L'Entente de l'opposition ouvrière - Solidarnose (POR-S) - s'est formée en Pologne dans la clandestinité à partir de mai 1985, dans le cadre d'un processus de cristallisation politique des courants de la gauche révolutionnaire et internationaliste du sindicat Solidarnose. Sa base organisationnelle initiale reposait sur l'Union des conseils ouvriers du Mouvement de résistance polonais (ZRP-PRO), active dans le milieu ouvrier de Haute-Silésie depuis le début 1983, et sur les groupes socialistes révolutionnaires, qui, à Varsovie, éditaient les journaux Front Robotniczy (Front ouvrier ) et Sprawa Robotnicza (La cause ouvrière). Depuis lors, la POR-S s'est étendue à d'autres parties du pars. Depuis février 1986, elle est présidée par Damian Driubelski, un ouvrier silésien de vingt-sept ans qui est passé à la clandestinité à cette date.
La plate-forme constitutive de la POR-S (publiée en français dans Inprecor "° 208) dit notamment: « La lutte politique qui se déroule en Pologne depuis 1980, appelée le plus soment lutte entre la société et le pouvoir, est avant tout une lutte de classes. Il s'agit essentiellement d'une lutte entre la classe ouvrière, soumise à l'exploitation économique et privée de tout pouvoir politique ou économique, et le pouvoir bureaucratique d'Etat s'appuyant sur le POUP ainsi que sur l'appareil militaro-policier et l'appareil économico-administratif. Seule la classe ouvrière est capable de renverser la bureaucratie, et ce n'est que grâce à elle que les autres groupes sociaux pourront se libérer du joug de la bureaucratie. »
Pour la POR-S, le but de la révolution politique se matérialise dans la construction de la République autogérée - mise en avant par le programme du congrès national du syndicat Solidarnose de septembre 1981 - qui se base sur la propriété sociale des principaux moyens de production et sur un pouvoir exercé démocratiquement, dans un cadre pluraliste, au travers d'un système de conseils ouvriers et d'institutions de l'autogestion territoriale. La POR-S a pour objectif de promouvoir l'auto-organisation des travailleurs autour de revendications immédiates, partielles et transitoires, et d'assurer l'indépendance politique du mouvement ouvrier par rapport à la bureaucratie ou de toute autre force sociale ou institution extérieure à la classe ouvrière.
« La classe ouvrière polonaise, déclare la POR-S dans sa plate-forme, n'est pas isolée dans sa lutte; elle dispose d'amis et d'alliés à l'étranger. Ce sont les travailleurs du monde entier. Le mouvement ouvrier polonais peut et même doit tirer les forces de la solidarité internationale des travailleurs. Les différences entre l'Est et l'Ouest ne peuvent cacher le fait que les ouvriers des deux camps sont liés par des intérêts communs, par une lutte commune pour un but commun - la transformation de la classe ouvrière d'objet en sujet - contre des ennemis communs. La question de la solidarité internationale, c'est la question de la coopération étroite entre les composantes nationales du mouvement ouvrier révolutionnaire, c'est le problème de l'interaction entre le développement de la lutte des classes, par exemple en Pologne, en Union soviétique et en Grande-Bretagne. »
En mai 1986, la POR-S a annoncé la formation du Parti ouvrier de la République autogérée (RPRS), de même que son appui à la volonté exprimée par ce parti de devenir la section polonaise de la IVe Internationale (voir Inprecor n° 229, 1986).
Le « Programme de lutte immédiate de la POR-S en défense du niveau de vie et du patrimoine national » qui suit a été publié dans une édition spéciale de Przelom (La Brèche), organe de l'Entente. Les titres et les sous-titres sont de la rédaction de Quatrième Internationale.
Dans ce programme, comme dans notre réflexion et dans notre activité politique, nous partons des besoins objectifs de la classe ouvrière et de tous les travailleurs et non des possibilités « subjectives » du pouvoir bureaucratique incapable. Dans le cas contraire, nous devrions sans cesse nous adapter à « ce qu'il est possible d'exiger » au lieu de réfléchir à ce dont nous avons besoin.
Le fait que les capacités de satisfaire les besoins sociaux soient limitées n'est pas une fatalité. Ces limites sont étroitement liées au système d'exercice du pouvoir et de la gestion de l'économie, elles sont le fruit de l'incapacité et de l'égoïsme intéressé de l'appareil d'Etat bureaucratisé. Accepter de telles limites conduirait à l'acceptation fataliste de la domination de la bureaucratie totalitaire et reviendrait à plonger volontairement
PROGRAMME D'ACTION DE LA POR-S dans le « marais réformiste ». Il n'en est pas question !
Passons à l'essentiel. L'état de l'économie nationale et la situation du monde du travail — avant tout de la classe ouvrière et de l'intelligentsia non privilégiée ainsi que de la paysannerie pauvre et moyenne, mais egalement des petits artisans indépendants - s'aggrave de jour en jour. Le coût de la vie s'accroît de façon draconienne, l'exploitation de la force de travail augmente, le système de santé, celui de l'éducation et celui de la protection sociale s'effondrent - le minimum biologique devient la norme d'existence de nombreuses familles polonaises et celles qui s'en rapprochent sont encore plus nombreuses. En échange de l'austérité, non seulement rien ne s'améliore, mais la situation empire dans de nombreux domaines: la dépréciation des biens fixes se développe sur une échelle jamais connue ' , l'inflation galope, le marché des biens de consommation continue à s'effondrer.
La faillite du système bureaucratique
Ce n'est plus seulement la crise qui menace la Pologne et les Polonais. c' est la faillite socio-économique. Tels sont les faits et tels seront leurs effets. Le ralentissement passé de la baisse du niveau de vie s'est fait au prix de l'aggravation de l'exploitation extensive et de la dévastation de l'économie nationale. Cette stratégie épuise actuellement ses dernières réserves: la crise actuelle est de plus en plus grosse d'une catastrophe. La bureaucratie tente de s'en sortir à nos frais, en accélérant de nouveau le rythme de la baisse du niveau de vie et en nous serrant de plus en plus la ceinture. C'est à cela que sert la réforme économique sans cesse « améliorée ». Elle conduit à une modification substantielle de la distribution du revenu national au détriment des travailleurs. C'est à cela que servent « l'autofinancement des entreprises ? la « politique de l'argent difficile ' » ou, derniere innovation, la réintroduction du marché des capitaux sous la forme d'émissions d'obligations par les entreprises. On a ainsi créé pour les groupes privilégiés et pour les plus riches, la possibilité d'accroître leurs privilèges et de s'enrichir : on a légalisé l'appropriation privée de la valeur produite par les ouvriers. Tout cela survient par la faute de la bureaucratie totalitaire dont le despotisme politique, le sabotage économique (car c'est bien le terme qui convient) et le criminel égoisme social sont le moteur de la crise en même temps qu'ils nous empêchent de la résoudre. Tant que la bureaucratie totalitaire sous le signe du POUP 4 et du Kremlin gardera le pouvoir et la haute main sur la gestion, nous ne pourrons esperer une quelconque amélioration durable dans le fonctionnement de l'économie, de la culture et de l'Etat. Néanmoins, sans perdre des yeux le but essentiel - la révolution ouvrière démocratique et l'instauration d'une République pleinenent autogérée en Pologne - il faut défendre dans l'immédiat les intérêts les plus élémentaires du monde du travail et sauver l'économie pour autant que cela soit possible.
La seule lutte pour la défense du niveau de vie - qui est essentielle ! -serait partielle et insuffisante sans une lutte de sauvegarde de l'économie nationale. La destruction des forces pro- ductives et la paupérisation des travailleurs sont deux choses intimement liées. Car le système de planification bureaucratique, c'est-à-dire la planification réalisée en fonction des intérêts de l'élite du pouvoir et de ceux qu'elle compte parmi ses alliés, à l'encontre de l'intérêt social se double du sabotage et du démantèlement bureaucratique de l'économie. Il n'est donc pas surprenant que la situation des travailleurs empire. La bureaucratie dépense. gaspille notre travail et, plus, elle nous vole. Plus elle va gaspiller et voler, moins elle pourra offrir et moins nous pourrons lui arracher. Il faut donc agir en vue de freiner le processus de destruction de l'économie par la bureaucratie, alors que les marchandises qui pourraient trouver la voie des magasins ou que l'argent qui devrait servir à augmenter les salaires sont purement et simplement gaspilles. Il suffit de regarder autour de soi - à côté du vol sous la forme de privilèges bureaucratiques - quelle place immense occupe le gâchis économique ! Et ces voleurs et saboteurs se permettent encore de dire qu'ils ne peuvent satisfaire les « attitudes revendicatives » de la société.
