Burumtima, petit fortin portugais en Guinée-Bissau. maintenaient la présence portugaise dans cette zone fron- Cent, peut-être deux cents soldats selon les moments tière de la Guinée-Conakry. LE SPINOLISME NE S'ARRETE PAS AU DEPART DE SPINOLA Autour de Burumtima, le P.A.I.G.C. contrôlait les campagnes. La route qui parfois impraticable. La garnison de Burumtima mène à Pitche était dangereuse, mint isolée et recevait régulièrement son ravitaillement. A la sortie de Burumtima, un chemin menait en 200 mètres au poste frontière de Guinée-Conakry où quelques dizaines de soldats munis de pétoires vétustes observaient les garnisons portugaises. Régulièrement on se tirait dessus. A côté de ce poste guinéen, à quelques dizaines de kilomètres, se trouve Kundara, ville guinéenne abritant des installations du P.A.I.G.C. et notamment un hôpital. Kundara était pour le P.A.I.G.C. une étape importante entre le front et le siège de Conakry. Pendant des années de lutte armée et de progression militaire du P.A.I.G.C., le colonialisme portugais en GuinéeBissau a été un peu à l'image de ce fortin de Burumtima. Il fut incapable de briser son isolement et n'eut jamais les 45 moyens politiques de faire franchir à «sa guerre» le saut qualitatif qui eut imposé au P.A.I.G.C. un arrêt de son offensive.
Sa tentative de débarquement à Conakry en 1971 fut un lamentable échec, notamment politique et diplomatique.
Uses camps retranchés, comme l'était Burumtima?
Tout cela aurait impliqué une internationalisation du conflit, une capacité politique, économique et militaire que la bourgeoisie portugaise était incapable de maîtriser.
Le grand frère américain était décidément d'une autre trempe. Malgré le soutien généreux de l'O.T.A.N. et des U.S.A., la guerre coloniale portugaise restait une guerre à l'image de la bourgeoisie portugaise et de son strapontin à la table de l'impérialisme mondial.
Pour maintenir en Afrique la puissance de & l'Occident », pour y garder marches et ressources, la moitié du buget du Portugal est mobilisée pour soutenir la guerre coloniale et une armée de 150 000 hommes est entretenue outre-mer.
Caetano se prenait peut-être pour le défenseur du christianisme, mais il était surtout président de l'Assemblée générale de la Société Algodoeira Fomento Colonial et de la Compagnie d'Assurances Previsao.
Une grande partie de l'industrie du Portugal vit grâce aux matières premières venant de ses colonies. L'Angola et le Mozambique sont les principaux fournisseurs du coton brut, du sucre et des huiles végétales. Le diamant, le sisal, le fer, le pétrole, le café constituent en Angola une source permanente pour la métropole. Plus de 90 % des exportations angolaises sont des produits primaires bruts. En 1967, le café, le diamant et le sisal en repré sentaient 72 %.
Au milieu des années 50, la bourgeoisie portugaise avait tenté de rationaliser son système colonial. Le premier plan de « développement des provinces d'outre-mer » (1953tionnelles (café, 1958) prévoyait le renforcement des productions diamant, sisal, coton) mais aussi le tradidéveloppement du fer, du pétrole et de certains oléagineux. Parallèlement à ces projets, se précisa une forte immigration blanche. Les profits élevés que procure la afflux de colons portugais. Au cours de la décennie 50-60, production du café sont les causes principales la population européenne a augmenté de 569% dans le district de Vige, de 230% dans celui du Cuanza Norte, de 211 % dans celui du Cuanza Sul qui sont les districts «cafétiers » de l'Angola. De 1956 à 1962, le nombre des plantations est passé de 638 à plus de 2000. Entre 1950 et 1960, la population blanche d'Angola passe de 79000 à 173 000 et la proportion est la même pour le Mozambique.
Ainsi, le processus colonial est rigoureusement dépendant des contradictions de l'économie métropolitaine; la question agraire au Portugal induit des transferts de population vers les colonies africaines en permettant par ailleurs un meilleur contrôle et une exploitation plus systémtaique des populations africaines.
Mais le colonialisme portugais ne se réduit pas à une reproduction miniature de ce que tut le colonialisme britannique ou le colonialisme français. Au moment où les bourgeoisies britanniques et françaises amorcent un virage, assument empiriquement la poussée du nationalisme et préparent une solution néo-coloniale, le coloniansme portugais voit se developper les embryons d'une resistance politique dans les villes. Sa seule réponse sera la répression brutale, sans détails et le retus de toute modification du statut coloniual.
Pour se permettre une solution néo-coloniale, il est nécessaire de satisfaire les données contemporaines de la concurrence inter-impérialistes et de pouvoir conserver, après l'ouverture partielle du marché colonial à la concurrence internationale, le gros de ses intérêts et de ses monopoles. Il faut aussi disposer d'une équipe politique indigène apte à faire fonctionner l'appareil d'Etat et capable de prendre une part grandissante dans la répression des masses.
-Or, par son histoire, par sa place sur l'arène impérialiste, par sa débilité économique, la bourgeoisie portugaise ne dispose nullement de ces capacités.
Elle sait, en observant. l'infortunée bourgeoisie belge au Congo, qu'un processus néo-colonial doit se maîtriser du début à la fin si l'on ne veut pas y perdre la face.
Cette incapacité chronique du colonialisme portugais à manœuvrer dans le sens des colonialismes britannique et trançais, va évidemment favoriser la radicalisation du nationalisme de ses possessions et engager une resistance armée en l'absence de toute forme de récupération et de louvoiements qui, ailleurs avaient subtilement intégré les directions nationalistes.
