Documents de la IVe Internationale

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La revue › 3e série n° 12

Un bilan de la guerre civile

Joaquín Villalobos · Quatrième Internationale, 3e série n° 12 · décembre 1983 · p. 25-47 · 12 718 mots

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L'analyse qui suit fut présentée au cours du mois de septembre 1983 par le Commandant Joaquin Villalobos, dirigeant de l'ERP (Ejercito revoluciónario del pueblo, Armée révolutionnaire du peuple). Elle est le résultat de réunions réalisées par le Etat Major de l'ERP au mois de juillet 1983, dans le département de Morazan et auxquelles ont participé les commandants Jorge Melendez, Mercedes del Carmen Letona, Ana Sonia Medina, Juan Ramon Medrano, Claudio Rabindranath, Armeyo, Ana Guadalupe Martinez et Joaquin Villalobos.

I. POURQUOI Y A-T-IL UNE

GUERRE AU SALVADOR ?

Pour pouvoir comprendre quel est l'état actuel de la guerre, nous devons être capables de répondre aux six grandes questions qui synthétisent les problèmes centraux de l'actuelle conjoncture historique. Ces six grandes questions sont les suivantes : - Pourquoi y a-t-il une guerre au Salvador ? - Qui est en train de gagner la guerre ? - Pourquoi le FMLN fait-il des sabotages ? - Les élections sont-elles une solution à la guerre ? - Une intervention peut-elle mettre en déroute le FMLN ? - Pourquoi le FMLN lutte-t-il ? Les réponses à chacune de ces questions permettront d'entrevoir les dimensions présentes et futures que peut prendre la guerre, les perspectives de victoire qu'a le FMLN et le cadre réel et objectif dans lequel peut se situer une possible solution politique au conflit. Nous allons, donc, rappeller à l'actuel gouvernement et à l'Administration nordaméricaine : pourquoi y a-t-il une guerre au Salvador ? Le gouvernement et l'armée salvadorienne tout comme . l'actuel gouvernement des USA, soutiennent que la guerre qui se déroule dans notre pays est imposée depuis l'extérieur par l'Union Soviétique, Cuba et le Nicaragua.

Cependant la guerre au Salvador n'a ni été le résultat d'une invasion, ni de rien de semblable. La guerre au Salvador n'a pas surgi tout d'un coup dans notre histoire.

Notre pays a pendant des années et des années été gouverné par des militaires qui obéissaient aux intérêts de familles au poids économique dominant. Chacun de ces gouvernements a répondu à des intérêts contraires à ceux de la majorité, et jamais les problèmes économiques et sociaux du peuple n'ont été pris en compte. La malnutrition, l'analphabétisme, le manque d'attention envers la santé populaire et le manque de travail ont été des maux endémiques considérés comme impossibles à résoudre. Ceci d'autant plus que toute solution aurait nécessairement affecté les intérêts des groupes économiques qui détenaient le pouvoir. Cette situation devait inévitablement déterminer les processus de mécontentement qui se sont exprimés de différentes façons : de l'insurrection de 1932 où plus de 30 000 paysans furent massacrés par le gouvernement du Général Maximiliano Hernandez Martinez, jusqu'aux processus électoraux, aux conspirations d'inspiration patriotique, aux grèves ouvrières, à celles des enseignants, aux luttes étudiantes et aux mobilisations paysannes. A chaque fois le gouvernement imposait sa domination par l'usage de la force, de la répression, par l'assassinat politique, la prison, la torture et les fraudes électorales. La force armée obéissant aux intérêts des grandes familles, fut l'instrument principal qui s'affronta aux luttes populaires. Par une loi de l'histoire tous ces processus de lutte sociale amenèrent le peuple à une conclusion logique : le pouvoir armé doit être combattu avec les armes. C'est ainsi que dans les années 1970 des groupes de jeunes étudiants, d'ouvriers et de paysans commencèrent à organiser les premiers noyaux armés. Ce sont alors de petites unités urbaines qui surgirent en provoquant une énorme sympathie populaire. Malgré l'étroitesse des villes et du pays, elles ne furent jamais détruites parce qu'elles étaient protégées par la grande majorité de la population dans les quartiers et les hameaux. Les gouvernements de Molina et Romero ont tenté de répondre à cette radicalisation par les mêmes méthodes répressives. Mais la guérilla a continué à croître et à s'intégrer encore plus au peuple en organisant la plus grande force politique de masse de l'histoire du pays. Le Bloc Populaire Révolutionnaire (BPR), les Ligues Populaires 28 février, le Front d'Action Populaire Unifié (FAPU), l'Union Démocratique Nationaliste (UDN) et le Mouvement de Libération Populaire (MLP) organisèrent et mobilisèrent les paysans sur la presque totalité du territoire national ainsi que les ouvriers, les étudiants des universités, et des lycées, les enseignants, les employés du secteur public et des banques et les travailleurs des branches aussi stratégiques pour l'économie que l'énergie électrique, l'eau, les télécommunications et les transports.

Au cours de l'année 1979, le processus de mobilisation a commencé à dépasser les frontières et à préoccuper les Etats-Unis, allié naturel des gouvernements militaires. A ce moment la pression populaire est telle que le mécontentement entraîne déjà un important secteur de l'Eglise et de l'armée ellé-meme. L'ambassadeur nord-américain dans notre pays commence déjà à tenter de contrôler directement les manœuvres conspiratives au sein des forces armées, dans des secteurs démocratiques et jusque dans des secteurs progressistes de l'entreprise privée afin d'éviter que cette situation ne débouche sur un accord entre ces forces, les organisations populaires et la guérilla qui mènerait à un vrai changement dans le pays. Les généraux Garcia, Vides Casanova et d'autres passèrent alors pour être les plus activement au service des EtatsUnis dans ce rôle. C'est ainsi qu'avec l'approbation et sous le contrôle des USA, se produit le coup d'Etat d'octobre 1979 qui renverse le Général Romero et a pour principal objectif de stopper le mouvement populaire par les moyens suivants : 1) La neutralisation des secteurs de l'armée, de l'entreprise privée, les partis et les forces patriotiques qui recher- chaient une issue réellement juste et démocratique à la situation. 2) L'ouverture d'un processus de réformes susceptible d'affaiblir le mouvement populaire et d'agir comme soupape au mécontentement du peuple. Cependant, au niveau q'on avait atteint, toute réforme aurait dû s'appuyer sur la participation des organisations que le peuple avait construit. En ne s'appuyant pas sur ces organisations, les réformes montraient que leur objectif principal consistait justement à détruire le mouvement populaire pour éviter que se produisent de vraies transformations. L'objectif des réformes n'a jamais été socio-économique, mais politique et pour cela elles furent un échec aussi bien économique que politique. 3) La mise en marche d'un processus de répression à grande échelle pour désarticuler la force du mouvement populaire dans les campagnes et les villes et permettre la stabilisation progressive du pays. A chaque grève, à chaque prise de terre, à chaque protestation, à chaque mobilisation, à chaque réclamation du peuple, les Forces Armées répondaient par les armes. En 1980 les Etats-Unis approuvaient les 5 premiers millions de dollars pour l'armée salvadorienne qui n'affrontait pas encore une guerre militairement organisée, mais une forte insurrection populaire. Chaque étape d'accroissement de la répression était précédée par des discussions à l'intérieur de l'Etat-Major des Forces Armées sur la démarche à suivre. Le centre du débat était de savoir de combien de morts on avait besoin pour pacifier le pays et les implications politiques que cela aurait internationalement. Le présupposé de ce plan était qu'une tois le mouvement populaire décapité, et une bonne partie sa base anéantie, une « démocratie » pourrait fonctionner, des élections auraient lieu, et la majeure partie des terres confisquées seraient rendues à leurs anciens propriétaires. De cette façon les Forces Armées garantiraient toujours la continuité du pouvoir, les grandes familles consolideraient leur domination économique et politique et les Etats Unis étoufferaient un foyer de tensions dans sa principale zone géopolitique.

La discussion sur la nécessité de décapiter totalement le mouvement révolutionnaire et d'anéantir ses principaux points d'appui et ses dirigeants, fut un débat quasi ouvert au sein de l'armée. Certains subordonnés de D'Aubuisson parlaient même de 100 000 morts ou plus, d'autres de 40 à 50 000. Finalement la thèse du général Garcia, appuyé par les Etats-Unis, s'est imposée. Un processus brutal de répression a fait plus de 40 000 morts, un demimillion de réfugiés, des milliers de disparus, des centaines de prisonniers politiques, plus de trois ans d'état de siège, la destruction des syndicats et des associations, et s'est conclu avec des élections à l'issue desquelles le chef des escadrons de la mort et assassin de Mgr. Romero est devenu président de l'Assemblée Constituante.