Voilà pourquoi la défense du niveau de vie est étroitement liée a la defense de l'économie nationale - nous ne pouvons lutter efficacement pour l'une sans lutter pour l'autre. Voilà pourquoi nous appelons tous ceux auxquels les interets des iravanileurs et le sort de notre économie ne sont pas étrangers à créer un front unique ouvrier (comprenant, outre les ouvriers, les autres groupes sociaux non privilegies), un front de lutte pour defendre les conditions de vie des travailleurs et la sauvegarde du patrimoine national, pillé par la bureaucratie totalitaire. La bureaucratie ne rendra des biens accapares que ce que nous serons capables de lui arracher, et pas un centime de plus. Il ne sert à rien de se faire des illusions sur la possibilité d'un « compromis » ou d'un « accord » avec la bureaucratie — ce n'est que dans la lutte et par la lutte que nous pourrons gagner quelque chose. Ce n'est que dans et par la lutte que nous pourrons recouvrer la liberté et l'indépendance qui nous ont été sournoisement arrachées!
Nombreux sont ceux qui succombent à l'illusion qu'ils n'ont affaire à la « propriéte de personne », à la « propriété d'Etat ». Il n'en n'est rien. Juridiquement et économiquement, cette propriété nous appartient, elle est le bien commun et le fruit du travail de toute la nation. Cela est en accord avec la lettre de la loi (qui est violée) et avec la situation économique réelle, c'est-a-dire avec le fait que ce sont les travailleurs - et non les bureaucrates - qui produisent le revenu national. Cependant, pour des raisons politiques - le maintien du pouvoir dictatorial de la Nomenklatura sur les travailleurs - la propriete, tout comme le pouvoir, sont structurellement aliénés. Nous ne sommes pas dans notre róle de propriétaires et de gestionnaires car l'économie et l'Etat dans son ensemble sont soumis au contrôle de la couche bureaucratique usurpatrice. A nous de reprendre notre propriete et notre pouvoir par la force ! L'Etat c'est nous, les travailleurs. Eux, ne sont qu'un appareil révolté et usurpateur ! Les socialistes, c'est nous, les travailleurs. Eux ne sont qu'une mafia de parasites. de voleurs et de saboteurs. Il nous volent et detruisent notre propriété sociale commune (ainsi que la propriété coopérative et privée): nos
PROGRAMME D'ACTION DE LA POR-S mines, nos aciéries, nos chantiers navals. nos magasins, nos maisons, nos moyens de transport et de communication. Ce pays, cet Etat et cette economie nous appartiennent. Ils appartiennent au « peuple travailleur des villes et des campagnes ». Et aujourd'hui, c'est ce peuple qui revendique sa propriété et son pouvoir.
A bas le « pouvoir populaire », nous exigeons le pouvoir du peuple !
A bas la « propriete de personne ». nous exigeons la propriété autogérée de la nation !
La voie qui mène à cela passe non seulement par les seules revendications mais avant tout par la lutte pratique. par l'expression organisée des besoins sociaux (c'est-à-dire par la détermination de « ce pourquoi nous luttons ») et par la mise en pratique du contrôle social (c'est-à-dire la détermination de « comment lutter »).
Revendications immediates 1. Compensation de la hausse des prix, en particulier de ceux des biens de premiere nécessite. La majorité d'entre nous ressent visceralement le coût social de la hausse des prix. Il s'agit de la baisse du niveau de vie. de sa reduction jusqu'au minimum, et dans le cas des groupes les plus pauvres, de la reduction de leur niveau de vie jusqu'au minimum biologique. Par contre, tout le monde ne sait pas que les hausses des prix n'ont aucune justification économique. Plus de 90% de l'excédent monétaire dont on nous parle tant est concentre dans les mains de moins de 10% de la population . A qui donc servent les augmentations des prix du beurre, du pain ou du savon? De même, la justification des augmentations des prix par la nécessité de « rentabilité » est un leurre dans la mesure où le résultat financier de l'entreprise dépend en premier lieu du système des taxes et des subventions étatiques qui sont imposées ou accordées individuellement par décision administrative et aussi dans la mesure où le budget de l'Etat plie sous le poids du service des capitaux étrangers (appelés officiellement « crédits »). de l'immense excédent d'emplois dans l'administration du parti-Etat et des subventions accordées aux branches industrielles non nécessaires (armements, articles de luxe pour les couches privilégiées. etc.).
Il faut dire assez! Assez des pratiques consistant à faire payer la crise à ceux qui n'en sont pas responsables et qui n'ont aucun moyen de compenser la hausse des prix ! La seule solution dans la situation d'instabilité économique et de la vie chère. c'est l'instauration de l'échelle mobile. Nous devons exiger une échelle mobile des salaires et des prestations sociales qui nous garantisse une compensation à la hausse du coût de la vie. Nous devons exiger une échelle mobile des salaires et des prestations sociales qui nous garantissent une compensation à la hausse du coût de la vie. Nous devons exiger et lutter pour que la base du calcul de l'échelle mobile soit un veritable indice du coût de la vie. élabore par des centres de recherche du mouvement ouvrier. indépendants de l'Etat. un indice qui prendrait en compte la totalité du « panier » des marchandises et des services qui entrent dans la consommation des menages de travailleurs. Les donnees officielles du GUS (Office central de statistiques) sous-estiment gravement l'inflation. car elles sont calculées sur la base d'un ensemble de marchandises qui sont souvent bon marche mais demeurent absolument introuvables dans les magasins pour un citoyen moyen. Qui plus est, le calcul de cet indice ne prend pas en compte d'autres biens qui constituent l'essentiel des dépenses des travailleurs...
Les augmentations de salaires devraient être automatiques sitôt que le coût de la vie augmente de plus de 3 %. De même, avant chaque hausse importante de prix annoncée par les autorités ou le mois suivant une hausse de prix non annoncée, les salaires, pensions, retraites et bourses devraient être augmentés en conséquence. Echelle mobile! 2. Egalisation des appointements : salaires, pensions, retraites, bourses, soldes, toutes les prestations au profit, en particulier, des groupes les plus démunis. La crise touche inégalement la population, c'est-à-dire que le poids de la crise n'est pas le même pour tous. Pire, ce poids est réparti de façon inadéquate par rapport aux capacités de le supporter. Plus la crise s'aggrave et plus se développe l'écart entre les appointements. Il existe des groupes sociaux que la crise condamne à mort, d'autres qu'elle contourne et certains même qui s'enrichissent grâce à elle. Cela s' 'applique particulièrement à divers fragments de la bureaucratie - la bureaucratie économique, celle du parti, la bureaucratie scientifique, étatique, syndicale, policière et militaire - ainsi qu'à des groupes sociaux unis par des liens de loyauté et par des intérêts communs (essentiellement l'appareil de surveillance administrative et économique et la majorité de ce qu'on nomme « l'initiative privée », c'est-à-dire la petite bour- geoisie). Ces inégalités sont le fruit de décisions totalement arbitraires au plan social et sans aucune justification économique: par exemple les écarts de salaires au sein d'une entreprise en fonction des caprices du directeur, entre les entreprises en fonction de la branche, de l'emplacement géographique ou de la dépendance administrative (salaires plus élevés dans les entreprises du ministère de l'Intérieur et de celui de la Défense). En un mot, ces mécanismes totalement arbitraires sont fort éloignes des principes « à chacun selon son travail » ou « à travail égal, salaire égal ». Il ne s'agit pas de différences de salaires pouvant motiver l'effort du travailleur, mais de disproportions créées artificiellement, maintenues et développées par ceux qui occupent une position privilégiée.
C'est pourquoi en luttant par exemple pour des augmentations de salaires, il faut se rappeler qu'elles doivent servir non seulement à augmenter les revenus ou à compenser la cherté, mais également à niveler d'incroyables gouffres entre les revenus. Dans le cas contraire, on risque d'assister à la répétition de la situation actuelle: les augmentations nominales de salaires conduisent fréquemment à leur baisse réelle, car les groupes privilégiés au sein de l'entreprise augmentent encore plus leur part au sein du fonds de salaires de l'entreprise et dans le revenu national.
