Le texte qui suit a été écrit pour le débat qui a précédé le congrès de fondation de la LCR qui devenait, à la suite de ce congrès et de la reconnaissance par le IX° Congrès mondial(avril 1969). la section française de la IV° Internationale.
A moins de réduire son action à un activisme stérile (qui ne peut pas durer longtemps), toute organisation révolutionnaire se doit d'avoir une conception stratégique de la lutte qu'elle mène pour l'instauration de la société socialiste : comme nous le verrons, cette stratégie m'a de sens qu'inscrite d'emblée dans lo lutte des classes au niveau international. Qu'on le veuille ou non, le point de vue internationaliste n'est pas un luxe qui s acquiert des que la lutte révolutionnaire a dépassé un certain seuil, il est une condition de son développement historique. (Bien entendu, cela ne signifie pas que ce soit une condition du démarrage des luttes : le point de rue internationaliste n'est pas une donnée immédiate.)
L'internationalisme n'est pas seulement une attitude d'esprit qui permet de produire de meilleures analises; ce n'est pas seulement le point de rue international : c'est la compréhension pour des marvistes, c'est-à-dire la traduction en termes pratiques, de l'interaction objective des différents secteurs de la révolution mondiale Init a évidemment aucune conception « en soi » de l'internationalisme prolétarien : toutes sont rattachées à des grands courants du mourement ouvrier.
Nous avouons donc tout de suite que nous sommes incapables de nous livrer à une analyse « objectire» de l'internationalisme prolétarien, pour en arriver ensuite « naturellement » à la conclusion qu'il faut adhérer à la IV" Internationale. En un certain sens donc, bien des conclusions serom présentes dans nos hypothèses : nous dérelopperons la conception trotskiste de linternationalisme prolétarien et ses implications militantes. En d'autres termes, nous ne craignons pas d'avoir des à priori (c'est la condition de toute démarche scientifique), la question n'est pas de savoir s ils existent, mais sils sont wais ou faux non pas en fonction d'une logique abstraite, mais au moren de leur vérification historique.
Le but de ce texte est limité: il est de montrer la fonction acteile de l'Internationale comme outil indispensable pour la construction d'une Internationale révolutionnaire « de masse ». Plutot que de nous livrer a des micro-analises necessairement caricaturales sur la situation et les forces rérolutionnaires internationales, nous preferons remorer les camarades à des leves plus consistants (theses des precedents congrès mondiaux, projets de thèses du prochain) : nous nous sommes délibérément limites a l'aspect organisationnel (au sens large) du problème de / Internationale.
Comine nous sommes de bons matérialistes, nous sommes intimement convaincus que les formes d'organisation (façon dont les hommes coordonnent leur action dans un but détermine) son très fortement liées aux conditions objectives dans lesquelles ils opèrent.
Mais le léninisme nous enseigne que les hommes ne sont pas passifs dans le processus historique: une situation déterminée a souvent plusieurs « possibles » (cas de crise révolutionnaire): donc. dans certaines limites, objectiement fixées, la question de lorganisation est tout à fait déterminante.
Somme toute, le but unique de ce teste est d'étudier les implications théoriques et organisationnelles qui decoulent pour nous de cette idee fondamentale: ce tevie n illustre alors qu'une seule idee. qui est loin d'être originale: c est que, " compris du point de rue de l'organisation. à terme. «c'est l'existence qui détermine la conscience ».
L'internationalisme prolétarien
Ce qui, pour nous, fonde objectivement l'internationalisme prolétarien. c'est l'existence du marché mondial.
« Le marxisme procede de l'économie mondiale, considérée non comme la simple addition de ses unités nationales. mais comme une puissante réalité independante créée par la division internationale du travail et par le marche mondial qui. à notre époque. domine tous les marchés nationaux. Les forces productives de la société capitaliste ont depuis longtemps dépassé les frontières nationales...
CONSTRUIRE L'INTERNATIONALE 123
« Il n'est pas vrai que l'économie mondiale ne représente que la simple somme de fractions nationales similaires. Il n'est pas vrai que les traits spécifiques ne soient "qu'un supplément aux frais généraux" . une sorte de verrue sur la figure. En réalité. les particularités nationales forment l'originalité des traits fondamentaux de l'évolution mondiale. Cette originalité peut déterminer la stratégie révolutionnaire pour de longues années. Il suffit de rappeler que le prolétariat d'un pays arrière a conquis le pouvoir bien avant ceux des pays avances. Cette • simple leçon historique demontre que. contrairement aux affirmations de Staline. il serait tout à fait erroné de fonder l'activite des partis communistes sur quelques traits généraux. c'est-á-dire sur un type abstrait de capitalisme national. Il n'est pas du tout vrai que l'internationalisme des partis communistes se fonde sur cela. En réalité. il repose sur la faillite de l'Etat national qui est une survivance qui freine le développement des forces productives. On ne peut ni réorganiser ni même comprendre le capitalisme national si on ne l'envisage pas comme une partie de l'économie mondiale. Les particularites économiques de differents pays n'ont pas une importance secondaire. Il suffit de comparer l'Angleterre et l'Inde. les Etats-Unis et le Brésil. Les traits spécifiques de l'économie nationale. si importants qu'ils soient. constituent. à un degré croissant. les éléments d'une plus haute unité qui s'appelle l'économie mondiale et sur laquelle. en fin de compte. repose l'internationalisme des partis communistes.
« Si on examine la Grande-Bretagne et l'Inde comme deux variétés extrêmes du type capitaliste. on arrive à la conclusion que l'internationalisme des prolétariats anglais et indien se fonde sur l'interdependance des conditions. des buts et des méthodes et non sur leur identité. Les succès du mouvement de libération en Inde déclenchent le mouvement révolutionnaire en Angleterre et vice versa. Une société socialiste autonome ne peut être construite ni en Inde. ni en Angleterre. Les deux pays devront faire partie d'une unité plus élevée. C"est en cela. et en cela seulement. que reside la base inebranlable de l'internationalisme marxiste. " (L. Trotski: préface de ledition française à la Revolution permanente. 1930.)