Ainsi Cabral à l'O.N.U. (27e sessions) déclara : « Le massacre de Pidjiquiti, perpétré par les colonialistes portugais le 3 août 1959, contre les dockers de Bissau et les travailleurs des bateaux de transport fluvial en grève, avait été aux dépens de 50 morts et de plus d'une centaine de grévistes blessés, une douloureuse leçon pour notre peuple. Nous avons appris que contre les colonialistes
Certes en Angola et au employé, ainsi que les vill tions de populations, les et le FRELIMO. Mais ceci clement de Cabora Bassa, miques impérialistes dans militaires du M.P.L.A. étai divisions internes et de la frontière nord que de l'effi
Cette impuissance du co encore une fois lorsqu'il ci briser la résistance du peu
Mais tout ceci ne peut r l'acharnement et la barbarie Sa débilité en regard des de l'impérialisme n'en fais nialisme d'opérette.
A S. Nicolau, le camp à envier à la tradition nazie, à Mukumbura, dénoncés en à apprendre de la boucherie mutilations étaient aussi l'armée française en Algéri
« Nous, les Portugais, en : tenace à conserver dans le positions stratégiques et te l'incomprehension de quel service à la cause commun l'impose, nous nous tiendro Ainsi s'exprimait Caetano risme. Mais c'est le généra lègue la plus parfaite anth et de l'obscurantisme racist des « Leçons de stratégie du 1967), cet individu explique vers le Sud, on s'aperçoit influence sur les races : 1 la vie moderne, si la latitude différemment. Ainsi, les Nor sont capables de mener une viennent les Latins qui s ensuite on passe aux Aral nous, et enfin on finit par la race noire est très inférie les caractéristiques de notre inférieures à celles de la ra
Cette barabarie visait évi velléité de résistance de la p Mais elle recouvre aussi l' niale portugaise à intéres sociale indigène à la domi du colonialisme portugais e de la débilité économique Au Cap Vert, dira, au cour A. Cabral, le 14 avril 1971, les quatre ans une année d constitue un puissant déme lisatrice et chrétienne du Po de 1946-1948 avait entraîné la de l'archipel selon des chil
En Angola, il y avait u
Mozambique, le napalm fut iges stratégiques, les déportaoffensives contre le M.P.L.A. n'empêcha nullement l'encerce joyau des projets éconola région, et les difficultés ent plus le résultat de ses politique de Mobutu sur la acité militaire portugaise. lonialisme portugais s'exprima ut, en assassinant A. Cabral, ple guinéen. our autant nous faire oublier de cette domination coloniale. intérêts stratégiques généraux ait pas pour autant un colode concentration n'avait rien les massacres au Mozambique, septembre 1973, n'avaient rien de Song Mi, la torture et les systématiques que celles de nous appliquant dans un effort cadre de l'Occident, quelques critoriales importantes, malgré ques-uns, nous avons rendu : et, parce que nos conscience ins sur les mêmes positions.» dans la continuité du salaza1 Kaulza de Ariaga qui nous ›logie de la barbarie coloniale e. Ainsi, dans le XIe volume . Haut Commandement » (1966: « Lorsque l'on va du Nord que la latitude exerce une ›ar rapport aux exigences de varie, les races se comportent diques, maintenant développés, vie politique très éclairée, puis ent beaucoup moins évolués, ses qui sont bien pires que les Noirs. Sans aucun doute, ure à la race blanche, comme race sont, par certains côtés, ce nordique.» lemment l'épuisement de toute urt de la population portugaise. ncapacité de l'économie colodurablement une couche nation étrangère. La barbarie st donc aussi la conséquence de la bourgeoisie portugaise. s d'une conférence de presse, chaque Cap-Verdien vit tous : famine complète. « Voilà qui ati à la soi-disant œuvre civirtugal en Afrique. » La famine mort de 35 % de la population fres officiels portugais. n médecin pour 1000 colons et un médecin pour 75000 Africains. La mortalité infantile était, chez ces derniers, de 125 pour 1000!
portugais, il n'était pas question de choisir entre la lutte pacifique et la lutte armée.. Nous décidons alors de... suspendre toutes les actions revendicatives en ville et de nous préparer à la lutte armée. » Au Mozambique en 1956 et 1962 eut lieu à Lorenzo Marquès des manifestations antiportugaises sauvagement réprimées. En 1960 à Mueda et en 1962 dans les plantations de cannes de Xinavane, les revendications paysannes se soldent par des centaines de morts... Ainsi peu à peu, les contradictions du colonialisme portugais contribuent à exacerber le nationalisme africain et à leur donner un visage plus radical que la plus grande partie du nationalisme des autres empires coloniaux. Ainsi se forgèrent le P.A.I.G.C.. le F.R.E.L.I.M.O. et le M.P.L.A.
Mais le colonialisme portugais, cramponné à ses intérêts et à ses profits, soucieux de préserver ses territoires de la concurrence impérialiste va se voir confronté à une guerre de libération que ses capacités économiques militaires sont loin de pouvoir assumer. La victoire militaire face aux mouvements de libération était devenue utopique et il restait à sauvegarder l'essentiel dans le caddre d'une refonte des pouvoirs politiques dans les colonies. Il s'agissait non seulement de protéger les intérêts investis en Angola et au Mozambique mais aussi de stopper l'épidémie révolutionnaire l'Afrique australe; de séparer Guinée et Cap Vert pour qui menace l'ensemble de et Cap Vert pour conserver l'archipel stratégiquement important, etc.
Le livre de Spinola « Le Portugal et son avenir » a fait beaucoup de bruit en raison de son contenu anti-colonial. Venant de l'organisateur de l'assassinat de Cabral, la leçon était de taille !
Spinola, militaire éclairé, tirait, là, la leçon des derniers mois de guerre tout en integrant a son propre projet politique les intérêts impérialistes et leurs pressions pour une révolution néo-coloniale, ainsi que l'espoir de voir la bourgeoisie portugaise se consacrer à la rationalisation de son appareil de production et à son intégration à la Communauté économique européenne.
