminisme et marxisme, de mouvement féministe et de mouvement syndical, semble particulièrement absurde. Le féminisme en tant que lutte de masse pour des réformes avec un potentiel de radicalisation ne peut pas être rénové sur la base des vieilles circonscriptions électorales des classes moyennes, mais dépend de la reconstruction de l'autoorganisation de la classe ouvrière. L'auto-organisation de la classe ouvrière implique, selon notre conception, un processus collectivement structuré d'engagement dans la resistance contre le patronat et pour des revendications par des actions directes (grèves) ou indirectes (campagnes pour l'intervention du gouvernement) de ceux et celles qui ne disposent d'aucun pouvoir dans leur vie de travail quotidienne et qui se trouvent dans une situation économique ne permettant pas de contrôler reellement leur temps au travail et dehors du travail. Sans la possibilité de s'opposer dans la pratique aux limitations imposées par les besoins de l'accumulation du capital à une étape de concurrence internationale croissante, le feminisme continuera à être vidé de son potentiel, à capituler devant la droite et à s'avérer incapable de mobiliser de larges couches de femmes.
L'auto-organisation des femmes travailleuses
Le destin du feminisme en tant que mouvement réel est donc lié au destin du syndicalisme et d'autres formes de résistance collective au patronat. Dans les années soixante et soixante-dix, il a été possible pour des « nouveaux mouvements » de se développer en présence d'un syndicalisme profondément bureaucratisé et démobilisé. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Toutefois. le déclin du vieux mouvement syndical n'est pas la fin de la classe ouvrière ou des syndicats comme protagonistes du changement social. Il correspond à l'épuisement d'un certain type de syndicalisme et d'un certain type d'organisation industrielle, le « syndicalisme du contrat social », fondé sur la grande industrie qui a prévalu après la Seconde Guerre mondiale. Dans le but de faire face à un capital de plus en plus centralise et mobile, de nombreux cadres et militants pensent à un syndicalisme social et politique fonde sur des solidarite au dela du lieu de travail (liens avec les communautés, entre des industries et des secteurs différents, etc. ''). De toute evidence. un enjeu strategique-cle reside dans la question de savoir comment reconstruire un engagement et une organisation à la base capable de soutenir une résistance militante dans le cadre d'une offensive intense des employeurs, appuyes efficacement par l'Etat.
Les femmes travailleuses peuvent donner une contribution essentielle à cet effort en tant qu'organisatrices dans les communautés et sur les lieux de travail. Historiquement, les femmes militantes des syndicats et surtout, peut-être, les syndicalistes noires ont lutte pour l'egalité des femmes dans les syndicats et au travail. Mais aussi longtemps que les femmes représentent une minorité de la force de travail et, par conséquent, dans les syndicats, elles peuvent être marginalisées. Le succès que le courant féministe a remporté en faisant reconnaitre l'idéal d'égalité, et l'entrée massive des femmes dans le travail salarié ont créé les conditions du développement d'un féminisme des travailleuses, qui s'intègre non seulement politiquement, mais aussi organisationnellement aux autres mouvements des exploites et des opprimés. L'action et l'orientation politique des travailleuses dans l'organisation de leurs syndicats et de leurs communautés ont obligé les féministes se réclamant du socialisme à repenser nos catégories, y compris celle de «féministe ». Est-ce que les femmes noires qui organisent des meilleurs soins prénatals pour les femmes ou des équipes de voisins pour éviter des viols, font un travail d'organisation féministe ? Est-ce que les travailleuses qui s'organisent pour obtenir des salaires plus élevés en tant que soutien de leurs familles, sont des feministes, meme si elles se considèrent des syndicalistes? En partant de telles activités, de nombreuses militantes