Pour les marvistes résolutionnaires, il ne s'agit donc en aucune façon de nier l'autonomie el la spécificité des luttes de classes « nationales ": il sagit d'en comprendre les tenants, les aboutissants et les limites. Deux facteurs nouveaut sont intervenus depuis lépoque ou Trotskt écrivait ces lignes : Tevtreme centralisation par l'impérialisme américain de la lutte contre-rérolutionnaire et la rérolution anti-bureaucratique dans les Etats ouriers.
Si les contradictions inter-impérialistes n'ont pas disparu (cf. la crise monétaire internationale). il est maintenant peu probable qu'elles puissent ètre à l'origine de guerres mondiales (type 1914-1918 ou 1939-1945). Derant l'actualité de la révolution prolétarienne à l'echelle mondiale, le monde capitaliste dispose maintenant d'un «gendarme international »: les Etats-Unis. Il ne sagit éridemmem pas d'une décision democratiquement prise par les differentes bourgeoisies nationales. mais ceci correspond à l'exceptionnelle importance de la pénétration des intéréts du capitalisme americain dans les diverses régions du monde.
L'impérialisme américain a, quant à lui. compris la signification de la « révolution permanene » (grace à l'expérience cubaine, notamment) : il sait que dans les conditions actuelles de décadence de l'impérialisme, tout mourement révolutionnaire d'une certaine ampleur pose objectivement la question du socialisme.
On doit alors être persuadé que, quels que soient ses intérets économiques locaux; l'impérialisme américain interviendra arec toute la violence possible. L'Amérique latine est peut-être l'exemple le plus parlant : cela signifie que miser à court terme sur le succès d'un second Cuba (par evemple en Bolivie ou la situation nationale est «plus que révolutionnaire ») est utopique. Il serait irresponsable voire criminel d'attendre que la « pratique » des masses le proure. Très concrètement et sans vouloir faire de « blanquisme planétaire », il s'agit, pour les révolutionnaires latino-américains, de préparer les conditions d'une guerre civile continentale prolongée.
Dans les Etats ouriers, L'imernationalisme se manifeste à deux niveaut :
1. En ce qui concerne la solidarité objective qui lie les travailleurs et l'intelligentsia russes, tchèques, slovaques, polonais, etc., c'est évident. Intervenant en Tchécoslovaquie de façon militairement écrasante, « au nom du camp socialiste dans son ensemble », l'URSS a en mème temps donné les dimensions internationales de la révolution antibureaucratique. Les révolutionnaires de ces pars comprennent que les Soviétiques ne quitteront pas la Tchécoslovaquie sous la seule poussée des masses tchécoslovaques, mais qu'il faut que ces troupes soient appelees simultanement dans d'autres pars (y compris l'URSS). De ce point de vue, la coordination des luttes antibureaucratiques n'est nullement une perspective abstraite, elle est au contraire une condition nécessaire de développement de tout mourement national tant soit peu responsable.
2. Le deuxième point concerne les rapports qui existent entre la lutte antibureaucratique et la lutte anticapitaliste. S'il est facile, pour nous, de comprendre que foute lutte anticapitaliste qui n'est pas en même temps une lutte antibureaucratique est vouée à l'échec (ne serait-ce que parce que le principal support de l'idéologie bourgeoise actuelle est le repoussoir stalinien), la réciproque est tout a fait vraie : la bureaucratie craint peu lattaque seulement « antibureaucratique » au nom de la liberté en général. L'evemple de ce qui s'est passé en Pologne est de ce point de vue intéressam. I! a quelques années, un petit groupe a rompu avec Modselewski et Kuron sur le thème « du réalisme »: en substance, il disait: l'anticapitalisme et le marvisme sont des choses très importantes. Ceci étant, partons des forces réelles qui existent en Pologne et qui sont opposées à la bureaucratie: elles ne peuvent pas comprendre la signification de la lutte anti-impérialiste, et le mot mème de « marvisme » leur fait horreur (comment en serait-il autrement?) : donc, oublions provisoirement ce qui nous divise (réferences aux marvisme) et faisons lunion de tous les bons Polonais contre la bureaucratie.
Très pratiquement, ceci a signifié des tentatives d'alliance sans principe avec des forces cléricales réactionnaires (ce qui était facile à prévoir) et, sur le plan même du réalisme, Taffaire a échoue: la bureaucratie polonaise etant tout a fait capable, si la nécessité s'en fait sentir, de faire des compromis bien plus arcintagent pour ces forces reactionnaires.
En revanche, cette même bureaucratie est tout à fait désarmée devant une critique marviste, il ne lui reste que la répression policière. Mais ce n'est pas par leur seule « pratique » que les masses des Etats ouriers pement acquérir une claire
CONSTRUIRE L'INTERNATIONALE 125 conscience de la nécessité de la lutte contre le capitalisme et l'imperialisme: l'existence dans les pars capitalistes de courants révolutionnaires nettement amibureaucratiques et la liaison organique quand elle est possible est un facteur capital de leur maturation.
En conclusion, il faut bien voir que ce qui résulte de la conception générale que nous avons de l'internationalisme prolétarien, tenant compte du fait que la révolution prolétarienne a lechelle mondiale a suivi une voie beaucoup plus detournee que ne laraient pense Marx et Lenine, peu se résumer ainsi: comprendre la realite révolutionnaire d'aujourd'hui, c'est comprendre les rapports réciproques (dialectiques) qui existent objectivement entre la révolution anticapitaliste, la revolution coloniale et la révolution politique (antibureaucratique) : la conscience que peuven en avoir « les masses » à un momem donné est loin d'etre indifférente, mais n'est qu'un moment de celle analyse.
Pour une internationale révolutionnaire « de masse »
Personne ne nie la nécessité d'une internationale révolutionnaire de masse qui. seule, serait capable de traduire en actes le mot d'ordre du Che : " Créer deux, trois. plusieurs Vietnam », qui condense au miens les taches stratégiques du mouvemen révolutionnaire : personne ne nie qu'une telle Internationale devrait eridemmem rassembler les principales forces rérolutionnaires qui evisten (rérolutions vietnamienne, cubaine, chinoise, arabe...).
