Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 32-33

Les revendications du Haut-Karabakh

Quatrième Internationale, n° 32-33 · mai-juillet 1989 · p. 107-109 · 897 mots

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Les revendications du Haut-Karabakh Le texte qui suit est une pétition qui a été rédigée par des militants arméniens et adressé à Gorbatchev en octobre 1987 avant les grandes mobilisations de masse dans le Haut-Karabakh et à Erevan. Il a été signé par 75 000 personnes.

Sa position géographique a fait de l'Arménie pendant des siècles un bastion et un centre stratégique extrêmement important pour la Russie. Pendant des siècles, l'Arménie a aussi versé son sang, en particulier lors des guerres russo-turques. Elle a progressivement perdu l'espace nécessaire à son existence nationale. En occupant les territoires arméniens, et fidèle à sa politique barbare du fait accompli, la Turquie a organisé en 1915-1916 le génocide du peuple arménien, qui a atteint des proportions monstrueuses. En créant l'Etat soviétique, V. I. Lénine a pris en considération la situation politique dans laquelle se trouvaient les Arméniens. Il a exigé que le gouvernement russe ait recours à tous les moyens possibles pour faire pression sur la Turquie afin qu'elle résolve la question arménienne. Il exigeait que l'Arménie occidentale soit rattachée à l'Arménie russe et que l'Arménie ainsi créée ait un accès à la mer, ce qui était nécessaire à l'existence de son peuple.

Malheureusement, la maladie du leader de la révolution puis sa mort empêchérent que soient réalisées et appliquées ses instructions et ses exigences. De plus, sous la pression de la Turquie impérialiste, le Nakhitchevan et le Karabakh, historiquement arméniens, furent annexés à l'Azerbaïdjan en tant que régions autonomes, et tout cela fut accompli en dépit du fait que, le 7 décembre 1920, le commissariat du comité révolutionnaire (azeri) aux Affaires étrangères avait publié une déclaration gouvernementale disant : « A dater de ce jour, le Haut-Karabakh, le Zanguezour et le Nakhitchevan feront partie de l'Arménie soviétique. » En raison des pressions turques, cette décision resta lettre morte. A l'époque déjà, la Turquie dressait ses plans illusoires d'islamisation de territoires russes et elle avait commencé à réaliser son projet de turquification des régions arméniennes. Et ces deux régions entrèrent ainsi de force dans la structure azerie. Aujourd'hui, il n'y a plus d'Arméniens dans le Nakhitchevan arménien et les monuments arméniens qui s'y trouvent sont détruits de la façon la plus barbare. Chaque année, la population arménienne du Haut-Karabakh décroit car des conditions de vie impossibles y ont été créées par les vrais maîtres du pays. Et le nombre d'Azeris, c'est-à-dire de Turcs, augmente au Karabakh et même à Stepanakert. A Chouchi, ancienne capitale du Karabakh, la population turque atteint 95 % de l'ensemble. Et les agents actuels du panislamisme turc déclarent bien haut : « Ce qui nous a été pris sans tirer un coup de feu par l'impératrice Catherine, les communistes nous le rendent avec des territoires en plus. Ils ne se contentent pas de jeter les habitants arméniens et russes hors du Nakhitchevan et du Karabakh, ils ont également crée une ceinture de village musulmans, qui se considèrent comme turcs, le long de la frontière sovietique. » Lorque la Turquie a rélisé l'incorporation du Nakhitchevan dans la République d'Azerbaïdjan, elle a aussi acheté à l'Iran une bande de terre afin d'avoir une frontière commune avec le Nakhitchevan. Faites s'il vous plaît l'effort de regarder la carte et vous y verrez cette bande de terre. En négligeant les principes léninistes de la politique des nationalités, en séparant de l'Arménie ses territoires historiques et en les incorporant à l'Azerbaïdjan, tout se passe comme si quelqu'un dans le passé avait agit en faveur des intérêts de l'ennemi de l'Union soviétique, la Turquie, gardienne de l'impérialisme, de l'arriération et de l'agression au sud de notre pays. Il y a maintenant de chaque côté de l'Arménie soviétique, des régions autonomes arméniennes qui sont les seules qu'on ne désigne pas, et à dessein, par leur identité nationale (comme on le fait pour les Tartars ou les Abkhazes) mais par leurs noms géographiques. Est-ce que cela ne constitue pas une violation de la politique des nationalités de notre pays?

A maintes reprises, les habitants du Nakhitchevan et du Haut-Karabakh ont demandé à Moscou que soit résolue, sur la base des principes léninistes, la question de l'incorporation à l'Arménie du Nakhitchevan et du Haut-Karabakh. A maintes reprises, des lettres signées par toute la population de ces régions arméniennes ont été adressées aux dirigeants du Parti communiste de l'Union soviétique. Il y a dix ans, le prédidium du Soviêt suprême de l'Union soviétique a publié des lettres adressées à Moscou par des travailleurs. L'une d'elle disait à juste titre : « En raison d'événements historiques, il y a quelques décennies, le Haut-Karabakh a été artificiellement annexé à l'Azerbaïdjan et, dans cette opération, le passé historique et l'identite nationale des habitants, leurs interets economiques et la volonte du peuple n'ont pas été pris en consideration. Les décennies ont passé et la question du Karabakh reste toujours à l'ordre du jour et elle est préoccupante car elle devient un obstacle à l'amitié entre deux peuples voisins. Il est nécessaire que l'Artsakh (nom arménien du Karabakh) soit réuni à l'Arménie soviétique afin que tout soit fait comme il convient. » (Note n°61, Présidium du Soviêt suprême de l'Union soviétique, 23 novembre 1977).

Cher Mikhail Sergueïevich, au nom de la victoire de la justice historique, au nom du respect des traditions léninistes, nous vous adressons un ardent appel pour que le Haut-Karabakh et le Nakhitchevan soient rattachés à l'Arménie socialiste.

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