Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 29-30

Mai 68, ETA VI et IVe Internationale

Bikila · Quatrième Internationale, n° 29-30 · août-décembre 1988 · p. 137-140 · 1 198 mots

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L'interview qui suit a été accordée en juin 1988 par le camarade Bikila, dirigeant de la LKI, l'organisation de la IVe Internationale en Euskadi. • En 1968, Euskadi était encore sous la dictature de Franco. Quelle était à cette époque la situation de notre mouvement ? Notre mouvement n'existait pas. plus exactement, il n'y avait pas d'organisation liée à la IV° Internationale. Il n'y avait pas non plus de résidu d'une vieille organisation ni une tradition trotskyste. Le seul « marxisme » connu était celui représenté par le Parti communiste d'Euskadi (PCE). Il ne faut pas oublier que le POUM lui-même n'eut jamais une base réelle en Euskadi, à part ce que représentaient les frères Arenillas. par conséquent, lorsqu'on a commencé à recevoir les premières informations sur la IV° Internationale, cela semblait un peu exotique. Si la référence concernait des « trotskystes » à la Posadas, on avait l'impression qu'il s'agissait d'une bande d'illuminés. Je me rappelle qu'en prison, en 1967, on m'a fait voir une brochure qui traitait de la guerre des galaxies (pas d'une guerre des étoiles à la Reagan. mais d'une guerre menee par des soi-disant martiens) et qui. tout en étant signée Posadas. se terminait par « Vive Posadas ! » • Quel a été l'impact des érénements de 1968-1969 dans le mouvement ouvrier d'Euskadi ? L'impact a été indirect. Il faut tenir compte du fait que nous étions sous une dictature qui fermait les frontières et exerçait une censure très dure sur toute information. On savait que quelque chose d'important était en train de se passer en France, qu il ne s'agissait pas uniquement d'une « revolte d'etudiants » et qu il y avait même une grève générale. Mais nous ne savions pas quelle était la dimension réelle de ces événements. Par ailleurs. le PCE, le seul parti qui était en condition de nous informer sur les événements, se gardait bien de le faire ou donnait tout au plus la version du PCF. Il faut tenir compte en outre que nous étions dans une phase de résurrection du mouvement ouvrier et du mouvemnt nationaliste avec des changements considérables dans l'avant-garde de ces deux mouvements. Il y avait ceux qui proclamaient deja qu'il etait necessaire d unifier lutte nationale et lutte sociale sous une seule direction révolutionnaire et faisaient référence sous une forme ou sous une autre aux pays du tiers monde (stratégie de libération armée et de lutte révolutionnaire armée). C"est au début des années soixante-dix que. par l'intermédiaire d'une nouvelle génération d'exilés. d'étudiants qui allaient à Paris pour échapper à l'asphyxie culturelle de la dictature et de secteurs d'émigrés. les messages, les discussions et les « leçons » de Mai 68 - de mème que les evenements de Tchecoslovaquie et l'offensive du Tet au Viet-nam -ont commencé à influencer l'avant-garde ouvrière et nationaliste. • Comment les militants qui se réclamaient déjà du marxisme révolutionnaire ou s'approchaient du mourement révolutionnaire ont ressenti le rôle joué par nos camarades dans les érénements de Mai 68 ? Ce sont les premiers exilés de l'ETA qui nous ont informé qu'il y avait des trotskystes parmi les forces de Mai 68 et qu'une bonne partie d'entre eux avaient joue un róle fondamental (Krivine. etc.). Mais nous avons subi surtout l'impact des idées d'Ernest Mandel sur Mai 68 et sur les problèmes révolutionnaires en géneral. puisque ses livres commençaient a être diffuses dans les organisations revolutionnaires et dans les prisons. • Quelles ont été les motivations politiques et théoriques qui ont incité des militants révolutionnaires à devenir des membres d'une organisation liée à la IV" Internarionale dans | Etat espagnol ? Notre génération avait une qualité révolutionnaire extraordinaire. Encore aujourd'hui. ce sont ceux qui se sont formés à l'époque qui animent les initiatives révolutionnaires — peu nombreuses ! - qui subsistent. Mais cette génération était

