Le discours qui suit a été prononcé le premier avril 1983 à l'occasion de l'anniversaire de la fondation des FPL(Fuerzas Populares de Liberación, Forces Populaires de Libération). Douze jours plus tard celui qui l'avait prononcé, Salvador Caetano Carpio (Marcial), se suicida. Auparavant, une autre dirigeante des FPL, Melida Anaya Montes (Ana Maria) avait été tuée à Managua.
Salvador Caetano Caprio était né en 1919 d'une famille très modeste : son père était cordonnier et sa femme domestique. Ses parents l'avait envoyé au seminaire, d'où il s'échappa à l'âge de 15 ans en allant travailler à l'étranger. A son retour au pays, il commença à travailler comme boulanger. En 1943 il fut l'un des premiers organisateurs du syndicat des boulangers et en tant que tel il participa aux mobilisations populaires qui débouchèrent sur le renversement du dictateur Maximiliano Hernandez Martinez.
Carpio adhéra au Parti communiste en 1947 et en 1948 il fut élu secrétaire à l'organisation. L'année suivante il participa à une école de cadres à Moscou. En 1951 il jut kidnappé et torturé par la police. Il resta en prison pendant une année environ. Par la suite il séjourna à Cuba. Selon ce qu il raconte lui-même, il fut frappé par la politique électoraliste et opportuniste du Parti socialiste populaire (tel était le nom du parti stalinien à l'époque) envers lequel il prit une attitude critique. En 1964, au moment où la victoire de la révolution cubaine avait déjà provoqué des débats et des clivages dans le mouvement ouvrier latinoaméricain et y compris dans le Parti communiste salvadorien, il fut élu secrétaire général du parti. En tant que dirigeant politique et syndical il joua un rôle dirigeant dans la grève générale de 1967 qu'il analysa par la suite dans une brochure remarquable. Dans la lutte intérieure du PC il se trouva en minorité tout en continuant d'être le secrétaire général. Au mois d'avril 1970 il quitta le parti et avec sept de ses camarades il commença à construire une nouvelle organisation, les FPL dont il fut jusqu'à sa mort le dirigeant principal.
Camarades,
Aujourd'hui tous les membres de notre organisation, ceux qui veulent en devenir membres, nos collaborateurs et nos amis célèbrent le début d'une étape dans l'histoire de notre peuple, le début d'une application patiente, allant du simple au complexe, d'une stratégie efficace pour la libération de notre peuple, d'une stratégie politico-militaire.
Avant la formation des Fuerzas populaires de liberación (Forces populaires de libération) Farabundo Marti il y avait déjà eu des tentatives de mettre en pratique la lutte armée. Mais, malheureusement, leur approche ne correspondait pas à la réalité du pays et, donc, cette stratégie ne put pas progresser. Je fais référence ici au fait qu'en 1968 un regroupement appelé Acción Revolucionaria Salvadorena (Action révolutionnaire salvadorienne) avait commencé à organiser des commandos urbains dans une optique strictement militariste et ne put remporter aucun succès par les petites actions qu'il avait entreprises. Les méthodes de recrutement très approximatives de ce regroupement permirent aux organes de répression de le détruire de l'intérieur.
Tout cela implique que les FLP ne furent pas la première organisation à emprunter le chemin de la lutte armée. Mais elles furent les premières à élaborer une stratégie qui, en se basant sur les principes du marxisme-léninisme et s'adaptant aux conditions spécifiques de notre pays, permit d'intégrer notre peuple à la lutte armée. Ainsi il fut possible de commencer la Guerre Populaire Prolongée, en allant du simple au complexe, sans désespoir, avec fermeté. Nous sommes partis d'une situation ou nous n'avions pas une seule arme et maintenant nous avons une armée révolutionnaire puissante, les Fuerzas Armadas Populares de Liberación (Forces armées populaires de libération), qui possède une quantité importante d'armes et est dotée de chefs de plus en plus capables sur le terrain stratégique et tactique.
Les anniversaires de la fondation des FPL ont été et seront les anniversaires du début de la lutte de notre peuple, de son processus révolutionnaire, d'une nouvelle étape historique où toutes les méthodes de lutte se combinent. L'axe central, l'instrument décisif devient la lutte armée, combinée à toutes les autres méthodes de lutte de notre peuple. Le trait caractéristique des FPL réside justement dans le fait d'avoir appliqué dès le début une stratégie combinant des méthodes de lutte politiques que nous avions utilisées depuis longtemps et des méthodes de lutte armée que les conceptions et les approches conservatrices rejettaient.
Pour emprunter un chemin que les organisations traditionnelles considéraient non seulement erroné, mais même impraticable, il fallait faire des efforts extraordinaires et avoir une volonté de fer. Il était surtout fondamental d'être absolument convaincu de la justesse de la ligne stratégique et tactique esquissée, qui n'était pas du tout orthodoxe d'un point de vue conservateur et n'était pas comprise par tous ceux qui avaient emprunté les chemins du dogmatisme et estirnaient que notre peuple ne pouvait pas prendre les armes, mais qu'il devait continuer à se placer sur ce terrain électoral dont la pratique avait démontré l'inefficacité.
Après 1932, lorsque les organisations populaires furent détruites et les syndicats furent interdits, notre peuple avait dû lutter pendant de longues années avant d'arracher à nouveau le droit de former des syndicats aussi bien que d'autres organisations populaires. Toutefois, la pratique démontrait que, si ces instruments étaient nécessaires pour organiser les travailleurs et pour mener les luttes pour des revendications immédiates, il était en même temps nécessaire qu'ils deviennent des moyens de formation de la conscience politique du peuple et non un but en soi. En d'autres termes, ils ne devaient pas servir uniquement à obtenir des petites augmentations de salaire, mais devaient aussi aider la classe ouvrière à acquérir une conscience de classe, c'est-à-dire à comprendre ce que sont l'Etat, le régime, le gouvernement, l'armée et ses maîtres, à savoir l'ensemble des forces visant à exploiter de plus en plus la classe ouvrière, les paysans, les couches moyennes, les intellectuels, les artistes, les petits et moyens propriétaires. Il s'agit d'une machine qui représente une dictature féroce exercée contre toutes les forces populaires par une bourgeoisie, qui, en partant du niveau de l'agroexportation, s'était transformée en une bourgeoisie dominant complètement tous les secteurs économiques et, donc, la vie politique ; une bourgeoisie qui, en alliance avec l'impérialisme yankee, contrôle la finance, l'industrie, le commerce extérieur, l'agriculture, l'élaboration de la production agricole destinée à l'exportation et que du point de vue politique, nous continuons d'appeler l'oligarchie. Les méthodes pacifiques de lutte du peuple, des travailleurs, devaient aider à comprendre que l'Etat bourgeois n'est qu'une dictature cruelle sur le prolétariat et les autres secteurs progressistes de la population. De 1932 à 1970, pendant quarante ans, les secteurs les plus dynamiques, les plus sensibles, les plus patriotiques, se sont rendus compte que ces méthodes étaient insuffisantes, alors que les directions traditionnelles, momifiées dans leur pensée, s'efforçaient d'obliger le peuple à se placer toujours sur ce terrain électoral qui n'était qu'une tromperie au détriment du peuple. Lorsque les FPL ont fixé leur ligne stratégique de guerre populaire, peu de monde estimait qu'une lutte de cette nature pourrait remporter des succès. Tout d'abord, les hommes et les femmes, peu nombreux, qui avaient adopté la nou- velle stratégie, ont eu des difficultés du fait qu'ils ne pouvaient pas riposter publiquement aux calomnies, aux accusations de « sectarisme » que les éléments traditionnels, et parmi eux les opportunistes, lançaient contre notre organisation.
