Un grand nombre de problèmes qui n'étaient pas apparus pendant les quatre premières années du mandat du président Echeverria, se sont révélés depuis le début de 1975, année du renouvellement (désignation du candidat du P.R.. aux futures élections pour la présidence du Mexique pour 1976-1982). Nous pouvons maintenant tirer le bilan du gouvernement réformiste et néo-populiste du président Echeverria. Le tour du monde en 40 jours
Les besoins urgents • d'internationalisation = de la bourgeoisie mexicaine, plus précisément de son gouvernement, concordent avec le voyage de quarante jours du promoteur de la « Charte des droits et devoirs économique des Etats » approuvée par l'O.N.U. et qui tend à fonder un = nouvel ordre économique mondial ».
L'itinéraire du président définit déjà tout un programme : pays les plus pauvres d'Amérique, d'Afrique et d'Asie (le quart monde); bourgeoisies coloniales nouvellement riches de l'Orient arabe et d'iran, et pour équilibrer : Israël et Cuba.
Il complète ainsi toute une série de visites de chefs d'Etats étrangers pendant les six derniers mois : treize personnalités venues contribuer à ce que le mandat présidentiel se termine en apothéose. Chacun de ceux-ci lul ofirait l'aide qui, du point de vue de Echeverria, lui permettrait de rafraîchir le vieux contrat social du gouvernement mexicain prétendu « révolutionnaire » : • nationaliste authentiquement ouvert aux courants du monde contemporain ».
Mais, sous les discours et le projet d'ouverture apparaît la menace d'une crise économique très importante ; le Mexique a été l'un des pays néo-coloniaux à éviter jusqu'à ces derniers temps les néfastes conséquences politiques et sociales de la récession.
Bien sür, les signes préoccupants n'ont pas surgl bruquement. Ils étaient latents depuis le début de cette décade, quand l'économie mexicaine fut affectée par la récession de 1971. Mais à la fin de 1974, une chose était claire : le gouvernement était parvenu à surmonter les obstacles nationaux et internationaux et l'opposition bourgeoise intérieure par des concessions économiques et des manœuvres politiques. Et l'apparition d'une situation politique « calme » au sein des classes dominantes permettait d'envisager de manière optimiste le futur immédiat. Il est clair que fin 1974, la stabilité politique (obtenue y compris par la liquidation physique du foyer guérilléro représenté par le Parti des Pauvres de Lucio Cabanas, au sud de Guerrero) laissait à la bourgeoisie et à l'équipe dirigeante une marge de mancuvre importante pour affronter les problèmes économiques.
Le voyage du président Echeverria est un indice de ce qui précède. Il a lieu au moment où la température monte entre les divers candidats à la présidence. Il y a en effet deux raisons principales au voyage. En premier lieu, si le régime connaît une stabilité politique assez ferme, conséquence des efforts de Echeverria, des indices apparus en 1975 indiquent que la bourgeoisie et son gouvernement ne peuvent ni ne doivent s'endormir sur les lauriers de la stabilité s'ils ne veulent pas connaître d'amères surprises (par exemple : le 14 mars à la U.N.A.M., quand une manifestation d'étudiants repoussa de façon spectaculaire le président Echeverria). Sous une apparence de calme, les torts et les crimes commis contre le peuple mexicain restent vivaces dans la mémoire de vastes couches populaires. 34
C'est là qu'il faut voir la seconde raison du voyage présidentiel : le besoin de préparer aux événements qui pourraient se produire par une détérioration rapide et imprévue de la situation sociale. Le voyage est une tentative d'enrayer l'accumulation de mauvaises conditions économiques, à un où il est encore possible de prévenir plutôt que de guérir. moment
Le projet d'un « nouvel ordre économique mondial › cher à Echeverria, cherche à se réaliser dans l'alliance avec les bourgeoisies néo-coloniales, en particulier celles qui possèdent des pétro-dollars. Echeverria les encourage à investir leurs capitaux au Mexique (et bien sûr, il parle du « tiers monde*») pour faire front aux - puissances industrialisées ».
Il déclare devant le président Torrijos de Panama, que les pays producteurs et exportateurs de matières premières doivent « s'unir pour défendre la production des paysans et des mineurs, car avec le bas prix des matières premières, nous avons subventionné les pays riches et industriels ».
Tenant compte de la récente « internationalisation » du gouvernement mexicain, il a voulu montrer qu'il avait tiré les Invite a se joindre principales leçons des batailles économiques de l'O.P.E.P. Echeverria déclarait à Alger le 16 juillet, que le Mexique serait invité à se joindre à cette organisation quand il serait devenu un important exportateur de pétrole (une déclaration similaire avait coûté son poste au ministre du patrimoine national). Une véritable vocation bonapartiste
En réalité les grandes manœuvres de la diplomatie mexicaine sont très liées à la politique intérieure. Traditionnellement ce sont les rapports du gouvernement mexicain avec celui des U.S.A. qui déterminent directement ou indirectement la politique internationale du président en place.
S'il y a un pays latino-américain pour lequel la politique des U.S.A. est déterminante de sa propre politique, c'est le Mexique depuis la constitution du gouvernement bonapartiste dans les années 20.
Un régime non-démocratique, très marqué de populisme démagogique, trouve dans lanti-impérialisme une pièce-clé de sa stabilité. A la différence du réformisme social-démocrate profondément impérialiste, le réformisme bourgeois de type nationaliste s'alimente d'un anti-impérialisme fécond.
L'an dernier c'était l'élaboration de la « Charte des droits et devoirs économiques des Etats », c'étaient les escarmouches en faveur du retour de Cuba dans l'O.E.A. et les efforts de Echeverria pour construire une entente latino-américaine.
Dans un continent où le président de Panama déclare que si on ne lui rend pas le canal, il ne restera au peuple panaméen • que la solution d'Ho Chi Minh », on ne peut rester dans les demi-teintes quant aux attitudes anti-impérialistes.
La politique extérieure a toujours été un instrument de consolidation interne du gouvernement mexicain devant les masses populaires. L'an dernier Echeverria avait usé pleinement de ce moyen en rompant les relations diplomatiques avec la junte militaire chilienne. On pourrait prendre un autre exemple, du même ordre : la politique de Lopez Mateos qui maintenait decision de des relations diplomatiques avec Cuba socialiste. Enfin, la décision de l'O.E.A. sur la levée du blocus de Cuba, prise il y a seulement quelques jours à San José de Costa Rica, représente évidemment une victoire cubaine, mais la bourgeoisie mexicaine en tirera profit sur le plan de sa politique extérieure.
Echeverria a choisi un chemin difficile. D'un côté il se déclare solidaire des bourgeoisies du tiers monde et en même
La répression contre les étudiants à Mexico en juillet 1968. temps il met en jeu son prestige devant de nombreux secteurs, y compris les bourgeoisies nationalistes, en embrassant et tutoyant des personnages comme les Premiers ministres de l'Inde et de Ceylan, modèles de dirigeants tiers-mondistes du monde néo-colonial. il est sûr qu'en leur rendant visite (ainsi qu'au Chah d'Iran et aux fédaux d'Arabie Saoudite et de Koweit) il compromet son • radicalisme » pour une alliance sans perspectives. Les aspects économiques de l'entreprise ont aussi leur importance. Ainsi, en Guyane il tente de mettre sur pied une compagnie de navigation en coopération avec le gouvernement jamaïcain. Au Sénégal il achète 35 000 tonnes de phosphates pour les engrais et passe un accord pour que • la technique sénégalaise =, en réalité française, aide le gouvernement mexicain à dévelopepr le gisement de phosphates le plus grand du monde qui se trouve en Basse-Californie. En Iran, le Chah ouvre au gouvernement mexicain un crédit de 500 millions de dollars en échange de • technologie mexicaine », en réalité yankee. En Tanzanie, il engage le capital mexicain dans le projet de développement d'un dépôt industriel. Au Koweit, Il s'associe avec les cheiks pour former une compagnie d'investissements.
Non seulement, il assure aux Arabes qu'il est pour les droits du peuple palestinien et qu'il exigera d'israël (et il le leur dira quand il s'y trouvera) le retour des territoires - indüment occupés », mais il leur conseille de nationaliser l'industrie pétrolière. Indirectement, c'est la faqon dont Echeverria dit au peuple mexicain que le Mexique est - un modèle et devance de nombreux pays •. Mais comme chaque fois, pour de larges secteurs de la population, ces efforts pour montrer le caractère avancé de la bourgeoisie mexicaine dans sa lutte contre l'impé rialisme sont de moins en moins convainquants. Malgré les efforts d'Echeverria pour modifier la situation de dépendance du Mexique et principalement vis-à-vis des U.S.A., le pays se trouve dans les pires conditions sur le plan de la politique extérieure.
