L'étroite victoire électorale des partis bourgeois aux élections allemandes de 1987 a maintenu le SPD et les Verts dans l'opposition, et la perspective d'une majorité rouge-verte, qui par ailleurs s'était déjà heurtée au refus des sociaux-démocrates, a pour l'instant disparu. Pendant le deuxième gouvernement Kohl, le SPD n'avait pas plus réussi qu'auparavant à se donner un profil de parti d'opposition s'appuyant sur la mobilisation et les besoins des masses. Il n'avait esquissé des ouvertures à gauche que dans le but de couper l'herbe sous le pied des Verts.
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Dans une telle situation, on pouvait penser que les Verts auraient rempli le vide qui s'était créé à la gauche du SPD et qu'ils auraient pu apparaître facilement comme le « véritable parti d'opposition » par des initiatives aussi bien parlementaires qu'extra-parlementaires.
En fait, ils se sont montrés incapables de jouer un tel rôle. Cela dépend, en dernière analyse, de leur base sociale et de leur orientation stratégique, de même que des changements qui ont eu lieu dans la situation sociale et politique après la phase de fondation de leur parti.
Les Verts ont surgi - dans des condi- Après les élections fédérales de 1987, les tions spécifiques de stagnation des luttes - comme un rassemblement de forces politiques differentes et comme l'expression de mouvements sociaux qui avaient en commun une attitude d'opposition à la social-démocratie et la conviction qu'il n'était pas possible de construire une alternative en partant du cadre du mouvement ouvrier. La fin de la coalition entre le SPD et le FPD (libéraux) avait nourri l'espoir de la constitution d'un parti qui pourrait au moins « jeter du sable » dans la machine et peut-être rendre la RFA « ingouvernable ».
Dans le but de jouer ce rôle dans les médias et au niveau parlementaire, les Verts, avant et après le renversement de Helmut Schmidt, s'efforçaient de passer d'une victoire électorale à une autre. En même temps, ils cherchaient à se donner une base sociale qui, à la différence de ce qui se passe dans les syndicats par rapport à la social-démocratie, n'ait pas une structuration propre et ne puisse donc pas avancer une politique autonome par rapport aux organismes parlementaires du parti. Le niveau d'organisation du mouvement est assez relâché et marqué par de fortes oscillations. Cela a eu pour résultat que les débats stratégiques des Verts se sont développés sous l'angle de la possibilité de les réaliser sur le terrain parlementaire, c'est-à-dire, en dernière instance, en termes de participation ou non au gouvernement. Le mouvement ouvrier n'y a joué aucun rôle alors qu'on attribuait aux mouvements de masse sociaux seulement un rôle d'appoint.
Dans la période de leur essor parlementaire de 1982 à 1986, le débat interne des Verts a été centré en effet sur la question « coalition ou tolérance ? ».
Verts ont reculé presque toujours dans les élections régionales, indépendamment de l'orientation électorale adoptée dans chaque cas spécifique. Le conflit interne s'est alors déplacé sur le terrain des conceptions programmatiques.
Il est désormais clair que des secteurs des Verts ont connu une évolution dans un sens négatif. Par exemple, des secteurs croissants partagent maintenant l'idée que l'OTAN est une alliance pour la défense de la démocratie et que la RFA ne peut pas renoncer à son armée, de même que l'idée qu'il faut respecter le monopole de l'utilisation de la force par l'Etat et les règles de la légalité bourgeoise. Au moment où le mouvement pour le boycottage du référendum avait atteint son point culminant, des représentants des « réalistes » se sont prononcés ouvertement contre lui. Des représentants du groupe parlementaire ont défendu le droit d'existence de l'Etat sioniste d'Israël en rejetant le droit à l'autodétermination des Palestiniens. Ils ont salué l'envoi des navires français dans le golfe Persique. Pour sa part, Joschka Fischer, représentant des Verts bien connu, a expliqué que la sortie du nucléaire civil, élément central de l'identité verte, était « irréaliste dans le futur prévisible ». Avec un « manifeste des mères », des Verts ont, par ailleurs, contribué à la relance d'un courant conservateur parmi les mères et de l'idéologie de la famille, au rapprochement avec l'aile « progressiste » de la CDU et à la formation d'un mouvement de femmes bourgeois.
Ces développements chez les Verts sont la conséquence de l'absence d'orientation des mouvements sociaux et du recul des luttes ouvrières. De ce point de vue, l'offensive idéologique et politique de la bourgeoisie a gagné du terrain. En outre, les tentatives de l'aile « moderniste » de la CDU visant à entamer le potentiel électoral des Verts dans les classes moyennes par des initiatives pseudo progressistes ont eu quelques succès. L'opération de séduction n'a pas été sans effet; dans le Baden-Württemberg, les Verts discutent ouvertement l'idée de « majorité changeable » et celle d'un soutien parlementaire à un gouvernement minoritaire de la CDU.
Il est clair que les Verts doivent faire face non pas à une crise d'orientation mais à une crise existentielle. Un des leurs, Thomas Ebermann, l'exprime dans les termes suivants : « La question se pose de savoir si les Verts considèrent prioritaire leur solidarité avec les mouvements sociaux par rapport au consensus des démocrates, ou s'ils deviennent un parti qui se situe du côté du capital d'Allemagne occidentale. »
Toutefois, une rupture n'est pas prévisible pour l'instant parce que tous les courants savent très bien qu'une scission comporterait | elimination des Verts du Parlement et en meme temps de la vie des partis politiques. Ce sont, par ailleurs, les éco-socialistes qui, tout en critiquant durement l'évolution du parti, en défendent avec le plus de force l'unité. Mais, à moyen terme, les Verts ne représentent pas un élément stable du paysage politique de la RFA.
Le projet du parti des Verts avec ses tendances centrifuges et sa volonté constante d'ignorer la contradiction entre travail salarié et capital n'a pas de futur en tant que tel. La crise des Verts est l'expression la plus aiguë de la crise actuelle de la gauche. Si on veut en sortir d'une façon positive, il faut que tous les militants de la gauche, dans le parti des Verts et en dehors de ce parti, dans les mouvements sociaux, dans les syndicats et les organisations politiques s'efforcent d'élaborer une nouvelle stratégie politique qui tienne compte des expériences qui ont été faites jusqu'ici.
Nous publions dans ce numéro de notre revue un article du camarade Hans-Jürgen Schultz, membre du Parti socialiste unitaire (VSP), et un extrait du livre The Germans Greens (Verso, Londres, 1988), dont l'auteur Werner Hülsberg milite ches les Verts et appartient au groupe Horizonte.