Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 25

La reconversion au Mexique : une régression économique et sociale

Sergio Rodriguez · Quatrième Internationale, n° 25 · septembre 1987 · p. 57-70 · 6 196 mots

In English: Restructuring in Mexico: Economic and Social Regression (International Marxist Review Vol. 3, No. 1, Summer 1988).

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L'année 1986 restera dans l'histoire du Mexique comme l'une des années les plus terribles pour les travailleurs. Aussi bien leurs conditions de travail que leur niveau de vie ont été substantiellement atteints. Les patrons et l'Etat ont imposé une politique économique qui. au-delà des discours idéologiques. a comporté une augmentation du chómage, une chute constante des salaires reels, une augmentation des accidents du travail, des attaques contre une série de conquêtes reconnues par les conventions collectives. la fermeture d'entreprises. une prolongation de la journée de travail, etc. Cette politique a ete inspirée par l'idée de profiter de la crise actuelle pour réaliser des transformations importantes au niveau aussi bien économique que politique. C'est ce qu'on a appelé la reconversion industrielle.

Ce processus s'est développé dans le contexte suivant : — la chute du prix du pétrole. Fin 1986. les exportations de pétrole avaient subi une baisse de 57.6 % en termes réels et leur contribution au produit intérieur brut avait diminué de 50 % par rapport à 1985 (de 7,5 % à 3,7 %). Selon les sources gouvernementales elles-mêmes. il n'y a aucune chance que cette situation se modifie dans les cinq prochaines annees : - une renegociation de la dette exterieure qui lie de plus en plus la dette au prix du petrole et en même temps crée une situation très difficile dans la mesure où l'essentiel du service de la dette devra être payé dans les prochaines annees.

Les deux facteurs qui avaient joue un rôle fondamental dans la croissance economique de 1975 a 1981. c'est-à-dire les exportations de pétrole et les crédits extérieurs se sont donc transformés en éléments allant à l'encontre d'une stabilisation économique.

La reconversion

Les idéologues de l'Etat mexicain se sont efforcés à plusieurs reprises d'utiliser la reconversion industrielle et la modernisation industrielle comme des synonymes alors qu'il s'agit de deux choses differentes. Dans le cas du Mexique tout au moins. la reconversion a été la combinaison de facteurs divers : modernisation de quelques secteurs productifs (télécommunications. banques, industries automobiles. informatique. petrochimie. etc.) : liquidation d'entreprises peu rentables dans des secteurs clé de l'économie (Fundidora de Monterrey. Renault. Acetos Esmaltados. Aceros Chihuahua. etc.) : faillite de petites et moyennes entreprises qui ne disposent pas de crédit et dont l'équipement est de plus en plus obsolete: augmentation spectaculaire des entreprises de montage (maquiladoras) (depuis 1982. 268 nouvelles entreprises ont été créées, soit un total de 853, qui emploient 328 000 personnes. c'est-à-dire 158 % de plus qu'en 1982). Il n'est donc pas évident que la reconversion a signifié la transformation du Mexique en une « puissance industrielle moyenne »: du moins. ce n'est pas ce qui s'est passé jusqu'ici. Nous y reviendrons plus loin.

Meme en ce qui concerne le cadre presente par l'Etat. il existe des difficultes qui n'ont pas eté surmontées. Soulignons, entre autres, que : a) le modèle d'industrialisation adopte (developpement stabilisateur) partait de l'idée qu'il fallait réaliser une stabilité syndicale en faisant des concessions en matière de productivité du travail. En d'autres termes. on privilégiait la paix syndicale (le Mexique est le seul pays d'Amérique latine où la grève generale est presque inconnue). ce qui donnait plus de garanties aux investissements. au lieu d'imposer une surexploitation par des cadences excessives : b) un développement technologique limité par rapport à celui de pays d'un niveau de développement similaire (Brésil. Corée du Sud, Taïwan, etc.). ce qui lavorisa la dépendance. Il suffit de rappeler l'exemple du developpement de la production des micro-calculatrices au Brésil qui avait ferme ses portes aux grandes firmes étrangères : c) la désynchronisation de la reconversion industrielle au Mexique par rapport à celle des pays impérialistes. du moins dans les branches fondamentales comme la sidérurgie. Dans les pays impérialistes, ce processus s'est acheve il y deux ans alors qu'au Mexique il n'a commencé que l'année dernière. Par consequent. la diminution des coûts de la production siderurgique dans ces pays a été beaucoup plus sensible que chez nous :

