Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 25

La radicalisation des femmes en Amérique latine

Heather Dashner · Quatrième Internationale, n° 25 · septembre 1987 · p. 71-86 · 7 915 mots

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1. Les luttes des femmes latino-américaines se sont développees en lien étroit avec les mouvements sociaux et les femmes sont entrées sur la scène à des moments cruciaux de l'histoire de l'Amerique latine depuis la colonisation jusqu a nos jours.

Toutefois, les premières organisations spécifiques des femmes n'apparaissent que vers la fin du xIx* siecle et le debut du xx* siecle lorsque les Etats nationaux se forment et s'intègrent au marché mondial. lorsque les classes sociales se constituent et le prolétariat industriel commence à se former. Cette situation nouvelle crée les conditions de la naissance des differents mouvements des femmes. Elle détermine chez les femmes une première identification. une prise de conscience élémentaire dans une communauté donnée (village, quartier. banlieue. lieu de travail. etc.) au sujet des horaires de travail, de problèmes immédiats. de preoccupations communes. Des comites de menageres, des clubs de meres, etc. surgissent à partir de l'identification des femmes travailleuses sur le lieu de travail (qu'elles aient leurs activités propres ou des activités communes avec les hommes ou des activités mixtes).

Le soutien aux luttes ouvrières. qui déja au xIx* siècle font partie de notre réalité. constitue une forme importante de l'organisation des femmes. La grève des cuisines. organisée au siécle dernier par des comités de femmes chiliennes, n'est qu'un exemple de ce qui s'est passe à notre époque avec la formation des Comités des ménagères en Bolivie en 1961. des Comités féminins de la Tendance démocratique des travailleurs mexicains de l'électricité dans les années soixante-dix. du Comité de solidarité avec les conflits du travail en Equateur, etc.

Les luttes des femmes pour le droit au travail et les droits des travailleurs se sont également développées. A cause de la ségrégation qui prédominait dans l'industrie latino-américaine de même que dans le reste du monde des secteurs importants de travailleuses ont lutté sans les hommes ou presque sans eux. La dynamique de ces luttes s'inspirait d'une prise de conscience des femmes en tant que travailleuses et non en tant que femmes. Toutefois. elle a impliqué des formes de lutte importantes qui font partie de notre tradition et qui ont contribué à la formation de milliers de cadres du mouvement ouvrier dans son ensemble.

La droite latino-américaine s'est efforcée d'organiser les femmes en tant que telles a l'appui de ses propres campagnes : la marche des casseroles vides en 1972 au Chili. tristement célèbre. fait partie d'une tradition qui inclut l'organisation des brigades Sainte-Jeanne d'Arc par la Ligue nationale de défense de la liberté religieuse qui assuraient le soutien logistique à l'armée rebelle des Cristeros au Mexique ainsi que les les « barzolas » organises par le MNR bolivien pour saboter et attaquer des meetings et des manifestations ouvrières au nom de la dignité de la femme bolivienne.

Cette tradition latino-americaine ne represente absolument pas une revendication consciente des droits des femmes. Mais dans la mesure où les femmes entrent activement sur la scène politique et se mobilisent sous des formes différentes. elles portent un coup à l'un des aspects essentiels de l'oppression des femmes dans le continent.

Une tradition historique d'organisation des femmes en tant que sexe existe malgre tout dans notre continent. Les femmes bourgeoises ont commencé à s'organiser pour revendiquer leur droit à l'éducation. l'acces à tous les emplois et dans certains cas le droit de vote a partir de la fin du siecle dernier et au debut de ce siècle. Dans de nombreux cas. de meme que dans les pays developpes. ces femmes ne se sont pas liées aux femmes des classes travailleuses ni ont impulsé de mobilisations massives : elles restaient politiquement liées à leur propre classe.

Toutefois. parmi les nombreuses organisations qui se sont formees pour exiger les droits civiques. le droit de vote. la terre et le droit au travail on trouve des organisations de masse liees aux classes travailleuses. Prenons trois exemples : le Front uni pour les droits de la femme. fondé au Mexique en 1935 : le Mouvement d'emancipation de la lemme chilienne. fonde aussi en 1935 : le Parti national feministe et la Fédération nationale des associations des femmes. surgie à Cuba respectivement en 1910 et en 1921. La naissance de ces organisations est liée à un essor généralisé de la lutte de classes et des militantes du Parti communiste y participent au Mexique et au Chili. Elles axent leurs luttes sur les revendications du droit de vote. du droit à la terre. à l'éducation et des droits civiques pour les femmes. En mème temps. les femmes latino-américaines. qui vivent dans des conditions de misères propres à un continent semi-colonial. se préoccupent fondamentalement d'assurer leur survie et celle de leur famille.

Les expériences des années soixante-dix

2. Au cours des années soixante-dix (dans les pays sous dictature militaire comme le Chili. l'Uruguay. l'Argentine et le Brésil) et à partir des années quatre-vingt des groupes féministes se forment sous l'influence de l'Europe. des Etats-Unis et du Canada. Mais à la différence des mouvements des pays imperialistes. les mouvements latino-américains n'ont jamais acquis la dimension de mouvements de masse. Ils sont restés isolés dans leur milieu social. celui des classes moyennes. car les contradictions au niveau des masses n'étaient pas suffisamment développées. En effet : - le niveau d'instruction des classes moyennes était très inferieur à celui des pays développés et il n'y avait donc pas les mêmes demandes : - l'existence d'un très grand nombre de femmes disposées à travailler à plein temps ou à temps partiel au service de la petite et de la grande bourgeoisie rurale et urbaine attenuait l'oppression des femmes de la petite bourgeoisie (aux dépens d'autres femmes) et donc réduisait les contradictions qui auraient pu naitre dans la conscience des femmes appartenant à cette couche sociale : — le poids du catholicisme traditionnel avec tous ses tabous au sujet de la femme etait enorme.