La nationalisation du pétrole, étape nécessaire dans la lutte contre l'impérialisme, n'est pas le facteur d'un développement économique indépendant de l'impérialisme, seul capable de sortir du sous-développement les pays dits du tiers monde. Le cas du Mexique est éloquent. Les avatars de l'industrie, après sa nationalisation montrent que l'impérialisme peut transformer en avantage une mesure dirigée à l'origine contre ses intérêts. - L'exproprieur alla chercher l'exproprié » quand il eut besoin d'argent pour agrandir ses installations. Il fallut attendre dix ans pour que les capitaux requis arrivent: et ce fut alors le pasage de l'exploitation coloniale traditionnelle à l'exploitation néo-impérialiste. Les capitaux impérialistes ne disparurent pas mais passèrent des industries d'extraction et de l'agriculture à l'industrie de transformation (2).
Il est nécessaire de réexaminer la situation actuelle de l'économie mexicaine et d'étudier les conséquences de la récession généralisée, pour mieux comprendre que les grandes manœuvres du gouvernement bonapartiste sur la scène du tiers monde, sont en fait, de la poudre aux yeux du peuple mexicain pour qu'il sous-estime les conséquences désastreuses de la récession actuelle sur l'économie mexicaine. Tensions croissantes dans la structure économique
A la différence des pays du • quart monde » qui furent amenés à la banqueroute par le paiement des droits pétroliers le Mexique et, dans une autre mesure, le Brésil n'ont pas été affectés de manière importante par les prix en hausse des hydrocarbures grâce à leurs défenses financières plus grandes. Dans le cas du Brésil, sa structure financière puissante explique que la bourgeoisie de ce pays, préoccupée par la récession comme toutes celles du monde, dispose d'une marge de du monde, manœuvre malgré l'actuel déficit de sa balance des paiements : plus de sept millions de dollars.
Le Mexique, avec un pouvoir financier beaucoup moins important dispose en revanche d'un avantage décisif par rapport que l'on est fois de répoque (1919-1923 pie pays prestisait au Brésil : c' pays producteur de pétrole. Il est vrai une quantité de p mondial après le production de ces 1950. Mais l'an à la stagnation et 1971, accroisseme étrole qui en faisait le deuxième producteur s U.S.A. Il est vrai que les chiffres ! années ne furent de nouveau atteints qu'en dernier devait se retourner une tendance à la diminution de la production pétrolière : nt nul: 1972 : — 3,5%: 1973 : — 4,4%.
Par contre, l'an dernier, d'après les chiffres du gouvernement de Washington la production pétrolière mexicaine a augmenté de 25% et de 10% selon le gouvernement mexicain. Il est vrai que les importations pétrollères continuèrent d'être supérieures aux exportations, mais la « découverte - de nouveaux gisements pétroliers dans le Sud-Est du pays (ceci explique l'accroissement de la production) a permis que la tendance de 1974 s'affirme cette année et même il s'annonce un excédent de barils de pétrole : en 1974 on a vendu à l'extérieur : 5,8 millions de barils d'une valeur de 780 millions de pesos; pour les six premiers mois de 1975 ont été vendus 11,2 millions de barils, représentants 1500 mllions de pesos (12,5 pesos = 1 $ ). L'exportation globale de pétrole en 1975 devrait rapporter 500 millions de dollars U.S., comblant ainsi le déficit de la blance des palements.
Les gouvernements du Mexique et des U.S.A., pour des raisons diamétralement opposées, masquent l'ampleur de la production de pétrole des nouveaux gisements. La MaisonBlanche les surestime afin d'obtenir une diminution du prix. Le gouvernement mexicain les sous-estime pour se solidariser avec lO.P.E.P. et obtenir une hausse du prix.
A partir de ce qui précède on peut comprendre que le Meteile, Bien gulaie crise tatare pat developpe de maliere particulière. Celle-ci est déterminée par le problème du commerce extérieur, celui de l'agriculture et par le chômage.
Si la récession a pu être contrôlée, c'est moins au plan économique que social et politique. Dans la conjoncture actuelle, le gouvernement a pu faire preuve d'une relative inertie en se contentant d'employer une partie des royalties accumulées et en utilisant au mieux à la fois son contrôle sur les masses et l'autocontrôle sinon la capitulation de larges secteurs de la gauche, tombés face contre terre devant le projet populiste d'Echeverria.
Dans l'appréciation de la situation économique mexicaine, il faut faire intervenir la loi du développement inégal et combiné. Le gouvernement mène une politique double, d'une part en direction du marche mondial et d'autre part en direction de • l'hinterland - paysan. En l'occurrence, il privilégie la première orientation mais il doit faire un suprême effort - le dernier peut-être avant que n'éclatent de grandes luttes paysannes — pour résorber la structure pré-capitaliste agricole.
Cette politique double de la bourgeoisie mexicaine — celle du gouvernement - s'explique par la saturation du marché intérieur. La bourgeoisie mexicaine fascinée par les grandes sociétés internationales exige de nouveaux marchés que le gouvernement se préoccupe de lui ouvrir tant sur la scène mondiale que dans les secteurs pré-captialistes de l'économie mexicaine.
Cependant, les milieux officiels ne sont pas dupes. Tous les signes d'une aggravation de la situation économique se manifestent et des lézardes apparaissent dans les sommets gouvernementaux, dans la presse et l'« intelligentsia » officielle. • Excélsior.», le journal bourgeois le plus important du pays contient souvent des commentaires de ce genre : • il est indiscutable que la situation économique est mauvaise et tend à s'aggraver - (Samuell. del Villar, 22 juillet). - El Dia =, journal qui exprime officieusement le point de vue du parti officiel contient de larges analyses de la conjoncture économique qui commencent ainsi : - Malgré les efforts du président Echeverria, le Mexique va vers une situation très dangereuse qui peut aboutir à une dépression sans précédent, avec dévaluation du peso ou à un endettement extérieur de dimensions incalculables (supplément du treizième anniversaire, juin 1975). Même la revue super-officielle = Tiempo = consacre la première page d'un de ses derniers numéros (n° 28 de juillet) aux opinions de cinq économistes du gouvernement qui contiennent des commentaires du type * nous ne pouvons nier que la situation de l'économie mexicaine pose actuellement de sérieux problèmes. En ignorer la gravité constituerait une faut d'analyse économique mais aussi une impuissance à le résoudre, d'autant qu'ils sont chaque jour plus sérieux » (Jorge Tamayo), opinion qui est émise à côté de celle-ci : = Dans les conditions internationales actuelles la situation nationale se maintient dans un état satisfaisant, réussissant à éviter une conjoncture malheureuse et la dépression économique qui caractérise les pays du monde occidental = (Jesus Puento Leyva) ou : - Quand on songe à d'autres pays, le Mexique supporte bien (sic) cette crise internationale grâce à la relative indépendance de sa politique économique intérieure » (Martin Luis Guzman Ferrer).
• Panorama Economico », organe du groupe des banques le plus important du pays, celui de la Banque du Commerce parle ainsi de la conjoncture actuelle : « L'effet de la récession du pays voisin est très inquiétant pour l'économie mexicaine » (mars-avril 1975). 1. - Effritement d'un projet industriel
Opposée au mouvement révolutionnaire qu'Impulsèrent les masses paysannes et ouvrières, de 1910 à 1940, la bourgeoisie grâce à l'habileté de son gouvernement et à l'absence d'alternative socialiste révolutionnaire fut la principale bénéficiaire des mesures réformistes obtenues par les mobilisations.
Pendant les années de guerre mondiale et particulièrement dans les années 50, la nouvelle étape de l'impérialisme traduite par l'apparition du • néo-capitalisme = ou du «capitalisme tardif - devait favoriser une nouvelle division mondiale du travail fondant le processus international d'accumulation des capitaux. Les bourgeoisies coloniales les plus importantes devaient entreprendre certaines productions dont les économies centrales avaient auparavant le monopole : les textiles, les produits semi-manufacturés, les produits de consommation courante, etc. La bourgeoisie mexicaine, une des trois bourgeoisies les plus importantes d'Amérique latine s'intégrait dans cette nouvelle division internationale du travail dans des conditions particulièrement avantageuses : la création récente d'un marché Intérieur, résultat d'une réforme agraire massive, l'accumulation de capitaux considérables entre ses mains, résultats de la nationalisation du pétrole, des chemins de fer, de quelques mines, etc.
Ainsi commença la période d'industrialisation par • substitutions d'importations • (ou de la production d'articles nonmonopolisés dans les pays impérialistes). Cette étape dura 36 jusqu'aux années 60 à partir desquelles ses limites commencèrent à apparaitre.
L'idéologie nationaliste de cette période, c'était le Mexique • pays indépendant • industrialisé et se suffisant à lui-même.
De 1940 à 1965 eut lieu le « miracle mexicain » à un rythme annuel de 6,2%. La part du secteur industriel dans la production intérieure passa de 24 % en 1940 à 35 % en 1965. Dans l'industrie Il y eut aussi des changement importants : les secteurs de pointe se développèrent plus rapidement et plus profondément (chimie, mécanique, sidérurgie, électricité pétrole). Les industries traditionnelles, à leur tour, déclinèrent : textile, chaussure, habillement, mines, etc.
