Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 25

Notes de lecture

Quatrième Internationale, n° 25 · septembre 1987 · p. 87-96 · 3 029 mots

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La Chine sous la direction de Lucien Bianco et Yves Chevrier

Ce dictionnaire biographique est d'une très grande utilité pour qui veut étudier la Chine en révolution. Il est intégré à la série des « Maitron », du nom de Jean Maitron qui dirige la publication des Dictionnaires du mouvement ouvrier international. Contrairement à ses prédécesseurs qui portent sur la Grande-Bretagne. l'Autriche et le Japon, il présente des personnages de tous les milieux sociaux : syndicats ouvriers mais aussi milieux paysans, feministes, militaires et administratifs, intellectuels et culturels. Il est devenu ainsi un véritable dictionnaire de la révolution chinoise.

Il est le premier dictionnaire biographique du genre en langue française '. Avec ses trois cent quatre-vingts notices, il beneficie de la publication antérieure de deux ouvrages pionniers en langue anglaise ?. Il est cependant original à plus d'un titre. Sans prétendre être exhaustif, il s'est voulu représentatif de l'éventail militant chinois. Présentant longuement les principaux dirigeants du Parti communiste. toutes fractions réunies, il donne une place réelle aux courants minoritaires : dissidents comme Wang Shiwei exécuté en 1947 quand le PCC évacue Yan'an, militants trotskystes comme Zheng Chaolin et Peng Shuzi, personnalités féminines indépendantes comme Lin Xiling, célèbre durant les Cent Fleurs de 1956. gardes rouges de la Révolution culturelle et nouveaux cadres de 1966-1976. éléments du mouvement démocratique chinois de 1978-1980, comme Wei Jingsheng et Wang Xizhe. Commençant dans les années dix. le Dictionnaire Chine remonte jusqu'à 1983. Il n'a malheureusement pas pu profiter des documents et mémoires qui sont actuellement publiés en Chine. à l'occasion d'un renouveau passionnant des études historiques. Les choix et équilibres sont parfois hasardeux ? '. Mais le panorama que dresse ce Dictionnaire de la révolution chinoise, avant et après la conquête du pouvoir, est unique par sa variété. Il permet de percevoir la réalité complexe de la révolution chinoise beaucoup plus profondément que des ouvrages qui s'en tiennent à l'étude du seul courant dominant. Le style est libre. et il est fort plaisant de voir tant de « vaches sacrées » traitées avec un brin d'impertinence même si. parfois. l'ironie du ton risque de faire oublier que les problèmes posés aux cadres du mouvement communiste chinois n'étaient pas si simples à résoudre.

Yves Chevrier a écrit une longue introduction historique. Le Dictionnaire Chine comprend quatre cartes, un index des mots clés. trois glossaires, une bibliographie, une table des correspondances des transcriptions Wades-Giles et pinyin.

Signalons aussi que l'ouvrage classique de Lucien Bianco. Aut origines de la révolution chinoise, 1915-1949. publié il y a une vingtaine d'années et épuisé depuis longtemps. vient de reparaitre, en 1987. chez Gallimard (collection Folio). Dans une nouvelle introduction, évaluant la première édition de son ouvrage. l'auteur explique son cheminement intellectuel. Ce livre était et reste l'une des meilleures introductions à la révolution chinoise, une interprétation précise et très intéressante de ses racines, une analyse riche de son déroulement.

Pierre Rousset *En collaboration avec Jean-Luc Domenach. François Godement. Jacques Manent et Alain Roux. dans la série des Dictionnaires biographiques du mourement ouvrier international publiée sous la direction de Jean Maitron. (Les éditions ouvrières et les Presses de la Fondation nationale des sciences politiques. Paris. 1985. 845 pages. 450 francs).

1. L'ouvrage publié sous la direction de Hsueh Chun-tu. les Dirigeants de la Chine révolutionnaire, 1956-1972 (Paris. Calman-Lévy. 1973, 458 pages) étant beaucoup moins ambitieux.