La réponse du mouvement populaire dans un premier temps, c'est l'autodéfense. On affronte l'armée avec des pistolet, des fusils et des bombes artisanales. L'objectif du général Garcia était de pacifier les villes, par la terreur et de pacifier les campagnes en dépeuplant de vastes zones et tuant des milliers de paysans ; mais tout ceci fut inutile. Le mouvement populaire n'a pu être détruit et le processus a fini par déboucher sur la guerre actuelle. En effet, le peuple, de la même façon qu'il avait formé la guérilia urbaine, s'organisa et mobilisa tous ses secteurs. Quand les conditions imposèrent une guerre, il organisa une armée qui est celle qui aujourd'hui a mis les forces armées et le gouvernement face à la crise la plus difficile de leur histoire, amenant l'actuelle administration nordaméricaine à des niveaux d'intervention chaque fois plus directs. L'énorme appui populaire du FMLN lui a permis de réussir ce que beaucoup de gens croyaient impossible : construire une armée rebelle puissante dans le pays le plus petit et le plus densément peuplé du continent américain. Sa puissance, le mouvement populaire l'a démontrée en réalisant la plus grande mobilisation de l'histoire du pays, le 22 janvier 1980 ; lorsque le conflit militaire s'est aggravé, elle s'est exprimée par la création de fronts de guerre très forts. Cela explique pourquoi dans un pays aussi petit des forces militaires et les milices du FMLN sont présentes sur presque tout le territoire (un des principaux fronts se trouve à quelques minutes de la capitale). Le mouvement populaire développe tout un processus de construction de son armée et grâce à sa puissante base sociale commence à contrôler des zones importantes, à y préparer et y armer des unités militaires permanentes avec les paysans, les ouvriers et les étudiants des organisations populaires. C'est pourquoi les Etats-Unis commencent à employer de grands moyens économiques et militaires pour sauver le gouvernement salvadorien. Des conseillers, des armes, des avions de guerre, des hélicoptères, des tanks etc... commencent à entrer dans le pays, tandis que les forces du FMLN consolident leurs principaux bastions au Morazan, à Guazapa, au Chalatenango, en Usulután et à San Vicente établissant des positions dans 11 des 14 départements du pays. L'armée tente d'établir par la terreur un contrôle apparent sur les villes principales. Mais le mouvement populaire passe à une clandestinité plus stricte et le centre de la confrontation se déplace dans les campagnes où des combats, à chaque fois de plus grande ampleur, se succèdent. Les Forces Armées se voient déjà dans l'impossibilité de détruire l'armée révolutionnaire et commencent à connaître de sérieuses pertes humaines et matérielles.

En deux ans l'armée révolutionnaire a accru sa technique et s'est développée. Elle multiplie ses forces, étend ses zones d'opérations, met en déroute chaque projet et chaque tentative des Forces Armées et des conseillers nord-américains de la détruire. L'aide militaire des Etats-Unis croît de manière accélérée, l'armée s'affaiblit chaque fois plus. Les conseillers commencent à apparaître sur les zones mêmes des combats, l'armée multiplie ses effectifs, cependant elle ne réussit pas à contrôler la situation. La guerre s'étend, le FMLN continue d'avancer, d'organiser de grands secteurs de la population à la campagne et de rapprocher chaque fois plus ses théâtres d'opération de la capitale et des chefs-lieux de département. L'armée salvadorienne commence à envisager comme seule issue à sa situation difficile des niveaux supérieurs d'intervention, voire l'entrée directe des troupes nordaméricaines dans le pays.

Voilà le processus par lequel l'intervention des Etats-Unis entraîne la lutte du peuple vers une guerre aux implications militaires de plus en sérieuses et aux conséquences sociales et économiques de plus en plus graves, non seulement pour notre pays, mais aussi pour toute l'Amérique centrale. Pour justifier leur plus grande participation dans la guerre au Salvador, les EtatsUnis sont amenés à montrer du doigt le Nicaragua, Cuba et l'Union Soviétique et à les rendre responsables. Cependant la réalité est écrasante. L'armée du FMLN n'a envahi le Salvador par aucun côté. Les gouvernements du Honduras et du Guatémala lui sont heatiles. Le FMLN n'a pas de frontières frectes qui lui permettrait de recevoir un appui logistique important. Des Jizaines de journalistes ont prouvé qu'avec le FMLN il n'y a ni cubains, ni nicaraguayens ni encore moins de soviétiques - que l'énorme majorité des combattants de l'armée révolutionnaire sont de jeunes paysans, étudiants et ouvriers, tous salvadoriens, que l'arrière-garde du FMLN est à l'intérieur même du territoire salvadorien, et que sa force réside dans les énormes réserves humaines, morales et matérielles que lui assure l'appui populaire solide sur lequel il compte.

Voilà les véritables causes de la guerre au Salvador et ceux qui prétendent les trouver en Union Soviétique, à Cuba, ou au Nicaragua se trompent d'autant plus qu'au long de toutes ces années ils n'ont pas su répondre autrement que par la force des armes aux revendications populaires.

II. QUI EST EN TRAIN

DE GAGNER LA GUERRE?

Maintenant que les proportions du conflit militaire se sont considérablement accrues et que ses conséquences englobent tous les aspects de la vie du pays, le gouvernement et l'armée soutiennent qu'il n'y a pas de racines historiques à la guerre, qu'il n'y a pas de raisons objectives. Ils présentent le gouvernement actuel comme démocratique, les forces armées comme étrangères à toute pratique répressive ; le FMLN comme une force isolée du peuple. C'est ainsi que, s'appuyant sur l'aide économique, militaire, et politique illimitée des Etats-Unis, ils prétendent, bien que les faits démontrent le contraire, qu'iis vont gagner la guerre.

Il n'est pas possible de séparer la guerre de ses causes historiques et • sociales, ni de penser que nous sommes face à une armée qui n'est plus répressive ni face à un gouvernement démocratique, alors que se maintiennent au pouvoir les mêmes forces qui ont été la cause fondamentale du début et de l'approfondissement du conflit. Il n'est pas possible de penser non plus que le FMLN est isolé. En juin de l'année passée, dans le département de Morazan, dans l'affrontement qui fut connu sous le nom de Bataille des Moscarron, sur la route Torola-San Fernando, l'armée a subi son plus grand coup militaire en perdant des centaine d'armes, en subissant des centaines de pertes et en laissart prisonniers des dizaines de soldats dont le Vice-Ministre de la Défense. Ces événements ont fait entrer la guerre dans une nouvelle étape. Le FMLN a porté une série ininterrompue de coups à travers tout le pays. En une année, on a enregistré les résultats globaux suivants : - plus de 2800 armes de guerre, près d'un million de cartouches et plus d'une centaine d'armes d'appui, y compris des mortiers lourds de calibre de 120 mm furent prises par le FMLN à l'armée. - quelques 1200 soldats dont des dizaines d'officiers et de gradés ont été faits prisonniers. - plus de 100 positions fortifiées de l'armée dont soixante-dix villages et trois villes ont été occupées par FMLN. - au moins 4 hélicoptères ont été abattus au combat et il y a quelques mois, le premier avion A-37 a été descendu par un tir anti-aérien dans le département de Morazan. - plus d'une centaine de camions de transport et d'unités blindées ont été détruites. - des dizaines de ponts stratégiques, principalement dans l'Est du pays, ont été rendus inutilisables partiellement ou totalement. - trois centres de communications militaires et civils de caractère stratégique, ont été occupés militairement et détruits par l'armée révolutionnaire dans l'Est du pays. Le centre de micro-ondes El Payacal constituait un important complexe de communications internationales et nationales. Un autre centre connu sous le nom de Antenne de la montagne Cacahuatique, était considéré par l'armée comme une forteresse inexpuquable : sa défense avait élé conçue par des conseillers nord-américains et on croyait qu'il pouvait résister à plus de quinze jours de siège. Pourtant, en moins de 24 heures un bataillon irrégulier de la Brigade Rafael Arce Zablah du FMLN l'a occupée.

L'antenne de la montagne Cachuatique est la position la plus fortifiée et la plus complexe qu'a perdu l'armée jusqu'à maintenant. - des dizaines de millions de cartouches de fusils, des milliers de bombes d'avion et de grenades de mortier et de canon, ont été déversés par l'armée au cours de la dernière année. Ce gaspillage inutile de munitions a fait entrer l'armée il y a quelques mois dans une vérieuse crise logistique qui rend nécessaire un appui accéléré et urgent des Etats-Unis.

6 826 pertes ont été subies par l'armée en une seule année selon les propres chiffres que le général Vides Casanova a présenté récemment à l'Assemblée constituante. Parmi ces pertes 2 302 sont des tués, dont 39 officiers et 20 cadets, 4 196 sont des blessés dont 111 officiers, 42 cadets et 328 disparus. Parmi ces derniers 6 officiers et 3 cadets.

Si nous additionnons les morts, les disparus, et un pourcentage estimé à 10% de blessés qui à cause de la gravité de leurs blessures ne peuvent pas retourner au combat, les Forces Armées auraient perdu 3104 hommes dont la majorité parmi les vétérans. 3104 hommes équivalent à 4 bataillons complets qui auraient été complètement anéantis par le FMLN en un an. Si nous additionnons les prisonniers, les blessés les morts et les disparus et si nous considérons que la majorité de ceux-ci sont des morts dont les cadavres n'ont pu être récupérés par l'armée, le chiffre total des pertes provisoires et définitives des Forces Armées s'élèvent à plus de

8200. Ce qui veut dire que presque le tiers des effectifs de l'armée aurait été tué, blessé, ou fait prisonnier par le FMLN au cours d'une seule année. Les chiffres sont plus qu'éloquents.

