Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 34

La question nationale dans l'Etat espagnol

Quatrième Internationale, n° 34 · août-octobre 1989 · p. 65-90 · 13 075 mots

In English: The National Question in the Spanish State — Document of the LCR, Spanish State (International Marxist Review Vol. 5, No. 1 (No. 10), Summer 1990).

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Au mois de mai dernier, la LOR de l'Etat espagnol a tenu son congrès. Elle a adopté, entre autres, un rapport et des thèses sur la question nationale. qui représentent son élaboration la plus sistémalique à ce jour sur ce sujet. Vous publions ici presque intégralement ces dentrestes (sauf un chapitre du rapport, consacré aux problèmes de l'intégration dans L'OTAN et la CEE). Les titres sont de la rédaction.

1. Au cinq centième anniversaire de l'unification des royaumes hispaniques qui donna naissance à l'un des Etats européens les plus précoces et les plus puissants.

cet Etat s avere etre l'un de ceux qui ont le plus de problemes en ce qui concerne leur unité. C'est l'aboutissement d'un long processus historique. L'unification sous les rois catholiques regroupa des royaumes qui avaient deja acquis une forte conscience de leur personnalité. Avec des formules unitaires qui dans certains cas respectaient les particularités et qui avaient été imposées sous la suprématie de la Castille. l'unification impliqua aussi l'exclusion de la dissidence religieuse (juifs. morisques). Timposition du castillan. instrument de l'empire. et la mise sur pied de l'Inquisition castillane comme élément de cohésion. La formation et le développement de l'empire apparurent comme une confirmation évidente de la force de l'unité hispanique. Mais ils amenérent rapidement à la première crise importante de cette unité. En 1640. moins d'un siecle et demi apres l'unité entre la Castille et l'Aragon (moins de quatre generations) eclaterent des guerres de secession qui provoquerent la separation temporaire de la Catalogne (et son lien avec la France) et celle definitive du Portugal. La même année qui vit le début de la révolution anglaise et presque un demi-siécle après l'indépendance de fait des Pays-Bas. la décadence de l'empire était évidente. aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur. Cette décadence ne cessa de s'approfondir pendant une longue période en éclatant à nouveau violemment lors de la guerre de succession de 1700-1714. juste au moment où des Etats comme les Pays-Bas. l'Angleterre et la France. qui reflétaient la montee politique de la bourgeoisie. se renforçaient. Dans les territoires hispaniques. les bénéfices provenant de l'Amérique n'avaient pas été investis dans un sens capitaliste et les embryons d'une bourgeoisie avaient été pratiquement détruits. Ainsi. la centralisation excessive et violente imposée par les Bourbons espagnols ne pouvait avoir les mèmes effets que dans un pays comme la France. parce que les bases économiques et matérielles étaient trés différentes. En l'absence d'un développement capitaliste. il y avait un renforcement de l'Etat et une hypercentralisation de même qu'une persistance accentuée des particularités des anciens royaumes. Toutefois. la décadence fut inégale. comme la montée qui avait amené à l'unité. La Catalogne. le pays valencien et d'autres peuples de la périphérie mediterraneenne subirent moins serieusement les effets de la crise et purent réaliser une renaissance économique et matérielle à partir du xviii siecle.

Une faillite historique

2. Contrairement au siècle précédent. le xvill siècle ne fut marqué par aucune crise grave de lunite. Une plus grande communaute d'interets fut realisee. du moins en ce qui concerne les classe dominantes. La pretendue « guerre de l'indépendance » montra qu'aucune volonté de séparation n'existait non plus chez le peuple. même si le vieux particularisme des anciens royaumes n'avait pas disparu et était difficilement intégrable dans un Etat très centralisé. La monarchie des premiers Bourbons réussit à gagner la bourgeoisie des provinces en favorisant l'acces aux bénéfices coloniaux. le commerce. les investissements de capitaux dans l'industrie. une confiscation très partielle des biens de l'Eglise. etc. Il s'agissait de mesures tres limitées et adoptées avec beaucoup de retard. mais qui posaient la question de savoir s'il était possible de consolider le projet d'une Espagne comme Etat-nation et si l'Espagne serait en condition de s'insérer dans le mode de production capitaliste naissant. dont la première onde longue d'expansion se produisait en Europe à partir de la dernière décennie du vint siècle et jusqu'au premier quart du XIx* siécle. La conclusion de la guerre contre l'invasion napoléonienne provoqua. d'une part. la crise irréversible de l'ancien régime et renforça. d'autre part. la monarchie absolutiste. dont la fonction politique était d'éviter ou de retarder sa propre disparition. En même temps. la guerre avait frappé sérieusement les bases économiques et révélé la faiblesse et la timidite de la bourgeoisie. qui avait peur du peuple et était encline au compromis avec le pouvoir (une attitude tout à fait opposée à celle de la bourgeoisie révolutionnaire française de la même époque).

3. Les premières soixante-quinze années du N* siécle furent marquées par cette timidité et ce compromis. sanctionnées définitivement par la Restauration. Cette évolution se produisit à la suite de toute une série d'événements politiques. dont les plus significatifs furent les guerres carlistes' et l'éclatement federal de la première Republique. La fraction carliste représentait ceux qui voulaient defendre l'ancien régime tout en maintenant des liens avec les intéréts d'une partie importante de la population rurale qui. à la suite de la politique de confiscation de biens ecclésiastiques et communaux. transférés à la noblesse terrienne ou à la bourgeoisie, avait été privée de ses sources de vie. C'est pourquoi des secteurs populaires importants choisirent de défendre l'ancien régime symbolise par le carlisme et furent épaulés par une partie importante du clerge (ordres religieux) qui s'érigea en défenseur de la tradition et de ses privilèges. en developpant une conscience de communauté specifique face à la modernisation libérale. En Euzkadi. le carlisme fut capable d'attirer. grace à une forte conscience de communauté spécifique. la majorité des classes populaires rurales. qui étaient menacées par le développement bourgeois et aux yeux desquelles les fueros (forums) apparaissaient comme des instruments utiles de défense collective. Pour gagner la guerre. la monarchie fut obligée de se tourner vers la bourgeoisie. La proclamation de la République. avec l'explosion du fédéralisme et ensuite du cantonalisme. fit apparaitre de nouveau la faiblesse extrême de l'unité espagnole. Mais elle fut marquée également par les revendications sociales et l'action indépendante du mouvement ouvrier. La majorité de la bourgeoisie eut encore plus peur du peuple et realisa une alliance de longue haleine avec la monarchie. En même temps. l'armée devint définitivement réactionnaire (en mettant fin à l'époque des pronunciamientos progressistes) et consolida son idéologie profondément centraliste. en identifiant ordre social et unité espagnole. Cette armée s'était forgée dans la répression contre la sécession des colonies. les territoires contrôlés par les carlistes et les tentatives federalistes de la Première République . De l'époque des pronunciamientos. elle garda quand même son caractère de force politique visant à imposer ses conceptions à l'Etat. y compris par des actions autonomes. L'Etat de la Restauration peut être deja considéré comme un Etat bourgeois : ses traits essentiels subsisterent jusqu'a la Deuxième République et certains d'entre eux marquérent aussi les formes étatiques ultérieures. L'une de ses caractéristiques fondamentales fut de chercher à sauvegarder la faible unité espagnole par un developpement excessif de l'appareil d'Etat et de ses traits centralistes et répressifs. Le demi-siècle suivant apportera la preuve de son échec.

4. En depit de la succession de crises politiques pendant les trois premiers quarts du xix" siecle. le capitalisme se développa (surtout sous l'impulsion de l'onde montante de la première révolution industrielle. liée à l'introduction de la machine à vapeur). même si ce développement fut arriéré et énormément inégal. ce qui amena à une économie dualiste et subordonnée aux pays européens industrialisés. Seule la Catalogne connut un processus classique d'accumulation primitive du capital en partant de la capitalisation des rentes foncières au xvill siecle. Ce processus se traduisit par une révolution industrielle sous forme de création d'industries de consommation (notamment textiles) de taille moyenne et à capital national. Le marché naturel de ces marchandises était représenté par les régions agraires du reste de l'Espagne. dont certaines tendaient à se transformer en des zones subordonnees, similaires à celles de la majorite des pays europeens avant la première révolution industrielle (avec des phénomènes d'échange inégal. l'existence d'une main-d'œuvre de réserve sous-employée. etc.). L'industrie catalane. relativement arriérée. avait besoin. en premier lieu. d'une protection face aux marchandises industrielles européennes : en deuxième lieu. d'un marché intérieur en expansion : et en troisième lieu, de conditions préférentielles pour conquérir de nouveaux marches extérieurs. Bref. elle avait besoin que la bourgeoisie catalane joue un róle hégémonique dans l'Etat : ce fut sa prétention et sa bataille politique jusqu'à la fin du siècle. C"est l'étape dite régionaliste-protectionniste où la bourgeoisie catalane. à la tête de l'ensemble du pays. s'efforça de combiner la conscience catalane en tant que personnalité specifique et l'unité espagnole (qu'elle aspirait à diriger). La Catalogne était la patrie. l'Espagne la nation. Paradoxalement. les régions agraires et arriérées représentaient l'immense majorité et les classes dominantes liées à cette structure productive (propriétaires fonciers. bourgeoisie agraire. commerciale et financiere ) etaient hegemoniques dans | Etat. La confiscation avait ajouté de nouveaux latifundia à ceux de la noblesse et entravait le processus d'accumulation primitive. l'industrialisation et l'expansion du marché. Mais l'alliance entre les propriétaires fonciers et les financiers. qui contrólait l'Etat. pouvait tirer des avantages directs d'une politique conciliant exportation de produits agricoles et pénétration capitaliste etrangère dans des secteurs aussi décisifs que les mines (dont la production était exportée à l'état brut) et les chemins de fer. y compris au risque de s'acheminer vers une économie dépendante. Le cadre était complexe: d'un côté. les classes dominantes de l'Etat favorisaient une économie arriérée et dépendante : de l'autre. la révolution industrielle gagnait en Catalogne. mais la bourgeoisie était exclue de la direction de l'Etat. L'évolution ne fut pas linéaire non plus. La bourgeoisie catalane n'a jamais réussi à devenir une force hégémonique au niveau de l'Etat. mais elle a obtenu une protection suffisante pour consolider son industrie. L'économie restait. en général. arrieree. mais | Etat espagnol reagissait suffisamment pour eviter de devenir un pays semi-colonial. Il a été fondamental pour lui que. dans le laps de temps allant jusqu'à la consolidation de la phase impérialiste du capitalisme. il y a eu l'essor industriel basque (grace au fait que les profits provenant de l'exploitation du fer avaient été investis dans la construction d'une industrie sidérurgique moderne. en donnant une impulsion au développement industriel en Biscaye et Guipuzcoa). Le secteur fondamental de l'industrialisation basque était le produit d'une très considerable et rapide accumulation du capital. qui donnait naissance à des banques puissantes et à de grandes industries qui avaient besoin de la protection de l'Etat et dépendaient de son activité économique. C'est sur cette base que s'est réalisée T'alliance entre les vieilles classes hegemoniques de l'Etat de la Restauration et la nouvelle grande bourgeoisie financière et industrielle. dans le but de concrétiser des projets industriels non seulement en Euzkadi. mais. plus généralement. dans tout l'Etat espagnol. Toutefois, le grand capital basque a acquis une influence dans l'Etat non en tant que représentant de l'ensemble des classes industrielles basques (encore moins de l'ensemble du peuple), mais en son propre nom. et il est devenu espagnol des le debut. Par ailleurs. le processus d'industralisation et les effets de la deuxième révolution technologique n'ont pas touché l'Etat espagnol d'une façon homogène. mais ont été. encore une fois. géographiquement limités. Au debut du siecle on pouvait donc continuer à parler d'une économie dualiste. avec désormais. il est vrai. deux poles principaux : la Catalogne et une partie d'Euzkadi. Ce développement inégal devait jouer un róle important dans la naissance des nationalismes modernes.

