Les 4 et 5 octobre 1986 a eu lieu le congrès de fusion entre le Groupe marxiste international (GIM), section allemande de la IV° Internationale et le Parti communiste d'Allemagne (KPD). Cent cinquante délégués y ont participé. Les textes présentés en commun par les comités centraux des deux organisations ont été adoptés à la quasi-unanimité. La nouvelle organisation s'appelle Parti socialiste unifié (VSP) et son organe de presse est le Sozialistische Zeitung (Journal socialiste). La fusion a été l'aboutissement d'une discussion qui a duré près de deux ans el a été suivie dès le début par la direction de la IVe Internationale. Nous publions dans ce numéro de notre revue une très grande partie du texte programmatique, le texte sur l'identité et le rôle de l'organisation unifiée et l'accord concernant les rapports avec la IVe Internationale.
Les menaces contre les ouvriers et les peuples du monde entier soulignent l'importance d'une lutte commune des exploités et des opprimes au-delà des frontières nationales. De même, aucun des problèmes posés aux ouvriers de la RFA et de Berlin-Ouest par le développement capitaliste et la politique bourgeoise n'est sans rapport avec les problèmes internationaux.
La bourgeoisie s'efforce d'obliger les travailleurs d'Allemagne occidentale à accepter leur subordination à « l'intérêt national » qui, en réalité, n'est que l'intérêt lié à l'expansion du capital. La classe ouvrière est poussée à accepter une exploitation accrue dans le but de sauvegarder la capacité concurrentielle de l'économie allemande sur le marché mondial, elle est également poussée à soutenir une politique agressive contre les pays du tiers monde dans le but d'assurer notre approvisionnement en matières premières. Elle est finalement poussée à accepter un surarmement nucléaire et conventionnel délirant, et donc, les préparatifs d'une nouvelle guerre : ce serait prétendument le seul moyen de garantir la survie de la nation.
Toute forme de subordination aux prétendus intérêts nationaux ou généraux ne peut qu'amener à un affaiblissement du mouvement ouvrier et de son potentiel combatif et à un renforcement du pouvoir agressif du capital. Si la classe ouvrière d'un pays particulier accepte les réductions de salaires, les licenciements massifs, l'accélération des cadences pour soutenir l'offensive de « sa bourgeoisie » sur le marché mondial, le résultat en sera la généralisation de cette détérioration des conditions du travail et du niveau de vie dans tous les pays qui luttent sur le marché mondial. La conséquence en sera de nouveaux efforts de la bourgeoisie de chaque pays pour marquer des points sur le marché mondial, une exploitation accrue.
La classe ouvrière de chaque pays ne peut défendre ses intérêts que par la lutte contre sa propre bourgeoisie. Le résultat de cette lutte dépendra, toutefois, dans une très large mesure des succès ou des défaites du mouvement ouvrier dans des autres pays. D'où la nécessité de la solidarité internationale et d'une plus grande collaboration internationale de la classe ouvrière et de ses organisations. En même temps, le soutien aux mouvements anti-impérialistes dans le tiers monde et à tous les efforts visant à affaiblir le potentiel militaire de l'impérialisme est indispensable pour la défense des intérêts vitaux de la classe ouvrière allemande et pour stimuler la lutte contre l'exploitation, l'oppression et la guerre à l'échelle mondiale.
Le renversement de la domination impérialiste par la lutte de la classe ouvrière de chaque pays pour sa libération politique et sociale n'est concevable que si les positions de l'impérialisme sont affaiblies à l'échelle mondiale par la lutte de la classe ouvrière et des peuples opprimés, alors que les forces puissantes de la contre-révolution impérialiste mondiale sont dispersées.
Si nous expliquons ci-dessous nos conceptions sur l'orientation du mouvement ouvrier en Allemagne occidentale et à Berlin-Ouest, c'est en étant conscients de l'interaction et de la nature internationale de la classe ouvrière.
Pour la conquête du pouvoir politique
Pendant la lutte des ouvriers métallurgistes pour les trente-cinq heures sans réduction de salaires, en 1984, le gouvernement CDU-CSU-FDP a agi ouvertement comme briseur de grèves en soutenant les patrons contre les ouvriers et les
UNIFICATIUN DES REVOLUTIONNAIRES ALLEMANDS 119 119 employés. Les travailleurs des chantiers navals et des aciéries se sont heurtés eux aussi, dans leur lutte pour la défense de l'emploi, non seulement aux directions des entreprises, aux grandes banques et plus généralement aux capitalistes, mais également au gouvernement central et aux gouvernements des régions, (Länder). Le refus du gouvernement de maintenir l'emploi en s'opposant aux profits par des nationalisations, va dans le même sens que le financement de la destruction des postes de travail par les impôts. L'installation des Pershing Il a été amorcée au printemps 1984 sans que soit obtenue aucune concession, bien que le mouvement de la paix eût réussi à gagner le soutien d'une nette majorité de la population contre cette installation.
Les « lois spéciales », les discriminations dans l'emploi des fonctionnaires, le maintien de l'article 218 contre l'avortement, la loi réactionnaire contre les ouvriers étrangers, tout cela a été introduit et appliqué par les pouvoirs publics malgré l'opposition de larges secteurs de la population. Le gouvernement n'a pas hésité à recourir à des méthodes répressives en s'en tenant à la devise : « Vous manifestez, nous décidons. »
Dans sa bataille contre le programme nucléaire de Bonn et contre la construction de la piste ouest de l'aéroport de Francfort, le mouvement écologiste a appris par sa propre expérience que le gouvernement federal et les gouvernements des régions préfèrent créer des situations de guerre civile comme à Brokdorf, Grohnde, Gorleben et à l'aéroport de Francfort plutôt que de permettre que des questions comme celle de l'énergie nucléaire, qui est liée aux intérêts économiques des secteurs les plus puissants du capital financier, deviennent des thèmes d'un véritable débat démocratique et de décisions prises par le peuple.
