La déclaration dont nous publions ci contre la seconde partie (se reporter à Q.I. n*15, juin 1974)
a été faite a Colombo le 2 novembre 1973 par Rohan
Wijeweera devant la commission de Justice criminelle. Cette cour d'exception qui siégait depuis juin 72 jugeait 41 militants ou sympathisants du JVP ( Front de Libération du Peuple ) accusés d'avoir conspiré « pour a avoir conspire « pour renverser le gouvernement par la force ». Le Front
Uni de Gauche sentant, dès le lendemain des élections de 1970 que l'ordre bourgeois et néo-colonial était menacé par la croissance spectaçulaire du
JVP, chercha a le liquider.
Les provocations se miltiplièrent. Wijeweera et des centaines d'autres militants furent arrêtés. Le JVP tenta alors de passer a la contre offensive. Le 5 avril 1971 quelques dizaines de commissariats de police furent attaqués La répression qui suivit fut sanglante. près de 10 000 jeunes révolutionnaires furent assassinés par la police et l'armée. Plus de 18 000 suspects furent emprisonnés.
La coalition au pouvoir a voulu donner au verdict du procès des 41 cadres du mouvement valeur d'exemple et d'avertissement à la jeunesse qui est la premiere victime de la grave crise économique du pays. Le 20 décembre
1974 Rohan Wijeweera a été condamné à la détention a perpetuité et 31 autres de ses camarades à un total de ans de prison
15/ ans de prison.
Après avoir affirmé haut et clair au tout début de sa déclaration qu'il est un révolutionnaire prolétarien, un « bolchévique moderne » et non pas un terroriste, Wijexeera justifie l'emploi de la violence révolutionnaire pour s'opposer la la violence contre révolutionnaire de la classe dominante. • Mais Wijeweera n'en conclu pas pour autant que la révolution peut se faire sans parti révolutionnaire. Celui ci est nécessaire pour la victoire de la révolution socialiste qui est a l'ordre du jour à Ceylan.
Je ne vais pas donner ici ces 5 leçons. Je n'ai pas l'intention de décrire ces leçons ou de donner leur contenu. Je vais seulement vous en donner un bref aperçu.
Le sujet de la première leçon était « la crise économique ». Comme c'est le systéme de production, c'est à dire l'économie d'un système social sur lequel reposent les autres structures. nous avons réalisé l'importance de faire une analyse fondamentale de l'économie. Ainsi. nous avons analysé la situation économique, son état de crise, son origine. ses causes. son développement. son avenir et ses conséquences inévitables. Nous avons expliqué comment la crise économique-ans unesociété coloniale et semicoloniale est en train de se transformer en crise politique: comment d'ici peu de temps elle se transformerait en calamité nationale et comment la seule issue à cette calamité était de prendre le chemin de la lutte de classes. d'établir la dictature du prolétariat et de précipiter à la fois l'industrialisation socialiste et la collectivisation agraire.
La deuxième leçon s'intitulait: « l'indépendance. une stratégie néo-coloniale ». Elle donnait une interprétation marxiste de base du sens politique socio-économique de l'échange des drapeaux (l'abaissement de l'Union Jack et le brandissement du Lion) qui a eu lieu le 15 février 1948. Nous avons expliqué que le résultat n'était ni l'indépendance complète ni l'indépendance politique. Nous avons démontré que la stratégie de l'impérialisme britannique avait besoin d'une stratégie néo-coloniale qui puisseprotéger ses investissements coloniaux et sa propriété coloniale de la tempete montante des luttes de libération anti-impérialistes. luttes qui étaient le résultat du changement dans le rapport de forces international à la fin de la seconde guerre impérialiste. Nous avons assuré que l'indépendance politique sans l'indé-pendance économique était un leurre.