5. L'histoire de la Catalogne avait été caractérisée par des manifestations multiples de sa personnalité propre et par des conflits avec l'Espagne. Mais son developpement capitaliste pendant la première révolution industrielle a provoque une contradiction tres aiguë avec la structure agraire du reste de l'Espagne. Au début. la bourgeoisie catalane. qui agissait comme représentante du pays dans son ensemble. conciliait l'affirmation de la spécificité catalane avec le projet de transformation de la « nation espagnole » toute entière. Quelques années après la Restauration. cette même bourgeoisie. exclue de la direction de l'Etat espagnol. s'est repliée en Catalogne. est devenue nationaliste et a consolide la direction de la bourgeoisie sur un large bloc social catalan. Cela jusqu'au moment ou l'accroissement des contradictions sociales internes et les menaces provenant d'un mouvement ouvrier avec de fortes tendances révolutionnaires l'ont poussée dans les bras de l'Etat espagnol. et ce définitivement à partir de 1917. Toutefois. la conscience nationale que la bourgeoisie avait contribué dans une mesure considérable à créer. était independante de sa volonté. Sa défection a été considérée comme une trahison et le drapeau de la lutte nationale est passé aux mains de la petite bourgeoisie dans un processus consolide par la victoire de Macia en 1931* L'idéologie espagnoliste moderne s'est formée parallélement au nationalisme catalan avec des rythmes acceleres apres la perte des dernieres colonies en 1898 en ayant comme trait essentiel son anticatalanisme. Il existait. toutefois. une différence importante entre les deux nationalismes. au-delà du fait que l'un représentait les valeurs d'une société industrielle et l'autre celles d'une société agraire et arriérée: l'idéologie espagnoliste - qui admettait. si nécessaire. le recours à la force - niait le droit d'exister à la nation catalane : elle était l'expression d'un nationalisme oppresseur. A partir de l'affirmation majoritaire de la nationalité catalane. l'Espagne en tant qu'Etat-nation devenait un échec historique Quelques années plus tard. cette conclusion était ratifiée par Euzkadi.

La crise après la première guerre mondiale

6. Dans le passé. Euzkadi avait exprimé à plusieurs reprises sa réalité de communaute specifique (la dernière fois ce fut pendant les guerres carlistes). Mais les effets de la deuxieme révolution industrielle ont transformé d'une façon radicale et brutale la structure économique et sociale de la Biscaye d'abord et ensuite de Guipuzcoa, en donnant naissance à la deuxième grande région industrielle de l'Etat espagnol. Toutefois. la formation de la conscience nationale et les positions respectives des classes sociales par rapport a celle-ci. ont ete tres différentes par rapport à la Catalogne. Mème si cinquante années seulement se sont écoulées entre la transformation industrielle d'une région et celle de l'autre. le panorama avait complétement changé : la croissance basque se produisait à l'époque de l'impérialisme et des monopoles. de la domination des banques et de la grande industrie (qui. de surcroit. était en Euzkadi une industrie lourde). D'autre part. le cadre politique était celui, relativement stable. de la Restauration. Ces circonstances ont déterminé un comportement diversifié de la part des différents secteurs de classe. Ainsi. la grande bourgeoisie basque a toujours été espagnoliste et n'a joué aucun rôle dans la formation de la conscience nationale basque. Ce róle a été joué dés le debut par une autre traction de cette meme classe. la petite et moyenne bourgeoisie. par le truchement du mouvement fondé par Sabino Arana et qui devait devenir le Parti national basque (PNV). La nouvelle situation et les traditions politiques specifiques ont marque le contenu de ce nationalisme. Aucune composante n'était favorable à une regénéréscence de l'Etat espagnol. qui était. en général rejeté : la souveraineté (ou l'indépendance) était revendiquée en partant de la tradition des fieros (forums). On adoptait le plus souvent une attitude de défense de la nation pour contrecarrer les effets sur le peuple basque de la domination d'un capitalisme des banques et des monopoles. strictement lie a l'Etat centraliste espagnol. qui provoquait des changements sociaux et culturels brusques. une immigration massive. la menace de disparition de la langue. etc. Tout cela se traduisait par l'élaboration d'une idéologie populiste et par la composition - très majoritairement petite bourgeoise — du parti. et s'exprimait également par l'organisation de syndicats spécifiques d'un secteur de la classe ouvrière basque. ce qui a été facilité par l'adoption d'une idéologie espagnoliste de la part de l'Union general du travail (UGT). principale organisation ouvrière. Il s'agissait d'un nationalisme qui exprimait l'indignation de larges couches populaires et. à son tour. servait les intéréts de la classe hégémonique dans le bloc national. Cela explique l'existence de fortes composantes réactionnaires (traditionalisme. religiosité. racisme. etc.) sans annuler pour autant le premier élément. Un mouvement national ne peut être jugé sur la base de sa direction : il est nécessaire de saisir les problèmes collectifs qu'il exprime et de comprendre que son caractère politique reflète les forces sociales auxquelles sa direction doit répondre.

7. Dans les premières décennies de ce siècle un changement important s'est produit dans la societe galicienne. En 1920. l'agriculture et la péche employaient 82.8 % de la population active. l'industrie 7.3 %% et les services 9.9 '». En 1930. les pourcentages respectifs étaient de 65.3 %. 14.7 et 20. même si. dans son ensemble. l'économie restait arriérée et dépendante et subissait les conséquences de l'échange inégal. de l'émigration et des investissements du surplus très limite à l'extérieur ou dans des activités non productives. Cette mobilité économique. ses effets sur les rapports sociaux. la specificite accentuée de la Galice en ce qui concerne son identité économique. sociale et culturelle et les changements politiques de l'époque. permettaient à des noyaux de militants nationalistes de rassembler des secteurs importants de la paysannerie et de la petite bourgeoisie urbaine et rurale. qui constituaient la base de la revendication d'un statut d'autonomie. Ce statut a été plebiscité en juin 1936. mais il n'a pu étre appliqué. En tout cas. il faut souligner la faiblesse du mouvement national dans son ensemble et son incidence réduite sur la réalite politique de l'Etat. à cause surtout du retard économique lui-même. qui laissait la direction du mouvement aux mains d'un petit groupe d'intellectuels et d'un secteur limité de la petite bourgeoisie. Il n'y avait pas de bourgeoisie autochtone forte : dans les campagnes. la majorité etait représentée par des paysans propriétaires de petits lopins : la classe ouvrière était peu nombreuse et était dirigée par des organisations politiques et syndicales qui ne se préoccupaient pas d'assumer la revendication nationale. En deuxième lieu. la victoire rapide des forces franquistes a bloque le developpement du mouvement national et empéché une expérience de mobilisation politique des masses permettant de vérifier la signification du statut d'autonomie dans une situation de guerre civile.

8. A la fin de la Premere Guerre mondiale. l'Etat de la Restauration a connu une crise importante. C'était une combinaison de la fin de l'euphorie économique due à la neutralité. des effets des grandes mobilisations ouvrières et paysannes. impulsées par la révolution russe. et d'une crise plus particulierement politique ou un róle important était joue par la sous-representation au niveau de l'Etat du secteur financier-industriel de la bourgeoisie. La dictature de Primo de Rivera (1923-1930) a été une riposte à cette situation à l'initiative de l'Armée. appuyée. sinon sollicitée. par les classes dominantes. Son projet était. d'un coté. d'impliquer davantage l'Etat dans une politique économique interventionniste favorisant les intéréts du secteur financier-industriel de la bourgeoisie et. de l'autre. d'assurer la passivité du mouvement ouvrier et paysan (qui avait deja subi une défaite trés sérieuse dans les années précédentes) par une répression systématique contre l'aile radicale et un pacte avec le secteur modéré (PSOE-UGT). Cette dictature a été soutenue initialement aussi bien par la grande bourgeoisie basque que par l'organisation patronale et la Lliga . Mais cette expérience s'est soldée par un échec. II ! a eu une croissance économique (développement important a Madrid et en même temps dans les bastions traditionnels d'Euzkadi. de Catalogne et dans les mines asturiennes). meme si cette croissance doit être attribuee en bonne partie a une situation internationale favorable (jusqu'à la crise de 1929). En tout cas. elle n'est pas allée de pair avec un contróle politique de l'Etat par la bourgeosie industrielle et financière : le pouvoir etait monopolise par le dictateur (sans efficacite et avec beaucoup de scandales). La répression n'a pas réussi à éliminer la Confédération nationale du travail (CNT. d'orientation anarchiste). qui gagnait plus de prestige chez les travailleurs et les travailleuses et finalement l'UGT elle-même était obligée de s'éloigner du régime. Le centralisme féroce (dissolution de la Mancomunidad. tribunaux militaires pour les délits contre l'unité de la patrie. etc.) provoquait un mécontentement croissant des nationalités et. en Catalogne. l'hégémonie du parti de Cambo (disqualifié par sa collaboration avec la dictature) était remplacée par celle de Macia. L'opposition s'étendait aux étudiants. aux intellectuels et à des secteurs progressistes minoritaires de l'armée elle-même. A la fin. la chute de la dictature entrainait celle de la monarchie avec l'avènement de la Deuxième Republique.