Spinola reprenait quinze ou vingt ans après la vieille politique gaulliste de la décolonisation dans le cadre d'une communauté lusitanienne où l'essentiel des intérêts portugais sont préservés. Mais Spinola n'a pas en face de lui, à la différence d'un de Gaulle, des directions nationalistes droitières dévouées et acquises aux intérêts impérialistes. Le P.A.I.G.C., le F.R.E.L.I.M.O. et le M.P.L.A. ont plus d'une décennie de luttes armées à leur actif. Mouvements natio nalistes révolutionnaires, empiriques, hétérogènes, ils se constituent sur une base de guérilla rurale au sein d'une paysannerie de petite production parcellaire. Leur direction d'origine petite-bourgeoise ont comme projet histogarantis par une « économie nationale indépendante ». Ces rique, la construction d'Etats nationaux, indépendants, directions ne sont pas dans leur ensemble disposées à répondre favorablement à la communauté néo-coloniale de
Spinola. Leur histoire, leur hormation, leur ditficile equilibre interne et leurs liens avec les masses ne permettent aucunement à Spinola de passer par-dessus quinze ans d'histoire et de refaire une petite opération gaulliste.
Le projet spécifique de Spinola était donc dès le départ voué à l'échec. Il l'était d'autant plus que Taxe central (les mouvements devaient déposer les armes et négocier)
'accompagnait de multiples combinaisons périlleuses pour aire apparaître des groupes fantoches susceptibles d'être eux aussi, à une table de négocation : relance du F.L.I.N.G.
en Guinée et apparition de l'U.D.C. au Cap Vert, création du F.I.C.O. au Mozambique.
Le P.A.I.G.C., le M.P.L.A. et le F.R.E.L.I.M.O. ont rapidement dénoncé ces projetjs de division.
Cependant la politique spinoliste de décolonisation ne se résumait pas au bluff d'une communauté lusophone.
Le but recherché étant une forme nouvelle de rapports néo-coloniaux et le blocage du processus révolutionnaire, la politique spinoliste (y compris avec le départ de Spinola)
ANGOLA profite d'une série d'atouts majeurs qu'il est bon de mettre en avant pour bien cerner les enjeux.
Tout d'abord les réformistes portugais et en premier lieu, Mario Soarès, ministre des Affaires étrangères, se contentent de se déclarer hostiles à une résolution néocoloniale, tout en restant muets sur les fondements objectifs déjà existants de cette impasse historique. On attend encore les prises de position de Mario Soarès contre les concessions impérialistes en Angola!
Ramos de Costa du P.S., le 16 mai à Stockholm, évoquait la proposition de son parti de former avec les anciennes colonies une fédération qui demeurerait sous influence
La fait observer qu'il convenait maintenant portugaise, d'amener l'opinion portugaise à se familiariser (sic!) avec cette idée ! Et Alvaro Cunhal du P.C. déclarait le 18 mai à propos des colonies : « Il existe des divergences doctrinales (?) souvent bien marquées à ce sujet dans le gouvernement mais il y a aussi des idées communes qui nous permettent d'aller de l'avant.» Et bien sûr Almeida Santos, ministre de la Coordination inter-territoriale ne manquera pas le couplet traditionnel de «ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous sépare » (17 mai 1974).
Et le commandant Osorio de se taire plus menaçant : ‹ Pourquoi les mouvements de libération ne répondent-ils pas à notre invitation de participer à la construction démocratique de l'avenir ? S'ils ne répondent pas, la seule alternative c'est la poursuite de la guerre » (14 mai 1974). Les mouvements de libération rejetèrent donc le plan Spinola et les illusions des réformistes à son propos.
Samora Machel, président du F.R.E.L.I.M.O., déclara le 20 mai que « l'indépendance du Mozambique n'est pas négociable. Seul est négociable le mécanisme menant à cette indépendance ». Agostino Neto, le 27 mai : « Le M.P.L.A. rejette un référendum organisé par le Portugal qui dispose en Afrique de l'administration, de l'armée, de la police. » Et le Comité exécutif de la lutte du P.A.I.G.C. le 13 mai rejettera « d'avance tout acte visant à accréditer des groupes soi-disant nationalistes créés à la dernière minute ou entretenus à l'étranger et dont la reconnaissance par les autorités portugaises aurait comme seule et inévitable conséquence la poursuite de la lutte armée de libération nationale ».
Spinola est parti, mais l'ensemble des régimes néocoloniaux qui s'empressent de préserver l'ordre et la stabilité dans leur région demeurent. Senghor, Mobutu, Ngouabi, Kaunda, Nyerere ont aidé Spinola dans sa besogne et ils les multiples mailles de la diplomatie africaine. Spinola maintiennent aujourd'hui leur pression politique, tissant est parti, mais les intérêts impérialistes en place avant le 25 avril, demeurent. Il en est de même pour le colonat blanc et particulièrement de ses fractions ultra-secrètes à s'intégrer dans tout projet contre-révolutionnaire.
En Angola, l'existence du F.N.L.A. de Holden Roberto et de l'U.N.I.T.A. de Sawimbi liée au F.U.A. (Front uni angolais) de l'ingénieur Fernando Falcão, président de l'Association commerciale et industrielle de Lobita, va évidemment faciliter les trafics de tout ce beau monde.
Enfin, last but non least, les mouvements de libération ne constituent pas des directions révolutionnaires capitalistes. Leur ligne politique et leurs contradictions internes leur fait, malgré tout, accepter une série de compromis dangereux, dans le cadre d'une conception économiste et idéaliste nationaliste de « l'économie nationale et indépendante » et de « l'unité nationale ».
Ainsi, en Angola, par la pression des Etats néo-coloniaux, par l'existence et la reconnaissance de l'U.N.I.T.A. et du F.N.L.A., et par la crise interne du M.P.L.A., va, au cours des accords d'Alvor, se mettre en place l'instrument institutionnel, le gouvernement de coalition, d'un futur
Angola néo-colonial.