Les expériences du mouvement ouvrier et des autres mouvements progressistes luttant pour des revendications immédiates qui n'étaient absolument pas des revendications fondamentalement anticapitalistes ont démontré que dans une société où tout est subordonné à la loi du profit capitaliste, le pouvoir de l'Etat n'émane pas du peuple. Le système parlementaire bourgeois de l'Allemagne occidentale et de Berlin-Ouest assure au peuple certains droits et certaines libertés, bien qu'avec des restrictions importantes. Mais, en même temps, il est impossible pour la classe ouvrière et la grande majorité de la population d'exercer une influence politique réelle.
Au sein du CDU/CSU et du FDP, les secteurs déterminants de la bourgeoisie donnent le ton par le biais de leurs hommes politiques de confiance et leur pouvoir financier. Cela vaut aussi pour le SPD, même si, dans ce parti, les représentants du grand capital sont moins nombreux que dans le CDU/CSU ou le FDP. Derrière la façade parlementaire, les organisations des employeurs et les intérêts particuliers des grands trusts et des groupes financiers exercent une influence décisive sur la politique du gouvernement et l'adoption des lois, sans, le plus souvent, aucune discussion ou aucun contrôle public.
Au fur et à mesure que les problèmes posés par la crise économique deviennent plus sérieux pour la classe dominante, la marge pour des réformes se réduit et les capitalistes font valoir leurs intérêts d'une façon plus impitoyable. Dans ce contexte, s'esquissent des variantes de la politique bourgeoise, déterminées par des considérations tactiques. Ces variantes vont de l'affrontement ouvert avec les syndicats — combiné avec l'effort de créer un esprit agressif à l'égard du mouvement ouvrier organisé - à la tentative systématique de démonter les droits démocratiques et, surtout dans les grandes entreprises, de diviser les syndicats et d'isoler politiquement les forces les plus combatives en leur sein. Ainsi par exemple, l'offensive des associations patronales et du gouvernement fédéral démocrate-chrétien contre le syndicat de la métallurgie, l'IG-Metall, et le syndicat de l'imprimerie, l'IG-Druck und Papier, dans la bataille de 1984 pour les trente-cinq heures. Cette politique antisyndicale agressive a, d'autre part, obtenu le soutien de secteurs des classes moyennes qui possèdent quelque chose ou croient posséder quelque chose. La lutte des syndicats est présentée à ces secteurs comme nuisible au « bien public », comme l'expression d'intérêts particuliers et comme la cause réelle de la crise économique et du chômage.
L'opposition social-démocrate à cette tendance réactionnaire dure des organisations patronales et du camp conservateur s'exprime surtout par la critique à la «lutte de classes menée par en haut ». Au programme réactionnaire de défense impitoyable des intérêts capitalistes, le SPD n'oppose nullement la revendication d'une politique gouvernementale qui défende les intérêts des ouvriers et des employés, des chômeurs et des pauvres. Qu'il se trouve au gouvernement ou dans l'opposition, le SPD se préoccupe surtout d'être présentable comme parti gouvernemental aux yeux des secteurs capitalistes déterminants. Dans les enjeux attachés à la politique du gouvernement, cela signifie prendre position pour le maintien du système capitaliste et la défense des intérêts impérialistes. Durant les seize années où le SPD a été au gouvernement (1966-1983), cela fut évident notamment à travers le vote favorable aux lois d'exception et antiterroristes, aux décrets contre les extrémistes et à la politique de renforcement de l'OTAN.
Cette aspiration à se faire accepter par les capitalistes comme un parti gouvernemental possible est incompatible avec une prise en charge offensive des revendications des travailleurs. Le SPD oppose plutôt, à la variante conservatrice réactionnaire de la politique gouvernementale bourgeoise, le souhait d'une politique gouvernementale qui sauvegarde « la paix sociale », aussi en temps de crise, par des concessions calculées acceptables par les syndicats, de manière à pouvoir éviter une aggravation des conflits sociaux.
Plus la contradiction entre capital et travail s'accroît objectivement, moins les capitalistes considèrent la « paix sociale » comme leur objectif prioritaire, alors que la contradiction apparait plus clairement entre l'idéologie et la propagande socialdémocrate d'un côté et la réalité de l'autre. De ce fait, l'influence social-démocrate sur le mouvement ouvrier et sur les syndicats devient de plus en plus dangereuse et provoque une désorientation de plus en plus grande. Les attaques des organisations patronales et de la réaction contre le niveau de vie et les acquis sociaux et les droits politiques des travailleurs, de même que contre les positions des syndicats deviennent violentes et agressives. Mais les sociaux-démocrates utilisent leur influence pour empêcher la ciasse ouvrière et les syndicats de lancer la lutte contre le capital et la réaction avec la vigueur et la détermination nécessaires.
Alors que les lois du capitalisme conduisent inévitablement à une aggravation
UNIFICATION DES REVOLUTIONNAIRES ALLEMANDS 121 des conflits sociaux entre le prolétariat et la bourgeoisie, l'orientation socialdémocrate des syndicats pour une collaboration en tant que « partenaires sociaux » avec le capital et les secteurs les plus « raisonnables » de la classe dominante ne peut qu'aboutir à un désarmement des syndicats face aux attaques du capital et de la réaction, à un démantèlement de leur capacité de riposte et à une politique de capitulation.