Centralisme et espagnolisme

9. Les conflits nationaux qui s'étaient accumulés depuis la fin du xix siècle. ont éclaté avec une intensité particulière pendant la Deuxième République et la guerre civile. Il est possible de tirer quelques conclusions en ce qui concerne ces années décisives : a) le centralisme et l'espagnolisme n'étaient pas le patrimoine exclusif de la monarchie et de la dictature. La république n'était disposée à faire que quelques concessions en matière d'autonomie. sans remettre en question l'unité de la " nation espagnole »: pressions sur Macia pour qu'il annule la proclamation de la République catalane du 14 avril 1931: interdiction de Juntas Generales de Guernica du 17 avril : coupure de l'Estatut de Nuria : élaboration d'une constitution centraliste : retard dans l'approbation des statuts limités que cette constitution admettait : attaques contre les conquêtes des nationalités comme les Conciertos vascos et la Ley de Contratos de cultivo de Catalogne. etc. Sur un autre terrain. il faut souligner également le refus de la république de proclamer l'indépendance du Maroc ou d'appuyer les forces disposées à lutter pour leur libération nationale contre les troupes franquistes... On pouvait ainsi constater que le centralisme ne dépendait pas du gouvernement ni de la forme de l'Etat (monarchie ou république). Il s'agissait d'un problème de l'Etat en tant que tel. de ses appareils et mécanismes fondamentaux (qui étaient restés les mêmes après le passage de la monarchie à la république) et notamment de l'armée.

Mb) Aux moments décisifs. les partis de la petite bourgeoisie - Gauche républiocaine de Catalogne (ERC) et PNV -. hégémoniques dans le mouvement national. s'orientaient nettement vers un pacte avec le nouveau centralisme au lieu d'entreprendre une lutte vigoureuse pour les droits nationaux (et lorsqu'ils semblaient s'engager dans une telle lutte. ils n'étaient pas conséquents et l'abandonnaient). Toutefois. ce manque de fermeté à l'heure des affrontements avec l'Etat bourgeois centraliste. est allé de pair avec une grande capacité d'assurer le maintien d'un Etat bourgeois en Euzkadi et en Catalogne. au moment où la risposte de masses au soulèvement fasciste pouvait le mettre en danger ou. dans le cas de la Catalogne. même le détruire et le remplacer par un pouvoir révolutionnaire. Pendant la guerre civile. les gouvernements d'Euzkadi et de Catalogne ne dispo- saient, du point de vue formel. que des prérogatives fixées par les statuts républicains. Mais, en fait. ils en ont assume beaucoup plus. en jouissant de la souveraineté dans une mesure très importante (ce qui explique pourquoi les statuts apparaissent encore avec une image positive aux yeux des masses). Toutefois. l'expérience de mai 1937 en Catalogne montrait que, face à la menace de mobilisations révolutionnaires de masses, le gouvernement de Companys* s'orientait à nouveau vers un pacte avec le gouvernement de la république. même au risque de perdre une partie de la souveraineté et de l'auto-gouvernement qu'il avait conquis.

c) La lutte résolue pour les libertés nationales aurait pu être menée d'une façon conséquente, en la combinant à la lutte pour la révolution, si la classe ouvrière avait réussi à y jouer le rôle d'avant-garde. L'expérience particulière de la Catalogne. la plus avancée pendant les années de la guerre civile. semblait indiquer qu'un changement au niveau des classes dirigeantes était possible : aux premiers moments de la riposte populaire au coup militaire. une correspondance s'était établie entre un maximum de pouvoir populaire (les comites et le comité central des milices antifascistes) et un maximum de souveraineté nationale (bien que le niveau de conscience des masses füt assez faible). En revanche. la liquidation. en mai 1937 des derniers vestiges de pouvoir ouvrier et populaire comporta la perte progressive de toute souverainete. Le Partido obrero de unificacion marxista (Parti ouvrier d'unification marxiste. POUM) a été le seul parti à se prononcer pour un changement de la classe dirigeante du mouvement national et a faire des tentatives dans ce sens. Mais il n'a pas réussi, en partie à cause de l'extrême difficulté de cette tache. due entre autres raisons à l'absence d'une politique nationale conséquente de la part de la CNT et du réformisme du Partido socialista unitario de Cataluna (PSUC) et en partie à cause de ses propres erreurs.

10. La contre-révolution franquiste (appuyée financierement par des « nationalistes » comme Cambo ou des liberaux « autonomistes » comme March) fut une tentative de mettre fin aux revendications nationales par une dictature militarofasciste. qui a duré presque quarante ans. Mais à la mort du dictateur. les résultats étaient en contradiction totale avec les objectifs proclames. En effet. les revendications nationales en Euzkadi. en Catalogne et en Galice étaient plus fortes qu'à la fin de la dictature de Primo de Rivera. Le mouvement etait devenu particulierement radical en Euzkadi ou s'était formé un courant nationaliste révolutionnaire (ETA). qui menait la lutte armée et proclamait l'unité entre libération nationale et libération sociale. en disputant l'hégemonie au PNV. Par la suite. des courants de ce type se sont developpes dans d'autres nationalités. En Navarre. le carlisme avait disparu en tant que force de masse et lidee de l'appartenance a Euzkadi était défendue par les partis et les syndicats ouvriers majoritaires. Ces forces (PSOE UGT. PCE. CCOO : Parti socialiste ouvrier espagnol. Union générale des travailleurs. Parti communiste espagnol. Commissions ouvrières) se prononçaient pour le rétablissement provisoire des statuts de la république et certaines (PCE) demandaient même formellement le droit à l'autodétermination pour des nationalités comme Euzkadi. la Catalogne, la Galice et les Canaries. ce qui facilitait la convergence avec les forces nationalistes et. dans le cas de la Catalogne. la formation d'un large bloc sous la forme d'une assemblée de Catalogne.

Mais la force des revendications nationales ne se limitait pas aux trois cas «historiques » précédents. Elle s'étendait à des peuples qui ne les avaient pas avancées jusqu'alors (ou les avaient avancées très faiblement). c'est-à-dire le Pais Valencia (Pays valencien) et les Illes (les Iles) (qui affirmaient leur identité linguistique et culturelle catalane en même temps que gagnait du terrain le projet des Països catalans). les Canaries (avec une forte influence du courant radical) et l'Andalousie. Partout s'affirmait l'idée de revendiquer un statut d'autonomie. Il s'agissait d'un phénomène nouveau qui, s'il se traduisait, dans certains cas, par une revendication régionale dans un sens de décentralisation, révélait, dans d'autres, l'émergence d'un problème. Pour expliquer ces phénomènes, il faut évoquer à nouveau le développement économique inégal de l'Etat espagnol. Les effets du long boom économique capitaliste qui avait commencé en Europe après la Seconde Guerre mondiale. n'ont atteint l'Etat espagnol qu'au début des années soixante Mais depuis cette date et jusqu'au début des années soixante-dix, la croissance a été beaucoup plus considérable que dans les principaux pays capitalistes. L'Etat espagnol assumait les traits d'un pays industrialisé en devenant la dixième puissance industrielle du monde et en jouant le róle d'un pays impérialiste de second plan... C'est à cette époque qu'était réalisée une forte industrialisation avec une grande croissance des villes, une forte emigration de travailleurs et travailleuses des campagnes vers les villes (et vers le sud de l Europe), une mecanisation de l'agriculture. un developpement du secteur des services (notamment le tourisme). etc.

Cependant, ce développement n'a pas touché les différentes nationalités et régions sous une forme plus homogène que par le passé. Ainsi, si les foyers traditionnels d'Euzkadi et de Catalogne atteignaient toujours les niveaux les plus éleves de developpement et de revenu, il y avait un progres tres considerable a Madrid et, dans une moindre mesure, dans le Pays valencien, aux Baléares et aux Canaries. En revanche, on enregistrait le déclin d'une région industrielle traditionnelle comme les Asturies. Enfin la Galice. les deux Castilles, l'Estrémadure et l'Andalousie ne surmontaient pas leur arriération traditionnelle, cette fois non tellement à cause de l'absence d'un développement capitaliste comme ce fut le cas au debut du siecle, mais a cause du retard relatif de ce developpement (concentration d'entreprises peu concurrentielles, secteurs en crise ou noyaux urbains isoles de l'ensemble). De surcroit, ce développement était très souvent obtenu à des coûts écologiques considérables. Dans certains cas. ce développement inégal favorisait le développement d'une conscience régionale. Dans d'autres (par exemple, en Andalousie). il a représenté un facteur essentiel de la formation d'une conscience nationale.