Le système qui permet de bloquer l'augmentation de l'écart d'appointements - en particulier des salaires -peut consister en un supplement compensatoire automatique qui régirait le maintien ou la diminution des écarts de salaires. On peut l'établir de manière indépendante en calculant, avant et après l'augmentation générale des salai-
PROGRAMME D'ACTION DE LA POR-S res, les écarts entre divers groupes d'appointements et en exigeant la réduction des disproportions de salaires.
Nous devons exiger et lutter pour que ceux qui gagnent peu ne soient pas encore désavantagés. Lors de chaque augmentation de salaire, de pensions et de retraites ou à l'occasion de toute introduction de nouvelle grille de prestations sociales, il faut revendiquer le supplement compensatoire pour eliminer les nouveaux écarts dans les revenus. Supplément compensatoire automatique ! 3. La réduction du temps de travail, en particulier pour les travailleurs manuels, les femmes et les invalides. Etant donné que la prolongation ou même le maintien de la durée actuelle du temps de travail ne conduit pas à augmenter la productivité des biens fixes ni celle du travail (une réelle augmentation de la masse des marchandises en fonction de la masse des heures de travail) et que. du fait de la crise, le rendement de la force de travail est objectivement amoindri (fatigue psychique, manque de calories). il est nécessaire de poser le problème de la réduction du temps de travail. Les arrêts du travail et la discontinuité du processus du travail conduisent à un gaspillage énorme uu temps. et la bureaucratie qui en porte la responsabilité introduit le travail discontinu " et multiplie les heures supplementaires. Le travailleur fatigué. deja privé du repos du samedi et parfois de celui du dimanche. privé maintenant de la journée de huit heures de travail continu. devient de moins en moins efficace. Cela tient avant tout aux limites physiologiques : l'augmentation du temps de travail ou son maintien. alors que les possibilités de régénération de la force de travail par la consommation diminuent, conduit à la baisse du rendement individuel du travailleur. De plus, cela sanctifie la désorganisation bureaucratique, car tant qu'il sera possible de faire endosser aux travailleurs les effets du désordre (le très faible rendement collectif du travail du fait de sa mauvaise organisation), c'est-à-dire augmenter le temps du travail au lieu d'en augmenter la rationalité, la bureaucratie ne sera en aucune manière obligée de corriger, ne serait-ce que légérement. sa conduite.
Alors si nous ne voulons pas que la Pologne ressemble à la Hongrie, où plus de la moitié des actifs travaille plus d'un plein temps (un temps plein et demi, voire deux), nous devons exiger ici et maintenant que la durée du travail soit fonction des possibilités optimales du rendement objectif de la force du travail. Il faut arrêter le travail après avoir dépassé le seuil de l'augmentation de la productivité (par exemple sept heures dans le cas d'une situation difficile). Ce qui ne signifie pas rattraper ensuite les heures en travaillant les samedis libres, les dimanches et les fêtes, car ce serait un nouveau pas visant à faire supporter aux travailleurs les effets de la désorganisation bureaucratique. Les femmes salariées qui, en plus, ont en charge les tâches ménagères et élèvent les enfants, les invalides. les ouvriers exerçant un travail particulierement épuisant, dangereux ou nocif pour la santé, devraient bénéficier d'un temps de travail réduit tout en gardant leur plein salaire. Que faire pour que la réduction du temps de travail ne réduise pas d'autant nos budgets, comme le voudrait la bureaucratie ? C'est à cela qui servirait le supplément automatique de temps plein, également utile à tous les autres travailleurs car la revendication du samedi libre avec le maintien du salaire est toujours d'actualité.
Il faut exiger la réduction socialement et économiquement motivée du temps de travail surtout dans la situation où les gens et l'économie ont tout à gagner d'un travail plus court mais plus efficace et tout à perdre d'un travail long, mais moins productif. Pour que la réduction du temps de travail ne provoque pas une nouvelle baisse de salaire, il faut transformer l'ancienne grille en fonction de nouvelles normes du temps de travail. Il faudra donc ajouter au salaire horaire la somme, divisée par le nombre total d'heures, qui représente l'équivalent de la rémunération du travail durant les heures qui ont été supprimées du fait de la réduction du temps de travail. Il va de même pour les heures supplémentaires, car à quoi servirait la réduction du temps de travail normal si, à la place, la bureaucratie nous imposait de travailler en heures supplémentaires ? Il faut donc exiger le rétablissement de l'ancienne norme législative maximale d'heures supplémentaires (cent vingt heures par an ') et imposer que les samedis et les dimanches soient libres tout en maintenant les salaires actuels. Il faut exiger que le temps de travail soit calculé par jour (avec un maximum de huit heures) et que soit aboli le travail discontinu. Il faut exiger que le paiement des heures supplémentaires soit calculé en fonction, non pas du salaire horaire minimum de la grille donnée, mais en fonction du salaire horaire de celui qui effectue les dites heures 8 . Il faut exiger de même le paiement complet des heures de travail perdues à la suite des arrets de travail ou de ralentissement des cadences lorsque cette perte ne peut être imputee au travailleur. C'est à tout cela que doit servir le supplément automatique de temps plein ! 4. Egalisation des chances dans la vie. Cela implique d'obtenir la révision de l'actuel système de répartition du fonds de la consommation collective au profit d'une répartition plus juste et plus rationnelle des moyens disponibles, en fonction des besoins et des dépenses qui leur sont liés. De quoi s'agit-il ? Il existe actuellement un véritable gouffre irrationnel et anti-égalitaire, en ce qui concerne les chances de départ dans la vie des jeunes issus de familles nombreuses (en général de familles ouvrières et paysannes) et en ce qui concerne les conditions de vie de ces familles, c'est-à-dire également des pères et des mères de famille nombreuse. Ces familles, contrairement aux stéréotypes (« ceux qui procréent comme des lapins »), ne sont nullement un poids pour la société car ce qui peut paraître comme un poids à court terme, permet à long terme d'égaliser le bilan démographique des générations. Ces importantes descendances, prétendument à la charge des personnes seules, des familles sans enfants ou n'ayant que peu d'enfants, enrichissent en fait le revenu global dès qu'elles parviennent à l'âge productif, ce dont profitent les pensionnés et les retraités. Autrement dit, ce que les jeunes des familles nombreuses ont reçu des autres membres de la société, qui ne sont pas leurs parents quand ils n'étaient pas en âge de travailler, ils le rendent lorsqu'ils atteignent l'âge de la retraite. Sauf que ces jeunes reçoivent bien moins avant d'avoir atteint l'áge productif que ce qu'ils reverseront, parvenus à l'âge productif, au profit des retraités.
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Il y a deux barrières principales qui provoquent l'inégalité matérielle des familles nombreuses comparativement aux autres et l'inégalité de chances de la jeunesse issue de ces familles : la barrière matérielle souvent accompagnée d'une barrière culturelle. Une famille nombreuse a bien moins de possibilités de « s'établir dans la vie » qu'une famille analogue socialement mais n'ayant pas ou peu d'enfants. Pourtant, plus tard, les enfants issus de cette famille entretiennent - du point de vue social -également les membres vieillis des autres familles. Un jeune issu d'une famille nombreuse a sans comparaison moins de chances de poursuivre des études supérieures qu'un jeune issu d'une famille peu nombreuse, même si le premier est bien plus capable que le second. Car c'est ici que joue la barrière matérielle qui empêche les familles nombreuses d'assurer une longue éducation à leurs enfants, ce qui, dès le seuil de l'école secondaire, conduit à orienter ces enfants vers les filières courtes ou même vers l'apprentissage et le travail salarié. Une telle situation n'est ni juste du point de vue social, ni économiquement, ni scientifiquement ou culturellement optimale car des centaines et des milliers de jeunes talents sont ainsi brisés par les inégalités sociales.
La seule solution juste et rationnelle consisterait à garantir un complément familial automatique dont le montant permettrait de compenser totalement ou au moins en grande partie les coûts d'entretien des enfants par les parents. Cela garantirait aux enfants et aux jeunes des familles nombreuses une existence sociale normale et la jouissance de tous leurs droits, au moins jusqu'à ce qu'ils deviennent indépendants, c'est-à-dire supprimerait la barrière matérielle qui limite leurs possibilités de s'eduquer et, en libérant le budget de leurs parents de ce poids, permettrait à ces derniers de réaliser leurs propres aspirations. Il faut que le coût d'entretien et d'éducation des enfants - qui sont au sens propre la richesse de la nation entière - deviennent l'affaire de la nation. Cela est important également pour des familles n'ayant qu'un seul ou deux enfants.
