Extraits d'écrits Libération nationale et révolution ouvrière
Les communistes aideront, et ont aidé jusqu'à présent - Mexique, Nicaragua, etc. -, les mouvements nationaux d'émancipation, bien qu'ils aient une base démocratico-bourgeoise. Personne ne nie cette nécessité, à condition qu'ils soient vraiment émancipateurs et révolutionnaires. Mais voici ce que continue de prôner la thèse de Lénine au II?K5° Congrès de l'Internationale : « L'Internationale communiste doit appuyer les mouvements nationaux de libération [bien qu'ils aient tous une base démocrate bourgeoise. NdA] dans les pays arriérés et dans les colonies, à la seule condition que les éléments des partis prolétariens futurs, n'ayant pas de communiste que le nom, se regroupent et s'éduquent en ayant conscience de la divergence de leurs tâches, tâches de lutte contre les mouvements démocraticobourgeois au sein de leurs nations. L'IC doit marcher en alliance temporaire avec la démocratie bourgeoise des colonies et des pays arriérés, mais sans fusionnner avec elle et en sauvegardant expressément l'indépendance du mouvement prolétarien, même dans ses aspects les plus rudimentaires. »
Voilà très clairement exposée l'opinion marxiste sur le front unique, énoncée par le plus exact et pratique des interprètes de Karl Marx : Nicolas Lénine. Les « apristes » n'ont pas encore prouvé qu'ils l'interprètent plus justement, bien qu'ils veuillent le faire croire.
Tout cela n'est pas seulement de la « théorie » ; nous en avons vécu la réalité en Amérique. Le parti communiste au Mexique a appuyé la lutte de la bourgeoise libérale démocratique et révolutionnaire, contre l'impérialisme et ses alliés nationaux : le clergé catholique et les militaires réactionnaires, professionnels de la révolte. Les communistes ont agi de même dans le « cas Nicaragua ». Les communistes de Cuba, sans fusionner avec le Parti nationaliste, gardant l'indépendance du mouvement prolétarien, l'appuieront toutefois dans une lutte révolutionnaire pour l'émancipation nationale vraie, si une telle lutte est menée à bien. Dans la lutte contre la « prorogation des pouvoirs », aspect politique immédiat de limperialisme yankee, ils ont appuye tous les «antiprorogistes », même s'ils n'étaient ni ouvriers ni communistes. Au Chili, ce fut le fort parti communiste qui lutta pour un front unique contre la dictature impérialiste d'Ibañez. Mais ils n'ont à aucun moment prétendu laisser la classe ouvrière isolée ou entre les mains des autres classes, ce qui ferait qu'une fois les conditions changées - comme il arrive actuellement au Mexique -, elle se trouverait orpheline et sans direction. C'est ce que prétend faire dans la réalité le « front unique » de l'APRA en ne nous parlant pas concrètement du rôle du prolétariat et en nous présentant un front unique abstrait qui n'est autre qu'un front unique en faveur de la bourgeoisie, traîtresse classique de tous les mouvements nationaux de vraie émancipation. « Les mouvements nationaux libérateurs des colonies et des nationalités opprimées se convainquent par leur expérience amère qu'il n'y a pas pour eux de salut hors de la victoire du pouvoir soviétique. » En d'autres termes, le triomphe, dans chaque pays, de la révolution ouvrière sur l'impérialisme mondial.
Les trahisons des bourgeoisies et petites bourgeoisies nationales ont une cause que déjà tout le prolétariat comprend. Elles ne luttent pas contre l'impérialisme étranger pour abolir la propriété privée mais pour défendre leur propriété contre le vol que les impérialistes commettent à leur égard
Dans leur lutte contre l'impérialisme - le voleur étranger -, les bourgeoisies - les voleurs nationaux - s'unissent au prolétariat, la bonne chair à canon. Cependant, ils finissent par comprendre qu'il vaut mieux faire alliance avec l'impérialisme, car tout compte fait ils poursuivent un intérêt similaire. De progressistes, ils deviennent réactionnaires. Les concessions que la bourgeoisie faisait au prolétariat pour l'avoir à son côté, elles les trahissent quand celui-ci, poursuivant son avance, devient dangereux aussi bien pour le voleur étranger que pour le voleur national. De là les vociférations contre les communistes.
D'un autre côté, les Etats-Unis - c'est une caractéristique de l'impérialisme moderne à caractère financier — ne désirent nullement s'emparer des territoires de l'Amérique en excluant toutes les classes dominantes de la propriété, mais ils
LIBERATION NATIONALE ET REVOLUTION OUVRIERE 59 veulent les inféoder à leur service et même les élever, s'ils veulent bien leur abandonner l'exploitation de ce dont ils ont besoin. Un bon pays bourgeois avec un gouvernement stable, c'est ce que souhaitent les USA dans chaque nation d'Amérique, un régime où les bourgeoisies nationales soient actionnaires mineures des grandes compagnies. En échange, ils leur concèdent le privilège de « gouverner », d'avoir des hymnes, des drapeaux et même des armées. Cette forme de domination s'avère plus économique pour eux.