Malheureusement, si l'on reut sortir du «journalisme », si l'on reur éviter de rester perplexe et impuissant devant le giganesque fosse qui sépare celle conception « idéale » et la réalité de 1969, on ne peu en rester là. Affirmer que la construction d'une telle internationale est l'objectif "° 1 des marxistes révolutionnaires n'est pas faire du « fetichisme d organisation », mais traduit sur ce plan le fait que la crise de l'humanite, aujourd hui, à l'époque de décadence de l'impérialisme, c'est la crise de sa direction révolutionnaire.
Ceci étant, une telle internationale. aujourd hui, n'eviste pas. Et donc. le problème qui se pose pour les révolutionnaires, c'est de roir comment, concrètement, ils peuvent aurer dans le sens de sa création. Se contenter d'attendre que « les masses » en aient compris la nécessité ou mème que les mouvements rerolutionnaires laient écrit dans leur programme, par suite de « leur pratique», decoule dun raisonnement aussi naif que le suivant: en France, la principale force révolutionnaire est la classe ourière : or, aujourd'hui, il est manifestement impossible d'en organiser des fractions importantes sur un programme révolutionnaire : conclusion. la création d'une organisation révolutionnaire nationale est volontariste, prématurée et bureaucratique.
Théoriquement, une telle position peut bien apparaitre comme « réaliste » (elle part des forces qui evistem...), pratiquement, c est une demission pure et simple dissimulée derrière un bavardage général. Vous avons déjà montré que « le spona- néisme national » rejoint le réformisme révolutionnaire quand il laisse entendre que «le but n est rien : le mourement tout ». I n est pas question d etendre mecaniquement notre critique du spontaneisme national au niveau international (« les frontieres, on s'en fout! »): on ne peut nier les traits spécifiques nationaux (voir pages précédentes). Mais, précisément, si on veut les comprendre et ne pas être dominé par eut, c'est nécessairement du point de vue international qu'on doit partir. Là-desszs, tout le monde est d'accord! Mais il ne faut pas avoir là une démarche intellectualiste naire: à moins qu'on ne limite son « action » à écrire d'excellents ouvrages en chambre (et encore!). le fait que, pour l'analise et pour l'action. on décide de partir du point de rue international n'est pas seulement une question subjective (bonne rolonté) : les individus et les organisations ne sont pas des abstractions qui évoluent eternellement de façon indépendante de leur existence et de leur pratique, et ce pour deux raisons :
1. Il n'est pas vrai, pour des marxistes, que le point de vue international puisse ètre à terme séparé de l'action consciente menée à ce même niveau.
?. Il n'est pas vrai que, de façon générale (en dehors de crises révolutionnaires). les luttes de classes quotidiennes nationales entretiennent le point de rue internationaliste, c'est même plutôt l'inverse qui est vrai.
La dialectique du toit et des murs
Pour nous, l'internationale ne saurait etre conçue comme laboutissement final nécessaire du processus de développement et d'implantation des différentes organisations révolutionnaires nationales. Il est faux de croire que la première tâche est la construction d'organisations révolutionnaires nationales (les murs) et qu'ensuite seulement se tromera posé dans les faits le problème de la direction internationale (le toit). En vérite, ces deux processus sont dialectiquement liés: le point de rue internationaliste ne nait pas spontanément de l'existence nationale. Il doit nécessairement, dans une certaine mesure, lui etre apporté du dehors. Toute la question est de savoir comment, et deviter, tant que faire se peur, que cet apport exterieur ne soit qu'idéologique. Aujourd'hui, la IV° Internationale est le seul regroupement rérolutionnaire qui poursuit le même combat que le nôtre. Elle représente le seul instrument nous permettant d'atteindre et de conserter ce fameut « point de rue international » théorique et pratique. Elle a objectivement joué ce role en France, il s'agit maintenant de l'assumer de façon responsable, ce qui n'est pas seulement une nécessité nationale mais aussi une nécessité internationale
Entendons-nous bien : il ne s'agit pas de faire de jeu de mots en disant: il l'a , puis la Il° , puis la Il". La Il' est morte, mais nous sommes internationalistes, hemreusement il t la I" ! Il s'agit de comprendre le rôle actuel de la IV° en fonction des nécessités stratégiques de l'heure. Se contenter de dire : entre les diverses internationales, il ! a eu des trous : pourquoi ni en aurait-il pas aujourd'hui ? est un raisonnement par analogie, superficiel qui, sous couvert de réalisme, ne tient compte ni de la réalité passée, ni de la situation concrète actuelle : il oublie un problème capital: la continuite de la pensée (et donc de laction)
CONSTRUIRE L'INTERNATIONALE 127 internationaliste. Effectivement, entre la Il' et la III° Internationale, quelques individus (et pas n'importe lesquels: Lénine. Trotski: Rosa...) ont pu assurer cette continuité théorique et pratique sans organisation internationale constituée, leur but étant, depuis 1914, di parvenir. Mais aujourd hui. la réalite rérolutionnaire mondiale est infiniment plus complexe qu'à l'époque de Lénine (voir thèses des congrès mondiaux). Elle englobe dans leurs interactions réciproques les crises du capitalisme, du néo-colonialisme et du stalinisme. Qui peut croire que la continuité de la pensée marviste révolutionnaire (qui n'est pas la mise au frigidaire de plats cuisinés par nos maitres à des fins de conseration mais qui implique l'analise concrète de la situation concrète) puisse etre le fait de quelques individualites sans un minimum d'organisation internationale centralisée et démocratique impliquant un minimum de responsabilités d lissue (et à l'origine) de ses analises ?
