La IVe Internationale a abordé la question de l'URSS dans presque tous ses douze congrès. Nous reproduisons ici des extraits du texte adopté par le II° Congrès mondial en 1948, qui reprend, par ailleurs, un passage essentiel du Programme de transition de 1939 ; des extraits de la résolution sur la démocratie socialiste adoptee par le Ve Congrès en 1957; quelques paragraphes d'une résolution du
X° Congrès (1974) et finalement un passage d'une résolution adopté par le XI° Congrès (1979).
1938-1948
Les tâches des bolcheviks-léninistes russes sont précisées comme suit dans le
Programme de transition :
« La nouvelle montée de la révolution en URSS commencera, sans aucun doute, sous le drapeau de la lutte contre l'inégalité sociale et l'oppression politique. A bas les privilèges de la bureaucratie ! A bas le stakhanovisme ! A bas l'aristocratie soviétique avec ses grades et ses décorations ! Plus d'égalité dans le salaire de toutes les formes de travail !
« La lutte pour la liberté des syndicats et des comités d'usine, pour la liberté de réunion et de presse se développera en lutte pour la renaissance et l'épanouissement de la démocratie soviétique.
« La bureaucratie a remplace les soviets, en tant qu'organes de classe, par la fiction du suffrage universel, dans le style de Hitler-Goebbels. Il faut rendre aux soviêts non seulement leur libre forme démocratique, mais aussi leur contenu de classe. De même qu'auparavant la bourgeoisie et les koulaks n'étaient pas admis dans les soviêts, de même maintenant la bureaucratie et la nouvelle aristoricratie doivent être chassées des soviêts. Dans les soviêts, il n'y a place que pour les représentants des ouvriers, des kolkhoziens du rang, des paysans, des soldats rouges.
« La démocratisation des soviêts est inconcevable sans la légalisation des partis soviétiques. Les ouvriers et les paysans eux-mêmes, par leurs libres suffrages, montreront quels partis sont soviétiques.
« Révision de l'économie planifiée de haut en bas, en ayant en vue les intérêts des producteurs et des consommateurs ! Les comités d'usine doivent reprendre le droit de contrôle sur la production. La coopération de consommation, démocratiquement organisée, doit contrôler la qualité des produits et leurs prix.
« Réorganisation des kolkhozes en accord avec la volonté des kolkhoziens et selon leurs intérêts !
« La politique internationale conservatrice de la bureaucratie doit faire place à la politique de l'internationalisme prolétarien. Toute la correspondance diplomatique du Kremlin doit être publiée. A bas la diplomatie secrête !
«Tous les procès politiques montés par la bureaucratie thermidorienne doivent être révisés dans les conditions d'une publicité complète et d'un libre examen. Les organisateurs des falsifications doivent en supporter le châtiment mérité.
«Il est impossible de réaliser ce programme sans le renversement de la bureaucratie qui se maintient par la violence et la falsification. Seul le soulèvement révolutionnaire victorieux des masses opprimées peut régénérer le régime soviétique et assurer la marche en avant vers le socialisme. Seul le parti de la IV° Internationale est capable de mener les masses soviétiques à l'insurrection.
« A bas la clique bonapartiste de Caïn-Staline ! Vive la démocratie soviétique ! Vive la révolution socialiste internationale ! »
Ce programme de lutte en URSS reste en grande partie valable en Russie. Les bolcheviks-léninistes russes élaboreront sur sa base des mots d'ordre spécifiques, correspondant au développement concret de la situation. Ils réclameront avant tout le retrait immédiat des troupes d'occupation russes de tous les pays occupés et l'application du droit démocratique à l'autodétermination, y compris celui à la séparation pour toutes les minorités nationales habitant l'URSS, luttant pour les
IVe INTERNATIONALE 103 républiques socialistes ukrainienne, blanc-russienne, estonienne, lithuanienne, etc. independantes.
1957
La bureaucratie soviétique avait usurpé le pouvoir sous le drapeau du « socialisme dans un seul pays »; c'est sous le drapeau du véritable internationalisme prolétarien basé sur la stricte égalité entre toutes les nations, que triomphera la révolution politique contre la bureaucratie. La bureaucratie a empoisonné les relations entre les différents Etats ouvriers, ainsi que les relations entre les différentes nationalités à l'intérieur de l'URSS par sa brutalité chauvine grand-russe et ses préjugés petits-bourgeois bornés.
La IV° Internationale condamne la conception stalinienne selon laquelle la subordination des intérêts du prolétariat mondial aux intérêts de la bureaucratie du Kremlin serait le critère de l'internationalisme prolétarien. Elle rejette également la thèse centriste, anti-léniniste, selon laquelle le chauvinisme de la grande nation oppresseuse ne serait condamné qu'au même titre que le nationalisme des petites nationalités opprimées. Tout en levant partout le drapeau de la solidarité internationale des prolétaires, elle distingue nettement entre le chauvinisme grand-russe (et grand-han) inconditionnellement réactionnaire, et le nationalisme des petites nations opprimées par la bureaucratie, qui n'est souvent qu'une déformation de la juste révolte des masses contre l'oppression nationale dont elles furent l'objet et qui ne peut modifier la nature objectivement progressive de leur lutte d'émancipation.