Certes, beaucoup de chemin a été parcouru depuis le mois de juin 1974 où Spinola pouvait encore déclarer : * Nous faisons tout pour que la paix revienne dans l'outremer portugais. » Mais les garanties s'accumulent pour perà l'impérialisme de garder la main sur l'Afrique metre australe. Et la politique chinoise d'aide au F.N.L.A. de Holden y contribue. Récemment Mobutu a effectué deux voyages à Pékin, cependant que Mario Soarès, toujours réalise pour deux, expliquait la présence d'une délégation du Zaïre au congrès de son parti : «Je réponds que les intérêts nationaux sont toujours au-dessus des intérêts Pe zaire et Ango a Des rapports amis un et normale
Get l'Angola. Des rapports amicaux et normaux entre Lisbonne et Kinshasa sont indispensables.» C'est presque un programme néo-colonial et impérialiste a la fois, la voix de l'Amérique!
Mais l'Angola, la Guinée, le Cap Vert, Sao Tome et Principe, le Mozambique ne sont pas pour autant à l'aube d'une indépendance nationale idéale. Les intérêts capitalistes et étrangers y demeurent. Les conflits sociaux se précisent peu à peu. Quinze ans de lutte armée avaient placé l'épicentre des conflits dans des zones rurales, de formation sociale retardataire, pré capitaliste. En quelques semaines, après le 25 avril, cet épicentre s'est déplacé vers les centres urbains où les rapports sociaux et les conflits de classe autrement plus déterminants quant au futur social des Etats en construction.
Il dépend évidemment d'une clarification politique au sein des mouvements de libération et dans les mobilisées, que la lutte reprenne un second souffle sur des objectifs anti-capitalistes. Mais, dans les mois qui viennent, notamment en regard de la situation angolaise, il faudra compter sur la mobilisation de l'avant-garde révolutionnaire portugaise et le mouvement anti-capitaliste mondial.
LE COLONIALISME PORTUGAIS
ET LA CRISE ANGOLAISE
Il y a plusieurs manières, d'ailleurs complémentaires entre elles, pour fournir une analyse des forces politiques présence dans l'actuelle crise angolaise.
La première pourrait consister à partir de l'histoire du nationalisme angolais, en y dégageant ses diverses tendances et en montrant leur trajectoire politique propre et leur implication dans la nouvelle situation. La seconde pourrait partir des seules contradictions du colonialisme portugais en Angola et dégager à travers le jeu complexe des relations inter-impérialistes, les axes contre-révolutionnaires nouveaux qui se forgent dans la nouvelle situation. naires nouveaux qui se forgent dans la nouvelle situation.
l'évidence, est nécessaire de procéder des deux manières à la fois, complémentairement. Mais la seconde a une qualité que la première n'a pas. Elle découvre crûment, sans ménagement pour les nationalistes, que la révolution angolaise n'en est qu'à ses premiers pas et qu'elle ne peut s'interrompre en chemin sans entraîner un reflux généralisé.
Certes, le F.N.L.A. de Roberto Holden et I'U.N.I.T.A. de J. Sawimbi constituent au sein du nationalisme angolais la cinquième colonne de l'impérialisme. Mais au Mozambique, en Guinée-Bissau, au Cap Vert, les spinolistes se chargèrent aussi de construire diverses forces de division. Quelle est la particularité angolaise? Comment se fait-il que, non seulement ces forces se soient maintenues, mais que, mieux encore, elles soient devenues des éléments essentiels de la situation angolaise, accédant à un gouvernement de coalition ?
Beaucoup d'éléments interviennent dans l'explicatio
• cette situation. Mais le principal tient à limmens richesse du pays, et à sa mise en pâture par le colonialisme portugais au profit des intérêts impérialistes. L'Angola est une néo-colonie potentielle et le F.N.L.A. et I'U.N.I.T.A. ne sont que les expressions politiques, peutêtre provisoires, de cette réalité économique.
En 1965 le rapport du Comité spécial chargé d'étudier la situation en ce qui concerne l'application de la déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et peuples coloniaux, de I'O.N.U. notait que « les investissement étrangers (en Angola et au Mozambique) allaient surtout aux secteurs de l'économie coloniale qui procuraient les plus forts bénéfices. Ainsi étaient-ils prépondérants dans les industries extractives (diamant, pétrole, charbon, métaux duits destinés à l'exportation (coton, café, sisal, arachides). précieux), dans les transports et dans la culture des produits destinés à l'exportation (coton, café, sisal, arachides). Les monopoles étrangers évitaient en revanche d'investir dans des activités moins rentables (industries de transformation et du bâtiment, fabrication d'articles de consommation courante, cultures des produits alimentaires de base...) dont le développement serait nécessaire à une économie harmonieusement structurée dans des colonies portugaises, visant à répondre aux besoins propres des territoires ».
Mais depuis cette date la croissance de capitaux impé rialistes investis en Angola a produit simultanément un déplacement de leur impact... Ce mouvement accompagna, partiellement, le besoin grandissant de la demande d'une population coloniale en forte croissance.
Dans cette mutation-là les intérêts portugais n'ont pu que s'associer dans le concert général des investissements impérialistes. En 1973 le Portugal arrivait en seconde position, après les U.S.A., comme client de l'Angola et restait son premier fournisseur pour des valeurs de 4 838 millions d'escudos et 3507 millions d'escudos respectivement.
Avant 1965 les capitaux portugais ne pouvaient s'investir qu'en association, même majoritaire, avec portugais. Toutefois une ségrégation se dait, laissant au capital non portugais une part plus décisive dans des secteurs comme le fer, l'acier, la mécanique, l'électronique et la chaîne.
L'Angola ne peut être considérée comme le champ clos des seuls intérêts coloniaux portugais. Ce n'est pas la moindre contradiction du colonialisme portugais que d'avoir dans un premier temps refusé toute concession au nationalisme africain quitte à le récupérer dans un cadre néo-colonial par crainte de se trouver dans une situation encore plus périlleuse que l'infortunée bourgeoisie belge au Congo face aux intérêts américains, d'être en conséquence plongée dans une guerre coloniale qui lui impose peu à peu une association grandissante des fractions impérialistes.
