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La revue › n° 35

L'Internationale socialiste en Amérique latine

Michael Löwy et Jean-Pierre Beauvais · Quatrième Internationale, n° 35 · décembre 1989-janvier 1990 · p. 31-44 · 6 418 mots

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Le développement de linfluence et du rôle de Internationale socialiste (IS) en Amérique latine au cours des deux dernieres decennies est un fait historique nouveau. Pourquoi l'IS a-t-elle été pratiquement absente de ce continent pendant un demi-siècle (1920-1970) ? Les forces politiques latino-américaines qui se revendiquent d'elle aujourd'hui peuvent-elles être définies comme social-démocrates ?

Avant de traiter du développement actuel de l'IS en Amérique latine, il n'est pas inutile de revenir sur quelques questions historiques. Notre hypothèse centrale est que l'attitude vis-à-vis de l'impérialisme est déterminante pour comprendre les contradictions et les problèmes qui caractérisent la trajectoire de l'IS dans ce continent.

Les premières tentatives de création de parti ouvriers se réclamant du socialisme remontent à la fin du XIX • siècle ; il s'agissait le plus souvent de simples transpositions du modèle social-démocrate européen dans le contexte des sociétés latino-américaines de l'époque. Le problème n'est pas l'origine européenne des précurseurs (allemands, italiens, espagnols), mais la volonté d'assimilation mimétique de l'expérience européenne de la part de dirigeant socialistes autochtones qui ne prennent pas en compte les particularités propres des formations sociales du continent, celles de pays dépendants, exploités et dominés par l'impérialisme. Juan B. Justo, fondateur du Parti socialiste argentin (1896) et représentant de la tendance socialiste la plus modérée (véritablement social-démocrate) est peut-être celui qui illustre le mieux ce mimétisme. Partisan du libre-échange, il croit que l'on peut utiliser pour les pays d'Amérique latine les même arguments qu'employaient au XIX" siècle les socialistes européens contre le protectionnisme. Dans sa principale œuvre théorique publiée en 1909 (Teoria y practica de la historia), il écrit : « En République argentine, les droits de douane renchérissent considérablement les produits importés pour la consommation de la classe travailleuse (...). International de par son programme et son organisation, le parti ouvrier dont les bureaux centraux sont à Bruxelles et qui célèbre la fête mondiale du le Mai ne peut se laisser influencer par les fictions du nationalisme industriel ou du protectionisme. Pour lui, les obstacles douaniers mis au commerce entre les peuples sont aussi barbares que ceux qui, il y a un siècle et demi, limitaient le commerce de province à province

Bien plus, Justo fait siennes les positions du courant « social-colonialiste » au sein de la II° Internationale et justifie au nom de la « civilisation » les guerres et conquétes coloniales contre les peuples « sauvages » ou attardes. Il écrit : « le peuple travailleur doit reconnaitre à la guerre un objectif légitime, celui d'ouvrir de nouvelles zones du milieu physico-biologique à la vie intelligente, objectif en fonction duquel la guerre conserve son caractère originel de lutte biologique et qui, conduite avec sincérité ouvre de nouveaux espaces à des colons propriétaires, techniquement et économiquement avancés et politiquement libres. »

Juan B. Justo est généralement considéré comme l'introducteur du marxisme en Amérique latine. Il est vrai qu'il fut le traducteur du Capital en espagnol, mais ses thèses s'apparentent plus au social-darwinisme et à Spencer — ou à Sarmiento et à son école de pensée en Argentine - qu'à Karl Marx.

Ses positions l'ont conduit, s'agissant de l'Amérique latine, à justifier les guerres menée par les Etats-Unis contre le Mexique au cours desquelles « l'exubérante civilisation nord-américaine, en deux petites expéditions militaires, s'empara de larges étendues de territoires appartenant, non pas au peuple mexicain, mais à l'oligarchie de factieux qui le gouverne », ainsi que les interventions américaines à Cuba : « les Cubains s'entretuaient jusqu'à ce qu'un général américain aille rétablir et maintenir la paix entre ces hommes parlant une autre langue et appartenant à d'autres races ». Ces exemples montrent, selon le théoricien social-démocrate argentin, que « face aux progrès rapides d'autres peuples (concrètement les EtatsUnis), notre civilisation » (c'est-à-dire latino-américaine) apparaît comme n'étant rien d'autre qu'un « niveau relatif de barbarie' ».

Il est dès lors compréhensible que — à l'exception partielle de l'Argentine, le pays le plus « européen » d'Amérique latine - ce type de courant social-démocrate ne se soit guère enracine au Sud du Rio Grande, où très tôt la revendication nationale, dans sa dimension anti-impérialiste, a constitué un axe essentiel des luttes populaires (libération nationale de Cuba, révolution mexicaine, combat de Sandino).

Après la Première Guerre mondiale, sous l'impact de la révolution d'Octobre, les socialistes latino-américains vont adhérer massivement à l'Internationale communiste : la totalité du Parti ouvrier socialiste de Recabarren au Chili, la majorité du PS uruguayen et une minorité significative du PS argentin. Peu à peu, au cours des années vingt, les communistes du continent vont s'approprier le leninisme et la problématique anti-impérialiste dont les écrits de Julio Antonio Mella et José Carlos Mariategui seront les premières expressions théoriques latino-américaines.