Bien que ces vingt-cinq années soient apparues comme la ces période florissante de l'économie mexicaine contemporaine, un certain nombre de problèmes qui éclatent ouvertement l'heure actuelle, étaient déjà évidents. Par exemple, l'impossibilité croissante de l'industrie d'absorber la main-d'œuvre entre 1940 et 1965, la part du secteur manufacturier dans la production augmenta de 20,10 % à 25,10% mais la quantité de main-d'œuvre occupée progressa que de 11,74 % 12,92%. On vit se profiler dans ces années une des principales conséquences du protectionnisme exagéré qu'impliquait la politique de • substitution » : la mauvaise qualité des produits mexicains les éliminait du marché mondial. A cette époque, l'apogée industrielle du Mexique était due plus à des facteurs extérieurs qu'intérieurs. Certaines études montrent que 67 % d'augmentation de la production industrielle se rapportant à la politique de « substitution » et seulement 20 % aux besoins du marché intérieur (3).
Comme arrive toujours, c'est le temps des vaches maigres qui amène à réfléchir. Ainsi, des millions de Mexicains ont appris, par la voix de Lopez Portillo, que le gouvernement depuis 1970 n'avait jamais tenu compte de la situation de l'économie mondiale. En 1971, pays trouvant balayé par la queue de la récession économique nord-américaine, gouvernement de l'actuel président dut présenter une nouvelle politique, opposée celle qu'il aavit promise lors de sa campagne présidentielle.
Dans l'économie capitaliste mondiale des années 60, les pays néo-coloniaux • semi-industrialisés » se trouvent dans une situation difficile : ils ne peuvent, comme les plus arriérés et comme eux-mêmes le faisaient lors de la crise des années 30 profiter du recul du commerce mondial pour se tourner leurs propres marches et • substituer • des importations: is ne peuvent non plus compter sur les recours habituels de la guerre commerciale utilisables par les grandes puissances à savoir l'augmentation importante des exportations et la réduction des importations. 2. - Politique d'exportation
Une fois passée l'étape de l'industrialisation par • substitution d'importations • on découvrit avec stupeur que non eulement le taux d'importations du pays n'avait pas diminué nais au contraire avait augmenté. On découvre, qu'une foi passé le stimulant de la « substitution », la production stagne, quand elle ne diminue pas : particulièrement pour les industries directement liées au marché intérieur. • L'autonomie » se traduit ‹finalement par un lien encore plus étroit au marché mondial. Même dans les années 50, on ne peut abaisser le taux d'accroissement des importations qui resta supérieur à 8% tandis que celui des exportations était de 5,2 %. Mais l'écart s'agrandit davantage vers les années 60 et surtout durant l'actuelle décade.
Le gouvernement précédent chercha des portes de sortie. A la fin de la décade passée des mesures d'expansion furent A les en ira don des rege empiriques volies Amit rique centrale et en général, Amérique latine (A.L.A.L.C., parte il sia charogne et cable du provenamon ta
Mais c'est avec le gouvernement de Echeverria que la nouvelle technocratie) a pris part directement et a favorisé une politique conséquente d'exportations.
La situation dont héritait le nouveau président était la suivante:
- Un ode nécatit de la balance commerciale c mitions de peso:
- Un accroissement des importations de biens de production qui était passé de 411 millions de pesos en 1940 à 23 294 millions de pesos en 1970.
- Un énorme endettement : plus de 25% des exportations destinées à payer les intérêts de la dette publiqute et privée.
La première année du gouvernement Echeverria (1971) coincidalt, avec le début de la récession. Les mesures prises par la nouvelle équipe semblaient correspondre à une politique effectivement autonome; mais l'année 1972 était à peine commencée et le redressement de l'économie mondial amorcé que l'on comprit que ces mesures étaient inspirées de la politique de stabilisation du gouvernement Nixon. La phase de stagnation et d'austérité de 1971 fut remplacée par une phase d'inflation. En 1972, le budget fédéral augmenta de 26,6 % contre 10% en 1971. La inversion publica augmenta de 81 %, contre 22,6 % en 1971. Après une légère diminution en 1971, la dette extérieure monta à plus de 60 000 millions de pesos en 1972. Après une légère réduction des importations de biens de production (de 23 294 millions de pesos en 1970 à 22 500 en 1971). Il y eut de nouveau un accroissement :
Importations de biens de production (millions de pesos)
- 1970 23 294
1971 22 500 1972 26 371 1973 37 022 1974 44 555 Source : Direction générale de la Statistique.
Enfin, la politique de stabilisation de 1971 se traduisit par une diminution de la croissance économique laquelle descendit à un taux annuel de 3,5 % qui correspondait à un accroissement du taux d'inflation de 7,5 %.
Echeverria réagit énergiquement. Mais si l'effort d'exportation du gouvernement mexicain était important, il n'en était pas moins suffisant pour empêcher la détérioration croissante des données de l'échange et donc de l'endettement.
Le nouveau gouvernement créa une série d'organismes et institua diverses formalités pour encourager les exportations. Parmi ces organismes, se détache l'Institut du Commerce extérieur, lequel, d'après son directeur, est arrivé à favoriser le mode de commerce extérieur suivant: « Les exportations du Mexique ont surpassé celles de l'année antérieure de 39 % et sans compter les ventes de pétrole, de 35 %. Les exportations de l'Amérique latine sans les exportations de pétrole ont augmenté de 23,7 %. En 1974, celles du Brésil de 28,5 %, celles d'Argentine de 16,25 % et celles du Pérou de 35,9 %.
- Durant l'administration actuelle, nos exportations ont augmenté d'un taux annuel de 32,2 % tandis que dans la décade des années 60, ce taux était de 6,5 %. Par rapport à nos exportations totales le pourcentage de nos ventes aux U.S.A. passa de 70,9% quand commença notre administration, à 64,5 % fin 1974. Simultanément la participation des pays d'Europe occidentale augmenta de 9,5% à 13,5% et des pays socialistes de 0,5% à 2%. Nous avons vendu aux pays d'Amérique latine 11,3 % de nos exportations et nous avons triplé nos ventes aux autres pays en développement. » (4) 3. - Stagnation et diminution de la production
Mais l'augmentation des exportations n'arrêta pas le ralentissement de la croissance de l'économie ni l'augmentation des Importations. De même, Echeverria ne put éviter un taux d'inflation supérieur à 20 %. Le taux d'accroissement en 1974 fut de 6 % (5,9 % selon la CEPAL) : en 1973 il avait été de 7,6 %. Il est vrai qu'il ne descendit pas au niveau de 1971 qui était de 3,5 %. On prévoit pour cette année un accroissement de 5% maximum.
Dans la répartition des activités productives primaires cette diminution de la production est très claire.
Accroissement de la production des activités primaires
Et dans la production industrielle:
Général
Usines
Pétrole et dérivés
Pétrochimie
Mineral
Energie électrique
Construction
Source : Banque du Mexique.
1974/1973
1973/1972
IV* trimestre
I trimestre
13,1
3,8
3,0
12,3
20,0
8,3
20,8
2,1
4,4
10,8
8,4
11,6
- 1,4
22,6
Rapport annuel 1974.
4. - Diminution des exportations
La diminution des échanges qui affecte l'économie mexicaine se traduit par un ralentissement, cette année, des exportations. Aussi, au premier trimestre 1975, les ventes à l'extérieur ont baissé de 613 millions de pesos par rapport à la même période de l'année précédente.
Les secteurs les plus affectés par la diminution du commerce international sont :
- Les textiles : près de cent usines ont fermé, laissant sans emploi 20 000 travailleurs, les exportations sont tombées de 50% (les U.S.A. qui absorbaient avant près de 70% des exportations en ont absorbé seulement 20% cette année).
— L'industrie automobile : cette industrie qui l'année dernière exportait une énorme quantité de sa production subit une secousse spectaculaire. Cette année, au premier semestre, ses ventes ont diminué de 14% par rapport à la même période de l'année précédente. Il y a eu une chute de 82,33 % du nombre d'unités exportées par rapport à 1974. Le cas de la plus grande usine du pays, Volkswagen à Puebla où travaillent 12 000 ouvriers est significatif : après que les ventes aient augmenté de 25 % en 1974, dont 30% étaient destinées à l'exportation, on peut maintenant contempler en passant devant l'usine, un énorme stock de voitures accumulées dans les parkings autour de l'usine.
- L'élevage a été touché : on a atteint à l'heure actuelle seulement 10% des chiffres annuels d'exportation vers les U.S.A., un décret spécial ayant réduit à 400 000 tonnes la quantité de viande importée du Mexique et d'Amérique centrale.
- Les produits agricoles les plus exportés ont été aussi sucre qui avait profité d'une bonne conjoncture (particullèreatteints bananes, : melons, tomates, mangues, fraises, ail, oranges, haricots verts, piments, café, coton et même le ment dans les deux Etats du Nord directement liés aux • agribusiness • californiens : Sinaloa et Basse-Californie).
- Sans aucun doute, le cas le plus dramatique est celui qui a touché 30 000 personnes (surtout des femmes) : la fermeture des minoteries de la frontière nord.