Pour cela il faudrait établir la somme moyenne nécessaire à l'entretien d'un enfant (afin de supprimer la barrière matérielle). Pour autant qu'il continue à étudier, le jeune citoyen majeur devrait recevoir et gerer de façon autonome la somme équivalente au complément familial voire une somme supérieure, sous la forme d'une bourse d'études individuelle jusqu'à un âge légal (par exemple jusqu'à vingt-trois ans, âge moyen nécessaire à l'achèvement d'un cycle d'études supérieures). Cela permettrait d'établir le fondement matériel, c'est-à-dire réel et non seulement l'illusion juridique, de l'indépendance des jeunes citoyens majeurs, ce qui les aiderait à s'autonomiser et à devenir des citoyens au plein sens du terme. Chaque famille, surtout s'il s'agit de famille pauvre ou moyennement aisée devrait se voir garantir le droit de percevoir un complément familial pour chaque enfant. Chaque jeune citoyen devrait avoir le droit à un salaire sous la forme d'une bourse durant ses études. Il s'agit de deux formes du complément familial automatique ! 5. Compensation de l'insuffisance des logements, en particulier pour les personnes et les familles ne disposant pas d'un logement ou vivant dans des conditions execrables (surface, qualité du logement). Tout en sachant que la question du logement et les problèmes de la construction qui lui sont liés ne seront résolus durablement que par un réel contrôle social sur la construction et grâce à une juste répartition des logements par les conseils d'autogestion territoriaux, nous devons entreprendre des actions qui permettent d'améliorer, ne serait-ce qu'un peu, le sort de ceux qui sont touchés par la catastrophe du manque de logements. La norme économique moyenne (c'est-à-dire l'état réel) de la surface de logement par personne est en Pologne de 15,9 m ' '. Par contre, les plus recentes normes bureaucratiques prévoient : pour des locaux temporaires, 5 m' par personne, pour des locaux définitifs, de 7 m' minimum à 10 m' maximum par personne. Ainsi de la loi elle-même découle un déficit de la surface par personne, compris entre 5,9 et 11 m' pour des locaux temporaires. Et que deviennent ces 15,9 m' que laissent apparaître les statistiques? La très grande majorité de la population polonaise vit en deçà de cette norme économique et même largement parce que d'autres, la minorité privilégiée et riche (pour l'essentiel la bureaucratie et la bourgeoisie), vivent bien au-dela. Il en est ainsi pour de nombreuses raisons, la diversite des normes de construction adoptées durant diverses périodes, les concours de circonstances, la dynamique démographique locale... mais surtout l'accroissement des inégalités sociales. Comme les uns ont beaucoup trop, les autres n'ont pas assez ou rien (c'est en particulier le cas de la jeunesse privée de l'espoir d'avoir un logement propre avant d'avoir atteint la quarantaine). Les uns habitent dans de somp- tueux appartements coopératifs ou dans des HLM de luxe (sans même parler de logements achetés en dollars ou de villas privées) alors que d'autres se serrent ou campent au petit bonheur.
C'est pourquoi, pour permettre d'équilibrer ne serait-ce qu'un peu la situation, car une solution durable consistant en une juste répartition des logements se heurte actuellement aux intérêts particuliers et à l'incapacité de la bureaucratie, il faut garantir une compensation monétaire pour le manque de logements ou son insuffisance qui équilibrerait du moins partiellement ce mal. Il faut exiger pour cela la modification des normes légales de surface habitable et leur mise en accord avec la situation réelle dans le pays. Cela permettra une autodéfense sociale dans l'immédiat et facilitera le sort des familles et des personnes ne disposant pas d'un logement individuel et de celles qui subissent une discrimination face au logement, c'est-à-dire habitent des locaux exigus ou disposent de conditions sanitaires exécrables. Il faut par exemple exiger la réalisation pratique des normes suivantes : surface habitable minimale 13m' et maximale 19 m ' (la différence légalement admise de la surface par personne est de 6 m '), la surface utilitaire (les garages, les caves, les greniers qui, souvent sous prétexte de « locaux utilitaires », servent à camoufler des appartements gigantesques) maximale de 25 m? et cela aussi bien dans les constructions de coopératives ou d'Etat que dans les constructions privées (à l'exception des ménages paysans). Les personnes vivant en deçà de cette norme recevraient un complément automatique de logement, sous la forme d'une somme déterminée socialement, versée ou déduite chaque
PROGRAMME D'ACTION DE LA POR-S mois du loyer. Cela compenserait au moins partiellement leur situation difficile, cet argent pourrait servir a la location d'un local supplémentaire, au financement de l'adhésion à une coopérative, à la réfection du logement, etc. Cela ne pourrait cependant être efficace qu'à la condition que ces sommes ne soient pas ridicules. Il faut donc introduire un impôt progressif sur les surfaces supérieures à la norme (plus de 19 m' par personne) afin de financer le fonds servant à financer le complément de logement et augmenter ce fonds en poussant le budget de l'aide sociale. Il serait ainsi possible de créer un système de déductions progressives des loyers et des allocations pour les personnes disposant de moins de 13 m' de surface habitable ou vivant dans de mauvaises conditions sanitaires. Cela concerne les personnes établies dans un endroit. Par contre, ceux qui louent un local ou un logement pour une période déterminée devraient recevoir un complément automatique de logement sous la forme d'un remboursement mensuel de la différence entre le loyer officiel pour une surface moyenne (16 m') et le prix moyen de location sur le marché libre. Il faut donc élaborer de manière indépendante une telle grille de base pour le calcul du montant des allocations. En synchronisant ces trois instruments de base : impôt progressif pour des grandes surfaces, remboursement des coûts de location sur le marché libre et système de déduction de loyers et d'allocations au titre du complément automatique de logement, il serait possible de soulager une bonne partie de notre société au détriment des plus riches et du Trésor public; procurer aux gens les moyens qui leur permettraient d'améliorer un peu leur situation, stopper le transfert des coûts de la crise (sous la forme des prix prohibitifs des locations sur le marche libre) sur le dos de citoyens et attaquer l'occupation non économiquement justifiée de trop grands appartements. Complément automatique de loge.. ment ! 6. Réduction des dépenses bureaucratiques, et cela d'autant plus qu'on nous serine sans cesse : « l'Etat n'a pas les moyens de satisfaire vos renvendications ». Ce n'est pas surprenant car le revenu national est non seulement ridiculement faible en comparaison des potentialités économiques du pays à cause de l'incapacité économique structurelle de la bureaucratie, il est aussi réparti de manière injuste (l'accès privilégié à « l'assiette au beurre », socialement injustifiable, est même la principale motivation de la volonté farouche des privilégiés de se maintenir à leur poste). Mais, de plus, il est en grande partie utilisé de manière non productive et non socialement nécessaire. C'est là qu'on trouve les principales réserves pour financer les fonds sociaux, et quelles réserves ! Tant au niveau de l'entreprise qu'à celui de l'économie dans son ensemble, tant au niveau territorial qu'à celui des branches, il y a de nombreuses dépenses totalement inutiles: le fonds de représentation, les suppléments de fonction démesurément grossis et d'autres sources similaires pour la création de privilèges bureaucratiques ou de « carotte » pour ceux qui se tiennent à carreau. Il faut transferer tout cet argent vers les fonds sociaux des entreprises (par exemple pour le logement !). Combien coûtent les associations d'entreprises 9 , les subventions etatiques pour les cati es pour les nco-pscudo-syndi neo-pseudo-syndi-
", pour le Parti ouvrier unifié po- lonais " , pour le Parti paysan unifié et le Parti démocratique '? Combien coûte l'appareil bureaucratique du Mouvement patriotique de renaissance nationale, la police politique (service de sécurité) et anti-émeute (ZOMO)? II faut réduire les dépenses militaires et limiter sérieusement les budgets des ministères de l'Intérieur et de la Défense (car, de toute façon, ces dépenses ne servent pas à la sécurité publique et nationale, bien au contraire), reduire le gigantesque suremploi dans l'appareil administratif, tant au niveau central (la structure du Conseil des ministres, celle de l'Office du Conseil des ministres, les autres offices centraux et leurs agences), qu'au niveau local (ici il faudrait élaborer pour chaque entreprise, office et institution et pour l'ensemble de l'économie nationale la proportion maximale admise entre le nombre d'employes administratifs et le nombre d'ouvriers directement productifs et imposer son respect). Dans toutes les sphères citées - et dans nombre de celles qui ont été omises ici, il y a d'immenses réserves budgétaires qui, après la liquidation des non-sens qui les absorbent, pourraient devenir la source pour la creation, respectivement aux niveaux de l'entreprise, local et national, d'un complement social automatique, c'est-à-dire d'un budget servant à l'aide sociale (par exemple allocations familiales, aide au logement).