La IV" Internationale n'est pas l'internationale révolutionnaire de masse dont nous avons besoin, mais elle n'en a pas moins le role esseniel d'assurer la continuité vivante du marxisme révolutionnaire. De ce point de vue, il est hors de doute pour tous que son evistence en tant qu'organisation imernationale en est une condition nécessaire. Qu'elle ne soit pas suffisante, c'est certain (notammem parce qu une serie de ses sections som encore tres faibles). Mais si on reut contester de façon convaincante ce rôle essentiel de la I" Internationale. il faut en finir avec les querelles bisantines et philosophiques, prendre ses analises théoriques et politiques essentielles, prouver qu'elle se trompe el proposer une ébauche de programme distinet, en bref. placer la discussion sur le terrain politique.
Jusqu'à maintenant, nous avons surtout développé dans ce levie des idées asse= générales fondées sur l'application du matérialisme historique, sur les rapports dialectiques entre idees, actions, programmes, erc.
Nous allons maintenant prendre quelques evemples « concrets », à l'appui de nos thèses.
Falce Martello :
June expérience négative Cest, au départ, un noran de militants rerolutionnaires a Milan. travaillant essentiellement dans les organisations communistes de jeunes (étudiants) et animées par des camarades de la section italienne de la IV" Internationale. Abstraction faite des différences entre le PCI et le PCF. c'est une expérience asse= analogue à celle de la fraction de gauche dans / CEC (possibilite meme de sortir un journal public Falce Martello). Ces camarades étaient parmi les meilleurs dirigeans de masse du mourement étudiant; ils ont rompu il !' a un an et demi environ avec la section italienne estimant que la IV" Internationale était non seulement sclérosée mais sclérosante. Nous reviendrons sur leur argumentation, mais le point qui nous intéresse est de comprendre comment des militants relativement formés et qui nous quittés sans désaccords majeurs avec nos analises ont pu crier quelques mois plus tard : « Vire Ho-Chi-Minh! Vire Mao! Vise Staline! Vire Beria'! » (sic). Vorons d'abord leur argumentation sur la « sclérose » de la IV'" . en substance. ils disaient ceci : que nous sorons ou pas membres de l'Internationale, nous devons être capables de la juger avec des critères objectifs (attention au fétichisme de sa propre organisation !) et, comme toute organisation politique, la I° Internationale n'échappe pas au fait qu'elle est un produit de l'histoire. Qu'on le reuille ou non. l'histoire qu'a traversée la IN° Internationale depuis sa création — et malgré elle - c'est l'histoire du reflux de la révolution internationale. Elle a peut-être joué un role positif pendant toute cente période (ne serait-ce que pour transmettre « L'héritage idéologique », mais son organisation, son programme et ses hommes restent le produit de ce passé. Aujourd'hui, la situation est radicalement nomelle (luttes étudiantes, Cuba. Corée. Viêt-nam, voire la Révolution culturelle, sait-on jamais) : il ne s'agit plus de préserver un quelconque acquis ideologique, mais de faire la preme pratique qu on sait diriger des mourements de masse: de ce point de rue. la IV" Internationale parait aujourd hui un outil depasse.
Il ! a eu. bien entendu, de longues discussions avec ces camarades, leur expliquant quitt avait là une fort jolie démonstration philosophique permettant de comprendre éventuellement comme la I° se serait sclérosée, mais qu'il manquait un maillon logique indispensable, à savoir la démonstration effective de cette sclérose. Que cette démonstration n'était pas faite, et que pour la faire, il fallait avoir l'audace de discuter politique. Comment? Il fallait prendre depuis la Libération tous les phénomènes nomeaux non prévus par les maitres et critiquer si possible les analyses et l'intervention de la IV" : ces phénomènes nouveaux étant essentiellement: - la forme actuelle de la domination capitaliste: le « néo-capitalisme » et ses contradictions : — la crise du stalinisme qui n'était pas exactement celle prévue par Trotsht : - la signification de la rérolution coloniale : - la signification et le róle propre de la radicalisation de la jeunesse (liée au néo-capitalisme).
De plus, ces camarades faisaient une confusion entre la façon dont l'acquis du marvisme révolutionnaire leur avait été transmis (textes, conferences, écoles) et la façon concrète dont il avait été élaboré historiquement qui, elle. est inséparable des luttes qu'avait menées la IV° Internationale. Sil est vrai qu'actuellement une nomelle période somre, qui nous donne des possibilités d'action inconnues jusque-là, il n'en est pas moins superficiel d'opposer la période passée à la période actuelle comme celle de l'idéologie à celle de la pratique.
Ces camarades ont néanmoins quitté la IV° en disant que leur appartenance actuelle à l'Internationale, non seulement ne leur apportait plus rien de concret, mais encore constituait un frein pour leur développement en divisant artificiellement « le mourement » sur une question purement idéologique, stalinisme ou trotskisme. Le danger principal était actuellement « de plaquer de l'idéologie sur du réel » (sic). A la question, pourtant essentielle : comment allez-vous pomoir rous déterminer sur les problèmes internationaux? ils ont répondu qu'il n'était pas utile d'être membre de la I* pour pouroir lire d'excellentes revues (Monthly Review, Pensamiento critico, les Temps modernes et, bien entendu, la resue de la IV", etc.). Ce qui est exact.
CONSTRUIRE L'INTERNATIONALE 129 Mais, malheureusement, toutes ces revues ne disem pas la même chose sur le même sujet. Alors, de deux choses Tune : ou bien on estime qu'il n'est pas utile de choisir. et alors on condamne son mouvement à mètre qu'un regroupement spontanéiste oscillant au gré des circonstances ou bien on estime que l'internationalisme prolétarien a un sens et qu il faut choisir. Comment faire ce choix? Par la discussion. certes, c'est-i-dire, en fait, par la lucidité et les connaissances plus ou moins grandes de quelques camarades milanais. On se troue alors dans une simation paradovale : on a voulu chasser lidéologie par la porte, elle rentre, el à flots, par la tenèrre.
Que sest-il passé après la rupture? Ces camarades on en deux volontés louables :
1. Développer leur organisation che: les émudiants milanais el si possible. l'étendre.
?. Conserver une certaine pureté idéologique (le fameux point de rue international). c'est-à-dire maintenir l'essentiel de l'acquis trotskiste, mais pas son « passif'». L'organisation et létiquette.