- Et pour couronner le tout, la récession et le chômage aux U.S.A. ont provoqué une réaction contre les travallleurs • étrangers • de l'autre rive du Rio Bravo ; ceci s'est traduit par des déplacements massifs concernants près de 5 millions de Mexicains qui, légalement ou illégalement, travaillent aux U.S.A. Le nombre des personnes déplacées est monté et le projet de loi proposé par le député Peter Rodino à la Chambre des Députés est suspendu comme une épée de Damoclès sur ces travailleurs qui a réussi à faire passer une loi qui a réduit de 70 000 à 20 000 seraient expulsés du pays. Déjà Rodino le nombre de visas accordés à l'immigration des • pays de l'hémisphère occidentale » (euphémisme pour les travailleurs mexicains, d'Amérique centrale, du San Salvador, honduriens et nicaraguayens) qui constituent le secteur marginal du contingent de réserve yankee, avec les Portoricains, ceux-cl tant qu'originaires d'un Etat ayant un statut spécial en • associé ». 5. - Déficit et endettement en spirale
Ainsi les grandes lignes qui déterminent la situation de l'économie mexicaine sont le produit des répercussions de la récession généralisée sur le pays. Et sans risque d'erreur on peut dire que les choses vont s'aggravant.
Le solde de la balance des paiements entre les importations et les exportations est le signe le plus éloquent de l'aggravation de la situation.
1973/72
Activités
- 0,6
Agriculture
2,0
Elevage
6,7
Sylviculture
3,8
Pêche
1974/73
2,2
3,7
2,3
- 2,5
Source : Banque du Mexique. Compte-rendu annuel.
Source : Banque du Mexique. compteren
Exportations, importations, solde de la balance commerciale
(millions
Années Exportations 1970 17,162 1972 22,671 1973 26,050 1974 34,437 de pesos)
Imporattions
30,760
36,710
48,001
74,337
Solde négatif
13,598
14,039
21,951
39,900
Source : Direction générale de la Statistique.
Les données dont nous disposons pour le premier semestre 1975 montrent que la tendance est à l'aggravation de ces soldes négatifs; les exportations ont augmenté, les importations ont augmenté de plus de 11% par rapport au semestre antérieur et ont atteint les 36 000 de pesos.
Le financement des importations devient le problème crucial. Ayant délibérément choisi le développement d'une industrie semi-lourde, dépendante de la haute technologie des pays de la Impérialistes, la bourgeoisie néo-coloniale se met la corde au cou. Elle ne peut pas cesser d'importer les biens essentiels dont la haute technologie n'est pas à sa portée dans le pays et pour éviter la strangulation, elle appelle le capital étranger à son secours. Le cercle se développe en spirale. Ce sont les entreprises transnationales qui répondent à son appel, jouant le rôle des agents les plus dynamiques de la nouvelle division du travail. Mais les multinationales, loin d'être philanthropiques calculent leurs opérations et les pays semi-coloniaux restent acquéreurs des machines hors d'usage dans les pays métropolitains et sont les soupapes qui à travers l'échange inégal permet une plus grande accumulation de la plus-value.
Récemment un porte-parole du gouvernement annonça qu'en 1974, près de 20000 millions de pesos de produits avaient été importés « illégalement › par les compagnies multinationales, c'est-à-dire en se servant de leurs mécanismes internes d'acheter des produits dans les entreprises d'une même firme situées dans plusieurs pays. De cette façon, des produits fabriqués au Mexique se trouvaient en seconde position par rapport aux mêmes produits fabriqués par la firme dans différents pays. Comme toujours, les intérêts capitalistes sont • internationaux =.
Cette = industrialisation » par le biais du financement extérieur et de la contraction d'obligations croissantes, a conduit à cette impasse : plus l'industrialisation avance plus elle est subordonnée aux besoins de valorisation des compagnies qui vendent les biens essentiels et les machines nécessaires pour y parvenir. Le tableau suivant montre le rythme de progression du déficit de la balance des paiements, conséquence de l'inégalité entre le développement dynamique des importations et la lenteur du développement des exportations. Marche des étudiants mexicains sur le palais présidentiel.
AGININ. 01 LOS - AUTAVARI CHAMBRE •Y • MISERIA
Déficit de la balance commerciale et période pendant laquelle il se produlsit
Années
1941-1950
1951-1960
1961-1965
1966-1970
1971-1972
1973
1974
Source : voir note
Mais ce n'est qui explique la
Déficit
Périodes
3,503 années
....
31,166 années
....
23,542 années
45,558 années
25,699 années
21,951 année
39,900 année pas seulement le niveau des importations balance des paiements étérioration de lal
C'est en fait à cause du processus par lequel les économies ayant une meilleure productivité produisent plus en moins de temps, profinant ainsi, lors des relations d'échange, d'économies moins productives qui emploient plus de force de travail dans les mêmes temps (6).
cette
Dans les statistiques, cette détermination des termes de l'échange s'exprime par la dégradation du pouvoir d'achat des exportations : à chaque fois, il faut plus de marchandises pour maintenir le niveau des importations.
Augmentation de la Production Intérieure Brute des Importations et du pouvoir d'achat des exportations : 1950-1966
Année P.I.B. 1950 100.0 1951 107.7 1952 109.4 1953 112.0
.•• 1954 123.9 1955 134.7 1956 143.6 1957 154.5 1958 163.0 1959 167.7 1960 181.0 1961 187.3 1962 196.6 1963 209.1 1964 230.4 1965 242.6 1966 259.9 Sourte : voir note 7.
Pouvoir d'achat Importations des exportations 100.0 100.0 129.8 107.6 131.6 112.2 134.6 105.7 136.4 115.6 145.6 141.5 166.6 141.5 175.2 134,6 164.3 122.6 151.6 127.0 173.6 129.8 170.0 139.0 174.8 153.7 192.0 167.2 212.7 168.5 230.2 189.4 235.1 199,8
Les économistes bourgeois se rendent compte des goulots d'étranglement qu'impliquent ces processus. Mais la profondeur de ceux-ci les déconcerte et la simple évaluation de ses dimensions colossales leur donne le vertige (8).
La rapidité de développement de l'industrialisation choisie lors des années 30 ne pouvait pas être plus grande. Le drame de l'épuisement bonapartiste coincide avec la tendance à la détérioration réelle et constante d'un projet d'industrialisation déchiré par ses contradictions, impossibles à réaliser dans une harmonie « stabilisatrice » comme dans les années 40, 50 et en partie 60. Le désordre agraire
Les paysans mexicains qui ont mis en pièces l'ancien régime de l'hacienda n'ont cessé d'être la partie du pays la plus pauvre et la plus attardée, malgré la réforme agraire la plus large réalisée dans aucun pays latino-américain (sauf Cuba), ceci parce que leur mouvement révolutionnaire n'a pas coincidé avec une révolution prolétarienne triomphante. C'est dans la campagne mexicaine, où se trouve la majorité de la population, que se voit le caractère combiné des rapports capitalistes. Le caractère historiquement caduque du capitalisme mexicain, sa subordination inévitable à l'impérialisme n'est démontré nulle part ailleurs mieux que dans l'agriculture. La faiblesse du capital - national » n'a pas permis la transformation du vaste • hinterland » agraire, qui est le siège de formes de production primitives. Cette faiblesse a fait que le Mexique est constitué de diverses régions clairement différenciées, unies exclusive-
Le Drapeau Rouge, journal du Groupe Communiste Internationaliste
Section sympathisante de la IV Internationale au Mexique
Dandera sofa
GGI pesos
Por un 1ro. de mayo independiente!
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Io. de mayo de 1075 a una etapa chuclai del desarrollo de la lucha de
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EDITORIAL dia seritico DAr -AMPAR DO
Il n'y a pas un sujet sur lequel on ait autant écrit que celul du paysan • fils privilégié du régime », Depuis Ortiz Mena, ancien secrétaire des Haciendas, actuellement président de la Banque Inetraméricaine de Développement qui soutien que le problème réside dans « le manque de capitaux - et qu'il faut chercher à ce que les paysans " ne conservent pas leurs récoltes, les mettent sur le marché et ne les consomment pas eux-mêmes jusqu'aux plus radicaux des membres du « Secrétariat à la Réforme agraire » qui préconisent la = collectivisation des terres » sans que cela signifie le socialisme.
Pour tous ces gens, le socialisme, l'introduction d'une collectivisation massive est une mesure = utopique ». Mais depuis plus de cinquante ans que le paysan a expérimenté toutes les solutions sauf celle-là, il est probable qu'elle lui apparaîtra bien tôt comme la plus « réaliste ».