La troisième leçon avait trait aux répercussions de l'expansionisme indien sur Ceylan. L'idée de l'expansionisme indien a été mise en avant d'abord par le Parti Communiste chinois. L'éditorial du quotidien de ce parti, Renmin Rebao, publiait deux articles dans la rubrique « la lutte des frontières sino-indiennes et la doctrine de Nehru ». Ils donnaient un long exposé des besoins de la classe dirigeante indienne. sa philosophie et discutaient sur le fait que les capitalistes indiens avaient pour but d'étendre leur emprise économique et politique sur leurs plus petits voisins. Ce processus était appelé l'expansionisme indien. Dans notre leçon, nous avons discuté comment ceci affectait notre pays. Les besoins de classe des puissants capitalistes BORAH. dans ce pays. leur situation par rapport à l'expansionisme indien: le côté raciste des politiciens réactionnaires qu'ils engagent dans le but de garder les travailleurs d'origine indienne. séparés du reste de la classe ouvrière et à leur botte. Nous avons dit que les capitalistes avaient trompé ces travailleurs d'origine indienne et que nous étions déterminés à sauver ces travailleurs de la coupe idéologique des capitalistes. Cependant nous n'avions pas de cadre pour le faire. Les nombreux efforts que nous avons fait pour former des cadres parmi les camarades des minorités nationales n'ont pas abouti.
La 4 ème leçon portait sur « la gauche à Ceylan ». Le but de ce cours était de tirer les leçons des expériences néfastes de la vieille gauche et de comprendre les raisons de son échec. Nous avons critiqué la politique et le programme de la vieille gauche depuis les années 30 jusqu'à maintenant. Ceci a été fait en premier lieu pour tirer les leçons des défaites précédentes.
La Sème leçon est la plus importante. Comme il en a été donné des comptes rendus incorrects. je pense prendre le temps d'en parler puisque son sujet est la question brûlante de la révolution à Ceylan. On appelait la cinquième leçon « le chemin vers le socialisme à Ceylan ». Par la suite. après que le texte « le chemin que la révolution américaine doit prendre » soit devenu bien connu. certains ont parlé de cette leçon comme « le chemin que la révolution ceylanaise doit prendre ».
Aprés « la guerre de guerilla » du Che. certains de nos sympathisants ainsi que des membres d'autres groupes ont pensé trouver des solutions à la crise économique en cours par des méthodes analogues. Deux autres livres parurent en sinhala : de Lin Piao « Que vive longtemps la leurs et camarades de ce Département. Nous avons aussi commencé des cours pour d'autres travailleurs. des fermiers et des couches de la jeunesse.
Dans le cours de l'année 68, J'ai tenu des conférences dans 80 lieux de travail différents du DDT. En même temps. je fis des écoles politiques pour des travailleurs et des employés à Colombo, dans les bureaux du DDT. et de nombreux autres endroits privés. A une demande croissante correspondait un besoin croissant d'encadrement. Vers la fin de 1968. d'autres camarades commencèrent à diriger des écoles politiques. Il faut expliquer quelque chose à ce stade: un grand nombre de personnes qui sont passées devant cette commission sont des jeunes hommes. Pourquoi ces jeunes ont-ils cherché à entrer en contact avec le JVP ? Je vais essayer de l'expliquer. La nouvelle situation crée par la crise générale du capitalisme. les leçons tirées de la bataille idéologique sino-soviétique. l'écho nouveau de la révolution cubaine qui a résonné dans le monde entier après la mort du camarade Guevara, la clameur de l'OLAS. le combat du peuple indochinois, en particulier les vietnamiens et d'autres causes encore, ont donné naissance à une nouvelle vague qui a eu des répercussions non seulement en Asie. en Afrique, en Amérique latine. mais même en Europe et en Amérique du Nord. bastions du capitalisme moderne. Cette radicalisation de la jeunesse ne s'est en aucune façon limitée à Ceylan.
L'histoire du capitalisme nous montre que lorsque la classe ouvrière est passive et léthargique, d'autres couches de la société souffrant du capitalisme trouvent nécessaire de protester contre le système sociel existant. Il est absolument vrai qu'en 1968,le mouvement ouvrier a été trompé internationalement par une direction réformiste et laissée démoralisée face au système capitaliste. Ce n'est même plus à discuter aue la classe ouvrière en France et en Italie a que la classe ouvrière en France et en Italie a été rejetée du chemin de la lutte des classes dans les eaux troubles de la collaboration de classes et s'est trouvée désarmée idéologiquement par les dirigeants décadents et réformistes des P.C. face à l'assaut du capitalisme. C'est aussi ce qui est arrivé dans les pays coloniaux et semi-coloniaux comme le nôtre.