A l'heure actuelle, le premier client et troisième fournisseur de l'Angola, les U.S.A., achètent en particulier 54,9 % du café et 40,9% du pétrole angolais. La Gulf Oil Corporation, faisant en 1971, par l'exploitation du pétrole Corporation, cabindais, l'équivalent de 70 millions de dollars Ü.S. de recette !
Dans cette course au profit le capital portugais conserve bien sûr une place importante. En effet à travers l'association avec les capitaux étrangers et le monopole colonial du commerce, s'est développé un capital financier portupeut citer les " grandes familles» Melo (Campaniao Uniao Fabril - C.U.F.), Champalimaud, Esperito Santo, Borges et Irmao. Mais la nationalisation récente de leur part du capital bancaire, place le gouvernement portugais en « actionnaire direct » de l'exploitation impérialiste en Angola.
22 novembre 1974 - discours de Mobutu au stade de Kinshasa Mario Soares et derrière lui. de gauche à droite: Holden (FNLA) Savimbi (Unita). Chippenda (MPLA)
Mais tous conservent des intérêts fabuleux dans le maintien d'une économie capitaliste développée en amont et, en aval de la production agricole et de l'extraction minière. Leur association au capital impérialiste dans une série d'entreprises explique leur acceptation définitive de néo-coloniale à l'encontre des thèses ultras solution à la rhodésienne. par exemple, que le groupe Borgès et
C'est ainsi, en association avec la Compagnie franCasse dis par actionnaires daNce sétroler ANGla Irmâo contrôle, SACOR, contrôlée par Borgès e Irmâo où interviennent principaux actionnaires d'ANGOL sont en effet la des capitaux de la Royal Dutch Shell (selon le rapport de 1969 du Comité spécial de l'O.N.U. sur la décolonisation), la société MABOR de fabrication de pneus, contrôlée par Borges e Irmâo et le groupe américain General Tire and Rubber et enfin la SONAP dans laquelle la C.F.P. détient 24% des parts! Les exemples abondent pour montrer l'interpénétration des capitaux portugais et des capitaux internationaux dans le procès d'exploitation du peuple angolais.
Mais l'essentiel tient à l'intervention propre des compagnies étrangères par le jeu des concessions.
On trouve les intérêts britanniques dans la Tanganyika • Fero de Bongue La anne te Concessions Limited qui contrôôle 90 % de la Companhia do Caminho de de Benguela assure principalement l'évacuation des produits miniers du Shaba au Zaïre et de la Zambie. La Barclay's Bank est associée au contrôle du Banco Comercial danAo attaStrandard de AngoStandard détient 35 %% du le Angola, alors que le groupe Standard detient 35% du Banco Totta-Strandard
Le groupe Hill Samuel participe au financement de l'aménagement du Cunene. Imperial Chemical Industries a une filiale en Angola, l'African Explosives and Chemical Industries. On trouve encore une bonne dizaine de compagnies britanniques dans des consortiums internationaux. Ainsi, la British Steel Corporation participe au nancement du projet d'enrichissement du fer de Cassunga en association avec l'Industrial Development Corporation (Afrique du Sud), la Companhia Mineira do Lobito, Krupp et Usinor.
La présence des intérêts américains est plus tardive mais leur croissance aura été, en contre-partie, très rapide. Les U.S.A. sont le premier client (28% des exportations) et le troisième fournisseur de l'Angola. Ils achètent en particulier 54,9% du café et 40,9 % du pétrole.
Le groupe Gulf Oil, par sa filiale Gabinda Gult Oll Company, détient le monopole des prospections sur une vaste étendue du fonds marin de Cabinda. Selon ses rapports annuels, pour 1972, cette compagnie a versé au gouvernement portugais 22 millions d'escudos comme loyer. Elle pave par ailleurs une royalty de 12,5 % et encore 50% sur les bénéfices. En 1972, le colonialisme portugais a donc touché 50 millions de dollars en échange des droits concessionnaires sur Cabinda. Les bons comptes font les bons amis; l'ordre colonial et l'ordre pétrolier se correspondaient alors !
En échange, la compagnie, comme toutes les compagnies concessionnaires, est exemptée de droits de douanes, et comme beaucoup d'autres encore, la Cabinda Oil Company organise sa propre milice armée.
Les intérêts américains se trouvent encore, entre autres, dans l'Argo Petroleum Portuguesa, filiale de l'Argo Petroleum Corporation de Los Angeles, ainsi que dans Esso Exploration and Production Angola du groupe Exxon.
Les intérêts américains sont aussi représentés dans le secteur du diamant par Ryan et Guggenheim au sein de la Diamang et par le groupe Morgan agissant au travers de l'Anglo-American Corporation d'Afrique du Sud. c'est plusieurs dizaines d'autres groupes américains qui se retrouvent dans divers secteurs industriels angolais.
Les groupes financiers belges figurent parmi les principaux intéressés de l'économie angolaise, en collaboration
ANGOLA avec des capitaux britanniques ou américains et principa lement sur le diamant et le chemin de fer de Benguela, qui, curieusement, achemine le cuivre zaïrois et zambien où ces mêmes capitaux belges ont de puissants intérêts!
La Société Générale de Belgique détient une participation directe de 11,5% et indirecte (à travers Sibeka) de 5,9% dans la Compagnie Diamang qui, jusqu'en 1971, détenait le monopole de la production de diamants et qui, encore aujourd'hui, maintient sa concession à perpéfuité sur 50 000 km2. Elle est exempée de taxes, mais, bien entendu, elle apporte une aide financière au gouvernement portugais « pour la défense du patrimoine national ». Sa présence importante dans le district de Luanda où elle y organise, elle aussi, sa police, son émetteur radio, écoles, ses hôpitaux, etc. La même Société Générale détient 17,47% dans la Tanganyika Concessions à Nassau qui contrôle 90% du chemin de fer de Benguela.