A l'heure actuelle, plus de trois millions de paysans n'ont pas de terres : de 1970 à 1973, la superficie récoltée a diminué et sous ce régime • le renversement de la tendance historique de la dépendance de la campagn par rapport à la ville devait s'effacer ». De fait, l'échange inégal qui existe au niveau régional entre la campagne et la ville ne pourra disparaître qu'avec l'industrialisation généralisée que le système actuel est incapable de réaliser. Et ainsi s'abat sur le paysan, en plus des fléaux déjà cités, le fléau du chômage. Le chômage structurel
Le vocable de « sous-occupation = ou • sous-emploi » dissimule en réalité la vraie dimension du chômage. Mais malgré les difficultés à trouver une preuve statistique digne de foi, les différentes études ont pu évaluer le chômage au Mexique avec plus ou moins de rigueur, permettant de voir les dimensions énormes du problème. Il suffit de citer la récente déclaration de Fidel Velasquez, le plus grand dirigeant syndical du pays, affirmant que le chômage atteignait les 4 millions. Etant donné qu'il y a 13 millions de personnes actives, cela signifie que 30% d'entre elles sont sans emploi ou employées. Supposons que ces chiffres incluent toutes les personnes, en particulier les paysans classés dans la catégorie des sousemployés. Les experts en la matière affirment qu'au Mexique le chômage n'existe pratiquement pas : seul le sous-emploi se manifesterait avec plus de persistance ». Quelques experts donnent des chiffres plus élevés : selon eux : 44,8 % de la force de travail constitue le secteur « au chômage ou sousemployé », c'est-à-dire 5,8 millions de personnes dont 60% dans l'agriculture, 4,4 % dans les services, 10% dans l'industrie et 6,4 % dans le commerce.
De là surgit ce que l'on appelle le phénomène de - tierde • tierciarisation = qui, à la différence des pays développés cache le niveau de misère dans lequel se trouvrent de larges secteurs du = commerce = : (colifichets, vendeurs de baratijas, laveurs de carreaux).
Il est donc difficile de calculer le chômage total. Les experts l'estiment de 3,8% à 7,5 % de la force de travail totale (11).
Le tableau peu enthousiasmant que l'on devine pour le capitalisme mexicain est décrit éloquemment par les chiffres suivants. L'industrie employait un million de personnes en 1950, 1, 556 000 en 1960, 2 440000 en 1970 et l'on calcule qu'elle en emploiera 3 800 000 en 1980. Mais, sur une augmentation de 7 millions de la force de travail entre 1970 et 1980, le secteur industriel pourra en absorber 1,4 million, c'est-à-dire 20 % (et le capital investi dans le secteur industriel passera 20% (et le capital de 16 000 pesos en 1950 à 100 000 pesos en 1980).
ment par le centralisme politique émanant du District fédéral.
Mais évidemment, l'agriculture hautement technisée du Nord-Est du pays a peu de choses à voir avec les économies indigènes de Oaxaca, Chiapas et autres Etats du Sud dominés par l'agriculture de l'auto-consommation.
La paysannerie est de ce fait très diverse. Mais elle souffre de l'oppression et de la subordination aux autorités locales et régionales (caciques), au travers desquelles s'exerce le contrôle du pouvoir bonapartiste central. Leur misère et leur ignorance les unissent et en font la base sociale « naturelle = du régime (9).
Les différents candidats à la succession d'Echeverria se sont engagés dans une polémique publique liée aux problèmes agraires qui a été très fructueuse par les faits qu'elle a mis en lumière. Rodolfo Stavenhagen, un des spécialistes les plus compétents de l'agriculture mexicaine a résumé ainsi la situation.
1) Presque la moitié de la force de travail se trouve dans l'agriculture.
2) La productivité dans l'agriculture est inférieure à celle de n'importe quel autre secteur.
3) Le taux de chômage total et partiel est plus élevé dans le secteur agricole que dans tous les autres.
4) Malgré plus d'un demi-siècle de réforme agraire, la moitié de la population agricole ne possède pas de terre.
5) En termes généraux, le secteur agricole s'est décapitalisé pendant plus de trente ans.
6) Le taux de croissance du secteur agricole, satisfaisant de 1940 à 1965 a décru depuis et est inférieur à celui de l'accroissement de la population.
7) Bien que la plus grande partie des paysans se consacrent à la culture de produits de consommation courante, il est nécessaire depuis plusieurs années d'importer des céréales à des prix très élevés, ce qui a des conséquences très fâcheuses sur la balance des paiements (10).
Echeverria a entrepris une politique agricole tendant à renverser ces tendances. Pendant les années de Cardénismes, 20 % des investissements du gouvernements étaient destinés au développement du secteur agricole et dans les années 1964-1970 ce taux descendit à 11 %.
L'évolution de l'agriculture pendant les dix dernières années est très significative de l'impact et de la forme de la pénétration du capital. Elle est très significative de la façon dont le capital subordonne à ses intérêts, sans les modifier dans la forme, les relations précapitalistes existantes, Le paysan de la région de Ciapa ou de Oaxaca, très marginal est Hle par mille et un fils au capital qui l'exploite. Néanmoins son • primitivisme », sa condition de sous-prolétaire ne se transforme pas en celle de prolétaire, sa condition de paria empire.
On ne peut expliquer autrement qu'un pays ayant tant de ressources agricoles, produc maïs et de haricots ait do céréales.
de ces
IMPORTATIONS
Biens de consommation
Matières premières
Matériel et équipement
Divers
1974
12,5 %
48,1
%
28,3 %
11,1 %
1969
2,5%
40,2 %
42,5 %
14,8 %
Source : Banque du Mexique.
recoures ricoles producteur depuis des millénaires de teur depuis des minenaires de importer des quantités énormes
EN POURCENTAGES
Le chômage est le problème social le plus important qui gêne le capitalisme mexicain. Dans les cimes gouvernementales chacun rejette sur l'autre la responsabilité de ce fléau. Moya Palencia, ministre de l'Intérieur, considère que l'explosion démographique est la cause du problème. Cette position malthusienne est contredite par d'autres, tel le ministre du Travail, Munoz Ledo, qui considère que la stagnation du rythme de croissance des marchés est due au manque de dynamisme Industriel. Echeverria même, dit que c'est le manque d'investissements par les entrepreneurs qui provoque le chômage. Tous ces commentaires ont été faits ouvertement devant un publlc surpris par ces arguments contradictolres, lors de la dernlère réunion de la commission tripartite (ouvrière-gouvernementale-patronale). Politique économique pragmatique
La bourgeoisie n'a pas de meilleure alternative que celle que lui propose Echeverria. C'est à l'intérieur de son programme consolidé au détriment de ses opposants bourgeois les plus ultras que se rassemblent les candidats à sa succession. Ils sont tous les « echevéristes » que les précédents candidats à la présidence étalent « diazordistes » ou • lopez-matéistes =.
Mais si Echeverria a réussi à fortifier en six ans un Etat extrêmement détérioré, même pour une brève période, le prix qu'il a dû payer n'est pas des moindres.
C'est par l'autorité économique la plus importante du gouvernement que l'on a appris les énormes compromis réalisés par le pouvoir pour se tirer avec honneur d'une situation qui n'avait pas été prévue dans les calculs de 1970. En effet, le secrétaire des Haciendas a déclaré le 6 juin que :
- Les choix du gouvernement étalent : « utiliser le crédit extérieur ou ne pas donner à manger au peuple ›, « acheter des machines dont le prix a triplé ou plus, ou ne pourla croissance », «inflation avec développement, ou Inflation avec récession, chômage et faim ».
- Le gouvernement a contracté en 1974 une dette publique fédérale de 100 000 millions de pesos, dont les trois-quarts sont destinés aux entreprises - décentralisées • (gouvernementales mais non ministérielles) : Pétroles Mexicains, Commission fédérale de l'Electricité, etc.
proportion de dette extérieure par rapport au P.I.B. étalt de 9,7 % en 1970: en 1974 elle étalt montée à 12,3 %.
— On a fait un effort pour recouvrer au travers • d'ajustements fiscaux = plus de ressources pour le gouvernement.
Cette politique esquissée, pour • éviter une situation de de l'italle • a eu les effets d'un pallatif temporaire. En effet la chute de 1971 a été surmontée, et l'énorme inflation qui atteignit les 20% en 1972 et 1973 a été partiellement enrayée.
C'est une réponse pragmatique extrêmement faible. Peimontre a levidence. Moins d'un mois après Tannonce des Lopez Portillo, avec son positions précédentes par lesquelles | justifialt ouvertement le cours Inflationniste de 1972-1973, Lopez Portillo fait des déclarations publiques comme celle-ci : • Nous voulons promouvoir une politique hardie pour anticiper sur les phénomènes économiques que l'on perçolt dans l'économie mondiale, pour que nous ne soyons ni surpris, ni dépassés. éviter que l'infla tion et ensulte la récession mondiale ne nous prennent par surprise pour n'avoir pas su les neutraliser par une politique que nous mettons en application sur le champ. » (12 juillet).
La politique • anti-inflationniste » de Lopez Portillo n'est pas très différente celle en 1972-1973 fut • surprise = par la récession mondiale : augmentation des exportations, endettement, etc.
Dans le courant de l'année, l'effort d'association et d'ententes avec les bourgeoisies néo-coloniales s'est orienté en priorité sur la constitution du • Système économique latinoaméricain = (SELA). • Toutes les espérances latino-américaines » reposent sur ce plan, en particulier celles d'Echeverria et du président vénézuéllen (la bourgeoisie argentine, qul a donné un accord de principe, a beaucoup de problèmes pour être un participant dynamique; quant à la bourgeoisie brésilienne, elle veut volr avant de s'engager).
