Déclaration du Comité Central de la L. C.I.
DECLARATION DU COMITE CENTRAL DE LA L.C.I.
La situation économique au Portugal se caractérise par un profond déséquilibre qui provient de la période fasciste et qui s'est profondément aggravé par les événements politiques qui se sont succédés après le 25 avril et par la récession que le système capitaliste traverse à l'échelle mondiale.
Après le 15 avril la bourgeoisie portugaise, incapable de s'adapter à la nouvelle situation politique, consciente qu'elle ne pouvait pas assumer une politique réformiste, méfiante envers la capacité du nouveau gouvernement de garantir la propriété privée capitaliste, approfondit encore plus la faiblesse de l'économie portugaise en diminuant les investissements et en restreignant l'activité industrielle. Après le 28 septembre et au fur et à mesure que la force et la détermination du mouvement ouvrier devenait plus présente les capitalistes ont commencé à s'orienter clairement vers le sabotage économique, par la restriction du crédit aux entreprises en mauvaise situation financière, par le refus des commandes, etc. Toutefois, et ceci doit être souligné, nous ne pouvons pas attribuer seulement au sabotage économique des capitalistes l'actuelle crise de l'économie portugaise. Elle résulte de toute une série de facteurs significatifs et est aggravée par les importantes modifications politiques introduites par le 25 avril. Voyons ce qui s'est passé après le 25 avril 1974 :
L'industrie passe par une crise généralisée : l'investissement global dans le secteur a diminué et il y a toute une série d'industries profondément affectées par les causes de la crise. Les branches industrielles se trouvent dans une situation extrêmement difficile, soutenues par les subventions concédées par le régime ou par la sur-exploitation de la « main-d'œuvre -bon marché face au nouveau rapport de forces entre les classes, qui permet au prolétariat d'imposer des meilleurs salaires et conditions de travail, et face au retrait de toute une série de subsides que l'Etat concédait à des industries parasitaires; un cas particulier de ce type d'industries est sans doute la pêche, dépendante d'un fond contrôlé par le capitaliste Tenreiro et subventionné par l'Etat. Dans l'industrie de l'alimentation on trouve aussi des exemples d'entreprises fortement subventionnées. Par aileurs la montée générale des salaires a sans doute eu un impact profond dans une économie où prédominent les petites et moyennes entreprises qui ne sont rentables que dans la mesure où se maintenaient les salaires de misère que le fascisme imposait. La montée des salaires provoque des déséquilibres dans les grandes industries textiles, métallurgiques et de la construction. Le capital étranger investi au Portugal dans des productions marginales qui avaient peu d'effets multiplicateurs et qui employalent une main-d'œuvre bon marché, s'est massivement retiré du pays, provoquant le gaspillage et le sous-emploi de capitaux considérables. Il s'agit de secteurs comme le matériel électrique et électronique, le secteur de la production automobile, etc. Nous voyons donc que les nouvelles conditions imposées par la classe ouvrière aux capitalistes sont la cause du retrait de nombreux capitaux étrangers et vont s'additionner à l'augmentation du prix de matières premières pour aggraver les difficultés des entreprises peu rentables, où la productivité du travail est faible, qui sont prédominantes numériquement au Portugal. Ce sont donc des milliers d'ouvriers qui restent sans travail. La grave situation de l'industrie de la construction civile (qui est au Portugal un des secteurs dont les effets multiplicateurs sont les plus importants, même avant le 25 avril — époque où la spéculation sur les rentes avait permis un boom de la construction) provoquée par la conjonction d'une série de facteurs, depuis l'augmentation du prix des produits de construction, jusqu'à l'augmentation des salaires et la nouvelle loi sur la location, a des conséquences sur des secteurs fondamentaux de l'économie, dont la production est affectée par la diminution de l'activité de l'industrie de construction civile. La crise dans ce secteur, dont le développement était important pour combattre les tendances récessionistes n'aide pas à résoudre les problèmes profonds de l'économie.
De plus, finalement, la décolonisation apporte des difficultés énormes aux industries textiles, métallurgiques, chimiques, etc., fondamentalement dépendantes de l'exploitation des matières premières coloniales.