On nous a qualifiés de sectaires déjà à l'époque de la lutte idéologique au sein des vieilles organisations. On nous a accusés de sectarisme parce que nous voulions que la classe ouvrière soit au premier rang dans la lutte révolutionnaire, parce que nous pensions que les alliances de classe ne doivent pas servir à assurer à la bourgeoisie des places au pouvoir, parce que les FPL avaient une nouvelle approche du problème des alliances et estimaient que le rôle de direction dans les alliances populaires n'appartient pas à la bourgeoisie, qui impose des compromis allant à l'encontre des intérêts de la grande majorité de la population. Pourtant, on avait des expériences historiques suffisantes en la matière.
En 1944 un mouvement populaire énorme renversa Martinez. Le peuple tout entier se mit en grève. Toutefois, la direction était petite-bourgeoise. Au moment même où Martinez était renversé, pour éviter que la vague de la révolution ne déborde sur San Salvador et pour arrêter le processus révolutionnaire, la petite bourgeoisie lâche, ayant peur du peuple, pactisa avec le régime moribond qui était en train de tomber pour assurer une solution dans le cadre institutionnel, à savoir l'avènement au pouvoir du vice-président, le général Menendez, et la formation d'un gorvernement de transition chargé d'organiser des élections. On imposa, en d'autres termes, une transition ordonnée pour empêcher le peuple de développer le mouvement en une véritable révolution. Ainsi cette extraordinaire alliance réalisée en avril-mai 1944, à laquelle avaient participé aussi bien les femmes du marché, les cheminots, les ouvriers, les employés, les petits propriétaires et même une partie de l'oligarchie (dont l'attitude fut décisive pour provoquer la crise totale du gouvernement Martinez) fut exploitée par la bourgeoisie pour éteindre l'incendie populaire. Voilà le résultat du fait que la bourgeoisie put imposer son hégémonie au sein de l'unité populaire. Dans d'autres occasions aussi des conjonctures politiques provoquées par des crises économiques ou des crises gouvernementales, permirent la formation d'alliances populaires nouvelles, parfois assez amples. Les FLP ont élaboré une politique d'alliances en partant de ces expériences de notre peuple. Elles ne l'ont pas élaboré sous une forme négative en disant que les alliances ou les unités populaires sont mauvaises. Elles ont expliqué qu'il s'agit d'alliances de classes et que la question fondamentale est donc celle de savoir qui dirige ou hégémonise un bloc ou un front, à savoir l'alliance populaire. Dans notre pays, où la lutte de classes est très aigüe, lorsque des alliances populaires se forment, la bourgeoisie, qui a une grande expérience, cherche à exploiter des secteurs de la petite bourgeoisie pour freiner l'élan des secteurs populaires et, en dernière analyse, exercer son hégémonie sur les mobilisations du peuple et maintenir son régime d'exploitation et la tyrannie militaire. En abordant le problème des alliances dans notre pays, sous un angle marxiste correct, les FLP ont expliqué ce qui suit : il est nécessaire de créer et de renforcer l'alliance ouvrière-paysanne comme une base agglutinante qui puisse permettre d'établir un rapport de forces favorable au peuple et ainsi à empêcher à la bourgeoisie de continuer à diriger les mouvements populaires unitaires. Il ne s'agit pas de l'empêcher par des mots, mais dans la pratique. Or, la classe ouvrière ne peut pas, a elle seule, déterminer l'orientation de la société lorsque subsiste une bourgeoisie forte, très expérimentée, et comptant sur beaucoup d'alliés petits bourgeois. Il faut, donc, l'alliance avec une grande force, loyale et aussi décisive que la classe ouvrière elle-même. Cette force est la paysannerie pauvre. La paysannerie pauvre est le semi-prolétariat. Si l'on réalise l'organisation et l'alliance des ouvriers, des ouvriers agricoles et des paysans pauvres dans un pays où cet ensemble englobe plus de 70% de la population, cela signifie que la classe ouvrière peut jouer le rôle de direction dans une alliance de classe où se trouvent aussi des secteurs de la bourgeoisie. En effet, si la classe ouvrière peut compter sur un allié puissant comme la paysannerie pauvre, elle représente une force qui, si elle veut lutter, est en condition de paralyser le pays. S'il y a une grève des ouvriers et des paysans, aucun pays au monde ne peut vivre. Encore moins pourrait vivre un pays comme le Salvador, où le prolétariat est numériquement si important. Pourquoi, donc, nierait-on à cette force fondamentale, qui produit et fait vivre notre pays, le droit d'orienter une grande alliance englobant toute le reste du peuple ? Les 20-25% qui restent pourraient intégrer une telle alliance populaire puissante qui isolerait les 1-2% ou même les 10% de la population qui sont composés des exploiteurs, de leurs serviteurs, de l'armée et des réactionnaires. En fait, à part ces genslà, tout le monde peut entrer dans une large alliance populaire.
En 1979, lorsque nous estimions que tout le monde était désormais convaincu que la lutte armée était la seule voie juste pour la libération de notre peuple, les FPL, avec d'autres organisations, ont commencé à poser les premiers jalons de l'unité, de la coordination. En 1980 on a réalisé l'unité ample dans le FDR et on a adopté une forme d'unité encore plus large avec le FMLN et le DRU. En 1981, la lutte armée est entrée dans une nouvelle étape, dans la phase initiale des batailles de plus en plus décisives vers la prise du pouvoir.