A Mexico, en mars dernier, dans les conclusions de la Conférence sur le financement pour le développement de ¡'Amérique latine et les Caraïbes, le SELA a été défini comme la réplique régionale de l'O.P.E.P. : « Si les prix ne se stabi40 lisent pas et ne fixent pas à l'avance les produits de base d'exportation, les pays en développement intensifleront la formation de groupements de producteurs qui sulvront la ligne de l'O.P.E.P. ». Le SELA sera ainsi = un organisme de consultation et de coopération latino-américain de type économique » auquel les U.S.A. ne participent pas. Il a vu le jour ces derniers temps à Panama.
La volonté de = diversifier » la dépendance à l'égard des U.S.A. constitue le fond de la diplomatie échevériste notamment par ses voyages autour du monde et en Amérique latine. Les Importations des U.S.A. ont diminué un peu en 1973 et 1974 (et la majeure partie du déficit comnercial est attribuable au commerce avec ce : plus de 70 %) Plus rapidement que n'importe quel pays latino-américain ou que même l'impérialisme japonals, le Mexique a acquis le statut de = pays très favorisé - à l'intérieur du Marché commun européen. De 1970 à 1974, l'affluence de capitaux extérieurs a quintuplé : de 500 à 2500 millions de dollars.
Pour obtenir des devises, on projette une politique de tourisme qui augmente consiérablement la capacité hôtellère du Mexique. De 1970 à investissement pour le tourisme sont montés de 415 à 835,6 millions de dollars. Cet accroissement non négligeable est dû à ce que la récession n'a pas affecté autant le Mexique que les autres pays. Le gouvernement actuel sest occupé principalement de développer les regions touristiques qui, sans supplanter les côtes d'Aca pulco, sont déjà visitées par des touristes : Cancun, Zihuatanejo- Ixtapan et Bahia Banderas. On perçolt déjà les effets secondaires de cette • industrie sans cheminées » qui engendre des déséquilibres. Acapulco, haut lieu du tourisme mexicain est le lie ude rassemblement d'importants groupes de « marginaux = urbains, leur nombre atteignant le demi-million. Et la croissance touristique propre, compte tenu des efforts faits n'est pas satisfaisante : en 1973, elle était de 13% par an et en 1974 de 4,7 %.
Enfin, le régime désire redonner vie à l'industrie minière du phosphore et du cuivre, deux filons importants et favorables dans la conjoncture mondiale actuelle.
En conclusion, la ligne pragmatique en matière économique suivie par le régime n'a pas éliminé les causes essentielles de l'instabilité, au contraire. Aujourd'hul, la dette publique fédérale est supérieure (en 1970 elle était de moins 50 000 millions de pesos et en 1974 de 100000 millions); les sociétés • transnationales » se sont attachées à l'industries de transformation; le contrôle des monopoles s'est élargi avec l'absorption croissante des petites et moyennes Industries (12) : les importations continuent de croître et, en dépit de leur augmentation, les exportations ne redressent pas la balance commerciale ; l'investissement privé reste timide et l'extension des interventions étatiques dans l'économie renforce les mécanismes fiscaux et monétaires qui constituent les principaux foyers internes de l'inflation actuelle. On peut donc conclure que l'économie mexicaine présente des signes certains annonçant une sérleuse crise économique. Consolidation transitoire
Une fois posé le problème de succession, Echeverria ne pouvalt cesser « d'innover ». Tous ses efforts pour • relégitimer » le contrat social réformiste (politique de base du bonapartisme mexicain) devaient atteindre à la consécration sur les plus hautes cimes de la superstructure politique c'est-à-dire en passant au niveau des décisions fondamentales.
La bourgeoisie elle-même ne jouit pas de la démocratie. La façon dont l'appareil politique a traité les quelques secteurs capitalistes qui ont osé • participer à la politique = est élo quente. A ceux qui douteraient du caractère bonapartiste du régime, Il faut montrer le grotesque du comportement financiers et banquiers mexicains multimillionnaires, qui bons disciples du gouvernement, acceptent avec plaisir règles. Même les porte-paroles les plus clairvoyants de bourgeoisle (parmi ces porte-paroles, ceux du secteur le plus retardé Idéologiquement, celul de Monterrey), le reconnaissent. Récemment un des directeurs de la puissante Hojalata y Lamina, devant une réunion de ses congénères de classe a dit : « Nous ne savons pas falre de politique, les gens nous méprisent : Il y a une disproportion entre notre force dans l'économie et notre falblesse en politique. »
A l'occasion de déclarations • dinosauriques = d'un • Consell économique des Entreprises », organisme fantôme de quelques entrepreneurs crée pour « infiuer » sur la nomination du candidat du P.R.I., l'attaque de la presse officielle fut écrasante.
L'entrée ouverte d'un groupe d'entrepreneurs de Monterrey au P.R.I. ainsi que l'appel des dirigeants de ce parti aux « entrepreneurs nationaux pour qu'ils entrent également, confirment l'absence de participation de la bourgeoisie, en tant que classe, aux décisions finales et importantes qui seront prises en octobre pour désigner le futur président du Mexique.
En réalité, Il faut écouter attentivement les déclarations des dirigeants du P.R.l. pour bien comprendre toutes les contradictions. Reyes Heroles, président du parti officiel a dit : • Le système politique mexicain est une démocratie formelle sur le chemin de la démocratie réelle. ». Il est certain que le pouvoir économique de la bourgeoisle • mexicaine : a tant augmenté que le régime doit - en tenir compte ». Etant ce qu'lis sont, les dirigeants du P.R.l. Indiquent à la bourgeoisie ses comportements politiques. Reyes Heroles, donnant les raisons sur lesquelles doit se fonder le plan de base du gouvernement que le P.R.I. élabore pour la période électorale a déclaré clairement : • Certains de ces prédicateurs de viellles vérités ne sont pas contre l'intervention du gouvernement dans la vie économique mais ils veulent l'intervention des hommes d'affaires dans le gouvernement. ». Il avertit la bourgeoisie des dangers de se présenter ouvertement avec une apparence désagréable : * Notre développement jusqu'ici n'a pas été exclusivement capitaliste et il est douteux qu'il pulsse continuer si celul-ci devient prépondérant. Nous voulons continuer avec notre économie mixte attachée aux buts tracés par l'Etat révolutionnaire. Il ne s'agit pas d'une simple coexistence entre le secteur capitaliste et le non-capitaliste mals... d'arriver à une économie d'entente (sic) dérivée de la suprématie des Intérêts nationaux. >. Et les avertissements à la bourgeoisie à propos des problèmes qui se dessinent et de la nécessité d'être plus souple figurent dans chacune de ses déclarations. Il a déclaré : • Les classes du capital national doivent comprendre ceci : si nous réduisons la justice sociale, si nous ne l'augmentons pas proportionnellement à la richesse du pays, le développement économique national ne sera pas viable, manquera de base et sera manqué (sic). Si les classes du capital national tiennent leur rôle et participent à la réalisation du projet national, elles en seront bénéficlaires; si elles n'y participent pas, le combattent ou le sabotent, elles en seront les victimes. ». Echeverria a compris que le système s'était rapproché d'un point dangereux dans la décade passée, que l'alternative était claire : ou réformer le régime ou courir le risque d'un changebreuses cartes restées cachées le plus longtemps possible. Mais il a fallu les sortir pour montrer jusqu'à quel point un faux pas quelconque peut coûter cher à la bourgeoisie. Par exemple, on a rendu publics, par l'intermédialre du nouveau secrétaire au Patrimoine national, les comptes des entreprises = décentralisées =, montrant comment la majorité d'entre elles sont déficitaires et sont la cause des « chiffres rouges =. du fait des subventions énormes qui leur sont faites depuls trente ans pour leur permettre l'accumulation de bénéfices.
Le projet echeveriste a gagné également l'opposition démocratique qui sous le gouvernement précédent avait été horrifiée par les atrocités de Diaz Ordaz. Cette intelligentsia démocratique constitue aujourd'hui la meilleure ambassadrice et propagandiste d'Echeverria. Le poète Octavio Paz a mis son talent à la disposition du président expliquant que le choix est: • Echeverria ou le fascisme =. Carlos Fuentes, autre grand écrivain mexicain, a été nommé ambassadeur en France et le gratin des intellectuels universitaires est placé à des postes honorifiques du gouvernement. (Floeres Olea, directeur de Science politique de la UNAM a été envoyé comme ambassadeur en U.R.S.S., Gonzalez Pedrero, autre ancien directeur de cette faculté a été nommé directeur de la chaine de TV officielle et est sénateur de la République). La foudre de la critique démocratique est devenue officielle. Il suffit de regarder quelques revues gouvernementales ou du parti officiel pour s'apercevoir que la majorité des vieux écrivains de la gauche démocratique, ont adhéré au programme d'Echeverria, consolidant ainsi le corps desséché et épuisé du bonapartisme mexicain.