L'Andalousie et les Canaries

11. L'Andalousie a une identité très specifique qui a constitué historiquement la base et la justification de différents mouvements politiques (Junta Soberana de Andalousie en 1835. défense de l'Union d'Andalousie en 1860. etc.). Pendant un certain temps, la bourgeoisie urbaine a impulsé des mesures politiques et économiques favorables à l'expansion capitaliste en défendant, en même temps. des projets d'organisation politique de l'Etat impliquant la personnalité spécifique de l'Andalousie. Toutefois, à partir de la révolution de 1868. la prédominance économique et politique de l'oligarchie terrienne et l'apparition précoce d'expériences de luttes de classes radicales faites par le proletariat faciliterent l'unification politique de la bourgeosie sur la base de l'acceptation d'un rôle subordonné de l'Andalousie dans le cadre du capitalisme espagnol. Au moment même où disparaissaient les perspectives industrielles qui avaient existé dans la première moitié du XIX* siècle. la bourgeoisie andalouse devenait un porte-parole du projet national espagnol auquel elle ajoutait comme façade une version prostituée et déformée de l'identité andalouse. La défense de cette identité andalouse n'était l'œuvre que de quelques secteurs de la petite bourgeoisie (Constitution républicaine fédérale d'Andalousie. 1883), qui étaient aussi à l'origine d'un mouvement de récupération culturelle. En tant qu'héritier de ce mouvement se formait le mouvement andalousiste historique. qui avançait désormais la revendication politique de l'identité andalouse et définissait l'Andalousie comme une nation. Le programme andalousiste combinait la volonté d'obtenir un pouvoir andalou dans un cadre confédéral. l'affirmation culturelle et la revendication d'une réforme agraire. A l'époque de la Deuxième République, la revendication autonomiste a été avancée. La bourgeoisie s'y est opposée en soulevant des querelles locales, alors que les organisations ouvrières oscillaient entre le silence et la sympathie. Finalement, fut obtenue une reconnaissance politique timorée de l'identité andalouse, avec les Bases estatutarias (Bases statutaires) approuvées en 1933. Le processus statutaire, relance avec plus de force en 1936, était interrompu par le coup franquiste : la majeure partie du territoire andalou fut occupée depuis le début de la guerre civile. Mais la revendication andalouse avait suffisamment progressé : en novembre 1936. le droit à l'autodétermination de l'Andalousie était inclus dans le programme commun des organisations ouvrières de Malaga, la seule grande ville andalouse libre. La prise de conscience du sous-développement et son rejet ont joué un róle décisif dans la relance de la revendication nationale andalouse dans les premières années de l'après-Franco. Ce n'était pas le seul facteur. Il y avait aussi une affirmation de la dignité andalouse et la défense de certains éléments culturels spécifiques, résultat de particularités historiques jamais disparues. Cette identité culturelle a été diffusée par des secteurs des intellectuels et des professions libérales qui dépoussiéraient aussi l'héritage de l'andalousisme historique. Mais le sentiment national a touché des secteurs beaucoup plus amples et dans ce processus les travailleurs et les travailleuses immigrés ont joué un rôle très important. L'exemple des mouvements nationaux en Euzkadi et en Catalogne pendant la crise du franquisme et la transition a contribué aussi à donner une forme nationale à cette combinaison d'un rejet du sous-développement et d'une affirmation culturelle. Mais les revendications politiques étaient très différentes de celles de ces nationalités historiques parce qu'elles se concrétisaient par la revendication d'un « pouvoir andalou » susceptible de résoudre les grands problèmes sociaux sans remettre explicitement en question l'unité de l'Etat espagnol.

12. L'apparition d'une conscience nationale canarienne dans les dernières années du franquisme a été le résultat d'un long processus historique. La conquête des Canaries avait impliqué le génocide de la population guanche et l'introduction rapide d'une économie basée sur les produits des plantations destinées à l'exportation (sucre) sous le contrôle du capital commercial étranger (des Gênois, en premier lieu) avec des effets graves sur l'environnement. Les limites de l'espace canarien rendaient ces productions très vulnérables à la concurrence de nouvelles zones de production, ce qui provoquait des crises et des reconversions successives. Le vin remplaça la canne à sucre et. depuis la moitié du xvi siècle, le vin était remplacé à son tour par des matières premières destinées à l'industrie textile anglaise. Mais ni le remplacement des cultures, ni la prédominance des capitaux anglais ne changeaient la situation d'une façon décisive: des périodes d'essor étaient suivies par des périodes d'une grande misère au cours desquelles la spéculation sur les denrées alimentaires et l'exploitation accrue des masses populaires constituaient un élément important de l'accumulation des classes possédantes locales (propriétaires terriens et bourgeoisie commerciale). qui avaient donc besoin de l'appareil militaire et de coercition de l'Etat espagnol. Au milieu du XIx° siècle, le régime des ports francs a été une concession importante à la bourgeoisie commerciale canarienne. qui ouvrait les iles à l'impérialisme anglais en supprimant toute possibilité de développement industriel autochtone. Les affaires liées aux dépôts de charbon et aux concessions de navires s'ajoutaient à l'exploitation de nouvelles cultures d'exportation (bananes, tomates et pommes de terre) en stimulant un développement industriel moderne dominé par le capital britannique, bien que sous la souveraineté politique de l'Etat espagnol. Dans cette situation particulière, se développait une classe bourgeoise dépendante, désarticulée par la réalité géographique elle-même et par des institutions comme les Cabildos'

You, ensuite, par la division provinciale. Cette classe ne s'est jamais comportée comme une bourgeoisie nationale. La Première Guerre mondiale a eu aux Canaries des effets très différents de ceux de la péninsule, à cause de la chute verticale des exportations et de la paralysie de l'activité portuaire. Tout cela, de même que la politique de Primo de Rivera, favorisait une intégration plus grande dans le marché de la péninsule. Durant la Deuxième République. un courant du mouvement ouvrier est apparu qui liait émancipation nationale et émancipation sociale. Par ailleurs, sous l'influence de l'exemple catalan, des intellectuels de la petite et de la moyenne bourgeoisie revendiquaient l'autonomie en allant jusqu'à rédiger un projet de statut resté sur le papier à la suite du coup franquiste. La répression fasciste mit fin à ces balbutiements de la conscience nationale. Le fait que le marche de la péninsule était. pour les bananes des Canaries, un marché réservé, offrait une alternative à la perte des marchés étrangers en ouvrant une période d'intégration croissante de l'économie canarienne dans le marché unifié espagnol. Depuis les années soixante, la société canarienne a connu un changement important, surtout à la suite de l'expansion du tourisme. Au début des années soixante-dix, fut introduit ce que l'on appelle le régime économique et fiscal, expression du nouveau pacte entre les classe dominantes canariennes et l'Etat espagnol. La crise finale du franquisme a coïncidé avec un ralentissement du développement touristique et l'aggravation du niveau de vie d'une population récemment urbanisée. En méme temps, l'abandon du Sahara aggravait les tensions internationales dans le nord-est africain, avec des répercussions immédiates dans les iles. devenues des zones frontières militarisées, y compris par l'envoi de forces coloniales comme la Légion.

Dans ces conditions, une conscience de la difference canarienne se répandit dans la population et de larges secteurs populaires acquérirent même une conscience nationale claire. Le nationalisme radical se développa rapidement. y compris par des experiences ephemeres de lutte armee, et la revendication d'autodétermination et d'indépendance se concrétisa.

13. En conclusion, à la mort de Franco et pendant les premières années de la transition il existait une triple crise de l'Etat-nation espagnol. de la nation espagnole et de l'espagnolisme.

Crise de l'Etat espagnol, parce qu'il existait des nations avec une claire conscience d'elles-mêmes, qui ne se considéraient pas espagnoles. avaient le sentiment d'être opprimées par cet Etat espagnol qui était. à leurs yeux. « une prison des peuples ». Crise de la nation espagnole à deux niveaux : a) le fait d'être espagnol a signifie traditionnellement faire partie d'une communauté avec des peuples qui avaient commencé à la contester, ce qui posait à nouveau le problème de l'identité espagnole : b) la « zone de sécurité » de la nation espagnole s'était drastiquement réduite à la suite de la réappartion du problème de la Navarre. de l'apparition du projet de Paisos Catalans et du développement de la conscience nationale canarienne. Mais le coup de grace a été donné par l'Andalousie. qui jusqu'alors avait constitué. avec la Castille. la colonne vertébrale de l'Espagne Personne n'a posé dans cette région le problème de la séparation, mais ceux qui défendent la vieille union sont de moins en moins nombreux et l'affirmation de l'identité andalouse a certainement affaibli l'identité espagnole. Crise. finalement. de l'espagnolisme. de l'idéologie nationaliste espagnole. En premier lieu, à cause de la forme extraordinairement agressive, réactionnaire et presque raciste que l'espagnolisme avait prise sous le franquisme et qui poussait tous ceux qui luttaient contre celui-ci à rejeter celui-la. En deuxième lieu, et plus profondement, parce que la crise de l'Etat-nation espagnol et de la nation espagnole affaiblissaient les liens de l'espagnolisme avec sa base territoriale traditionnelle.

L'Etat des autonomies

14. Cette triple crise a pu finalement être recomposée dans la perspective de l'Etat des autonomies. un Etat centraliste qui nie les revendications nationales fondamentales avancées pendant la lutte contre le franquisme. mais prétend récupérer ces revendications par une série de concessions. Les raisons de cette contradiction sont les mêmes qui expliquent pourquoi la rupture n'est pas allée au-dela de la réforme : on n'a pas fait table rase du franquisme et le démantèlement s'est limité à l'appareil politique et à son remplacement par une démocratie formelle, alors que l'essentiel de l'appareil d'Etat subsistait et que le gouvernement Suarez contrôlait le processus de transition en permettant aux forces bourgeoises de reprendre peu à peu l'initiative. Fondamentalement, une telle transition n'a pas été déterminée par la force de l'appareil de l'Etat (qui, pourtant, n'était pas en crise), ni par celle de la bourgeoisie (qui manœuvrait habilement), mais par la politique réformiste des partis ouvriers majoritaires qui scellèrent une série de pactes avec le gouvernement et les forces bourgeoises et optèrent pour une ligne de consensus sur toutes les questions fondamentales. Les partis nationalistes bourgeois en Catalogne et en Euzkadi, PNV et Convergencia democratica (CD) ont été impliques des le début dans ces pactes, bien que sous des formes et avec des rythmes differents. En tous cas, ils ont adopté une attitude de subordination, ce qui a facilité leur compromis fondamental dans le cadre de la réforme. Les différenciations n'étaient que formelles, mais leur permettaient de sauvegarder leur image de marque nationaliste et de faire retomber toute la responsabilité des agressions contre les nationalités sur le parti de Suarez et le Parti socialiste. Finalement, les forces révolutionnaires, favorables au démantèlement total du franquisme et à l'autodétermination, étaient trop faibles pour mobiliser une opposition de masse susceptible de provoquer la faillite de la réforme ou de la bloquer. En Euzkadi seulement. l'existence de l'ETA et de Herri Batasuna a permis de mobiliser ce mouvement massif pour la rupture et l'autodétermination, qui a été la cause fondamentale de la crise basque. Mais, du fait de sa limitation régionale, cette crise ne s'est jamais généralisée à l'ensemble de l'Etat espagnol. La politique de consensus a modifié radicalement la situation etablie dans la derniere periode de la dictature. Elle a éliminé toute possibilité de démanteler à chaud l'appareil d'Etat franquiste et de mobiliser les masses pour résoudre les problèmes nationaux. Pour le mouvement des masses, c'était une défaite politique qui permettait d'entamer la stabilisation progressive du nouveau régime. Cette stabilisation se fondait sur un pacte entre l'appareil d'Etat franquiste et les institutions démocratiques sous l'arbitrage du roi (devenu symbole et garant de I'« unité de l'Espagne »). Ainsi, le nouveau régime était nécessairement centraliste.