Défense du patrimoine national
Ce que nous imposerons à la bureaucratie devrait rester notre acquis, car sinon la bureaucratie se le réappropriera par une voie détournée et nous revien- drons au point de départ, c'est sa spécialité.
Complément social automatique ! 1. Défense des biens sociaux. Autour de nous, les exemples de gaspillage bureaucratique, d'irrationalité économique et d'activité économique criminelle de la bureaucratie abondent : violation des lois, utilisation des moyens de production et des fonctions dans des buts prives, abandon des machines et des installations achetées au prix fort dans des conditions scandaleuses, violation des règles d'hygiène et de sécurité du travail au détriment de la santé et de la sécurité des travailleurs, du milieu naturel et de l'infrastructure économique, etc. Pourtant, il s'agit de nos usines ! Ne les laissons pas détruire notre propriété. Plus la bureaucratie détruira et moins nous tous, en tant que société, nous pourrons répartir. L'anarchie économique et le sabotage de la bureaucratie doivent être pourchasses sans relâche. Il faut les denoncer, protester, intenter des procès contre les responsables et, si cela est nécessaire, faire grève pour la défense de nos usines, de notre richesse nationale commune. Plus nous serons capables d'empêcher la bureaucratie de dévaster et plus nous pourrons avoir. Plus vite la bureaucratie perdra le pouvoir et moins elle pourra dévaster. Mais en attendant, surveillons-la ! 2. Surveillance de la qualité de la production. On dit sans cesse que la qualité est médiocre. Mais on ne dit pas pourquoi, ou si on le dit c'est pour culpabiliser le « mauvais ouvrier ». C'est une mystification ! Les gens veulent faire un bon travail, en dehors de quelques exceptions marginales, essentiellement parmi les bureaucrates justement. mais on ne les laisse pas le faire.
PROGRAMME D'ACTION DE LA POR-S
Car la qualité des produits est directement fonction de la qualité d'organisation du travail et lui est proportionnelle. Si la qualité est ce qu'elle est aujourd'hui, c'est qu'elle reflète le sabotage bureaucratique, l'arbitraire et la corruption des cadres dirigeants et la dévastation de la production qu'ils imposent. Pourtant, il est de notre intérêt que les marchandises produites soient de la meilleure qualité possible, car nous ne nous approvisionnons pas dans les Pewer'3 , mais dans les magasins normaux. La qualité de la production determine la qualité de la consommation. Nous ne devons pas permettre que la bureaucratie abaisse la qualité de la production et nous oblige à l'abaisser, par exemple en nous imposant des normes quantitatives surélevées.
Soumettons au contrôle social indépendant leur contrôle technique fictif ! 3. Imposer la rationalité du travail. La limitation du gaspillage de la force de travail, voilà la principale réserve en possibilités d'améliorer la situation économique et sociale. Combien durement travaillent les ouvriers polonais, ils sont les seuls à le savoir. Quant aux moyens de désinformation de masse, ils véhiculent des lamentations sous la dictée des propagandistes du parti : « Ah, que les Polonais sont paresseux ».
En réalité, nous sommes sans cesse démoralisés, découragés lorsque nous voyons que notre dur labeur ne sert à rien, qu'il est gaspille et, de plus, re tourné contre nous. La désorganisation bureaucratique du travail, c'est la principale « force antisocialiste », c'est la source principale de destruction du processus de construction du socialisme. Un système absurde d'organisation du travail, l'absence d'un modèle rationnel de coopération au niveau local, central et international, l'absence de contenu social authentique dans les formes bureaucratiques artificielles et rigides, voilà quelques causes qui font que, même si nous élevions sans cesse le rendement individuel du travail (ce qui d'ailleurs se fait tout le temps de manière extensive !), il serail de toute manière englouti par le marais de l'incapacité collective.
Ne permettons pas qu'on gaspille, ne permettons pas que la bureaucratie détruise ce que nous créons ! Partout où cela est possible nous devons critiquer et nous soulever contre le système de la « désorganisation organisée », montrer qui est réellement responsable, et exiger publiquement des sanctions financières à l'encontre des directions et de l'encadrement incapables. Cela peut être la tâche de ces conseils de travailleurs qui, dans les faits, représentent le personnel et celle de notre presse indépendante destinée à devenir la caisse de résonance de l'acte d'accusation contre ceux qui détruisent notre travail. Si nous ne le faisons pas, ils pourront sans cesse s'accorder des augmentations de salaire pour leurs efforts visant à détruire notre travail et continueront à clamer avec impudence que nous ne travaillons pas assez et que c'est la cause de la crise et de la misère qui nous guette. Il faut s'opposer à cela ! 4. Publicité des données économiques. Chacun sait que le « secret commercial » et la falsification des statistiques surtout économiques, sont une des principales méthodes pour camoufler le vol et l'incapacité (lire : le parasitisme) de la bureaucratie totalitaire. Tous ces moyens de circulation que nous voyons quotidiennement autour de nous et dont nous ne savons pas d'où ils viennent, c'est notre argent, ce sont les valeurs que nous créons, réifiés dans la monnaie. Les magasins speciaux, les prix gratis 14 , un système de santé particulier, les bons pour divers articles de luxe, tout cela se fait grâce à notre argent. Il est donc extrêmement important de rendre publique, partout où cela est possible, la structure des budgets, des dépenses et des privilèges et de rendre transparente la vie sociale et économique. Il faut rassembler les informations indépendantes sur cela, les ordonner et les publier (par la presse clandestine, lors des assemblées, par le « teléphone arabe », etc.). Il faut sans arrêt exiger de la bureaucratie des données économiques et le droit d'accès public à ces données, aussi bien à l'échelle de l'entreprise que de leconomie dans son ensemble. Il faut exiger la publicité et la structure des salaires et en particulier des informations sur la part du fonds de salaires engloutie par les revenus de l'encadrement et de l'administration. Exiger de savoir quels privilèges, primes, etc. sont accordés aux cadres dirigeants ? Où va la production de l'entreprise? Quels sont les coûts propres et quelle est la valeur des marchandises ou services produits? Quelle est la part de la valeur produite engloutie par les impôts et à quoi servent ces impôts ? Quels sont les critères de l'affectation des logements, des augmentations de salaires, des aides ? Quels sont les engagements économiques de l'entreprise et quel est son etat technique ainsi que sa situation financière ? Aux niveaux national et international, il faut exiger la publicité de tous les details du commerce exterieur, la publicité des textes de tous les accords commerciaux, la publication de la structure des dépenses du budget central (en particulier des dépenses pour la MO, la l'armée et l'industrie d'armement). Il faut exiger la publication des plans d'investissements economiques, de tous les détails des négociations de la dette extérieure et de toutes les opérations financières internationales de l'Etat. Exigeons, la publication des finances du POUP, du PRON, du ZSL, du SD, du ZSMP '6 et d'autres, du nombre de leurs permanents, la publication des protocoles financiers des réunions du conseil des ministres et de la commission du plan. Nous avons le droit de savoir tout cela ! 5. Lutte contre le déséquilibre économique. Ce n'est un secret pour personne que la responsabilité de la crise incombe aux décisions économiques irresponsables et irréfléchies de la bureaucratie. Le déséquilibre économique grandissant est le résultat du déchaînement des investissements, de la surproduction bureaucratique (asymétrie de la coopération finale causee par le dépassement du plan dans certaines entreprises et sa non-réalisation dans d'autres). de la surestimation particulière des besoins qui provoque une mauvaise allocation des ressources, le sous-emploi des capacites de production, etc. Il faut donc combattre de manière décidée et boycotter les décisions idiotes de la bureaucratie, car c'est de notre économie qu'il s'agit. Même si nous sommes temporairement et illégalement privés des attributs du proprietaire, nous devons nous comporter et agir de façon à ce que le fardeau que nous leguera dans l'avenir la bureaucratie soit le plus leger possible. Le niveau des salaires, notre niveau de vie. le développement de notre pays seront également fonction de la lutte contre la poursuite de la désin. tégration de l'économie. Il faut exiger le réablissement de l'équilibre, rationnel