d) le fait que l'économie mondiale se trouve pour l'essentiel dans une phase de stagnation prolongée. Cela a eu, entre autres, comme consequence que le produit industriel brut a progresse plus lentement que le produit national brut dans son ensemble. La croissance de l'économie informelle n'est qu'une expression de ce phénomène : e) la grande incertitude quant à l'évolution de la dette extérieure. Le gouvernement mexicain et les patrons ont indiqué comme une solution possible l'absorption par des entreprises ou des banques impérialistes du déficit d'entreprises mexicaines endettees (voir. par exemple. le cas du groupe Alfa). Mais il ne s'agit que d'un processus incipient et pas encore significatif alors que le poids de la dette sur les entreprises est terrible. En 1985. les dix groupes les plus importants du pays ont vendu des produits pour 2 140 millions de pesos : leur dette intérieure a été de 1810 millions de pesos et leur dette extérieure de 2 148. Cela signifie que la dette globale a dépassé de 23 % les ventes globales. Selon la revue Expansion, les quarante-huit premiers groupes d'entreprises concentrent 92.86 % des ventes. 95.07 % de la dette intérieure et 98.77 % de la dette extérieure. f) une grande incertitude en ce qui concerne une série de facteurs qui pésent sur l'activite industrielle. dont le type de change et les taux d'intérêts. Toute devaluation du peso comporte une augmentation de la dette extérieure calculée en pesos. Dans ce sens. la croissance de la dette de la majorité des groupes susmentionnes est liée à la chute du peso. Par ailleurs. les taux d'intérêts très élevés découragent les investissements au lieu de les propulser puisque les entrepreneurs ne jugent leur activité rentable qu'à condition que les profits soient plus élevés que les taux d'intérêt. En 1985. cela n'a été le cas que pour la moitié des groupes d'entreprises les plus puissants. En 1986. la situation est devenue encore plus difficile du fait que les taux d'intérêts ont considérablement augmenté dans un cadre de récession industrielle et de contraction importante du marché intérieur: g) l'accentuation de la concurrence de la part non seulement des pays impérialistes. mais aussi de pays comme le Brésil, la Corée du Sud. Taïwan. Singapour. Inde. I Argentine et | Afrique du Sud. De toute évidence. d'autres pays ont tiré la conclusion qu'il faut exporter pour payer les services de la dette. En même temps, il y a eu une contraction du commerce international à la suite des mesures protectionnistes adoptées par des pays impérialistes et notamment par les Etats-Unis (le dernier exemple est la taxe sur le pétrole mexicain) : h) une dynamique nouvelle du commerce international qui a permis de remplacer une serie de produits traditionnels par des produits nouveaux. élaborés par des technologies plus avancées impliquant une reduction sensible des couts de production.

Dans ce sens. la reconversion. tout en correspondant à un projet de plusieurs annees. a connu un debut fort hesitant. Prenons quelques exemples : 1. La contraction des investissements. Fin 1986. la chute des investissements aura été de 14.2 %. Cette chute a été plus accentuee dans le secteur public. Par exemple. alors qu'en 1981 les investissements publics représentaient 12.5 % du PNB. en 1986. ils ne correspondaient qu'à 4.2 %. Pendant la presidence de Miguel de La Madrid les investissements publics ont diminué en moyenne de 17.6 % par an. Plus précisément. entre 1982 et 1986. les investissements publics dans les communications et les transports ont diminué de 26 % par an, dans le secteur industriel de 22.2 %, dans l'agriculture de 14.6 %. dans le développement social de 13.1 % et dans les secteurs insuffisamment classés de 23.5%. Tout cela implique qu'on a jeté par-dessus bord le vieil Etat providence. Seuls les réformistes ont la nostalgie d'un tel passé : 2. le vieillissement de l'équipement. On calcule que l'équipement industriel mexicain est en retard d'une dizaine d'années. La situation a même tendance à s'aggraver à cause de deux facteurs : d'un côté. la production de biens de capital subit une récession complète (diminution de 15 % à la fin de 1986). de l'autre. une bonne partie des entreprises ont beaucoup de difficultés à se procurer les devises dont elles ont besoin pour acheter à l'étranger un nouvel équipement : 3. la priorité accordée par de La Madrid à la lutte contre l'inflation a connu un double échec : non seulement le taux d'inflation n'a pas été réduit. mais même tous les records d'inflation ont été battus. Entre 1940 et 1976. on avait enregistré une inflation de 299 % : entre 1983 et 1986, l'inflation a été de 320 %. Par ailleurs. cette « remise en ordre » financière a amené l'économie mexicaine à la récession. Pour prendre quelques exemples, 230 entreprises ont été fermées en 1985 dans l'Etat de Jalisco et 46l à Monterrey. Dans les quatre premiers mois de 1986, 160 et 163 entreprises ont été fermées dans les mêmes endroits. En ce qui concerne l'industrie de l'imprimerie. 800 entre- prises se sont déclarées en faillite à la fin de 1986.

