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La revue › n° 20

Les syndicats allemands face aux nouvelles technologies (interview)

Ulrich Briefs · Quatrième Internationale, n° 20 · mai 1986 · p. 79-87 · 4 201 mots

Allemagne Syndicats et mouvement ouvrier Écologie et climat

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Les syndicats allemands face aux nouvelles technologies L'interview qui suit a été publiée dans l'organe des marxistes révolutionnaires allemands Was tun (Numéro du 21 novembre 1985). Ulrich Briefs est l'un des militants syndicaux qui, au printemps 1985, figuraient en tête de liste des Verts pour les élections au parlement régional de Düsseldorf. Il est emplové à l'Institut des sciences économiques et sociales (WSI) du DGB.

Peter Bartelheimer et Werner Hülsberg ont discuté avec lui en octobre

1985: des contradictions et problèmes de la politique technologique des syndicats, de la nouvelle étude de sociologie industrielle par Horst Kern et

Michael Schumann, de l'écosocialisme et des élections au Bundestag en 1987. Was Tun (WT) - Durant ces dernières années, dans toute une série de syndicats, surtout dans les syndicats des métallurgistes (IG-Metall) et de l'imprimerie (IG-Druck und Papier), l'acceptation sans réserve du « progrès technique » a laisse de plus en plus la place à un refus de l'application capitaliste de la technique. Dans le programme de base du DGB (la centrale syndicale allemande) de 1981, on pouvait encore lire : « Les syndicats approuvent le développemennt technique en tant que facteur essentiel de l'élévation du niveau de vie et d'allégement du travail humain. » Par contre, le nouveau programme d'action « Travail et technique » constate : « Ce ne sont pas les machines, mais le système des "propriétaires des machines" — à savoir les rapports de propriété et le pouvoir exclusif de disposer du développement, de la mise en place, de l'utilisation et de l'organisation des machines et de la technique - qui est la cause de l'insécurité sociale ainsi que des conséquences de la restructuration négatives pour les salariés et la société tout entière. Ce n'est pas le robot industriel qui detruit les emplois, mais l'entrepreneur qui l'applique à cette fin. » Jusqu'à quel point la politique des syndicats en matière de technologie est-elle alternative ? Ulrich Briefs (U. B.) - Notre attitude envers les nouvelles technologies relance toute une série de débats qui existaient déjà auparavant; le débat autour du consensus social, de la réduction du temps de travail, de la participation à la gestion des entreprises. Et justement dans le débat autour des nouvelles technologies, on a assisté à la mise en cause du consensus social au moins dans de larges secteurs du mouvement syndical. « L'affrontement avec les nouvelles technologies a fait en sorte que les syndicats changent leur attitude naïve à l'égard du progrès. » Malgré toutes les critiques que l'on peut faire, il faut reconnaître que déjà dans les années soixante, quand régnait encore le « plein emploi », les syndicats avaient pressenti que cela pouvait bien changer, par exemple lors de la conference sur l'automation de l'IG-Metall. Cependant, la discussion ne serait pas aussi vive aujourd'hui si la situation sur le marché du travail ne s'était pas tellement détériorée au milieu des années soixante-dix.

Les controverses concernant un grand nombre de nouvelles technologies dans les entreprises, dont la mise en place ne fait que commencer, ont fait en sorte que les syndicats ouest-allemands changent fondamentalement leur attitude, traditionnellement « naïve » à l'égard du progrès technique. On ne dit plus que le « progrès technique » en soi est positif, qu'il est neutre et apporte des augmentations de productivité, et que nous, les syndicats, allons faire le nécessaire pour que les salaires et les prestations sociales soient justes, que nous allons intervenir par-ci, par-là pour la réduction du temps de travail ou pour de légères améliorations des conditions de travail, et voilà tout. C'est ainsi que lors du congrès national du DGB, en 1982, la direction a été contrainte par une motion de s'engager à refuser catégoriquement l'application du système de renseignement informatisé. Ce vote constitue une intervention concrète dans le développement technologique en cours et elle a comme but d'empêcher ce développement et non pas seulement son utilisation. Le OTV (Syndicat des transports et services publics), dont on ne peut vraiment pas dire qu'il soit une organisation révolutionnaire, avait déja pris la décision, lors de son congrès de 1980. d'empêcher la mise en place de nouveaux systèmes de renseignement informatisé ainsi que d'abolir ceux qui existaient déjà.