2. Boorman. Howard et Howard. Richard C.. Biographical Dictionart of Republican China (New-York. Columbia University Press. 4 volumes. 1967-1971. 1 850 pages. 600 entrées) ainsi que Klein. Donald W. et Clark. Anne B.. Biographical Dictionari of Chinese Communism, 1921-1965 (Cambridge Havard University Press. 2 volumes. 1971. 1 194 pages. 433 entrées).

3. Lucien Bianco a. par exemple. interviewé en Occident Peng Shuzi pendant une soixantaine d'heures et peut ainsi lui consacrer treize pages de biographie. Il n'a en revanche pu consacrer qu'à peine plus de deux pages à Zheng Chaolin. militant communiste des 1922 incarcéré en Chine de 1931 à 1937 puis de 1952 à 1979. et qui fut lui aussi l'un des principaux représentants du mouvement trotskyste chinois.

The German Revolution and the Debate on Soviet Power

Documents 1918-1919. Preparing the Fouding Congress

John Riddel (éd.) (New-York, Pathfinder, 1986)

Ce livre est le deuxième de cette série dédiée à « l'Internationale communiste à l'époque de Lénine », qui commence avec la période de préparation (au sens large). Le premier volume couvrait les années 1907-1916 : le second. qui apparait maintenant, est dédié surtout à la révolution allemande de 1918-1919. L'éditeur annonce pour bientôt la parution du chainon manquant. le tome portant sur les années 1917-1918 : la révolution d'Octobre et son impact.

Les deux tiers de ce volume documentent la révolution allemande. depuis la chute du Reich en novembre 1918 jusqu'à la guerre civile à Berlin en janvier 1919 : trois mois qui ont scellé — avec les assassinats de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht - le destin de l'Allemagne et de l'Europe pendant un demi-siècle. John Riddel a rassemblé une riche documentation, pour l'essentiel inédite en anglais, en utilisant les travaux de l'historiographie allemande recente (notamment le recueil de Gerhard Ritter et Susanne Miller. Die Deutsche Revolution 1918-19 : Doklmente, Frankfort. Fischer Verlag. 1983). Mais il ne s'agit pas d'un simple assemblage de documents politiques : grâce au commentaire de l'éditeur qui relie les textes, gráce aux nombreux passages des mémoires de Karl Radek et grâce aux extraits de débats dans les congrès ouvriers, c'est le cours impétueux de la révolution elle-même qui apparaît, de façon vivante et concrète. Une révolution rapidement écrasée par le gouvernement social-démocrate (Ebert, Scheidemann. Noske), avec l'aide efficace de l'ancien état-major impérial et des bandes armées préfascistes (les Freikorps).

Parmi le grand nombre de textes politiques publiés dans cette section. il y en a un qui frappe par sa cohérence révolutionnaire, son esprit démocratique et anti-autoritaire et sa force visionnaire : le programme de la Ligue Spartacus (« Que veut la Ligue Spartacus ? »), rédigé en décembre 1918 par Rosa Luxemburg. Il n'est pas sans intérêt d'observer que, dans la lettre d'invitation au Congrès de fondation de l'Internationale communiste (envoyée de Moscou en janvier 1919), ce document est mentionné, au même titre que le programme du Parti bolchevik. comme texte de base définissant les principes et la plate-forme de la nouvelle Internationale.

La deuxième partie du livre concerne le débat sur le pouvoir soviétique et sur l'opportunité de fonder une nouvelle Internationale. La polémique « classique » entre Kautsky et Lénine est connue, mais un document récemment découvert illustre de façon admirable le type de pronostic qui inspirait l'orientation de Kautsky: lors d'un débat le 18 novembre 1918 au sein du gouvernement de coalition SPD-USPD, il justifie sa position contre la reconnaissance immédiate de l'Union soviétique avec le raisonnement suivant : « La décision doit être retardée. Le gouvernement soviétique ne va pas durer longtemps ; dans quelques semaines, il sera fini. » (par erreur - de frappe? -, ce débat de novembre 1918 est daté du 18 novembre 1919 dans le recueil, cf. p. 67.) La logique de l'argumentation de Kautsky, dans sa brochure antisoviétique de 1918, était celle d'une vision linéaire et étapiste de l'histoire : le pouvoir bolchevik est « inconsistant avec la doctrine marviste selon laquelle objectivement un peuple ne peut pas sauter ou abolir par décret les étapes du développement historique. » Un débat qui n'a rien perdu de son actualite puisque les memes arguments se retrouvent, aujourd hui encore, sous une forme à peine renovee...