Les derniers événements confirment la caractérisation du régime mexicain par les marxistes révolutionnaires. A la différence d'autres courants de la gauche mexicaine, les marxistesrévolutionnalres ne se sont pas laissés séduire par le chant des sirènes populistes. Ni « bureaucratle politique • véritablement, ni = capitalisme monopoliste d'Etat », mais un régime bonapartiste avec une nette tendance à la technocratie et aux solutions fortes (13). Echeverria : l'homme et son rôle historique
Les marxises ne sous-estiment pas le rôle de l'individu dans l'hitsoire. Au Mexique, Il est impossible de sous-estimer le rôle de l'homme qui incarne le pouvoir central du gouvernement, pouvoir quasi absolu, reposant sur plus de cinquante ans de stabilité du système. Echeverria a été plus sensible que ses proches prédécesseurs aux problèmes qui affectent le régime. Il est du modèle, en plus petit, de Cardenas, le grand architecte de l'Etat bourgeois mexicain actuel. Le talent de Echeverria n'atteint pas le génie dont falsalt preuve Cardenas et avant lul, A C me Cardanse et avent Jul Obregon, le père de la généalogie bonapartiste mexicaine. Mais Il a compensé son manque de génie par un travall méthodique, une conduite personnelle sobre (au Mexique, c'est la première fois qu'un président de la République mène une vie ordonnée, horaire) et par un véritable dévouement à son rôle de sauveur ne donne pas de fêtes, où le travail determine reellement son Mon Moe de fates c le travall détermine réellement son de sa classe. Sa progression n'est pas celle d'un grand politique mais celle d'un employé fédéral discipliné qui a gravi lentement la pente qui l'a mené aux sommets politiques. il n'eut jamais un succès populaire, il ne se distingua jamais, avant d'être président par son éloquence, ses discours, ses idées. Il se soumit totalement à ses superleurs, ce qui lui permet aujourd hui d'être le supérieur de tous. Mais cette montée qui l'a conduit à la présidence de la République est aussi un handicap. Il est l'homme le plus directement responsable avec Diaz Ordaz de la répression atroce de 1968.
Avec Echeverria, les tendances historiques du régime ont convergé avec les plus récentes entreprises de modernisation technocratique de ses mécanismes. Il est déjà possible de définir son rôle historique: plus qu'aucun autre président mexicain, Echeverria a voulu • civiliser » les méthodes primitives (sauvages et populaistes, en même temps) de la machine politique mexicaine. Echeverria ouvre grand les portes à la rationalisation du pouvolr au Mexique: la technocratle prend une place privilégiée au côté du personnel politique qui traditionnellement monopolisait la scène (14). A côté des bureaucrates traditionnels des centrales syndicales, des leaders • agraires =, des • diplômés » qui se pressent au parti officiel. des politiques des plus fautes cimes qui entourent le président, les technocrates sont venus avec Echeverria. Ce sont les plus qualifiés issus de l'Université, en particulier de T'U.N.A.M., ment brusque qui aurait mis en crise une révolution populaire, peu probabl militaire, plus probable comme on le vi
Reyes Heroles, parlant de nouveau
« né » dit : • Nous voulons aller de tout le système (soit e, solt une dictature t en 1968).
au nom de son chef l'avant, dépassant les contradictions, les accordant, définissant leur solution quand cela est réalisable, en accord avec nos ordres d'urgence et en évitant à tout moment que les contradictions ne deviennent des antagonismes. En observant notre développement on perçoit un déséquilibre... Fondamentalement, ce déséquilibre s'observe entre le développement social et le développement économique, déséquilibre qui atteint un point dangereux. Point où le retard social opère comme une limite infranchissable de notre développement économique. ».
Mais ces avertissements à la bourgeoisie ne sont pas les seuls. Il y a aussi les avertissement accompagnés de répression plus brutale contre les révolutionnaires, en particulier, les organisations d'avant-garde et militaristes qui se sont heurtées au réformisme et ont été poussées à l'isolement par le bonapartisme. Récemment Reyes Heroles déclarait : - Ce n'est pas peu de chose de maintenir un régime démocratique dans notre pays, et nous disons à ceux qui, au nom de la justice prétendent se passer de ce régime : nous voulons plus de justice, oui, mais dans le droit constitutionnel = (sic).
• L'ouverture démocratique » a réussi ainsi une pause dans Je processus d'usure contre tous les types d'ouverture par la droite : il n'y a de solution pour le capitalisme mexicain que dans le système actuel. C'est-à-dire une solution qui n'est ni meilleure ni pire que les maux qu'elle aspire à supprimer. sous son impulsion, les institutions usées de l'appareil poll- Devant les exportations de Echeverria, devant ses manceuvres, tique mexicain se sont mises au travail. Pour qu'il n'y ait aucune méseptente ou doute, Echeverria a abattu de nom- ayant des diplômes des universités étrangères qui dirigent en ce moment la politique des investissements, de la réforme agraire, du commerce extérieur, de la recherche et de l'éducation supérieure, des plans de développement régional, de la réforme du monstrueux appareil bureaucratique gouvernemental, de l'allure de la nouvelle politique internationale, etc. Cette catégorie n'est pas hégémonique et il ne faut pas sous-estimer le fait que ces technocrates passent à la politique ou inversement que des politiques se « technocratisent » ; ce qui est inquiétant, c'est la force qu'ils ont acquis en moins d'une décade.
L'apparition de cette technocratie a rendu plus complexe le problème de la succession présidentielle. Auparavant, la succession se réalisait de facon très simple. Le chef de l'Etat choisissait son ami et compagnon le plus proche, généralement militaire. Après Cardenas on tint plus compte des formes : on choisit un homme chargé des questions politiques, le secrétaire du gouvernement: parmi les cinq derniers présidents, quatre avaient été secrétaires du gouvernement. Aujourd'hui, l'appareil politique pourrait choisir comme successeur Mario Moya Palencia. Mais cette technocratie, installée au gouvernement, chargée devant le président de la planification économique et de son contrôle au travers du secrétariat à la Présidence, a rendu probable le choix de Hugo Cervantes des Rio, secrétare du en 1969 pour s'opposer à une reproduction des protestations massives analogues à celles de 1968.
Les jours qui suivirent ce jeudi de la Fête-Dieu de 1971 furent décisifs et marquèrent le nouveau gouvernement. Echeverria ne pouvait poursuivre le « style • de Diaz Ordaz au début département comme successeur.
Ces deux politiciens sont les principaux adversaires dans la lutte pour la succession présidentielle. Les autres membres du cabinet s'allient à l'un ou à l'autre ; il pourrait se faire, si la lutte était très serrée qu'on juge opportune la venue d'un troisième candidat pour rompre une situation très fermée. Il y a alors deux candidats possibles : Lopez Portillo que l'on connaît pour son pragmatisme économique accentué et Porfirio Munoz Ledo, ministre du travail chargé de combattre la puissante bureaucratie syndicale. Trois autres ministres ont de moindres chances; ce sont des politiciens mineurs. En fin de compte, le résultat dépend d'un nombre très précis de circonstances impossibles à prévoir pour nous, simples mortels éloignés des cuisines de l'Olympe mexicain.
Il n'a pas fallu beaucoup de temps pour qu'Echeverria se voit obligé de choisir. A peine moins de six mois après son arrivée au pouvoir, le 10 juin 1971 une puissante manifestation étudiante est massacrée par le corps militaire de NOTES
(1) Voir • la décadence du bonapartisme mexicain * Imprecor no 19, p. 6-14. Au début de T'annee, nous disions que les questions auxquelles il tallait repondre en 19/0 auxquelles il fallait répondre en 1975 étaient: • Est-ce que la politique de défi à l'impérialisme va continuer ou pas. - Et plus loin nous disions que la réponse serait probablement affirmative : " la bourgeoisie doit continuer à suivre ses plans à l'intérieur du cadre choisi. si elle ne veut pas provoquer une série de crises politiques débordant les limites de sécurité •. En conclusion, nous liser, devait s'étendre sur 6 nouvelles années. exposons que le choix de E. pour se réacependant que si la bourgeoisie Sans dire n'a pas d'autre choix que celul qu'Echeverria lui propose, cela doive durer pendant six ans. D'autres facteurs entreront en une fois réalisée la succession. Ce est certain, c'est que le président E. s'est affermi.
(2) Corenzo Meyer « la résistance au capital privé étranger le cas du pétrole. 1938-1950 - dans = les entreprises multinationales Mexique, El Colegio de Mexico, 1975. Meyer donne ici l'exemple d'un processus que les marxistes avaient constaté pour les rapports globaux du néo-colonialisme avec les anciennes colonies depuis 15 ans. Cf. E. Mandel - Traité d'économie marxiste, Ed. Era, México, 1969, T. II, chap XIII.
(3) Les données précédentes sont de Gerardo Bueno « les perspectives de la politique de développement industriel du Mexique • dans La Economia mexicana compilateur Leopoldo Solis. Fondode Cultura Economica, Mexico, 1973, p. 220-227.
(4) Julio Faesler, déclarations à la revue Tercer Mundo, México, vol. 2 no 2, 1975.