ouvrières deviennent conscientes de leur oppression et de leur besoin de s'organiser en tant que femmes non en opposition, mais en rapport à leur participation aux syndicats ou aux communautés opprimées. Elles doivent donc trouver des formes d'organisation et d'expression politique qui rejettent la pratique et les orientations politiques aussi bien de la gauche traditionnelle que du féminisme. Ces deux mouvements ont eu tendance à trouver un terrain commun en généralisant les similarités (« nous sommes toutes des travailleuses », « nous sommes toutes des femmes ») sans reconnaître et intégrer les différences, qu'elles soient de genre, de race ou d'éthnie, d'inclination sexuelle, etc. Il est difficile de dire quelles pourraient être ces formes organisationnelles. Un modele pourrait être - c'est une hypothèse que nous avançons — celui d'une confédération à structure géographique (locale, régionale, nationale) de groupes de base de femmes organisées dans les syndicats, sur les lieux de travail, dans les communautes autour de certains projets et susceptibles de mettre ensemble fréquemment les femmes pour socialiser les décisions et agir. Il est vrai que, à l'heure actuelle, les travailleuses organisées sont une minorité. Toujours est-il qu'elles représentent une direction potentielle non seulement d'un féminisme rénové mais aussi d'un syndicalisme rénové, un syndicalisme qui ne se préoccupe plus uniquement des enjeux publics et de la vie publique et ne limite pas son action aux questions qui se posent au niveau des lieux de travail et de l'industrie en les opposant aux questions des communautes et des personnes. La vie des femmes, contrairement à celle des hommes, peut surmonter la division entre travail et communauté. A la différence des hommes, les femmes travailleuses ne peuvent pas créer une culture syndicale qui construise la solidarité sur la base de liens exclusifs et qui considère les familles et les communautés comme des éléments d'appoint et non comme des éléments centraux de soutien et de pouvoir '3 . Dans la mesure où elles dependent de réseaux de soutien basés sur la famille et le voisinage pour arranger leur double
FEMINISME AUX USA 65 journée de travail, les femmes travailleuses ont tendance à définir l'indépendance dans des termes très différents de ceux utilisés par les hommes et sont moins vulnérables que les hommes à l'idéal bourgeois de soi-même comme citoyen travailleur qui négocie librement et comme salarié indépendant. Finalement, au travail, les femmes subissent moins la ségregéation du point de vue racial que dans les endroits ou elles vivent. Au travail, temmes blanches et temmes de couleur peuvent trouver un terrain commun pour aborder les problèmes communs concernant leurs intérêts et leurs besoins en tant que travailleuses, d'un côté et, de l'autre, leurs intérêts et leurs obligations en tant que membres d'une famille, amies et membres d'une communauté.
Réforme et révolution
L'effort d'élaborer une stratégie de réforme féministe socialiste pour un mouvement des femmes travailleuses, pour contrecarrer la direction émergente de femmes politiciennes et dirigeantes syndicales, pour développer des organisations de base des travailleuses qui soient une préfiguration du point de vue aussi bien de leurs revendications que de leurs formes organisationnelles, doit être au centre de toute discussion sur la stratégie révolutionnaire au xx' siècle. Il est possible qu'à longue écheance les societes capitalistes avancees organisent leur reproduction sociale de sorte à alleger considerablement le fardeau de la vie familiale. Des formes socialisées d'assistance ne cesseront d'être assurées, comme c'est le cas pour d'autres services de l'Etat-providence, dans le cadre d'un système marqué par les différences sociales et raciales et extrêmement bureaucratisé. Toutefois, un tel élargissement de ces services comporterait, en dernière instance, des changements ultérieurs dans les rapports et dans l'idéologie de sexe '4 . En tout cas, il est sûr que, même si le capitalisme pouvait récupérer, à