Seuls se maintiennent aux côtés de l'Internationale socialiste les partis argentins et uruguayens après la rupture de leurs ailes gauche; mais leurs relations concrètes avec l'Internationale sont sporadiques et celle-ci ne manifeste que peu d'intérêt pour l'Amérique latine. Il est révélateur que le plus important des partis socialistes d'Amérique latine, le PS chilien, fondé en 1933, se soit refusé à s'affilier à l'Internationale, la critiquant pour son réformisme. « Le socialisme chilien critique le socialisme réformiste de la IT° Internationale pour ses positions conformistes au sein du système démocratique bourgeois capitaliste » est-il écrit dans la déclaration de principes approuvée lors du second congrès du parti ' (1935). En réalité, le PS chilien ne fut jamais réellement un parti social-démocrate (même s'il y eut de véritables courants social-démocrates en son sein) : le combat contre l'impérialisme a constitué dès sa création un aspect essentiel de son programme anti-capitaliste. On a souvent dit que le Chili était le pays d'Amérique latine ou les partis politiques avaient le caractère le plus « européen »: parti communiste, parti socialiste, parti radical, parti conservateur, parti démocrate-chrétien... Le fait que le premier parti socialiste qui y fut créé se soit affilié à l'Internationale communiste et que le second n'ait jamais été un véritable parti social-démocrate et ait toujours refusé d'adhérer à l'Internationale socialiste suggère l'existence de limites et d'obstacles à l'implantation de la social-démocratie dans le continent.

Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que l'Internationale socialiste a commencé à s'intéresser au tiers monde. Mais à cette époque (à partir de 1947), l'esprit de guerre froide, l'atlantisme et l'anti-communisme sont les principales caractéristiques de la politique de l'IS (par anti-communisme nous entendons non pas les critiques au stalinisme ou à la subordination des PC à l'URSS mais la tendance à considérer le communisme comme l'ennemi principal, et l'impérialisme comme un allié indispensable pour le combattre). Dans ces conditions, l'Internationale socialiste, loin de participer aux luttes anti-impérialistes du continent, apparaît comme une expression du bloc Atlantique (dont le leadership est assuré par les Etats-Unis), ce qui ne peut que limiter considérablement son influence et son pouvoir d'attraction. La passivité de l'IS face à des événements tels que l'invasion du Guatemala par une armée mercenaire à la solde des Etats-Unis pour renverser le régime nationaliste-progressiste de Jacobo Arbenz (1954) illustre bien ce problème.

En réalité, à cette époque, l'activité de l'IS en direction de l'Amérique latine est des plus limitée ; tout se passe comme si sa direction considérait tactiquement le continent latino-américain comme « zone d'influence » des Etats-Unis ou, plus precisement, de leurs organisations politiques et syndicales les plus démocratiques : l'aile libérale du Parti démocrate, l'AFL-CIO ou, secondairement, le Parti socialdemocrate des Etats-Unis (Norman Thompson), a lepoque tres proche du Département d'Etat. Dans la mesure où les divergences entre lIS et la politique nord-américaine étaient mineures, il est compréhensible que la social-démocratie européenne n'ait pas considéré nécessaire de développer une intense activité propre en direction des pays latino-américains.

C'est à la demande des partis socialistes argentins et uruguayens que fut décidée, en 1955, la constitution d'un secrétariat latino-américain de l'Internationale socialiste dont le responsable etait a l'époque le socialiste uruguayen Humberto Maiztegui ; mais, significativement, il fut alors établi qu'il n'était pas nécessaire d'adhérer à l'IS pour s'affilier au secrétariat. Le Parti socialiste populaire (alors une des fractions du PS chilien) accepta de participer au Comité consultatif du secrétariat et assista à ses réunions. Mais cette structure eût finalement une existence éphémère. Les exigences de l'anti-communisme officiel de l'IS conduisirent à sa dissolution de fait en 1961 : la direction de Internationale ne pouvait accepter la collaboration avec un parti, le PS chilien, qui venait de s'allier au PC dans le cadre du FRAP (Frente de accion popular) dont le candidat à la présidence allait être Salvador Allende 4. . Cet épisode permet de mieux comprendre pourquoi I Internationale socialiste n'a pas réussi au cours des trois decennies posterieures à la Seconde Guerre mondiale à établir une influence organique significative au-delà de ses organisations traditionnelles d'Argentine et d'Uruguay : ses préoccupations et obsessions avaient peu à voir avec celles des masses travailleuses du continent, attirées au Brésil, au Chili, en Bolivie, au Guatemala et même en Argentine par les partis et courants qui levaient le drapeau de la liberation nationale et du combat contre l'imperialisme yankee. L'échec de l'IS illustrait simplement l'impossibilité d'ancrer au sein de la classe ouvriere latino-americaine un courant n'ayant pas l'anti-impérialisme, la lutte contre la domination des monopoles étrangers et contre la politique des Etats-Unis au Sud du Rio Grande, comme l'un de ses axes fondamentaux.