Ainsi, de nouveaux conflits se sont produits non seulement dans les entrepri-

NOUVELLES TECHNOLOGIES 81 ses, mais aussi à propos de la politique à suivre dans les conventions collectives. Les répercussions des nouvelles technologies ont deja été l'objet, en 1978, de grèves lancées par l'IG-Metall et l'IG-Drucke und Papier'. Elles étaient à l'origine de la revendication des trente-cinq heures. En 1984, pendant la grève pour les trente-cinq heures, au-delà de quelques dirigeants, les travailleurs et travailleuses dans les entreprises avaient aussi conscience que dans les conditions sociales dominantes, les nouvelles technologies non seulement suppriment du temps de travail socialement nécessaire, mais aussi qu'elles détruisent des emplois à un degré beaucoup plus élevé que ce n'était le cas jusqu'à présent. Là où l'IG-Metall organisait des stands d'information pour les grévistes devant les portes des entreprises, le sujet central était souvent les nouvelles technologies (par exemple chez Opel à Rüsselsheim). Dans les meetings qui préparaient la grève, on sentait que les travailleurs et les travailleuses étaient pleins d'appréhension face aux dangers liés aux nouvelles technologies.

Aujourd'hui, la conscience est là qu'il faut désormais intervenir dans leur développement et leur planification. Savoir si l'on en tire toujours les conséquences correctes ou s'il existe des réponses dans le cadre du consensus social, c'est une autre question. Il est évident que pour la micro-informatique et les technologies modernes, développement et application dans l'entreprise sont interdépendants. Le système de banque de données au niveau des entreprises par exemple n'a pas été introduit de l'extérieur, mais il s'est développé laborieusement dans chaque entreprise selon des conditions particulières. Pour cette raison, certaines idées sur la cogestion dans les entreprises ont beaucoup changé. Cogestion signifie de moins en moins réalisation d'accords noir sur blanc. Il s'agit de constituer des commissions paritaires ou d'affirmer le principe d'une participation permanente?

, comme cela a été le cas chez Opel. Le changement s'exprime aujourd'hui au mieux par la formule : abandonner la politique du « oui, mais » pour une politique du « non, à moins que ».

UN TOURNANT DES SYNDICATS WT - La dernière conférence du DGB sur la politique technologique qui a inauguré à Bonn les actions d'automne semble avoir marqué un tournant. Welt der Arbeit (le Monde du travail) a écrit que le DGB veut « s'occuper avec optimisme de la technologie » en ayant pour but que les comités d'entreprise et les délégués du personnel « participent à l'application de la technique ». S'agit-il d'un début de retour en arriere ? U. B. - Il y a des secteurs dans les syndicats qui veulent ignorer les conflits. Il faut voir les choses comme elles sont : premierement, les dirigeants locaux ne veulent rien entendre à propos des nouvelles technologies, car ils n'y comprennent pas grand chose. Ils sont surchargés - quelquefois aussi par des mandats municipaux en tant que sociaux-démocrates - et débordés. Et, deuxièmement, ils hésitent à se lancer dans un nouveau genre de conflits industriels puisqu'en même temps ils ont plein d'autres problèmes à affronter comme des fermetures d'entreprises, des procès aux prud'hommes et ainsi de suite. Les syndicats et en particulier le DGB (puisqu'il s'agit d'un processus touchant tous les secteurs professionnels) ont négligé de mettre en place à temps des structures de concertation sur des questions dont les secrétaires n'avaient encore aucune notion.

Mais cela ne suffit certainement pas à expliquer le « tournant de la politique technologique » qui était annoncé à la conférence de Bonn. Ce tournant a pris la forme d'une double position critique : d'un cote contre la politique technologique de l'industrie, naïve et optimiste, et de l'autre, contre le catastrophisme de la mouvance alternative. Cela n'avait jamais été le cas dans les syndicats auparavant. WT - Tout cela indique que le tournant annoncé a des bases politiques. U. B. - Aujourd'hui, dans les syndicats, il y a un conflit entre la position qui semble être représentée par Hermann Rappe du IG-Chemie - une politique en faveur des salariés ayant un emploi - et l'ancienne position selon laquelle nous devons représenter les intérêts de tous les salariés y compris de ceux sans emploi ; ce qui implique aussi que nous devons agir pour que ces intérêts s'imposent dans les esprits.