Dans un rapport militaire de l'année passée, Garcia avait reconnu plus de 3800 pertes en comptant morts, blessés et disparus. C'est-à-dire qu'aujourd'hui les pertes atteindraient presque le douc de celles de l'année passée, ee qui éq. vaudrait à plus de 10 600 pertes en deux ans de guerre. Ceci prouve de manière évidente que sans l'appui nord-américain l'armée salvadorienne aurait déjà perdu la guerre depuis un certain temps. Personne ne met en doute le résultat des actions et le niveau de capacité atteint par le FMLN. Par ailleurs les Forces Armées doivent fabriquer des informations avec des chiffres sur les pertes et le matériel capturé à la guérilla que tout le monde met en doute, vu qu'il n'y a rien de concret qui prouve que l'armée ait effectivement causé ces pertes ou capturé des armes. Les pertes que le FMLN a causé à l'armée sont évidentes : les prisonniers le prouvent, ainsi que les armes et les positions prises au combat. Pour leur part les Forces Armées, dans leur propagande calculent les pertes infligées au FMLN, non sur la base de celles causées par leur infanterie dont les combats contre les révolutionnaires tournent toujours à son désavantage, mais sur les attaques d'artillerie et d'aviation, c'est-à-dire sur des pertes qu'il est impossible de vérifier. Si nous analysons les facteurs suivants : type de terrain sur lequel se bat le FMLN, utilisation du facteur surprise dans l'attaque et maintien du secret en ce qui concerne les positions et les déplacements des forces, nous nous rendons compte que ces armes n'ont pas de très grandes possibilités d'efficacité dans le combat contre une force irrégulière comme celle du FMLN. La topographie accidentée elle-même réduit énormément la possibilité de l'artillerie et de l'aviation de causer des pertes massives. Une bombe d'avion a très rarement des effets réels contre des concentrations du FMLN; elle provoque rarement plus d'une dizaine de victimes. normalement il n'y a que deux ou trois victimes. Le plus souvent, par contre, les attaques se trompent de cible ou frappent la population civile. A Berlin par exemple, des avions et des hélicoptères ont attaqué durant toute une journée des f es qui avaient encerclé la base militaire de Cacahuatique. Des dizaines de bombes et de fusées d'avion, ont été lancées. Mais elles n'ont causé que 5 blessés dont deux graves. Ni l'artillerie, ni l'aviation n'ont pu empêcher la prise de la base militaire. A Berlin, des escadrilles de A 37, U 2, d'avions Arava, et d'hélicoptères U-H ont attaqué toute la journée les forces du FMLN qui encerclaient les casernes de la garde et de la police, des avions et les hélicoptères ont causés des destructions dans la ville et de nombreuses victimes dans la population civile. Mais pas une seule perte dans nos forces. Ils n'ont pas pu nous empêcher de prendre la ville et d'assaillir les casernes. Pour l'armée, l'aviation et l'artillerie jouent surtout un rôle de soutien du moral des troupes pendant le combat. Il semble que la méconnaissance de la part de l'armée de l'efficacité tactique et opérationnelle de l'arme aérienne, et de l'artillerie dans le combat contre des forces irrégulières, l'a amenée à surestimer les pertes du FMLN. Une seule embuscade avec des mines sur une route, cause à l'armée dix ou quinze fois plus de pertes que n'en cause l'armée au FMLN en dix attaques aériennes avec des dizaines de bombes et d'obus. A cette étape de la guerre, il est possible de considérer que les forces paramilitaires, la Garde Nationale et la Police Rurale qui auparavant étaient les instruments-clé, pour le contrôle militaire des zones rurales, ont déjà été mises en déroute et décimées par le FMLN. L'affrontement principal se déroule actuellement entre le FMLN et l'armée, essentiellement les bataillons spéciaux entraînés aux Etats-Unis. Après des chocs et des combats permanents, le FMLN contrôle de vastes zones territoire national où l'armée a perdu des dizaines de positions à savoir, au total, approximativement 60 des 261 municipios de la république qui sont desormais dans les zones de controle de l'armée révolutionnaire. Les Départements de Morazan et Chalatenango et de vastes zones de San Miguel, et La Union sont des territoires ou l'armée ne fait plus d'incursions autrement que sous la forme de grandes manœuvres. Elle est appuyée par l'aviation et l'artillerie et elle utilise des troupes spéciales. Au mois de juin de cette année, l'armée fit prêter serment à des troupes du Bataillon Atlacati dans des zones contrôlées traditionnellement par le FMLN dans le département de Morazan, avec l'intention de prouver la stabilité du territoire. Arriver à ces positions avait coûté plus de cent pertes, soit la moitié de la troupe qui devait être assermentée. Pourtant, ils ne purent rester que quelques heures sur place et furent obligés de se retirer.

Les zones de contrôle du FMLN, englobent quelques 4000 kms carrés ce qui représente la cinquième partie du territoire national. Auparavant l'armée se vantait de ce qu'elle était présente et avait le contrôle de tout le territoire et de tous les villages. Aujourd'hui pour se consoler de la perte de terrain, elle déclare qu'elle peut aller où elle veut et que la guérilla ne peut l'en empêcher. Cet argument en fait reconnaît qu'il y a des zones du pays où elle ne peut pas se maintenir d'une façon permanente et où son activité doit se limiter à des incursions. Puis elle doit se retirer ou elle ne reste que provisoirement au prix de la présence de grandes unités militaires. Le FMLN n'est obligé ni politiquement, ni militairement à défendre le terrain, mais tout le terrain laissé par les Forces Armées lui permet d'avoir de vastes zones de manœuvres et une meilleure capacité de ravitaillement. Le plus important est qu'il est en train de consolider et d'augmenter son influence politique sur de grands secteurs de la population avec lesquels il a désormais le contact plus libre. Le pays compte, à partir de la capitale, cinq routes stratégiques, deux vers l'Occident, deux vers l'Orient, une vers le Nord. Le FMLN en maintient interrompues, totalement ou partiellement, trois sur cinq : la route transversale du Nord, la route du Littoral et la Panaméricaine vers l'Orient. L'activité militaire du FMLN en Orient a pratiquement paralysé l'économie de toute la région à partir du rio Lempa. Ceci bien que l'armée maintienne dans l'est du pays plus de 60% de ses forces et y concentre parfois jusqu'à 85% de ses capacités de mobilisation. La tâche des Forces Armées est pratiquement défensive. Elles s'efforcent d'empêcher ou de désarticuler les plans offensifs du FMLN. En même temps elles tentent avec l'appui des EtatsUnis, d'augmenter ses forces, dernier espoir de survivre. Le recrutement forcé de jeunes jusque dans la capitale elle-même met en évidence la crise en réserves humaines des Forces Armées qui démontre l'absence d'appui populaire. Des centaines de jeunes sont poursuivis et amenés de force vers les casernes où ils sont maltraités et humiliés, tandis que leurs familles sont menacées en cas de désertion. Les hôpitaux du pays et les infirmeries des casernes sont pleins de soldats blessés. L'énorme quantité de morts approfondit la démoralisation. Des compagnies complètés, récemment assermentées, désertent. Le niveau des désertions et des pertes est si haut que, malgré le recrutement forcé et les plans permanents de préparation de nouvelles forces, le recrutement atteint à peine les niveaux de survie des Forces Armées.

Le mécontentement de la troupe a l'intérieur des casernes est croissant, la désertion est chaque fois mieux organisée. Les jeunes recrues ne veulent pas combattre le FMLN et beaucoup sympathisent avec lui. Des dizaines de prisonniers capturés par le mouvement révolutionnaire préfèrent rester avec le FMLN que rentrer dans les casernes. L'attitude des forces du FMLN vis-à-vis des prisonniers est de les mettre en liberté. Cette attitude a créé un grave problème à l'armée qui tente d'y riposter. Elle menace de passer les soldats qui se rendent devant un conseil de guerre et d'autre part elle tente de discréditer le mouvement révolutionnaire en lançant d'intenses campagnes dans lesquelles elle explique que les soldats qui se sont rendus au FMLN ont été fusillés. Mais les centaines de soldats et des dizaines d'officiers qui ont été faits prisonniers et ont connu les traitements respectueux du FMLN sont un contrepoids à la propagande du gouvernement, bien que cette propagande soit soutenue par des déclarations de fonctionnaires de l'administration nord-américaine. Des centaines de soldats continuent à se rendre et il n'est pas rare d'entendre au sein des Forces Armées la réflexion suivante « Mieux vaut se rendre que combattre ». Le FMLN de son côté, n'a pas besoin, et ne réalise pas de recrutement forcé. Le FMLN n'a pas de casernes ni de moyens de détention physique. Au FMLN s'incorporent de façon permanente des centaines de jeunes qui pour une période s'intègrent aux milices populaires de leurs propres localités et qui, après avoir accumulé une certaine expérience militaire et reçu un entraînement et une formation politique, s'intègrent peu à peu aux forces de l'armée révolutionnaire. Au sein des zones de contrôle, sur tout le territoire national, des dizaines de milliers de personnes sont intégrées directement au FMLN. Maintenant qu'à l'intérieur de ces zones se trouvent une grande quantité de localités, le FMLN peut réaliser des tâches d'organisation du Pouvoir Populaire avec les centaines de personnes qui habitent ces localités. Le FMLN a transformé les formes d'appui et de participation populaire afin qu'elles garantissent l'évolution de la guerre en sa faveur. En ce qui concerne le gouvernement, il est difficile de trouver des éléments objectifs qui lui permettent de prétendre qu'il a amélioré sa situation au sein du peuple. La crise économique et sociale s'est approfondie, l'appauvrissement du peuple est plus grand. Le coût de la vie et le manque de travail ont augmenté. Face à la crise, les mesures du gouvernement qui impliquent de nouveaux impöts, aggravent encore plus la situation des couches populaires. La répression ne s'est pas arrêtée et l'armée et les corps de sécurité continuent à faire disparaître et à assassiner des personnes qui ne sont pas liées au mouvement révolutionnaire. L'effort permanent des Forces Armées pour terroriser et désarticuler la base paysanne du FMLN, l'amène à maintenir une politique d'assassinats et de manœuvres dans les environs des zones de contrôle du FMLN et à l'intérieur de celles-ci. L'artillerie et l'aviation n'hésitent pas à attaquer des fermes, des cantons et même des villages et à taire de nombreuses victimes innocentes. En dernière analyse, les Forces

Armées ont chaque jour moins de crédibilité en ce qui concerne leur capacité à stopper le FMLN et gagner la guerre. Ceci a pour conséquence de provoquer une diminution de l'appui que lui apportent même les secteurs qui ont été ses partisans. A partir de ces éléments, il est pratiquement impossible de croire que le gouvernement puisse améliorer son image et encore plu: difficile d'imaginer que le FMLN puisse perdre son appui populaire. Le gouvernement par sa propagande essaye de présenter le FMLN comme une force mennes demontrent le contraire. Apres tout, les plans élaborés par les conseillers nord-américains ont pour unique but de retirer au FMLN sa base sociale et son appui populaire. Face à l'échec des réformes et à celui des plans d'extermination et de désarticulation du mouvement populaire, malgré les 40 000 morts et le demi-million de refugiés, les conseillers tentent aujourd'hui de répéter l'expérience des hameaux stratégiques du Vietnam (plan CONARA). Mais ce qui est le plus difficile dans la réalisation de ces plans est d'enlever sa base sociale au FMLN dans ses zones d'arrière-garde, au moment où celui-ci non seulement a pleinement consolidé ces zones, mais est même en train d'étendre sa présence politique et militaire à de nouvelles zones.

