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La revue › hors-série n° 31 (Spécial Europe)

Vers l'intégration militaire ?

Angela Klein · Quatrième Internationale, hors-série n° 31 (Spécial Europe) · décembre 1988 · p. 70-73 · 3 518 mots

In English: Towards Military Integration? (International Marxist Review Vol. 4, No. 1, Spring 1989).

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• COURS de ces dernières années, et A surtout depuis 1984, nous constatons une intensification des efforts faits pour arriver à une coopération militaire d'Europe occidentale, sous la forme de la résurrection de l'Union de l'Europe occidentale (UEO), de la coopération militaire franco-allemande, du réarmement de l'Espagne, etc. Ces efforts sont parfois interprétés comme un désir de créer un substitut au prétendu désengagement des Etats-Unis du théâtre européen. Désengagement supposé, suite au traité INF, et à la nouvelle phase du rapprochement entre Washington et Moscou.

Ces efforts de coopération sont perçus de diverses façons par les grands courants politique de la gauche et du mouvement ouvrier.

En RFA, la majorité du SPD estime que l'intégration politique pour la sécurité de l'Europe occidentale est une contribution à la stabilité de la situation européenne et un renforcement de la partie européenne dans l'Alliance atlantique. C'est ainsi que raisonne Hans-Jochen Vogel, lors de la vingt-cinquième session, cette année, sur la Défense, à Munich, et aussi Huntzinger, du PS français. En conséquence, ils acceptent également les initiatives militaires qui résulteront de ces accords d'intégration. Une grande partie des Grünen, le KPD, en partie aussi la gauche de la social-démocratie voient dans une intégration de l'Europe occidentale une possibilité de construction d'une alternative en faveur d'une politique de paix fondée sur la vision de Gorbatchev d'une « alliance pour la paix dans la maison commune qu'est l'Europe ".

Cette interprétation surestime de beaucoup la dynamique de désarmement qui aurait été prétendument déclenchée par le traité INF et qui, dans cet esprit, devrait mener à une deuxième phase de la politique de détente. A y regarder de plus près, l'interprétation qui veut que les efforts de réarmement de l'Europe occidentale soient une alterative à la domination des Etats-Unis dans l'OTAN constitue une interprétation erronée.

La discussion sur le réarmement ouest-euro70 péen ne peut être dissociée de la politique militaire des Etats-Unis et du débat sur la stratégie à suivre au sein de l'OTAN. Les années quatre-vingt ont apporté deux changements essentiels qui conduisent maintenant à une nouvelle formulation de la stratégie de l'OTAN. Un tournant des USA dans leur politique d'armement ? • Les insistances américaines sur une " plus grande distribution des charges » au sein de l'OTAN, qui ne sont pas en soi une nouveauté, se sont pourtant beaucoup intensifiées, surtout parce que, suite à leur déclin économique persistant, les Etats-Unis ne sont plus en état de jouer seuls le rôle de gendarmes du monde. Au cours de ces dernières années, les Etats-Unis ont pu obtenir des succès partiaux dans cette voie : plusieurs pays membres de l'OTAN ont repris des fonctions logistiques et militaires dans le golfe Persique ; la RFA a étendu le champ d'activité de sa marine de guerre dans la mer du Nord et en Méditerranée ; la RFA « décharge » les Etats-Unis en augmentant son aide militaire à la Turquie et au Portugal. Il faut aussi dire que les Etats-Unis n'ont pas pu imposer à leurs alliés de l'OTAN leur demande d'une augmentation réelle de 4 % de leur budget militaire. Ils ont subi quelques revers partiels comme, par exemple, la modification des conditions financières pour leurs bases aériennes d'appui en Espagne, des développements semblables étant prévus en Grèce. • Les USA n'ont pas, jusqu'à maintenant, réussi à briser la parité nucléo-stratégique avec l'URSS, qui règne depuis le milieu des années soixante-dix, en affirmant une nouvelle suprématie qualitative. Les objectifs de la première administration Reagan, consistant à obliger l'Union soviétique à un réarmement qui la laisserait « exsangue » tandis que les persistantes grandes dépenses militaires américaines conduiraient à un nouveau boom économique aux Etats-Unis, n'ont pas été atteints. Du point de vue de la technique militaire, le pilier de cette nouvelle course à la suprématie aurait dû être la fameuse Initiative de défense stratégique (IDS), dite " guerre des étoiles ". Mais la critique de la possibilité de réalisation de ce projet s'est fort accentuée, y compris dans les rangs des experts militaires. Récemment, l'Office of Technology Assessment (OTA) s'est manifesté auprès du Congrès des Etats-Unis par une étude de neuf cents pages de laquelle il ressort qu'il est probable que « l'IDS irait vers un échec catastrophique (...) s'il etait utilisé pour la première fois (et probablement la dernière fois) dans une guerre réelle », le software de la commande automatique des différents systèmes étant trop complexe et les moyens de défense possibles trop nombreux.