la longue, l'égalité des sexes, l'abandon dans une mesure significative de la privatisation de la reproduction sociale devra être imposé au capital, de même qu'ont été imposés par la lutte le suffrage universel masculin, la legalisation des syndicats ou les conquêtes de l'Etat-providence. La lutte des femmes pour créer les conditions matérielles de l'egalité des sexes a le potentiel pour aller bien au-delà de ces buts d'intégration. Ce potentiel réside dans le mouvement lui-même, dans sa capacité de créer des aspirations qui dépassent toute réforme particulière, et notamment dans la capacité des révolutionnaires de renforcer l'organisation à la base et d'élever la conscience politique des militantes. En tant que mouvement pour l'égalité et contre la domination des hommes, le féminisme n'est pas nécessairement radical ni socialiste. Le féminisme du bien-être social a des buts réformistes qui peuvent attirer des travailleuses : un travail adapté aux besoins familiaux, un Etat-providence bienveillant et élargi et une famille nucleaire democratisée. De tels buts ne sont pas en contradiction avec le capitalisme. Ils comportent l'acceptation de la division entre public et privé où les relations sociales et la culture du travail restent marquées par la hiérarchie et la compétition. L'orientation féministe qui prévaut actuellement, pourrait réduire le prix payé par les perdants et garantir aux femmes une concurrence loyale, mais elle le marché du travail structures organisationnelles essentielles et n'éliminerait pas ne changerait pas les
Les feministes partisanes de l'Etat-providence critiquent très peu l'Etat-providence bureaucratique et ont toujours foi dans la capacité de cet Etat de rendre égal qui est inégal. Les soins des enfants peuvent devenir un engagement de la collectivité, comme l'instruction publique. Mais, de même que dans l'instruction publique, les inégalités de classe et de race determineront de grandes différences dans la • qualité des soins et la possibilité des parents de négocier le système à adopter c'est-à-dire d'obtenir la négociation des besoins de leurs enfants et d'éviter des intrusions non souhaitées. L'attaque moderniste de la droite contre l'Etatprovidencre accroit ces préoccupations légitimes. Le presuppose des reformes qui augmentent l'aide de l'Etat aux ménages (subventions aux garderies, réduction d'impôts pour compenser les frais des soins aux enfants, etc.) est que la famille continuera à être l'unité primaire chargée d'élever les enfants. Une telle politique peut aider la famille (du moins plus de familles) à mieux se réaliser et à s'autoexprimer. Mais elle ne représente aucun défi à l'individualisme et à l'aliénation qui marquent notre experience dans la vie publique des sociétés capitalistes avancées. Elle renforce ainsi le cynisme en ce qui concerne la possibilité de formuler des alternatives démocratiques participationnistes '6
Si nous voulons aborder les problèmes centraux qui se posent aux femmes travailleuses et notamment la contradiction vécue entre autonomie et collectivité, entre liberté et sécurité, entre auto-développement et assistance, nous devons non seulement esquisser une perspective socialiste attrayante mais développer également une stratégie de réformes qui, loin de s'y adapter, dépasse les conceptions politiques d'ensemble existantes. Une telle stratégie comporte en premier lieu un programme de réformes qui implique une autoconscience des changements qu'on projette, un langage pour expliquer nos demandes et la nécessité de lier toujours les objectifs à court terme à une conception d'une société réorganisée de fond en comble. Deuxièmement, cette stratégie doit soutenir et faire naître une organisation politique et des réformes institutionnelles permettant aux individus de se développer collectivement et d'exercer leur contrôle sur leurs propres objectifs et activités, d'accroitre leurs capacités personnelles et de leur donner le sentiment que des changements encore plus importants sont possibles s'ils unissent leurs efforts aux efforts des autres.