La révolution cubaine a contribué, à partir des années 1959-1961, à placer, plus que jamais auparavant, l'anti-impérialisme au cœur de la mobilisation populaire a travers le continent. Comme révolution socialiste menee par une direction non-stalinienne (independante de Moscou), son impact fut considerable jusque dans les bases ouvrières et jeunes des deux partis qui restaient liés à l'Internationale socialiste : l'argentin et l'uruguayen. Nombre de leurs militants seront attirés par le castrisme, ce qui provoquera une série de scissions et ruptures. En Argentine, le parti socialiste se divise en quatre ou cinq organisations distinctes ; en Uruguay, le PS rompt avec l'Internationale socialiste en 1962 et connait peu après une crise qui mène à sa division en quatre secteurs rivaux (un jeune dirigeant syndical socialiste, Raul Sendic, fondera quelques années plus tard le Mouvement Tupamaro). Avec la fragmentation complete du socialisme argentin et la désaffiliation de l'uruguayen (qui se rapproche de Cuba et s'allie aux communistes) la trajectoire de l'Internationale socialiste en Amérique latine paraissait devoir être arrivée à sa fin. En réalité, ce qui disparaît alors est un type de courant social-démocrate latino-américain, inspiré par Juan B. Justo, d'orientation et de doctrine « européennes », hostiles à toute forme d'alliance avec les communistes, peu sensibles aux revendications anti-impérialistes et pour l'essentiel, limités dans son extension aux pays du Rio de la Plata.

A partir du milieu des années soixante-dix, ce n'est donc pas tant à une renaissance, mais à un développement nouveau, sans précédent, de l'Internationale socialiste en Amérique latine auquel on assiste.

Un nombre important de partis et mouvements, certains d'entre eux jouissant d'une large base populaire et jouant un rôle politique essentiel dans leur pays ont noué des liens, se sont associés ou même affiliés à l'Internationale socialiste. Parmi les affiliés, relevons le Parti de la gauche démocratique d'Equateur, le Parti socialiste démocratique du Guatemala, le Parti travailliste de la Barbade, le Parti radical chilien, le Parti de libération nationale du Costa-Rica, le Parti révolutionnaire dominicain, le Parti national du peuple de Jamaïque, Action démocratique (Vénézuela) et le Parti Fébrériste révolutionnaire du Paraguay. De plus ont établi des relations régulières et plus ou moins formelles avec l'Internationale socialiste ou ont participé à des réunions formelles organisées par ses soins, les partis et organisations suivants: Mouvement nationaliste révolutionnaire de gauche (MNRI) et Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) de Bolivie, New Jewel Movement de Grenade, Front sandiniste de libération nationale (FSLN) du Nicaragua, Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) du Mexique, Union civique radicale et Mouvement péroniste Montonero d'Argentine, Parti socialiste (PS) du Chili, Parti social-démocrate et Mouvement indépendant démocratique de Panama, Alliance populaire révolutionnaire américaine (APRA) du Pérou, Parti indépendantiste de Puerto-Rico S

Il est évident que cette dernière catégorie est des plus hétérogènes : il y a peu en commun, par exemple, entre le FSLN nicaraguayen et l'UCR argentine... Il est clair, de plus que les liens entre ces différents mouvements et partis et l'IS sont de nature parfois très différente, se limitant même dans certains cas à une relation « diplomatique » sans véritable engagement politique, idéologique ou organisationnel.

Il est néanmoins indiscutable que l'Internationale socialiste est aujourd'hui une force politique puissante, influente et active sur la scène politique du continent.

C'est à partir de la réunion de partis politiques européens et latino-américains de Caracas (1976) puis à l'occasion des grandes réunions internationales de Vancouver (1978) et Saint-Domingue (1980) que s'est tissé l'ample réseau de relations sur la base duquel s'est constituée la zone d'influence de l'IS en Amérique latine.

Le changement d'orientation ayant permis ce développement s'est véritablement cristallisé lors du congrès de Genève de l'Internationale socialiste (1976) au cours duquel Willy Brandt fut élu président. C'est alors qu'a véritablement débuté ce que l'IS, dans ses documents officiels, appelle son « offensive vers le tiers monde » dont les initiatives en direction de l'Amérique latine constituent l'un des axes principaux, sinon l'axe principal

La réunion de Caracas d'avril 1976, organisée localement par l'Action démocratique et Carlos Andrés Perez, déjà à l'époque président du Vénézuela, réunissait des personnalités européennes, parmi lesquelles Willy Brandt, Mario Soares, Michel Rocard, Bruno Kreisky, et des dirigeants latino-américains tels que Haya de la Torre (APRA), Dudley Thompson (PNP de Jamaïque), Munoz Ledo (PRI mexicain), Ricardo Balbin (UCR argentine), etc. Intitulée Réunion de dirigeants politiques d'Europe et d'Amérique pour la solidarité démocratique internationale, elle n'avait aucun lien formel avec l'Internationale socialiste. La déclaration finale, très générale, parle d'une « action concertée en faveur de la paix, de la justice sociale, de la liberté et de la solidarité internationale ». Mais certains certains des discours prononcés insistent sur la nécessité pour la social-démocratie de rompre avec l'esprit de la guerre froide et l'anti-communisme et d'identifiel clairement en l'impérialisme l'ennemi principal '