Les dirigeants de la vieille gauche à Ceylan étaient des réformistes aux têtes remplies d'idéologie fabienne. Lorsqu'à plusieurs reprises ils trompèrent la classe ouvrière, ces dirigeants qui, bien que s'appelant marxistes, étaient en réalité guidés par les écrits de Laski et Keynes, trahirent sans relâche les aspirations des travailleurs. Ils lièrent le mouvement syndical à leur tendance de politiciens parlementaires réformistes. L'ultime trahison fut l'abandon des 21 demandes qui a détruit le syndicat des travailleurs unis et le front de la gauche unie, par une collaboration ouverte avec le capitalisme. Cette trahison historique laissa la classe ouvrière découragée et démoralisée. Sous le gouvernement UWP, une amertume généralisée se développa, et les étudiants ainsi que des jeunes travailleurs commencèrent à montrer leur hostilité. A plusieurs reprises pendant cette période, 1968-69, à l'université de Peradewiyla, les étudiants s'opposèrent aux forces de l'ordre: des étudiants de l'université de Colombo, envahirent le Parlement et déclarèrent publiquement à l'intérieur qu'il n'était composé que de voleurs.
En 1968, certains jeunes qui avaient suivi nos cours entrèrent à l'université, et à la fin de cette année-là, nous réussimes à gagner une large frange de sympathisants des ailes pro-chinoises et pro-russes à l'université; c'est alors que nous avons commencé nos cours dans l'université et dans les écoles.
Vers la fin de 1969, nous fûmes confrontés à plusieurs problèmes politiques. A ce moment-là, tous les dirigeants de la vieille gauche sont devenus conscients de l'existence et de l'extension rapide de notre mouvement. Un peu surpris par notre apparence et les succès que nous récoltions dans leurs rangs, ils essayèrent de nous liquider, nous, leur assassins futurs, dans l'œuf si l'on peut dire. Fous de rage, ces rénégtats usèrent de toutes les armes en faillite pour nous discréditer. Ils nous qualifièrent d'agents de la CIA et nous dénoncèrent comme des provocateurs. Ces allégations sans aménité nous furent tellement prodiguées que je crois qu'il y a peu d'exemples de dirigeants du prolétariat passés du côté du capitalisme qui se soient conduits de cette façon. La tactique qui fut ensuite améliorée et utilisée contre nous est la même que celle que Kérensky adopta en 1917 pour qualifier Lénine, Smirnov et d'autres bolchéviques d'espions allemands. Au même moment, ils passèrent des arrangements pour nous réprimer et nous détruire en nous dénonçant à l'ennemi de classe, à l'appareil d'Etat et en s'aidant des services secrets du CID et de la police. Ces traîtres mirent dn scène plusieurs incidents terroristes pour nous présenter comme des fauteurs de troubles et hâter la répression de la part du gouvernement capitaliste. De la même manière, le journal du PC, l'ATTHA parlait de nous comme « une tentative de la CIA pour récupérer les jeunes ». La presse du LSSP fit de la contre-propagande à notre égard. Ils devaient recourir à ces moyens : étant donné leur faillite politique, ils ne pouvictoire de la guerre « Sélection d'écrits mili Tsé Toung ».
Certains chercherent inscrits dans ces volumi supporters pensaient qu serait une répétition di avec une guerre prolong aller vers la campagne des groupes dissidents c apôtres de la révolution nous conduisirent à préf Notre projet était de del rialistes mécaniques et sont incorrects et peu sc à nos camarades les i corrects. A travers essayé de faire une a l'expérience jequise par international dans la lut mencé à la Commune d maintenant. Nous avon entre la réforme sociale et montré que les réfi capitaliste el que les prolétariat. Nous avons varcourus par telle ou te selon la période el révolutions socialistes n uniforme. mais varié. su les conditions spécifiqu
Ainsi. nous avons chinoise était différer révolution russe, que la encore différente. el q pouvait concevoir un n des expériences citées
Cette leçon. comme politique. théorique et voulez que je fasse ces prét à le faire. On a chose de secret à propo vous voulez ue je les fas j'y suis prét. (Le juge ses mots ne sont pas e la Cour).