Après la publication de cette étude, le ministre de la Défense américain, Frank Carlucci, affirma que le gouvernement des Etats-Unis avait dans l'intervalle opté pour une « variante plus réaliste » : comme premier pas serait maintenant recommandée une défense basée au sol, limitée, avec la technologie traditionnelle (les missiles), devant surtout servir à la défense des bases militaires. Ce qui ne permet pas de « mener une querre atomique pour la gagner ». Au regard des objectifs politico-militaires posés au départ, cela constitue un bien plus grave revers que le démantèlement des missiles à moyenne portée en Europe occidentale.

Cet échec et les évolutions économiques qui conduisent les Etats-Unis à être le pays le plus endetté du monde constituent les causes essentielles du cours politico-militaire qui se dessine actuellement aux Etats-Unis. On en voit les signes dans l'étude « Dissuasion discriminatoire » qui a été présentée au président des Etats-Unis par la Commission on Integrated Long-Term Strategy. II s'agit d'une étude de la stratégie d'ensemble des Etats-Unis jusqu'en l'an 2010. Des experts militaires de tout premier plan, tels Samuel Huntington, Henry Kissinger et Fred Ikle, y ont collaboré. Sur le fond, cette étude défend l'idée qu'il est possible de parer à une « attaque des pays du Pacte de Varsovie ", même avec des armes conventionnelles. Cette étude n'est pas devenue la doctrine officielle des Etats-Unis. Il est pourtant assez significatif que le pacte sur les INF aussi bien que les propositions des Etats-Unis pour une politique de l'OTAN post-INF soulignent surtout que l'intervention dans les pays du tiers monde incombe à l'OTAN (Carlucci désigne les Caraïbes, à côté du ProcheOrient, comme un autre flanc Sud de l'OTAN !) et que l'armement conventionnel devrait être qualitativement amélioré. Ce dernier point vise surtout la production des prétendues armes conventionnelles « intelligentes » et permet de comprendre la raison pour laquelle les Etats-Unis s'opposent aussi violemment à la transmission à l'URSS du high tech know how (le savoir-faire en hautes technologies). Les propositions à l'OTAN soulignent aussi que, dans le cadre d'une stratégie avancée, les troupes alliées devraient être stationnées en plus grand nombre plus près de la frontière interallemande.

Cette conception aussi bien que le traité INF ont été interprétés par une partie de l'OTAN comme un « retrait » d'Europe des USA. Une partie de la gauche (social-démocrate, grünen et commmuniste) argumente d'une façon semblable lorsqu'elle interprète le développement militaropolitique américain comme un « décrochage " et les efforts d'intégration militaire ouest-européenne comme la recherche d'un ersatz à la « force de

MILITAIRE? protection des USA ". Il ne saurait en être question à l'heure actuelle. Il n'est pas possible d'envisager sérieusement que les Etats-Unis assistent passivement à des changements sociaux-politiques en Europe occidentale (qu'ils soient provoqués par des moyens pacifiques ou militaires), ni qu'il existe une alternative à la présence militaire américaine en Europe. Il n'est pas concevable de remplacer les trois cent vingt-six mille soldats américains, les quatre mille têtes nucléaires, les escadres de porte-avions de la Méditerranée représentant une plate-forme offensive avancée très complète. Il est encore moins concevable qu'un seul pays européen puisse réaliser cela à lui tout seul, ni comment les Etats membres de l'OTAN pourraient s'entendre pour parvenir à ce niveau de forces par un partage des tâches.

Pour certains milieux de l'OTAN, le problème du traité de l'INF réside précisément dans le fait qu'il signifie un nouvel écart par rapport à la stratégie de la dissuasion nucléaire (stratégie de deterrent nucléaire considérée par des milieux bourgeois, mais aussi sociaux-démocrates, comme stratégie empêchant la guerre), sans qu'au préalable une compensation ait été réalisée dans le domaine conventionnel. Les débats de l'OTAN tournent autour de la manière d'y faire face. Une des solutions — parmi d'autres — à laquelle le ministre des Affaires extérieures de la RFA, Genscher, est favorable consiste à utiliser l'offre de Gorbatchev d'un désarmement conventionnel. Et ce, de façon à ce que l'URSS soit contrainte à un démantèlement unilatéral de son armement blindé tandis que la supériorité aérienne de l'OTAN resterait intacte. Les programmes d'équipement de l'OTAN prévoient même le renforcement des armes aériennes. Une autre solution au problème posé à l'OTAN consisterait en un renforcement de l'équipement en armes conventionnelles et en un rejet de fait des offres soviétiques. Ces deux stratégies ont pour but la suprématie conventionnelle déjà existante de l'OTAN et son accroissement.