(5) Enrique Padilla Aragon - Les problèmes de anniversaie, juin 1995, Mexico, D.FiPpl. du 13l'économie nationale ».
(6) L'échange inégal était compris ainsi, il y a plus de 10 ans, par les marxistes révolutionnaires « Ce que Barrat Brown oublie dans son 42
Los Halcones, fondé analyse est l'explication du commerce internati moins en un échange travail: moins de trav des pays qui ont une it echange de plus de
• complète que fait Marx onal, qui consiste au inégal de quantités de ail (quallēé et intensif) portante production, en travail (non qualifié et moins intensif) des pays retardés *. Ainsi s'exprimait E. Mandel en 1964, voir Ensayos sobre el neocapitalismo, Ed. Era, México 1971, P. 178.
(7) David Ibarra, - Marchés, développement et politique économique: perspectives de l'économi mexicaine • dans El peril de Mexico en 1850, Ed. Siglo Veinteimro, México, 1970, Cuadro I, p. 99.
(8) Luis Villoro, un des plus perçants critiques. libéral-démocrate, a parlé du • paradoxe de la dépendance • appuyant sur le fait qu'il existe un rapport direct entre le pouvoir productif des entreprises et leur dépendance du capital extérieur. Excélalor, 25 avril 1973.
(9) Au contraire de ce qu'attirme l'historien érudit Arnaldo Cordova : * Nous considérons le bonapartisme, terme employé pour la première fois par Trotsky pour qualifier le cardemisme mais qui ne répond pas non plus complédems les termes dens lesquels art dernie l'expérience du Bonapartisme : rôle central joué par les éléments déclassés, comme le lumpenprolétariat et les petits paysans sans unité et sans intérêts nationaux, un leader « tout puissant » qui impose des rapports personnels permanents, avant et apres la prise du pouvoir. « L'idéologie de la révolution mexicaine». Ed. Era, Mexico, 1973, page 34.
Cordova ne tient pas compte de ce que Trotsky soulignait sur la place du bonapartisme, à savoir. son caractère général et en aucune façon réduit à l'expérience française : Il ne tient pas compte non plus de la ressemblance étonnante entre les bonapartismes français et mexicain justement sur le problème paysan. En effet, l'un et l'autre trouvent leur stabilite dans l'appui des paysans. Bien sor. le paysans mexicain du XX• siècle est très different du paysan francais du siècle précédent, mais contrairement à ce que dit Cordova : Il est surprenant comme se ressemble la façon dont les deux classes, dans des conditions différentes, ont permis l'aparition d'énormes appareils bonapartistes.
(10) Excéislor, 29 juillet.
(11) Le premier chiffre est de Saul Trejo Reyes, le deuxième de Raul Benitez Zenteno, données prises, comme toutes celles de ce chapitre, à la revue Comercio Exterior (juillet 1974) consacrée aux problèmes de la population du Mexique.
(12) Amilcar Romero Garcia, président de la Chambre nationale de l'Industrie de transformation (groupant les " entreprises nationalisées ») déclara : • La petite et la moyenne industrie se trouvent quotidiennement sur le point de fermer, d'être absorbées par d'autres entreprises, ou par le gouvernement (Excélsior, 23 février).
(13) En plus de notre définition de l'Etat mexicain, il en existe deux autres dans la gauche mexicaine. Celle du P.C.M. (qui est de fait une conception partagée par les autres partis communistes) sur «le capitalisme monopoliste d'Etat ». Cette conception est partagée par un groupe d'intellectuels à la tête desquels se trouve Alonson Aguilar, pas précisément « stalinistes », mais ayant des convergences de vue avec ceuxci, sur un certain nombre de points, dont la caractérisation de l'Etat mexicain. Le journal de ce groupe est « estrategia ».
L'autre courant comprend les professeurs d'universités menés par Arnaldo Cordova, déjà cité, quip arlent d'un régime " populiste ». Comme tous les universitaires du monde, l'électisme de ce groupe lui permet de se rapprocher de la conception du bonapartisme des marxistes révolutionanires : ils parlent d'une bureaucratie politique », etc. Ce groupe s'exprime, dans la revue Cuaderuos Politicas.
(14) Arnaldo Cordova avait avancé une semblable interprétation sur l'apparition d'une couche « technocratique • dans le gouvernement mexicain, dans Revista Mexicana de Clencia Politica, oct-déc. 1972.
(15) Se référant à Plékhanov dans « La guerre et la révolution », Archives et Documents, Paris 1974, T.I.. page 20.
de son gouvernement. Les événements précipitèrent la décision
Echeverria: • rompre » avec le passé. Il obligea de hauts fonctionnaires du gouvernement à démissionner, en commençant par le chef du Département du District fédéral. directement responsable des actions du 10 juin. Cette mesure marquait le début de son projet - d'ouverture ».
Quelles furent les raisons de ce choix ? En 1968 on avait à quel point l'armée était proche du pouvoir. On se souvint de quelque chose qui semblait oublié: à son origine et pour son
Jacques Valier affermissement, l'armée fut essentielle pour le bonapartisme. Obregon, Calles, Rodriguez, Cardenas et Avila Camacho étaient généraux. Mais maintenant Tarmee, bien qu'elle n'ait jamais nettement avec lui, a des liens beaucoup plus étroits rompu avec l'impérialisme. Sans nier que l'armée mexicaine continue d'être un instrument du régime et non son factotum, des milltaires au pouvoir sont assimilables plus à une dictature militaire qu'à une dictature bonapartiste.
Echeverria, son équipe et sa tradition étaient plus liés à Sur l'appareil politique et à technocratique formé. Los Halcones, le groupe massacreur des étudiants constituait un corps qui s'était déjà considérablement développé et ce qu'il fit le 10 juin a montré au pouvoir la tendance l'impérialisme groupes qui répriment sans discernement. Sans être des groupes fascistes à l'européenne Los Halcones aspirent à obtenir rérogatives plus importantes que les politiciens et la police Seule l'armée étalt au-dessus d'eux; mais elle ne voulait pas perdre son prestige dans la répression des étudiants. La police était débordée par la contestation populaire. Mais la répression des Halcones faisait courir le risque d'un processus dont le pouvoir pouvait perdre le contrôle.
Echeverria choisit de relégitimer le contrat social bonapartiste, falre certaines réformes, ouverture de vannes, une raçade • démocratique • à la mexicaine, un prestige international rénové. Il y est parvenu, de manlère souterraine. Il laisse une succession politique difficile. A la différence de ce qu'il héritait de Diaz Ordaz, il peut affirmer que le gouvernement mexicain a retrouvé partiellement son autorité perdue. il est vrai que l'analyse montre que les apparences sont trompeuses. De tait Echeverria avec la vision que tul permet la hauteur de sa position, pourrait prononcer la célèbre phrase de Louis XV.
Ses apologistes l'ont dit à leur manière. Comme Fernando Benitez, qui était un critique démocratique du gouvernement précédent : • Echeverria possède une grande bonté humaine et une simplicité admirable... Il sait processus productif capitaliste est mondial qu'on lui a donné à gouverner un pays en ruines et que srarchisé * Le développement inégal et combiné action ne suit pas à créer un Mexique moins pauvre et plus juste - (Excelsior, 30 juin). Il semblait impossible que devant cette transformation du xacerbé au stade impérialiste du capitalism bonapartisme sexenal, du candidat de la Nation et du chevalier
Les théories de Lénine et de Rosa Luxemb du Tiers Monde, puisse s'élever une opposition quelconque.
Mais ici, commence une autre histoire. C'est le récit des ennuis d'une large avant-garde de masses qui Actualité de la révolution permanente *
1968 et qui a lentement mais sürement appris, au travers de quelquefois vérités essentielles de la lutte classes et, ce qui est très important, qui commence à apprendre massivement le marxisme. C'est le facteur - disfonctionnel » de tout le contexte extérieur.
sommet de l'iceberg qui fait se souvenir au pouvoir fut pas une année comme les autres, et que • l'ouverture démocratique • n'a pas pû refermer la brèche qui s'était ouverte à cette occasion. Luis Echeverria lui-même l'a compris le 14 mars, sur le campus de San Angel de la U.N.A.M., cette nouvelle avant-garde. Près de 10 000 étudiants (et des ouvriers parmi eux) le refoulèrent comme le plus grand représentant d'un système oppressif. Progrès nota ble. Preuve que le marxisme pénètre malgré les apparences de la situation, et prend racine dans l'avant-garde mexicaine.
Et à l'intérieur de cette avant-garde, révolutionnaires pénètrent en profondeur. C'est la vieille histoire des marxistes-révolutionnaires amorcent l'internationalisation des perspectives nationales des rebelles qui surgissent spontanément dans les Juttes. Cette entreprise qu'a déjà décrit Trotsky (15) = nationaliser - la théorie marxiste et ce faisant, dénationaliser la pensée révolutionnaire mexicaine.
Mais à cause de son importance, ce processus mérite d'être traité séparément.
ALFONSO RIOS
1°r août 1975 43