Certains ne conçoivent pas ce processus comme une unité dialectique, mais ils l'analysent par parties. Cela veut dire qu'ils analysent les phénomènes et les processus d'une façon statique. Ils estiment que la guerre a commencé le 10 janvier 1981 et que donc, la stratégie de guerre populaire prolongée n'est pas correcte. Si, lorsqu'en 1970 les FPL ont avancé leur stratégie de guerre prolongée, ces gens avaient analysé la situation d'une façon dialectique, ils seraient arrivés à la conclusion qu'il n'y a pas d'autre chemin que la guerre populaire prolongée. Il y a des insurrections qui peuvent être réalisées dans l'espace de deux ou trois jours ou d'une semaine. Dans un tel délai il est possible de prendre le pouvoir par les armes en exploitant des circonstances spécifiques et le rapport de forces qui se crée dans un pays donné. Par exemple, le parti soviétique, le parti bolchévique a pris le pouvoir par une insurrection populaire généralisée sur la base d'une alliance avec la paysannerie et non d'une alliance démocratique. Ce parti fit des tentatives insurrectionnelles, dont la première en 1905 fut étouffée. Les conservateurs estimèrent que c'était un échec alors que Lénine expliqua : ce n'est pas une défaite, c'est une répétition générale dont on peut tirer des leçons. Les leçons de ce grand mouvement populaire sont très importantes et nous en profiterons pour nous lancer de nouveau à l'assaut du pouvoir. L'une des leçons fondamentales de 1905 fut que le parti bolchévique avait réussi à capitaliser une organisation prolétarienne suffisante, mais non une grande organisation paysanne permettant la formation de l'alliance ouvrièreDavsange. Voilà l'une des causes de la défaite de 1905. Lénine en conclut que le prolétariat n'avait pas été capable de s'allier avec les paysans pour donner les coups décisifs. En 1917, grâce aux conditions qui existaient en Russie à l'époque, le parti bolchévique réussit à diriger une insurrection de quelques jours qui déboucha sur la prise du pouvoir par la classe ouvrière et la paysannerie. Voilà l'alliance sur laquelle se basa solidement le pouvoir du prolétariat, se réalisa la révolution. Ce ne fut pas une lutte prolongée. Si le premier avril 1970 les fondateurs des FPL avaient déclenché dans l'espace de quelques mois une insurrection armée généralisée, ils auraient commis une grande erreur ; ils auraient nourri des illusions dans un coup d'état ; ils seraient devenus des putschistes. Ils n'auraient pas agi en tant que révolutionnaires qui amènent leur peuple à être le protagoniste de son histoire. Si nous n'avions pas adopté le chemin de la guerre prolongée, nous serions tombés dans le pire aventurisme, dans le pire militarisme. La conception de la guerre prolongée implique la combinaison, en allant du simple au complexe, d'une structure, d'un fonctionnement et d'une activité militaire avec des moyens de lutte pacifique. Nous avons vu avec clarté qu'il y a quatre méthodes de lutte fondamentales pour la stratégie révolutionnaire des FPL, à savoir la combinaison de quatre terrains dans le cadre d'une seule stratégie et tactique : la lutte politique de masse, la lutte armée, la lutte au sein de l'armée ennemie et la lutte diplomatique.
Il s'agit de quatre terrains stratégiques qu'il faut savoir combiner avec souplesse et sagesse. Mais dans ce cadre il y a des terrains stratégiques fondamentaux et décisifs et des terrains auxiliaires. Les terrains décisifs sont : la lutte intérieure de notre peuple sur le plan militaire et sur le plan politique et la combinaison de ces deux méthodes de lutte. Sur le plan politique se pose le problème de l'intégration, dans les formes différentes et à des niveaux différents, des secteurs les plus arriérés du peuple, dans le but de les attirer et les organiser dans la lutte pour leurs revendications économiques, même les plus petites, en tout cas de les faire avancer politiquement, de faire maturer leur conscience. C'est ainsi qu'ils peuvent devenir un soutien et une base sociale de la révolution, une base sociale de la force armée et, qui plus est, ils pourront faire un saut dans leur disposition à l'insurrection armée et dans leur organisation pour une telle perspective.
Il s'agit, donc, d'une conception différente de celle qu'inspira la révolution bolchevique, il s'agit d'un moyen différent qu'il faut, en outre, combiner avec d'autres moyens. L'un de ces moyens - stratégique et auxiliaire - c'est la diplomatie. Le peuple dispose, donc, de quatre moyens de lutte : politique, militaire, travail au sein de l'ennemi, diplomatique. Mais dans notre guerre populaire i! fart voir bien clairement quels sont les noyens fondamentaux et décisifs par lesquels nous allons gagner la guerre. C'est l'intégration du peuple dans des batailles de plus en plus grandes, décisives et destructrices contre l'ennemi sur le terrain militaire. Le terrain militaire est l'axe fondamental et le moyen décisif pour gagner la guerre. Par conséquent, le renforcement militaire, le renforcement de la guérilla, des forces d'avant-garde, des unités d'avant-garde, des milices populaires, est l'axe fondamental pour obtenir la victoire, en combinaison avec la lutte politique partout, la lutte politique de l'arrière-garde stratégique, dans les zones contestées, dans les zones que nous appellons d'expansion et dans les villes, dans les endroits où l'ennemi dispose encore d'une force très grande.
Voilà les deux moyens, et il faut partir de l'effort héroïque du peuple dans sa lutte, car, de cette façon, on établit une corrélation, la corrélation entre l'intérieur et l'extérieur. L'extérieur a une très grande importance surtout dans un moment où, à l'échelle mondiale, les forces du socialisme sont en train de dépasser de plus en plus les forces de l'impérialisme, les peuples du monde sont en train de se libérer et la solidarité des peuples est si grande qu'elle peut devenir décisive pour annuler les efforts d'un gouvernement étranger réactionnaire dans certains aspects de sa politique belliciste ; par exemple, bloquer Reagan dans ses projets d'intervention en Amérique Centrale. Le facteur extérieur devient extrêmement important pour toute révolution dans le monde et, surtout, le camp socialiste mondial devient le principal facteur d'aide extérieure pour tous les peuples en lutte pour leur libération. Par conséquent, ce moyen extérieur est actuellement d'une importance vitale pour toute révolution et le moyen de la lutte diplomatique et de la lutte de solidarité acquiert une importance stratégique fondamentale à cette étape de l'histoire de l'humanité, à cette étape de la transition du capitalisme au socialisme sur le plan mondial. Dès le début, par le fait même de se proclamer marxistes-léninistes, les FPL ont estimé que leur alliance, leur fusion avec le monde socialiste est l'un des piliers stratégiques fondamentaux. Mais quelle est la corrélation entre la lutte intérieure de notre peuple et le facteur extérieur ? La dialectique nous apprend que dans tout phénomène et dans tout processus, ce sont les contradictions internes qui poussent en avant le processus. La lutte de classes à l'intérieur est le moteur de tout processus révolutionnaire véritable. L'expression la plus haute de la lutte de classes est la guerre populaire puisqu'on est déjà arrivé au point où il n'y a pas d'autre élément si décisif que la lutte armée. Cette lutte de classes à l'intérieur est le fondement de la révolution dans notre pays comme dans r'importe quel autre pays. Or, dans notre pays, la grande majorité de la population appar- tient au prolétariat soit urbain soit rural. Par ailleurs, la lutte pour obtenir même des conquêtes légales minimes, pour arracher même une petite augmentation de salaire, a été pendant des décennies extrêmement dure et la lutte de classe a été très radicale - ce que parfois on ne comprend pas à d'autres latitudes. L"est pourquoi une organisation qui exprime réellement les intérêts du peuple, doit refléter aussi ce degré de radicalisation de la lutte. Ceux qui ne comprennent pas les lois de développement et le degré de développement du processus révolutionnaire de notre peuple, peuvent croire que certains objectifs de lutte sont sectaires, parce que, peut-être, dans d'autres sociétés il n'y a pas une telle radicalisation, il n'y a pas une histoire de 53 ans de sang et de massacres, de 53 ans de tyrannie militaire. Ils peuvent penser que certains aspects de notre lutte sont trop radicalisés et oublier dans quel milieu nous agissons et que nous avons à affronter un ennemi sanglant qui génocides. Il y a deja a l'extérieur n'hésite pas à commettre les pires 600 000 hommes, femmes et enfants refugiés ; il y a a déjà eu 40 000 morts à partir de 1980 dans une guerre où notre ennemi ne se rendra pas jusqu'au dernier moment, il se défendra y compris en lançant des pierres, et il se prépare dès maintenant à la contrerévolution, à une revanche sanglante dans le cas où il perdrait momentanément le pouvoir.