La stratégie de « conventionnalisation » comprend aussi la modernisation des missiles nucléaires à petite portée, décidée par l'OTAN lors de sa sessión de Montebello en 1983. Cette question révèle dans quelle mesure les intérêts nationaux des différents membres de l'OTAN viennent sur le devant de la scène, au moment où les USA, ne voulant plus ou n'étant plus en état de supporter seuls et sans restriction les risques d'une confrontation en Europe, cherchent par une plus grande répartition des charges une solution dans une stratégie militaire plus flexible. Alors que, depuis le départ des Pershing II, la modernisation des missiles nucléaires de portée inférieure à cinq cents kilomètres est recommandée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, parce que ce type de missiles est partie intégrante d'une conception de guerre traditionnelle, cette modernisation est rejetée avec véhémence par les milieux dirigeants de la RFA parce qu'elle toucherait surtout le territoire allemand, RFA et RDA.

C'est précisément l'aile la plus nationaliste des réactionnaires d'Allemagne occidentale gravitant autour d'Alfred Dregger qui, pour cette raison, s'est opposée le plus violemment au retrait des Pershing Il et la avec lesquels il était possible d'atteindre le territoire soviétique. En s'appropriant l'argu-

MILITAIRE? mentation du mouvement pour la paix lui-meme, Alfred Dregger dit : " Ce pays à forte densité de population [la RFA] peut être détruit par l'arme atomique mais ne peut pas être défendu nucléairement. » « Nous refusons de trouver une compensation à la perte des missiles à portée moyenne dans le domaine des missiles à portée courte. (...) Le démantèlement dans le domaine de la portée moyenne n'a pas rendu superflu le démantèlement des missiles à courte portée mais l'a rendu d'autant plus urgent. » L'objectif à long terme que Dregger vise principalement dans cette question est une solution pour ce qui est de la division de l'Allemagne, selon une optique capitaliste naturellement.

Le nœud crucial est qu'il n'y a pas d'alternative à l'hégémonie militaire des Etats-Unis alors que, à cause du déclin de leur hégémonie économique, ceux-ci doivent imposer des restrictions à leur hégémonie militaire. Une solution envisageable serait la constitution d'une superpuissance militaire d'Europe occidentale. Mais les obstacles qui se présentent actuellement face à cette perspective sont plus forts que ses chances de réalisation. Le plus important réside dans la constitution de l'Europe en Etats nationaux. Les doctrines militaires de sécurité, les programmes d'approvisionnement et d'autres questions qui y sont relatives se trouvent encore toujours dictés avant tout par les intérêts nationaux, et non ceux de l'Alliance. Cette situation ne pourrait être surmontée que s'il y avait un gouvernement d'Europe occidentale supra-national.

On trouve un premier exemple illustrant ce fait dans le débat sur la question suivante : le démantèlement en Europe du potentiel atomique américain pourrait-il être compensé par une arme atomique de dissuasion propre à l'Europe occidentale ? Dans les circonstances présentes, cela ne pourrait se faire que si, à côté des Etats-Unis, la France prenait le rôle de « puissance protectrice atomique ", au moins par rapport à la RFA. L'autre branche de l'alternative - faire de la RFA une puissance nucléaire — ne serait acceptée ni à l'intérieur de l'Allemagne, ni par les autres alliés de TOTAN. Indépendamment de tout cela, il faut noter les efforts faits par la RFA pour s'assurer la possibilité technique de pouvoir à tout moment fabriquer elle-même des armes atomiques.