La strategie des « maquiladoras »

Le processus de vente d'entreprises de l'Etat dans le but de réduire l'intervention de l'Etat sur le terrain économique et le fait que la renconversion industrielle n'a pas impliqué. du moins jusqu'a maintenant, une transformation telle à faire du Mexique une puissance industrielle moyenne. ont déterminé sa lente transformation du pays semi-colonial semi-industrialisé en pays semi-colonial d'usines de montage.

Le développement spectaculaire de l'industrie de montage a été jusqu'ici la seule perle de la politique menée par les technocrates du gouvernement actuel. Mais la question se pose de savoir quelle est la signification d'un tel développement. L'industrie de montage se base plus sur la faiblesse que sur la force de la structure industrielle.

Qu'est-ce que le Mexique peut offrir aux maquiladoras? Surtout un niveau tres bas des salaires. Il suffit de rappeler que le coût horaire moyen en 1986 de la main-d'œuvre a été au Mexique de 1 dollar et 30 centimes alors qu'il était entre 8 et 13 dollars aux Etats-Unis. 1.75 à Singapour et 1.45 à Hong Kong. Les prix d'installation sont aussi plus bas. On pourrait dire la même chose à propos des installations électriques: 4 centimes de dollar le kilowatt-heure au Mexique. 4.1 aux Etats-unis, 7.5 en Malaisie et 10 a Singapour.

Il faut ajouter que le Mexique est près des Etats-Unis, ce qui réduit les frais de transport: des entreprises jumelées se développent de plus en plus des deux côtés de la frontière. En outre, on n'a pas permis aux travailleurs des maquiladoras de s'organiser syndicalement : les syndicats officiels n'ont pu non plus se constituer. Par conséquent, les travailleurs ne disposent d'aucun instrument de défense contre des cadences très élevées.

Pour rendre la situation encore plus flexible, le gouvernement a adopté le 15 août 1983 un nouveau décret sur les maquiladoras qui leur permet d'écouler jusqu'à 20 % de leur producteur sur le marche intérieur. Le résultat a été d'éliminer du marché des entreprises nationales n'ayant pas atteint le même niveau de productivité.

Voilà quelques facteurs qui ont stimulé les investissements étrangers et un tel developpement des industries de montage. Par exemple, les maquiladoras ont crée des emplois au rythme de 7.5 % par an alors que la croissance n'a été que de 2% dans l'économie dans son ensemble. A la fin de 1986, elles ont assuré des rentrées équivalentes à 2 000 millions de dollars et la perspective est d'atteindre en 1990 le palier de 4 000 millions. Toutefois. tout ne va pas pour le mieux.

L'une des idées qui avait déclenche l'enthousiasme pour le développement des maquiladoras était que ces entreprises utiliseraient des produits nationaux avec un effet demultiplicateur au niveau industriel. En fait, seuls 2.8 % des produits utilisés sont d'origine nationale. Par conséquent. les effets sur l'industrialisation du pays ont été justement opposés à ceux qu'on escomptait.

Voyons plus concrètement. La crise de l'industrie automobile mexicaine n'est pas une crise qui frappe cette industrie dans son ensemble: elle frappe les entreprises qui produisent et vendent des voitures au Mexique. Au cours des six premiers mois de 1986. l'industrie automobile a enregistré une chute de 23 % des unités produites et de 28 % des unités vendues. On a indiqué que si un tel rythme était maintenu. 40 % des distributeurs de voitures du pays pourraient disparaitre en l'espace de six mois. A cause de cette chute l'industrie automobile, qui avait en 1981 90 000 travailleurs, n'en avait que 45 000 en 1986. L'industrie de pièces de rechange est passé de 150000 à 85 000 travailleurs.

Cependant, il y a une autre industrie automobile qui, elle, n'est pas en crise. Il s'agit de l'industrie pour l'exportation qui ne construit pas des voitures complètes, mais seulement des parties, notamment des moteurs. On calcule que les nouvelles usines, y compris Ford à Hermosillo, auront une production annuelle de 2. .S millions de moteurs dont 80 % iront aux Etats-Unis.

Il faut donc bien comprendre ce qui est en train de se passer. Le Mexique devient à nouveau un pays d'assemblage. Cela est confirmé par la crise de l'industrie automobile produisant pour le marché national qui a provoqué la fermeture de l'usine Ford à la Villa. de Vehiculos Automotores Mexicanos à Vallejo et de l'usine Renault dans l'Etat de Hidalgo.