Sur le terrain national. le résultat du consensus a été la mise sur pied de l'Etat des autonomies, qui représentait une tentative à long terme de récupération des conflits nationaux. Ains' s'ouvrait une période. plus ou moins prolongée, ou les masses devaient faire leur expérience du nouvel Etat. et ou des questions allaient se poser, notamment la question de savoir si une telle récupération était possible.

15. Il y a peu de possibilités que l'Etat des autonomies réussisse à surmonter les problèmes nationaux. Dans des situations de montée de luttes, d'aggravation de la crise sociale, les mouvements se politisent et tendent à chercher une solution d'ensemble. La question nationale peut devenir un point de confluence des différents mouvements. Dans de telles conditions, un fossé peut se creuser entre les exigences fondamentales d'un mouvement national et les concessions possibles dans le cadre de l'Etat des autonomies. Fondamentalement, la solution du problème national présuppose le droit à l'autodétermination, c'est-à-dire le droit d'un peuple à décider souverainement de la formation de son propre pouvoir politique, soit qu'il adopte la solution d'un Etat indépendant soit qu'on envisage un rapport confédéral ou fédéral ou d'autre nature avec d'autres nationalités ou d'autres peuples. Cette revendication a été historiquement sous-jacente aux reven- dications des nationalités et s'est exprimée à nouveau lors de la crise du franquisme. Elle ne peut pas être acceptée par l'Etat des autonomies.

16. Dans le cadre d'un modèle centraliste d'ensemble (niant le droit à l'autodétermination), l'Etat des autonomies peut impliquer un centralisme avec un certain degré de décentralisation administrative ou un système permettant une certaine redistribution du pouvoir politique en faveur des nationalités et des régions. Jusqu'ici, nous avons connu deux étapes différentes, de signification contrastée. dans le développement des autonomies. Dans la première, la pendule a oscillé plutôt vers les concessions aux nationalités, alors que la seconde a été caractérisée par une réaction centraliste. Le bilan d'ensemble du developpement des autonomies est caractérisé par des progrès réels vers la décentralisation administrative et une redistribution tres limitée du pouvoir politique. De nouvelles oscillations sont possibles : leur portée dépendra du niveau de mobilisation des masses et de la situation politique générale.

Le mouvement en Euzkadi et en Catalogne

17. Le degré de contestation de masse à l'égard de l'Etat des autonomies depuis l'avènement du PSOE au gouvernement a été tout à fait différent en Euzkadi par rapport aux autres nationalités. En Euzkadi, l'essentiel du mouvement nationaliste révolutionnaire - ETA. Koordinadora Abertzale Sozialista. (KAS. Coordination patrotique socialiste). Herri Batasuna - a suivi une ligne conséquente et a réussi à maintenir son lien avec des secteurs importants de la population. C'est le facteur principal qui explique la crise de l'Etat des autonomies en Euzkadi. deja exprimée vigoureusement par le rejet de la Constitution. La constatation a été faite que le chemin du statut n'amène pas à un développement graduel de l'autogouvernement. comme l'avait prétendu le PNV après son acceptation de cette solution. Aussi longtemps qu'il existe un courant nationaliste radical de masse. le statut n'offre pas non plus un cadre de prérogatives propre à assurer en Euzkadi une gestion nationale bourgeoise. Face à la mobilisation de masses et à l'impasse du statut. le gouvernement du PSOE n'a offert que répression et centralisme. Cela a aggrave la crise de légitimité de l'Etat espagnol et déterminé une nouvelle élévation de la conscience nationale et une plus grande radicalisation nationaliste. La question de savoir comment faire face à cette situation. a été un facteur important de la crise du PNV qui a abouti à sa division. Par la suite. le PNV a choisi le chemin d'une collaboration conflictuelle avec le PSOE. dans le but de garder des parcelles de pouvoir et de débloquer le fonctionnement des institutions de l'autonomie. Pour sa part. Euzko Akjatuma. (EA. Solidarité basque). tout en n'excluant pas un pacte avec l'Etat. donne la priorité à une politique de déclamations nationalistes dans l'espoir d'en profiter sur le terrain électoral. La crise du PNV a permis à HB de devenir la force la plus importante du nationalisme basque. y compris sur le terrain électoral. HB s'est avérée capable aussi d'impulser de très larges mobilisations de masses, par exemple. celles contre l'OTAN. Mais tout cela n' a pas suffi a provoquer une crise ouverte du regime de la reforme en Euzkadi, notamment à cause du rôle de tampon que jouent PNV. EA et Eukadiko Ezkerra (EE, gauche basque) et de la faible capacité de résistance sociale et d'initiative politique de la classe ouvrière basque. Dans ce cadre ni le régime ni la résistance nationale n'ont réussi à déterminer un changement fondamental dans le rapport de forces. Nulle part ailleurs, il n'y a eu un degré de contestation populaire et de crise du statut comparable à celui d'Euzkadi. Néanmoins, la situation en Catalogne a une importance politique particuliere. En ettet, apres les grandes mobilisations contre la LOAPA , stimulées fondamentalement par la CRIDA'. la contestation populaire a considérablement diminué. La situation a été caractérisée par une certaine accumulation de forces politiques et sociales, radicalisées en matière de question nationale, qui, dans des situations données, peuvent réussir à mobiliser des secteurs sociaux plus larges, bien que pas encore décisifs. Un tel courant se base essentiellement sur la jeunesse, qui exprime le rejet du centralisme et sa volonté de souveraineté par des revendications telles que: « nous sommes une nation », autodétermination, indépendance et « Països catalans ». Les forces qui le composent, sont d'orientation communiste - LCR. Movimiento comunista de Cataluna (MCC). Movimiento Esquerra nacionalista (MEN) - ou nationalistes revolutionnaires - CRIDA, les deux MDT "° -. mais elles n'ont pas réussi à développer une action unifiée, sauf dans des situations particulières. Mais pour comprendre l'ensemble des problèmes qui se posent maintenant en Catalogne, il faut rappeler les tensions entre CIU (Convergence et Union), qui est devenue hégémonique après l'avènement du PSOE au pouvoir, et le gouvernement central. Ces tensions expriment la contradiction entre les bourgeoisies nationales et l'Etat des autonomies. qui est un reflet déformé de celle qui existe entre la nation et le centralisme et qui, tout en ayant existé depuis le début de la transition, s'est aggravée avec la régression de l'autonomie après le coup avorté du 23 février 1981. En effet, alors que CIU était présente dans la commission constitutionnelle (en prétendant formellement représenter aussi le PNV) et a participé également à l'élaboration des statuts (cette tois avec la participation du PNV), les torces nationalistes ont ete exclues du pacte de la Zarzuela " pour la simple raison que ce pacte était dirigé aussi contre elles (dans la mesure où elles représentaient, bien que timidement et dans leur intérêt propre. des revendications nationales qu'on voulait étouffer). CIU ne s'est jamais engagée sérieusement dans les mobilisations de masse contre la régression des autonomies, tout en ne s'y opposant pas directement. En revanche. elle a manœuvré d'une façon magistrale pour transformer un échec initial en la conquête d'une solide majorité absolue en Catalogne. Sa tâche a été facilitée par la présence d'un mouvement radical avec une influence de masse. qui a permis à son principal dirigeant. Pujol, de capitaliser à son avantage le retrait partiel de la LOAPA et d'être ensuite protagoniste de quelques batailles parlementaires contre les lois d' harmonisation. En Galice, les tentatives de regrouper les forces bourgeoises qui lèvent timidement le drapeau nationaliste et de préciser une alternative réformiste nationale continuent. Il existe, en même temps, un courant nationaliste radical organisé et consolidé avec une influence sociale non négligeable. Dans le Pays valencien. l'expression politique du nationalisme est faible, mais la résistance sur le terrain culturel et linguistique est significative. En Andalousie, la légitimité de l'Etat des autonomies a été renforcée à la suite de l'avènement du PSOE au pouvoir et l'opposition est très faible. Elle se limite à des secteurs nationaux conséquents, dont les organisations de la gauche communiste sont la composante fondamentale. Aux Canaries, le courant nationaliste est fragmenté et a perdu son poids social, mais il existe encore un sentiment nationaliste qui s'est reflété dans les formes de lutte adoptées lors de la campagne contre l'OTAN et dans la victoire du non au référendum. Les forces de la droite traditionnelle se sont emparées en partie de cette conscience spécifique par le truchement de l'insularité. qui est l'expression politique de la base géographique de ses intérêts économiques et qui implique une conception nationaliste contradictoire (elle se heurte à l'espagnolisme propre de l'insularité historique qui oppose l'ile à tout projet canarien). Cette tendance à l'insularité mise. par ailleurs, sur une plus grande dépendance vis-à-vis de l'extérieur dans la mesure ou elle met l'accent sur une définition européenne de son projet. A cette fragmentation politique. il faut ajouter les divergences sérieuses entre les divers secteurs économiques à propos de la place des Canaries dans la Communauté économique européenne. Il en découle des critiques au modèle actuel de statut (avec la revendication d'une extension des prérogatives et la contestation de la distribution du pouvoir insulaire qui se reflète dans le statut). Dans cette situation, une nouvelle forme d'idéologie espagnoliste. qui correspond au projet de l'Etat des autonomies, se développe. Cette idéologie ne nie pas les réalités nationales distinctes: comme le fait l'espagnolisme de tradition franquiste enraciné dans les Forces armées et dans l'Accion popular. Elles les reconnait, en considérant qu'il est nécessaire de les intégrer dans une Espagne qui est présentée comme une communauté nationale plus large ou une nation des nations, à son tour intégrée dans la réalité plus large de l'Europe. Il s'agit non seulement de combiner affirmation nationale et affirmation espagnole. mais aussi d'exclure toute affirmation nationale qui ne soit pas en même temps espagnole. Sur le terrain concret de la langue. cette idéologie implique l'acceptation formelle du bilinguisme en tant que modele, tout en rejetant comme une agression contre le castillan (langue commune obligatoire) toute norme prévoyant une pleine utilisation sociale des langues nationales. La dynamique générale va dans le sens d'un progrès de ce nouvel espagnolisme au détriment aussi bien du vieil espagnolisme que des formes élémentaires de conscience nationale.