Avant, la présence de la guérilla au Chalatenango était limitée à l'est du département, aujourd'hui elle englobe tout le département jusqu'aux abords de Santa Ana et même à Cabanas. Au Morazan la guérilla se limitait au nord du département ; aujourd'hui elle domine tout le Morazan, le Nord de la Union et une bonne partie du nord de San Miguel où avant il n'y avait pas non plus de présence militaire révolutionnaire.

A Guazapa la guérilla a étendu ses zones d'opération et ses bases jusqu'a la zone de Cinquera, de Tenancingo, et des abords de San Vicente. La guérilla du Chichontepec a commencé à opérer avec force dans El Llano et La Paz et dans d'autres zones de San Vicente. A Tres Calles non seulement le travail s'est étendu à toute la côte, mais il commence à se renforcer dans toute la zone caféière de la cordillère TecapaChinameca. Dans l'Ouest, l'action de la guérilla n'avait pas eu de grande importance militaire, ses actions se limitant au sabotage ; aujourd'hui il existe des forces permanentes dans le Nord de Santa Ana, El Volcan et des lieux proches de la route vers San Salvador. Dans toutes ces zones, la présence de colonnes régulières et de milices du FMLN est devenue évidente. Dans l'ensemble cela signifie que le FMLN est en train d'opérer sur presque 80% du territoire national. Le plan CONARA devrait couvrir tout le territoire national. Mais même ainsi il serait inopérant. Il est important de souligner qu'il est impossible que, quelques kilos de maïs offerts par CONARA, résolvent le problème de la faim endémique de notre peuple. Ce ne seront pas non plus les meetings sous la contrainte, organisés par les Forces Armées qui feront que les paysans oublient leurs enfants, leurs parents, leurs frères, leurs amis assassinés. Il est très difficile de trouver un salvadorien qui n'ait pas un parent ou un ami proche assassiné par l'armée ou les escadrons de la mort.

Chaque jour les affirmations du Comité de Presse des Forces Armées selon lesquels le FMLN a subi des centaines de pertes, qu'une zone a été nettoyée ou reprise, ou que le FMLN est en débandade ou affamé, paraissent plus absurdes et irréelles.

La force des faits est trop grande. Les actions commencent à se répercuter dans la capitale et les chefs-lieux des départements, où jusque là le gouvernement avait pu semer la confusion dans la population en profitant du fait que celle-ci était moins au contact de la guerre et connaissait moins les progrès militaires du FMLN.

Les progrès militaires du FMLN sont maintenant plus connus du fait qu'opèrent les radios en ondes courtes, Radio Venceremos et Farabundo Marti. Il faut y ajouter Radio Venceremos en modulation de fréquence qui depuis Guazapa couvre la capitale. Radio Venceremos, qui a une énorme audience nationale et internationale, est écoutée par tous les partis, les fonctionnaires du gouvernement, l'Etat Major, les soldats et les officiers et ses prises de position et ses informations sont l'objet de débats constants. A l'intérieur des villes, il existe chaque jour un plus grand espoir quant à l'issue de la guerre, car personne n'ignore que d'un moment à l'autre les actions du FMLN atteindront avec plus de force la capitale et les chefslieux des départements.

III. POURQUOI LE FMLN SABOTE-T-IL?

Le sabotage est devenu un des meilleurs moyens utilisés par le FMLN, pour réduire l'efficacité de la considérable aide économique et militaire des Etats-Unis à l'armée salvadorienne.

Garantir le fonctionnement de l'économie est une nécessité vitale pour les Forces armées car le niveau atteint par la guerre absorbe d'énormes quantités d'argent qui sont destinées à l'entretien et à l'équipement des troupes et qui dans les dernières deux années ont pratiquement doublées.

Chaque soldat coûte des milliers de dollars par mois pour son équipement et son entretien et à chaque opération des centaines de milliers de dollars sont dépensés. Cette situation a amené l'appareil d'état à utiliser pratiquement toutes ses ressources pour la guerre. Les devises provenant du coton, du café et du sucre sont investies essentiellement dans l'armée. La continuation de la guerre a amené le gouvernement à procéder à des coupes budgétaires dans les ministères et à réduire son personnel. L'impact économique de la création du Bataillon Ramon Belloso s'est fait sentir dans des secteurs importants de l'appareil d'Etat. A cause de ses services et ses privilèges spéciaux cette unité de l'armée est la plus coûteuse. L'efficacité du sabotage du FMLN a réussit à réduire l'entrée de devises grâce à des coups directs portés aux produits de base de l'exportation et indirectement par la réduction de la confiance des producteurs et des investisseurs dans la capacité de l'armée à protéger leur production, étant donné l'instabilité générale de la situation sur le plan des transports de marchandises et de produits agricoles et à cause des effets des coupures constantes de l'électricité. Chaque coupure de courant dans la capitale ou dans l'est du pays est un coup indirect à la capacité économique de l'Etat pour financer la guerre. Le ministère de la planification, dans son rapport à l'Assemblée Constituante, a déclaré que les pertes économiques dues aux sabotages du FMLN, ont atteint le chiffre de 1492 millions de colones (600 millions de dollars). C'est à dire quatre fois le montant de l'aide économique que le gouvernement a reçu cette année des Etats-Unis. Ceci signifie que le FMLN a rendu pratiquement nulle l'aide américaine. Les objectifs du sabotage par le FMLN sont clairs : minimiser les effets de l'aide nord-américaine, et/ou limiter l'économie du pays afin d'assurer ses progrès et de prouver qu'au Salvador, il existe un état de guerre généralisé dans lequel l'armée et le gouvernement sont incapables de maintenir la stabilité économique. La situation est d'autant plus complexe pour le gouvernement qu'il ne s'agit pas seulement de continuer la guerre, mais aussi de maintenir la corruption de l'armée et de l'appareil d'Etat. Corruption qui avec l'aggravation du conflit, atteint des niveaux supérieurs à ceux des époques antérieures. En l'absence de valeurs morales la corruption est pratiquement une nécessité pour la défense du gouvernement. Il suffit d'analyser ce que sont devenues les énormes quantités de dollars destinés à des projets économiques qui ne sont pas viables à cause de l'état de guerre. Avec le degré de crise économique existant et avec le faible fonctionnement qu'a la structure productive du pays, il est impossible d'absorber l'énorme aide que reçoit l'Etat salvadorien si ce n'est au moyen de la corruption. Un bon pourcentage de cet argent est allé dans les poches de militaires, des ministres et des fonctionnaires d'Etat. Sans l'aide nord-américaine, l'Etat aurait fait faillite depuis longtemps. Le déboursement que doivent faire les Etats-Unis est chaque fois plus grand et cela leur cause de sérieux problèmes lors de l'approbation de l'aide économique et militaire, d'autant plus qu'il n'existe aucune garantie de son efficacité militaire ou économique. La région la plus touchée par le sabotage et la guerre est l'Est du pays. Le gouvernement a dû destiner de grandes quantités d'argent à la réactivation économique. Mais l'armée est totalement incapable d'assurer la sécurité de tout plan économique. Ceci lui fait perdre l'appui et la confiance d'importants secteurs agricoles et industriels du pays. Grâce au sabotage le FMLN a obtenu les résultats positifs suivants: 1) Il a obligé l'armée à mobiliser et disperser de nombreuses forces pour protéger des ponts, des usines, des gares et des pylones électriques, pour patrouiller sur les routes, surveiller le transport du combustible, les domaines et les entreprises de café et de coton, les sucreries et les exploitations de canne à sucre, les machines agricoles et de construction etc... 2) Le sabotage a un fort impact sur l'économie du pays. Il a pratiquement forcé les Etats-Unis à prendre en charge le gouvernement sur le plan militaire et économique. Cela réduit chaque fois davantage la capacité du gouvernement nord-américain à agir librement dans sa décision d'envoyer l'aide. 3) Il a déstabilisé le pays de fond en comble, en empêchant le gouvernement de nier les progrès de la guerre et en maintenant présente à l'esprit la situation de lutte même dans les lieux où par la terreur l'armée conserve un relatif contrôle.

L'incapacité du gouvernement, de l'armée salvadorienne et de l'administration nord-américaine à répondre militairement à l'activité de sabotage que réalise le FMLN, les a amenés à lancer des campagnes de propagande pour tenter de faire pression sur le FMLN afin que celui-ci réduise ou stoppe le sabotage, cette activité étant assimilée à une activité terroriste.