La direction nationale du DGB des employés a une position de faiblesse face aux syndicats de branche. Ce sont eux qui font la musique, mais avec des partitions très differentes. Ce fait nous a déjà affaiblis lors de la lutte pour la réduction du temps de travail. Aussi, dans le domaine de la politique technologique, le DGB cède aujourd'hui à la pression la plus forte. Cette pression est actuellement exercée par l'IG-Chemie et quelques autres syndicats de branche qui proposent des solutions selon leur propre vision, allant de la politique syndicale la plus corporatiste jusqu'à la grande coalition. La conférence sur la politique technologique a été complètement marquée par cette attitude. D'une part, les permanents étaient surreprésentés et les militants particulièrement sous-représentés et, d'autre part, l'IG-Metall et l'IG-Druck und Papier ne se sont pas donné les moyens d'exercer une pression suffisante. Leurs positions sont restées complètement à l'arrière-plan.

Au fond, il faut comprendre cette conférence sur la politique technologique comme une tentative d'entraîner les syndicats dans le sillon de la « politique de modernisation écologique » du SPD, y compris en vie des élections au Bundestag en 1987. Le projet de la social-démocratie, c'est la modernisation. Pour cela, il faut de l'ordre et du calme. Cela a été dit ouvertement par le représentant d'un comité d'entreprise de l'industrie automobile : « Nous devons rechercher la coalition avec la fraction moderniste du patronat. » Et à cette fin, il faut battre les forces qui cherchent le conflit et qui existent aujourd'hui dans beaucoup de comités d'entreprise et parmi de nombreux délégués du personnel. WT - L'étude de sociologie industrielle par Horst Kern et Michael Schumann' dont on discute beaucoup depuis un an, constate que dans les entreprises les plus informatisées il n'y aura pas seulement des victimes de la rationalisation, mais qu'il y aura aussi des gagnants parmi les salariés. On peut en tirer deux conclusions différentes : soit les syndicats doivent opposer des réponses globales à ces ten-

NOUVELLES TECHNOLOGIES 83 dances de division, soit ils doivent essayer de s'assurer une base réduite mais stable parmi les « gagnants ». Est-ce que cette étude peut être exploitée par des groupes qui ont intérêt à ce que les forces cherchant le conflit soit battues ? U. B. - Je pense et j'espère que nous ne ferons pas une politique uniquement pour la minorité, à savoir une politique pour ceux qui sont les gagnants de la rationalisation et qui l'acceptent. Kern et Schumann eux-mêmes voient maintenant que leurs thèses suscitent plein de problèmes, en particulier dans un contexte où des nouvelles conceptions de la production pourraient démanteler le système de division du travail et conduire à une requalification (reprofessionalisation) dans le processus de production. Il ne faut pas oublier que leur étude ne fait de prévisions que pour les dix prochaines années.

Mais nous entrons dans une phase de bouleversement à long terme du monde du travail et parallèlement dans une crise à long terme qui, par beaucoup d'aspects, est comparable à celle des années vingt et trente. Donc, les réponses de fond doivent aussi porter sur une longue période. Même dans dix ans, la mise en place des nouvelles technologies ne sera réalisée que très partiellement. Ce qui est caractéristique de ces techniques, c'est qu'elles se développent dans un processus de longue haleine à l'intérieur de chaque entreprise. Pour cette raison, dans cette phase d'introduction de nouvelles technologies, l'industrie a besoin d'une force de travail qualifiée et d'autre part d'un climat calme dans les entreprises pour pouvoir résoudre les problèmes organisationnels initiaux qui sont énormes. Et les gains de productivité ne se manifestent pas tout de suite.