Prenant appui surtout sur les partis réactionnaires, le capital financier soumet de plus en plus directement l'appareil d'Etat à ses propres intérêts. L'Etat et le gouvernement lancent des attaques plus massives contre la classe ouvrière et les syndicats, contre tous les mouvements progressistes, alors que les sociaux-démocrates ne cessent de revendiquer la neutralité de l'Etat dans les conflits sociaux. Mais cette revendication a-t-elle jamais été autre chose qu'un discours creux ? Au profit de qui les sociaux-démocrates détinrent-ils le pouvoir et dirigèrent-ils la politique du gouvernement durant des années si ce n'est dans l'intérêt du capital ? Si non, comment expliquer que même les syndicats contrôles par les sociauxdémocrates ont dû protester contre la politique de démantèlement des dépenses sociales menée dans la dernière phase du gouvernement Schmidt ? A la suite de l'aggravation des problèmes créés par la crise économique, la classe ouvrière et les syndicats se heurtent de plus en plus au gouvernement et à l'Etat même dans leurs batailles pour des simples revendications économiques, ce qui infirme l'illusion de l'impartialité de classe de l'Etat. Même la lutte pour des améliorations de salaires des ouvriers et des employés devient un problème de rapport de forces politique.
Le discrédit du socialisme comme seule solution à la crise capitaliste a effacé de la conscience de la classe ouvrière l'objectif d'une société socialiste. C'est la raison pour laquelle les socialistes révolutionnaires doivent expliquer, en partant du niveau actuel de conscience et des revendications immédiates de la classe ouvrière, la nécessité d'une solution socialiste et de la conquête du pouvoir. Cette tâche ne peut pas être accomplie par une propagande routinière. Il est nécessaire d'organiser des luttes concrètes pour des revendications qui visent à résoudre réellement les problèmes les plus pressants et se heurtent donc aux limites du système. Des formes d'action qui stimulent les mobilisations les plus larges possibles et imposent vraiment la satisfaction des revendications que nous avons mentionnées plus haut, mettront en question, au moins de manière embryonnaire, le pouvoir économique et politique de la bourgeoisie.
Ainsi, la revendication de la réduction du temps de travail sans perte de salaire, combinée à la lutte pour la défense de tous les emplois et pour une embauche proportionnelle, signifie que le critère de la solidarité est opposé au critère du profit. Le problème du chômage ne sera résolu qu'au moment où le travail disponible sera réparti entre tous les travailleurs et organisé selon les besoins sociaux. Cela n'est pas réalisable sous le capitalisme, notamment en période de crise économique. De même, il y aura également un début de mise en question du pouvoir capitaliste sur les moyens de production si la bataille pour les nationalisations est menée en même temps qu'on mène une bataille pour un droit de contrôle et de veto étendu pour le personnel des entreprises.
Par conséquent, la classe ouvrière ne peut pas, en dernière analyse, mener une lutte efficace pour la défense de ses intérêts économiques et sociaux si elle n'aspire pas en même temps à gagner une influence politique. Le mouvement ouvrier doit se battre également avec détermination contre les forces réactionnaires les plus hostiles à la classe ouvrière et aux syndicats, et notamment contre l'avénement au gouvernement de telles forces. Pour mener a bien cette lutte contre la réaction politique et le danger fasciste, c'est une question de vie ou de mort pour la classe ouvrière de surmonter toutes ses divisions politiques et organisationnelles pour réaliser un front unique. Si le mouvement ouvrier reste passif en ce domaine, et s'il est incapable d'agir, cela encouragera et renforcera justement ceux qui, au sein des classes dominantes, espèrent que des forces conservatrices réactionnaires et même carrément fascistes détruisent le potentiel de résistance syndical démocratique, antimilitariste et social.
La lutte contre l'oppression et la discrimination des femmes est tout aussi indispensable pour l'unité de la classe ouvrière. Plus la classe ouvrière soutient sérieusement cette lutte, et la dirige elle-même, plus la division au sein de la classe ouvrière qui découle de la double oppression des femmes sera surmontée.
L'oppression des femmes ne se limite toutefois pas seulement au fait que celles-ci sont plus mal payées, qu'elles sont licenciées ou qu'elles doivent accepter du travail à temps partiel, ce qui ne leur permet pas d'avoir une existence matérielle indépendante. L'oppression des femmes existe aussi dans le mouvement ouvrier. Elle s'inscrit dans la discrimination quotidienne au sein de la famille, au travail, dans la violence contre les femmes dans le mariage, dans l'oppression sexuelle. L'oppression et la discrimination des femmes est intitutionnalisée. L'oppression des femmes est omniprésente. Elle découle non seulement de l'exploitation capitaliste et de la division des salariés entretenue par les patrons, mais aussi de l'oppression patriarcale.
La conquête du pouvoir politique par le prolétariat n'éliminera pas automatiquement l'oppression des femmes. Dans une société socialiste, des efforts conscients devront être faits pour assurer la participation des femmes, à tous les niveaux et avec les mêmes droits, à la construction de la nouvelle société, avec la possibilité de décider. C'est ce qu'exprime le slogan : « Pas de socialisme sans libération des femmes, pas de libération des femmes sans socialisme ».
Nous sommes pour la construction d'un mouvement autonome des femmes qui lutte contre toutes les formes d'oppression des femmes et s'organise aussi bien dans le mouvement ouvrier qu'en dehors de celui-ci. Seule l'auto-organisation des femmes la plus large, en alliance avec le mouvement ouvrier, pourra garantir, en dernière analyse, la libération des femmes. C'est pourquoi les socialistes révolutionnaires considèrent que le mouvement autonome des femmes est une composante stratégique de la lutte pour le socialisme. Ils sont favorables au maintien de ce mouvement après la conquête du pouvoir par le prolétariat.