Les FPL sont partis du point de vue que le facteur intérieur est fondamental, que la participation du peuple à la lutte est fondamentale. Il est fondamental que nous puissions survivre par nos propres moyens, par nos propres efforts, dans n'importe quelle situation. Quelqu'un pourrait penser que, par exemple, l'un des premiers engagements que nous avons pris le premier avril 1970, à savoir que nous n'avions pas le droit de nous présenter comme des révolutionnaires aussi longtemps que nous n'aurions pas prouvé à notre peuple que nous sommes des révolutionnaires relevait d'une attitude sectaire. Nous devions choisir un nouveau • mode de vie, abandonner notre famille, abandonner notre travail, nous entraîner, apprendre l'art militaire, nous imposer beaucoup de discipline. On peut même rire aujourd'hui en nous rappelant que nous n'avions pas un sou, ni une seule arme, et pourtant nous avons pris notre décision. Nous avons toutefois décidé de ne pas nous présenter comme une organisation révolutionnaire jusqu'au moment où nous aurions démontré au peuple qu'il existait dans notre pays une organisation véritablement révolutionnaire. En deuxième lieu, tout en n'ayant pas un seul centime ni une seule arme, nous avons pris la décision catégorique de ne compter que sur nos propres moyens et estimé que dans la lutte du peuple salvadorien, le facteur fondamental était son propre effort pour se libérer et nous n'aurions demandé aucune aide à aucune des organisations sœurs d'autres pays.
Cela pour deux raisons : parce que nous ne voulions pas nous présenter en disant que nous étions prêts à lancer une guérilla et qu'on devait nous y aider (pendant dix ans de lutté il y a eu de petits groupes qui ont été aidés et après on s'est rendu compte qu'on n'avait pas analysé correctement la situation et que ces groupes ne pouvaient développer aucune lutte). En misant sur notre propre effort, en partant de zéro, et en allant du simple au complexe, nous avons décidé de ne pas demander d'aide et ne pas établir pour le moment des rapports bilatéraux. Nous estimions que nous ne méritions pas encore d'établir des rapports avec des organisations influentes.
Nous ne l'avons tait qu'après cinq ans de développement de notre organisation et au moment où la guérilla, aussi bien urbaine que rurale, était devenue irréversible et ou nous avions réussi à pénétrer dans des grandes masses ouvrières, paysannes, estudiantines, enseignantes, etc... Ce n'est que cinq ans après la fondation des FPL que nous avons fait notre première visite à Cuba. Cela veut dire que dans notre approche des facteurs de lutte, le facteur intérieur et le facteur extérieur, nous avons adopté le critère dialectique que l'élément fondamental, c'est le facteur intérieur, c'est l'effort du peuple lui-même, ce qu'on peut obtenir soi-même. Dans beaucoup de cas, il y a eu un degré considérable de solidarité, qui, pourtant, n'était pas en rapport avec un effort de l'intérieur. Par ailleurs, si au départ toute l'infrastructure est le résultat de l'aide généreuse d'autres peuples, alors les organisations, les combattants et le peuple lui-même peuvent s'habituer à tout recevoir du dehors. Aujourd'hui, la loi de développement de notre révolution reste la même. La consigne donnée par le commandement des FALP l'année passée est : Gagner, anéantir et réquisitionner. Nous considérons que nous obtenons une victoire quand nous réquisitionnons et une demi victoire quand nous n'infligeons que des pertes à l'ennemi. Cette consigne indique que nous devons arracher les armes à l'ennemi, et que notre principal fournisseur est l'impérialisme yankee lui-même qui donne les armes à nos ennemis. Au cours des derniers mois, nous, des FALP, à nous seuls nous avons arraché plus de 300 armes. Nos combattants apprennent chaque jour davantage que notre principal fournisseur d'armes est notre ennemi, d'autant plus qu'il est de plus en plus démoralisé et qu'il est donc, plus facile de lui arracher des vivres et des armes.
Lors de la réunion de notre Commandement central en 1981, les accords historiques qui ont été conclus, se basaient sur ces éléments fondamentaux et dialectiques de notre stratégie, sur la nécessité de réaliser l'unité, de la concevoir d'une façon réaliste, à savoir en affirmant que la coordination et la coopération sont les moyens dynamiques d'avancer vers l'unité. Lorsque nous avons avancé cette ligne l'année passée, elle n'a pas été bien comprise par tout le monde. On a parlé de deux lignes au sein du FLMN, la ligne de l'unité et la ligne de la coordination, on a estimé que la coordination était opposée à l'unité. En réalité, nous disions : actuellement à San Salvador il n'y a pas de coordination, il n'y a aucune coordination politique entre les organisations militaires. Sur le terrain militaire, la situation est caractérisée par de mauvais rapports et non par une coordination. Par exemple, certaines organisations voudraient passer à travers les campements d'autres par la force. Par exemple, les campements des FLPS avaient depuis des années leurs propres règles de sécurité pour éviter des infiltrations ou des surprises de la part de l'ennemi. Ceux qui veulent passer par nos territoires doivent respecter les normes suivantes : s'il s'agit d'un camarade membre d'une organisation sœur, il doit présenter ses documents ou un papier de son chef pour son identification. S'il s'agit de masses amies, la même chose. Toutefois, on avait l'idée que, peut-être, nous étions très faibles du fait qu'il n'y avait pas encore une direction unifiée des FALP, capable de se faire entendre. Si une patrouille d'une autre organisation voulait passer, et un de nos détachements la bloquait, on se moquait de nous, tout en sachant que nos camarades avaient l'ordre de tirer pour des raisons de sécurité. Par exemple, une fois, on a dit à nos camarades qu'on ne leur avait rien dit, qu'il n'y avait aucun papier, qu'ils seraient renvoyés. Mais les nôtres étaient trois, les autres trente et finalement les nôtres ont été insultés et on leur a dit qu'ils avaient la permission (en montrant leurs fusils). Dans ces conditions il n'y avait aucune coordination, il n'y avait pas d'amitié non plus. Par conséquent les FPL ont déclaré qu'il fallait une coordination. C'était une affaire urgente et notre commandement central a proposé dix normes pour les différentes formes de coordination. Actuellement, c'est justement une coordination opérationnelle que nous sommes en train de réaliser, une coopération entre les différents fronts, chacun maintenant sa zone et le commandement sur ses troupes. Voilà ce que nous appellons coordination. Nous occupons un village, alors une organisation met à disposition un certain nombre de pelotons pour empêcher que des renforts arrivent, une autre organisation doit envoyer des camarades pour attaquer un poste, une autre encore doit se préoccuper des renforts etc...