Deux ans plus tard, à Vancouver (mars 1978), il s'agit cette fois d'une réunion officielle (congrès) de l'IS. Y participent, outre les organisations européennes membres de celle-ci, vingt-neuf organisations latino-américaines parmi lesquelles le FSLN nicaraguayen. A l'initiative des sociaux-démocrates suédois fut alors créé un « groupe de travail » sur l'Amérique latine présidé par le jamaïcain Michael Manley (alors Premier ministre) et dont le secrétariat était assuré par Franscisco Pena Gomez du PRD dominicain. Il semble qu'à cette occasion, il y ait eu serieuse lutte d'influence entre les sociaux-démocrates suédois et le SPD allemand plus proche d'organisations comme le PLN du Costa-Rica ou l'AD du Vénézuela

Peu de temps après la tenue du congrès de Vancouver eurent lieu des élections en République dominicaine desquelles le PRD sortit victorieux. L'intervention de I'IS (notamment auprès des Etats-Unis) fut décisive pour éviter un coup d'Etat militaire et garantir l'accession à la présidence d'Antonio Guzman. Son prestige à travers le continent s'en trouva considérablement accru.

C'est à la conférence de Saint-Domingue (mars 1980) que culmine véritablement le processus de déploiement de l'influence de l'IS en Amérique latine. Il s'agit de la « première conférence régionale de l'Internationale socialiste pour l'Amérique latine et la Caraïbe ». En plus des participants à la conférence de Vancouver sont présents le Parti libéral colombien et le New Jewel Movement de Grenade qui peuvent alors symboliser parfaitement les deux ailes extrêmes de l'espace politique que prétend occuper I'IS... Les « perspectives politiques pour le socialisme démocratique en Amérique latine et dans la Caraïbe » étaient au centre des débats. Révélatrice du changement d'orientation de l'IS fut l'invitation lancée par son secrétaire général Bernt Carlsson à Fidel Castro afin qu'il participe à la conférence en tant que president en exercice du Mouvement des pays non-alignes.

La réunion fut longuement préparée, notamment par un « atelier idéologique » réalisé par le CEDAL (Centre d'études démocratiques d'Amérique latine) proche de la Fondation Friedrich Ebert liée à la social-démocratie allemande. Cet

« atelier », réuni notamment au Costa-Rica fin 1979, avait formulé une série de recommandations pour la conférence de Saint-Domingue. Parmi celles-ci une résolution proclamant que l'objectif historique de l'IS en Amérique latine est « l'implantation du socialisme », c'est-à-dire « la socialisation pleine des moyens de production à travers la libre volonté de chaque peuple, dans le cadre de régimes démocratiques et pluralistes ».

Il est caractéristique de l'hétérogénéité politique de la conférence de SaintDomingue que cette affirmation classique du programme socialiste (même comme perspective « historique », c'est-à-dire lointaine) ne figure pas dans la déclaration finale, ou se trouvent des formulations beaucoup plus vagues et non-engagées comme : « Nous voulons une démocratie avec participation populaire; qui permette à la classe laborieuse de jouir des fruits du progrès dans un système pluraliste qui assure le plein emploi et une distribution juste de la rente. 1° » Par ailleurs, la déclaration condamne explicitement l'impérialisme, et en particulier le nouveau modèle de domination qu'il applique alors dans le Cône Sud ; mais à aucun moment cet impérialisme n'est identifié avec les Etats-Unis ou leur gouvernement...

Comment expliquer qu'un mouvement qui semblait au cours des années soixante avoir entièrement disparu du continent puisse refaire surface à la fin des années soixante-dix comme un des principaux courants politiques de l'Amérique latine ? On peut avancer plusieurs hypothèses sur les causes de ce phénomène nouveau et surprenant.

En première place, le poids et l'intérêt croissant du capital européen en Amérique latine et ses contradictions avec le capital nord-américain. Selon l'ironique expression de James Petras, « il semble difficile d echapper à la conclusion que le drapeau rose de la social-démocratie ouvre le chemin au mark vert du capital allemand ». Toutefois, J. Petras souligne que la social-démocratie suédoise, par exemple, obéit à des motivations qui ne sont pas nécessairement celles du capital suédois, ce qui lui donne une plus grande marge de manœuvre dans ses rapports avec les forces progressistes en Amérique latine " . De toutes les façons, la rivalité entre capitaux européens et nord-américains et l'intérêt de certains milieux d'affaires et groupes politiques en Amérique latine de faire contrepoids à la dépendance exclusive envers les Etats-Unis par une plus grande ouverture vers l'Europe (en terme de prêts bancaires, aide économique, transferts de technologie, etc.), a certainement contribué au développement de l'influence de la socialdémocratie européenne sur le continent latino-américaine.

Un autre tournant dans ce même contexte: la hausse historique des prix du pétrole en 1974, qui a posé avec urgence pour l'Europe et ses gouvernements social-démocrates la nécessité de trouver un langage commun avec les pays du tiers monde et en particulier de diversifier ses sources de petrole. Les premiers voyages et contacts importants de l'IS (dans sa nouvelle étape) avec l'Amérique latine se sont dirigés vers le Mexique et le Vénézuela, les deux principaux producteurs de petrole du continent...