Michael Löwy

Haymarket Scrapbook Dave Roediger et Franklin Rosemont (éd.) (Charles H. Kerr Publishing Company, Chicago, 1986)

Comme l'écrivait Walter Benjamin, la mémoire des ancêtres martyrisés est une des plus puissantes sources d'inspiration des mouvements sociaux et des luttes révolutionnaires. Maintenir présents dans le mouvement ouvrier la mémoire des événements de Chicago en mai 1886 et le souvenir des cinq révolutionnaires victimes de la justice de classe n'est pas seulement une œuvre d'historien mais aussi un acte politique militant. Cela vaut notamment pour les USA. où les classes dominantes s'efforcent depuis longtemps d'oblitérer tout souvenir de mai 1886, en faisant passer le 1e Mai pour une commémoration de l'Etat soviétique (dont le seul intérêt serait de vérifier quels membres du politburo sont présents sur l'estrade officielle...).

Parmi ceux qui n'oublient pas, deux historiens de la nouvelle génération, Dave Roedinger et Franklin Rosemont, qui ont publié pour le centenaire des événements ce magnifique album avec des documents, des témoignages, des analyses historiques et des nombreuses gravures d'époque. L'éditeur de l'ouvrage est Charles H. Kerr Publishing Company, la première maison d'edition du mouvement socialiste américain. qui commémore elle aussi cette année son centième anniversaire.

Rappelons brièvement les faits : le 1° Mai 1886, une grande manifestation pour la journée de huit heures a lieu sur la place Haymarket de Chicago, convoquée par l'Union ouvrière, d'inspiration anarcho-syndicaliste. Le 3 mai. la police tire sur des ouvriers grévistes de l'usine McCormick, tuant quatre d'entre eux. Le 4 mai. un meeting de protestation se réunit a Haymarket: au moment ou la police veut obliger la foule à se disperser. une bombe est jetée sur les forces de l'ordre. qui ripostent par un feu nourri sur les manifestants. Il y a plusieurs morts et un grand nombre de blessés de part et d'autre. Incapable de trouver le lanceur de la bombe. la police arrête les dirigeants anarcho-syndicalistes du mouvement ouvrier de Chicago. Après une farce judiciaire indigne. cinq parmi eux seront condamnés à mort. Quatre seront exécutés le 11 novembre 1887 : Albert R. Parsons, August Spies. Adolph Fischer, Goerg Engel. Le cinquième. Louis Lingg se suicide dans sa cellule avec un explosif. Trois autres seront condamnés aux travaux forces : Michael Schwab. Oscar Neebe et Samuel Fielden. En 1889. au Congrès de fondation de la Il° Internationale. le 1° Mai sera choisi comme date internationale de lutte pour la journée de huit heures.

Le Harmarket Scrapbook est composé de trois sections : 1. Une présentation des martyrs et de leur mouvement. 2. Leur défense devant le tribunal et l'amnistie... posthume (par le gouverneur Altgeld en 1893). 3. Leur héritage dans le mouvement ouvrier americain et international.