A la discussion décidâmes qu'aprés ces traient un intérêt politiq de l'avant. recevraien complète pour la comp pour faire progresser 1 tiques : ceci serait du peuple ». de Mao taires du camarade Mao . à appliquer les remédes es. L'aile chinoise et ses e la révolution à Ceylan : la révolution chinoise ée venant des villes pour D'autres. spécialement lu LSSP. se faisaient les russe. Tous ces facteurs ›arer la cinquième leçon. ruire ces concepts matéde montrer combien ils fientifiques, et de donner nstruments idéologiques ¡tte leçon. nous avons nalyse fondamentale de - le mouvement ouvrier te des classes qui a comle Paris en 187l jusqu'à is expliqué la différence et la révolution sociale ormes servent la classe révolutions servent la montré que les chemins elle révolution différaient les conditions. Les e suivent pas un chemin livant le temps. le lieu et ICs. nontré que la révolution ite du modèle de la révolution cubaine était ue par conséquent. on nodèle différent de celui auparavant. : les quatre autres. était philosophique. Si vous leçons en entier. je suis lit qu'il y avait quelque s de ces leçons, aussi. si se devant vous en entier. Fernando décline l'offre. nregistres clairement par de Kalattawa. nous leçons. ceux qui monue et étaient prêts à aller t une formation plus -réhension du marxisme. eurs connaissances polifait dans des camps d'éducation ou des cours théoriques sur l'économie et la philosophie marxistes se tiendraient. Je veux qu'il soit clair que nous ne pensions pas former un marxiste avec ces cours de base. Ce n'était qu'un moyen pour arracher les gens à l'influence de l'idéologie bourgeoise et les amener au marxisme. A partir de 1968. je commençai à donner des cours dans tout le pays. lis avaient lieu dn moyenne deux à trois fois par jour ou par nuit. selon l'heure à laquelle les gens pouvaient y assister. A ce moment-là. j'ai commencé à me rendre dans les locaux du Département pour le développement du territoire dans différentes régions du pays et j'y donnai des cours auy ouvriers. Nous arrivames a lancer des cours aux ouvriers. Nous arrivames à lancer un travail politique dans le syndicat des travailleurs du Département du développement du territoire. Pour cette raison, les premiers cours que j'ai donnés s'adressaient surtout aux travail- vaient nous battre sur le terrain idéologique ou politique. Aussi, dans de telles conditions, avec le carillon de la direction gauche agonisante à nos oreilles, dûmes-nous faire face à de nouveaux problèmes pour développer la nouvelle gauche. LE DROIT A L'INSURRECTION
En tant que marxiste, j'ai eu et j'ai toujours eu l'opinion qu'un peuple a le droit de se révolter contre un gouvernement capricieux. Au cours de l'histoire, des hommes croyant en des religions et des idéologies divergentes ont admis le droit d'une communauté à se révolter contre une administration cruelle. On nous accuse ici devant vous de rébellion contre le gouvernement de la Reine, d'un début de révolte. de préparer un soulèvement et de conspirer.
Honorable président, j'ai appris il y a quelque temps qu'en 1649, déjà, le peuple d'Angleterre, conduit par Olivier Cromwell s'était rebellé contre son monarque Charles 1er. ancêtre • de l'actuelle reine d'Angleterre. Il voulait qu'il quitte le trône et il y réussit. Le peuple anglo-saxon trouva alors qu'il était juste et correct de se révolter contre un régime oppressif. Vous savez sans nul doute comment l'insurrection américaine de 1778 contre l'Empire britannique réussit, sous la direction de Georges Washington. Vous connaissez aussi les événements de 1789 en France connus comme la Révolution Française. Ceci indique que, même avant la venue du marxisme, le peuple dans maints pays pensait qu'il avait le droit de se révolter.