C'est dans un tel contexte que la majorité de ces groupes ont été caractérises par des discussions idéologiques et ont concentré leur activité surtout sur le terrain de la propagande et de la prise de conscience. Leurs positions et propositions théoriques et politiques générales ont eu souvent un impact très important dans les médias en introduisant ainsi pour la première fois dans des milieux intellectuels et de gauche « la question de la femme ». Mais. malgré cette contribution positive. leur activité n'a pas eu d'écho pour la majorité des femmes ou parmi les femmes en lutte. En effet. leur propagande ne tenait pas compte du niveau de conscience. des préoccupations immédiates et de la dynamique de radicalisation de la majorité des femmes. Cela ne signifie pas que le contenu de cette propagande fut sans rapport avec l'oppression des femmes latino-americaines.

Cette situation débouchait sur une crise de perspective politique des « groupes autonomes » et souvent sur leur disparition. Aujourd'hui les « groupes autonomes » n'existent que dans quelques endroits : par exemple. l'ATEM. Alternative feministe. a Buenos Aires : les Mères libertaires au Mexique : le Groupe d'autoconscience des lesbiennes et le Collectif de droits de reproduction au Pérou.

3. Toutefois. certains groupes et de nombreuses femmes qui avaient survécu à ces groupes et en avaient compris depuis longtemps les limites, ont commencé à se donner d'autres instruments pour exprimer leurs soucis feministes. La plupart des expressions du féminisme qui existent actuellement en Amérique latine ont cette origine. Mentionnons entre autres :

a. des institutions de soutien et/ou de formation. financées essentiellement par des agences internationales qui organisent des ateliers. des bureaux de consultation, des recherches, des colloques. des publications. des cabinets d'assistance légale. psychologique et médicale. Ces institutions sont très différenciées du point de vue de leurs rapports avec les femmes des classes populaires et de leurs objectifs. Il existe notamment : - des institutions qui se fixent comme objectif non l'organisation des femmes, mais leur « réflexion sur leurs conditions en tant que sexe » et qui leur offrent des ateliers, des brochures, des services (Maison de la femme à Bogota. Collectif feministe sexualité et santé à Sao Paulo du Brésil. Maison de la femme à Buenos Aires, Flora Tristan au Pérou. Maison de la Femme et CEPAM à Quito). Bien que le rapport de beaucoup de ces institutions avec des groupes de femmes appartenant à ces couches populaires soit irrégulier, elles prennent quand même des intitiatives politiques concernant les femmes, tout en ne se referant pas directement au mouvement des femmes large. Quelques exemples : le colloque sur la violence organise par le CEPAM avec la participation d'environ quatre cents femmes et qui a donné naissance en 1986 au tribunal de dénonciation de la violence contre les femmes : la protestation du groupe Flora Tristan après le massacre dans les prisons de Lima. sa contribution à l'élaboration du programme de Izquierda Unida. sa participation au Front continental des femmes et son impulsion à la formation du Cercle féministe de Lima : rôle joué par la Maison de la femme de Bogota dans la formation du collectif feministe de cette ville : - des institutions qui. malgre leurs limites (entre autres, sur le plan financier). participent directement et régulièrement aux luttes des femmes de couches populaires en le soutenant sous différentes formes (CIDHAL au Mexique. La Morada au Chili. Aurora Viva et CESIP au Pérou. Groupe d'études Agraires à Porto Alegre) : - des institutions qui organisent en même temps des groupes de femmes de couches populaires, fondamentalement dans les quartiers (Manual Ramos au Pérou, PLEMUU en Uruguay. CAM à Guayaquil, Maison de la femme de Grajau à Sao Paulo : -des institutions qui pratiquent surtout des travaux de recherches (le GRECMU en Uruguay) et de documentation (Centre d'information des femmes à Sao Paulo. Carlos Chargas à Sao Paulo, Centre d'études de la femme au Chili) :

b. des projets d'aide aux femmes qui ne disposent pas de financements.

Quelques-uns de ces services visent à développer des services (Centre de soutien aux femmes violées à Mexico). d'autres à encourager le cinéma (un groupe à Sao Paulo et le Collectif féministe des droits de reproduction au Pérou ou à offrir aux femmes des lieux de rencontre et de discussion (Centre de la femme à Buenos Aires, Cuarto Creciente à Mexico. Maison de la femme à Cordoba). D'autres ont une activité dans des quartiers populaires (groupes femmes en action à Bogota. Groupe Tomasa Garces à Quito) ou des secteurs ruraux indigènes (Front large des femmes à Cuenca, en Ecuador).

c. Les groupes ou des collectifs autour de la publication d'une revue: les femmes qui éditent au Mexique FEM. la revue la plus ancienne et la plus régulière du continent : Femmes et Société au Pérou, le Collectif qui édite en Uruguay le Cotidiano de la Mujer (le Quotidien de la femme) : ceux qui editent en Colombie Cuentame tu rida (Racontes-moi ta vie) et Las Brujas (les Sorcières).

d. De nombreuses femmes chrétiennes qui ont adopté des positions féministes à la suite de leur participation au mouvement de la théologie de la liberation. Ces femmes font partie de différents groupes chrétiens ou des institutions que nous avons deja mentionnées. Parmi les groupes feministes chretiens il y a, par exemple. le Groupe des femmes chrétiennes qui fait partie du Cercle feministe de Lima, et Femmes pour le dialogue à Mexico.

e. Des commissions et des regroupements syndicaux, le plus souvent à un premier stade de leur formation, qui ont comme but de stimuler l'auto-organisation des femmes dans les syndicats et leur participation plus active (El Memorial au Pérou. Commission de la femme de la centrale PIT-CNT en Uruguay. Commission de la femme de la CUT au Brésil. Commission de la femme de plusieurs syndicats en Colombie. qui inclut, entre autres. les syndicats des téléphones et le syndicat des instituteurs de Bogota. l'Intersyndicale de la CGT argentine (qui a une force réelle dans l'imprimerie et chez les enseignants). le departement feminin de la Coordination nationale syndicale. lié au Vicariat de Solidarité, au Chili. Femmes dans l'Action syndicale au Mexique, (regroupement surgi après le tremblement de terre de 1985 et lié surtout au syndicat des couturieres).

f. Des femmes de nombreux partis politiques qui luttent au sein de leurs organisations. Soulignons les efforts des féministes dans les partis communistes de Colombie et d'Uruguay (ou des commissions femmes ont été formées et des debats se développent) ainsi que des femmes de plusieurs partis de l'opposition chilienne. Les féministes du PT brésilien ont obtenu la constitution de commissions femmes dans les différents Etats. La même chose vaut pour les feministes du PUT péruvien.