Il parait donc que le gouvernement mexicain et un secteur fondamental du patronat estiment que l'essentiel est de créer les conditions optima pour les investissements étrangers. Dans les quatre dernières années, on a autorisé 150 projets d'investissements par des étrangers qui détiennent 100 % des actions. On calcule qu'au cours des deux dernieres années de la présidence de Miguel de la Madrid. entre 3 et 4 000 millions de dollars de nouveaux investissements étrangers vont être effectués. Entre 1982 et 1985, le nombre d'entreprises avec une participation étrangère est passé de 6 129 à 6 978.

Mais tout ne va pas pour le mieux sur ce terrain non plus. Cela non seulement parce que les investissements étrangers deviennent ainsi la variable fondamentale dans la stratégie de reconversion. mais aussi du fait que. jusqu ici, des investissements ont été moins importants que le gouvernement actuel ne le pensait.

En 1983. ont été approuves des projets d'investissements étrangers de 684 millions de dollars. mais seuls 70.2 millions ont été effectivement investis. c'est-à-dire la dixième partie de ce qu'on avait autorisé. En 1984. ont été approuves des projets d'investissements de 442 millions de dollars, dont ne sont arrives que 534.4, c'est-à-dire 37 %. En 1985. on a approuvé des projets d'investissement de 872 millions de dollars, mais on n'en a reçu effectivement que 269.6. c'est-à-dire 14.4 %. Pour 1986. on prévoyait des investissements de 2 milliards de dollars, mais à la fin du premier semestre on n'avait reçu que 151 millions. Il semble donc que l'écart entre les projets et les réalisations s'élargit. Ceci en dépit du fait que le gouvernement de La Madrid a éliminé en l'espace de six ans 88.7 % des normes protectionnistes qui existaient auparavant.

Dans les années trente. l'économie mexicaine avait connu une autre crise économique majeure. A l'époque on decida de transformer radicalement le modèle d'accumulation. En profitant du contexte international. on impulsa un processus d'industrialisation basé sur la substitution des importations. On passa d'une économie d'enclave totalement dependante des cours des matières premières sur le marché mondial à une économie qui, tout en étant toujours dépendante de l'imperialisme. avait acquis ses propres formes d'accumulation du capital. Cette politique avait assuré une croissance considérable pendant trois décennies et avait amené des gens à croire que le Mexique avait cessé d'être un pays semi-colonial. La crise actuelle semble remettre les choses à leur place : d'autant plus que la politique de la classe dominante vise à lier plus que jamais le sort de l'économie mexicaine à l'évolution des prix des matières premières et notamment du pétrole et mise sur l'afflux de capitaux étrangers. Le nationalisme de l'époque de Cardenas et même le nationalisme dilué d'Aleman sont désormais loin. La reconversion industrielle n'est en dernière analyse qu'une modernisation de quelques branches productives. notamment celles qui constituent l'infrastructure du pays. dans le but de stimuler et favoriser les investissements étrangers. parfois associes au capital monopolistique mexicain. Il s'agit d'une reconversion qui. loin de rendre le Mexique plus indépendant, accentue sa dépendance.

Changements dans l'organisation du travail

Dans le cadre du projet de reconversion. la modernisation au niveau de l'usine a été indiquée comme l'élément clé dans le Plan national de développement élaboré par le gouvernement. Ce processus de modernisation a commencé depuis des annees. Pendant la présidence de Lopez Mateos. le Mexi- que était allé au-dela du stade de l'assemblage et avait commencé à réaliser tout le processus de production. On peut dire la meme chose de l'époque de Lopez Portillo ou des transformations avaient eu lieu dans l'industrie pétrochimique (voir. par exemple. le complexe de Pajaritos dans la région de Vera Cruz).

C'est à partir des années cinquante qu'on a introduit au Mexique les méthodes Ford (travail a la chaine) et Taylor (détermination précise des táches). La période connue comme celle de la substitution des importations a ete ainsi marquée egalement par des changements substantiels dans l'organisation du travail. L'ouvrier mexicain fut projete brutalement dans le xx* siècle sans que des changements se produisent dans l'organisation syndicale. du moins au niveau de la direction.

Par la suite. un processus de mecanisation et d'automatisation beaucoup plus important s'est développé dans quelques secteurs industriels. notamment par l'introduction de l'informatique. ce qui impliquait un contróle sur le processus productif dans son ensemble et d'abord sur l'utilisation de la force de travail. L introduction du contrôle numérique a été aussi importante qu'autrefois l'introduction du travail à la chaine Ce systeme est applique par exemple chez Ford a lanepantia et chez Chrysler a Toluca.