Au cours de ces dernières années, la France s'est fortement armée dans le domaine atomique, en particulier avec des missiles à têtes neutroniques qu'elle a proposé d'installer à la frontière interallemande. Mais il y a litige dans les cercles français pour déterminer si ces armes devraient avoir une valeur tactique ou seulement pré-stratégique, c'est-à-dire si elles devraient être utilisées en tant qu'armes de combat ou seulement conçues comme dissuasion. La RFA n'accepterait que la deuxième variante. Cette discussion fait aussi écho à l'affaiblissement de l'opinion, prévalant en France, selon laquelle les armes atomiques françaises ne devraient servir qu'à la dissuasion et donc que toute attaque contre des unités françaises serait parée par des représailles atomiques massives. Dans la mesure où, en France, l'idée se propage que « la sécurité de la France commence à l'Elbe ", on y discute aussi de l'opportunité de traiter d'une façon « flexible » les domaines d'utilisation des armes atomiques. Si ces idées se concrétisaient, la France ne ferait que rattraper une réflexion qui s'est déjà manifestée il y a vingt ans au sein de l'OTAN et qui, alors, avait été rejetée violemment par la France: l'acceptation du rapport Harmel, qui substituait à la doctrine de représailles massives la conviction que, dans le cadre de la parité nucléaire avec l'Union soviétique dotée d'armes atomiques, la légitimité de la guerre n'était pas pour autant annulée, mais ses conséquences devenaient d'autant plus catastrophiques.

Même indépendamment du fait que le stationnement d'armes atomiques françaises sur le sol allemand buterait sur des obstacles de politique intérieure identiques à ceux qui concernaient le stationnement d'armes atomiques américaines, au moins deux grands problèmes s'opposeraient à ce rôle de la France : la non-intégration de la France à la direction militaire de l'OTAN, position que maintient encore, magré son « ouverture atlantique », le pouvoir politique; et, d'autre part, la question de la seconde « clé » pour les armes atomiques françaises exigée par le gouvernement de la RFA. Pour celui-ci, la collaboration francoallemande est un moyen de ramener la France dans l'OTAN. La France, quant à elle, s'en tient à son rôle spécifique et prétend, au contraire, établir un contre-pôle à l'hégémonie des Etats-Unis en Europe.

Les progrès les plus importants dans les efforts d'intégration militaire de l'Europe occidentale ont jusqu'à maintenant été réalisés au niveau institutionnel avec la remise en selle de l'UEO et la création d'un conseil de défense germano-français. Mais la brigade franco-allemande, qui devait être portée sur les fonts baptismaux à Böblingen le 1e octobre, n'a qu'une valeur militaire limitée. Elle ne pourra pas travailler sous le couvert du haut commandement de l'OTAN. Du côté allemand, ce sont des soldats de l'armée territoriale qui seront affectés à cette brigade, ces soldats ne se trouvant pas non plus sous le commandement de l'OTAN. Mais, à cause de cela, les missions de la brigade se limiteront à l'instruction et à la sécurité. En cas de guerre, elle est conçue comme réserve d'intervention de l'OTAN dans le cadre des accords entre l'OTAN et la France. Il est évident que des progrès ont également été réalisés par l'intégration de l'Espagne à l'OTAN ; et aussi au niveau de la coopération dans le domaine des armements, comme certains projets d'achat d'équipements tels le PAH2 et les recherches pour la navigation spatiale, etc.

Les efforts faits par la commission de la Communauté européenne pour l'harmonisation des standards de l'armement européen butent pourtant sur la vigilance très jalouse de chacun des Etats quant à l'autonomie de son secteur d'armements. Pour la RFA, par exemple, une association de Daimler-Benz et de MBB (le plus puissant trust d'armements de la RFA, travaillant uniquement dans cette branche) créerait un complexe civilmilitaire gigantesque, Daimler-Benz devenant au niveau européen le plus grand fabriquant d'armes de RFA et étant promu, dans le même temps, au rang de concurrent d'égale puissance des plus grands consortiums d'armements français et britanniques.

• La Méditerranée est un autre espace pour lequel les Etats européens de l'OTAN s'efforcent à présent de remplacer par leurs propres forces celles des Etats-Unis. Les quatre Etats de l'OTAN concernés - l'Espagne, la Turquie, la Grèce et Italie — ont, au cours de ces dix dernières années, dans le cadre d'accords bilatéraux avec les EtatsUnis, renforcé leur marine de guerre avec l'objectif de pouvoir contrôler la Méditerranée par leurs seules forces. Mais, avec le développement des armes dirigées avec précision à distance, cet objectif s'est éloigné de beaucoup: il leur manque en effet l'appui aérien apte à assurer leur sécurité, leurs moyens économiques limités ne leur permettant pas de le constituer. Il faudrait ajouter à cela que ces Etats, mais aussi les Etats de l'OTAN « plus petits » — les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg - voient la collaboration germano-française avec une certaine méfiance. A ce sujet, un débat s'est également ouvert en Italie au sein de l'état-major pour déterminer quels objectifs devraient orienter le programme d'armement à l'avenir : soit un système de sécurité régionale pour la Méditerranée, de façon à assurer la défense du flanc Sud de l'OTAN, soit la participation à un programme d'armements qui déploie sa force de frappe principalement contre l'Est. Cette dernière orientation se donne pour but d'empêcher une prépondérance germano-française au sein de TUEO, ce qui correspond aussi à l'attitude d'autres Etats ouest-européens de l'OTAN. En GrandeBretagne, d'autre part, l'opinion prépondérante serait qu'il ne faut pas constituer dans l'OTAN des structures partielles qui pourraient vider de sa substance la solidarité atlantique. C'est ainsi que les intérêts politiques diversifiés des Etats nationaux se traduisent en options militaro-politiques divergentes et contradictoires.