Ce chemin de fer est décisif pour les ressources de devises de l'Angola. En 1973, le poste budgétaire « revenus transports» représentait 6,5 % exportations (1250 millions d'escudos), c'est-a-dire plus que le Diamang. Le chemin de ter de Benguela y entre pour une grande part. Construit pour le transport des minerais du Congo belge et de la Rhodésie du Nord (Zambie), il est devenu aussi un instrument de colonisation des plateaux de Benguela et de Bié. Traversant une région de guérilla active, la Compagnie a dû demander un soutien logistique à l'armée portugaise ; en échange de quoi, elle a dû payer un impôt.
Le groupe de la Société Générale contrôle encore près de 70% de la production de coton à travers la Compahia Geral dos Algodoes de Angola, « Cotonang », mais on le trouve dans les ciments (S.A. Africaine Eternit).
Second secteur belge en Angola, Petrofina, où la Société Générale détient 67% et Bruxelles Lambert 2,5 %. Petrofina contrôle en Angola la Companhia de Petrolios Angola « Petrangol» (59%) et Fina Angola (57 %). Le bassin angolais figure parmi les principales sources de Petrofina, au troisième rang après le Canada et les U.S.A.
Petrangol possède sa propre raffinerie à Luanda, qui est aussi la seule sur le sol angolais.
Les intérêts sud-africains, outre la participation de T'Anglo-American Corporation la Diamang, se etrouvent pour 51% dans la Johannesburg Consolidate lans la Compahnia Mineira do Cunerre, ainsi que dan les 51% des sociétés Industrial Development Corporation dans l'enrichissement du fer de Cassinga.
La R.F.A. est le cinquième client et achète en particulier 26,5 % du fer et 42,1% de la farine de poisson. Elle est le second fournisseur de l'Angola après le Portugal.
Le groupe Krupp qui est fortement présent dans le consortium du fer de Cassinga, est un chef de file devant d'autres groupes comme Siemens qui, associé à Manuel Vinhas, projette une installation de fabrication de transformateurs et de moteurs.
La France est le dixième client et le cinquième fournisseur du pays. La Compagnie française des Pétroles est associée pour 24% au contrôle d'Angol. Mais a obtenu
25 000 km2 dans la région de Moçamedès, en association de plus une concession de propection de terr de l'uranium sur avec Total-Compagnie Minière.
Enfin, Usinor participe au consortium du fer de
Cassinga. •
Le Japon est le quatrième client de l'Angola; il achète
42,4 % de son fer, 25,9% de sa farine de poisson et 14,1 % de son pétrole brut. Il est son septième fournisseur. La
Nippon Mining Company est associée à la C.U.F. pour lexploitation du cuivre près de Malange.
Pour la Suisse, la Société Anonyme du Chrome est majoritaire dans la • Sociedade de Investigaçoes Mineira en association avec la C.U.F. Le groupe Nestlé a une filiale angolaise, E.L.A.
Enfin, il nous faut mentionner la société danoise
Jojgaard et Schultz (Chemin de fer de Moçamedès avec Krupp), la société suédoise Eriksberg Mekaniska Verstad, actionnaire d'Eniang (groupe C.U.F.), la Bataafse Petroleum Maatschappij hollandaise du groupe Royal Dustch Shell pour certains gisements du Nord, etc.
L'axe Zaïre-Angola qui se dessine à travers le rôle du F.N.L.A., entraîné, soutenu, financé par le président zaïrois, Mobutu, n'est en rien le jeu machiavélique d'un aventurier politique, Holden, et d'un Africain, avide de sensations.
Derrière l'axe Mobutu-Holden, se trouve l'axe des intérêts américains et belges au Zaïre et en Angola. Les bassins pétroliers à cheval sur les deux pays, l'enjeu de l'enclave de Cabinda, le chemin de fer de Benguela sont les chapitres financiers qui se surajoutent aux enjeux politiques et stratégiques dont le régime zaïrois, mis en place 1965, par les Américains, est le gendarme régional depuis dix ans.
De même, derrière les voyages de l'UN.I.T.A. en Europe se trouvent directement impliqués les avantages' francoallemands du fer de Cassinga en pleine région « proUN.I.T.A. »
Il y a donc une unité entre la bataille politique et militaire que livrent les masses angolaises contre le F.N.L.A. et aussi I'U.N.I.T.A. et leur combat émancipateur global.
CONTRE-OFFENSIVE REACTIONNAIRE AUTO-DEFENSE OUVRIERE!
Les récentes provocations des bandes armées F.N.L.A. expriment la volonté de renverser les rapports de force à lapproche de l'échéance électorale de l'indé. pendance face à la radicalisation croissante des luttes des travailleurs angolais. Après une vive campagne de dénonciation des structures de pouvoir populaire, des grèves et des formes d'organisation autonome des travailleurs, c'est dans une véritable offensive militaire contre les militants du M.P.L.A. et les éléments radicalisés des mobilisations ouvrières que s'est lancé le F.N.L.A. à partir du mois de mars 1975. Ces opérations meurtrières (plusieurs milliers de morts parmi la population civile) se caracté. risent par une volonté marquée d'intimidation des masses populaires (mitraillage de manifestations, assassinats dans les bidonvilles pro-M.P.L.A...).
D'abord localisés dans la capitale, ces attrontements se sont ensuite généralisés à l'ensemble des centres urbains du pays. Ils se combinent aussi à une vague d'occupation, en collaboration avec les planteurs coloniaux des régions du Nord frontalières avec le Zaïre, par le F.N.L.A. (les militants du M.P.L.A. y sont systématiquement pourchastandis que la fraction Chipenda dans l'Est et I'U.N.I.T.A. dans le Centre-Sud tentent d'occuper le terrain face au M.P.L.A. hégémonique dans les centres urbains.
Ces affrontements, qui compromettaient la tenue d'élections avant l'indépendance, ont, dans un premier temps, bénéficié de la passivité complice des autorités portugaises.