Cependant, il serait trop mécanique de réduire le nouveau rôle de l'IS en Amérique latine simplement aux besoins du capital européen: des facteurs proprement politiques et idéologiques ne sont pas moins importants. Avec la fin de la guerre froide, la rupture entre la Chine et l'URSS, le développement du « policentrisme » dans le mouvement communiste puis l'essor de l'euro-communisme, la doctrine, l'attitude, les formes de penser et de sentir des cadres de l'IS commencèrent à changer petit à petit, créant progressivement les conditions pour une orientation propre, distincte de celle du Département d'Etat (même si elle reste dans les limites de la « défense du monde libre »). Le coup militaire contre Salvador Allende va cristalliser les divergences avec la politique nord-américaine (clairement alignée avec Pinochet à ce moment) et stimuler ce développement autonome.

C'est à partir de cette époque que va être mise en œuvre progressivement l'ainsi nommée « offensive » de l'IS vers l'Amérique latine, en vue de la création d'un champ politique et d'un réseau de relations spécifiques, en rivalité avec le gouvernement nord-américain et ses alliés syndicaux (AFL-CIO, ORIT) : intensification des activités de la Fondation Friedrich Ebert (liée au SPD allemand) et ses associés dans le continent, l'Institut latino-américain de recherches sociales (ILDIS), le Centre d'études démocratiques sur l'Amérique latine (CEDAL), etc., voyages répétés des dirigeants de l'IS, multiplication des réunions avec des partis latinoaméricains, conférences régionales, etc. Fait partie de cette « offensive » aussi un changement d'attitude envers Cuba, qui se manifeste surtout dans l'orientation de la social-democratie suédoise, qui est toutefois loin d'être partagée par l'ensemble des forces de l'IS en Europe et/ou en Amérique latine '2 . Evidemment, la socialdémocratie européenne (même si elle est plus homogène que sa zone d'influence latino-américaine) ne constitue aucunement un bloc monolythique, et nous trouvons en son sein les attitudes les plus diverses envers l'Amérique latine, depuis l'atlantisme et la préoccupation pour les intérêts du capital européen chez le courant le plus modéré (et le plus proche des milieux d'affaires) jusqu'à la solidarité active avec les luttes anti-impérialistes et révolutionnaires dans le continent, de la part des secteurs les plus radicaux, de tendance marxiste ; des positions diverses et même contradictoires sont défendues par les différents partis et existent même au sein de chaque parti social-démocrate européen. De ce point de vue, on peut décéler une curieuse analogie entre la radicalisation de l'IS et celle de (certains secteur de) l'Eglise en Amérique latine : dans les deux cas des institutions qui faisaient de l'anti-communisme l'axe de leur action politique ont évolué vers des positions plus ouvertes, allant parfois jusqu'à soutenir des mouvements révolutionnaires; dans les deux cas on trouve une gamme de conceptions très large et hétérogène, avec une prédominence du réformisme social.

Mais ces initiatives et activités intenses de l'IS n'auraient produit des résultats aussi importants s'il n'existait aussi un intérêt croissant de la part des différentes forces politiques latino-américaines ; les motivations de leur rapprochement à l'IS sont les plus diverses : pour les mouvements de type anti-impérialistes (proches de Cuba), il s'agissait, avant tout, de la volonté de diversifier leurs sources de soutien économique et politique, pour ne pas rester dans une situation de dépendance exclusive envers l'Union soviétique; pour les partis les plus modérés ce fut l'impressionant développement électoral de la social-démocratie européenne au cours des dernières années (en particulier dans la péninsule ibérique, liée à l'Amérique latine par des liens culturels traditionnels) qui a motivé le tournant vers TIS.

Toutes les explications économiques, idéologiques et politiques que nous avons mentionnées jusqu'ici sont importantes pour rendre compte du spectaculaire essor de l'IS au sud du Rio Grande, mais il est impossible de comprendre le phénomène si l'on ne le situe pas dans un contexte plus large : il s'agit en réalité d'un processus historico-mondial : le développement rapide et massif de la social-démocratie dans divers pays et/ou le rapprochement à la social-démocratie de courants politiques de natures diverses provoque un changement substantiel dans le système de représentation politique à l'échelle internationale.

Comme résultat simultané de la double crise du système capitaliste mondial et de l'ainsi nommé « socialisme réellement existant », s'est ouvert une nouvelle conjoncture historique. Un certain espace politique s'est ouvert pour une critique révolutionnaire du capitalisme et de la bureaucratie stalinienne, mais face à la faiblesse des courants révolutionnaires, le principal beneficiaire de cette double crise a été la social-démocratie — sous condition, bien sûr, d'un certain renouveau et du changement des vieilles equipes dirigeantes et des anciennes doctrines trop marqués par le climat de la guerre froide. La manifestation la plus importante de ce renforcement surprenant de la social-démocratie a eu lieu a partir des annees soixante-dix en Europe du Sud, dans des pays où les parties communistes avaient une solide implantation et une large tradition ; on a ainsi assité à la « renaissance » de partis social-démocrates qui avaient connu un fort déclin (France), à leur développement massif là où ils étaient très faibles (Espagne) ou presque inexistants (Portugal), et même à l'aspparition de partie socialistes nouveaux (comme le PASOK grec, mais il s'agit d'un cas un peu particulier). Mais ce processus ne se limite pas au développement et essor des partis de l'IS dans certains pays : elle prend aussi la forme de social-démocratisation - au moins partielle - d'autres forces politiques. C'est la cas de la social-démocratisation croissante de certains partis communistes, comme le PC italien, qui envisage de changer de nom et d'adherer a l'IS, et, plus récemment, comme certains partis (ou du moins des courants en leur sein) au pouvoir en Europe de l'Est (notamment en Hongrie).