Dans la lutte contre la destruction de postes de travail et contre le chômage, contre les réductions de salaires et le démantèlement de la Sécurité sociale, contre le surarmement et la politique de guerre impérialiste, contre le démantèlement des droits démocratiques et la destruction progressive de l'environnement, le mouvement ouvrier a besoin de l'alliance avec les mouvements sociaux, tout comme
UNIFICATION DES REVOLUTIONNAJRES ALLEMANDS 123 ceux-ci ont besoin à leur tour d'une alliance avec le mouvement ouvrier. Les buts fondamentaux de ces mouvements (paix mondiale, arrêt de toutes les formes de l'oppression des femmes) ne pourront être atteints, en dernière analyse, que par une telle alliance. Le mouvement ouvrier doit être conscient que des mouvements sociaux doivent développer leurs propres formes d'organisation et de direction. Il apportent leur contribution indépendante à la lutte contre la crise capitaliste. La lutte indispensable pour gagner une influence politique au niveau de l'Etat et l'aspiration du mouvement ouvrier à un gouvernement qui s'efforce sérieusement de résoudre les problèmes angoissants de la classe ouvrière, se heurtent toutefois à des limites. En effet, le pouvoir politique de la classe capitaliste ne repose pas, en dernière analyse, sur des élections, des majorités parlementaires et des gouvernements soutenus par ces majorités. Dans la société bourgeoise, la classe capitaliste détient le pouvoir politique parce qu'elle est la classe dominante au plan économique. Puisque les capitalistes contrôlent les entreprises, les moyens de production et pratiquement l'ensemble de l'économie, toutes les autres classes et couches sociales dépendent d'eux. Grâce à sa position dominante dans la société, le grand capital exerce une influence décisive sur les secteurs-clés de l'appareil d'Etat, c'est-à-dire sur les sommets de la bureaucratie étatique, sur le système judiciaire, et surtout sur la police et l'armée.
C'est justement ce mécanisme-là qui permet aux secteurs déterminants du capital financier d'agir indépendamment de la majorité parlementaire, dans le but de contrecarrer avec force toute menace sérieuse du prolétariat et des forces populaires progressistes ou même d'utiliser la police et l'armée contre la classe ouvrière et toute résistance dans le cadre de l'état d'urgence.
Mais toute l'expérience historique démontre que l'aspiration de la classe ouvrière au pouvoir politique arrive à un point où le système bourgeois révèle ouvertement sa nature d'instrument de domination du capital et la classe ouvrière et les forces progressives se trouvent face à l'alternative: capituler devant la réaction capitaliste et en accepter les diktats, ou se soulever dans une révolution politique pour renverser par la force la domination bourgeoise et conquerir le pouvoir politique.
Pour la liberté
Get le pouvoir des travailleurs
En accomplissant la révolution politique pour renverser la domination capitaliste, la classe ouvrière, non seulement s'assurera la possibilité d'instaurer un gouvernement qui défende ses intérêts mais, surtout, elle créera les préconditions pour le pouvoir politique en tant que classe et le conservera dans le but de se libérer definitivement de toute oppression politique et d'entamer une transformation de la société qui éliminera le système du travail salarié et toute forme d'exploitation. A cette fin, la classe ouvrière ne peut pas utiliser les institutions de l'Etat bourgeois (gouvernement, Parlement, administration de l'Etat, système judiciaire). Elle doit s'appuyer sur ses propres organisations et sur les formes avancées d'auto-organi- sation des opprimés. Son objectif n'est plus de mener une lutte défensive, mais bien de prendre de plus en plus en charge les tâches qui étaient auparavant accomplies par l'Etat bourgeois, c'est-à-dire par la classe bourgeoise.
A l'étape actuelle de la lutte de classes, on ne peut pas prévoir en répondant à quelles questions politiques et selon quelles formes (à partir des délégués syndicaux ou des délégués d'entreprise ou sous forme de conseils) ces organismes de contre-pouvoir prolétariens pourront se développer. Nous pouvons affirmer que toutes les expériences historiques montrent que de tels organismes de contrepouvoir constitueront les fondements du nouvel Etat ouvrier. Les socialistes révolutionnaires ont pour tâche de promouvoir ces organismes, de se battre pour leur fonctionnement démocratique et leur centralisation, et de gagner en leur sein une majorité permettant la conquête du pouvoir par la classe ouvrière et la destruction de l'appareil d'Etat bourgeois.
Par l'instauration et le maintien du pouvoir démocratique de la classe ouvrière en RFA et à Berlin-Ouest, il sera possible d'opérer un changement radical dans tous les domaines politiques, changements pour lesquels des millions d'hommes se battent déjà maintenant dans les conditions du régime capitaliste.
Un changement social et politique radical se traduira avant tout par les mesures suivantes : - Suppression immédiate du chômage et réalisation du droit au travail par une réduction drastique du temps de travail de la semaine, de l'année et de la vie active sans diminution de salaire et par une politique créant des emplois ; - Création de toutes les conditions politiques et juridiques qui permettent à la classe ouvrière de se libérer de l'exploitation, de supprimer le système du travail salarié et de prendre la direction de toute l'économie nationale dans l'intérêt de la société.