Cependant, la réaction militaire du M.P.L.A. et la mobilisation armée de certains comités de quartiers pour assurer la défense des quartiers populaires contre les agressions militaires des forces du F.N.L.A., ont mis en échec cette offensive. Loin d'être un coup d'arrêt à la mobilisation populaire, ces agressions, en démontrant ouvertement la nature contre-révolutionnaire du F.N.L.A. et en entraînant le développement de formes élémentaires d'auto-défense armée dans certains quartiers populaires, devenaient un danger pour la bonne marche du « processus de décolonisation ». Aussi les autorités portugaises et nofamment le haut-commissaire Silva Cardoso sortirent-elles de leur mutisme pour dénoncer la participation de milices civiles au côté du M.P.L.A. dans les affrontements. Un nouvel accord, dont l'enjeu serait l'existence même de ces formes avancées d'auto-organisation des masses, était alors nécessaire. C'est ce qui s'est discuté à Nakuru au Kenya.
Le F.N.L.A. est done bien aujourd'hui le pion le plus sûr de la stratégie impérialiste en Angola. Ses liens avec l'impérialisme sont évidents, à travers l'aide qu'il reçoit de Mobutu au Zaïre (bastion des investissements capita listes en Afrique centrale) et les relations qu'il entretient avec le C.A.A.T. (Centre afro-américain de la C.I.S.L. - Confédération internationale des Syndicats « libres »). Foncièrement régionaliste (formé à partir de l'ethnie bakongo du Nord) et droitier, ce mouvement a recruté dans l'émigration angolaise au Zaïre une véritable armée des frontières qui occupe aujourd'hui le Nord de l'Angola.
Le F.N.L.A., qui s'est affirmé comme l'élément moteur de la répression, apparaît de plus en plus comme l'axe central du potentiel militaire réactionnaire. Renforcé par l'intégration récente de la fraction Chipenda (dissidente du M.P.L.A.), le F.N.L.A. est linstrument essentiel d'une stratégie qui procède par coups de boutoir successifs contre les mobilisations populaires dans le but d'infliger des delaites significatives aux masses travailleuses avant l'accession à l'indépendance. Or, loin d'entamer Jusquic de taçon significative la combativité des travailleurs, les agressions répétées du F.N.L.A. ont permis le renofrcement de la mobilisation et de la vigilance des masses ouvrières.
Cependant, combinée à une absence de perspectives centrales alternatives, par le F.N.L.A. contre les éléments radicalisés du M.P.L.A. et du mouvement de masse peut, à terme, entraîner un phénomène de démoralisation et de repli localiste, dans une situation de tension qui se prolonge. D'autant plus que la répression prend un tour plus sélectif. Après l'assassinat de Cabinda, dans une embuscade, du commissaire politique à l'état-major général du M.P.L.A., le comman dant « Jika », c'est le dirigeant des Jeunesses du M.P.L.A. M. Pereira Dos Vandunen, est abattu au volant de sa voiture, alors même que le M.P.L.A. dénonce la présence à Luanda d'un « escadron de la mort » brésilien, composé d'individus ayant « travaillé au Chili C.I.A. ».
Quant à I'U.N.I.T.A. de Jonas Savimbi, qui a longtemps collaboré avec les troupes portugaises contre le M.P.L.A., c'est un mouvement constitué base régionale (Centre-Sud, autour de Nova Lisboa). Son caractère régionaliste l'a très tôt intégrée au projet impérialiste. Après le 2 avril 1974, TU.N.I.T.A. bénéficiera du soutien certains colons blancs de la région centre-sud de l'Angola et Savimbi tissera de fructueux contacts avec le F.U.A. (Front uni angolais) de l'ingénieur Fernando Falco. Sa collaboration passée avec l'armée coloniale portugaise et sa relative reconnaissance par une fraction non négligeable des négociations d'Alvor, en tant que représentant indirect du colonat blanc, l'imposèrent comme partie prenante des intérêts de la bourgeoisie coloniale.
INTERNATIONALE n° 20-21 D. Bensaid : le congrès de Lotta Continua Comité central de la LCI: le Portugal depuis les élections Jabra Nicola: la révolution arabe et le mode de production asiatique Tom Gustafsson: la social démocratie suédoise Pierre Frank : Medvedev et le stalinisme ENVOYER COS COMMANDES A J.F. GODCHAU 10, Impasse Guéménée 75004 - Paris
Après son intégration au gouvernement de transition, et pour tenter d'obtenir un minimum d'implantation dans les centres urbains, I'U.N.I.T.A. mettra « en veilleuse » des contacts gênants avec les colons blancs et affirmera sa position de médiatrice entre le F.N.L.A. et le M.P.L.A. lors des actuels affrontements. Par cette attitude, I'U.N.I.T.A. espérait capitaliser son influence à partir du discrédit du F.N.L.A. dans les masses travailleuses urbaines et à l'aide d'appels « à la paix et à l'unité». Cependant, l'oin d'être une « troisième force » autonome, l'U.N.I.T.A., par les liens qu'elle a tissés avec la bourgeoisie coloniale et l'appui qu'elle semble recevoir de la fraction impérialiste européenne, apparaît comme complémentaire du F.N.L.A., et éventuelle solution de réserve pour l'impérialisme ou certaines fractions de celui-ci (C.E.E. par rapport à Cassinga !).
Aujourd'hui, le départ massif des petits colons blancs vers la métropole coloniale supprime à l'U.N.I.T.A. une partie importante de sa base sociale. Aussi ce mouvement tente-t-il une recomposition de șa base sociale, en essayant d'élargir son influence à partir d'une propagande regionaliste. Utilisant le sentiment d'insécurité que font régner à Luanda les exactions du F.N.L.A., l'U.N.I.T.A. favorise des manifestations de travailleurs du Centre et du Sud de l'Angola dans la capitale, pour obtenir leur rapatriement vers les régions d'origine. La « position rigide dans le sens de ne pas permettre l'exode » des travailleurs de la capitale, adoptée par le gouvernement angolais peut paradoxalement servir à. renforcer limpact de la propagande régionaliste développée par lUNI.IA, et permettre à terme l'accroissement de son influence parmi les couches les plus arriérées des masses angolaises.