Le cas de Voix ouvrière
Nous avons la un cas d organisation « trotskiste-nationale ». Elle a été dissoute mais ca nest pas un procès d'intention de dire qu'une organisation conservant aujourd hui ses analises devrait en meme temps et malgré sa volonte. renoncer a construire une organisation rerolutionnaire internationale. Apres pres de trente ans d'existence, la Vois ouvrière' n'a d'ailleurs jamais concrètement avancé dans ce sens. malgré plusieurs tentatives « non sectaires ». Essavons de comprendre pourquoi. Essentiellement parce que Voix ourière procédait sur toutes les questions internationales à une analise dogmatique (ce qui n'est pas sans consequence sur le plan national, évidemment). La démarche est la suivante : elle juge de la signification de tel ou tel erénement international par la seule comparaison de ce quelle en sait aver ce qu'ont écrit (et à propos d'érénements différents) d'excellents aneurs (Marx: Lénine. Rosa et surtout Trotsk!" ). Ainsi péle-mèle. la Chine. la Yougoslavie. la Tchécosloraquie, Cuba et le Vier-nam ne son pas des Elats ouriers et puisqu'il faut bien quils soient quelque chose, ce sont donc des Etats bourgeois (d'un genre particulier cela la sans dire). En effet. pour abattre le capitalisme et instaurer un Etat ourier il faut, tous les maitres l'ont écrit, l'intervention révolutionnaire du prolétariat dirigé par un parti marviste-léniniste. Or. on n'a rien vu de tel dans les pars precites, donc...
Ence qui concerne la Tchécosloraquie, les camarades de Voix ouvrière étaient. sur le plan de l'analise concrète, dans une situation intenable : accepter la classification entre L'Etat ouvier et l'Etat bourgeois comme avant un sens, placer l'URSS dans la première, la Tchécoslovaquie et la France dans la seconde. c'est se livrer à une gimnastique ridicule dont la seule fonction est de perpétuer la tradition de l'organisation. Mais il est évidemment impossible qu'avec une telle « théorie » on puisse comprendre et à fortiori agir. Mais peu importe, les positions sur la Tchécoslovaquie avaient surtout une vertu interne.
L'attitude de Voix ourière sur la révolution cubaine était encore dictée par les memes considerants. Ces camarades ont été jusqua écrire que « le Che est un représentant typique (sic) de la petite-bourgeoisie ». Venant de Latino-Américains, une telle affirmation ne pourrait etre que le fait de contre-révolutionnaires conscients. Venant de la part de camarades de Voix ourière, elle n'exprime rien de plus que leur irresponsabilite au sens strict.
Donc, aussi bien sur la Tchécosloraquie que sur Cuba, les camarades de Voix ouvrière défendaient une position aberrante : mais le plus grave n'est pas là, il est qu'on voit mal pourquoi ils auraient pu évoluer, les limites étroitement nationales de leur action ne leur donnaient ni cette possibilité ni cette nécessité. Répétons-le encore une fois: « Le point de rue international » ne nait pas spontanément du cadre national. La conscience de l'organisation n'est pas, à terme, indépendante de son existence nationale ou internationale.
La très légère évolution des camarades de Voix ouvrière sur la révolution vietnamienne est de ce point de rue révélatrice. Il s'agissait pour eux d'une révolution nationale bourgeoise sans parti prolétarien indépendant ne pouvant donc mener à terme qu'à la trahison. La logique de cette position était donc de se limiter à la dénonciation des crimes de l'impérialisme américaine et de ne pas participer à la mobilisation qui luttait pour la victoire du FNL. Ceci etant, ils ont ete amenés à faire deux constatations empiriques, à un niveau purement national : — les travailleurs à qui ils diffusaient leurs bulletins « de boites » comprenaient de plus en plus difficilement (en fait sur ce point leur conscience internationaliste était plus grande que celle de Voit ouriere) : - dans le Comité Viêt-nam national (CNV) ils rosaient arriser des militants intéressants à la gauche du Parti communiste, avec même quelques ouvriers.
Alors, pour ne pas ètre en reste, ils ont décidé de sassocier à certaines manifestations du CVN. Quand on connait l'importance qu'a jouée l'affaire vietnamienne (et cubaine dans une moindre mesure) dans la radicalisation de la jeunesse en France — radicalisation qui montrera son importance en Mai — on doit considérer que, sur ce point-là, Voix ouvrière était à la traine.
Toute « trotskyste » qu'elle était, en tant qu'organisation nationale. Voix ouvrière subissait la réalité internationale, si adaptait peu ou prou, mais ne pousait que renoncer à la comprendre et à la transformer. Son nationalisme est toujours resté un internationalisme de principe (ce qui n'est évidemment pas négatif) qui n'a pratiquement en aucune influence ni sur la révolution mondiale, ni sur sa propre organisation.
On pourrait multiplier les exemples à l'infini : il n'a pas manqué dans l'histoire du mouvement ouvrier d'organisations se réclamant du marvisme rérolutionnaire avant rompu arec la IV° Internationale ou indépendante d'elle ei même disposant de morens matériels et humains nettement superieurs. Si la plupart ont fait faillite toutes, tôt ou tard, ont été victimes de « déviations nationales » (ce qui montre une fois de plus qu'on aurait tort d'ignorer le poids du facteur nationai dans la lutte des classes
A moins que l'on décide délibérément de sisoler dans une tour d'ivoire pour !' préserver la purete de Lorganisation (sectarisme), une certaine « déviation natio-
CONSTRUIRE L'INTERNATIONALE 131 nale » est inévitable sous le poids des conditions objectives. Seul un élément subjectif: la conscience politique internationaliste de lorganisation peut permettre d'éviter que ces déviations ne se transforment en dégénérescence. Mais pour que cet element subjectif ait le mavimum de consistance, il faut qu il repose sur une realite objective distincte. Dire que cette réalité objective, c'est la révolution mondiale. c'est supposer le problème résolu et donner une réponse correcte mais abstraite à une contradiction bien réelle. Cette réalité de la révolution mondiale n'est pas récue à chaque instant au niveau national, elle ne peut l'être qu'au nirean international, dans l'organisation internationale.