Le débat féministe a été relancé également dans le PSUM mexicain, qui fait désormais partie du Parti mexicain socialiste. Les femmes du Eloque socialista de la République dominicaine continuent leur travail pour renforcer l'organisation autonome des femmes, la CONAMUCA. Il faut ajouter évidemment les organisations de la IV° Internationale qui en tant que telles se définissent comme féministes.

En l'absence de formes nationales et à fortiori internationales de coordination. les débats au sein du féminisme latino-américain sont fragmentes. En outre, sauf au Bresil. la plupart des organisations féministes sont concentrées dans les capitales. Cela découle par ailleurs de la centralisation de la population et de la vie politique qui marque de plus en plus les pays d'Amérique latine.

Les ripostes à la crise

Il existe des secteurs féministes qui s'efforcent de créer une contre-culture feministe et qui ont une conception plus ou moins ésoterique de l'engagement féministe. Mais les secteurs les plus dynamiques du feminisme se posent surtout la question de savoir comment ils pourraient contribuer efficacement au changement de leur realite nationale en ameliorant la condition des femmes.

4. Face à la crise économique. à la détérioration du niveau de vie et aux attaques aux droits démocratiques les femmes ont été obligées de riposter. La proportion des femmes sur le marche du travail a augmenté car les familles ont des revenus insuffisants. En mème temps les femmes participent aux mouvements sociaux et politiques des travailleurs dans leur ensemble. La résistance des masses a impliqué des millions de femmes qui ont fait souvent leur première expérience de lutte. La croissance énorme des bidonvilles a par ailleurs stimule au cours des quinze dernières années de mouvements populaires nouveaux s'appuyant presque exclusivement sur les femmes. Ces mouvements luttent pour résoudre les problemes du logement. des services et de la famine qui affectent les millions de gens habitant dans ces zones. Les femmes y ont un rôle capital du fait qu'elles n'ont pas un travail salarié limitant strictement leur temps et qu'elles sont toujours obligées de satisfaire les besoins de leurs familles.

Les femmes représentent aussi la majorité des mouvements pour la défense des droits de l'homme. Les comités des familles des prisonniers politiques et des disparus qui se sont formés dans différents pays du continent sont constitués et impulses avant tout par les femmes. Dans ce cas aussi leur mobilisation decoule essentiellement de la conscience qu'elles ont de leur róle et leur responsabilité en tant que mères et épouses dans le combat pour libérer leurs fils. leur mari et leurs frères. Le cas le plus connu est celui des Mères de la Plaza de Mayo qui ont constitué l'avant-garde du mouvement pour le rétablissement de la démocratie en Argentine. Mais aussi dans d'autres pays — Chili. Pérou. Uruguay. Mexique. El Salvador. Guatemala. etc. — Il y a eu des groupes de cette nature. diriges par des femmes qui. tout en n'ayant eu aucune expérience politique préalable. sont descendues dans la rue pour sauver les membres de leur famille.

C'est sur les deux grands axes de la lutte pour la survie et la lutte pour les droits democratiques que la majorité des femmes latino-americaines sont en train de se mobiliser. Elles ne conçoivent pas leur participation aux luttes sociales et politiques comme un moyen pour se defendre en tant que femmes ou pour avancer leurs propres revendications en tant que sexe. Elles se mobilisent avec la conviction d'accomplir les taches que la société leur a assignées en tant que femmes. c'est-à-dire en premier lieu en tant que mères et épouses.

5. Les femmes du continent s'efforcent d'assurer la survie de leur famille fondamentalement par deux moyens: en adressant des revendications-pétitions à des forces externes (Etat. patronat. église) et en ayant recours à leur propres initiatives.

Le premier moyen. que nous connaissons le mieux. est applique a l'échelle locale. regionale et nationale. Il se concretise par la formation de groupes de quartier. de ligues de femmes. de clubs de meres. de syndicats. d'organisations de femmes paysannes. etc.. qui exigent des salaires plus eleves. des livraisons d aliments, la distribution de terres. la libération de prisonniers. la suppression de la torture et d'autres revendications concrètes.

Le deuxième moyen implique aussi des expressions organisationnelles multiples : l'achat en commun d'aliments par les femmes d'un quartier : la formation de groupes de quartier pour effectuer des travaux de couture ou se distraire (c'est le cas notamment au Chili ou la misère et la répression de la dictature empêchent dans beaucoup de quartiers toute forme de vie sociale) : la création de cantines collectives dans les quartiers dans le but d'assurer de la nourriture meilleur marche et plus nutritive (cela se réalise à une échelle massive à Lima et au Chili et cela s'était réalisé en Uruguay avant la chute du régime militaire) : la constitution de coopératives de production dans le but d'augmenter le revenu familial ou de financer l'organisation de la communauté. etc.

Face à l'ampleur la crise de nombreux gouvernements encouragent la deuxieme solution dans l'espoir d'atténuer les tensions sociales. Mais il faut dire que les deux solutions peuvent impliquer des formes d'auto-organisation des masses et leur mobilisation. Les deux comportent également des dangers politiques. En ce qui concerne la première. la vieille tradition du clientélisme est un danger permanent. Quant à la deuxieme. il faut combattre surtout les attitudes apolitiques. les tendances à se faire assister et le danger de l'isolement débouchant sur l'échec.