Mais la guerre comme phénomène militaire est désormais une réalité trop forte. La croissance du FMLN repose sur sa capacité à progresser militairement et tourner la guerre en sa faveur. Le sabotage, accompagné de grands coup militaires, prouve cette capacité et lui multiplie l'appui populaire, malgré les campagnes de propagande du gouvernement. Les plaintes du gouvernement à cause des effets du sabotage contrastent avec la fermeté avec laquelle il a approuvé la nouvelle loi sur les impôts qui affecte tous les consommateurs des couches populaires. Elles contrastent avec l'indifférence, avec laquelle il maintient les salaires bloqués par le décret 544 ou encore avec l'absence de lignes de crédit ou d'appui financier à la petite entreprise et aux petits producteurs agricoles. L'énorme aide écono- mique des Etats-Unis est utilisée à maintenir la corruption de fonctionnaires et de militaires, à aider les groupes économiques les plus puissants afin qu'il évitent la faillite de leurs entreprises. Ni les intérêts des travailleurs, ni ceux des petits entrepreneurs et propriétaires agricoles ne font partie des grands plans d'aide économique, cependant ils sont valorisés lorsqu'il s'agit de faire de la propagande contre les actions de sabotage du FMLN. L'économie du Salvador souffre non seulement à cause de la guerre mais aussi à cause des milliers de millions de dollars qui s'en vont impunément à Miami pour la sécurité des familles riches du pays.

Monsieur Ronald Reagan nomme terroriste ceux qui font sauter des ponts et coupent l'électricité, mais appelle défenseurs de la liberté l'armée d'exgardes somozistes qui depuis le Honduras envahissent ou font des incursions au Nicaragua et ne se contentent pas de détruire des ponts mais s'attaquent à la population civile et au personnel non militaire comme des techniciens, des alphabétiseurs, des membres de coopératives, des travailleurs de l'état et des personnes organisées dans le Front sandiniste.

Le FMLN détruit des ponts, des pylones électriques et d'autres biens matériels qui soutiennent une économie de guerre qui permet d'entretenir des gardes et des escadrons de la mort pour assassiner des jeunes, d'acheter des avions, des canons et des bombes pour tuer la population civile. Le sabotage est non seulement efficace militairement, mais aussi juste et légitime. Ce qui est au centre du problème n'est pas la justesse du sabotage mais celle de la guerre. Or, suffisamment d'éléments historiques, passés et présents, prouvent la justesse de la guerre du FMLN. IV. LES ELECTIONS SONT-ELLES UNE SOLUTION A LA GUERRE ? L'Administration nord-américaine, à cause de ses propres difficultés politiques internes et de la forte pression internationale pour une solution nonmilitaire à la situation salvadorienne et centro-américaine, a conçu la réalisation d'élections comme une solution politique à la crise. Mais si l'on tient compte du développement historique des processus électoraux au Salvador, de l'existence d'une situation de guerre interne de grandes dimensions et du maintien au pouvoir d'un gouvernement militaire, on doit se poser sérieusement la question de savoir s'il est possible de croire à l'existence d'une liberté électorale du Salvador - ou de croire que les élections soient un moyen d'arriver à la paix. L'histoire des élections dans notre pays est éloquente en la matière. En 1931, après un coup d'Etat, le général Maximilian Hernandez Martinez prend le pouvoir et se maintient pendant 13 années au gouvernement. Durant cette période il a réalisé deux élections où il n'y avait qu'un seul candidat. En 1944 un autre coup d'Etat mène au pouvoir le Colonel Osmin Aguirre y Salinas. En 1945 le général Salvador Castaneda Castro est porté à la présidence à la suite d'une fraude électorale. En 1940 la présidence revient à un conseil de gouvernement dirigé par le major Osar Osorio. En 1948, à la suite d'un coup d'Etat, la présidence revient à un conseil de gouvernement dirigé par le major Osar Osorio. En 1950 le lieutenant colonel Osar Osorio est porté à la présidence grâce à des fraudes aux élections. En 1956 des fraudes électorale portent le lieutenant colonel Jose Maria Lemus à la présidence. En 1960 une junte civico-militaire prend le pouvoir par un coup d'état. En 1961 un autre coup d'état renverse cette junte et établit un directoire civicomilitaire dirigé par le colonel Julio Rivera. En 1962 le Colonel Julio Rivera assume la présidence après des élections frauduleuses auxquelles seul le Parti de Conciliation Nationale participe. En 1967 le général Fidel Sanchez Hernandez est nommé président suite à des fraudes électorales.

En 1972 par les mêmes moyens, le colonel Arturo Armando Molina devient président.

En 1977 de nouvelles fraudes électorales font élire le général Carlos Humberto Romero à la présidence.

En octobre 1979 une junte renverse le général Romero par un coup d'état et dirige le gouvernement.

En janvier 1980, à la suite d'un coup d'état masqué, cette junte renonce au profit d'une autre junte. En décembre 1980 José Napoleon Duarte est nommé président et le colonel Jaime Abdul Gutierrez vice-président ; mais c'est le général Garcia qui au moyen du Ministère de la Défense conserve les pleins pouvoirs. En 1982 élections pour le choix des députés à la constituante ont lieu et la majorité de cette assemblée est constituée par des partis d'extrême droite, PCN et ARENA qui ont des appuis solides dans l'armée et parmi les mêmes forces qui avaient soutenu le général Romero. Le général Garcia reste l'homme fort, remplacé plus tard par le général Vides Casanova. En 1983, de nouvelles élections présidentielles se préparent et comme toutes les précédentes on les présente comme nécessaires au développement de la démocratie dans le pays. Dans tout le déroulement que nous venons de présenter, le processus est le même. Une dictature militaire qui se discrédite doit être changée, un coup d'Etat prétendument démocratique la renverse et des élections frauduleuses servent à légaliser un nouveau gouvernement militaire, à donner une porte de sortie aux contradictions entre les secteurs dominants et enfin à empêcher que le mécontente- ment populaire ne s'achemine vers des positions plus radicales. Il y a une différence substantielle entre les étapes historiques antérieures et l'actuelle. Avant, les fraudes électorales et les coups d'Etat réussissaient à fonctionner comme stabilisateurs du pays alors qu' aujourd'hui il y a des milliers d'hommes en armes dans l'armée du FMLN. Ceux-ci disputent efficacement le pouvoir aux Forces Armées et ceci transforme par avance les élections en une coquille vide, elles sont inutiles pour résoudre la crise.

Au Salvador, les groupes économiques ne sont pas parvenus à créer leurs propres partis politiques. Le parti politique des familles les plus puissantes du pays a toujours été l'armée, qui à son tour est le principal allié des Etats-Unis. Lors du coup d'Etat d'octobre 1979, comme pour les précédents, il y a un élément invariable, c'est que le pouvoir reste de manière directe et permanente aux mains de l'armée.

Dans les cas précédents c'était par l'intermédiaire des présidents, aujourd'hui c'est par celui du Ministre de la Défense. Le rôle d'homme fort a été joué par Garcia, aussi bien lors de la présidence de Duarte que de celle d'Alvaro Magaña. Le fait que le remplacement de Garcia par Vides Casanova ait été un événement politique qui a provoqué une crise du pouvoir et beaucoup plus de problèmes que ceux qu'a entraîné la nomination à la présidence de Magána, met en évidence qui détient la réalité du pouvoir. Depuis les élections de mars 1982, le lieu où s'est vraiment décidé la nomination de Magána comme président a été l'armée et non l'Assemblée constituante. Et le véritable lieu où on a décidé la quantité de deputés de chaque parti est celui ou se sont déroulée une série de réunions entre les représentants des partis et l'ambassadeur nord-américain.

Dans ces mêmes réunions on a décidé la quantité de votes qu'obtiendrait chaque parti ainsi que la quantité de votants du 28 mars 1982.

Les élections de mars 1982, nous pouvons les définir comme une opération politique publicitaire contre le FMLN, combinée avec un processus de négociations pour définir le rapport des forces dans la Constituante. En synthèse : une autre farce. Le 28 mars a été aussi une mobilisation des forces de la droite. Ces mobilisations se sont appuyées sur les fils de familles aisées, les femmes au foyer du Front Féminin, leurs servantes, et les travailleurs et employés des usines et entreprises propriétés de membres d'ARENA qui avaient forcé leurs salariés à manifester en faveur de la droite sous peine de perdre leurs emplois. Du point de vue de l'action publicitaire, les élections cherchaient a provoquer des rassemblements de gens en train de voter, ce qui aurait pu être utilisé comme preuve que le gouvernement - et non la guérilla -avait des appuis. Un certain nombre de mesures avaient été prises afin de provoquer des concentrations artificielles et des longues queues de votarts. Les mécanismes les plus importants destinés à la réussite de ces manœuvres ont été les suivants : - Concentrer l'attention essentiellement sur la capitale et les villes principales, réduire le nombre de bureaux de vote pour amener la formation d'attroupements, allonger le temps de vote de 8 minutes par personne afin d'obliger les gens à rester dans la queue ; les intimider avec le système de l'encre invisible et de détecteurs pour reconnaître ceux qui ne votaient pas, l'obligation de présenter le cachet du vote sur les lieux de travail etc... Des journalistes étrangers et des analystes inpartiaux ont dénoncé en détail et preuves à l'appui tous ces mécanismes. Ce montage publicitaire a abouti à changer les chiffres de personnes votantes, ceci à tel point que d'un jour à l'autre celles-ci passèrent de 200 000 à plus d'un million. Il convient de se demander comment le nombre des votants, en 1982 pouvait dépasser celui des élections de 1972 et 1977, où les manifestations publiques avant, pendant, et après les élections avaient été les plus importantes qu'il y ait eu jusqu'alors. Or, en 1982 il n'y a rien eu de semblable. En 1972 le nombre total de suffrages exprimés fut de 806 000, ceci en incluant même les votes frauduleux que se rajouta le Parti de Conciliation Nationale. A l'époque il y avait 1 119 000 électeurs inscrits. En 1982 les chiffres donnés par le gouvernement ont fait état d'un nombre absurde de 1 362 300 votants. Selon des estimations faits par divers observateurs, les votes réels ont été de 350 000 à 500 000. Ceci signifie que le gouvernement inventa plus de la moitié des suffrages de mars 1982. La vérité est que la majorité du peuple à l'intérieur du pays n'est pas allée voter et dans des villes comme San Miguel, La Union et d'autres à l'Est du pays l'affluence a été minime. Dans des dizaines de municipalités de Chalatenango et les départements de l'Orient y compris les villes d'Usulutan et Gotera il n'y eut pas d'élections. Dans de nombreux cantons de l'Occident et dans d'autres zones du pays il n'a même pas été possible de former des juntes électorales.