MAI 68, ETA VI et IV° INTERNATIONALE 139 idéologiquement et théoriquement très limitée. C'est pourquoi elle représentait un terrain ouvert à tous les courants qui se réclamaient du marxisme. c'est-à-dire staliniens. maoïstes. guevaristes. trotskystes. tiers-mondistes et tout cela melange à ce qui avait survécu des vieilles traditions de 1936. Au sein de l'ETA coexistaient pratiquement toutes les nuances. En ce qui concerne plus directement les militants qui ont forme ETA VI et ensuite la LKI. nous étions sous l'impact puissant de la cohérence et de l'acquis théorique et stratégique des écrits trotskystes (classiques et modernes). En effet. ces écrits répondaient à toutes les questions que nous nous posions : pourquoi les partis communistes étaient-ils réformistes et quel rapport y avait-il entre ce fait et l'URSS ? Pourquoi dans les pays dits socialistes tirait-on sur les ouvriers comme le faisait chez nous une dictature fasciste ? Comment l'internationalisme expliquait-il ce qui unissait et ce qui divisait les trois types de sociétés qu'on connaissait. ou. en d'autres termes. les trois secteurs de la révolution ? Comment était-il possible et nécessaire de combiner liberté d'opinion et de discussion et unité du parti dans l'action? Pourquoi dans des mouvements révolutionnaires existaient un culte du chef et un rituel quasi religieux ? Enfin. nous étions attirés par toute une façon de penser. toute une méthode d'aborder les problèmes et par ce qui était. à nos yeux. le plus important. c'est-à-dire une stratégie de révolution socialiste qui envisageait la chute de la dictature dans une perspective révolutionnaire et non pas dans une perspective de « reconciliation nationale ». • Peut-te nous expliquer comment un secteur de L'ETA a évolué vers le marvisme rérolutionnaire, s'est unifié avec la LOR et a adhéré à la I " Internationale? J'ai déjà répondu en partie à cette question. Mais je veux expliquer un peu plus. Un double phénomène se produisait à ce moment-là dans T'ETA. D'un côte. juste avant le procès de Burgos, s'était précisée la scission entre l'aile lutte de classe et l'aile nationaliste. Cette rupture nous a amenés à approfondir tous les aspects d'une stratégie et d'une idéologie lutte de classe. Nous sommes arrives à la conclusion que libération nationale et nationalisme n'étaient pas la méme chose. alors qu'auparavant nous estimions qu'ils étaient des synonymes. Par conséquent. nous avons comence a remettre en question le nationalisme et finalement nous l'avons rejeté. En même temps. nous avons remis en question un axiome sacro-saint. celui de la lutte armée telle que nous l'avions conçue jusqu'alors. Nous avons adopté une conception plus insurrectionnaliste. c'est-à-dire une stratégie liée à l'organisation et au développement d'affrontements au niveau des masses.

D'autre côté. il existait un vide stratégique qui n'était pas comblé par nos progres limités. Cela d'autant plus que nous étions confrontés à des versions multiples du marxisme. et les militants. qui avaient eu surtout une formation activiste et subissaient les conséquences d'un travail dans la clandestinite. étaient peu prepares a discuter. Ainsi, une nouvelle division s'est produite parmi nous sur la question de savoir quel marxisme nous devions adopter. Les camarades qui partageaient deja les idées de la LCR française ont gagné rapidement la bataille. tout en ne réussissant pas à éviter la scission.

française. Ce n'est qu'après notre décision d'accepter le projet marxiste révolutionnaire que nous avons établi avec elle des rapports qui devaient déboucher sur propre réflexion.

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