On rencontre également souvent, et sous diverses formes, l'ambition de construire une superpuissance militaire ouest-européenne. C'est ainsi qu'on discute de la possibilité de tranformer la brigade franco-allemande en un corps européen (Europa Korps), avec participation espagnole, italienne et britannique, qui se fixerait à l'intérieur de TUEO. Il aurait l'avantage de pouvoir également

MILITAIRE? opérer comme groupe d'intervention à l'extérieur des limites de l'OTAN. Mais ces projets ne sont pas aujourd'hui réalisables avec moins de difficultés qu'il y a vingt ans, ou plutôt davantage.

Le réarmement conventionnel des Etats d'Europe occidentale n'atteint pas, et de loin, le niveau demandé par les USA, c'est-à-dire 4% du PNB annuel réel. Dans les rangs de l'OTAN, des opposants au traité INF s'en prennent au fait qu'actuellement on procède au démantèlement atomique et qu'aucune compensation conventionnelle n'a été réalisée. Les seuls Etats de l'OTAN à augmenter leur budget pour la défense en 1988 sont l'Italie, le Luxembourg, la Norvège et la Turquie. Les armées procèdent plutôt à une diminution de leurs effectifs : une discussion publique se déroule en RFA au sujet de la Bundewehr, jusqu'à présent forte de quatre cent cinquante mille hommes, mais qui ne pourra pas maintenir ce niveau (on prévoit une réduction jusqu'à trois cent cinquante mille) ; l'armée belge veut ramener à trente mille hommes son contingent en RFA ; l'armée britannique du Rhin doit être allégée de cinquante-six mille hommes.

Aux Etats-Unis même, il est question d'un retrait d'Europe de cent mille hommes. La présence américaine de bases d'appui aérien a subi des revers : la base des F 16 en Espagne va être évacuée et une mesure semblable est prévue pour la Grèce.

Tous ces obstacles montrent clairement que les efforts faits par les forces bourgeoises d'Europe occidentale pour devenir plus indépendantes des Etats-Unis dans le domaine militaire se heurtent à des limites très étroites. Bien que les différents gouvernements décident de programmes d'achat de matériels engloutissant des milliards, on ne peut pas parler de grands programmes de réarmement accéléré, comparables en pourcentage du PNB à celui de l'administration Reagan. La bourgeoisie d'Europe occidentale ne cherche pas à sortir de la crise principalement par la voie du réarmement. Elle mise sur le marché intérieur de la Communauté européenne et sur un élargissement des débouchés dans des pays tels que l'Union soviétique ou dans les pays semiindustrialisés du tiers monde.

Nous constatons que l'affaiblissement de la superpuissance que sont les Etats-Unis conduit à une situation dans laquelle chaque pays cherche une issue en renforçant son propre armement C'est pour cette raison que les marxistes-révolutionnaires doivent combattre l'idée fausse selon laquelle « la prise en charge par l'Europe de ses propres intérêts " et la séparation d'avec les Etats-Unis correspondraient à un accroissement des chances de la paix. C'est le contraire qui est vrai dans les conditions capitalistes. Nous devrions étendre l'idée subversive portée par le mouvement pour la paix selon laquelle l'Europe occidentale ne peut être défendue que par la mise à mort des armes atomiques ; elle ne peut non plus être défendue par des moyens conventionnels, en premier lieu à cause de la puissance de destruction qu'ils ont maintenant atteint. La seule possibilité d'éviter le suicide est d'abattre la concurrence capitaliste et les nationalités. C'est pour cela que nous sommes les adversaires résolus de tout réarmement conventionnel et d'une intégration militaire de l'Europe occidentale. 73

Angela Klein

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