Dans les deux cas. la question de savoir si les dangers peuvent être surmontés. le niveau de conscience stimulé et l'auto-organisation renforcée dépendent de l'orientation et de la dynamique politique qui vont prévaloir.

6. La participation des femmes à ces luttes crée une dynamique contradictoire. Elles participent à la vie politique en tant que mères et épouses. Elles s'unissent. sortent de leurs maisons et de leur quartier. affrontent le pouvoir de l'Etat. le patronat. la bureaucratie syndicale. les groupes paramilitaires et les notables des villes et des campagnes. Bref. elles font ce que. selon les valeurs dominantes. une mère ou une épouse ne devrait jamais faire. Leur présence dans les rues. tout en réaffirmant leur responsabilité en tant que femmes opprimées. va objectivement à l'encontre de cette oppression. Cette contradiction - sous forme d'oppositionsoutien. plaisanterie - encouragement. se produit dans chaque rencontre avec la société. lorsque les femmes se trouvent avec leurs camarades de travail. leurs voisins. leurs maris. leurs fils et d'autres membres de leurs familles.

Mais l'essentiel c'est que les femmes se retrouvent entre elles. Ainsi les conditions se créent d'une prise de conscience de leur oppression à une échelle de masse. Lorsqu'elles descendent dans la rue. elles se heurtent à des obstacles pour atteindre leur but. Si elles l'atteignent. si elles gagnent, elles devront changer leurs attitudes de solidarité. changer leur comportement. l'idée qu'elles ont d'ellesmêmes. leurs conditions de lutte. Si elles veulent adopter de nouvelles formes de solidarité et donc améliorer les conditions de leur lutte. elles devront faire face à leur oppression. du moins en ce qui concerne leur participation et leur représentation politique.

Cela ne signifie pas que la prise de conscience de cette contradiction et son dépassement par la conquête de leur représentation politique en tant que femmes sont automatiques. Cela est encore plus vrai pour les autres aspects de leur oppression et la formulation explicite de revendications concernant leur sexe comme base d'unité dans la lutte.

7. L'existence de cette contradiction est la base objective des progrès réalisés au cours des dernières années dans la construction d'un tel mouvement. Le développement conscient de cette contradiction et d'un mouvement politique sur cette base dépend de beaucoup d'autres facteurs (rapport de forces global entre la bourgeoisie et les travailleurs : force des organisations révolutionnaires et leur rapport avec ces mouvements. conception qu'elles ont de la « question de la femme »: niveau et forme du lien entre le secteur féministe du mouvement femmes et les masses de femmes qui se mobilisent. capacité de l'Etat d'avancer une politique démobilisatrice, etc.).

Mais, en ligne générale, nous pouvons affirmer que la tendance est aujourd'hui au dépassement positif de cette contradiction : les femmes participent à la vie politique beaucoup plus qu'auparavant. Dans tous les pays il y a des progrès et des reculs selon la situation conjoncturelle. mais la dynamique d'ensemble débouche sur la construction de mouvements de femmes massifs. qui tendent de plus en plus à avancer leurs propres revendications comme partie intégrante de leur plateforme de lutte et comme base de l'unité, en les liant aux revendications plus générales concernant la survie et les droits démocratiques.

Progrès et acquis

8. Voyons maintenant quels sont les progres realises dans differents pays. Nicaragua. Les conditions pour une élévation du niveau de conscience des femmes sont qualitativement meilleurs que dans les autres pays parce que le peuple nicaraguayen est engagé dans un processus révolutionnaire. Les femmes qui. avant la révolution. avaient été organisées par les sandinistes pendant une courte période (l'association de femmes AMPRONAC était née en 1977). ont brúle les étapes d'une façon extraordinaire au fur et à mesure que la mobilisation de masses s'amplifiait à partir de 1979. Depuis lors, elles ont commence à participer massivement à toutes les activités et toutes les formes du pouvoir populaire (les femmes ont représenté 60 % des membres de brigades qui ont animé la campagne d'alphabétisation. et 80 % des protagonistes des Journées populaires de la santé : en 1984. elles constituaient 48 % des milices populaires et 60 % des Gardiennes de la révolution). Elles sont engagées de plus en plus dans des activités qui auparavant étaient le monopole des hommes et elles representent la majorite dans les écoles supérieures (ces deux phénomènes sont stimulés par le départ massif des hommes pour le front. Tout cela crée une situation très favorable a la prise de conscience par les femmes de leur propre oppression et à la lutte contre cette oppression.

Si on tient compte par ailleurs de l'attitude de la direction du FSLN. surtout de sa réorientation à partir du 8 mars de cette année. il faut conclure que les conditions existent pour le développement d'un large mouvement des femmes pour leurs droits specifiques. lie à la lutte de libération dans son ensemble.

Le processus révolutionnaire a été caractérisé par beaucoup de progres sur le terrain législatif. notamment avec l'adoption de la nouvelle Constitution. Maintenant. le FSLN veut combiner les activités légales et idéologiques de l'Association des femmes (AMNLAE) avec son activite dans les secteurs de masse par l'insertion de dirigeantes de masses dans les projets de l'Association. Cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas de contre-tendances, conséquence de la pauvreté généralisée. des difficultes économiques croissantes dues aux attaques impérialistes de l'arriération culturelle et des séquelles de la culture machiste. L'auto-organisation constitue la seule garantie d'une lutte efficace contre tous ces obstacles. Chili. C'est le pays capitaliste d'Amérique latine ou le mouvement des femmes a connu le developpement le plus massif. Ce mouvement est organise sur la base des quartiers, des cantines communes. des coopératives d'achats et de production (en 1984 les organisations de ravitaillement comptaient à Santiago 120 000 membres dont 80 % étaient des femmes). des fronts de femmes appartenant aux partis de l'opposition, des ligues paysannes avec des secteurs de femmes, du département féminin de la Coordination nationale syndicale et des groupes féministes. C'est le seul pays où existe une coordination réellement nationale par le truchement des Femmes pour la vie et de MENCH 83. Ces deux organismes unitaires peuvent mobiliser des milliers de temmes contre la dictature militaire.