Mouvement hétérogène constitué à partir de la petitebourgeoisie urbaine, le M.P.L.A. héritera des illusions frontistes et gradualistes propres au nationalisme petit-bourgeois. Pourtant, à partir d'une approche empirique de la nature spécifique du colonialisme portugais, l'orientation vers la lutte armée et la mobilisation de la paysannerie, constitueront une réelle rupture avec le nationalisme - réforniste. Ainsi le M.P.L.A., mouvement nationaliste révo lutionnaire, se situe aux contins du nationalisme gradualiste petit-bourgeois et d'une approche révolutionnaire empirique. Cependant, cette évolution s'est faite sans une profonde clarification politique, notamment par rapport aux illusions frontistes.
Or, sous l'effet de l'évolution de la domination coloniale et du pillage impérialiste, la structure sociale angolaise dans les centres urbains s'est largement différenciée depuis cette époque. L'ouverture aux capitaux impérialistes à partir des années 60 engendre le développement d'un • De estoppement une induisite retariat saisie peu teloppement dune induri de rotariat dis trie prolétariat fortement concentré, quoique
Get sans tradition de lutte. Plus tard, avec au marché colonial, c'est un véritable prolétariat industriel qui apparaît autour des années 70. En 1973, la production manufacturière occupait environ 130 000 salariés, principalement concentrés dans les zones industrielles de Luanda et de Lobito. Ainsi, la capitale angolaise regroupe la moitié de la main-d'œuvre qualifiée employée dans l'industrie manufacturière. D'autre part, les retombées écono miques de la présence coloniale, comme les velléités néocoloniales portugaises, favoriseront le développement d'une petite bourgeoisie autochtone commerçante et administrative). Aujourd'hui, les limites politiques du M.P.L.A. ne lui permettent pas d'apprécier l'importance fondamentale de l'apparition d'une force sociale prolétarienne de l'appareil industriel impérialiste, et rendent compte de son impuissance à avancer des réponses politiques en termes de classes et à dépasser ses positions multiclassistes originelles
Cependant, alors que la volonté affirmée par le M.P.L.A. de « mettre fin à l'exploitation de l'homme par l'homme »
ANGOLA et d'instaurer un « pouvoir démocratique et populaire » n'était pas une preuve de radicalisation extrêmement pro fonde lorsque cette perspective etait avancee au cœur différenciation sociale, une telle référence a bien d'autres des zones libérées, essentiellement rurales et à faible implications lorsqu'elle est affirmée aujourd'hui dans les centres urbains. D'emblée, pour les masses travailleuses, la référence au pouvoir populaire et à la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme a, dans les centres urbains, un contenu de classe tout à fait précis : celui du pouvoir des travailleurs et des paysans pauvres, et de la fin de l'exploitation capitaliste.
Prisonnier de conceptions gradualistes, le M.P.L.A. est, dans son ensemble, incapable d'offrir aux masses travailleuses une perspective anti-capitaliste centrale, pouvant déboucher sur un pouvoir ouvrier et paysan. Or, la dynamique anti-capitaliste des luttes ouvrières réclame de manière urgente une telle perspective.
Les courants politiques qui envisagent la guerre civile angolaise comme un conflit entre «appareils d'Etats potentiels » (Lutte-Ouvrière) ou entre directions bourgeoises (O.C.I.) n'ont pas pris les soins d'analyser les relations entre ces conflits et les intérêts impérialistes intervenant dans ce pays.
Aujourd'hui — nous usons bien aujourd'hui — la direction nationaliste petite-bourgeoise du M.P.L.A. ne reçoi le soutien d'aucun cercle bourgeois angolais ou étranger.
Son projet et son avenir politique dépend donc de l'ampleur d'un mouvement de masse avec lequel elle a tissé des liens spécifiques en dix ans de lutte armée.
Le mouvement de masse encore frustre politiquement lui donne confiance.
Nous ne sommes pas neutres entre ce mouvement de masse et la C.I.A., pas plus qu'entre ce même mouvement de masse et un Savimbi, leader de TU.N.I.I.A. qui cherche à garantir dans « sa région » la protection d'interets euro péens notamment français et allemands dans le bassin de Cassinga.
Outre l'intimidation et l'alliance avec les chefferies traditionnelles, I'U.N.I.Ț.A. et le F.N.L.A. s'appuient l'arriération d'une partie de la paysannerie angolaise.
Le M.P.L.A., hétérogène, organise un nombre importani de cadres intermédiaires, dévoués, se battant sur une ligne « lutte de classe » malgré des insuffisances sur la formulation d'une stratégie cohérente.
Ceux qui refusent de soutenir le M.P.L.A. par refus de l'opportunisme qui serait le nôtre, obtiennent contraire de leur quête. Ils plongent dans le pire oppor tunisme en jouant les vierges effarouchées.
Pensez donc, il n'y a pas de parti léniniste en Angola !
Leur point de vue de Sirius et d'observateurs de la lutte des classes les rend incapables de discerner ce qui, justement, peut mener à l'apparition de ce parti avant que le mouvement de masse ne soit écrasé par la réaction du F.N.L.A. et de FU.N.I.I.A.
Mais ces messieurs, après avoir lâché leur « verdict » tournent les talons et s'en vont sévir ailleurs.
Une telle attitude aboutit à considérer l'Angola dans une situation en-deçà de la Révolution permanente alors que les rapports entre le mouvement de masse et le M.P.L.A. et la lutte de ces masses contre le F.N.L.A. sous la direction du M.P.L.A. sont les bases d'une spirale prolétarienne qui peut faire transcroître la révolution angolaise à condition que par leur intervention les marxistes révolutionnaires cristallisent le regroupement des militants d'avant-garde du M.P.L.A.
Cette tâche, le dogmatisme sectaire et encore plus l'ignorance du champ politique et économique angolais ne peuvent la réaliser.
C. GABRIEL août 1975 51