Ce processus de modernisation a modifié d'une manière substantielle le processus du travail. du moins en ce qui concerne les aspects suivants : a) Comme pour tout processus d'automatisation, il y a un processus de dequalification de la force de travail. Les travailleurs manuels sont les plus affectes. En effet. ils doivent accomplir des tâches qui n'ont rien à voir avec leurs activités antérieures (par exemple. certains ne s'occupent que du nettoyage des locaux) : b) le parachèvement de ce processus exige une modification d'éléments fondamentaux des conditions de travail fixées par les conventions collectives. notamment dans la mesure ou ces conventions introduisaient des éléments de contróle ouvrier. Il s'agit. par exemple, des clauses qui prévoyaient que les syndicats soient informes au prealable des modifications technologiques ou des clauses selon lesquelles on devrait discuter avec les syndicats toute augmentation éventuelle des charges de travail : c) la vie des travaiileurs à l'entreprise subit des changements et des conquêtes passees tendent a etre eliminées (par exemple. en ce qui concerne la possibilité d'aller aux toilettes. de jouir de quelques minutes de repos. les rapports de solidarite reciproques. etc.) : d) le niveau d'exploitation est accru soit par une intensification des cadences. soit par une prolongation de la journée de travail. soit par une combinaison des deux: e) une modification s'est produite dans le processus d'hypercentralisation industrielle dans les grandes villes industrielles traditionnelles. Aguascalientes. Saltillo. Ramos Arizpe. Tlaxcala. Hermosillo. etc. s'ajoutent désormais à Mexico. Monterrey. Guadalajara. Cuernavaca, Toluca. etc. Ces villes. qui étaient auparavant des villes agricoles ou basées sur les services. sont choisies pour des raisons diverses : conditions privilégiées accordées par les gouvernements locaux. main-d'œuvre meilleur marche : absence d'une tradition de luttes syndicales : émergence d'un nou- veau proletariat sans traditions ouvrieres. etc.: f) la dépendance technologique surtout par rapport aux Etats-Unis devient plus importante. La technologie qu'on achète maintenant est très strictement sélectionnee : g) à la différence de l'Europe où, selon Ernest Mandel, l'automatisation n'a pas impliqué. du moins jusqu'à maintenant, un changement qualitatif de la situation de l'emploi. dans un pays comme le Mexique le processus de modernisation est en train de provoquer un chômage important. En effet. l'introduction de techniques nouvelles qui comportent une réduction de la main-d'œuvre. n'est pas contrebalance par la création des nouveaux emplois à la suite de la production de nouveaux équipements. Il faut ajouter d'autres considérations. Ernest Mandel indique qu'en Europe (sous beaucoup d'aspects à l'avant-garde de ce processus) on ne peut pas parler d'automatisation généralisée. Il indique également qu'on est dans la phase de la semi-automatisation en mettant en garde contre le danger d'une généralisation trop désinvolte (il se réfère surtout à la robotisation). A plus forte raison, il serait dangereux de faire des généralisations dans le cas d'un pays comme le Mexique. En l'occurrence, nous parlons de quelque chose qui est en train de se passer dans quelques secteurs industriels qui. en Europe ne sont pas considérés comme des secteurs de pointe.

Par ailleurs, comme nous l'avons déjà dit. la modernisation doit faire face à l'un des problèmes les plus sérieux de l'économie mexicaine. c'est-à-dire le bas niveau de productivité du travail. Selon Clemex-Wharton. la productivité moyenne est excessivement basse et ne progresse que très lentement : en 1980. elle a augmenté de 1.9 %. en 1981 de 1.2 %. en 1982 de 0.4 %. en 1984 de 1 % alors qu'en 1983 elle a même baissé de 3.9 %. Il s'agit de niveaux qui sont inférieurs à ceux de pays comme le Bresil. l'Argentine. la Corée du Sud. Taïwan. Singapour. Ce phénomène ne concerne pas que l'activité au sein de l'entreprise : il concerne aussi. par exemple. les transports, dont l'insuffisance tres grave implique un gaspillage de travail social.

Les conséquences sociales

La reconversion industrielle. allant de pair avec une campagne idéologique sur l'austérité, a impliqué une politique d'agression globale à l'égard du niveau de vie des travailleurs mexicains. Cette offensive s'est développée sur les terrains suivants : a) attaque au salaire reel. Il suffit d indiquer qu'en 1976 les salaires correspondaient à 40.3 % du PNB et en 1985. ils étaient tombés à 25 %. Cela reflète en même temps la croissance du chomage et le blocage des salaires. Entre 1976 et 1985. le pouvoir d'achat des salaires est tombé de 34 % environ en retrouvant le niveau de 1965. Il y a eu donc surexploitation et transfert de la plus-value au détriment des travailleurs. Ici se pose également la question de la dette extérieure. Si le gouvernement mexicain et les patrons ont pu payer une grande partie des intérêts et du service de la dette. c'est grâce au fait qu'ils ont pu économiser sur les salaires. Selon le centre d'études des syndicats et du travail. CDESTAC. les pertes en salaires de 1977 à 1984 ont été d'un milliard et millions de dollars. ce qui correspond à 63 % de l'amortissement de la dette et à 83 % du service de celle-ci. En d'autres termes. ce sont les travailleurs qui paient la dette.