Voilà la coordination dans l'action. On l'a perfectionnée dans la mesure où on a compris dans la pratique que cela nous permet d'infliger des coups à l'ennemi. Les grandes campagnes d'octobre et de janvier ont été déjà le résultat d'une coordination plus complète des efforts considérables faits par les différentes organisations. Dans ces conditions, lorsque la vie a permis de vérifier si nos approches étaient correcou non, notre organisation a acquis une incidence relative plus grande dans le cadre de l'unité. Ce sont, donc, les sages décisions prises par notre commandement général en 1981, qui nous ont permis d'avoir des forces armées très grandes et une incidence plus grande dans l'unité. "J'ai parlé de quatre moyens. Le moyen armé est fondamental et le moyen politique aussi. La lutte intérieure, l'effort du peuple est fondamental. Un autre grand moyen stratégique important est la diplomatie, la diplomatie et la solidarité internationale. Dans notre diplomatie nous avons besoin de beaucoup de souplesse pour pouvoir nous servir de cette science. Il s'agit effectivement d'une science qui dispose de ressources énormes, de techniques multiples pour gagner des amis, gagner des gouvernements, en neutraliser d'autres, gagner des organisations étrangères et finalement même amorcer des dialogues et des négociations avec l'ennemi.
Au point où nous en sommes dans cette guerre, que dire du dialogue et des négociations ? Le gouvernement de Reagan intensifie l'épreuve de force avec le mouvement révolutionnaire du Salvador. Mais une chose est claire: le gouvernement de Reagan a déclaré la guerre à notre peuple et il la poursuivra, dit-il, jusqu'à la défaite. Deuxièmement, afin de tromper les autres peuples et le peuple salvadorien lui-même, il utilise la deuxième arme de sa stratégie politicomilitaire contre notre peuple. Il met en œuvre toute une stratégie politique : des élections pour le mois de décembre, une amnistie, la Commission pour la paix. Ainsi, il fait pression sur le Congrès pour qu'il approuve l'intensification de la guerre au Salvador, et il obtient l'accord des deux chambres. Donc, en ce moment, nous faisons face à la menace - de la part de ce colosse que sont les Etats Unis, de la part de son gouvernement - d'une intensification de la guerre, et d'autre part nous sommes confrontés à un changement - non un changement complet mais un changement tactique - dans les formes de l'attaque dirigée contre notre peuple, contre notre guérilla, contre nos unités d'avant-garde.
Par exemple, ils ont l'intention de diviser le pays en 5 zones militaires, c'est à dire de changer la structuration de leurs forces. Dans chaque zone il y aurait un Haut Commandement dirigé par les conseillers américains, qui vont même diriger des compagnies et, si c'est possible, diriger y compris à un échelon inférieur... Autrement dit, ils élaborent de nouvelles formes, de nouvelles tactiques contre notre guérilla, contre notre peuple et leur arme principale, elle est évidente, c'est le mensonge, leur volonté c'est une volonté de destruction, et ils dissimulent cette volonté en se cachant derrière le paravent des élections, de l'amnistie ... de la commission pour la Paix. Et alors oui, une fois qu'ils veulent se concentrer sur l'attaque militaire, ils peuvent se payer le luxe de demander au gouvernement de Magana de négocier, de dialoguer avec la guérilla mais la règle du jeu est déjà fixée. Ensuite vient l'amnistie, arme perverse de la guerre psychologique, et troisiemement, en ce Coi mission de la pau. iine le jla a la de Reagan est très clair : il veut en finir avec nous et ensuite proposer un pseudo-dialogue, une pseudo-négociapeuples qui pe vivent que dr letains tion pour pouvoir tromper certains qui sont enfermés dans ce cycle, qui considèrent que les élections vont résoudre les problèmes qui n'ont pas été réglés, qui considèrent que c'est une solution ; alors quand on leur parle d'élections, ils tombent facilement dans le piège que leur tend Reagan qui veut faire croire que c'est là la solution. Alors, même des amis peuvent venir - avec des intentions généreuses - pour faire pression jusqu'à un certain point pour ouvrir des négociations, un dialogue pour des élections. En ce moment nous sommes dans cette situation.
Lors de la dernière réunion du Commandement Central, les résolutions prises ont été très claires. Premièrement, la direction centrale des FPL a déclaré qu'il n'est pas souhaitable de participer à des élections avec ce gouvernement, et donc elle s'est prononcé pour la non participation. Mais cette non participation n'est pas suffisante et dans la décision de la direction centrale on parle de la nécessité de rejeter, de démasquer et de lutter contre les prochaines élections. Donc, la voie est très claire. Jusqu'à présent il y a un consensus dans le FMLN dans ce sens - même s'il faut préciser comment le présenter - mais jusqu'à présent il y a un consensus sur le fait qu'il ne faut pas participer, qu'il faut démasquer les élections. Pour nous, c'est un fait et nous agissons au sein du FMLN dans ce sens, de façon positive. Donc, il faut la position face aux prochaines que élections soit claire. Appeler en ce moment, par exemple, à une insurrection générale face aux élections serait prématuré, ce n'est pas correct. Je prends cela comme un point extrême, mais il y a une infinité de négociations qui peuvent porter sur des que la position face aux prochaines élections soit claire. Appeler en ce moment, par exemple, à une insurrection générale face aux élections serait prématuré, ce n'est pas correct. Je prends cela comme un point extrême, mais il y a une infinité de négociations qui peuvent porter sur des points limités; de même pour le dialogue. Il y a des dialogues qui portent sur des objectifs limités pour voir si on est prêt, s'il est possible d'arriver à des accords sur des points déterminés. Par exemple, un dialogue avec l'ennemi pour que la Croix-Rouge puisse avoir accès a certains endroits pour parvenir à un accord sur l'échange mutuel des blessés etc... Ce sont des dialogues pour des objectifs partiels, petits. Mais il peut aussi y avoir des dialogues qui durent plus longtemps, qui se développent et se transforment et ouvrent la voie, créent les conditions à la négociation. La négociation ne signifie pas non plus que l'on s'apprête à signer un accord, sur cela aussi il faut être clair, on peut négocier et parler pendant des années pourvu que l'objectif que l'on recherche dans la négociation soit clair. Alors un dialogue peut être le pont vers une négociation, une négociation, partielle ou totale sur le conflit. Donc, nous pouvons avoir recours en permanence à ces deux moyens de lutte, il faut en tenir compte. C'est comme dans une grève, quand on est en grève, on peut présenter comme un moyen de lutte un cahier de revendications et s'asseoir avec le patron discuter des revendications. C'est légitime et c'est cela la négociation ; quand un syndicat est en grève et qu'il a présenté un cahier de négociations, il doit s'asseoir avec les patrons, les patrons d'un côté et les dirigeants de l'autre. Si ce sont des dirigeants serviles, ils arrivent vite à un accord avec le patron : « allez, on accorde une augmentation d'un demi-centime », même si les travailleurs se fâchent. Mais de vrais dirigeants de la classe ouvrière savent qu'on ne peut discuter avec un patron quelqu'il soit et parfois les discussions se prolongent, elles deviennent plus acharnées, et alors on voit jusqu'où va le cynisme du patron. Ceci aide y compris à savoir si ce sont de bons dirigeants, si ce ne sont pas des bureaucrates, cela permet d'encourager la masse des travailleurs, car quand ils arrivent après avoir discuté au Ministère du Travail, quand ils arrivent après la séance là où sont les travailleurs en grève, ils leur disent « imaginez-vous qu'aujourd'hui le patron voulait accepter une de nos revendications, mais il ne voulait pas entendre parler d'augmentation de salaire », alors on continue la lutte et cela permet d'encourager les gens au combat. On doit concevoir la négociation de ce point de vue, comme un moyen de lutte, et non comme un recours à tout prix parce que l'on est en train de perdre pied et que l'on cherche une planche de salut pour ne pas se noyer.