Une fois que nous aurons clarifié cet enjeu, nous devons être conscients de l'importance d'une révision de la théorie marxiste dans le but d'y intégrer l'analyse du feminisme socialiste. La conception marxiste, y compris dans sa tradition la plus démocratique et la plus clairvoyante, n'a pas abordé les contradictions-clé de la vie quotidienne des femmes. Il suffit de rappeler, par exempe, combien de temps a été employé par la tradition socialiste démocratique du marxisme dans les débats sur la democratie dans les entreprises, la planification et la participation, en abordant la question de savoir comment combiner compétence et contrôle ouvrier de la production, autorité et démocratie. Mais rien n'a été dit sur les problèmes de l'organisation de la reproduction sociale et sur le renouveau de la vie au quotidien et dans les rapports entre les générations. Comment, par exemple,
FEMINISME AUX USA 67 pouvons-nous garantir aux enfants la sécurité et la continuité sans reproduire les rapports intensifs et exclusifs de la famille nucléaire ? Nous savons que femmes et enfants ont besoin de se libérer mutuellement. Mais, une fois qu'on reconnaît que la maternité est non seulement une oppression mais aussi une sorte de travail qualifié et que les enfants sont un plaisir pour les parents, qu'en découle-t-il en ce qui concerne la participation à l'autre travail, dans la production ? Est-ce que le travail créateur exige une liberté complète des devoirs et des contraintes que comporte nécessairement le fait de s'occuper d'autres personnes ? Finalement, comment pouvons-nous organiser des collectivités de sorte à réduire, si non supprimer, la tension entre le développement de soi-même et le devoir collectif? De telles questions, ignorées par les marxistes, ont été abordées amplement dans les écrits et les orientations politiques des féministes socialistes. En riposte à l'évocation romantique droitière de « la famille », les féministe socialistes ont prôné une stratégie de « destructuration ». Dans notre société, liens parentaux, amour et bonne nourriture tendent à être combinés, mais cela n'est pas inévitable. Comment concevons-nous alors la « déconstruction » de la famille ? Est-ce que les ménages devront continuer à être responsables des enfants et des besoins matériels quotidiens des adultes ou devrons-nous satisfaire plus de besoins en dehors du lieu où nous dormons et jouissons de notre vie privée ? Comment pourrons-nous organiser différemment nos espaces de vie ? Quels liens uniront ceux qui les partageront ? Pourrons-nous nous inspirer des réseaux ouverts et flexibles d'adultes et d'enfants qui coopèrent, au-dela des ménages, et qui constituent la strategie de survivance des gens les plus démunis ? Sur ces problèmes il n'y a pas de consensus féministe, il n'y a pas d'orthodoxie féministe socialiste susceptible d'être assimilée par le marxisme. Mais ces débats doivent être considérés comme des questions centrales auxquelles de bons marxistes doivent être formés de même qu'ils doivent être formés en matière d'économie politique. Cela non seulement parce que la théorie féministe socialiste nous permet d'esquisser une image beaucoup plus riche et ample de ce que le socialisme devrait être, mais aussi parce que les féministes socialistes ont établi des rapports avec tout un secteur d'expérience humaine sous le capitalisme que le marxisme n'a jamais considéré réellement comme un terrain d'action politique, c'est-à-dire la sexualité, la vie intime, la maternité, l'identité de sexe. L'analyse féministe socialiste a démontré, en outre, l'impact très grand des rapports des sexes, de l'identité et de l'idéologie de sexe sur le terrain traditionnel du marxisme, c'est-à-dire le syndicalisme, la politique parlementaire et extraparlementaire, la politique de l'Etat. Pour défendre les conquêtes féministes de l'attaque de la droite, les féministes socialistes ont été obligées d'aborder et d'analyser le rapport très fort entre sexualité et identité de sexe, d'un côté et, de l'autre, engagement politique et conception du monde et de donner une réponse aux questions qui se posent à ce sujet. En saisissant les aspirations et les préoccupations qui sont à la racine de l'antiféminisme, le féminisme socialiste a enrichi l'analyse marxiste des conceptions politiques. Tout en étant articulée différemment selon les enjeux, cette stratégie doit adopter quelques lignes d'orientation générales. Aujourdhui, les femmes, de même que les hommes, sont obligées de sacrifier leurs besoins humains pour satisfaire d'autres personnes. Notre orientation politique doit être axée sur des réformes concrètes permettant aux gens de dépasser ces contradictions.