C'est pourquoi la IV° Internationale défend le mot d'ordre des Républiques socialistes soviétiques indépendantes et souveraines de Pologne, de Hongrie, de Tchécoslovaquie, de Yougoslavie, de Roumanie, de Bulgarie, d'Ukraine, de Géorgie, de Lithuanie, de Lettonie et d'Esthonie, tout en préconisant en même temps la confederation, sur un pied de stricte égalité, de tous ces Etats ouvriers, en une ou plusieurs fédérations démocratiques d'Etats ouvriers.
Un Etat ouvrier démocratique éduquera les travailleurs et la jeunesse dans l'esprit du respect total envers la personnalité culturelle de tous les peuples auxquels il assurera un essor illimité. Il combattra sans relâche toute manifestation de chauvinisme, de haine nationale ou raciale, d'antisémitisme, etc. Il s'efforcera d'accroître en toute occasion l'intérêt, la solidarité et la participation consciente des travailleurs de l'Etat ouvrier aux luttes des prolétaires de tous les autres pays du monde. Toute tendance au « repli national », à la subordination des intérêts de la révolution internationale à une défense de l'Etat ouvrier, si important ou progressif qu'il soit, est toujours un signe sûr de déformation bureaucratique.
1974
En Union soviétique, où près de la moitié de la population est non russe, la question nationale continue à représenter une contradiction profonde et explosive, comme l'indiquent les émeutes en Lithuanie en 1972. Les mouvements nationaux en URSS concernent des nations à différentes étapes de développement, au passé radicalement dissemblable, avançant des revendications considérablement différentes et variant non moins en force et quant à leur caractère politique.
En Ukraine et dans les Républiques baltes (les Républiques non russes les plus développées), la décennie passée a vu la montée d'une opposition vigoureuse qui entraîne dans ses rangs des travailleurs de l'industrie et de l'agriculture. Les divers courants que comprend cette opposition ont avancé des revendications pour l'auto-gouvernement démocratique des Républiques, la restauration de la langue nationale en tant que langue officielle de l'administration publique, pour en finir avec le chauvinisme grand-russe, et pour une République socialiste indépendante.
La lutte pour rétablir les normes léninistes dans la question des nationalités est une tâche centrale de la révolution politique. La revendication d'auto-détermination des nationalités non russes et en particulier la revendication d'une Ukraine socialiste indépendante est une revendication démocratique qui mérite l'appui de tous les marxistes révolutionnaires.
1979
Tout aussi frappant est le rôle de plus en plus important que jouent la résistance contre l'oppression nationale et les ressentiments contre des inégalités nationales, dans la lutte générale pour rejeter la langue de la dictature bureaucratique. En URSS, ce sont à peine 50 % de la population qui se considèrent comme russes. Les activités des Ukrainiens, des nationalités baltes, de celles du Caucase, des Tartares de Crimée et des Juifs soviétiques, pour ne citer que ces exemples, créent des problèmes particulièrement gênants pour les bureaucrates staliniens, dans la mesure où ils se rapportent au droit à l'autodétermination nationale. En Géorgie, en Arménie et en Azerbaïdjan, les manifestations d'avril 1978 ont d'ailleurs arraché quelques concessions au gouvernement.
La tentative de Moscou d'éliminer les garanties linguistiques reflète l'intention de la bureaucratie de supprimer tous les restes de la politique leniniste envers les nationalités. Elle confirme cependant aussi que le souvenir de cette politique subsiste sur une grande échelle dans les masses et qu'elle ne pourra être supprimée sans de grandes batailles. Les luttes à ce propos peuvent éclater rapidement et obtenir des résultats.
Dans les pays d'Europe orientale, le problème de la libération nationale est également devenu aigu, étant donné la domination oppressive, économique et militaire, du Kremlin. La lutte des peuples tchécoslovaques pour le retrait des troupes du Pacte de Varsovie en fournit un exemple. La dictature stalinienne en Europe orientale et la politique prétendant « construire le socialisme dans un seul pays » n'ont pas seulement bloqué la solution du problème national mais l'ont même rendu plus explosif.
Une querelle se developpe concernant la négation des droits nationaux de la minorité hongroise en Roumanie. Le régime roumain lui-même a renouvelé ses
IVe INTERNATIONALE 105 105 revendications considérant les habitants de la Moldavie, incorporée en URSS, comme faisant partie du peuple roumain. La Bulgarie et la Yougoslavie ont un désaccord aigu concernant la question de la Macédoine.
Les révolutionnaires prolétariens comprennent que les luttes autour de la question nationale constituent une partie centrale de la lutte d'ensemble contre le regne arbitraire de la bureaucratie et pour la democratie ouvriere. Il ne s'agit pas seulement de comprendre comment la révolution politique pourra promouvoir la lutte contre l'oppression nationale, mais de manière bien plus décisive encore comment les luttes autour de la question nationale contribueront au développement de la révolution politique.
La IV° Internationale défend le mot d'ordre de Républiques socialistes indépendantes réellement souveraines pour la Pologne, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie, la Roumanie, la Bulgarie et l'Ukraine, en prônant simultanément la confédération de tous ces Etats ouvriers sur une base de stricte égalité en une ou plusieurs fédérations démocratiques d'Etats ouvriers.