L'appel lancé par Femmes pour la vie à l'occasion du 8 mars 1987 nous montre comment les revendications démocratiques générales se combinent aux revendications specifiques des femmes. Le tract distribue exige « le respect de nos vies et de leur épanouissement. la satisfaction des besoins en ce qui concerne la nourriture. la santé. l'éducation. le logement. les loisirs » de même que « la suppression de toute forme de discrimination à l'égard de la femme sur le terrain juridique, social et culturel ». Il revendique " la participation des temmes aux décisions sociales à tous les niveaux » et « la fin de la dictature et de tout autoritarisme ». Il explique finalement que « la conquête de tous nos droits comme femmes va de pair avec notre liberation en tant que peuple ». Ce tract a été signe par quatre cent cinquante temmes appartenant a tous les courants oppositionnels.

Il est difficile de croire que toutes ces revendications sont interprétées de la méme manière par tout le monde. La base réelle de l'unité réside sans doute dans la revendication de la chute de la dictature. Pour le reste. les formules utilisees sont assez vagues et représentent une tentative de mettre d'accord des courants politiques et idéologiques très différents. En tous cas. les revendications avancées reflètent le processus que les masses chiliennes sont en train de vivre. un processus ou les revendications démocratiques se combinent aux revendications spécifiques des femmes.

Mais il est surtout évident que pour la première fois depuis cinquante ans. les femmes font irruption massivement comme femmes sur la scène politique. C"est cette identité qui donne au mouvement son poids social et politique. La présence d'une femme au nom des femmes à l'Assemblée civique d'avril 1986 réunissant toutes les organisations sociales de l'opposition. est un premier signe de l'impact de ce mouvement sur la societe chilienne dans son ensemble Perou. Il existe dans ce pays un mouvement large de femmes qui s'exprime essentiellement par l'intermédiaire des organismes de ravitaillement. Il s'agit à Lima de cent mille femmes organisées dans les Comités pour le verre de lait avec une coordination métropolitaine et de femmes. très nombreuses. organisées dans des cantines populaires, des coordinations et des federations. chacune avec quinze à vingt cantines, toujours dans la région de Lima.

Lorsque Izquierda Unida (Gauche unie) remporta des succès électoraux importants en 1983. elle adopta. dans six communes. un programme de distribution de lait avec le mot d'ordre « le verre de lait ». Mais les comités pour le verre de lait ne furent effectivement créés que dans la région de Lima parce que c'est seulement là que le PUM prit l'initiative d'organiser les femmes sur la base de ce programme. Grace à une lutte menée pendant trois ans contre tous les obstacles crées par le gouvernement de l'APRA. les comités des femmes ont perfectionné leurs methodes de lutte et précisé leurs objectifs en élevant leur niveau de conscience. Au moment du départ du maire de gauche au début de 1987. les femmes de la Coordination métropolitaine étaient en train de se préparer à riposter à l'oflensive prévisible du nouveau maire de l'APRA qui viserait l'organisation indépendante des femmes encore plus que le programme. La dynamique enclenchée par ce processus d'organisation et de lutte des femmes de Lima a permis de réaliser des progres politiques importants. Prenons quelques exemples : un programme d'alphabétisation : la création d'ateliers de production : des projets de crèches de quartier et de cantines populaires à l'initiative des comités pour le verre de lait (ce qui indique que les expériences d'autogestion tendent à se multiplier) : l'esquisse par ces mémes comités d'une politique alimentaire alternative à celle du gouvernement nationale : la participation à la Rencontre des organisations populaires. où les comités pour le verre de lait ont proclamé leur autonomie par rapport aux organismes de quartiers mixtes, autonomie que les femmes défendent contre les attitudes machistes des directions composées de máles : la formation de la seule véritable fédération de femmes. dans la région de Lima. celle de Villa Salvador. basée essentiellement sur les comités pour le verre de lait et les cantines. Cette federation ne se preoccupe pas que des problemes de ravitaillement. mais plus généralement de l'oppression des femmes en tant que telles.

Les cantines populaires sont politiquement beaucoup plus hétérogènes à cause de leurs origines différentes. Elles ont été soutenues par la Coopération populaire sous le gouvernement Belaunde : par FOVIDA. une agence internationale ayant des projets en matière de ravitaillement et de santé : par des institutions ecclesiastiques diverses y compris CARITAS : par les comités pour le verre de lait. Dans ces conditions ces cantines ne sont pas très coordonnées et politisées. Toutefois. lors de la rencontre nationale des cantines pouplaires. qui a eu lieu en novembre 1986 à l'initiative du centre ecclésiastique d'action sociale et la formation d'un organisme national des cantines populaires a été proposée. Les dirigeantes locales ont commencé leur travail avec beaucoup d'enthousiasme. Mais lorsquelles ont proposé à l'évêque de Lima d'intervenir auprès du président de la Republique. l'activité a commencé à étre freinée probablement à cause des implications politiques d'un affrontement éventuel entre l'évèque et le gouvernement central.

Toutefois. la rencontre nationale des organisations populaires. à laquelle participaient aussi les représentantes des cantines. a abordé le problème de l'abanbon des cantines par de nombreuses femmes à cause de leur participation au Programme de soutien au revenu temporaire (PAIT). Le résultat a été un accord avec la commune de El Augustino : les femmes pourraient faire leur journée de PAIT à la cantine une fois par semaine et seraient payées. C"était une mesure de défense des cantines comme quelque chose appartenant aux femmes. une mesure de defense de leurs organisations en tant que telle.