Ceci étant, il serait faux d'en déduire que l'appartenance à la IV" Internationale est une condition suffisante pour empécher une tentative de voie nationale vers le socialisme et /exemple de Ceylan prome que le poids de facteurs nationaux peut largement l'emporter sur le poids de l'Internationale et faire basculer la majorité d'une section. Ceci ne prome qu'une chose, c'est que le poids de l'Internationale actuelle est trop faible: si la majorité du LSSP a basculé ce n'est pas à cause de l'Internationale mais malgré elle. Que l'Internationale ne soit pas une garantie absolue, c'est certain mais a notre connaissance à terme la seule.
Un exemple positif
Nous avons jusqu ici pris des evemples « négatits »: il est intéressant de voir comment, dans une situation que nous connaissons bien la 1V" Internationale a joue son role, cest levemple français. Ce point est evamine dans un bulletin intérieur. Nous voulons seulement insister sur quelques points qui nous paraissent essentiels et ce, dans un passe relativement recent et qui concerne ( histoire d organisations malheureusement dissoutes.
Si L'UEC a éclaté (organisation que nul n'a pensé à dissoudre) et donné naissance a divers groupes ou tendances rerolutionnaires « italiens ». JCR UJCML" , etc., ça n'est évidemment pas grace à l'action de la IV" Internationale : en revanche, le fait que parmi tous ces groupes sest constituee la JOR avec son programme n'est pas explicable à l'aide des seules conditions objectives. Il n'est pas wai qu'une pratique des luttes limitée aux seuls étudiants français (voir idéologie « italienne »), et historiquement datée entre 1960 et 1966 pouvait permettre delaborer un tel programme. La IV" Internationale a évidemment joué un role déterminant. Penser qu il s agit alors « d'idéologie plaquée sur du reel ». c est penser que la JCR sest développée non pas à l'aide, mais malgré son programme, ce qui est contredit par les faits. Sans meme mentionner les manifestations de Liege et de Berlin ou la conference de Bruxelles qui n'ont été possibles que par l'activité théorique et pratique de la IV" Internationale et qui ont joué un role important dans le développement de Lorganisation, essavons de voir quelles ont eté les conséquences dans les faits de ce programme : - Nous avons combattu lideologie tiers-mondiste qui privilegiait l importance de la révolution coloniale: nous avons développé l'actualité d'un programme de transition pour les pars capitalistes dereloppes: nous avons, dans la mesure de nos morens, capitalisé l'expérience des grèves belges de 1960-1961, en expliquant que ce n'était pas un accident de parcours malheureus d'un capitalisme particulier. - Inversement, nous avons combattu les tendances primaires qui ne comprenaient la lutte des classes qu'en termes de luttes de la classe ourière nationale contre sa propre bourgeoisie. Sans nous transformer en anneve de lagence de presse vietnamienne, nous avons impulsé le CVN, brisant par là pour la premiere fois et sur une échelle relativement large, le monopole stalinien d'organisation de luttes. - Avant compris les fondements du stalinisme et de la bureaucratie ouvriere, nous ne sommes pas tombés dans le piège de la dénonciation pure et simple des organisations traditionnelles, et précisément parce que nous avions une compréhension générale des tenants et aboutissants de l'emprise du PCF, nous avons compris ses limites comme nous le suggéraient déjà d'autres expériences internationales, nous avons saisi l'autonomie relative et limportance politique tout a fait considerable que pourait acquérir un secteur particulier et apparemment marginal, celui de la jeunesse scolarisée: toutes les autres organisations d'estrême gauche sétam efforcées !' compris pendant Mai et chacune avec un vocabulaire qui lui est propre de « mettre les étudiants au service des travailleurs ».
C'est ainsi qu'on ne peut pas considérer le programme de la JCR (texte de référence politique, en rente che: F. Maspero) comme un reliquat idéologique, mais bel et bien comme un acquis du marvisme révolutionnaire. Imersement, le róle consiérable qu'a joué la IV" Internationale dans le soutien politique et pratique des luttes de Mai donne la garantie que les acquis de Mai constitueront également un capital pour d'autres pars.
Et maintenant? Nous avons examiné jusque-là le róle de la IV" Internationale en tant qu'assumant la continuité du « point de vue internationaliste »: nous avons égalemem essaré de montrer que ceci n'étaient possible en « théorie » que parce qu'à chaque fois que les circonstances le permettaient, la IV" Inernationale l'avait traduit en pratique. L'histoire ne connait malheureusement pas de réfrigérateurs permettant de conserver pour la consommation les « acquis » du marxisme révolutionnaire. Ceux qui croient cela aujourd hui ne sont capables de sortir que des inepties politiques
Cela dit, la crise que traverse la situation mondiale actuelle dans tous les secteurs modifie de façon radicale les possibilités d'action des marvistes révolutionnaires. Aujourd hui des « nourelles avant-gardes » sont apparues aussi bien dans les pars capitalistes développés que dans les pars sous-développés et dans ies Etats ouvriers. Comprendre le sens profond - non conjoncturel - de l'émergence de ces « nouvelles avan-gardes » présuppose une analyse des facteurs objectifs de la situation actuelle (et encore une fois d'emblée à son niveau international" ce que nous ne pouvons pas faire dans ce texte).
Qu'entendons-nous, à ce niveau, par « nouvelles avant-gardes » ? - Dans les pars capitalistes développés, les mourements rassemblant de façon plus
CONSTRUIRE L'INTERNATIONALE 133 ou moins structurée « la jeunesse radicalisée » et tout particulièrement les éludiants. - Dans les pars sous-dereloppes, les nomeant mouvements se fixant comme stratégie (ou faisant déjà) la lutte armée. - Dans les Etats ouvriers, la partie de l'intelligentsia et mème une petite fraction de la classe ouvrière (Pologne, Tchécoslovaquie) en lutte omerte avec la bureaucratie.