En Amérique latine, le processus mondial de social-démocratisation de la scène politique a pris des formes différentes de celles qu'on a vu à l'œuvre en Europe : il n'y a pas eu de renaissance (en Argentine par exemple) ou d'apparition de partis authentiquement social-démocrates dans le continent, ni un rapprochement de partis communistes à la social-démocratie. Ce qui s'est produit furent deux processus de caractère très distinct, à travers lesquels se sont mis en rapport avec l'IS des groupes situées à sa « droite » et à sa « gauche » (pour utiliser une terminologie classique) mais qui ne sont pas - ni les uns ni les autres - de nature reellement social-démocrate : a) par la gauche, ont des liens avec l'IS (sans s'affilier) des mouvements de nature anti-impérialiste et anti-capitaliste, partisans de la lutte armée et ayant des affinités idéologiques avec la révolution cubaine : le FSLN du Nicaragua, le FDCR du Guatemala (ainsi que, à l'époque de son éphémère pouvoir, le New Jewel Movement de la Grenade) ; b) par la droite se sont rapprochés - et même affiliés - à l'IS des partis et courants traditionnels, de type populiste, que depuis des decades font partie intégrale de l'ordre établi en Amérique latine: AD (Accion democratica) du Vénézuela, l'APRA du Pérou, le PLN (Parti de libération nationale) du Costa Rica, etc.

Ce dernier phénomène est sans doute celui qui a le plus grand poids politique dans l'actuelle composition du champ de l'IS en Amérique latine. Il nous semble important, pour comprendre ce processus, de souligner que ces partis ne sont pas (ou pour le moins n'étaient pas jusqu'ici) des authentiques partis social-démocrates.

Le « type idéal » (au sens de la sociologie wébérienne) de la social-démocratie présente les caractéristiques suivantes : un parti d'origine et base sociale ouvrière, organiquement lié aux syndicats, avec une référence doctrinaire essentielle au socialisme comme finalité historique, comportant en son sein des courants minoritaires de gauche, de tendance marxiste ; un parti qui a une politique concrète de « gestion réformiste » du capitalisme, d'inspiration keynésienne, et qui a une orientation internationale de défense du « monde libre » ; sa structure et fonctionnement sont de type bureaucratique-rationnel, et leur champ d'action privilégié est le parlement.

Or, le « type-idéal » de parti populiste latino-américain présente une figure assez distincte : c'est un parti pluri-classiste, qui se réclame du « peuple » en général (ou de la « nation »), avec peu ou aucune référence idéologique au socialisme (ou seulement à un hypothétique « socialisme national »), plus lié à l'appareil d'Etat qu'aux syndicats, et dont les milieux dirigeants, originaires des classes moyennes, ont des rapports plus ou moins directs avec les classes patronales. Il s'agit en outre de partis qui articulent, dans leur système de legitimite politique, des éléments traditionnels (clientélisme), bureaucratiques et charismatiques (caudillisme) ; une fois au pouvoir ils privilégient le pouvoir exécutif et les formes autoritaires de dominations, en les combinant avec les formes légales représentatives.

Bien évidemment, dans la réalité empirique du continent les frontières sont moins précises, et la distinction devient parfois difficile, dans le mesure où apparaissent des structures à caractère « hybride ».

Pendant leur première période, généralement au cours des années trente ou quarante, quelques-uns de ces partis populistes ont eu une orientation anti-impérialiste (dans certaines limites) ; mais au cours de la guerre froide ils vont souvent perdre cette dimension et se réconcilier avec les USA (un exemple typique de ce changement: l'APRA péruvien sous la direction de Haya de la Torre). Dans les années cinquante et soixante, plusieurs de ces partis dit « populaires » vont établir des liens privilégiés avec certains milieux nord-américains : l'ORIT, l'AFL-CIO, le Parti démocrate, le Département d'Etat et parfois... la CIA. Par exemple, il est assez connu et documenté que l'Ecole interaméricaine d'éducation démocratique, fondée en 1959 au Costa-Rica par Jose Figureres, du PLN, recevait des subsisdes de la CIA. Il y avait sans doute des exceptions, comme le Parti travailliste brésilien (PTB), qui persistait à maintenir des liens avec le Parti communiste et qui était par conséquent exclu de cette connexion ; le même vaut, pour d'autres raisons, pour le péronisme et dans une certaine mesure pour le PRI (Parti révolutionnaire institutionnel) mexicain.

La révolution cubaine a provoqué une crise assez profonde dans divers partis de ce courant, produisant des luttes internes, des scissions de gauche, etc. D'autre part, le développement même du continent, la « modernisation » de la lutte des classes et de la vie politique, la radicalisation des couches moyennes (comme résultat de la semi-prolétarisation de la force de travail intellectuelle) ont conduit à un certain épuisement du modèle politique et de l'idéologie populistes, obligeant ces partis à chercher une nouvelle forme de légitimité. Il faut ajouter que la politique du gouvernement Nixon, en favorisant ouvertement les dictatures militaires, a obligé ces partis à chercher un nouveau système d'alliances internationales, ce qui a conduit au rapprochement à la social-démocratie européenne.