Les réformes que nous proposons et les formes d'organisation pour les atteindre (le type de mouvement que nous construisons) devraient, en outre, préfigurer les relations sociales et personnelles et les priorités nouvelles que nous voulons réaliser par la révolution socialiste. Tout d'abord, nous avons besoin de nous approprier à nouveau le thème du contrôle en l'arrachant à la droite qui a opposé d'une façon si efficace le marché et la famille (comme des domaines soumis au contrôle individuel) à l'Etat-providence. Au lieu de nous limiter à défendre les services existants, nous devons proposer des alternatives décentralisées, collectives et gérées démocratiquement (contrôle ouvrier et contrôle des consommateurs) au travail domestique non payé des femmes. Par exemple, les mères travailleuses ont de bonnes raisons de ne pas livrer leur enfants ou les personnes âgées de leur famille au despotisme des experts dans un Etat-providence bureaucratique ou aux entreprises d'exploitation marchandes. Les femmes des communautés raciales ou ethniques opprimées ont tout à fait raison de se méfier d'institutions qui nient systématiquement la valeur de leur culture, suppriment leur histoire et ôtent à leurs enfants le respect de soi-même. Par ailleurs, les garderies de quartier gérées sur la base de la coopération des parents et des travailleurs exigent participation et engagement. Ces centres représentent une expérience de participation democratique et peuvent être un terrain d'action collective, par exemple, dans le but de s'unir à d'autres centres pour augmenter les ressources disponibles. En deuxième lieu, nous devons nous approprier de nouveau le thème du choix. Selon le lexique démocratique radical, le choix n'est garanti que d'une manière négative, c'est-à-dire comme droit à agir sans interférences. Pour les femmes des classes moyennes aisees, cette liberté négative peut suffire. Mais les femmes travailleuses ont besoin de beaucoup plus. Nous devons définir positivement la notion de choix, c'est-à-dire comme droit à pouvoir choisir entre de bonnes alternatives. Et nous voulons éviter que de bons choix pour les femmes ne soient rendus possibles que par l'exploitation d'autres personnes (femmes de ménage, employés des garderies mal payés, personnes qui jouent les cobayes pour expérimenter de nouveaux contraceptifs, etc.). En troisième lieu, nous avons besoin d'intégrer le droit des femmes à l'autonomie, à la connaissance et au développement d'elles-mêmes dans notre discours sur les réformes. Nous devons adopter cette approche, d'abord, d'un point de vue tout simplement humain. Mais nous devons l'adopter également parce qu'elle pourra améliorer la condition des communautés. Nous devons, par exemple, éviter toute tentation de défendre le droit de femmes à des emplois décents et à des salaires qui leur permettent de vivre en partant de leurs obligations familiales (leurs maris ne gagnent pas assez, elles ne sont pas mariées et donc elles ont besoin de travailler, etc.). Les démocrates radicaux conçoivent l'autonomie en termes de contrats et de responsabilité limitée alors que les conservateurs invoquent les valeurs de l'interdépendance et des engagements à long terme dans le cadre de la communauté traditionnelle. Notre but n'est pas de « libérer » les femmes des engagements et des obligations, mais d'assurer aux femmes l'égalité des chances d'accéder à la survivance économique et au pouvoir politique. En
FEMINISME AUX USA 69 quatrième lieu, nous devons nous opposer à la marginalisation des problèmes sexuels de l'agenda féministe et notamment le silence défensif à propos de l'avortement et du lesbianisme. Ces problèmes, plus directement que n'importe quel autre problème, provoquent la crainte des hommes de perdre l'amour et les soins des femmes et nourrissent la peur des femmes de provoquer de telles réactions de la part des hommes. Ils représentent aussi, peut-être encore plus profondément, un défi à l'identité de sexe des femmes. Plutôt que de les ignorer pour ne pas gêner les gens, nous pouvons en discuter dans le cadre de la discussion sur le choix et le contrôle de la part des femmes. Par exemple, nous pouvons insérer l'avortement dans la plus large constellation des « droits reproductifs », qui creent les conditions pour le controle des temmes sur leur vie reproductive, pour leur choix d'être ou ne pas être des mères. Nous incluons dans nos revendications, à côté d'un logement adéquat, un salaire permettant de vivre, un congé parental adéquat, une semaine de travail plus courte sans reduction de salaire, la liberté d'exprimer ses propres préférences sexuelles. On ne peut pas dire aux femmes de choisir de partager les tâches parentales avec les hommes aussi longtemps qu'elles ne sont pas libres d'élever leurs enfants toutes seules ou avec une autre femme. La valeur de relations librement choisies, l'aspiration à donner ou recevoir le plaisir sexuel lorsqu'on le désire, sont des idéaux que les femmes nourrissent profondément ; même si elles ne posent pas la question de savoir dans quelle mesure ces idéaux sont niés par l'hétérosexualité obligatoire.