Au Salvador, où existe une guerre héroïque, la négociation ne peut pas se concevoir ainsi et les FPL l'ont toujours conçue autrement, comme un moyen de lutte stratégique, comme une aide pour que nos combattants puissent aller de l'avant. C'est cela la négociation et on peut s'asseoir à une table pour négocier, à condition d'être très clair, de défendre de façon intransigeante les intérêts du peuple, alors on peut se battre pendant des mois et des années à la table de négociations, pendant que nos armées avancent, et qu'elles donnent le coup de grâce à l'ennemi, que cesse le génocide, et que cette négociation débouche sur la victoire, sur la signature par l'ennemi de sa reddition. Il s'agit de négociations à des conditions qui soient réellement avantageuses et favorables aux intérêts de notre peuple. C'est pourquoi l'on dit qu'il s'agit d'un moyen complémentaire, parce que, de même que Reagan les utilise comme un paravent derrière lequel se cachent ses hélicoptères, son aviation, et ses armées pour nous détruire, il utilise les élections comme un moyen complémentaire, comme un paravent, de même nous devons utiliser le dialogue et la négociation comme une aide, pour renforcer nos armées et pour porter des coups chaque fois plus forts à l'ennemi.
Cet exemple c'est celui du Vietnam, à cette différence près qu'il y avait là bas un vrai parti communiste, unique, et que personne n'agissait autrement parce qu'il n'y avait pas différentes organisations avec des points de vue distincts. Dans ces conditions, lorsque le parti disait qu'il fallait aller à une négociation, il avait déjà un plan achevé et pour tout le monde c'était clair ce qu'était le but de la négociation et qu'elle était une arme auxiliaire, qui pouvait être utilisée pendant des années. En effet, la négociation a duré quatre ans et à la fin, les vietnamiens ont signé avec plaisir un traité impliquant le départ des nordaméricains. Ils avaient établi un rapport de forces énormément favorable puisqu'il existait un Nord qui était socialiste, et toute une armée révolutionnaire patriotique au Sud. Ainsi, en l'espace de deux ans, ils ont pu entrer dans Ho Chi Minh ville. Cette conception du dialogue, oui, fait partie de la stratégie de notre organisation, qui affirme que la diplomatie est un moyen stratégique qui doit être utilisé de la façon la plus riche et la plus souple possible. C'est un moyen stratégique mais qu'il faut concevoir comme une aide à la lutte intérieure.
Donc, en ce moment, il y a plusieurs possibilités de dialogue. Mais une chose doit être claire : le dialogue que propose Reagan est un dialogue inacceptable. Les FPL ont sur ce point une vue très claire et dans le FMLN - jusqu'à présent - il y a accord sur cela.
Comment va-t-on participer à ces élections ? Quelles sont les règles ? Non, nous ne sommes pas d'accord pour mettre telle ou telle condition. Nous ne sommes pas pour un dialogue qui sert de « couverture ». Parce qu'il s'agit d'un dialogue qui a pour but de légitimer cette manœuvre dangereuse de guerre psychologique qu'est l'amnistie et pour légitimer des illusions sur le fait qu'il puisse y avoir une paix juste et digne en ce moment alors que Reagan se prépare à nous écraser. Donc, la ligne des FPL, dont je peux légitimement dire qu'elle reflète les discussions de la direction centrale et ses résolutions, est la suivante : Non aux élections, il faut lutter contre et les démasquer. Nous ne rendrons pas une seule arme ! C'est vrai ! Pas une seule arme ! Au contraire chaque fois nous devons en réquisitionner davantage. En ce qui concerne les armes cela doit être bien clair: nous ne rendrons pas les armes au contraire nous devons chaque fois en prendre davantage à l'ennemi. De plus, nous n'admettons aucune trève comme condition pour impulser ou pour commencer le dialogue ou les négociations. La trève en ce moment ne servirait qu'à donner un répit à l'armée qui est mal en point, très mal en point. La trève servirait à armer l'ennemi, à préparer des conditions qui n'existent pas en ce moment, à leur permettre de préparer des forces mobiles et de se lancer avec plus de vigueur contre les forces révolutionnaires. Donc en ce moment, trève et dialogue ne sont pas iés et ils ne doivent pas être liés comme condition préalable. La trève, le cessez-le-feu sont des choses que l'on peut envisager dans le cadre d'une négociation si l'on parvient à un accord digne, qui peut durer plusieurs années ou qu'il dure ce qu'il dure. Mais à la fin cette négociation débouche sur la victoire du peuple et alors il est clair qu'il faut cesser le feu et des conditions de ce cesser-le-feu : est-ce que l'ennemi rend les armes, où est-ce qu'il les rend etc..., quel va être le rapport de forces ? Mais en ce moment la trève est inadmissible comme condition pour le dialogue. Nous ne sommes pas des partisans de coups d'Etat, nous considérons que tout coup d'Etat s'il se produit, y compris par Majano, doit nous amener à continuer et à intensifier encore plus la lutte et à essayer d'accroître encore plus notre influence dans les masses pour les lancer au combat, pour intensitier la lutte en protitant de la conjoncture du coup d'Etat, sans aider les bandes réactionnaires en action.
C'est pourquoi plusieurs choses doivent être claires concernant l'avenir de notre combat. Toute organisation révolutionnaire doit avoir une vision claire de son passé, de son présent, de son futur si elle veut avoir les moyens en permanence d'orienter le peuple. Notre organisation est fière de constater que sa ligne stratégique tracée lors des premières années a changé l'histoire du pays, la change encore, permet de regrouper plus de forces, et a favorisé la réalisation d'une unité qui en dépit des divergences idéologiques, stratégiques et tactiques profondes qui existent entre les différentes organisations, est cependant un instrument fondamental, stratégique pour notre peuple, pour avancer et progresser sur cette base, en appro- fondissant l'unité. Notre organisation est consciente aussi d'avoir commis beaucoup d'erreurs.