C'est pourquoi la lutte pour un salaire équitable. qui est reconnu comme un droit par la Constitution. est une lutte politique fondamentale. Il ne s'agit pas seulement d'une revendication immédiate : on touche en même temps à un aspect central des projets économiques et politiques des patrons. Il y a un rapport evident entre augmentation du chomage et baisse des salaires. Il y a également un rapport entre baisse des salaires et dégradation croissante des services sociaux. notamment en ce qui concerne la sante. Il y a finalement un rapport entre la baisse des salaires et le pillage du pays par la dette extérieure. b) L'attaque contre l'emploi. Le problème du chomage est un element structurel dans des pays comme le Mexique. Mais au cours des dernieres annees. la situation est devenue de plus en plus dramatique. En 1977. alors que la population économiquement active était de 17 631 000 personnes. le chómage en frappait | 393 000: c'est-à-dire 7.9 %. Il y avait en outre 4 millions de personnes sous-employées. En 1984. la population active était de 23 493 000 personnes. dont 4 150 000 - 16 % du total - n'avaient aucun travail ni revenu. Le sous-emploi representait 4833 000 personnes. Au cours de l'année 1986 qui a été une année de récession. la situation s'est degradée davantage. Selon des sources officielles. on n'a créé que 11 000 emplois alors qu'il aurait fallu en créer un million. Le chômage a dépasse ainsi 25 % de la population active.

En ce sens. le problème du chomage est aussi grave que le problème des salaires. La bourgeoisie et son gouvernement s'efforcent d'exploiter le chómage pour infliger une défaite aux travailleurs et pour les paralyser. Au debut des années quatre-vingt. les patrons ont demande aux syndicats de choisir : soit une augmentation de salaires soit le maintien de l'emploi. C'est un faux dilemme : les salaires ont ete reduits et le chômage a augmenté.

C'est la classe ouvrière de l'industrie manufacturière qui a souffert le plus. Alors qu'entre 1975 et 1981 l'indice de l'emploi dans cette industrie avait indiqué une croissance de 30 %. à partir de 1982. l'indice a commencé à baisser considérablement. En 1984. l'emploi du secteur était de 13.5 % inférieur à celui de 1981. La situation apparait encore plus grave si on considère l'indice des heures travaillées. Entre 1982 et 1984. le taux par tête etait tombe de 5.5 % par an. Au premier semestre de 1986. la chute a ete de 6.2 %.

La lutte pour l'emploi devient donc une lutte pour la survie d'une partie fondamentale de la classe ouvriere. Il va de soi que les patrons saisissent l'occasion pour licencier d'abord les travailleurs les plus combatifs. Cela s'est passé deja dans l'industrie automobile. électroménagère. sidérurgique. nucléaire. eTC. c) Chute des investissements de l'Etat dans les services. L'Etat providence est en train de disparaitre pour laisser la place à l'Etat de la libre concurrence. L'idée est très simple. Les investissements dans les services doivent étre réduits au minimum dans le but d'économiser sur les couts de production.

C'est surtout en matière de médecine du travail que la baisse des investisse- ments a éte la plus sensible. Les accidents de travail sont plus fréquents que jamais (709 000 en 1985). Il est évident que le gouvernement et les patrons ne s'en préoccupent pas excessivement car il y a des chômeurs disponibles pour remplacer les victimes. En ce qui concerne l'incapacité de travailler. il était relativement facile d'en obtenir la reconnaissance il y a quelques années alors que maintenant les medecins de la Sécurité sociale ont reçu des instructions tres sévères. Un travailleur avec 39 ° de fièvre peut étre envoyé au travail après avoir pris des analgesiques. L'hospitalisation représente une véritable odyssée. Les hôpitaux n'ont pas de places suffisantes, le nombre de malades est totalement disproportionné par rapport au nombre de médecins et d'infirmières, dont les heures de travail ont considérablement augmente avec des dangers accrus de negligences et d'erreurs.