Cela présuppose avant tout l'expropriation des capitalistes et la transformation en propriété commune des entreprises industrielles, des banques, des assurances, des grandes sociétés commerciales et du sol : - Des mesures de politique sociale qui garantissent à tous - y compris les vieux, les malades, et ceux qui ne peuvent pas travailler - la possibilité de vivre d'une manière digne et sans soucis d'ordre économique. - Abolition immediate de toutes les lois qui desavantagent et oppriment les femmes ; interdiction de toute discrimination contre les femmes ; mesures préférentielles pour les femmes et les jeunes filles, dans le but de réaliser l'égalité des femmes dans la formation et dans la vie professionnelle. L'égalité pour les femmes sous le socialisme ne se limite pas à leur insertion dans la production. - Affirmation du droit à l'autodétermination sociale de la jeunesse. Cela implique l'émancipation des jeunes d'une triple dépendance : a). économique ; b). sociale ; c). juridique. Cela signifie en particulier : éducation et formation des enfants et des jeunes à l'autodétermination ; égalité juridique totale pour la jeunesse ; participation aux décisions dans tous les domaines de la société ; mise à disposition de tous les moyens sociaux pour assurer une formation globale et permanente qui soit complète et qualifiée ; garantie de l'Etat d'une vie indépendante des parents et d'un développement de nouvelles formes d'existence ;
UNIFICATION DES REVOLUTIONNAIRES ALLEMANDS 125 125 promotion et développement d'un mouvement de jeunes indépendant. - Reconnaissance du fait que l'Allemagne de l'Ouest est un pays d'immigration et, sur cette base, affirmation de l'égalité complète, sociale et juridique, de tous les étrangers qui recevront la citoyenneté allemande sans devoir renoncer pour aurant à leur citoyenneté d'origine. Lutte contre toutes les formes de xénophobie et de racisme. - Etant donné la progression de la destruction avancée de notre milieu naturel, assainissement général de l'environnement par le moyen d'un programme immédiat de mesures urgentes. - Rupture totale avec la politique de guerre impérialiste et la folie de la course aux armements. Dissolution de la Bundeswehr en tant qu'armée impérialiste et armement du peuple. Elimination de tous les moyens de destruction massive, nucléaires et non nucléaires, en Allemagne occidentale et à Berlin-Ouest, proclamation de tout le territoire federal comme zone dénucléarisée, retrait des troupes des Etats-Unis et des autres pays de l'OTAN, et avant tout, départ du pacte de guerre impérialiste de l'OTAN et proclamation de la neutralité. Tout ceci pour concrétiser non seulement les revendications fondamentales du mouvement de la paix, mais améliorer aussi sensiblement les conditions, en Europe et à l'échelle mondiale, de la lutte contre une troisième guerre impérialiste mondiale.
Le problème du danger croissant de guerre en Allemagne - où se font face les deux blocs agressifs de l'OTAN et du pacte de Varsovie - dominés respectivement par les Etats-Unis et l'Union soviétique, est étroitement lié au problème de la division de la nation allemande en deux Etats allemands et à la question de Berlin-Ouest comme entité politique spécifique. Dans l'intérêt de la classe ouvrière de la RFA et de Berlin-Ouest et de la classe ouvrière de la RDA, le problème de la division de l'Allemagne doit cesser d'être l'occasion de campagnes bellicistes revanchardes. Les mesures immédiates pour une politique de paix prises par un pouvoir des travailleurs doivent inclure la reconnaissance immédiate et inconditionnelle de la République démocratique allemande, la dénonciation du traité de Munich dans sa totalité, et la reconnaissance sans réserves des frontières actuelles en Europe, notamment de la frontière occidentale de la Pologne. - La question nationale allemande ne sera pas résolue pour autant. La question de la réunification de la RFA, de Berlin-Ouest et de la RDA ne pourra jamais être posé dans l'intérêt des travailleurs si elle l'est dans le cadre d'une politique agressive défiant la souveraineté d'Etat de la République démocratique allemande. Cette question se posera d'une façon nouvelle lorsque les ouvriers auront conquis le pouvoir politique en Allemagne occidentale, à Berlin-Ouest et en Allemagne orientale et qu'ils pourront se prononcer pour ou contre la réunification à partir du principe d'autodétermination.
La classe ouvrière ne peut se transformer de classe dominée en classe dominante si elle se contente de remplacer un gouvernement par un autre. Elle ne peut échapper à une nouvelle sujétion politique que si elle détruit de fond en comble l'instrument qui l'oppirme politiquement, c'est-à-dire l'appareil d'Etat bourgeois avec sa bureaucratie hypertrophiée, sa structure hiérarchique et centralisatrice, sa puissante armée permanente, sa police et son appareil judiciaire dont la fonction est d'opprimer la classe ouvrière et la grande majorité du peuple.
La classe ouvrière ne peut pas non plus tolérer qu'après la prise du pouvoir s'établissent des rapports politiques semblables à ceux qui existent aujourd'hui en Allemagne orientale, en Union soviétique et dans les autres pays du pacte de Varsovie, où un appareil d'Etat séparé du peuple et soustrait à son influence contrôle tous les domaines de la vie sociale et fonctionne comme un instrument de pouvoir et d'oppression. Après le renversement du pouvoir bourgeois, elle doit s'assurer que le pouvoir de décision appartienne aux masses travailleuses et ne soit pas à nouveau aux mains d'une petite minorité dominante.
C'est la raison pour laquelle la classe ouvrière ne peut pas renoncer aux droits fondamentaux qui lui assurent la possibilité de lutter pour ses intérêts et ses revendications, contre toute interdiction ou limitation imposée par l'Etat et même, si nécessaire contre l'Etat ouvrier. Au lieu de présenter ces droits comme étant superflus et de les démanteler, comme c'est le cas en RDA et dans les autres pays du pacte de Varsovie, il s'agit, au contraire, après la conquête du pouvoir, d'éliminer toutes les restrictions et les déformations qu'ils subissent du fait des diktats capitalistes dans le cadre de la société bourgeoise, de manière à assurer leur réalisation sans aucune restriction dans l'intérêt de la classe ouvrière. Cela implique la liberté d'opinion, la liberté de la presse, la liberté d'organisation et notamment la liberté d'organisation syndicale, la liberté de réunion et de manifestation, le droit de grève. Sans la réalisation complète de ces droits démocratiques fondamentaux pour les travailleurs, la classe ouvrière ne pourra pas exercer effectivement le pouvoir politique.