Nous avons commis des erreurs sur le plan de la construction de notre parti, ce sont celles qui pèsent le plus en ce moment. Alors que pendant de nombreuses années nous avons fait des efforts pour construire un véritable parti marxiste-léniniste, nous n'avons cependant pas progressé dans la tâche fondamentale en construisant la base de l'organisation, en construisant de façon vigoureuse les cellules, des cellules qui soient enracinées dans les masses, qui dirigent les masses. Nous n'avons pas réussi jusqu'à présent. Nous faisons des efforts, des cellules se forment, avec d'autres caractéristiques, mais nous ne pouvons pas parler de parti marxisteieniniste s'il n'y a pas de base, parce qu'alors il n'y a pas de véritable centralisme démocratique, parce que le centralisme démocratique n'est pas un chemin à sens unique. Ce n'est pas seulement une direction qui donne des ordres et des orientations sans qu'elles soient enrichies par les masses. Une direction de ce type se bureaucratise par la force des choses, parce que comme le disait Lénine, on ne peut diriger un peuple, on ne peut diriger la classe ouvrière comme le faisaient et le croyaient les penseurs et philosophes idéalistes anciens, en étant entermes dans une tour d'ivoire isolés • du peuple. Quand une organisation n'est pas enracinée dans les masses, la direction ne connaît pas la réalité, la pensée, les sentiments, les aspirations et les dispositions du peuple. Le centralisme démocratique signifie un fonctionnement à double sens où la direction élabore les orientations et intègre les opinions et les connaissances de la base et du peuple de façon à avoir les éléments suffisants pour élaborer une honne orientation. Nous ne pouvons être satisfaits de l'état dans lequel se trouve le parti aujourd'hui encore, après tant d'années de lutte pour construire le parti du prolétariat. Malheureusement nos membres n'ont pas tous compris, à un moment donné, la nécessité de renforcer la vie des cellules précisément parce qu'il y a beaucoup d'autres besoins : il faut créer l'armée, créer certains organisations populaires, remplacer des cadres de ces organisations, dans les commissions, les sous-commissions, les équipes, etc... Il y a beaucoup de besoins dans une organisation qui devient grande, mais dans cette ambiance nous nous sommes écartés de la conception correcte de ce qu'est un parti du prolétariat et nous avons sousestimé pendant des années la nécessité de former des cellules et des organismes intermédiaires ; nous avons sous-estimé les directions régionales, les Comités du Parti et les cellules. Les FPL n'ont pas encore rompu complètement avec ce schéma parce qu'il n'y a pas encore assez de cellules et les FPL se sont transformées, non pas en un véritable parti du prolétariat marxiste-léniniste mais en un parti d'élite, de cadres marxistes-léninistes de par leur idéologie ; mais, en pratique, en tant que parti les FPL n'ont pas réussi à s'enraciner dans les masses et c'est cela la tâche fondamentale car ce n'est qu'ainsi que l'on peut construire un véritable parti. Sinon, lorsque l'on est dans ce jeu depuis des années et des années, alors qu'il n'y a de vie et de centralisme démocratique apparent que parmi les cadres il y a des déformations qui se produisent, des situations difficiles se créent dans des différentes zones, des cadres régionaux très valables font des pas en arrière. Nous - les dirigeants, les cadres, les commissions, les sous-commissions ou les directions de zone -nous allons être marqués par des traits qui ne sont pas exactement les traits de cette humilité et de cette modestie prolétarienne que nos cadres, par exemple, avaient auparavant. Dans un tel contexte il y a beaucoup d'arrogance et d'arbitraire, et des gens tendent à décider arbitrairement si quelqu'un peut ou non devenir membre ou si quelqu'un doit être éloigné. On devient en même temps hypersensible à toute critique, et on commence à châtier ceux qui critiquent et même à terroriser la base. Ainsi une situation se crée qui n'est pas celle d'un parti du prolétariat et cela à cause de l'absence du jeu du centralisme démocratique qui doit aller de bas en haut et de haut en bas. En fait, de haut on peut critiquer très fortement n'importe qui, mais, puisque depuis des années nous n'avons plus l'habitude l'être critiqués, nous, en haut. i, partol nous n'acceptons pas la critique, nous réagissons très mal, nous n'avons pas de patience et certains usent même leur pouvoir incorrectement pour châtier ceux qui critiquent.
Nous ne pouvons pas dire, donc, que nous sommes satisfaits en ce qui concerne la construction du parti. Les directions de zone ont avancé suffisamment, elles ont fait un très grand travail surtout au cours de la dernière année et demie, surtout depuis août 1981. Beaucoup de cadres sont en train de travailler avec esprit de sacrifice. Dans les organes de pouvoir populaire, il y a des assemblées des membres. En d'autres termes, il y a une vie nouvelle, le parti se développe, une dynamique est enclenchée. Si nous sommes conscients de cette dynamique, de la nécessité de créer des cellules et de faire fonctionner le centralisme démocratique, nous serons capables de former un véritable parti, le parti du prolétariat salvadorien.
En ce premier avril, treize ans après la formation de notre organisation, nous pouvons dire avec orgueil que nous avons eu de grands succès dans le travail de nes forces armées populaires de libération. Nous pouvons affirmer que nous sommes en état d'infliger à court terme à l'ennemi des coups encore plus durs et que cette année sera une année de batailles grandes et glorieuses livrées par notre peuple sous la direction des FPL. Nous avons de bonnes raisons pour affirmer également que nous sommes en train de progresser dans notre travail de masse. En ce qui concerne ce travail, il faut faire des distinctions. Nous avons enregistré des progrès satisfaisants dans les zones ou nous avons une influence, dans les zones contestées et dans les villes, à San Salvador et dans d'autres endroits. Nous avons des raisons d'estimer que nous sommes déjà en train de surmonter les situations les plus difficiles. Nous sommes sûrs que, grâce à siles, Nisme et a sa conviction, face d du peuple tout entier est une condition stratégique pour gagner la guerre. Notre organisation fera tous les efforts nécessaires pour faire avancer le FMLN et le FDR dans une optique réaliste. Il sera nécessaire de développer une lutte idéologique correcte contre les tendances incorrectes qui existent dans son sein. Le Commandement central a décidé de faire une autocritique concernant toute la vie de l'organisation. C'est une tâche d'analyse qui nous permettra d'améliorer notre travail dans le futur. Il est nécessaire d'être très responsable, car parfois nous passons d'un extrême à l'autre, nous nous considérons responsables de tout. Lénine, iorsqu'il parlait d'autocritique ou de critique, présentait les choses comme suit : il y a des gens qui veulent critiquer des idées ou des orientations qui ont effectivement quelque chose d'erroné ; mais après il font comme cette mère qui, après avoir lavé son bébé, jette le bébé avec l'eau sale. Il est nécessaire de pratiquer la critique et l'autocritique d'une façon marxiste-léniniste si on veut éviter des erreurs graves. Il faut éviter de considérer tout simplement comme des erreurs les plus grandes gloires des FPL, en faisant abstraction des conditions concrètes où des décisions ont été prises. Par exemple, pourquoi devrionsnous nous frapper la poitrine, nous considérer comme des sectaires parce que nous avons affirmé une nouvelle approche des alliances de classe dans l'intérêt de la classe ouvrière et de la paysannerie, dans un pays où ces classes sont les classes majoritaires et fondamentales ? Nous devons éviter de commettre l'erreur dénoncée par Lénine et de commencer a caractériser comme sectaire tout ce qui a fait croître les FPL et tout ce qui est valable, justement parce que il faut s'opposer aux manœuvres d'une bourgeoisie encore assoifiée du sang de nos ouvriers.