En ce qui concerne les syndicats. il y a eu un travail initial dans les federations des laboratoires chimiques et de la confection à l'initiative d'un petit groupe de femmes regroupées dans le Memorial de la Mujer. A la suite de cette initiative. la direction de la centrale syndicale CGTP. contrólée par le PCP. a organisé en octobre 1985 une première rencontre des femmes travailleuses. Une deuxième rencontre devrait avoir lieu cette année. Ce sont fondamentalement des réunions au niveau des appareils. Plus généralement. les femmes du Memorial de la Mujer misent sur le travail syndical pour stimuler une politique de libération des femmes en partant de la base des syndicats.

Les féministes qui se regroupent dans une large mesure autour du Cercle feministe de Lima viennent de commencer un debat sur leurs perspectives. Elles affirment la nécessite d'une lutte politique et idéologique pour que les femmes se fixent comme perspective centrale la construction d'un mouvement en partant des luttes actuelles des femmes Bresil. Comme dans d'autres pays. l'urbanisation massive a cree les conditions d'une participation massive des femmes des quartiers et des bidonvilles aux divers mouvements urbains. Ces mouvements ne sont pas centralises nationalement. mais des coordinations permanentes existent dans certaines villes et des coordinations temporaires se sont réalisées à l'occasion de luttes concrètes. Les exemples les plus significatifs au cours de la dernière décennie ont été la lutte pour les crèches à Sao Paulo (1980-1982) et la lutte pour la distribution de lait bon marché dans la même ville (1984-1987).

L'entrée massive de femmes dans l'industrie entre 1980 et 1984 a été sans doute le détonateur du mouvement pour les crèches. qui s'est développe non dans le cadre des syndicats mais en partant des quartiers. Cette lutte a été organisée par des groupes féministes qui. pourtant. ne l'ont pas menée jusqu'au bout. Ainsi. le PC do B. organisation d'origine maoïste. a pu la diriger partiellement et en tirer les avantages pour sa propre construction parmi les femmes.

La lutte pour le lait a commencé dans le cadre des revendications avancées plus généralement dans les quartiers à propos de la nourriture. L'Etat a répondu en distribuant du lait bon marché. Cette distribution dans des magasins de l'Etat est prise en charge par les femmes organisées des quatre regions ou la lutte avait remporté un succes. 2 000 femmes achetent chaque jour leur lait dans ces magasins dont l'administration est gérée par une association de femmes. Cette association n'a pas beaucoup de membres. mais d'autres femmes se mobilisent des qu'il y a un danger d'augmentation des prix. En août 1986. une coordination régionale des magasins a été mise sur pied

En d'autres termes. le mouvement des femmes dans les quartiers se développe temporairement à l'occasion de luttes avec des objectifs concrets mais. de même que le mouvement populaire urbain dans son ensemble. il ne réussit pas pour l'instant à se donner une coordination permanente. Son profil en tant que mouvement est caractérisé par un mélange de mouvement populaire et de mouvement de femmes. Même lorsque les femmes se mobilisent pour des revendications générales, elles le font en tant que femmes. par l'intermédiaire de leurs organisations propres.

Dans les villes. les directions syndicales ont prêté une certaine attention aux femmes en tant que secteur. Mais elles se sont préoccupées beaucoup plus d'élargir leur base que d'affronter les problemes specifiques des femmes travailleuses. Au début de cette décennie. par exemple. la CGT a organisé des rencontres massives de femmes travailleuses. mais ces rencontres n'ont donné aucun résultat concret pour la lutte des femmes sur les lieux de travail. La fondation de l'autre centrale syndicale. la CUT. n'a pas amélioré la situation à court terme du fait que de nombreux dirigeants syndicaux estimaient que l'entrée massive des femmes dans l'industrie représentait une menace non seulement pour leur emploi. mais aussi pour leur famille.

Cependant, au cours des dernières années, des progrès ont été réalisés : par exemple. la constitution de la Commission nationale femmes de la CUT et de commissions dans quelques Etats. la décision du congrès de la CUT en faveur d'une campagne nationale pour les crèches. la création de commissions syndicales catégorielles (par exemple. dans la chimie. à Sao Paulo) avec la participation de femmes dirigeantes syndicales. Mais le sort de ces commissions dépend dans une très grande mesure de l'attitude et de la composition des directions. Pour des raisons historiques - leur origine à l'époque de Getulio Vargas - les syndicats brésiliens n'ont pas d'instances décisoires intermédiaires. Il n'y a donc pas d'instances ou les cadres moyens puissent établir un lien organique quotidien entre les directions et la base en facilitant ainsi la continuité organisationnelle. et ou des cadres de rechange puissent être formes.

Si nous ajoutons que les femmes ont une double journée de travail, qui limite drastiquement leur participation active à tous les niveaux, nous saisissons pourquoi les commissions femmes de la CUT se heurtent à des problemes très serieux dans l'accomplissement de leurs táches. Dans le cas du syndicat de la chimie à Sao Paulo. l'un des rares syndicats avec des femmes à sa direction. la commission femmes s'est efforcée de stimuler la participation des militantes de base en ouvrant des locaux syndicaux pour femmes dans les zones industrielles et en liant leur travail à celui d'autres syndicats. L'issue de la campagne pour les crèches dépendra beaucoup du succès de cet effort pour organiser des noyaux de femmes dans les syndicats.

L'un des pas en avant les plus importants de la CUT au niveau national a été l'expérience des femmes paysannes au Rio Grande do Sul. Pour riposter à l'interdiction de s'organiser syndicalement. elles ont forme des groupes dans chaque village et. de cette manière. ont réussi à arracher le droit à la syndicalisation pour elles aussi bien que pour leurs maris (de petits propriétaires). En 1985. une rencontre de dix mille paysannes a été organisée et une commission a été envoyée dans la capitale pour discuter avec le gouvernement d'une série de projets de loi. Ces luttes ont debouche sur la formation d'une coordination permanente de femmes paysannes au Rio Grande do Sul qui continue de lutter pour améliorer les conditions de travail.