La perspective à long terme par contre est tout à fait différente. Tout d'abord, on atteindra une augmentation de productivité beaucoup plus élevée que jusqu'a présent. Cependant, cette fois-ci, la reduction du temps de travail socialement nécessaire n'ira pas de pair avec un accroissement de la masse des valeurs d'usage comme ce fut le cas lors des précédentes mutations technologiques. Dans les conditions existantes, cela signifiera des suppressions d'emplois massives, ce que Kern et Schumann ne contestent d'ailleurs pas. Ensuite, cela conduira à une déqualification massive. On développera des systèmes techniques qui réaliseront des processus de travail (en particulier l'informatique) jusqu'à présent accomplis par une force de travail qualifiée. Pour finir, au cours de ce développement, les ouvriers « qualifiés » aussi seront soumis à des tensions accrues, à des contrôles et à une surveillance renforcée. La technique des ordinateurs offre la possibilité de traiter une énorme quantité de données à tous les stades du processus de travail. L'investissement accéléré de capital et l'augmentation des charges fixes par rapport aux charges variables - par exemple dans les services qui jusqu'à présent n'étaient pas télématisés et où on travaille maintenant sur ordinateur - déterminent la nécessité économique de supprimer des emplois. Dans ce contexte, il fait voir d'un œil plus critique la théorie de la division entre personnel stable et personnel fluctuant, et la division sociale entre « salariés priviligiées » et « marginaux ». En effet, le danger des nouvelles technologies menacera également et de plus en plus les « salariés privilégiés ». Dans la phase initiale, les entreprises ont encore besoin d'eux. Lorsque, par exemple, on introduit un complexe informatique pour moderniser les machines-outils traditionnelles, on a besoin d'ouvriers qualifiés pour corriger des fautes de programme éventuelles. Mais, à long terme, les nouvelles technologies entraînent aussi une attaque massive contre les ouvriers qualifiés. Il faut poser la question : la surveillance des commandes d'un secteur de production est-elle vraiment une nouvelle activité dans le sens indiqué par Marx lorsqu'il parle d'un être humain et riche de potentialités et enrichi par les rapports sociaux ? Lorsque les sociaux-démocrates mettent en garde contre la société à deux tiers, ils décrivent en rose ce qui nous attend.

LA CONTRAINTE DU MARCHE EXTERIEUR

WT - Mais il reste une difficulté qui, étant donné le degré de conscience actuel, n'a pas de solution, la contrainte du marché extérieur. Les secteurs critiques du mouvement syndical ne sont-ils pas effrayés par leur propre audace ? Car là les techniques alternatives se heurtent aux limites de l'économie de marché. En dernière instance, l'alternative ne se pose-t-elle pas comme suit : soit la restructuration capitaliste, soit un autre système social ? U. B. - La grande carence du débat politico-syndical est de ne pas prendre ce fait en considération. Le dilemme est que tout ce qu'on peut faire à l'intérieur de l'ordre économique donné est faux. Si l'on rationnalise et modernise (peu importe qu'il y ait des fioritures écologiques ou non), les contradictions économiques internes ainsi que le chômage massif seront inéluctablement aggravés. Si l'on ne rationalise pas, alors existe le danger qu'en raison de la perte de marchés extérieurs, d'autres crises apparaissent à plus ou moins longue échéance ; là aussi le résultat serait un chômage accru. Le thème central de la politique syndicale est et reste la politique économique, et ce qui surprend curieusement, c'est qu'elle est restée marquée par la logique du marché pendant de longues années. Ni les syndicats ni le SPD ne saisissent ce dilemme. Les seuls qui le comprennent un tout petit peu sont les Verts, et encore pas tous. Et la seule réponse que l'on peut avancer est de développer la perspective du retrait du marché mondial anarchique. Le debat sur cette question ne fait que commencer. Pour le stimuler dans les syndicats, je fais toujours référence à des revendications fondamentales telle que la planification sociale, le contrôle des investissements et la socialisation. Jusqu'à présent, tout cela est resté encore très superficiel, mais aujourd'hui on peut déjà aborder ce thème partout, même si c'est avec des concepts différents. Les militants et délégués syndicaux sentent aussi qu'au niveau international, par exemple dans la Communauté européenne, il existe une politique pour la recherche industrielle et technologique beaucoup plus avancée, et ils se demandent : est-ce qu'on peut résoudre la question sans action à l'échelle internationale ? Cependant, il faut dire qu'il n'y a actuellement rien de plus minable que les structures syndicales internationales officielles. WT - Est-ce qu'on peut réduire ces débats qui posent le problème d'une nouvelle utopie sociale à la discussion autour de ce qu'on appelle l'écosocialisme ?

NOUVELLES TECHNOLOGIES 85 U. B. - Les écosocialistes ne sont certainement pas un courant, mais englobent tout une fourchette de positions différentes. Je vois de réelles possibilités de développer une utopie sociale.