De tous les documents du recueil, les plus impressionnants sont les discours déclarations devant le tribunal et les articles des cinq martyrs. On est frappé non seulement par leur courage - « Je demande la liberté ou la mort. Je refiuse toute espèce de grace » (Georg Engel) -. mais aussi par leur intégrité révolutionnaire et leur lucidité politique : «Je crois que celui qui étudie la vraie nature de la forme capitaliste de société et qui ne veut pas se tromper soi-même, sera d'accord avec moi que ni maintenant ni jamais les classes dominantes n'abandonneront pacifiquement leurs privilèges » (Adolph Fischer). Anarcho-syndicalistes. ils ne croient pas aux actes exemplaires isolés. mais dans l'auto-organisation des travailleurs. dans la formation de syndicats qui soient « une école de vraie civilisation et un coin enfoncé dans le corps du présent infâme sistème social » (Albert Parsons). Leur organisation révolutionnaire. I'IWPA (International Working People's Association) - section américaine de l'Internationale anarchiste — se donnait pour but l'abolition du capitalisme. Sa doctrine combinait librement des idées de Marx (notamment son analyse de l'exploitation). de Bakounine et de la Révolution française. Tandis que certains de ses dirigeants (comme Johann Most) s'isolaient du mouvement ouvrier réel, les animateurs de T'IWPA de Chicago se lançaient dans l'organisation syndicale des travailleurs et dans la lutte pour les huit heures.

Au moment d'être pendu, August Spies a fait une dernière proclamation (qui se trouve inscrite dans le monument aux martyrs de Chicago du cimetière de Waldheim) : « Le temps viendra quand notre silence sera plus puissant que la voix que vous étrangle= aujourd'hui. » En effet, une nouvelle génération de militants est venue au mouvement révolutionnaire sous l'impact des événements de Chicago :

Emma Goldmann. les dirigeants de l'IWW (International Workers on the World) - le syndicat classiste du début du siècle - et certains des fondateurs du Parti communiste américain. James P. Cannon lui-même avait appartenu aux IWW et. dans un témoignage publié dans ce livre. raconte que Albert Parsons a toujours été son personnage favori dans l'histoire du mouvement ouvrier américain. Mais l'influence des martyrs de Chicago a été mondiale: on en trouve l'écho chez le cubain Jose Marti ou chez l'écrivain chinois Ba-Jin. chez le socialiste révolutionnaire anglais William Morris ou chez les anarchistes espagnols. On pourrait même dire que pendant un siecle Parsons. Engel. Fisch. Spies et Lingg sont devenus le symbole même de l'unité internationale des travailleurs.

Les écrivains, les poétes et les artistes ont eux aussi été sensibles au drame : plusieurs articles, poèmes et dessins inclus dans le recueil témoignent de leurs réactions. Dans un remarquable article en hommage au légendaire Louis Lingg, Franklin Rosemont (traducteur d'Andre Breton en anglais) evoque la fascination pour l'anarchisme dans les mouvements de l'avant-garde culturelle, du symbolisme jusqu'au dadaïsme et le surréalisme.

Chaque fois qu'aux USA un mouvement social se lève pour contester l'ordre bourgeois, il retrouve le souvenir des martyrs de Chicago. Ainsi. le mouvement étudiant des années soixante : en 1969. des jeunes contestataires dynamitent la statue du Policier héroïque construite par les autorités (en 1899) en hommage à ses amis exécutés par la justice des classes dominantes : « Le monde révère les combattants qui ont en du succès... Les assassinés et les vaincus sont des rebelles injuriés, même si leur cause était la plus noble. Nos camarades sont encore parmi les vaincus: cela dépend de nous de samer leurs noms de l'oubli et de maintenir allumé le feu de la cause pour laquelle ils sont morts. »

Michael Löwy

Quatrième

PROLETAIRES DE

TOUS LES

PAYS,

UNISSEZ-VOUS I

Internationale

XIIe

CONGRES MONDIAL de la

INTERNATIONALE janvier 1985

Numéro spécial 17/18 septembre 1985

The New York intellectuals. The rise and decline of the antistalinist left from 1930's to the 1980's. Alan Wald (Chapel Hill and London, University North Carolina Press, 1987)

Notre camarade Alan Wald est un des rédacteurs de la revue marxiste nordaméricaine Against the Current et l'auteur de plusieurs ouvrages sur les écrivains révolutionnaires aux USA. Son dernier livre est une étude remarquable sur la formation, autour de la Partisan Revien des années trente. d'une culture marxiste antistalinienne. Il s'agit d'un chapitre occulté de l'histoire culturelle américaine qui a été sauve de l'oubli et de l'«amnésie politique » des intéresses eux-mêmes.