Le partage du pouvoir après les élections de 1982 est éloquent : Garcia, le responsable de tous les massacres de ces dernières années, comme Ministre de la Défense ; D'Aubuisson l'assassin de Mgr. Romero, chef des escadrons de la mort comme président de l'Assemblée Constituante ; comme président de la République, Alvaro Magána, personnage médiocre, ami par corruption de beaucoup de hauts officiers de l'armée et homme fidèle des secteurs caféiers du pays. Le Ministère de l'Agriculture est aux mains de l'ARENA, l'ennemi le plus acharné de la réforme agraire. Et pour que personne ne se gêne, on a ajouté trois vice-présidences.

Il convient donc de se poser la question : est-ce que cela était le résultat de la volonté populaire alors qu'il y a eu plus de 40 000 morts dans la lutte contre les gouvernements militaires ? Il y a eu beaucoup plus de répression, d'assassinats, de persécutions durant les années 1979-1982 que lors des gouvernements de Sanchez Hernandez, Molina et Romero, réunis. Les résultats électoraux laissent au pouvoir les mêmes forces. Il convient donc de se demander : le peuple aurait-il voté pour ses propres bourreaux ou les bourreaux auraient-ils voté à la place du peuple ? La réponse est évidente. En dernière analyse, l'élément nouveau de ces élections a été constitué par la pression exercée par les nords-américains afin que Duarte et le Parti Démocrate chrétien continuent à faire partie du gouvernement.

Ce fait a eu un caractère positif car il a permis de faire la clarté sur le caractère réellement antipopulaire de Duarte et du Parti Démocrate chrétien. Duarte est aujourd'hui une figure dévaluée et méprisée jusque par les bases et les secteurs intermédiaires de son propre parti. Il a tenté de se gagner la droite et l'armée et pour elles aussi il est dévalué et inacceptable. Il est un dictateur au sein de son propre parti, d'autant que l'appui des Etats-Unis lui a donné l'avantage sur Fidel Chavez Mena, qui avait une popularité interne plus grande. Les Etats-Unis ont besoin pour la présidence d'El Salvador d'une figure telle que Duarte. Mais, auparavant, ils doivent négocier et convaincre les autres partis politiques qui ont déjà été menacés de ne pas recevoir des fonds de l'ambassade s'ils n'acceptent pas Duarte comme futur président.

C'est à de telles élections dont les résultats sont déjà décidés, dans lesquelles le vote populaire ne comptera pas, et qui seront contrôlées par cette même armée qui a réalisé toutes les fraudes antérieures et qui a exercé la répression durant les deux dernières années qu'on a proposé au FMLN-FDR de participer ! Des élections réalisées dans des conditions de guerre peuvent-elles avoir une quelconque valeur comme moyen de parvenir à la paix ?

Ce dernier point est le plus important de tous. Le gouvernement et l'administration nord-américaine tentent de prouver par les élections qu'il existe un appui au gouvernement. Mais quelque chose doit être clair à l'esprit si l'on cherche objectivement la paix: au milieu d'une guerre comme celle qui a lieu au Salvador ce ne sont pas les votes qui permettent d'établir qui jouit ou non de l'appui populaire. Le contexte socio-politique provoqué par la guerre élimine cette possibilité et les résultats des élections seront beaucoup plus sujets à des fraudes et des falsifications. Les élections ne sont pas une solution politique parce que, dans le fond, le problème posé est la reddition du FMLN et cela le gouvernement, l'armée et l'administration Reagan savent que c'est impossible. Les élections font partie d'une solution militaire allant jusqu'à l'intervention. Si l'on cherche de véritables solutions au conflit, on doit partir du fait que l'appui populaire dans des conditions de guerre se reflète dans le soutien que le peuple donne à l'un des deux camps afin que celui-ci puisse continuer à faire la guerre et vaincre l'adversaire.

En mars 1982 on a affirmé que le FMLN n'avait pas d'appui populaire et que le gouvernement s'était renforcé. Depuis cette date jusqu'à juillet 1983 le FMLN a démontré qu'il avait et a plus d'appui populaire que le gouvernement. Si le gouvernement veut savoir qui a l'appui populaire, qu'il tente de se maintenir au pouvoir sans l'aide des

Etats-Unis, et qu'il suspende le recrutement forcé. Ainsi seulement on pourra savoir qui possède ou non le soutien populaire dans une situation de guerre comme celle qui existe au Salvador. Les élections ne sont et ne seront pas une solution à la guerre, la solution à la guerre consiste à recomposer le pouvoir politique et militaire du pays, pour entamer à partir de là, un processus de changements réels qui nous apportent la paix et la démocratie.

V. UNE INTERVENTION

PEUT-ELLE METTRE LE FMLN EN

DEROUTE ?

L'armée salvadorienne est en train d'épuiser les dernières possibilités de bloquer le FMLN. Ce fait - de même que la situation centro-américaine en général et les plans des Etats-Unis contre le Nicaragua - a accru la possibilité d'une intervention de troupes nord-américaines. Sur les côtes du Nicaragua et du Salvador sont déjà présents des dizaines de bateaux de guerre, des milliers de marines des Etats-Unis, et plus d'une centaine d'avions chasseurs-bombardiers ; eh même temps des avions de la Force Aérienne des USA réalisent des reconnaissances diurnes et nocturnes au-dessus du sol salvadorien en préparation de possibles actions de leurs forces dans notre pays.

Selon les déclarations de Reagan luimême et d'autres fonctionnaires de son administration, le motif de la présence de ces forces en Amérique Centrale est de faire pression aussi bien sur le Nicaragua que sur le FMLN pour qu'ils acceptent une solution selon les conditions que posent les Etats Unis. Selon la même logique la seule présence militaire des Etats-Unis et ses menaces devraient amener le FMLN à déposer les armes et à se présenter aux élections. En fait, l'administration nord-américaine demande la reddition du FMLN comme solution politique ou bien elle menace d'intervenir militairement.

Si les forces du FMLN devaient affronter une intervention, il est important d'analyser les facteurs qui entreraient en ligne de compte. En premier lieu il y a les facteurs intérieurs aux Etats-Unis allant de la force de l'opinion publique hostile à l'intervention, jusqu'aux contradictions avec le Parti Démocrate et aux dangers qu'auraient à affronter les républicains dans leur tentative de faire réélire Ronald Reagan. Ceci au cas où l'aventure militaire embourberait l'armée des Etats-Unis dans un nouveau Vietnam sur le continent américain lui-même. En deuxième lieu, joueraient un rôle les dimensions et les caractéristiques que prendrait l'affrontement. Et là il est parfaitement clair qu'une agression des USA en Amérique Centrale ne serait par une guerre entre l'armée des EtatsUnis et les mullers de guérilleros qui forment le FMLN. Le FMLN n'est pas le seul ennemi des USA en Amérique Centrale. S'il y a une intervention nord-américaine, dès la première ou la seconde étape, elle se transformerait en une confrontation régionale dans laquelle les USA devraient s'affronter à de puissantes armées populaires comme celles du Nicaragua et de Cuba. Ceci rendrait impossible une solution rapide au conflit et donc obligerait à un engagement de forces d'une telle ampleur que cela entraînerait des difficultés pour les Etats-Unis mêmes dans d'autres points critiques du monde. Dans ce cadre il est possible de prévoir qu'une agression en Amérique Centrale pourrait même devenir une menace pour la paix mondiale, avec le danger d'une guerre aux dimensions imprévisibles. Dans ce sens il convient de considérer politiquement et militairement l'avantage ou non pour les Etats Unis d'envisager une guerre de grandes proportions dans ce qu'ils considèrent comme leur aire géopolitique. Or, la situation de l'Amérique Latine n'est pas la même qu'il y a 30 ou 40 ans en ce qui concerne la dépendance politique à l'égard des Etats-Unis.

La position latino-américaine face au conflit des Malouines et à la révolution nicaraguayenne l'a démontré. Il existe une conscience latino-américaine qui se développe et qui a des bases historiques, sociales et économiques et l'on peut prévoir qu'une intervention provoquerait des réactions. Contadora doit être analysé comme un élément de cette conscience. Une agression en Amérique Centrale ruinerait les espérances que Panama retrouve sa souveraineté nationale sur le canal, elle signifierait que le Mexique, le Vénézuéla, le Brésil, l'Argentine et les nations les plus grandes de l'Amérique Latine seraient désavantagées face aux Etats-Unis à l'heure de décider de leurs relations sur le plan économique. Ceci affecterait leurs propres perspectives de développement et la défense de leurs richesses naturelles.