Moncada au Nicaragua, le Kouomintang en Chine (organisations que les « apristes » prétendent copier), la nouvelle politique de la petite bourgeoise mexicaine et toute la diplomatie rose faite à la Conférence de La Havane par de nombreuses nations qui se disent libres et qui ont pactisé là avec l'impérialisme à la fin des discussions, démontrent le bien-fondé de l'exposé antérieur.
Pour parler concrètement : la libération nationale absolue, seul l'obtiendra le prolétariat, et ce sera par la révolution ouvrière.
Jose Marti, l'internationalisme
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Jose Marti fut un patriote, c'est-à-dire un représentant authentique d'une révolution nationale du type de la révolution française de 1789. Mais, comme le disait Lénine, à propos de Sun Yat Sen, il fut le représentant d'une bourgeoisie démocratique capable de faire beaucoup de choses du fait qu'elle n'avait pas encore accompli sa mission historique. Il luttait pour Cuba, le dernier morceau du continent qui attendait une révolution. Mais il n'ignora jamais le caractère international de la lutte révolutionnaire. Il se disait « fils de l'Amérique ». C'est juste. Mais il faut préciser de « la mère Amérique ». Alors on peut affirmer qu'il n'y a eu, à la fin du siècle dernier, aucun autre révolutionnaire qui aimait davantage le continent et le servait par sa plume, son discours et son épée. C'est toujours l'Amérique qui l'obsède. Qui plus est, de même que Cuba n'est qu'un morceau du continent bien-aimé, ce continent n'est à son tour qu'un laboratoire de la future société universelle. Il ne fait aucun doute que Marti assuma le concept d'internationalisme. Si on veut être des internationalistes, il n'est pas nécessaire de haïr le pays où l'on nait, l'oublier, le mépriser et l'attaquer, comme le prétendent les plumitifs réactionnaires et mercenaires dans leurs attaques contre les internationalistes d'aujourd'hui, les révolutionnaires du prolétariat. Non, internationalisme signifie avant tout libération nationale du joug impérialiste étranger et, en même temps, solidarité, union étroite avec les opprimés des autres nations. Est-ce que seuls les socialistes purs peuvent être internationalistes ? Ce n'est pas notre faute si le prolétariat est la classe révolutionnaire et progressiste à l'étape actuelle.
C'est là l'un des aspects le plus important de la vie de Jose Marti. Cela doit constituer le chapitre le plus curieux du livre qu'on doit écrire sur lui.
Comme ennemi du féodalisme, Jose Marti a été l'ami des Noirs. Que de choses magnifiques et nobles il a dites à propos des Noirs ! Comme ami de la révolution nationale contre le joug de l'Empire espagnol et contre tous les autres jougs impérialistes, il a été aussi l'ami du prolétariat. Il a compris que le prolétariat possède en lui des grandes forces révolutionnaires et constructives. C'est pourquoi, pendant son séjour en Floride, parmi les travailleurs du tabac de Tampa, non seulement il a assouvi sa faim grâce à l'aide que ces travailleurs lui donnaient avec orgueil mais, en même temps, son esprits s'épanouissait devant ce grand paradis du socialisme international...
« Les peuples sont comme les ouvriers à la sortie du travail : extérieurement, ils sont tout sales mais leur cœur héberge des vertus respectables. » Ici, Marti reconnait sous une forme poétique - comme toujours - que c'est la classe ouvrière qui a la plus grande morale à cause de ces conditions de vie elles-mêmes. « La vérité se révèle mieux aux pauvres, à ceux qui souffrent. »
Si l'envie des rongeurs de son génie ne l'avait pas poussé à se sacrifier prématurément en Dos Rios, il aurait été à côté de Diego Vicente Tejera qui fonda, en 1899, le Parti socialiste de Cuba, le premier parti fondé à Cuba après la domination espagnole, de même que Baliño et Eusebio Hernandez sont aujourd'hui avec nous *. Tout cela devra être développé par l'historien futur de la personnalité de Jose Marti. * Jose Marti, « l'apôtre » de la lutte pour l'indépendance à Cuba fut tué à Dos Rios le 19 mai 1895, pendant un affrontement avec une patrouille espagnole.
Diego Vicente Tejera est devenu par la suite ministre de l'Education nationale dans le gouvernement de Prio Socorras, renversé par Batista en 1952.
Carlos Baliño, qui fut anarchiste pendant une période de sa vie et ami de Jose Marti, fonda, en 1905, le Parti ouvrier socialiste et joua un rôle important lors de la fondation du Parti communiste, en 1925.