La plupart des groupes féministes qui subsistent n'ont pas de contacts systématiques avec ces processus. Leur isolement et l'absence de coordination entre eux empêchent le maintien de rapports permanents qui puissent accélérer la prise de conscience feministe des femmes organisées dans les mouvements populaires ou dans le mouvement syndical. Pour l'instant. la seule forme de lien réside dans le réseau de contacts qui s'établissent à l'occasion des rencontres féministes annuelles.

Des féministes indépendantes participent aux commissions femmes du PT. qui pourtant n'ont pas beaucoup de poids dans le parti dans son ensemble. Depuis 1982. à la suite de la désarticulation des structures du mouvement autonome. les commissions du PT ont joué dans certains endroits un róle important dans la coordination de secteurs du mouvement populaire des femmes et elles ont souvent stimulé la discussion sur des thèmes féministes. Elles n'ont pas réussi toutefois à impliquer tout le parti dans la lutte des femmes. Elles se sont efforcées en tout cas de faire comprendre aux militants du parti la nature de l'oppression des femmes. le rapport entre lutte féministe et lutte pour le socialisme et donc la nécessité d'intégrer effectivement le féminisme dans le programme du parti. Un exemple concret a été la discussion sur le projet pour la Constituante stimulée par les commissions femmes, dont l'aboutissement a été l'approbation par la direction de positions plus avancées que celles de n'importe quel autre parti en matière d'avortement, de législation de la famille, de divorce, etc.

Le développement des commissions femmes et le progrès de l'orientation du parti dans son ensemble en ce qui concerne la lutte pour la libération de la femme et la nécessité de construire un mouvement des femmes pourraient avoir une importance fondamentale dans la mesure ou beaucoup de luttes des femmes dans les quartiers et dans les syndicats qui, maintenant. ne sont pas pour la plupart coordonnées entre elles, se développent dans un milieu social influence par la politique par le PT. Celui-ci pourrait donc beaucoup contribuer à la structuration du mouvement femmes sur des bases politiques plus solides et plus stables. Mexique. Ce pays a été l'un des premiers ou des groupes feministes se sont formes à partir du début des années soixante-dix. Ce processus s'est accéléré à l'occasion de l'année de la femme (1975). En même temps. l'éclatement de la crise économique a stimulé la participation croissante des femmes aux luttes contre le programme gouvernemental d'austerite. A partir de 1980. les groupes feministes connaissent une crise ouverte alors que des grèves éclatent. notamment dans des usines de la vallée de Mexico, où les femmes sont majoritaires. Une série d'activités commencent à se développer. soit de façon spontanée. soit à l'initiative de féministes de gauche. membres de partis ou non. Des secteurs de masse indépendants du parti gouvernemental. le PRI. y participent.

En gros. on peut dresser le tableau suivant : - Un grand nombre de rencontres de femmes au niveau sectoriel. régional et national. ont été organisées dans le but d'examiner la situation des femmes en tant que telles et de trouver des solutions à leurs problèmes. - Beaucoup de ces rencontres ont donne naissance à des coordinations de lutte qui ont eu une ampleur et une durée differentes. L'experience la plus significative est celle de la coordination régionale de femmes du district fédéral appartenant à la Coordination nationale du mouvement urbain populaire (CONAMUP) qui avait été formée après la première rencontre des Femmes des quartiers. en 1983. Cet organisme a réussi à coordonner les femmes de plus de trente quartiers en lutte pour les petits-déjeuners dans les écoles. l'aide pour l'achat des tortillas. aliment de base au Mexique. et les services.Il a organisé également des rencontres pour discuter. par exemple. de la violence contre les femmes. Tout en étant sous la direction d'un courant de gauche très sectaire. l'expérience des femmes des quartiers en lutte en tant que femmes a été fondamentale pour le renforcement du mouvement urbain lui-meme (la coordination regionale sus-mentionnee a éte en effet la colonne vertébrale de la CONAMUP dans la capitale) et pour la formation de cadres de direction ayant un minimum de conscience de leur oppression en tant que lemmes. - L'expérience la plus importante au niveau syndical a été la lutte des couturières à la suite du tremblement de terre de 1985. La formation de leur syndicat. celui du 19 Septembre. a ete un exemple non seulement pour les travailleuses. mais aussi pour le mouvement syndical dans son ensemble. Elle a prouvé que les femmes sont capables non seulement de participer aux syndicats. mais aussi de les diriger et de remporter des victoires dans des conditions difficiles. L'autorité morale dont disposent encore aujourd hui les couturieres malgre l'offensive declenchee contre elles par le gouvernement. le patronat et la bureaucratie syndicale. a stimulé un regroupement de femmes travailleuses de differents secteurs dans le but de relancer des initiatives qui n'avaient pas eu de suite. comme la coordination des travailleuses de l'Etat. Ces temmes qui. entre 1984 et 1985. avaient deja lutte dans les ministeres pour les crèches et d'autres services. s'étaient dispersées après le tremblement de terre. Maintenant, elles recommencent à s'organiser.

La composition sociale des manifestations significatives - 8 mars. 25 novembre. 10 mai - révéle le changement qui s'est produit au cours des dix dernières années. Actuellement. des femmes de couches populaires y participent surtout dans la capitale mais aussi dans des villes de province. En 1987. la manifestation pour le 8 mars a rassemblé à peu pres cinq mille femmes. essentiellement des femmes de la coordination régionale de la CONAMUP. des travailleuses du syndicat du 19 Septembre et le la Coordination unique des victimes du tremblement de terre. C'est la célébration la plus importante du 8 mars à laquelle on ait assiste. Au-delà de ces manifestations, il n'y a pas de formes ou d'instruments de coordination reguliere des femmes des quartiers. des travailleuses et des paysannes. Il n'y a aucun mouvement qui soit unifié organisationnellement et politiquement.