Les USA présente chaque pas militaire comme une pression diplomatique. Mais à chaque fois ceci pousse à ce que les décisions partent d'une estimation militaire et non d'une estimation politique. Il semble que les Etats-Unis veuillent justifier chaque pas dans l'escalade militaire par l'explication que c'est la meilleure forme de pression sur le FMLN, le Nicaragua et Cuba. Ce qui est certain c'est qu'une fois engagés, soit ils devront se retirer, soit ils s'engageront à fond dans la guerre. Et les pas qu'ils font risquent de les amener plus à une guerre qu'à une solution politique à la crise.

Pour analyser les possibilités réelles de succès qu'aurait une intervention des troupes nord-américaine au Salvador, nous voudrions souligner les points suivants : en premier lieu, le FMLN compte avec une force développée et militairement capable d'opposer une résistance farouche à une armée d'invasion nombreuse. Le cas du Salvador n'est pas le cas de la République Dominicaine où ce qu'il fallait étouffer c'était un soulèvement de militaires avec un soutien populaire. Dans notre cas, nous avons la force, l'expérience et les moyens qui nous permettent de résister et de compliquer tout plan d'agression militaire. Par ailleurs, la densité de la population obligerait les Etats-Unis à commettre un véritable génocide en utilisant des armes d'une très grande puissance de destruction sur un territoire comme le nôtre. Si cela arrivait cela augmenterait le rejet national et international d'une telle intervention et le FMLN se renforcerait rapidement. Vu les conditions dans lesquelles se déroulerait l'affrontement et le niveau de développement atteint par l'armée révolutionnaire, il serait impossible à une armée d'intervention d'obtenir une victoire rapide. Une semaine, deux semaines, un mois, deux mois passeraient. Il convient donc de se demander : Combien de temps peuvent rester les soldats des USA sur notre sol sans que les bases du soutien politique interne et externe à l'agression commencent à se défaire ? Combien de temps peuvent-ils demeurer sans que se produisent des changement substantiels dans la situation qui permettent au FMLN d'affronter l'intervention avec des appuis matériels et politiques plus importants ? Si cela arrive, le FMLN augmentera sa capacité de résistance et enlisera sur le sol salvadorien les troupes des Etats-Unis. En second lieu, une intervention des USA approfondirait énormément le conflit militaire et ceci signifierait une destruction totale ou presque totale de l'économie du pays, affectant de nombreux secteurs de la petite et moyenne entreprise industrielle et les propriétés agricoles. Ceci signifierait la faillite économique définitive de ces secteurs et cela quoique l'Association Nationale de l'Entreprise Privée dise que la présence de troupes nordaméricaines près du pays est une garantie. Il convient de se demander : pour qui ? Pour les intérêts des EtatsUnis ? Pour ceux les familles les plus fortunées du pays ? Ou pour la grande majorité des salvadoriens qui possèdent uniquement leur force de travail ou leurs petites et moyennes propriétés ?

Une intervention provoquerait donc une recomposition interne des forces contre les USA et augmentera le mécontentement social contre le gouvernement.

Dernier facteur et le plus important de tous ; une agression des USA entraînerait une réaction immédiate de l'esprit national, el augmentant et multipliant l'appui et l'intégration du peuple salvadorien à l'armée du FMLN. Ces effets atteindraient à coup sûr l'armée elle-même, la troupe et même les officiers. La seule présence des conseillers nord-américains, les mauvais traitements et le mépris avec lesquels ils entretiennent des rapports avec les officiers et les soldats salvadoriens, est déjà un motif de mécontentement interne à l'armée et ceci n'est rien d'autre qu'une manifestation de l'esprit national.

La présence d'une armée d'invasion dans n'importe quel pays du monde provoque toujours un rejet et un sentiment d'unité nationale et le Salvador ne serait pas une exception.

L'existence d'une force militaire capable de résister à l'agression, la formation de processus de mécontentement dans différents secteurs sociaux et la multiplication des effectifs du FMLN sous l'effet du rejet national, sont des éléments solides qui d'une part empêchent une victoire militaire rapide d'une armée d'invasion et d'autre part donnent une base suffisante pour, au cas où l'agression se prolongerait, que se créent les conditions et le temps nécessaire pour pouvoir compter sur l'appui politique et matériel de la solidarité internationale. Cela multiplierait encore plus la capacité de résistance du FMLN.

Ceci implique que les USA devraient affronter une situation ir.ternationale difficile et un énorme mécontentement interne et ne pourraient pas obtenir une victoire rapide. Si à ces conditions on ajoute le cadre régional, on peut prévoir que pour les Etats-Unis, il serait impossible de mettre en déroute le FMLN. Dans une guerre aux caractéristiques populaires comme celle que livre le FMLN, des éléments comme la quantité d'armes, la technique et ces moyens sont relatifs et non-déterminants. Le FMLN n'a pas de grandes ressources comme les Etats-Unis, mais il compte avec suffisamment de facteurs moraux, politiques et militaires en sa faveur pour empêcher qu'une intervention soit victorieuse. Une intervention ne mettra pas en déroute le FMLN, et son échec aura des conséquences graves pour l'actuelle administration nord-américaine.

VI. POURQUOI LE FMLN

LUTTE-T-IL ? Face à une situation grave comme celle que vit actuellement l'Amérique Centrale, il convient de se demander quelle est la partie qui se montre la plus inflexible et la plus fermée à la possibilité d'une solution non-militaire au conflit. Pour cela il est important d'analyser quels sont les objectifs de la lutte du FMLN. De cette façon on pourra vérifier si le problème réside dans le fait que le gouvernement salvadorien et l'administration nord-américaine sont totalement cramponnés à la défense du pouvoir actuel, ou si c'est le FMLN qui ne donne aucune possibilité d'accord au reste des forces sociales.

Pendant les dernières années du conflit, l'administration nord-américaine et ses plus proches alliés au Salvador se sont chargés d'empêcher que le FMLN puisse entrer en communication avec d'autres forces pour contribuer à la recherche de la paix.

Le FMLN a continué à rechercher la paix et même il y a quelques mois quand des émissaires du FDR firent parvenir par différentes voies, aux sphères officielles une proposition formelle de dialogue, les militants des partis démo. cratiques qui avaient fait des démarches, ont été capturés et envoyés en prisón par le gouvernement. Il y a des menaces de mort de la part d'une partie du gouvernement à tout secteur qui se risque à discuter avec le FMLN. C'est l'une des façon d'empêcher le rapprochement avec d'autres forces sociales.

Selon la propagande du gouvernement salvadorien et nord-américain, les objectifs du FMLN sont les suivants : détruire l'économie du pays et supprimer la propriété privée, imposer un gouvernement exclusif FMLN-FDR, détruire l'armée nationale et établir un pays satellite de l'Union Soviétique. Ceci est totalement faux. Le but est d'empêcher que d'autres secteurs écoutent le FMLN et qu'à partir d'un rapprochement puisse se produire un consensus national pour une solution démocratique légitime au conflit que vit le pays.

Les points fondamentaux pour lesquels lutte le FMLN, sont au nombre de quatre : 1) Un nouvel ordre économique et social qui assure une meilleure distribution de la richesse nationale, et qui contribue ainsi à la solution des problèmes de santé, d'alimentation et d'éducation de la classe travailleuse. Le gouvernement dit que le FMLN est hostile à tout régime de propriété privée et qu'il se propose d'exproprier et de détruire toutes les plantations de café, de coton, tous les industriels et commerçants du pays. Il n'est ni logique ni raisonnable pour la stabilité même du pays et son développement économique d'exproprier tout le secteur prive. Cela affecterait sérieusement les capacités de développement de l'économie nationale. Un plan de développement économique doit profiter au secteur privé pour obtenir de meilleurs bénéfices sociaux. La Réforme Agraire et Bancaire et la nationalisation du Commerce Extérieur doivent s'appliquer à briser les grandes concentrations de capital qui sont celles qui ont exploité et maintiennent la pauvreté du peuple travailleur. Les grandes unités productives agricoles doivent se maintenir, mais sous la forme de propriété coopérative aux mains des travailleurs. Les coopératives et les petites et moyennes propriétés agricoles, le commerce et l'industrie doivent pouvoir compter sur une aide financière. A partir de l'augmentation des bénéfices sociaux de l'économie nationale, on devra réaliser des plans ambitieux, qui comprennent la mobilisation générale des travailleurs de la ville et de la campagne dans leurs propres programmes d'éducation, de santé et d'amélioration des conditions de vie. L'attention portée aux besoins de la classe travailleuse sur le plan du régime des salaires et du coût de la vie devra être un élément prioritaire dans le nouvel ordre économique. 2) En deuxième lieu le FMLN lutte pour un gouvernement de large participation avec la représentation de toutes les forces politiques démocratiques, y compris le FMLN-FDR. L'actuel gouvernement dit que le FMLN veut un régime composé exclusivement par ses forces et ceci est totalement faux. Celui qui n'a pas voulu donner une place au pouvoir au mouvement populaire et révolutionnaire et maintient soumis tout le reste des forces aux décisions de l'armée, c'est l'actuel gouvernement militaire.

Le FMLN pense qu'un gouvernement de large participation doit garantir la liberté d'expression et d'organisation, le respect des Droits de l'Homme et la réalisation d'élections vraiment libres avec la participation de toutes les forces. Le FMLN pense que la composition de l'organisme qui dirigera le pouvoir exécutif et les principales charges publiques doit être le résultat du consensus de toutes les forces participantes. La base de ce nouveau gouvernement doit être le vrai fonctionnement des trois pouvoirs de l'Etat avec la faculté de stimuler des plans et des accords, fraits de la décision majoritaire des forces participant au pouvoir et non de l'imposition par l'armée ou les groupes économiques les plus puissants. 3) En troisième lieu le FMLN lutte pour une armée nationale nouvelle constituée sur la base de l'actuelle armée et des forces militaires du FMLN. Sur les forces armées repose le pouvoir des classes dominantes et l'influence majeure des Etats-Unis. C'est pour cette raison que ceux-ci refusent à tout prix de céder le pouvoir sur le plan militaire, car l'armée est l'instrument par lequel les classes dominantes et les USA peuvent renverser tout processus de réformes et de changements qui s'opère dans le pays.