En tant que juges, vous avez peut-être eu l'occasion de lire « Vindicia contre tyrannos », écrit sous le pseudonyme de Stéphanos Julius Brutus, dans lequel il est dit non seulement qu'il devrait y avpoir des insurrections contre des gouvernements autoritaires, mais même que ces insurrections devraient âtre dirigées par des juges ! Le droit à la révolte que les penseurs libéraux ont soutenu est illustré de façon vivante dans la Déclaration des Droits de l'Homme française. Un passage dit : « Lorsque le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection devient pour lui le plus sacré des droits, son devoir le plus impératif ». Un coup d'œil en direction de notre propre histoire montre comment Mahawansa, Chulawansa et d'autres travaux font état des innombrables insurrections populaires contre le gouvernement de la Reine. Des accusations analogues ont été faites à l'encontre de Keppetipola Adikaram et d'autres en 1848. Ceci démontre que le droit à la révolte était accepté par les gens de notre propre peuple. De la même manière, j'ai moi aussi accepté le droit du peuple à se rebeller contre un régime oppressif. Je pense toujours jinsi.
La question qui se pose ensuite est de savoir si nous nous sommes révoltés au mois d'avril 1971. Je vous répondrai en détails.
Dans ce système social, les classes privilégiées sont les impérialistes et leur laquais locaux. Un bon nombre de problèmes se sont développés depuis longtemps dans ce système. Vous savez que la gratuité de l'enseignement a commencé ici lorsque nous etions entants. Un grand nombre a entre étions enfants. Un grand nombre d'entre nous, aussi bien de la campagne que de la ville, pouvait recevoir une éducation. Le pourcentage d'enfants pouvant aller à l'école est presque le même que dans les pays développés. Ceci est tout à fait clair si l'on compare Ceylan à l'Inde, au Pakistan et au Népal. Cela a donné une impulsion très considérable à l'acquisition d'une conscience prolétarienne et à une éducation politique prolétarienne. D'après les statistiques gouvernementales, le nombre d'enfants en âge d'aller à l'école et y allant est de 3.500.000 et 270.000 parmi ceux qui quittent l'école chaque année pour chercher un emploi. 50.000 ont reçu une éducation de niveau supérieur. Dire que les 220.000 restants ont reçu moins d'éducation veut dire que dans ce système social, ils n'ont pas de de trouver un emploi qui soit supérieur aux salaires les plus bas et à celui du laboureur. Ceci montre que chaque année environ 220.000 personnes insuffisamment éduquées entrent dans la société comme serfs et laboureurs. Ceci se poursuit depuis les années 50. De plus en plus, les diplômés d'université ont du mal à trouver du travail et il y a des exemples où, eux aussi, ont été obligés de devenir laboureurs.
D'après des statistiques gouvernementales sorties en 1969-70, il y avait 3.333.000 salariés dans ce pays. 56 % de ceux-ci étaient des travailleurs ruraux, 26% travaillaient dans le fecteur public (le thé, la gommer et les plantations de noix de coco), les travailleurs citadins se chiffraient à 18 %. Durant les 7 dernières années, les problèmes économiques, sociaux et politiques qui se sont posés à propos de ces trois groupes de travailleurs n'ont cessé de croître.
La condition paysanne à l'intérieur de ce système social demande une attention particulière. Dans les régions rurales, les petits paysans souffrent du manque de terres. Un rapport officiel de la commission paysanne à Kadyan, nommée par le gouvernement Bandaranaike, montrait que 180 familles vivaient sur une zone de deux acres. 90 familles vivaient donc sur 1 acre. Ceci vous donne une idée de l'immensité de ce problème dans certaines régions. A l'intérieur de ce système social, la misère complète et la déchéance sont devenues le pain quotidien du paysan. Et nous constatons que 4000 familles seulement sur plus de 2.000.000 ont un revenu mensuel de 1000 Rs ou plus (1 livre vaut 30 Rs). Les chiffres gouvernementaux confirment ceci. En bref, deux millions de familles ont un bas salaire et vivent misérablement. Ce sont ces conditions qui ont créé l'atmosphère politique qui sous-tendait les incidents d'avril.
Vous devez savoir que le pays fait face à une grave crise économique. C'est une chose que tout le monde admet. Mais la crise ne vient pas d'un courant d'air. Elle s'est matérialisée le 5 avril 1971. Mais elle existait en puissance avant cette date. Aussi le gouvernement, à ce moment-là, n'était-il pas en position d'ajouter à la détresse du peuple, de placer impunément comme il le fait maintenant le fardeau économique et social sur les masses, car il existait alors une force révolutionnaire qui aurait soulevé le peuple et l'aurait amené à protester contre ces mesures. Il était donc nécessaire de détruire ce mouvement avant que des mesures sévères puissent être prises. Ils préparèrent leurs plans dans ce but. Après janvier 71, les choses furent prises en main. M. S.A. Dissanayake, inspecteur général de la police, fut nommé aide-permanent au secrétariat du Ministère de la Défense et des Affaires Etrangères avec effet au premier mars 71. Depuis bien longtemps déjà, le CID utilisait tous ses pouvoirs pour se renseigner sur les activités du JVP.