Toutefois, le pouvoir des travailleurs ne peut pas se limiter à ces droits démocratiques qui représentent des libertés déjà proclamées par la société bourgeoise. Il est essentiel qu'il accomplisse la tâche fondamentale de transformer les ouvriers et les employés de classe dominé en classe dirigeante. Par conséquent, il faut appliquer le plus possible dans tous les domaines de la société le principe de l'autogestion et de l'autogouvernement.
Il est vrai que l'exercice du pouvoir politique par la classe ouvrière nécessitera dans une certaine mesure une organisation étatique centralisée. Mais, puisque le but de l'Etat n'est plus - comme c'était le cas dans la société bourgeoise - de soumettre la grande majorité de la population à la volonté politique d'une petite minorité d'exploiteurs, la nécessité de décisions et directives centrales, d'une intervention de l'autorité centrale de l'Etat disparaîtra dans beaucoup de domaines car les problèmes qui se poseront pourront être tranchés démocratiquement et résolus dans la pratique par les personnes concernées.
Pour garantir que l'Etat ouvrier exprime effectivement la volonté politique de la classe ouvrière et respecte la volonté des travailleurs, il est nécessaire d'éliminer le parlementarisme bourgeois et sa séparation caractéristique entre pouvoirs législatif, exécutif, et judiciaire et de développer des formes plus évoluées de démocratie, une démocratie directe qui permette aux travailleurs d'exercer leur influence directe sur tous les terrains de l'activité de l'Etat.
Le système parlementaire bourgeois tel qu'il existe en RFA vise justement à neutraliser presque complètement cette influence. La présentation des candidats
UNIFICATION DES REVOLUTIONNAIRES ALLEMANDS 127 aux élections parlementaires est essentiellement le monopole des partis et les électeurs n'y sont pas impliqués. Les élus ne sont pas responsables devant leurs electeurs et ne sont pas obliges de respecter leur volonté.
En fait, ils sont dependants des directions des partis, des trusts et des groupes et intérêts capitalistes par lesquels ils sont payés. Les organes parlementaires n'ont, en dernière analyse, aucune possibilité d'exercer une influence effective sur l'activité du gouvernement. Ils sont dans une large mesure privés de la possibilité de contrôler les gouvernements et les appareils bureaucratiques qui leur sont subordonnés.
Le pouvoir judiciaire qui, par le truchement de la Cour constitutionnelle, intervient largement dans la vie politique, est encore moins contrôlé par le Parlement et, à plus forte raison, par le peuple, le prétendu souverain. Par ailleurs, le système parlementaire de la RFA ne prévoit pas, ou alors dans une mesure insignifiante, des formes de consultation qui lient directement les décisions du gouvernement à la volonté des électeurs (par exemple, des référendums). Ainsi, du fait qu'il exclut la possibilité pour les masses populaires d'exercer une influence sur les organes de l'Etat, le système dans son ensemble assure le contrôle de ces organes par la classe dominante capitaliste, grâce à l'influence financière et politique, que celle-ci exerce sur les gouvernements, sur les couches supérieures de la bureaucratie, sur les directions des partis, etc.
La démocratie directe, qui comporte la suppression du parlementarisme bourgeois, n'implique pas pour autant la totale disparition d'organes représentatifs. La démocratie directe est également opposée aux formes dégénérées du pouvoir pretendument populaires des pays du pacte de Varsovie, qui privent en réalité largement les masses de leurs droits et les mettent sous tutelle. Le contenu de la démocratie directe réside plutôt dans le fait qu'elle garantit la subordination immédiate et totale de tous les organes de l'Etat et de leurs représentants à la volonté des masses exprimée par des élections ou des référendums.
Les travailleurs élisent leurs représentants dans des élections directes à bulletin secret. Les élus sont liés au mandat de leurs électeurs et peuvent être révoqués à tout moment. Pour limiter le danger de carriérisme égoïste, ceux-ci toucheront un salarié correspondant à un salaire ouvrier moyen. Les organes représentatifs ainsi constitués exerceront leurs fonctions législatives ou décisoires ou leurs fonctions gouvernementales de façon à ce que ceux qui rempliront ces fonctions à tous les niveaux de l'Etat ne soient pas responsables uniquement devant les organes d'un niveau supérieur ou se transforment en une bureaucratie échappant au contrôle des travailleurs, mais qu'ils soient liés à la volonté des électeurs. Ainsi, peu à peu, les organes d'autogestion chargés de tâches centrales (politiques, économiques, militaires, sociales) remplaceront les organes étatiques à proprement parler. Les fonctions exercées auparavant par le pouvoir d'Etat seront restituées à la société ; tandis que le pouvoir sur les êtres humains sera remplacé par la gestion des choses. C'est dans ce sens que l'Etat déperira.
La condition de fonctionnaires d'Etat comme couche privilégiée, placée au-dessus du peuple, sera supprimée. Les fonctionnaires, dans la mesure où ils ne seront pas élus, deviendront de simples travailleurs de l'Etat. Les juges et les procureurs seront elus par le peuple, de même que les organes représentatifs. Ils seront responsables devant leurs électeurs, seront révocables à tout moment et seront payés au salaire ouvrier moyen. L'Etat et l'Eglise seront séparés : la liberté de religion sera complètement garantie. Les syndicats seront tout à fait indépendants de l'Etat. La démocratie directe n'est pas une démocratie où les partis ont de fait le monopole de la présentation des candidats aux élections. Pour permettre aux ouvriers de se former une opinion et de choisir, un Etat ouvrier démocratique doit en même temps garantir à tous les partis le droit d'exister et d'agir légalement, à condition qu'ils reconnaissent la légalité socialiste et agissent dans son cadre.