Finalement, nous devons être parfaitement conscients des problèmes que pose la construction de relations et de cultures politiques préfigurantes dans l'organisation à la base et dans les groupes socialistes. Le féminisme socialiste a exprimé des préoccupations à l'égard de l'organisation politique auxquelles le marxisme traditionnel considère d'avoir donné une réponse depuis longtemps. Pour ne faire que quelques exemples : sous quelles formes les décisions pourront-elles être prises de sorte que ceux et celles qui ont moins de connaissances, moins d'expériences et moins d'assurance puissent y participer sur une base égalitaire ? Quel type de direction pourra encourager une auto-activité réfléchie et décourager la passivité ? Quels besoins de ses membres pourront être satisfaits par une organisation donnée et dans quelle mesure? Est-ce que certaines structures organisationnelles et certaines formes d'action politique sont susceptibles d'encourager les membres à avoir plus de confiance en eux-mêmes et à accroître leurs capacités ? Sur la base de quel critère pouvons-nous mesurer le succès? Ce sont des questions bien connues. Mais nous les rappelons parce que, dans la gauche, elles sont encore très largement négligées. On a beaucoup expérimenté en matière d'organisation de groupe, de pratiques décisoires comme le consensus, de formes d'éducation politique, d'effort de création de communautés politiques non hiérarchiques. Cela s'est passé notamment dans les mouvements éco-féministes et féministes radicaux, spiritualistes, anarchistes et d'action directe pour la paix. Beaucoup de leurs techniques pourraient être transférées dans les organisations révolutionnaires, surtout au niveau local '? . Certes, il n'existe pas de processus féministe parfait susceptible de résoudre tous nos dilemmes organisationnels. Mais il est absolument essentiel de reconnaitre que ces dilemmes existent et de s'efforcer de trouver des solutions. Le fait que les organisations politiques de la gauche ont opposé à un tel projet une resistance peut-être plus grande qu'a n'importe quel autre projet, nous donne une idée du chemin qui reste à parcourir.
1. Par exemple, Samuel Bowles et Herbert Gintis, Democracy and Capitalism, New York, Basic Books, 1987 ; Ernest Laclau et Chantal Mouffe, Hegemony and Socialist Strategy': towards a Radical Democratic Politics, London, Verso, 1985.
2. Des critiques approfondies par Ellen Wood, Alan Hunter et Norman Geras ont indiqué les aspects les plus problématiques de ces études. Voir notamment, Ellen Wood, The Retreat from class : A New « True » Socialism, London, Verso, 1986 ; Alan Hunter, Post-marxismeand the New Socioal Movements, Theory and Society; à paraitre ; Norman Geras « Post-marxism ? », New Left Review, n° 163.
3. Hegemony and Socialist Strategy, pp. 169-170.
4. Du fait que la définition de classe ouvrière est si contestée aujourd'hui, on ne peut pas partir de l'idée que tout le monde en donne la même signification. Dans cet article, j'emploie le terme « classe moyenne » dans un sens très large en y incluant les groupes souvent caractérisés comme « nouvelle classe moyenne » (des gens exerçant des professions libérales qui jouissent de salaires élevés, des managers moyens et supérieurs, la vieille classe moyenne d'hommes et de femmes d'affaires indépendants). Je considère comme appartenants à la classe ouvrière tous les travailleurs salariés.