Recomposer le pouvoir militaire en considérant qu'il existe deux armées, est une nécessité fondamentale sans quelle il est impossible d'arriver à la paix. Tant que le pouvoir militaire se maintient, comme aujourd'hui il ne sera possible ni de démocratiser ni de transformer le pays. Le FMLN ne pose pas le problème de la destruction de l'armée mais de l'organisation d'un nouveau pouvoir militaire sur la base de l'armée actuelle et du FMLN. A l'intérieur des Forces Armées il y a des chefs, des officiers, des gradés et des hommes de troupe aux idées démocratiques qui peuvent être à la base de la formation d'une nouvelle armée avec le FMLN. 4) Le quatrième objectif de lutte du FMLN c'est d'établir une politique extérieur de pleine indépendance nationale et de non-alignement. Le nouveau gouvernement devra établir des relations avec tous les pays du monde qui conviennent à nos intérêts économiques et sociaux, quelque soit leur système de gouvernement. Le FMLN considère les relations avec les Etats-Unis comme stratégiques et fondamentales sous condition d'un bénéfice mutuel et du respect politique de notre souveraineté. Le FMLN considère que pour des raisons historiques et par notre situatior géographique, les relations économiques et la coexistence pacifique avec le Guatémala et le Honduras et tous les pays d'Amérique Centrale et Latine sont vitales. L'Administration du président Reagan a décidé qu'un changement dans la situation salvadorienne menacerait la sécurité nationale des USA car elle considère toute transformation économique et sociale dans la région comme une menace soviétique. En réalité, l'actuelle administration nord-américaine est parfaitement au courant qu'il n'existe aucune menace contre sa sécurité nationale à cause des changements qui se produisent dans la région. Ce qui est réellement menacé ce sont les relations de dépendance économique et politique de l'Amérique Latine avec les USA. Il n'est pas vrai qu'une révolution ou un changement de plus dans la situation en Amérique Centrale menacerait la stabilité du Mexique et du reste des nations du continent, au contraire. L'apparition de nations indépendantes politiquement et économiquement des Etats-Unis, avec des gouvernements stables, forts et qui introduisent des transformations internes accelérant leur développement économique, faciliterait la lutte pour de meilleures conditions d'échanges avec les Etats-Unis et pour la défense de meilleures conditions pour l'exploitation des énormes richesses naturelles du Mexique, du Vénézuéla, du Brésil, de l'Argentine etc... Et ceci ne signifierait pas des révolutions dans un plus grand nombre de pays mais le développement de leurs économies capitalistes actuelles.

Les Etats-Unis refusent de comprendre que tôt ou tard ils devront changer les termes de leurs relations avec l'Amérique et que leur politique d'écrasement de la souveraineté et de l'économie des nations latino-américaines est en opposition avec les perspectives de développement des nations qui ont les plus grandes ressources du continent. Ce n'est pas le conflit Union Soviétique - Etats-Unis qui est au centre de la problématique centro-américaine mais les relations des Etatsunis avec l'Amérique Latine. Les EtatsUnis considèrent que les richesses naturelles de l'Amérique Latine comme leurs principales réserves stratégiques et considèrent également l'ensemble des nations latino-américaines comme une force fondamentale de soutien de leur politique sur le terrain international. La sécurité nationale des USA n'est pas menacée parce que le FMLN aspire à un gouvernement souverain, indépendant et non aligné. Sont menacés les termes injustes dans lesquels sont conçues les relations économiques et politiques entre les Etats-Unis et l'Amérique Latine et ceci n'a rien à voir avec le conflit Est-Ouest.

Les USA pour conserver leur politique envers les Etats-Unis ont utilisé le chantage, la menace militaire, l'assassinat politique, les coups d'Etat et des dizaines d'agressions directes. L'assassinat de Jaime Roldos, président d'Equateur, l'assassinat du général Omar Torrijos, chef de la Garde Nationale de Panama et le renversement de Michael Manley en Jamaïque pouvaient se déduire de la lecture du document élaboré par le Groupe de Santa Fé. Ce document dessine les bases de la politique extérieure du gouvernement de Ronald Reagan en Amérique Latine. Aucun de ces gouvernements ni de ces chefs d'Etat n'était communiste. Tous étaient pour une politique d'indépendance et de non alignement. Cette même pelitique pose le problème de l'intervention et de l'écrasement militaire de nos forces et des forces révolutionnaires d'Amérique Centrale et des Caraïbes, comme un axe pour les projets de Reagan. La résistance des Etats-Unis à cette politique est contraire à la paix et à la solution politique du conflit. Ce que le FMLN se propose comme objectif de lutte sur le terrain de la politique extérieure est une revendication juste, qui a une inspiration nationale et patriotique. Aucun des quatre objectifs du FMLN ne repose sur l'établissement d'un pouvoir absolu pour ses forces. De leur contenu on peut conclure qu'il fait preuve de souplesse et de réalisme et qu'il a des aspirations révolutionnaires et patriotiques et une volonté de paix. Le FMLN persiste dans sa politique de dialogue pour la paix au Salvador. Le FMLN a des contacts avec toutes les forces intéressées à la paix. Le FMLN aspire à une solution juste qui garantisse pleinement les intérêts des travailleurs et de la majorité du peuple salvadorien. C'est pour cela qu'il se propose ces quatre objectifs de lutte. Ces objectifs sont considérés par les USA comme un danger pour sa sécurité nationale et pour cela y répond par la menace d'intervention et fait courir le risque d'une guerre aux dimensions imprévisibles. Tous les secteurs sociaux, politiques et économiques du Salvador doivent réfléchir aux propositions du FMLN. Cela est préférable au risque d'une guerre qui frapperait les économies de milliers de petits et movens pronrié- taires et laisserait sans aucune possibilité de décision politique les forces actuellement au pouvoir qui joueraient de façon encore plus évidente le rôle de fantoches honteux des USA. Si le fait que nous ne soyons pas disposés à nous rendre devant l'irrationnalité et le chantage impérialiste est la justification que cherchent les USA pour agresser notre patrie, nous ne serons pas nous, combattants du FMLN les responsables de ce que cela signifie pour la paix en Amérique Centrale.

Nous avons une foi absolue en la victoire et l'intervention ne nous fait pas peur, nous rappelons toujours les raisons fondamentales de notre lutte et donc nous n'oublions pas les enfants qui meurent chaque jour de malnutrition partout dans le pays. Nous n'oublions pas la peine qu'ont à trouver leur nourriture quotidienne les milliers de familles ouvrières qui vivent dans les zones marginales de San Salvador et des chefs-lieux de département. Nous n'oublions pas la tristesse de notre peuple analphabète et aux pieds-nus, nous n'oublions pas le dramatique environnement de pauvreté de nos paysans aux quatre coins du pays, s'alimentant de tortillas et de sel. Nous n'oublions pas nos enfants abandonnés connaissant la faim et peuplant les rues des villes en faisant tout ce qui leur permet de survivre. Nous n'oublions pas le contraste entre le luxe insultant des résidences des oligarques avec le manque d'écoles, d'hôpitaux et d'habitations pour notre peuple. Nous n'oublions pas les atteintes à la dignité de nos femmes employées comme ouvrières dans les usines, sur les marchés comme petites et humbles vendeuses ou comme domestiques dans les maisons des riches. Nous n'oublions pas les massacrés dans les rues et sur les places de San Salvador. Nous n'oublions ni les tortures nì les disparus, ni ceux qui restent en prison, ni les chrétiens persécutés, ni ceux qui souffrent l'exil. Nous n'oublions pas les décapités et ceux qui ont été assassinés de la façon la plus incroyable et la plus atroce. Et nous n'oublions pas que derrière chacun de nos combattants il y a un frère, un père, une mère, ou un fils assassiné par une des dictatures parmi les cruelles et sanguinaires d'Amérique Latine. Pour toutes ces raisons nous nous sommes dressés en armes. Et rien de ceci n'est terminé, ni ne se terminera si ce n'est pas le peuple organisé qui est la garantie de la paix. C'est pourquoi au nom de la patrie qu'ont rêvé nos héros, une patrie de paix et de bien-être pour les pauvres à laquelle a rêvé un jour notre plus grand martyr Mgr. Romero au nom de la patrie libérée de l'exploitation et de la misère et transformée en lieu de bonheur pour les enfants et les travailleurs comme l'ont rêvé Rafaël Arce Zablah, Francisco Martinez (Gonzalo), Melida Anaya Montes (Ana Maria), Felipe Fena, Lil Milagro Ramirez, Rafael Aguinada Larranza et tous les héros nationaux qui avec une profonde foi dans le peuple commencèrent la construction des forces qui aujourd'hui rendent possible l'aspiration à la victoire : au nom de cette patrie ensanglantée mais debout et digne, nous ne nous rendrons pas, et nous n'accepterons pas le chantage impérialiste. Nos armes sont la garantie d'un avenir de paix, liberté, démocratie et bonheur pour notre peuple et nous ne les lâcherons jamais. Nous, fils de Farabundo Marti, nous saurons répondre et obtenir la victoire si l'agression impérialiste nous impose la défense de la souveraineté nationale. Mort à l'impérialisme ! Mort à la dictature ! Vive l'Armée Révolutionnaire du Peuple ! Vive le FMLN : La Révolution ou la mort, nous vaincrons ! Morazan Libre et Héroïque !

Joaquin Villalobos

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