PROGRAMME D'ACTION DE LA POR-S du point de vue de l'efficacité économique, entre la production des biens de productions et celle des biens de consommation, entre l'économie rurale et industrielle (ville-campagne), entre l'exploitation et la modernisation (cela nécessite une barrière contre la dépréciation des biens fixes), entre le programme d'investissements extensifs et intensifs. Il est urgent d'augmenter les fonds de roulement des entreprises, de geler la majorité des investissements de long cycle de réalisation, de rénover immédiatement les parcs de machines actuellement en service et particulièrement exploites, d'effectuer les bilans et de rationaliser les dépenses d'énergie, de matières premières et de la force de travail, tant à l'échelle des entreprises que du pays. Il faut exercer une pression sociale et scientifique sur les décisions et les choix économiques de la bureaucratie ! 6. Elaborer les alternatives économiques. Les activités citées précédemment ont pour but d'amoindrir les nuisances causées à la gestion de l'économie par le pouvoir parasitaire de la bureaucratie totalitaire. Mais, pour surmonter la crise, il ne suffit pas seulement de «contrôler, limiter, etc. », il faut transformer radicalement le mode de fonctionnement de l'économie et non se satisfaire de réformes de surface. Il ne s'agit pas seulement d'une crise conjoncturelle causée par la seule bêtise des équipes dirigeantes ou par l'influence de la récession mondiale. Il s'agit d'une crise structurelle, qui prend sa source dans le système bureaucratique d'organisation, de gestion et de planification. La bureaucratie, d'une part, ne peut assainir l'économie et, d'autre part, elle n'en a pas les moyens. Elle ne peut le faire car la planification et la gestion bureaucratique impliquent la séparation du processus de la prise de décisions du processus de la production. Les plans ainsi crees ne refletent ni les capacités réelles de l'économie, ni les besoins sociaux. Ces plans ne sont qu'un programme visant à satisfaire les appetits des divers groupes bureaucratiques de branches et locaux, intégrés dans la stratégie désespérée consistant à « raccommoder » constamment les trous. La bureaucratie n'a pas les moyens d'assainir l'économie, car elle doit garantir en premier lieu, non pas le développement général des forces productives, mais les conditions de reproduction de son système de pouvoir et de ses privileges. Elle doit donc concentrer les dépenses dans les branches qui produisent en premier lieu pour satisfaire les besoins de sa propre base sociale, pour l'appareil de la répression et d'endoctrinement, pour les besoins militaires de la bureaucratie du Kremlin. Elle n'a pas les moyens de faire que l'économie soit au service des travailleurs car ce n'est pas sur les travailleurs que se fonde le pouvoir bureaucratique. Notre projet repose sur l'élaboration de plans par les producteurs, eux-mêmes. Bien qu'un tel modèle ne puisse être réalisé qu'à l'avenir, dans la République autogérée de Pologne, nous devons dès aujourd hui nous y préparer, en élaborant nos propres plans économiques alternatifs (c'est ce qu'on nomme « la méthode des contreplans »).
L'auto-organisation des travailleurs
C'est notamment à cela que doivent servir les informations obtenues grâce à la publicite des données economiques et l'expérience acquise dans la défense de la propriété sociale, dans le cadre de la surveillance de la qualité de la production pour imposer la rationalité du travail. Il ne suffit pas de savoir ce qu'on ne veut pas, il faut encore savoir ce que l'on veut et comment ! 1) Sur le lieu de travail, créer les prémices de l'autogestion des producteurs. Il faut soutenir toutes les organisations ouvrières indépendantes qui agissent réellement au sein de l'entreprise, qu'elles soient illégales, semi-légales ou légales. Cela concerne en premier les Commissions clandestines d'entreprise (TKZ) du syndicat indépendant autogéré Solidarnosc et les conseils de travailleurs socialement crédibles. Lorsqu'il n'existe pas de TKZ ou de tels conseils dans une entreprise, 1l faut mettre sur pied des comites d'usine indépendants et non officiels. Il faut soutenir ou organiser soi-même l'activité de façon à susciter l'apparition, l'animation de structures capables de s'atteler aux problèmes et de realiser des actions concrètes. Il peut s'agir notamment de : a) Commission statistique. Il s'agit d'une vieille invention du mouvement ouvrier, employée en Pologne durant l'entre-deux-guerres, lors de la grande poussee inflationniste et des grandes grèves de mineurs en Haute-Silésie et dans le bassin de Dabrowa en 1923. Une telle commission aurait pour tâche de calculer la hausse du coût de la vie et le niveau de l'inflation afin de lutter pour l'échelle mobile des salaires et le supplément compensatoire automatique. Elle devrait donc établir de façon complete et credible le montant des augmentations nécessaires et en informer le personnel. Il s'agit d'un travail un peu laborieux mais nécessaire, et dont les résultats sont très mobilisateurs. Tous ceux qui ont à cœur l'échelle mobile des salaires et la réduction des inégalités devraient contribuer à former une telle commission ou collaborer avec elle. L'existence d'une commission statistique permet également d'associer à une activité pratique les membres des familles qui ne travaillent pas, définitivement ou temporairement. b) Commission d'hygiène et de sécurité du travail. Elle devrait faire ce que ne font pas les « inspections du travail » officielles: lutter pour le respect des normes d'hygiène et de sécurité du travail et pour la défense de l'environnement, c'est-à-dire pour une plus longue vie et une meilleure santé de tous. Il s'agit de questions d'importance primordiale pour toutes les branches industrielles et les régions. Dans certains cas - par exemple dans les mines ou en Haute-Silésie - il s'agit d'une question de vie ou de mort. L'arme d'une telle commission pourrait être la grève du zèle, qui consiste en un respect de toutes les normes, ce qui peut paralyser efficacement tout travail si cela s'avère nécessaire dans la lutte pour une question urgente. c) Commission d'auto-approvisionnement. Les différences des prix de divers articles de consommation entre marché de détail et marche de gros et entre marché étatique et marché privé sont assez grandes. Les prix d'achat chez les producteurs (les paysans et les maraîchers) sont encore plus bas que les prix de gros. Alors que la cherte nous écrase, que chaque sou compte, une commission d'auto-approvisionnement permettrait d'économiser des sommes considérables en achetant directement
PROGRAMME D'ACTION DE LA POR-S chez le producteur (et renforcerait l'alliance ouvrière-paysanne, ce qui dans la perspective des grèves futures et de la nécessité d'approvisionner les grévistes en nourriture, n'est pas sans importance). Il suffit de rassembler les intéressés au sein du personnel, discuter ensemble, sonder les besoins et les capacités financières, faire un tour à la campagne, déterminer les prix et les quantités, convenir d'une date, venir en groupe grâce aux moyens de communication publics (et peut-être même serait-il possible de se doter pour cela de moyens de transport propres), achever la transaction et revenir chez nous, un peu fatigués, mais mieux approvisionnés et à un meilleur prix. d) Commission sociale. Les prêts accordés par l'entreprise, les places affectées dans les crèches et les écoles maternelles, l'affectation des séjours de vacances aux travailleurs et des places dans les colonies pour leurs enfants, la répartition des logements, etc., devraient obéir au critère des besoins sociaux objectifs, fixés par les travailleurs eux-mêmes, et non à celui de loyauté vis-à-vis de la bureaucratie de l'entreprise. S'il n'existe pas de conseil de travailleurs ou si le conseil existant « mange dans la main » du directeur - car ce n'est même pas la peine de parler des neo-pseudo-syndicats -, on est alors confronté à des décisions arbitraires, n'ayant rien ou très peu à voir avec les besoins réels des travailleurs. I! faut donc une structure indépendante capable, en organisant la pression du personnel, de corriger cela, même partiellement. La principale tâche d'une commission sociale serait d'établir des listes de personnes les plus nécessiteuses, vivant dans des conditions particulièrement dures (les mères isolées, les familles nombreuses, les personnes ne disposant pas de logement) et de recenser leurs besoins. On ne peut laisser choir ces problèmes ! e) Commission de la caisse de résistance. La caisse de résistance, c'est aussi une institution ancienne, servant aux travailleurs dans leur lutte de classes. A quoi sert-elle ? A collecter les cotisations parmi les travailleurs et à former un fonds de résistance au sein de l'entreprise et pour l'entreprise, garantie indispensable pour assurer une aide à ceux qui peuvent être réprimés à cause de leur action. Il faut un fonds garantissant au travailleur, par exemple au dirigeant d'une grève ou à celui qui présente une petition en faveur de l'échelle mobile, le maintien de son niveau de vie en cas de licenciement. Les gens, conscients de l'existence d'un tel fonds - non dans le firmament des structures régionales, mais dans leur propre entreprise - auront moins peur (avant tout pour le sort de leur famille) d'entreprendre la lutte pour leurs propres intérêts et ceux de tous les travailleurs. Garantir une aide aux réprimés directement au sein de l'entreprise - voilà le but d'une commission de la caisse de résistance. 1) Commission de controle ouvrier. Il s'agit là d'une structure assez moderne, adaptée essentiellement, mais pas uniquement, à la perspective de la grève active, c'est-à-dire à l'établissement de la gestion sociale et du contrôle autogestionnaire sur la production et sur l'organisation du travail. Composée de gens possédant un savoir et une bonne experience du travail, elle s'occuperait du contrôle de l'utilisation des ressources et des capacités de l'entreprise, de la lutte contre le gaspillage bureaucratique des efforts des travailleurs et de l'élaboration des plans économiques alternatifs. Autrement dit, la commission du controle ouvrier représenterait un élement essentiel pour limiter la gabegie bureaucratique et, en même temps, un veritable « shadow cabinet » élaborant les propositions et les programmes économiques pour le jour où le pouvoir de la bureaucratie totalitaire sera renversé. Elle devrait assurer la ciculation de la. g) Commission de defense politique. presse indépendante, créer les « bibliothèques volantes » des publications politiques et historiques (leur prix élevé constitue souvent une barrière infranchissable pour l'ouvrier), mobiliser les gens en vue de la défense commune et solidaire des prisonniers de conscience, réprimes pour leurs convictions et les opinions qu'ils professent (rassembler des signatures sur les pétitions pour la liberation des prisonniers politiques, rassembler les fonds pour les aider et aider leurs familles, leur envoyer des paquets, des lettres, des cartes de vœux, leur rendre visite et soutenir les familles des emprisonnes et reprimes, alerter l'opinion publique sur leur sort ; ne pas laisser s'endormir la conscience fatiguée de la nation). h) Commission de la garde ouvrière. Quelles seront ses tâches à l'avenir? Avant tout, remplacer la garde industrielle professionnelle soumise à la direction par une garde ouvrière democratiquement élue et volontaire. Elle sera nécessaire durant la période révolutionnaire (greve active) et apres la revolution dans le cadre du fonctionnement de l'autogestion.