Pour cela, une unité spéciale fut crée, qui avait rassemblé assez de données en avril 1971 grâce aux descentes et aux arrestations de camarades dans différents points du pays. Ils ont aussi introduits des agents dans les rangs et la liste des membres du JVP.
En avril 1971, ces dispositions ont été complétées par un déploiement d'unités militaires dans des régions variées du pays pour recueillir des informations sur nos activités. Les articles de presse sur ces manœuvres apparurent entre le fer et le 5 mars. La même semaine, les pouvoirs de police furent confiés l'Armée. Le 5 mars, la police répéta son plan pour determiner le temps quil lui faudrait quand l'alarme serait donnée. C'était pour tester sa rapidité en cas d'alerte et cette répétition fut effectuée à Colombo aussi bien que dans d'autres endroits de l'ile. Le 6, il y eut l'attaque de l'ambassade US, qui leur fournit le prétexte nécessaire pour réprimer le mouvement révolutionnaire. Le 13 mars, je fus arrêté et le 16 l'état d'urgence fut décrété. 4098 personnes furent arrêtees AVANT le 5 avril 1971.
En avril 1971, les conditions révolutionnaires de la prise du pouvoir par le prolétariat et de la lutte révolutionnaire armée n'étaient pas réunies. Ce fut mon avis. En l'absence de situation révolutionnaire -c'est à dire des conditions objectives et subjectives — un soulèvement armé n'était pas possible.
A mon avis, le JVP n'était pas capable d'organiser un soulèvement révolutionnaire armé pour prendre le pouvoir d'Etat, et les conditions n'en étaient pas mûres. Les conditions objectives se développaient rapidement, mais elles n'étaient pas encore mûres. Elles n'avaient pas atteint le stade ou les masses ne voient aucune autre solution que la révolution. Il est vrai cependant qu'alors comme maintenant, cette société évoluait dans ce sens. Les conditions subjectives manquaient aussi, à savoir l'existence d'un parti révolutionnaire qui s'est armé lui-même, qui a conquis le soutien des masses et qui est en état de les diriger dans une lutte armée pour le pouvoir. Le JVP se développait et évoluait dans ce but, mais n'avait pas atteint sa pleine maturité. Nous n'avions pas réussi à cette époque, à implanter le JVP comme force politique dans les provinces du Nord et de l'Est et dans le secteur d'Etat. Et se posait alors le problème du soutien des masses. Il est vrai qu'à part les millions de gens qui votèrent pour le gouvernement de coalition, des dizaines de milliers s'en étaient, à ce moment, lavé les mains. Il est vrai" aussi que ces derniers étaient la frange politiquement développée. Ils abandonnaient le gouvernement de coalition et évoluaient à gauche vers le JVP. Mais il y avait une partie de la population qui, bien que dégoûtée et frustrée, ne rompait pas avec le gouvernement surtout pendant ces 8 mois. En d'autres termes, le JVP n'était pas encore parvenu au stade où les masses pouvaient le regarder comme une alternative réelle au gouvernement, accepter sa direction et entrer dans la lutte de classes sous sa bannière. Dans notre conception marxiste, une révolution - un soulèvement armé — ne se fait pas dans le dos des masses. LE JUGE FERNANDO: Les révolutionnaires n'ont-ils jamais dans quelque partie du globe commis des erreurs ? LE 13ème SUSPECT: Des erreurs ont été commises. En fait, nous avons tiré des leçons de ces erreurs. Des erreurs peuvent lecons de ces erreurs. Des erreurs peuvent aussi bien se produire dans l'avenir. LE JUGE FERNANDO : J'ai dit erreurs, je voulais dire erreurs de calcul... LE 13ème SUSPECT: Il ne peut y avoir de révolution sans la participation et le soutien actif du peuple. C'est notre position.