18. L'Etat des autonomies a avancé dans sa consolidation, bien que de façon inégale. Mais des problèmes divers pèsent sur son futur immédiat. La contestation de masse nourrit en Euzkadi une crise permanente. La régression des autonomies a engendré des conflits constants avec les partis nationalistes bourgeois de Catalogne et d'Euzkadi, que l'Etat a besoin de maitriser pour ne pas compromettre sa stabilité politique. D'autre côté. l'entrée dans la CEE exerce une pression en faveur d'une renégociation de certaines compétences et d'une particpation possible des institutions de l'autonomie à l'élaboration de la politique de l'Etat par rapport à l'Europe. Finalement, il faut trouver des solutions définitives à des problèmes qui n'ont été abordés qu'avec des formules provisoires. notamment en ce qui concerne le financement et l'élargissemnt des compétences des autonomies cinq ans après leur introduction. Cette dernière question a poussé quatre communautés (Aragon.

Castilla-Leon, Cantabrie et Baléares) à poser la question de la reforme de leurs statuts dans le sens d'un élargissement de leurs compétences, ce qui reflète un phenomene contradictoire. D'un côté, une consolidation de l'Etat des autonomies dans la mesure où la droite centraliste, représentée par AP, a cessé de préconiser une réforme de la Constitution. De l'autre, aussi bien la droite régionaliste qu'AP tendent à imiter Pujol dans le but de consolider leur position dans les gouvernements régionaux, d'affaiblir le PSOE et de soustraire des parcelles de pouvoir au gouvernement central. par exemple, dans le domaine de la gestion des eaux, de la sante, du jeu, de l'instruction, etc. Mais une telle tactique accroit l'instabilité du modèle des autonomies, ce qui n'est pas souhaité par l'Etat en général et par certains de ses appareils plus particulièrement. En raison de tous ces facteurs, le emen ete surtout let politiqu problème du modèle de l'Etat est devenu un sujet politique d'actualité. Les protagonistes de cette discussion ont été surtout les socialistes catalans. Leur nomies dans un sens federatif. La difference par rapport au federalisme historique réside dans le fait qu'on ne part pas de la reconnaissance d'Etats souverains disposés à céder une partie de leur souveraineté pour former une fédération. Cela s'opposerait radicalement à la Constitution, dont on ne souhaite aucune réforme (du moins, aucune réforme importante). Pour les socialistes catalans, il ne s'agit que d'un ensemble de techniques visant à décentraliser le pouvoir politique et les ressources, ce qui, dans certaines limites, peut être réalisé sans changer la Constitution. Le contenu pratique de la proposition consiste à renforcer un systeme general d'autonomies (avec le même plafond de competences) axé sur la gestion de certains services publics décentralisés (instruction, santé. logement). Cela devrait. d'un côté, améliorer le rapport entre coûts et qualité des services et, de l'autre, étre compatible avec les marges plus restreintes de liberté dont dispose l'Etat lui-même dans les grandes questions économiques, politiques et militaires. surtout après l'intégration dans l'OTAN et la CEE. La seule forme pratique de développement de ce projet serait celle de stimuler un consensus généralisé entre les principaux partis du systeme (PSOE, droite centraliste et nationalistes bourgeois). Mais c'est justement là que réside sa principale difficulté. L'objectif de cette proposition du type fédéraliste est de fixer un cadre de compétences des autonomies qui soit accepté loyalement par toutes les forces. Mais par la même proposition on atteint deux buts : celui, général, de clarifier quel modèle d'Etat on veut : l'autre. qui est propre aux socialistes qui esperent en tirer des avantages si leur proposition progresse. En effet, cela permettrait d'éviter les conflits permanents avec les nationalistes bourgeois, dont Pujol a tellement béneficie, et de faire disparaitre l'image espagnoliste du PSC (Parti socialiste catalan) qui pourrait fonder son opposition au gouvernement de CIU sur la critique de sa gestion. C'est là que réside. justement. le principal obstacle à l'acceptation de la proposition par CIU. La position de Pujol est trop solide et la proposition du PSOE trop faible et trop grosse de risques. Trop faible. parce qu'il n'est pas évident qu'elle permettrait d'obtenir pour la Catalogne des compétences plus importantes que celles obtenues par les efforts actuels. Trop grosse de risques, parce que. si Pujol devenait fédéraliste. s'il était disposé à renoncer à ses ambiguités nationalistes

(comme le demandent les socialistes catalans) il risquerait de perdre une partie de sa base sociale au moment même où le PSC pourrait récupérer son initiative. Le deuxième obstacle réside dans le gouvernement du PSOE lui-même. qui semble peu dispose à accepter des formules de type federaliste et plus enclin à une synthese entre le vieil appareil d'Etat hérité du franquisme et le nouveau centralisme des technocrates européistes, pour lesquels l'intégration européenne et l'adaptation de l'Etat du bien-être aux temps de crise sont synonymes de restructuration et de privatisation (y compris des services publics).

Du débat sur le développement « fédéral » éventuel de l'Etat des autonomies. il est possible de tirer quelques conclusions. L'Etat dispose d'une certaine marge de manœuvre pour accepter une redistribution plus grande de parcelles du pouvoir des autonomies, mais la Constitution n'admet pas le droit à l'autodétermination. La question de savoir si cette marge sera plus ou moins grande dépendra de la profondeur des crises et de la direction de la lutte nationale. Il est difficile de prévoir les rythmes et les formes de l'affaiblissement de l'Etat des autonomies. Ils seront incontestablement inégaux et liés à la recomposition générale du mouvement et à l'affaiblissement du régime dans son ensemble. Les rythmes seront probablement lents.

19. Il est possible de tirer une autre conclusion, à savoir que les positions de ceux qui expliquent qu'on pourrait avancer sur le chemin de l'autodétermination et de la souveraineté nationale en partant d'un développement progressif des statuts actuels manquent de réalisme. De telles positions ont été défendues par le PNV et EA de même que par le PCE. le PCPE et EE. D'un point de vue formel, le débat sur la proposition des socialistes catalans a montré que, sans une réforme de la Constitution et même avec un maximum d'autonomie. il n'y aucune possibilité de parvenir à l'autodétermination et à la souveraineté nationale. La réforme de la Constitution exige, par ailleurs, une majorité de trois cinquièmes qui ne peut pas être atteinte dans le cadre politique existant. Mais il y a d'autres raisons fondamentales qui rendent impraticable ce chemin gradualiste vers l'autodétermination. En premier lieu, l'attitude profondément centraliste des appareils d'Etat (essentiellement les Forces armées), dont l'attitude a été décisive pour imposer des limites à l'actuelle Constitution de même que pour déterminer la régression des autonomies. En deuxième lieu, la majorité de la bourgeoisie est d'accord pour maintenir l'intégrité du territoire et de l'actuel appareil d'Etat comme instrument irremplaçable de sa domination de classe. En troisième lieu, l'intégration dans l'OTAN et la CEE crée de nouveaux obstacles à tout processus d'autodétermination.

Thèses

1. L'Espagne n'est pas une nation et l'Etat espagnol n'est pas un Etat national En effet. l'Espagne ne constitue pas une nation qui englobe l'ensemble des peuples se trouvant dans le cadre des frontières que l'Etat espagnol leur a imposées historiquement. Celui-ci n'a pas réussi à empêcher le surgissement de mouvements nationaux qui remettent en question le nationalisme espagnol dominant et le caractère centraliste et oppresseur de l'Etat. Le projet de construire la nation espagnole a échoué lorsque certains des peuples qui vivent à l'intérieur de l'Etat espagnol ont affirmé leur identité nationale et ont commencé à lutter pour leurs droits. Depuis lors, Etat espagnol et Espagne ont été synonymes d'un Etat qui opprime les nationalités et les peuples. Dans ces conditions, la défense de la nation espagnole a un contenu réactionnaire parce qu'elle implique l'imposition d'une fausse identité nationale à des peuples qui ne l'acceptent pas, et justifie. au nom de cette identité. la continuité de l'oppression par l'Etat espagnol. L'Espagne n'est pas non plus une nation des nations, une communauté volontaire de nationalités et de peuples divers justifiant la nécessité d'un Etat multinational espagnol (et la négation du droit des nationalités à former un Etat indépendant). L'existence d'une telle communauté ne peut pas être imposée contre la volonté librement exprimée des différentes nations : un Etat multinational n'est acceptable que s'il est le résultat de l'exercice du droit à l'autodétermination. Mais l'Etat espagnol n'a permis ni l'une ni l'autre chose. C'est pourquoi l'affirmation d'une nation des nations espagnoles ou d'un Etat multinational espagnol obligatoire sont des formes nouvelles de justification de l'oppression nationale qui existe sous l'Etat des autonomies. La présentation de l'Espagne comme une nation ou une nation de nations, comme un Etat national ou un Etat multinational volontaire, est une manifestation d'espagnolisme, c'est-à-dire d'une idéologie réactionnaire dont le but est de cacher et justifier l'oppression nationale existante. C'est une tâche nécessaire des révolutionnaires de la combattre et d'opposer à un tel Etat des alternatives nationales et régionales de libération. qui contribuent à l'affaiblissement du nationalisme espagnoliste et au plein exercice du pouvoir national ou régional.