La commission de la garde ouvrière pourra commencer par elaborer le statut, la maniere de constituer la garde ouvrière et sa structure interne. Les membres d'une telle commission devront également préparer les plans de défense de l'entreprise en vue de la grève d'occupation (comment souder et où placer les obstacles antichars, comment condamner le portail, comment utiliser les outils et les installations pour la défense). 2) Dans les quartiers, forger les prémisses de l'autogestion locale. Le mouvement ouvrier independant, c'est-à-dire l'auto-organisation des travailleurs sur la base des entreprises, est et restera le fondement de notre force. Néanmoins, l'auto-organisation des gens sur leur lieu d'habitation, sous la forme de divers comités de quartier indépendants, peut être un important allié pour notre mouvement. L'immense importance de la question du logement et la charge que fait peser l'insuflisance de l'infrastructure sociale causée par la bureaucratie font que l'auto-organisation dans les quartiers devient une forme naturelle de l'autodéferse sociale. Le grand avantage des comités de quartier indépendants consiste dans le fait qu'ils possèdent une arme simple et éprouvée, la grève des loyers, qui a démontre son efficacite là où elle a été employée après les hausses de janvier 1985. Par ailleurs, une grève de loyers spontanée constitue la meilleure occasion pour former de tels comités en tant que forme permanente d'autodéfense sociale.
Outre la question des loyers, la gestion des ressources immobilières est un autre terrain d'action naturel pour les comités de quartier indépendants. Chaque comité peut et doit rassembler les informations sur la repartition des appartements dans les nouveaux immeubles, sur le partage des appartements libérés, sur les logements de
PROGRAMME D'ACTION DE LA POR-S fonction, sur les logements vides et sur ceux qui sont sous-occupes de manière criante. Ces informations devraient être diffusées parmi les habitants du quartier et également communiquées aux organisations ouvrières indépendantes dans les entreprises les plus proches. Elles peuvent servir à l'élaboration de revendications concrètes adressées à l'administration et, dans le cas de la lutte pour le complement automatique de logement, elles peuvent servir à le calculer.
Il faut tendre à établir une coopération étroite entre ces comités et les travailleurs des entreprises proches, en essayant de coordonner les initiatives dans les quartiers avec les actions dans ces entreprises. Les loyers et la repartition des logements ne sont pas, loin de là, les seuls problèmes dont peut s'occuper un comité de quartier indépendant. L'oppression exercée par la bureaucratie et son mépris pour les conditions de vie des travailleurs se manifestent de diverses manières dans les lieux d'habitation. En conséquence, les tâches qui s'imposent aux comités de quartier sont nombreuses et diverses : il est impossible de les citer toutes. En fonction des besoins les plus criants des habitants, tel comite peut egalement s'occuper de l'approvisionnement dans le quartier, tel autre s'attaquer au manque d'écoles maternelles ou à l'inefficacité généralisée de l'administration. Il faut noter que tout ce qu'il sera possible d'arracher grâce à l'auto-organisation contribuera à raffermir cette forme de lutte, renforcera notre confiance en nos propres forces et donc modifiera le rapport de forces entre la bureaucratie et les travailleurs en faveur de ces derniers.
Nous devons tendre à coordonner les actions et à établir une coopération efficace entre nos structures oppositionnelles d'entreprise et de quartier en créant des structures territoriales partout où cela s'avère possible. Là où une TKZ efficiente existe dans une grande entreprise, elle devrait prendre l'initiative de fonder dans sa ville ou dans son quartier un comité interentreprises de Solidarnosc. Coordination territoriale des structures oppositionnelles Là où fonctionne un conseil de travailleurs socialement crédible, il devrait s'adresser aux conseils d'autres entreprises en vue de créer une entente horizontale indépendante des conseils de travailleurs. Là, enfin, où la mise sur pied de telles coordinations unitaires se révèle impossible, il faut créer des centres de coopération, qui rassembleraient les représentants de toutes les organisations indépendantes ouvrières ou autres ou qui agissent dans les entreprises, sur les quartiers ou dans les milieux sociaux d'un territoire donné, d'une branche. etc. De telles fédérations sociales, disposant d'une structure souple et remplissant des fonction de coordination entre les entreprises ou les quartiers, devraient s'atteler notamment aux tâches suivantes : a) Echange d'expériences des luttes courantes et de la création des structures d'auto-organisation des travailleur* et des habitants, échange d'informations sur les salaires et les loyers ainsi que sur les conditions de travail dans diverses entreprises et les conditions locatives dans divers quartiers - et en particulier l'échange d'expériences et de données des commissions statistiques et des commissions de contrôle ouvrier des entreprises et des comites de quartier. b) Organisation du soutien immédiat aux travailleurs ou aux populations qui entreprennent la lutte en défense de leurs droits et leurs intérêts. L'isolement de presque toutes les entreprises qui, durant les trois dernières années, ont entrepris la lutte en défense du niveau de vie des travailleurs, tout comme l'isolement de chaque assemblée d'habitants qui a entrepris la grève des loyers, doivent être considérés comme une faiblesse particulièrement grave de notre mouvement. Nous devons combattre cette faiblesse et seules les ententes horizontales des organisations d'entreprise et de quartier peuvent nous le permettre. Car comme en témoigne la triste expérience, les directions régionales et centrales de notre syndicat sont trop incapables (peut-étre justement à cause du fait que la centralisation y prend le pas sur la démocratie ?) pour jouer efticacement le rôle de coordination. c) Elaboration de programmes de lutte antibureaucratique et d'actions prioritaires à l'échelle locale, régionale et centrale dans le domaine de la sauvegarde de la construction de logements, de l'enseignement, de la santé, du commerce, des transports en commun et des services communaux, et aussi dans le domaine de l'amélioration de la coopération industrielle entre les entreprises, de la défense de l'environnement, de l'emploi rationnel des potentialites economiques et des capacites de production communes ainsi que de l'aménagement socio-économique du territoire en prenant en compte les besoins locaux intégrés dans la struc- ture du pays et de l'économie nationale. Ces programmes, exprimant les besoins de la population locale, doivent être confrontes avec les agissements de l'administration locale, en vue d'élaborer des revendications alternatives sociales, économiques et politiques communes, qui pourront être présentées dans toutes les entreprises et dans tous les quartiers de la localité et propagées ailleurs afin d'élargir réellement le contróle de la société sur les agissements de la bureaucratie. Cela constituera un excellent terrain d'exercice et de préparation pour la révolution démocratique victorieuse. d) Préparation de la grève, c'est-à-dire établissement d'un plan détaillé et national d'actions, coordonnées et organisées dans les entreprises et les quartiers dans la perspective de futurs soulèvements radicaux et révolutionnaires de la classe ouvrière et de tous les travailleurs. Il faut tout d'abord disposer de moyens de transmission rapide des informations, de moyens de transport, de sources et de voies d'approvisionnement en produits de première nécessité (essentiellement la nourriture), concevoir les systèmes de défense des entreprises, reconnaître les principaux points dans l'entreprise, dans le quartier et dans la ville, dont les grevistes devront s'assurer le contrôle, etc. En particulier dans le cas d'une grève politico-revendicative régionale ou générale et de son éventuelle transformation en grève active, il sera nécessaire de disposer de projets et de variantes du developpement de la situation préparées auparavant. Tout en comptant sur l'action spontanée des masses et en lui faisant confiance, il ne faut pas abandonner les préparatifs organisés. La spontanéité doit être complétée par la conscience de
PROGRAMME D'ACTION DE LA POR-S ce pourquoi et au nom de quoi on lutte. Dans le cas contraire, la spontanéité se consumera sans produire d'effets et tout recommencera comme avant. C'est pourquoi il faut des perspectives !