Je vous ai dit précédemment que je rejette l'idée que le JVP avait pris la décision de prendre le pouvoir le 5 avril 1971. Je ne l'admet pas. Mais ce que j'ai découvert par la suite, et je ne le nie pas, c'est qu'il y a eu des cas où certains camarades du JVP, face à une répression inromarodos du IVP foro à une rénraccion in. surmontable, recoururent à la lutte contre une telle répression.
En mars 1971, la classe dominante éprouva le besoin de supprimer les mouvements révolutionnaires du pays et particulièrement le JVP. Ils agirent en conséquence. Ils le font même maintenant. Les incidents d'avril en résultèrent. J'attribue l'initiative de ce processus à la contrerévolution.Ce que ne signifie pas que si quelqu'un a agi contre la répression capitaliste le 5 avril ou a cru qu'une décision prise par d'autres venait du JVP. ou même a pris luimême une décision en l'absence d'autre alternative, il ou elle est un contrerévolutionnaire. Certains de mes proches camarades ne sont plus vivants. Toute la direction révolutionnaire du district de Matais a disparu. Le camarade Susil Wickrema, le camarade Jayatissa de Deniyaya, les camarades Piyatassa, Loku Mahatmaya, Suraweera, Jayaweera, les deux frères Bogahawatta étaient tous des amis personnels et des compagnons de lutte. Personne ne peut parler de leur sort. En me renseignant à leus domiciles, tout ce que j'ai appris, c'est qu'ils n'étaient plus en vie !
Pour moi, honorable président, l'épisode d'avril est le moment où la classe capitaliste a découvert que son existence en tant que classe était de plus en plus menacée par le prolétariat. C'est le résultat d'une action contre-révolutionnaire dans laquelle la classe capitaliste de ce pays s'est embarquée pour protéger le système capitaliste contre le prolétariat. Interdire le JVP aujourd'hui fait partie de cette ligne de conduite. Un grand nombre de personnes liées au JVP mais appartenant aux partis de gauche ont été assassinées. Un grand nombre de personnes liées ou non au JVP ont été mises en prison. Il est devenu possible de continuer la répression contre le JVP en particulier et le mouvement révolutionnaire en général.
En conclusion, voici ce que j'ai à dire : j'admet que la classe capitaliste est provisoirement victorieuse. Mais je ne considère pas cela comme une défaite du prolétariat. C'est seulement une grande retraite pour le prolétariat : oui, j'appelle cela une grande retraite. Une retraite n'est pas une défaite, mais une phase à partir de laquelle il est possible de se rétablir et de marcher à nouveau vers une victoire certaine. Aucun mouvement révolutionnaire n'a courru sans arrêt à la victoire en ligne droite du début à la fin. Les avances et les retraites sont tout à fait habituelles dans les mouvements naire station alle révolutionnaires. C'est la situation à laquelle nous sommes aujourd'hui confrontés. Et c'est à cause d'elle que je suis venu témoigner devant vous. Je n'ai pas parlé ici en trahissant mes principes pour un avantage personnel. Je demeure un marxiste impénitent et ce que je défend ici, ce sont les principes marxistes plutôt que ma personne. En tant que marxiste révolutionnaire, je n'ai rien d'autre à défendre.
Quel que soit le gain que la classe capitaliste ait espéré tirer des incidents d'avril, leur résultat final a déjà été exprimé par un poète révolutionnaire dans la strophe suivante:
« Regardez ces fleurs répandues sur la terre et se fanant,
Leur parfum se répandra, ne disparaîtra jamais
Pour faire grandir sa douceur jusqu'à des limites sans frontières
D'autres boutons fleuriront et fleurissant se multiplieront ».
Le poète s'exprime en termes clairs et simples. Les fleurs de la révolution ont éclos, mais maintenant elles sont fanées et mortes. Mais leur parfum demeure. Pour accroître ce parfum et avec ce but en vue. d'autres boutons continueront à fleurir. En fait, messieurs, la cause capitaliste n'a aucune raison de célébrer son succès. Parce que la lutte des classes, la victoire va et vient jusqu'à ce que le prolétariat soit finalement vainqueur. C'est à cela que nous croyons.