2. Toute attitude démocratique doit partir de la reconnaissance de l'existence de nations opprimées par l'Etat espagnol. de même que du droit de celles-ci à l'autodétermination, c'est-à-dire à se doter librement et souverainement d'un pouvoir politique propre. y compris sous forme d'Etat indépendant. Il s'agit d'un droit fondamental des nations, qui se place au même niveau que les droits de l'homme pour les individus. Il implique nécessairement le droit à l'indépendance : toute interprétation de l'autodétermination excluant la possibilité de l'indépendance. aboutit en réalité à la négation de ce droit et à une sorte de justification de l'oppression nationale. Si une nation ne veut pas former un Etat indépendant, l'autodétermination implique son droit à se doter souverainement du pouvoir politique qu'elle estime convenable et sa liberté d'opter pour un rapport confédéral. federal ou d'autre type. Finalement, l'autodétermination est un droit permanent des nationalités, qui peuvent soulever à nouveau le problème de leurs rapports avec d'autres peuples sur la base de leur expérience.

Le droit à l'autodétermination

3. La défense du droit à l'autodétermination exige des révolutionnaires des nations opprimées des réponses concrètes face à chacune de ses manifestations. Toute réalité nationale a une histoire et des rapports particuliers avec l'Etat espagnol de même que des revendications et des processus de construction spécifiques. L'analyse de la réalité politique et sociale et des revendications indépendantistes qui sont avancées en Euzkadi et en Catalogne. ont amené la LKI (Euzkadi) et la Lliga (Catalogne) à la conclusion que, pour des raisons spécifiques dans les deux cas, la revendication de l'indépendance est la plus apte à impulser la lutte de libération nationale dans un sens révolutionnaire et à permettre aux communistes d'y jouer un rôle d'avant-garde. La LCR partage ces positions. qu'elle défendra dans tout l'Etat espagnol, même si le contenu fondamental de son activité sur ce terrain continuera d'étre axé sur l'exigence de l'autodétermination, chaque nation ayant la tâche de donner un contenu concret à cette exigence. La revendication de l'indépendance en Euzkadi et en Catalogne est parfaitement compatible avec la défense de la coopération et de la solidarité nécessaires entre des peuples sentre de esuples libres et socialistes, en l'occurrence ceux de l'Etat espagnol actuel. C'est une nécessité pour la construction du socialisme. Mais nous estimons que nous ne disposons pas maintenant d'éléments suffisants pour déterminer les formes les plus adéquates de cette coopération

4. La Catalogne, le Pays valencien et les Iles ont des traits nationaux communs - produit de l'histoire et d'une langue et d'une culture commune, bien que des processus differenciés, notamment ceux qui sont liés à la naissance du capitalisme. et des siécles d'oppression aient déterminé des formes très inégales de conscience nationale, une faible unification et, par conséquent. des réalités politiques et institutionnelles différentes. Toutefois, les programmes et les secteurs nationalistes progressistes de ces trois peuples avancent la revendication de Països catalans alors que l'anticatalanisme a été un drapeau de l'espagnolisme contre la lutte nationale du Pays valencien et des Iles. Nos camarades estiment nécessaire de travailler pour un projet politique commun de Països catalan, tout en respectant la spécificité de tout processus de lutte et la volonté librement exprimée par chacun des peuples concernés. La LCR partage cette position. la considère comme une manifestation du droit à l'autodétermination et la défendra dans tout l'Etat. En Galice. nous revendiquons le droit à l'autodétermination, à l'autogouvernement et à la souveraineté nationale comme moyen de fixer le cadre de réalisation des libertés nationales sans en determiner des maintenant la forme politique concrète. Aux Canaries et en Andalousie, notre revendication fondamentale est l'autodétermination nationale. Les congrès de notre parti dans ces nations décideront souverainement comment préciser l'alternative qui sera avancée dans le but de réaliser l'émancipation nationale.

5. (...)

6. L'un des aspects les plus importants de l'oppression nationale réside dans les tentatives de l'Etat espagnol de remplacer les langues des nationalités opprimees en imposant le castillan a leur place. Le but de ces tentatives. dans un processus historique de marginalisation, d'oppression et de répression. est le renforcerment de l'Etat centraliste. L'usage et la défense du galicien, du basque et du catalan, sont des facteurs déterminants de la formation et du développement de la conscience nationale des peuples. Nous, les révolutionnaires. participons activement à la lutte pour la défense des langues opprimées dans le but d'obtenir pour elles un statut normal, c'est-à-dire la récupération de leur usage social comme langues des nations. Il ne s'agit pas seulement de défendre un patrimoine culturel. C'est un moyen de développer la conscience nationale des peuples opprimés et de s'opposer aux tentatives d'uniformisation de la part de l'Etat. L'Etat des autonomies ne respecte pas les droits de ces langues. n'assure pas leur développement. ne garantit pas leur avenir. Il les condamne à une position de subordination et il favorise leur régression. Les révolutionnaires ont pour objectif de changer cette situation injuste. de donner un statut normal au catalan. au galicien et au basque qui doivent être des langues d'usage social sans restriction et devenir donc nécessaires dans leurs nations respectives. C'est pourquoi nous appuyons la résolution des congrès d'Euzkadi et de Catalogne et la résolution de la LCR du Pays valencien et des lles, qui exigent que le basque et le catalan soient les seules langues officielles dans l'ensemble de leurs nationalités. Cela n'est pas incompatible avec les droits démocratiques de ceux qui parlent d'autres langues (non seulement le castillan) et qui pourront en faire usage à des niveaux différents de l'administration, de l'instruction et de leur activité culturelle propre. Nous sommes également favorables à la reconnaissance du galicien comme seule langue officielle en Galice. (...) Dans le cas de l'asturien et de l'aragonais, les révolutionnaires soutiennent l'effort visant à assurer à ces langues le statut culturel qu'elles méritent. Nous exigeons que les institutions au pouvoir aux Asturies et en Aragon assurent les médiations nécessaires pour avancer vers leur usage normal. Dans le cas de l'aragonais, nous demandons qu'il soit reconnu comme langue officelle au même titre que le castillan. Dans d'autres nations. le castillan a produit des formes linguistiques parfaitement définies et autonomes, comme l'andalou et le canarien. Ces langues sont agressées d'une façon consciente et permanente par l'appareil culturel officiel, qui cache l'imposition de la norme officielle par l'argument de la pureté idiomatique. Il s'agit évidemment d'une manifestation d'oppression nationale contre laquelle notre parti lutte. En même temps. nous défendons le principe de la plus stricte égalité et du même traitement pour toutes les langues dans les rapports avec les institutions d'Etat existantes et dans les rapports entre les différents peuples. Nous nous opposons à toute imposition de l'usage du castillan. y compris à une imposition de fait.

7. L'autodétermination est un droit fondamental des peuples. Dans les conditions concrètes de l'Etat espagnol. on peut prévoir qu'elle ne pourra être acquise que par la lutte revolutionnaire de masse. Cela pour les raisons suivantes : - le caractere profondement centraliste des appareils d'Etat (notamment les Forces armées) qui, à cause de leur formation historique, sont des ennemis mortels de cette revendication : — la grande majorité de la bourgeoisie (y compris celle des nations opprimées) ne veut pas renoncer à ces appareils d'Etat comme instruments de pouvoir social et politique. Elle ne veut aucun affrontement ni aucune réfome en profondeur susceptible de les affaiblir. En outre. la bourgeoisie est résolue à maintenir l'unité du territoire et du marché protégés par cet Etat : — les instances internationales où l'Etat espagnol est intégré (OTAN et CEE). se sont engagées à sauvegarder la stabilité de l'Etat espagnol existant comme garantie du processus d'intégration européenne et de l'existence d'un bloc militaire impéria- liste fort et sans fissure. Pour ces raisons. l'autodétermination ne pourra être arrachee que par de grandes luttes de masses qui s'opposent à l'Etat et soient en condition de le détruire ou. du moins. de lui enlever toute capacité d'intervention répressive après la conquête de la souveraineté (ce qui n'est possible que si les luttes se développent au niveau de l'Etat dans son ensemble).

Lutte nationale et lutte pour le socialisme

8. Le fait que le droit à l'autodétermination présuppose une lutte révolutionnaire contre l'Etat espagnol, détermine un lien strict entre lutte pour la libération nationale et lutte pour le socialisme. Dans toutes les nations opprimées. la lutte nécessaire pour détruire un ennemi aussi fort que l'Etat espagnol et disposant d'alliés internationaux aussi puissants exige l'engagement actif de la majorite de la population. Cela n'est possible qu'à la condition de lier à la revendication nationale les principales revendications économiques. sociales et politiques des differents secteurs et mouvements populaires (mouvement ouvrier. mouvement féministe. mouvement écologiste, etc.). En d'autres termes. que si la mobilisation se réalise sur la base d'un programme d'ensemble, qui. étant données les conditions qui existent dans toutes les nations opprimées, aura tendance à remettre en question en même temps l'Etat espagnol et le mode de production qu'il défend. En conséquence, la lutte pour l'autodétermination ne doit pas étre conçue comme une étape distincte de la lutte pour le socialisme. mais comme un aspect fondamental d'un même processus révolutionnaire. Au cours de ce processus. les revendications centrales a chaque moment donne pourront changer. mais leur aboutissement devra être la destruction de l'appareil d'Etat (dans sa forme espagnole et bourgeoise) et son remplacement par un pouvoir révolutionnaire et socialiste. fondé sur l'autodétermination et la souveraineté de la nation. Ce qui précède implique une conception du processus révolutionnaire qui nous amène, dans chaque nationalité. à agir de façon que les revendications économiques. sociales et politiques des différents secteurs et mouvements sociaux s'entrelacent et se renforcent mutuellement sans aucune subordination des unes aux autres. Il faut rejeter tout réductionnisme. ouvrieriste ou nationaliste. visant à faire dépendre les revendications des mouvements de masse de prétendues priorités de la lutte ouvrière ou nationale.