La condition fondamentale de l'existence du pouvoir et de la liberté de la classe ouvrière réside dans la lutte résolue des travailleurs contre les puissances impérialistes, contre la réaction politique et contre toute tentative de reconquête du pouvoir par des éléments capitalistes. Sans la répression de la contre-révolution, sans l'exercice de la dictature du prolétariat contre les forces du capital et de la réacton, le pouvoir ouvrier ne peut pas durer. Il s'agit, au fond, d'une lutte de la majorité écrasante du peuple contre une petite minorité d'anciens exploiteurs et d'autres partisans du régime bourgeois. Par conséquent, cette lutte ne prendra pas, elle non plus, la forme d'actions de police, mais elle sera menée par les masses travailleuses elles-mêmes.
Le pouvoir et la liberté de la classe ouvrière impliquent la reconnaissance du droit à l'autodétermination des femmes et le soutien actif à la lutte des femmes pour l'abolition de la domination sociale des hommes. Cela implique la mise en question de la famille, cette « cellule de base » du vieil ordre social, qui comporte une condition de dépendance des femmes et des enfants. Cela exige la socialisation du travail jusqu'ici gratuit des femmes dans le domaine de la reproduction, c'est-à-dire non seulement la socialisation la plus large possible des travaux ménagers, mais avant tout un statut d'indépendance économique des femmes, des jeunes et des enfants. Même après la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière, des contradictions et des intérêts opposés subsisteront. Leur solution présuppose un important développement de l'activité autonome des masses. Cela implique en particulier un developpement des mouvements comme celui des femmes ou de défense de l'environnement.
Pour une restructuration socialiste de l'économie
Dans un pays aussi riche que la RFA, l'aspiration à une vie confortable, sans préoccupations pour son existence, sans angoisse pour la vieillesse, avec la certitude que l'avenir des enfants sera assuré, pourra être satisfaite. Les crises économiques peuvent être évitées à condition que le développement économique soit orienté vers la satisfaction des besoins sociaux. Dans ce but, il faut toutefois fondamentalement transformer la société. L'économie de « libre marché » capitaliste doit être remplacée par une économie socialiste planifiée.
La cause essentielle des crises économiques capitalistes, avec leurs effets
UNIFICATION DES REVOLUTIONNAIRES ALLEMANDS 129 désastreux pour la classe ouvrière et tous les travailleurs, réside non pas dans la politique économique des différents gouvernements, mais dans le système capitaliste lui-même. La thèse des sociaux-démocrates, selon laquelle les crises capitalistes peuvent être évitées par certaines mesures économiques s'est avérée fausse. Un nouveau chômage frappe des millions de travailleurs en Allemagne occidentale et à Berlin-Ouest justement sous les gouvernements sociaux-démocrates pendant les années soixante-dix. Dans l'économie de « libre marché », les crises économiques sont inévitables, car le but de toute l'activité économique et de la production sociale dans son ensemble n'est pas le bien-être des travailleurs, mais le profit maximum des entreprises privées en concurrence entre elles. Ces intérêts capitalistes privés, qui déterminent le cours de toute l'économie nationale, s'opposent d'une façon insumontable aux aspirations et aux besoins sociaux.
C'est, entre autres, prouvé par l'échec du concept de cogestion (Mitbestimmung) avancé par les syndicats. En effet, il est de toute évidence impossible par une « participation » aux conseils d'administration d'influencer le développement économique de façon à ce que les intérêts des ouvriers et des employés soient respectés de manière égale à ceux du capital. En dépit de toutes les tentatives de réconciliation des intérêts antagonistes et malgré l'affirmation selon laquelle le caractère « social » de l'économie de marché serait enraciné dans les lois et malgré la prétention de transformer l'économie marchande en « économie sociale », nous nous trouvons aujourd'hui dans une situation économique dans laquelle la majorité des habitants des pays pauves est condamnée à la faim et a la misere tandis que la richesse des pays riches est arrachée à ceux qui la produisent.
Les intérêts des travailleurs et de la grande majorité de la population, les besoins et les aspirations sociaux ne peuvent être un facteur décisif que dans une économie où les moyens de production ne sont plus aux mains des propriétaires privés.
Déjà aujourd'hui, en système capitaliste, des conseils d'entreprise et des comités syndicaux demandent la nationalisation des entreprises, notamment dans les secteurs industriels en crise, comme l'acier et la construction navale. Ils la considèrent comme la seule alternative aux solutions de « libre marché » imposées par les groupes capitalistes et les banques qui ont des conséquences catastrophiques sur la force de travail aussi bien que sur les villes et les régions concernées.
Ainsi, un développement économique dans lequel les crises puissent être effectivement evitées, ne sera garanti que si l'économie est libérée des lois de la jungle du marché capitaliste et soumise aux décisions conscientes des êtres humains.
L'expropriation des capitalistes, la nationalisation des moyens de production essentiels et des grandes entreprises économiques et la planification de l'économie sont les preconditions necessaires et les premiers pas pour pouvoir transformer l'économie dans le sens de la satisfaction des besoins sociaux. Mais ces mesures ne créent pas automatiquement des rapports qui éliminent l'exploitation de la classe ouvrière.
Comme le démontre l'évolution de l'Allemagne orientale ou de l'Union soviétique, même dans le cadre d'une industrie largement nationalisée, une petite minorité peut contrôler l'économie et exploiter la classe ouvrière à son avantage. Evidemment, la nationalisation des moyens de production ne sufit pas a garantır que la production sociale soit vraiment aux mains des producteurs. Au contraire, dans ces pays, le pouvoir économique appartient à une couche très minoritaire de fonctionnaires de l'Etat et du parti, qui empêche que la classe ouvrière exerce son influence dans la gestion de l'économie.