Premièrement, il fait une réduction radicale du temps de travail. Nous devons dire aux gens : soit vous devenez chômeurs, puisqu'un/une salarié(e) sur deux en Allemagne fédérale a déjà été au chômage pendant les cinq dernières années ; soit (si vous avez de la chance et trouvez un travail) vous serez de plus en plus exploités et foutus à cinquante-cinq ou cinquante-huit ans.

Deuxièmement, il faut des modifications qualitatives décisives dans les conditions de travail. Car il y aura peut-être ici ou là des usines où il n'y aura plus de force de travail humaine, mais il n'y aura pas d'unités de production fermées ou des robots construiront des robots. Donc, le travail social sera toujours nécessaire et dans le domaine de la production nous n'aurons jamais de pays de cocagne. Le travail impliquera toujours des contraintes, et même si nous introduisons les nouvelles technologies pour réduire le travail de tous, nous en payerons toujours le prix. Par exemple, le travail dans un environnement informatisé sera plus intense. Nous devrons tout simplement bien nous adapter à ce fonctionnement Donc nous devons aussi nous ménager d'autres opportunités qui nous permettent de tirer parti et de développer dans l'entreprise nos facultés humaines. Le but n'est pas seulement une modification des rapports de propriété, mais une démocratisation radicale du fonctionnement de l'entreprise, et en particulier de la direction de l'entreprise. Il s'agit donc d'« exproprier » tout un systeme avec toutes ses structures judiciaires et culturelles. Si nous voulons avoir une démocratie dans les entreprises, il nous faut décentraliser. Les entreprises décentralisées cependant ne pourront pas orienter leur production dans le cadre anarchique du marché mondial. Ce dont elles auront besoin, c'est de rapports transparents entre fournisseurs et acheteurs.

La quantité accrue de temps dégagé par la réduction du temps de travail doit être utilisée pour permettre des pauses de récupération (nécessaires en raison de la tension du travail) et pour créer des possibilités de formation continue dans l'entreprise. Le projet des Verts d'une nouvelle organisation du temps de travail qui prévoit une heure hebdomadaire pour des groupes de travail dans l'entreprise va dans ce sens. Si dans les années quatre-vingt dix, nous avons la semaine des 25 ou 30 heures, pourquoi ne pourrions-nous pas consacrer quelques heures hebdomadaires à la démocratie dans les rapports de production, c'est-à-dire introduire le contrôle et la participation permanente des travailleurs ? Il va sans dire que de tels bouleversements, qui touchent au cœur des structures de pouvoir dans les entreprises rencontreraient une résistance beaucoup plus forte que la politique « traditionnelle » de réduction du temps de travail.

Troisièmement, contrôler les techniques signifie soutenir certaines évolutions et en freiner d'autres. Cela demande aussi une modification radicale des rapports internes à l'entreprise pour créer d'autres complexes de production, pour « déhiérarchiser » les structures organisationnelles et pour detruire les trusts.

Quatrièmement, il faut créer des emplois alternatifs : par une production alternative, la recherche d'un projet alternatif, des subventions d'Etat pour un programme de restructuration écologique, comme nous l'avons par exemple deja proposé en Rhénanie du Nord-Westphalie.

Cinquièmement, il est inévitable de poser la question des rapports de propriété dans la société. Cette question ne vient pas au début, mais au terme de toute une chaîne de réflexions sur ce qu'on doit faire pour approcher une utopie aussi concrète et réelle. WT - Pourquoi les Verts ne sont-ils pas aujourd'hui à l'offensive envers le SPD sur le plan politique et programmatique ? Pourquoi les forces écosocialistes ne tentent-elles pas, au moins, d'opposer ces positions à la production idéologique, par exemple, de Peter Glotz ? U. B-Il y a une certaine paralysie chez les Verts en ce qui concerne les contributions au développement politique et social ultérieur. J'espère que nous dépasserons bientôt ce stade. Il y a matière à controverse. Johannes Berger, avec qui, avant les élections régionales, j'ai eu un débat contradictoire sur la politique économique" dans le Tageszeitung, pense que le libéralisme est le grand domaine inexploré des Verts. Il ne tient pas compte des contraintes du système économique inhérentes au système du libre marché. Avec le projet d'une coopération sans problème des forces libertaires et libérales ainsi qu'avec le projet réformiste classique de l'aile des Réalos (l'aile dite « réaliste » des Verts), nous courons le risque d'un échec parlementaire des Verts.