Cette description ultra-schématique suffit à montrer qu'il s'agit là d'avant-gardes à des titres tout à fait divers. Il ne faut pas ètre prisonnier de généralisations journalistiques — si nous appelons ces mouvements extraordinairement heterogenes « nouvelles avant-gardes » c'est: 1. Parce que leur existence est liée à des contradictions insurmontables des vieilles formes de domination. 2 Parce qu'elles représentent maintenant, dans bien des cas, une force politique (sinon sociale) capable d'agir sur les choses, dans un sens révolutionnaire. 3. Parce quelles échappent allegrement à la domination stalinienne ou reformiste.
Ces nourelles avant-gardes ont apporte, chacune dans leur secteur, une confirmation éclatante des principales analises trotskistes (sur le stalinisme, la révolution permanente, la stabilité du néo-capitalisme). Et dans chacun de ces secteurs, les sections de la IV" Internationale étaient parties prenantes.
Le point qu il faut maintenant souligner c est que ces nouvelles avant-gardes ne rassemblent pas une classe sociale déterminée et ne sont donc pas capables d'avoir une idéologie propre et ce point est particulièrement vrai pour les divers mouvements étudiants qui se definissent plutot negativement par rapport aux classes en presence.
Que ce soit en Italie, en Allemagne, aux ( SA, les idées dominantes sont de type « anti-autoritaires » (anarcho-maoïsme, spontaneisme, etc.). Quand des idees politiques structurees existent, elles renvoient à une autre réalité extérieure au « mourement » (prochinois, staliniens ou trotskistes). Le « mourement » étudiant n'est donc pas capable en tant que tel de surmonter les grandes divisions du mouvement ourrier: il les exprime à son tour mais sur une autre échelle, arer une acuité tout autre.
Si lon estime que ces divisions ne sont pas artificielles et qu il faut prendre parti. il est clair que le rôle de la IV" Internationale ne se troue pas amoindri par le développemem de ces momements mais, au contraire, démultiplié. Personne n'a nié qui actuellement, ru Tétat de décomposition ideologique avancée (tout particulièrement en Allemagne et en Italie) des « mousemens » étudiams, les seules rencontres internationales que l'on puisse faire en pratique soient celle des groupes trotskistes militant dans ce secteur : ce qui s'est fait. Ceci n'est pas une attitude sectaire visant à privilégier les intérets d'une chapelle, c'est bien au contraire la condition donnant au mourement lui-mème des perspectives permettant d augmenter sa maturation politique et d éviter son essoufflement. De ce point de vue encore, personne ne pourra contester que le developpement d'une puissante section française de la IV" Internationale n'aura que des effets positits face à la confusion qui regne dans les avant-gardes étudiantes étrangères (pour ne pas parler du « mouement » français).
En ce qui concerne les pars sous-développés, la lutte la plus décisive se joue au Viet-nam. On ne peut pas evactement placer le parti vietnamien qui dirige cette lutte dans la catégorie des « nouvelles avant-gardes ». I y avait en Indochine. une implantation trotskyste asses forte mais les coups conjugués de l'impérialisme et des staliniens ont détruit la section. Ceci étant, dans tous les pars du monde, nos sections ont toujours été à l'avant-garde de la lune théorique et pratique pour la défense de la révolution vietnamienne. Les militants de la I" Internationale ont joué un role important, si ce l'est déterminant, dans les mobilisations de plusieurs dizaines de milliers de personnes en France, en Angleterre, aux USA, au Japon, etc.
En ce qui concerne la rérolution en Amérique latine. outre les actions en faveur de la défense de la révolution cubaine, dont nous avons eu le quasi-monopole aux Etats-Unis et au Canada, se posem pour nous, en alliance avec d'autres forces révolutionnaires, des problèmes qui ne sont pas seulement liés à la défense d'autres révolutions. Nous ignorons quelle sera la place subjective du drapeau de la IV" Internationale dans la révolution latino-américaine, ce dont, par contre, nous sommes surs, cest que nos différentes sections ! ont un role capital à jouer: l'internationalisme prolétarien reduit aur seules dimensions pouriant colossales de L'Amérique latine ne permet pourtant pas de comprendre tous les tenants et aboutissants de la lutte révolutionnaire. Sur le plan idéologique, c'est évident (cf. le jugement porté par Fidel et d'autres mourements révolutionnaires sur la Tchécoslovaquie'' cf. également la sous-estimation du mouvement de Mai). Mais ceci s'est concrétisé quelquefois de façon dramatique sur le plan pratique: generalisation de lexemple cubain dans des situations nationales distinctes et surtout dans un contexte international modifie : de plus, Lincomprehension du stalinisme (saisi seulemem a travers Lexpérience latino-américaine) a conduit à lillusion qu on pourrait, dans certaines conditions, contraindre les partis staliniens a entamer un processus rerolutionnaire (Bolivie).
Nous serons très brefs en ce qui concerne les Etats ouriers (voir le début de ce lexte). Les conditions de travail politique ! sont extraordinairement difficiles - encore qu a des titres divers — de lORSS à la Pologne jusqu'à la Yougoslavie. Mais les difficultés considérables que rencontre le travail marviste-révolutionnaire sont a la hauteur du danger qu'il fait courir à la bureaucratie, danger don elle est, malheureusement tour à fait consciente. Outre le fait que la I" Internationale représente la continuité du bolcherisme en URSS (tout militant qui cherche à comprendre l'histoire de son propre pars retombe nécessairemeni sur les luttes de l'Opposition de gauche : voilà pourquoi c'est encore un sujet tabou en URSS). elle entrapialiseranisation capable d'interer la lure amibureaucratique it la lume
. Personne ne croira que les hommes du Kremlin, qui sont de solides « réalistes », samusent a lutter contre des fantomes.
Pour conclure, nous derons avouer que nous ignorons quelles seront les roies concrètes que prendra la révolution socialiste mondiale et quel sera le processus concret qui verra naitre l'internationale révolutionnaire de masse. Mais ce dont nous sommes surs, c'est que leur développement est lié (et cela dans les deux sens!).