On arrive ainsi, à partir du milieu des années soixante-dix à un processus de social-démocratisation partielle des partis populistes, qui a pris des formes distinctes dans chaque pays et qui se poursuit encore aujourd'hui. Quelques-uns peuvent éventuellement être considérés comme hybrides « social-populistes », exerçant une double fonction populiste/social-démocrate dans le système politique national ; pour d'autres le lien avec la social-démocratie est plus « diplomatique », superficiel ou réthorique, sans impliquer aucun changement dans leur nature social ou politique.

Il échappe aux limites de cet article une analyse de la politique qu'ont mené au gouvernement, au cours des dernières années, ces partis associés à l'IS ; il s'agit dans la plupart des cas de la mise en pratique des orientations du FMI - chômage, blocage des salaires, compression des dépenses sociales - provoquant parfois (République dominicaine, Argentine, Vénézuéla) de véritables émeutes de la faim. Comme l'observait récemment Jean-Pierre Clerc, journaliste au Monde, on assiste au cours des dernières années en Amérique latine à « un phénomène somme toute stupéfiant: les rapides progrès de cette vague néolibérale lancée à travers tout le sous-continent par des chefs d'Etat issus de partis pourtant réputés progressistes, voire révolutionnaires : le Bolivien Paz Estensoro en 1985, les Mexicains Miguel de la Madrid en 1986 puis Carlos Salinas depuis la fin de 1988, et tout récemment, le Vénézuélien Carlos Andres Perez et l'Argentin Carlos Menem. » La population ne semble pas croire aux résultats positifs des restructurations économiques en cours : « Il est vrai que, pour un bénéfice seulement escompté, celles-ci s'accompagnent inévitablement de mesures d'austérité aux effets immediats, et ce alors que les populations se sont, depuis huit ans, déjà beaucoup serré la ceinture au fil de "plans de stabilisation" successifs, "orthodoxes" ou non, mais tous également infructueux. Cette inappétence du latino-Américain de la rue pour tout ce qui ressemble au capitalisme est si connue des politiciens que ceux-ci ont pris le parti de se faire élire sur des programmes populistes avant de lancer, le plus discrètement possible, des réformes restaurant l'économie de marché ! Le cas le plus récent, qui a clairement attiré l'attention sur ce phénomène est celui de M. Carlos Menem en Argentine.

C'est peut-être cette « inappétence » des masses populaires pour le capitalisme qui explique l'émergence en Amérique latine au cours des dernières années, de partis ou mouvements ouvriers et socialistes nouveaux, avec un appui populaire substantiel, assez critiques envers le « socialisme réel », mais peu attirés par la social-démocratie et TIS.

Le cas brésilien est sans doute le plus important : avec la création, en 1979, du Parti des travailleurs (PT) par l'initiative d'un groupe de dirigeants syndicaux classistes (Lula et ses camarades), avec le soutien des communautés chrétiennes de base et de certains courants de l'extrême gauche (dont les marxistes révolutionnaires brésiliens), s'est constitué, pour la première fois au Brésil, un authentique parti de classe, indépendant de l'Etat et de la bourgeoisie dite « nationale », avec un programme clairement anti-impérialiste et anti-capitaliste, et une large base ouvrière, paysanne et populaire. Parti de type nouveau, ni stalinien ni socialdémocrate ni populiste, le PT s'organise démocratiquement, « du bas vers le haut ». à partir de noyaux militants de base, cherchant à dépasser aussi bien le centralisme bureaucratique des vieux partis communistes, et le modèle traditionnel du parti électoral purement parlementaire. Il faut souligner que le PT s'est constitué en contradiction totale avec les projets de l'IS, qui a essayé de former un parti de type social-démocrate au Bresil, à travers le Parti democratique travailliste (PDT) du vieux dirigeant populiste Leonel Brizzola, ou par l'intermédiaire de la gauche du parti libéral PMDB, qui a formé récemment le Parti social-démocrate brésilien (PSDB). Tandis que l'IS négociait avec les héritiers du vieux populisme varguiste ou avec des cercles parlementaires et technocratiques sans aucune base ouvrière, surgissait de l'intérieur du mouvement ouvrier et syndical une force nouvelle qui debordait, par son radicalisme classiste, les limites du modele social-démocrate.

Dans certains pays avec une vieille tradition socialiste et/ou social-démocrate comme l'Argentine et le Chili des forces existent qui se réclament de l'Internationale socialiste, mais elles sont divisées et fragmentées. Le PS français essaie actuellement par des colloques et séminaires à Paris (juin 1989), Buenos Aires (août 1989) et à Santiago du Chili (août 1989) d'aider au regroupement des divers partis, mouvements, cercles et clubs se réclamant de la social-démocratie dans ces pays, mais il est trop tôt pour juger de l'efficacité de ces tentatives.