Dans les pays du prétendu socialisme réel, les besoins essentiels de la majorité de la population ne sont pas satisfaits, alors qu'une minorité mène une vie luxueuse. Cela n'est pas la conséquence d'une prétendue économie socialiste planifiée, mais plutôt le résultat du fait que, dans ces pays, la planification, dans la mesure où elle existe, est prévue pour satisfaire les intérêts de ceux qui dominent et non à ceux de la classe ouvrière. Elle est réalisée bureaucratiquement par en haut, les ouvriers sont exclus de toute participation et leurs besoins réels sont ignorés. Cette situation exprime le fait que, à côté d'éléments d'économie planifiée, se renforcent des traits d'une économie de marché (tendances à la reprivatisation, orientation de la gestion des entreprises vers le profit, brèches dans le monopole d'Etat du commerce extérieur, dépendance du Fonds monétaire international). Contrairement à ce qu'affirme la propagande bourgeoise, un renforcement ultérieur de ces éléments d'économie de marché aux dépens de la propriété et de la planfication étatiques ne pourra ni améliorer les conditions de vie des travailleurs ni permettre à la classe ouvrière de trouver une voie pour sortir d'une situation où elle est privée de tout droit. Par conséquent, les socialistes révolutionnaires sont opposés à de telles mesures.
L'évolution et l'état actuel des systèmes économiques en Europe orientale confirment la conception marxiste selon laquelle une véritable économie socialiste planifiée ne peut être réalisée qu'à condition que l'expropriation des capitalistes et les nationalisations soient accompagnées par le transfert effectif à la classe ouvrière de l'économie toute entière. Grâce à son niveau technique élevé, la classe ouvriere de la RFA et de Berlin-Ouest est parfaitement capable de gérer l'économie, par exemple par l'intermédiaire des syndicats ou par des structures qui s'appuient sur les conseils d'usine et, en tout cas, par le moyen des formes d'organisation auxquelles puissent participer les masses les plus larges d'ouvriers et d'employés et qui soient placées sous leur contrôle démocratique. Ce qui ne peut pas être accompli par la cogestion en régime capitaliste, c'est-à-dire la possibilité effective pour les ouvriers et les employés d'influencer les décisions essentielles, peut être complètement réalisé dans le socialisme. La classe ouvrière est en mesure de garantir une production et une distribution efficaces sans avoir recours à des managers capitalistes ou à des institutions de l'Etat. Si le pouvoir économique demeure ainsi aux mains de la classe ouvrière, c'est également une condition décisive pour lui assurer le pouvoir politique.
Le plan économique est avant tout le résultat d'une formation démocratique des opinions et de décision démocratique. Mais, bien entendu, cela ne signifie pas que les travailleurs, les collectifs de travail et le personnel ne discutent que du rendement de la production. Le plus important, au cours de la discussion, ce sont les décisions qui devront être prises concernant les alternatives fondamentales de
UNIFICATION DES REVOLUTIONNAIRES ALLEMANDS 131 développement économque et des éléments-clés du plan, par exemple, ses effets sur l'environnement.
La gestion démocratique de l'économie par la classe ouvrière présuppose évidemment que le système de commandement autoritaire propre à l'entreprise capitaliste soit supprimé. Cela implique au moins une direction collective de l'entreprise, une direction d'entreprise ratifiée par le personnel, révocable par celui-ci et responsable devant lui. Les organes représentatifs des travailleurs auront le droit de participer aux décision, de même qu'un droit de contrôle et de veto dans tous les domaines. La direction d'une entreprise ne pourra ni licencier ni punir des ouvriers. Tous les problèmes relatifs à la discipline de travail seront traités exclusivement par les travailleurs et leurs organes représentatifs.
La libération de classe ouvrière de l'oppression qu'elle subit dans le processus de production capitaliste actuel exige également que le travail lui-même perde son caractère asservissant. Dans ce but, il faut démanteler au plus vite les formes capitalistes d'organisation du travail, qui visent à imposer sans pitié la plus grande exploitation possible de la force de travail, comme le travail à la chaîne, le travail aux pièces et le travail réduit à des actes purement répétitifs.
Ainsi, afin que le travail ne soit plus considéré par tous comme une contrainte inévitable pour assurer son existence, mais aussi comme un moyen de développer les capacités créatrices et la personnalité de chacun, il faut que disparaisse graduellement la division rigide de la société actuelle, qui libère une minorité de gens du travail manuel, mais oblige la majorité d'entre eux à ce type de travail. Avec le dépassement de la contradiction entre travail manuel et travail intellectuel, le travail perdra tout son caractère asservissant.
Pour une société sans classes
Le socialisme n'est pas un système social rigide et n'a pas pour finalité de conserver des rapports politiques, économiques et sociaux une fois que ceux-ci seront établis. Au contraire, s'il ne veut pas finir par produire un nouveau système d'exploitation et d'oppression de la classe ouvrière, le socialisme ne peut être qu'une société en évolution révolutionnaire ininterrompue. La lutte de la classe ouvrière ne s'achèvera que lorsque cette classe aura cessé d'exister et qu'une société sans classes sera devenue une réalité.
Avec la fin de la société divisée en classes, la nécessité de mesures coercitives d'Etat disparaîtra definitivement. Dans une société communiste sans classes, l'Etat va dépérir complètement. Tous les problèmes de rapports sociaux seront réglés par la société elle-même. Avec la suppression des classes, avec la disparition de tous les éléments rendant possible l'exploitation et l'oppression des êtres humains, commencera l'époque dans laquelle tous les êtres humains pourront vivre libres de toute contrainte et le libre épanouissement de la personnalité de chacun cessera de se heurter aux limitations imposées par la société, mais deviendra au contraire la force motrice du développement ultérieur de l'humanité.