Notre révolution peut se terminer de deux façons. La guerre peut se terminer dans une coalition de forces de la bourgeoisie, la droite y compris, à savoir une coalition incluant un secteur de droite et un secteur de centre, et qui serait suffisamment forte pour prendre le contrôle du pouvoir. Cela impliquerait un modèle de société et de gouvernement, un modèle bourgeois, déjà bien connu. La bourgeoisie mexicaine peut nous raconter son histoire de la révolution de 1911-1920, pendant laquelle sont morts un million de paysans. Elle peut nous raconter comment elle réussit à dompter (pardonnez-moi une expression si dure), une classe ouvrière si grande et orienter, sous sa direction ou, pour mieux dire, dans son propre intérêt, une grande paysannerie. Il ne s'agit pas seulement de la bourgeoisie mexicaine. Il y a des centaines de cas où le sang des ouvriers et des paysans a été versé inutilement. définie, lergémonie das e clase est La guerre n'est pas encore bien pas encore définie. Pourquoi commencerions nous maintenant à nous frapper la poitrine, à affirmer que nous nous sommes mal portés, que nous sommes des sectaires parce que nous avons parlé d'alliance ouvrière et paysanne ? Devrions-nous ne pas en parler ? Pourquoi ? Pour ne pas repousser des alliés ? Certes, il est possible que pendant un certain temps nous nous éloignons de certains alliés. Mais il est possible aussi que ce soit la seule voie pour gagner d'autres alliés, ce qui n'implique aucune prétention à un pouvoir total. Devrions nous dire que nous avons mal posé le problème des alliances de classe, que nous sommes des sectaires ? Devrions-nous arriver à la conclusion qu'il faut changer les thèses fondamentales de l'organisation dans le but d'exploiter des occasions qui se présentent à un moment donné de la guerre ? La critique et l'autocritique n'impliquent pas que nous caractérisons comme sectaire ce qui constitue la grandeur de l'organisation. Par exemple, ll serait grave, que quelqu'un dise que défendre les intérêts de la classe ouvrière c'est du sectarisme ou que nous voulons aller trop loin. Les FPL sont nées de la classe ouvrière. C'est vraiment incroyable que dans un pays qui a tellement lutté et participé à la révolution, il n'y ait pas encore un véritable parti marxiste-léniniste. Donc, l'aspiration à devenir le parti marxiste-leniniste n'est pas sectaire, c'est un devoir fondamental pour la révolution. Certes, il peut y avoir des marxistes léninistes véritables dans d'autres organisations, admettons-le. Mais quelle possibilité peuvent-ils avoir, ceux qu'on appelle les « marxistes dispersés », d'entreprendre réellement la construction d'un parti du prolétariat ? Justement le mot « dispersé » indique qu'ils n'ont pas cette possibilité ni pour l'instant, la volonté. Le noyau marxiste le plus grand, le plus conséquent des dernières treize années, le plus vrai, le mieux disposé et le mieux en condition de se transformer en véritable parti du prolétariat, est constitué au Salvador par les FPL. Par là nous ne méprisons aucunement nos frères, nos alliés qui, comme nous, sont en train de verser leur sang. Nous ne faisons que constater une réalité. Si c'est du sectarisme que de s'efforcer de transformer les FPL en parti marxiste-léniniste, alors disons également, en guise d'autocritique, que le Commandement central a eu tort d'affirmer que nous avions le devoir de nous transformer en parti marxisteléniniste. Tout cela ne signifie pas que nous méprisons les autres, que nous excluons qu'il y ait des groupes dans d'autres organisations. Mais nous n'allons pas attendre pour satisfaire cette nécessité historique de notre peuple, de même que nous n'avons pas attendu en 1970 que les récalcitraints soient convaincus.
Ainsi, la tâche que notre Commandement central s'est fixée, est une tâche qui implique une responsabilité très grande. Nous devons saisir tous les côtés faibles dans notre histoire et dans notre présent et faire même notre autocritique, mais ne pas jeter le bébé avec l'eau sale. Nous ne devons pas commencer à expliquer qu'il est sectaire de vouloir transformer les FPL en parti marxiste-léniniste ou d'affirmer que la base de toutes les alliances est l'alliance ouvrière-paysanne, ou de penser que la lutte de classe continue d'être le moteur de notre révolution. Notre tâche est d'être ouverts, d'utiliser les quatre moyens de lutte y compris la négociation et le dialogue comme moyens auxiliaires d'infliger à l'ennemi les coups les plus durs sur le terrain militaire, de réussir à arracher le plus d'armes possible, de construire des unités militaires, de rendre notre armée plus puissante, et d'aider de cette manière notre peuple et le FMLN à mener correctement la lutte pour la victoire de notre révolution et déjouer toutes les manœuvres politiques du régime de Magana.
Finalement, il faut dire que l'Amé- rique Centrale est sous la menace de l'impérialisme nord-américain. Le Nicaragua a été envahi par plus de mille soldats contre-révolutionnaires, dirigés centralement. Il y a des menaces de guerre contre le Honduras. Il y a une guerre de provocation du Honduras contre le Nicaragua, des menaces d'intervention dans notre pays. Par conséquent, à l'étape actuelle, sur le terrain international, la tâche fondamentale est de réussir à créer une conscience mondiale et à stimuler une action à l'échelle mondiale contre l'intervention de l'impérialisme nordaméricain au Nicaragua, au Salvador, au Guatemala contre son ingérence au Honduras et au Costa-Rica. Voilà, à ce moment, le drapeau de lutte le plus important. Il faut créer une opposition partout. Il faut exploiter le fait que des gouvernements amis (Mexique, Panama), au nom de leurs propres intérêts d'Etat, n'acceptent pas une telle dynamique.
Par conséqueni, notre devoir en ce moment est de lutter contre l'intervention impérialiste, d'utiliser toutes les formes publiques à l'échelle mondiale, de s'adresser à toutes les organisations amies, de nous approcher de tous les gouvernements amis, d'utiliser n'importe quelle campagne dans le but de créer une conscience et de stimuler une grande lutte mondiale contre l'intervention impérialiste au Salvador et au Nicaragua, avec l'aide du monde entier y compris de l'opinion aux Etats Unis, et en même temps de multiplier nos coups militaires contre l'armée. De cette façon, en préparant l'insurrection dans les villes et dans les zones contestées, nous rendrons possible, disons dans le reste de l'année, un saut stratégique dans le rapport de forces.
La révolution ou la mort ! Le peuple armé vaincra !
Salvador Caetano Carpio