5. En ce qui concerne l'Angleterre, voir à ce sujet l'article de Elizabeth Wilson sur le thatchérisme et les femmes, Socialist Register, 1987.
6. La violence et les harcelements sexuels, le viol, la violence physique contre les femmes concernent toutes les classes et les races, mais le revenu, l'emploi, l'âge et la race différencient considérablement la vulnérabilité des femmes.
7. Certains de ces programmes ont été incontestablement ronges par des gouvernements conservateurs à la Reagan et Thatcher, notamment en ce qui concerne l'application d'une politique anti-discriminatoire dans l'éducation et l'emploi. Toutefois, même sous de tels régimes, l'accès de femmes au rôle de manager et aux professions libérales a continué.
8. En ce qui concerne en particulier les pays scandinaves, comme l'indique, entre autres, Berte Siim dans sa contribution The Scandinavian Welfare Sates, Towards Sexual Equality of a New Kind or Male Domination, tout le monde accepte l'idée qu'il faut aider les femmes à accomplir les tâches d'une « double journée », mais les féministes (et plus généralement les femmes) n'ont eu qu'un rôle marginal dans les structures de décision centralisées qui définissent la politique de l'Etat.
9. Voir, par exemple, Betty Friedan, The Second Stage, New York, Summit Books, 1981, et Jean Bethke-Elshtain, Feminism, Family and Community; Dissent, automne 1982
10. Pour une analyse des conséquences de cette adaptation politique sur l'organisation des femmes noires pauvres, voir Barbara Omolade, It Is A Family Affair : The Real Lives of Black Single Mothers, Kitchen Table, Women of Color Press, 1986.
11. Il est vrai que le congrès du CLUW a réaffirmé en 1984 le soutien à la liberté des femmes en matière de reproduction, mais la direction peut évidemment choisir quand défendre publiquement ce droit.
12. Un exemple qui mérite d'être mentionné est celui de l'organisation des femmes à la base dans le syndicat des travailleurs agricoles nicaraguayens à la base, ATC.
13. Nous ne contestons pas l'importance historique des liens communautaires — amitié, parentèle, voisinage - pour le militantisme syndical des hommes. Mais nous estimons qu'aussi bien dans la pratique que dans les intentions, ces liens en dehors des lieux de travail et des locaux syndicaux, sont projetés dans une sphère séparée et exclusivement masculine.
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14. Des féministes ayant à l'esprit l'expérience de l'Union Soviétique et des autres pays d'Europe orientale, sont sceptiques sur la question de savoir si une aide sociale accrue peut contribuer sérieusement à surmonter l'inégalité des sexes. C'est une question que je ne peux pas aborder ici. Mais je veux indiquer trois points: 1) ces societes sont encore tres loin d'avoir substantiellement libere les ménages du fardeau de prendre soin de leurs membres ; 2) l'absence de libertés démocratiques a entrave terriblement lauto-organisation des temmes; 3) le caractere bureaucratique et coercitif de la vie publique a amené à une idealisation de la famille et de la vie privée comme domaines de liberte, en contrecarrant les aspirations des femmes à esquisser des alternatives aux róles traditionnels des sexes.
15. Sur ce point, voir mon article « Feminist Political Discourses: Radical Versus Liberal Approaches to the Feminization of Poverty and Comparable Worth », Gender and Society; v. 1, n° 4 , decembre 1987.
16. Sur ce point, voir notamment Michele Barrett et Mary Molntosh, The Anti-social Family, London, Verso, 1984.
7. Voir, par exemple, Michel Avery, Brian Auvine, Barbara Streibel, Lonnie Weis uilding United Judgement: A Handbook for Consensus Decision-Making. Madison Wiscor sin, Center for Conflict Resolution, 1981. D'autres techniques ou formes d'organisation ne peuvent pas être si facilement transférées d'un movement à un autre. Par exemple, dans un « groupe » qui a une base locale, même s'il est grand, des processus décisoires communs peuvent fonctionner mieux que dans le cas de groupes dispersés.