Pour résumer : le développement spectaculaire de l'IS en Amérique latine n'a pas produit jusqu'ici l'apparition ou le renforcement de partis de type ouvrier social-démocrate similaires à ceux qui constituent la base euorpéenne de l'Internationale socialiste. Se sont rapprochés de l'IS des organisations révolutionnaires anti-impérialistes qui n'ont rien de social-démocrate (le FSLN), ou des fronts révolutionnaires où la social-démocratie est minoritaire (FDR du Salvador, FDCR au Guatemala) ; en même temps se sont affiliés ou associés étroitement à l'IS des partis venus du traditionnel populisme latino-américain. D'autre part, sont restés en dehors du champ de l'IS des partis authentiquement ouvriers et socialistes, comme le PT brésilien, qui n'acceptent pas le cadre politique et idéologique de la social-démocratie et préfèrent rester indépendants. Cela ne suggère-t-il pas l'hypothèse que la social-démocratie est un modèle inadequat pour les réalités sociales et politiques du continent (domination impérialiste, conflits sociaux violents, forces armées toujours prêtes à intervenir) ?

Si le coup militaire contre l'Unité populaire au Chili en 1973 (soutenu par les USA) a obligé l'IS à réviser quelques-unes de ses convictions doctrinaires sur le

« monde libre », la révolution nicaraguayenne a aussi soulevé beaucoup de débats en son sein. Dans un premier moment, l'IS a soutenu le FSLN - ainsi que le FDR d'El Salvador et de Front démocratique contre la répression au Guatemala -, se solidarisant ainsi avec des forces politiques non seulement anti-dictatoriales mais aussi radicalement anti-impérialistes, avec des fronts politiques pluralistes dans lesquels les révolutionnaires de formation marxiste sont hégémoniques. C'est l'époque où le gouvernement Mitterrand soutient diplomatiquement et économiquement le Nicaragua sandiniste contre Reagan et reconnait le FDR-FMLN d'El Salvador comme « force belligérante ». Cette position est partagée par certains partis de l'IS (les suédois) mais rejetée par d'autres comme le PS portuguais, dont le dirigeant Mario Soares est pratiquement aligné sur la politique de Reagan. Les mêmes divisions se retrouvent en Amérique latine, avec le PRI mexicain du côté du PS français et le PLN du Costa-Rica plutôt opposé. Le consensus finira par se faire sur une orientation « moyenne » - illustrée par Felipe Gonzales - qui se limite à prôner la négociation entre le FSLN et la Contra, ou le FDR-FMLN et le gouvernement du Salvador et ne soutient plus les forces révolutionnaires et anti-impérialistes de l'Amérique centrale.

1. Juan B. Justo, Téoria y practica de la historia, 1909, éd. Libera, Buenos Aires, 1969, p. 485-486. A la conférence socialiste de Berne, en 1919, Juan B. Justo va défendre le libre-échange et « l'unification économique du monde » (capitaliste). Voir J. B. Justo, « Despues de la guerra », Internacionalismo y patria, éd. La Vanguardia, Buenos Aires, 1933, p. 27.

2. Juan B. Justo, Teoria y practica de la historia, p. 135-139. Ces orientations de Justo sont combattues au sein du socialisme latino-américain par le courant révolutionnaire représenté par Luis E. Recabarren.

3. Voir Julio Cesar Jobet, El partido socialista de Chile, 3A édition. Prensa latinoamericana, Santiago, 1971, p. 118. Il faut ajouter que la III° Internationale est sévèrement critiquée dans ce document.

4. Voir Victor Alba, Historia del movimiento obrero en America latina, éd. Libreros Mexicanos Unidos, Mexico, 1964, p. 119 : « En 196l, après une visite en Amérique latine de Morgan Philips du Parti travailliste britannique, l'Internationale socialiste interrompit la publication du Bulletin du secrétariat latino-américain de l'Internationale socialiste. Le secrétariat avait accepté des partis qui rompaient avec les principes de l'Internationale et signaient des accords avec les communistes (comme le Parti socialiste populaire du Chili). »

5. Cf. le Monde diplomatique, juin 1980, p. 16.

6. Voir déclaration de Santo Domingo dans Nueva Sociedad, mars-avril 1980, p. 167.

7. Nueva Sociedad, n° 24, mai-juin 1976.

8. Voir J. Petras, « La social-démocratie en Amérique latine », le Monde diplomatique, juin 1980, p. 17.

9. Nueva Sociedad, n° 46, janvier-février 1980, p. 160. lad ned Domingo vier 19 Sociedad, n° 47, mars-avil 1980. p. 168.

11. J. Petras, op. cit., p. 15.

12. Voir par exemple le vibrant hommage a Cuba de Pierre Schori, secrétaire général du Parti social-démocrate de Suède, dans Nueva Sociedad, n° 52, janvier-février 1981 : « Cuba a fait ce qu'aucun autre pays du continent n'avait osé : défier le géant de l'hémisphère et survivre. Aux yeux des latino-americains, cela est une prouesse qui a les mêmes proportions historiques que les victoires de Bolivar et des autres rebelles contre le colonia- lisme européen du passé. Fidel Castro, Che Guevara et Camilo Cienfuegos font partie

13. Jean-Pierre Clerc, « Tentation néolibérale en Amérique latine», le Monde, 11 novembre 1989, p. 32.

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