Quelle sera la place future de la 1V" Internationale dans ce processus? Y aurait-il un développement linéaire de la IV° Internationale iui permettant de derenir cette internationale de masse ou bien r aura-t-il jonction arec d autres mouvements rérolutionnaires ? Personne ne peut raisonnablement répondre à une telle question. En tous cas, ce regroupement des forces rérolutionnaires ne doit pas
CONSTRUIRE L'INTERNATIONALE 135 être conçu comme un but en soi, mais comme multiplicateur de l'action des forces révolutionnaires. En ce sens, la question du programme sur lequel se feront les regroupements érentuels n'est pas seulement une condition de leur efficacité, mais c'est encore une condition de leur possibilité. Là, le role actuel de la I!" Internationale est irremplaçable, des lors qu on est persuade de lactualite des theses marvistes revolutionnaires.
Rejoindre la 1V° Internationale, en fonction des tâches des révolutionnaires, dans les conditions concrètes actuelles, c'est traduire en pratique la compréhension que lon a des rapports qui existent entre les idees et laction. le programme et l'organisation.
De ce point de vue, l'adhésion à la I Internationale ne saurait étre considérée comme la simple legalisation dun etat de fait, une reconnaissance de paternite en quelque sore (quelle en serait d'ailleurs l'utilité ?) : il ne faut done pas considérer cette adhésion comme quelque chose de passif. en fonction seulement de ce qu'elle peut nous « apporter » mais voir également limportance de ce que cene adhesion peut, à son tour, apporter à lInternationale.
La IV" Internationale ne représente pour personne une fin en soi. donnée une fois pour toutes et independante de sa réalité militante. Quelle que soient ses limites qui tiennent non pas à son existence mais au contaire à trop faible déreloppement. elle n'en est pas moins le seul outil organisationnel nous permettam d'amrer concrètement à la construction de lInternationale revolutionnaire « de masse» don la nécessité ne résulte pas d'un vau pieux, mais qui est imposée par la réalité mondiale actuelle. Notre participation a son combat est une participation militante qui renforcera et notre organisation et l'internationale en nous associant davantage en pratique c'est-à-dire de façon responsable à la réalité révolutionnaire internationale. 1. Il est symptomatique que les premières discussions avec ces camarades aient eu lieu a propos d'un titre : « Vive Ho-Chi-Minh ! Vive Castro ! Vive Mao ! » On leur a reproché leur opportunisme (suivisme du mouvement de masse). ils réfutaient cette accusation comme sectaire. 2. Voix ouvrière. aujourd hui Lutte ouvrière. 3. Le fait d'avoir des renseignements de sections. si faibles soient-elles. mais parties prenantes de la lutte des classes nationale peut quelquefois être source d'informations irremplaçables (certains points échappent completement. meme aux journaux bourgeois les mieux informes) mais ça n'est pas toujours le cas et. de toute façon. ce n'est pas a cause de cette carence que l'internationalisme de VO est resté aussi dogmatique. comme nous allons le montrer. 4. Le Comite Viet-nam national (CVN) dans lequel les trotskystes ont joue un rôle important a organisé la mobilisation contre la guerre imperialiste au Viêt-nam. 5. Mais cette constatation milite en faveur de l'internationale et non pas contre. 6. Union des jeunesses communistes marxistes léninistes. d'orientation maoïste. 7. Voir à ce propos l'article de Livio Maïtan dans ce même numero de notre revue... 8. Il est symbolique de constater que pour VO qui n'a jamais apppartenu a l'Internationale. seule l'URSS est un Etat ouvrier (ce qui était évidemment l'opinion de Trotsky). Quant à TOCI. elle en est restée à la conception de 1953 de l'Internationale sur le nombre d'Etats ouvriers (Cuba ne fait pas partie de la liste). 9. C'est somme toute un tout petit nombre d'événements internationaux qui ont joue un róle decisif dans lemergence de ces nouveaux courants : essentiellement la revolution vietnamienne et la victoire de la révolution cubaine et à un degré moindre (pour les pays arabes) le développement de la résistance palestinienne. 10. Les diverses sections de la IV° Internationale ont bien évidemment défendu notre position et condamné l'agression soviétique. Il ne s'agit pas lá d'une position tirée de la " pratique » des mineurs boliviens ou des paysans péruviens. L'idée « naturelle » de tout révolutionnaire peu concerné directement par ces problèmes est. dans le doute. d'adopter la position de Fidel. Il est possible (mais peu probable). que cette divergence retarde certaines formes d'unité d'action. Toute la question est alors de savoir s'il était utile. y compris pour le mouvement révolutionnaire latino-américain, que nos camarades prennent cette position. Penser que non. c'est mettre en doute l'actualité de l'internationalisme. 11. Depuis quelques années. les Chinois (de Chine) se sont efforces de créer de nouveaux partis communistes( ml) danns les démocraties populaires : de façon generale. l'affaire s'est toujours soldee par un fiasco total. alors qu'il y a six ou sept ans. le PCC était vu avec beaucoup de sympathie dans les milieux relativement larges (prestige d'une révolution authentique affirmant son indépendance par rapport à l'URSS). Il n'y a là aucune surprise : continuant à identifier le léninisme et le stalinisme et quelle que soit par ailleurs leur intention. les Chinois s'identifient à un passe honni : ils n'aident en rien à la clarification politique en continuant à répéter avec un vocabulaire qui leur est propre un refrain. qui n'est - surtout actuellement - pas si loin des rengaines officielles. Quant a la revolution cubaine. elle n'est connue qu'à travers la propagande officielle (ce qui n'aide pas...) et il est certain que la prise de position de Fidel sur la Tchécoslovaquie n'augmentera pas son prestige. 12. A la Liberation. aucun groupe. aucun marxiste n'avait prévu ni l'importance décisive que prendrait la révolution coloniale - avec notamment le poids colossal de la révolution chinoise —. ni la stabilité relative que pourrait acquérir le capitalisme pendant près de vingt annees.