9. L'articulation entre libération nationale et révolution socialiste détermine le rapport entre classe ouvrière et lutte nationale. C'est un préjugé qui rend plus difficile la lutte révolutionnaire, que celui de ne mettre en rapport la lutte nationale qu'avec les intérêts de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie. La révolution socialiste a besoin de rassembler un bloc de forces sociales. nécessairement pluraliste, en condition de gagner. Dans ce but. il faut que le centre de gravité soit placé dans la classe ouvrière (qui est elle aussi une classe nationale) étant donne la place qu'elle occupe dans le processus de production. son caractère massif et sa cohésion potentielle et parce que les tâches centrales de cette révolution correspondent à ses intérêts de classe. Mais il est également nécessaire de rassembler de nouvelles forces sociales. D'où des tâches différentes qui doivent être accomplies dans les nations opprimées et en dehors d'elles. Dans les nations opprimées, il est nécessaire que la classe ouvrière réussisse à se placer à l'avant-garde de la lutte pour la libération nationale. En effet, la lutte contre une oppression tant ressentie est la condition de la plus grande unité interne possible. facilite le rassemblement autour de la classe ouvrière d'autres couches sociales plus larges, disposées à participer à la lutte nationale, crée des conditions favorables pour que cette lutte se développe dans un sens révolutionnaire et devienne partie du combat d'ensemble contre l'Etat espagnol et le capitalisme. De cette façon. la classe ouvrière d'une nationalité peut se transformer en colonne vertébrale et force dirigeante d'un large bloc social luttant pour la libération sociale et le socialisme. Au niveau de l'Etat, la révolution socialiste a besoin de l'unité des forces du prolétariat de toutes les nations et de tous les peuples de même que du rassemblement d'un maximum de forces sociales. Parmi celles-ci, une place importante appartient à toutes celles qui s'engagent dans la lutte pour la liberation nationale, parce que cet engagement les amène à affronter l'Etat espagnol. La convergence dans la lutte du mouvement ouvrier de l'Etat tout entier et des mouvements de libération nationale est un moyen d'agglutiner ces forces. Cette convergence ne sera possible qu'à la condition que le prolétariat défende d'une façon conséquente le droit à l'autodétermination de toutes les nations opprimees, developpe sa solidarité avec celles-ci face aux agressions de I Etat et soutienne leurs revendications de liberation nationale.

10. C'est une nécessité stratégique de la révolution socialiste que la classe ouvrière réussisse à jouer ce rôle d'avant-garde dans la libération nationale. Il ne s'agit pas d'une certitude qui nous réconforte, mais d'une dure tâche politique à accomplir. En effet, la classe ouvrière dispose aujourd'hui d'une capacité limitée de direction sociale et politique à cause de la défaite subie lors de la transition après la fin du franquisme. Cela vaut notamment pour la lutte nationale, où le rôle d'avant-garde de la classe ouvrière a été historiquement faible et où elle a exerce une influence grâce à son poids social plus qu'à sa direction politique. Pour surmonter cette contradiction, la classe ouvrière doit être capable de se transformer et doit le faire en présence d'ennemis puissants: — au niveau de l'Etat dans son ensemble. le facteur le plus important est représenté incontestablement par l'influence des idéologies espagnolistes (anciennes et nouvelles) et des directions réformistes (qui ne soutiennent pas l'autodétermination ou ne la soutiennent que formellement et défendent des idéologies espagnolistes) : — ces ennemis existent aussi dans chaque nationalité. Mais il est très important, en même temps, de lutter contre les divers nationalismes bourgeois. qui mènent une politique de consensus avec l'Etat et de négation des revendications ouvrières et populaires au nom de la solidarité nationale. Cette tâche longue et difficile exige, en outre. des médiations tactiques très compliquées qu'il faut préciser dans chaque nationalité et au niveau de l'Etat. L'objectif d'élever le niveau de conscience de la classe ouvrière et sa capacité de lutter pour les revendications nationales peut être atteint par plusieurs moyens: par le travail des revolutionnaires dans le mouvement ouvrier ou dans d'autres mouvements (pacifiste. écologiste, féministe, etc.) dans le but d'amener ces mouvements à s'engager dans la lutte nationale ou par une activité d'un mouvement nationaliste révolutionnaire qui s'engage à défendre les revendications des travailleurs et des travailleuses.

11. L'objectif de détruire l'Etat bourgeois et de construire le socialisme impose aux révolutionnaires de combiner des tâches à l'échelle nationale et des tâches au niveau de l'Etat.

Réussir à faire de la classe ouvrière de chaque nationalité la colonne vertebrale et la force dirigeante d'un large bloc social pour la liberation nationale et le socialisme, est une tâche stratégique cruciale qui. par sa propre nature. ne peut étre accomplie dans le cadre national que par des tactiques et des mediations spécifiques, même si une attitude combative et solidaire de la classe ouvrière de l'Etat tout entier en faveur des nations opprimées y contribue dans une mesure importante. Néanmoins, la destruction de l'Etat bourgeois espagnol ne peut pas être réalisée au niveau d'une nationalité. Elle exige une offensive d'ensemble (et donc plus compliquée que la solidarité ou la simple coordination) de tous les peuples de l'Etat, la formation d'une large majorité sociale, avec la classe ouvrière comme centre de gravité. L'action pour atteindre cet objectif est nécessairement une tache à accomplir au niveau de l'Etat. même si elle peut être dans une large mesure facilitée par des progrès réalisés au niveau national dans la lutte pour que la classe ouvrière devienne l'avant-garde de la lutte nationale et sociale. En dernière analyse. il existe des tâches stratégiques (en plus des tâches tactiques et organisationnelles) d'une portée nationale et d'autres qui se situent au niveau de l'Etat. bien qu'il soit difficile de faire une distinction nette entre elles à cause de leur caractère combine. Nous, les révolutionnaires, avons le devoir de les articuler et d'établir leur rapport réciproque. La compréhension de cette importance plus grande des tâches stratégiques nationales et de la complexité de leur rapport avec les táches au niveau de l'Etat implique un changement par rapport aux positions precedentes de notre parti.

12. A la suite de l'intégration dans la CEE. la discussion sur la place des nationalités aujourd'hui opprimées dans l'Europe de l'avenir est devenue d'actualité. Aussi longtemps que la construction européenne se fera selon les besoins du capitalisme et de l'impérialisme, les nations opprimees ne peuvent esperer aucun changement dans leur condition parce qu'il n'y a pas de place pour les droits des nationalités dans le cadre de la centralisation économique et militaire qui est imposée. En fait, le projet européen présuppose le maintien des Etats actuels comme instruments de pouvoir politique et social. Aussi longtemps qu'existera l'Europe des Etats bourgeois, oppresseurs des nationalités. il n'y aura pas d'Europe des nationalités ni des peuples. Voilà une raison fondamentale de notre rejet de la CEE. Il n'y aura pas non plus d'Europe des nations et des peuples aussi longtemps que les Etats ouvriers européens seront dominés par la bureaucratie. Une Europe où serait garantie le droit à l'autodétermination des nations opprimées et leur pleine souveraineté n'est possible que comme résultat de grandes luttes sociales et politiques détruisant les Etats bourgeois actuels et le système capitaliste qu'ils défendent, ainsi que le pouvoir de la bureaucratie dans les Etats ouvriers : elle n'est possible que comme Europe socialiste. Une Europe des nations et des peuples n'est possible que si elle est une Europe des travailleurs et des travailleuses. Les révolutionnaires luttent pour ce but. Au cours de ce processus, il sera possible d'avancer la perspective d'unification entre Euzkadi nord et Euzkadi sud et d'une Catalogne du nord librement intégrée dans le projet des Paisos catalans. La CEE inclut dans son cadre actuel des pays dépendants extra-européens comme les Canaries. Le processus d'intégration dans la CEE impliquera une aggravation de cette condition de dépendance. L'émancipation nationale des Canaries ne peut être conçue que dans une perspective qui implique la séparation du cadre européen qu'on leur impose maintenant.

13. (...)

Dans les cas d'Euzkadi et de Catalogne, nous approuvons la proposition des congrès nationaux de la LKI et de la Lliga de se construire comme des partis nationaux qui, tout en maintenant leur souveraineté, ont des rapports organiques avec la LCR (y compris des organes communs), dans le but d'assurer l'articulation et le rapport réciproque des tâches. La combinaison de ces tâches dans l'activité militante devra être une préoccupation permanente de tous les membres et de toutes les structures des partis nationaux et de la LCR. La formation en Euzkadi et en Catalogne de partis nationaux représente un changement important par rapport à la situation antérieure où il existait un parti au niveau de l'Etat dans lequel les organisations d'Euzkadi et de Catalogne jouissaient d'une large autonomie, même si dans la pratique quotidienne il sera facile de réaliser ce changement, du fait que l'expérience nous avait déjà poussés dans cette direction, les propositions organisationnelles d'aujourd'hui se fondant sur l'expérience positive du passé.

1. La période des trois guerres carlistes - de nature aussi bien dynastique que plus généralement politique - va de 1833 à 1876.

2. La Première République, proclamée en 1873, n'a duré qu'un an. 3. La Deuxième République a été proclamée en 1931. 4. Francisco Macia, dirigeant du mouvement cataliniste, fut chef du gouvernement de la Généralité de Catalogne depuis 193l.

5. La Lliga regionialista, fondée en 1901, était une formation politique bourgeoise, dont Cambo fut l'un des principaux dirigeants.

6. Luis Companys fut président de la Généralité de Catalogne. 7. En l'occurrence les cabildos étaient des assemblées des représentants des communes. 8. LOAPA, Ley organica para la harmonizacion del territorio, c'est-à-dire la loi qui a fixé la portée des autonomies.

9. Le CRIDA est une association pour la défense de la langue et de la culture catalanes. 10. MDT. Movimiento de defensa de la tierra, qui a subi une scission. 11. Le pacte de la Zarzuela a été réalisé après le coup avorté du 23 février et a impliqué une certaine limitation de la portée de la loi des autonomies.

Une erreur sur cette page ?