L'objet de son étude est un groupe d'écrivains. critiques littéraires et publicistes - connus comme « les intellectuels new-yorkais » — qui se radicalisera au cours de années trente et jouera un róle important dans la vie culturelle américaine : Sidney Hook. Max Eastamn. Mary McCarthy. Lionel Trilling. Herbert Solow. Edmund Wilson. William Philips. Philip Rahv. Irving Howe. James T. Farrell. Felix Morrow, Irving Kristol. etc. Après avoir gravité quelques années autour (ou dans) le Parti communiste. ils vont commencer à rompre avec le stalinisme en protestant. dans un manifeste publié en février 1934. contre la politique de lutte prioritaire contre le « social-fascisme » (le Parti socialiste). Mais ce sont les procès de Moscou de 1936-1937 qui les feront quitter définitivement le giron du Parti communiste des USA pour se rapprocher de l'Opposition de gauche. La plupart d'entre eux sont fascines par la figure — aussi bien politique que littéraire — de Léon Trotsky et participeront activement au Comité pour sa défense. C'est grâce à eux (notamment Herbert Solow) que sera créée la Commission d'enquête sur les procès. présidée par John Dewey.

A partir de cette époque. la Partisan Revier deviendra le foyer d'une véritable renaissance culturelle du marxisme. Ses principaux rédacteurs. William Philips et Philip Rahv entretiennent une correspodance assidue avec Trotsky: quelques membres du groupe (dont un des rédacteurs. Dwigth Mac Donald) vont même adhérer au SWP. La revue a publié des textes de Trotsky - par exemple l'essai Art et politique à notre époque. en 1938 — et le Manifeste pour un art résolutionnaire indépendant. signé par André Breton et Diego Rivera (mais en réalité rédigé en commun au Mexique par Trotsky et Breton). En 1939. tous les membres de la rédaction vont se joindre a des militants trotskystes connus (James Burnham, Sherry Mangan. George Novack) pour créer la Ligue pour la liberté culturelle et le socialisme. section américaine de la FIARI (Fédération pour un art révolutionnaire independant) animée à Paris par Breton et ses amis. Le point de vue politique de Partisan Revien à cette époque était clairement révolutionnaire et internationaliste.

Cependant démoralisés par la défaite en Espagne. l'assassinat du « Vieux » en 1940. et désorientés par la Seconde Guerre mondiale et la guerre froide, la plupart de ces « intellectuels de New-York » vont connaitre au cours des années quarante et cinquante une profonde déradicalisation. Les uns se mettront au service de Readers Digest (Max Eastman). d'autres de Fortune (Herbert Solow) et la plupart se retrouvent dans Commentari: la revue de l'anticommuniste « libéral ». Animés par l'esprit de croissance de la guerre froide. ils vont organiser la famigéré « Congrès pour la liberté culturelle » (généreusement financé par la CIA). Seule une minorite (Philip Rahv. Edmund Wilson, Irving Howe) refusera de se joindre à la vague du macarthysme. A partir des années soixante. on retrouve plusieurs de ces intellectuels dans les rangs néo-conservateurs ou. plus récemment. derrière Ronald Reagan (Sidney Hook. Irving Kristol. Norman Podhoretz) : très peu ( Mary McCarthy. Philipp Rahv) montreront de la sympathie pour le mouvement contestataire de la jeunesse.

Alan Wald reconstitue magistralement cet itineraire complexe. montre les liens plus ou moins directs de ces diverses figures avec le mouvemnt trotskyste — aussi bien le SWP de Cannon que le Workers Party de Schachtmann après 1940 - et essaye d'expliquer les causes politiques. sociales et psychologiques de leur reniement. de leur capitulation et de leur absorption par le système en place. Son livre est non seulement un monument d'erudition (fonde sur des vastes recherches d'archives et plus d'une centaine d'interviews) mais aussi une aure littéraire: remarquablement écrit. il se lit comme un roman. Sans rien cacher de son point de vue marxiste-révolutionnaire. Alan Wald combine engagement et conscience critique. objectivité et prise de parti : un exemple à suivre...

Michael Löwy

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