Les investissements pour la construction de logements pour les travailleurs ont diminué aussi. Aujourd'hui. le déficit de logements est, selon le Conseil du travail, de 4.5 millions. Le loyer correspond en moyenne à 40 % du salaire. Dans certains cas. il peut atteindre même 65 % du salaire minimum. Par ailleurs. on a annoncé une augmentation des tarifs de l'électricité ( 10.2 % en plus du taux d'inflation en 1986): d) Attaque contre les conventions collectives. Le processus de modernisation est considéré par le gouvernement et les patrons comme l'occasion pour éliminer ces conventions qui souvent, malgre la présence des bureaucrates syndicaux corrompus. constituent des conquêtes des travailleurs. Ils ont agi dans ce sens avec succès dans le cas de la nouvelle usine de General Motors à Ramos

Arizpe, chez Dina Renault ou chez Nissan. Cela vaut aussi pour la Fundidora de Monterrey.

Toutefois. ils n'ont pas réussi à atteindre entièrement leurs buts. Dans les secteurs industriels avec une tradition plus riche. les conventions collectives n'ont pas été démantelées: les luttes ont donné des résultats. C'est le cas notamment des luttes du SME (Syndicat des travailleurs de l'electricite) qui n'ont pas abouti à des conquêtes importantes. mais ont permis de sauvegarder la convention collective. En conclusion. le niveau de vie des travailleurs a été durement frappe. doute celui de la consommation de cet 'exemple le plus significatif est sans aliment de base qu'est le maïs: alors qu'en 1983. un Mexicain en consommait en moyenne 236 kilos par an. en 1986. il n'en a consommé que 196 kilos. donc 40 kilos de moins. Voilà ce qui met suffisamment en lumière la politique de misère et de famine menée par le gouvernement.

La riposte des travailleurs

La politique du gouvernement et des patrons a remporte des succes incontestables. Mais cela n'implique pas que la classe ouvrière n'a pas lutté sous des formes diflerentes pour contrecarrer l'attaque dont elle était la cible. malgré son affaiblissement du à la montée spectaculaire du chómage. Un point fondamental à clarifier est la question de savoir quel a été le degré de continuité des luttes au long des dernières années. Même si l'on considère que le cycle inauguré au Mexique par le mouvement étudiant de 1968 n'est pas terminé. il serait tout à fait illusoire de croire que le processus a été linéaire et continu. Du moins par rapport à la classe ouvrière. il s'agit d'un processus de continuité et de rupture.

Il va de soi que la phase du syndicalisme indépendant, c'est-à-dire celle des grèves chez Lido. General Electric et Spicer a marqué la conscience des travailleurs mexicains. Cela vaut encore plus pour la lutte des travailleurs de l'électricité - menée d'abord par le syndicat STERM. ensuite par le SUTERM - de même que pour la lutte des syndicats de l'université. Toutefois, dans tous ces processus, on peut parler justement aussi bien de continuité que de ruptures. Ceci parce que tous ces conflits ont débouché sur des défaites — les unes plus serieuses que les autres - et parce que ces luttes, qui pourtant ont entrainé d'autres secteurs de travailleurs, n'ont pas abouti à la formation de structures organisationnelles stables représentant un défi à la domination des bureaucrates.

Ce processus est encore plus clair au niveau de l'avant-garde ouvrière. A ce sujet aussi il y a eu continuité. rupture et recomposition en même temps.

L'un des secteurs les plus affectés par les agressions patronales a été celui de l'industrie automobile. Le syndicalisme de l'automobile a été l'un des plus radicaux et. en ayant échappe au contrôle des bureaucrates syndicaux. il a pu mettre en place des formes d'organisation syndicale strictement liees au processus de production (comités d'atelier), ce qui a donné naissance à un processus de radicalisation et de politisation très important. Dans de nombreux cas. les comités exécutifs n'arrivaient pas à l'expiration de leur mandat parce qu'ils étaient sous la surveillance totale des comités d'atelier. Ainsi. les courants syndicaux s'organisaient quasi naturellement et ils participaient activement à la vie du syndicat. Les bulletins de ces courants se multiplaient et il y avait une grande activité politique. C'était l'époque où l'avant-garde ouvrière se réunissait pour discuter et s'éduquer sur la signification de la révolution mexicaine, sur la loi fédérale du travail. etc.