Toutefois. les experiences des dernieres annees ont eu comme resultat de réanimer les secteurs feministes liés à ces luttes. La naissance de Femmes dans laction syndicale. à la suite du tremblement de terre de 1985. et l'accord entre de nombreux centres de soutien sur la nécessité de chercher une issue politique aux luttes féministes ont relancé la discussion théorique. C'est à partir de cette discussion et des problèmes concrets qui se posent qu'il faut s'efforcer de construire un mouvement pour la libération des femmes au Mexique. Pour l'instant. cela a abouti à la formation d'une regroupement appelé Convergence féministe. qui est conçu par celles qui y participent comme un lieu de discussion sur la stratégie feministe au Mexique.

Les formes de coordination

9. Les formes de coordination entre les différents secteurs du mouvement femmes varient beaucoup en fonction de leurs objectifs. de leur ampleur et de leur duree. Dans beaucoup de pays. les contacts entre secteurs feministes se sont limites à des rencontres locales. régionales et nationales qui. dans certains cas. ont debouche sur la mise sur pied de reseaux d'information (Réseau de femmes feministes au Mexique en 1981-1983). Réseau de communication entre des groupes au Brésil : Réseau de la femme du conseil d'éducation d'adultes d'Amerique latine en Uruguay). Ces réseaux n'avancent pas de projets politiques d'ensemble et parfois. ils ne servent qu a planifier des rencontres futures ou des manifestations symboliques pour le 8 mars.

Il y a. toutefois. des coordinations entre certains groupes ou des personnes dans le but de prendre des initiatives politiques (Coalition des femmes feministes du Mexique. 1976-1980. et deux cercles de formation récente. le Cercle féministe de Lima et Convergence feministe du Mexique). Dans le cas de la Coalition de femmes féministes du Mexique. les axes de l'unité entre les groupes ont été également des axes de campagnes politiques (maternité volontaire. violence contre les femmes). Mais le caractère purement propagandiste de ces campagnes et leur isolement par rapport a la grande majorité des femmes ont provoqué une crise. voire l'enterrement de la Coalition. Le Cercle féministe de Lima et la Convergeancia feministe du Mexique reunissent des groupes qui ont fait des annees d'expérience et qui sont strictement liés à des mouvements populaires de femmes. Par conséquent. la recherche d'initiatives politiques par les secteurs qui se veulent féministes. part de bases différentes.

Une autre forme de coordination est celle qui unit des femmes n'appartenant pas à des partis politiques. à des femmes qui militent dans des partis, des syndicats. ou des groupes populaires. Dans le cas du Front national pour la libération et les droits de la femme (Mexique. 1979-1981) et de la Coordination multisectorielle de la femme (Argentine). l'unité a été établie fondamentalement sur une base propagandiste avec peu d'impact sur la masse des femmes. y compris celles qui sont engagées dans les luttes. Dans les deux cas. le résultat de la coordination a éte de permettre un certain dialogue et de prendre quelques initiatives politiques dans des pays qui n'avaient ou n'ont pas un mouvement de femmes développé.

La Table de Consultation (Uruguay. 1983-1987). tout en n'étant pas née en lien avec un mouvement de femmes. a été formée dans une période de montée d'un mouvement de masse ou les temmes jouaient un role important pour la demilitari- sation du pays. C'est pourquoi elle a pu faire connaitre à des secteurs importants de femmes ses prises de position politiques et programmatiques. Après les grandes mobilisations des femmes contre la dictature, et à l'occasion des élections. la Table est devenue un lieu d'échange et d'expériences analogue à la Coordination multisectorielle argentine (la présence de femmes militantes de partis bourgeois ne facilite certainement pas les choses).

Le Collectif feministe de Bogota (1985-1987) se trouve dans une situation différente parce qu'il représente la seule expression féministe unitaire dans un pays ou un mouvement femmes vient de naitre. Dans ce sens, tout en fonctionnant encore essentiellement comme un lieu de discussion et d'échange d'informations, il commence à prendre des initiatives politiques vers les organisations de masse (par exemple, sa participation à la Deuxième rencontre nationale des organisations civiques en 1986) et il représente un point de référence en ce qui concerne la condition de la femme.

Femmes pour la vie (Chili 1983-1987) est un instrument de mobilisation auquel participent des féministes ensemble avec des représentantes du grand mouvement de masse des femmes qui existe aujourd'hui dans ce pays. Y participent à titre individuel des femmes appartenant à des partis. des syndicats et des groupes féministes. C'est le seul endroit du continent où des féministes en tant que telles ont un tel rapport avec le mouvement de masse des femmes. Par ailleurs. Femmes pour la vie joue le rôle d'une coordination nationale.

Des contacts ont été établis au niveau continental, surtout à l'occasion des trois rencontres féministes latino-américaines (Colombie. Pérou. Brésil). D'autres contacts ont été établis à la conférence de fondation du Front continental de femmes à l'initiative de Cuba et du Nicaragua. à la Conférence de Nairobi ( 1985). à la Conférence sur la participation politique de la femme dans le cône sud (1986). et lors de différentes rencontres. colloques et réunions au niveau national avec des invitées d'autres pays. En outre, il y a des échanges de matériel aussi bien entre institutions qu'entre secteurs du féminisme organisé.

Tous ces contacts sont assez sporadiques et inegaux. Pourtant. ils stimulent certains debats. Les formes de participation des militantes marxistes révolutionnaires à ce débat seront choisies en fonction de leurs forces, de leur intégration dans le mouvement. de leur jugement sur les problèmes politiques centraux qu'il faut discuter à l'heure actuelle.

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