Commission exécutive de l'Entente de l'opposition ouvrière-
Solidarnosc (POR-S) Notes de la rédaction de « Quatrième Internationale »
1. La depréciation des biens fixes, c'est-à-dire celle des machines et installaions industrer es, est aujour d hul la grand plaie de l'économie polonaise. Les machines, depuis longtemps amorties mais pas renouvelées, qui restent en service, représentent une bonne part du parc industriel polonais. Ainsi, en 1983, les machines et équipements techniques de l'industrie polonaise étaient en moyenne usés à 58 %. Dans certaines branches, le coefficient moyen de l'usure des machine et équipements était encore plus élevé: 66,8 % dans l'industrie des matériaux de construction, 65,9 % dans l'industrie de précision, 65,2 % dans l'industrie textile, etc. Cela est dû notamment au fait que la bureaucratie privilégie les investissements extensifs (nouvelles unités de production) par rapport à l'investissement intensif (renouvellement des biens fixes usés).
2. L'autofinancement des entreprises a été introduit au moment de la réforme économique de 1982. Il s'est agi avant tout de supprimer le financement par le budget central des investissements des entreprises, ainsi que d'une série de diverses aides financières provenant du budget central. En d'autres termes, le déficit du budget central a été décentralisé « au profit » du déficit des entreprises.
3. Par « politique de l'argent difficile », on entend en Pologne les restrictions de crédit imposées aux entreprises. L'endettement de ces dernières s'est formidablement accru depuis l'introduction en 1982 de la réforme économique.
4. le Parti ouvrier unifié polonais
(POUP), parti dominant dans la structure du pouvoir bureaucratique en Pologne, est issu de la fusion du parti socialiste polonais (de sa majorité) avec le Parti ouvrier polonais, stalinien, fondé en 1943 à l'initiative de Staline pour prendre la place du PC de Pologne, dissous par le même Staline en 1938 et dont la direction a été décimée à Moscou.
S. Les économistes officiels polonais ont recours à la théorie monétariste ce l'inflation et la presse polonaise écrit sans cesse que l'inflation est due à la trop grande masse monétaire en circulation. Cependant, les études menées sur la répartition de cette masse monétaire et rapportes dans la presse spécialisée (notamment Zycie Gospodarcze) font état du fait que 90 % de ce surplus de masse monétaire sont concentrés entre les mains de moins de 10 % de la population la plus aisée.
6. La notion de « travail discontinu » a été introduite dans la législation polonaise par une ordonnance du Conseil des ministres du 8 octobre 1984. Depuis cette date, les directions d'entreprise sont autorisées à introduire dans la journée de travail des «arrêts d'au moins deux heures », non payés. Par la même occasion, la flexibilité du travail a été instaurée. Voir, à ce sujet, l'article de C. Smuga, « Quand Jaruzelski impose la flexibilité », in Critique communiste n° 49, février 1986.
7. Le Code du travail polonais prévoyait un maximum légal de 120 heures supplémentaires par travailleur et par an. Le Conseil des ministres, par l'ordonnance du 8 octobre 1984, a porté ce maximum à 360 heures par an, voire même à 720 heures par an pour certaines catégories de travailleurs (c'est-à-dire l'équivalent de huit semaines et demie de travail, et même de dix-sept semaines de travail pour certains !).
8. Auparavant, le paiement des heure: supplémentaires était fonction du salaire de base de celui qui les effectuait. Depuis l'ordonnance du 8 octobre 1984, le prix des heures supplémentaires est calculé sur la base du salaire minimum de la grille salariale de l'entreprise.
Les associations d'entreprise (« Zrzeszenia ») sont un maillon intermédiaire dans le système d'organisation de l'industrie en Pologne, se situant entre le niveau ministériel et celui des directions d'entreprise. Leurs prérogatives ont été limitées entre 1980 et 1981 sous la pression de Solidarnosc et du mouvement pour l'autogestion. Depuis 1982, elles se sont reconstituées. Ce maillon est un des principaux points d'appui des lobbies bureaucratiques (voir, à ce sujet, l'article de C. Smuga, « Ni plan, ni loi de la valeur — Sur la logique de l'accumulation et de la crise économique en Pologne », dans Quatrième Internationale n° 19, décembre 1985).
10. Les « néo-pseudo-syndicats »: néologisme à connotation péjorative employé pour caractériser les syndicats officiels mis en place par le regime du général Jaruzelski.
11. Le Parti paysan unifié (ZSL) et le Parti démocratique (SD) sont deux petites formations, associées au POUP et contrôlées par lui, qui servent à maintenir la fiction du pluralisme politique en Pologne.
12. Le Mouvement patriotique de renaissance nationale (PRON) a été constitué par le régime du général Jaruzelski dans le but de regrouper, avant tout au sein de l'intelligentsia, ceux qui sans tout approuver étaient prêts à collaborer avec lui.
13. Il existe en Pologne un réseau de magasins très bien achalandés (on y trouve, outre les produits polonais. de nombreux produits importés) - les magasins Pewex -dont la particularité est de n'accepter que les devises fortes (dollars, francs, deutschmarks. livres sterling, etc.). Tout citoyen, pour peu qu'il possede ces devises, peut y faire ses courses et y trouver ce qu'il ne trouvera pas dans les magasins où on paie en zlotys.
14. Les « prix gratis » sont une des nombreuses formes de privileges bureaucratiques. Dans des magasins spéciaux (par exemple rue Milobedzka, dans le quartier réservé et surveillé par la police de Varsovie), on se procure tout, sans payer. Certains des privilégiés se verront par la suite déduire de leur salaire l'équivalent de leurs achats. d'autres — plus privilégiés encore - dédui ront la somme des budgets représentatifs dont ils disposent. Les prix dans ces magasins sont plus bas qu'ailleurs et l'approvisionnement est le même que dans les Pewex.
15. MO - milice citoyenne, est le nom de la police en Pologne : SB - service de sécurité, est le nom de la police politique. Depuis 1982, ces deux services ont procédé à de nombreuses nouvelles embauches.
16. L'Union des jeunesses socialistes polonaises (ZSMP) est la courroie de transmission juvénile du POUP.