Il est incontestable que le gouvernement et les patrons ont frappe tres durement cette avant-garde : beaucoup de militants étaient licenciés alors que d'autres étaient achetés. Si nous pensons aujourd'hui à l'avant-garde qui avait dirigé les grèves les plus importantes chez Renault. Nissan. Volkswagen. Masa. General Motors. nous ne pouvons pas dire simplement qu'une page a été tournée: l'écrasante majorité de cette avant-garde a été démantelée. Une situation similaire s'est produite chez General Electric. Kelvinator et Nucleares. dans certains secteurs du textile et même dans des branches du secteur minier-métallurgique. Toutefois. ce qui attire notre attention. c'est la capacité des travailleurs de reconstituer rapidement des noyaux d'avant-garde. Par exemple, il est incontestable qu'a la moitié des années soixante-dix. il y avait une offensive contre l'avant-garde syndicale à la Fundidora de Monterrey, mais il y a eu une résurrection de cette avant-garde lors du dernier conflit. La même chose est arrivée dans des syndicats comme celui de chez Renault. Celui-ci a été pendant quatre ans l'objet d'une attaque constante de la part des patrons qui a débouché à plusieurs reprises sur le licenciement des travailleurs les plus conscients. Pourtant, il y a eu par la suite un processus de recomposition de lavant-garde. Ce processus de continuité et de recomposition de l'avant-garde a été marque par les luttes de résistance menees par les travailleurs. La difference par rapport aux luttes du passe réside dans le fait qu'elles ont implique les gros contingents de la classe ouvrière. Il ne s'agit donc pas - comme ce fut le cas en 1970 - de petits syndicats qui se radicalisent. Au cours des derniéres années. nous avons eu les mobilisations des syndicats du telephone et de l'électricité. de diffèrents syndicats de l'automobile. de plusieurs secteurs de l'industrie miniére-métallurgique. de secteurs du syndicat du textile. de travailleurs de l'instruction publique. etc. Cela demontre que les secteurs fondamentaux des travailleurs veulent lutter. Le probleme est que les luttes se sont deroulées dans l'isolement. l'atomisation et des circonstances particulieres.

Toutefois. dans tous ces conflits ont été adoptées des méthodes de lutte qu'il faut analyser car elles indiquent ce qui se passe dans la conscience des travailleurs. Prenons quelques exemples parmi d'autres : - les operatrices des telephones qui travaillent au ralenti : - les mineurs de Pachuca qui restent tout nus sur la place publique : - les travailleurs de chez Dina qui occupent la Junte de Conciliation et d'Arbitrage : - les travailleurs de l'électricité qui n'encaissent pas les factures : - les instituteurs de Caxaca qui parcourent Mexico en organisant des meetings partout : - les travailleurs de l'acierie de Chihuahua qui se deshabillent sur place quand il gele :

les travailleurs de la Fundidora qui obtiennent la solidarité d'une grande partie du peuple de Monterrey en brúlant cinq mille cartes d'affiliation au parti au pouvoir : - les actions des instituteurs de Chiapas. liées aux luttes paysannes de la region : - l'appel des travailleurs de Sicartsa aux deputes des partis d'opposition de gauche : - les actions des travailleurs du syndicat 19 Septembre qui. avec beaucoup d'audace. ont réussi à arracher la reconnaissance de leur organisation sans se faire manipuler par le secrétariat du Travail : la lutte heroïque des travailleurs de Pascula qui ont réussi à obtenir la solidarité de tout le monde aux carrefours principaux de Mexico. ont gagne leur bataille et ont transforme Pascual en une coopérative de travailleurs.

Beaucoup de ces luttes ont débouche sur des defaites. d'autres sur des matchs nuls et une minorité sur des victoires. Mais dans tous les cas. on a pu constater sans ambiguïté possible la volonte de lutte de secteurs cle du prolétariat. Il est essentiel de souligner l'accentuation d'une dynamique de politisation des travailleurs qui. en 1977. était encore limitée bien que significative. Dans presque toutes les luttes que nous venons de mentionner. les travailleurs n'ont pas hésité à se lier à la gauche. Le plus souvent. ce sont eux-mêmes qui ont pris l'initiative. Il s'agit d'un changement très important. Il y a quelques annees encore. la bureaucratie syndicale sommait les travailleurs en lutte de ne jamais se lier aux secteurs de gauche sous le prétexte que le gouvernement le ressentirait comme un defi et que la lutte deviendrait beaucoup plus difficile. Dans beaucoup de cas. cette sommation avait eu des effets. Mais les travailleurs avaient pu constater que le gouvernement les attaquait frontalement quand meme. Aujourd hui ils n'acceptent pas si facilement ce chantage. Le vieux bureaucrate Fidel Velasquez a pu le constater lui-meme : son chantage a l'égard des travailleurs de la Fundidora de Monterrey n'a donné aucun résultat.

Toujours est-il que les travailleurs considèrent que la gauche peut appuyer leur combat. mais ils ne la conçoivent pas comme une composante fondamentale de cette lutte. C"est une preuve supplémentaire de la faiblesse de la gauche. La gauche révolutionnaire. quant a elle, se trouve dans une situation plus favorable que dans le passé. Son probleme est de faire un saut dans son implantation.

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