Ce qui est caractéristique du courant écosocialiste, c'est qu'il prend comme point de départ le monde du travail et la masse des salariés pour développer un programme de modifications qualitatives dans tous les domaines de la vie. Si des questions fondamentales sont sacrifiées à des considérations électoralistes ou de tactique de coalition, comme le font les Réalos, nous échouerons en 1987 lors des élections au Bundestag. Nous devons tout d'abord faire front commun contre toutes les tendances conservatrices et néo-conservatrices. D'autre part, face au SPD, nous devons affirmer par des arguments de fond que sans nous il n'y aura pas de changements. Ce ne sera pas difficile, car sur le fond le SPD n'a plus rien à dire. WT - Willi Hoss a brièvement expliqué que les Verts ne devraient plus fermer les yeux devant la possibilité d'un gouvernement social-démocrate par peur d'être utilisés par le SPD. Par là il suggère aussi d'accentuer le processus de différenciation à l'intérieur du SPD. Selon toi, que doivent faire les Verts après 1987? U. B - Ce que nous devons réaliser jusqu'en 1987, c'est une conception de développement social qui vise à des changements fondamentaux et qui fixe en même temps une ligne de conduite pour des situations immédiates. Il est impossible de déterminer par avance la voie par laquelle on peut faire pression sur le SPD pour qu'il s'engage dans des changements écologiques et sociaux vraiment essentiels. Pour les Verts, je proposerais une fonction de contrôle: à savoir, nous

NOUVELLES TECHNOLOGIES 87 tolérerons un gouvernement social-démocrate, nous coopérerons avec le SPD ; cela dépend de la situation concrète. Je pense qu'il serait dangereux de refaire ce qui s'est déjà fait en Hesse, d'autant plus qu'on a complètement sacrifié des positions de fond. Je suis pour formuler des revendications de fond très fermes comme en Rhénanie du Nord-Westphalie pour ensuite marquer des points. Nous n'avons pas cherché à être au Parlement pour imposer des changements de fond à l'Etat bourgeois, mais pour avoir une tribune politique; par exemple pour participer à des occupations d'usine en tant que parlementaires. Sur une chose au moins, il devrait y avoir un accord à l'intérieur de la gauche: si les Verts disparaissent, il n'y aura plus d'opposition parlementaire dans les dix prochaines années. En 1987, les Verts doivent obtenir plus de 5%, car le SPD tout seul ne peut rien contre les forces de droite, et la politique du SPD qui consiste en des modernisations capitalistes ne peut que conduire à une aggravation des contradictions sociales. WT - Que se passe-t-il lorsque tu dis dans une réunion syndicale que tu fais partie des Verts ? U. B. - Ça dépend. Ces dernières semaines, j'ai sans arrêt vendu le journal central des Verts lors des actions d'automne du DGB et cela avait un écho très favorable. Il existe une certaine « mouvance de sympathie » des Verts dans les syndicats qui est assez large. Presqu'à chaque cours de formation, à chaque conférence, très souvent dans des entreprises et comités d'entreprise, je rencontre des collègues qui soutiennent les Verts, même parmi les permanents et ceux qu'on appelle les « socialistes traditionnels ». Ils cherchent simplement une opposition coherente. D'autre part, il y a toujours des tentatives de marginalisation. A cela j'oppose toujours que nous sommes un syndicat unitaire. Notes

1. Le but de l'IG-Metall au Baden-Würtemberg était le maintien du niveau des salaires. Franz Steinkühler a calculé que dans la région de Stuttgart sans le maintien des salaires obtenu par la grève, près de 40 % des métallurgistes auraient perdu jusqu'à 25 % de leur salaire net. Le but de l'IG-Druck und Papier était le maintien du statut ouvrier qualifié lors de l'introduction des systèmes de composition électronique.

2. Des droits de participation valables pendant toute la durée d'application des techniques nouvelles (contrairement à la participation limitée à la prise de décision).

3. Horst Kern et Michael Schumann : Das Ende der Arbeitsteilung ? Rationalisierung un der industriellen Produktion (la Fin de la division du travail ? Rationalisation dans la production industrielle). München (Beck), 1984.

4. Die Tageszeitung, 19 mars 1985.

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