En conclusion, l'aspect fondamental de l'évolution de l'économie va être le suivant : la bourgeoisie se voit attaquée dans ses sources d'accumulation, à un moment où le capital étranger se refuse à lui fournir des capitaux, où l'exploitation des colonies est plus difficile, et la possibilité d'augmenter la plusvalue relative est mise en échec par la structure agraire incapable de fournir des aliments en abondance et bon marché qui permettent de stabiliser le prix de la force de travail. Et son dilemme est donc le suivant : aujourd'hui plus que jamais anapeiode de roi conquerre ma arthur plus elle a besoin d'accumuler, parce que aujourd'hui plus que jamais pour pouvoir conquérir des marchés étrangers, dans une période de protectionisme généralisé de la part des pays capitalistes et de concurrence exacerbée dans le marché mondial, elle a besoin de se donner des instruments qui lui permettent de s'insérer dans la compétition internationale. Dans ce contexte, la bourgeoisie n'a qu'une solution pour résoudre le problème de l'accumulation, qui est surtout l'aggravation de l'inflation. Ce processus l'intéresse pour un double objectif : combattre la récession par le développement de la consommation, la récupération de l'augmentation des salaires et par l'accroissement des profits. Mais un tel processus court le risque, à cause de la vitesse de l'inflation, de mettre en question le caractère concurrentiel des produits portugais sur le marché mondial. Quelle était avant le 11 mars l'attitude du gouvernement dans ce domaine ? pour combattre la récession, la stagnation de l'activité industrielle et face au retrait des investissements privés, le gouvernement prétend prendre l'initiative des investissements. Il prévoit dans ce but un budget hautement déficitaire, et en même temps fait appel au prêt pour la reconstruction nationale pour financer sa politique économique. Mais cette manière de combattre la crise est trés dangereuse, parce qu'elle ne peut que provoquer une aggravation encore plus grande de l'inflation. Cependant, les alternatives du gouvernement sont restreintes pour faire face aux antagonismes 5Ociaux, en cherchant à diminuer le chômage et l'institutionaliser en tant qu'armée industrielle de réserve subventionnée par un fonds de chômage. C'est là le problème-clé auquel s'est confrontée l'activité économique du gouvernement : la canalisation des économies privées vers les investissements productifs et l'aide à travars le crédit aux entreprises en crise, entre en conflit avec le boycott des banques, qui voulaient surtout garantir la stabilité financière des groupes monopolistes et leur capacité d'investissement.
En outre, le capital bancaire d'une série importante de groupes s'orientait fondamentalement vers l'investissement spéculatif dans des titres d'autres entreprises Pour cela apparaissent de nombreuses entreprises liées aux banques qui se mobilisaient, dans l'activité spéculative, de millions de contos. Ainsi s'explique aussi la résistance du capital bancaire à orienter le crédit dans le sens que le gouvernement naivement désignait. Par conséquent les tentatives du gouvernement pour accomplir une politique de soutien aux paysans à travers le crédit de développement agricole, ou aux petites et moyennes entreprises, n'avait aucune viabilité pratique. Comme nous l'avons vu, la période actuelle se caractérise au niveau de l'activté économique par une récession généralisée : diminution du taux de croissance du PNB, diminution de l'investissement, crise des secteurs importants de l'économie, difficultés de l'accumulation, marginalisation accélérée des secteurs industriels qui garantissent l'emploi. Le résultat de cette situation est immédiatement visible à travers l'évolution du chômage qui n'a pas cessé d'augmenter et que le gouvernement n'a pas réussi à freiner. Toutefois, à cette situation de récession, vient s'ajouter l'accroissement des tendances inflationnistes, qui non seulement rendent encore plus difficile l'accumulation de plus-value, mais aussi rendent peu opérationnel le combat contre la situation, par la seule manipulation du crédit bancaire ou des investissements du budget définitif de l'Etat. Pour comprendre dialectiquement la crise de l'économie portugaise, il est nécessaire de distinguer les lignes de force qui traversent l'économie mondiale. Nous ne pouvons pas oublier que la récession mondiale du capitalisme a d'intenses répercussions dans des pays avec lesquels le Portugal maintient des relations économiques privilégiées (Angleterre), ce qui engendre un protectionisme croissant de la part des différents pays capitalistes et aiguise la concurrence internationale. D'un autre côté on peut remarquer que certaines exportations traditionnelles du Portuagl vers l'étranger souffrent d'une concurrence chaque fois plus grande sur le marché international, même de la part de quelques pays du tiers monde. Paradoxalement, dans la dernière période l'économie portugaise était basée sur les secteurs tournés vers l'exportation. Les mutations au niveau international marqueront profondément de tels secteurs. La réduction des investissements internationaux, la diminution de l'aide financière même que la réduction du tourisme sont à l'origine d'un déficit important de la balance des paiements. Ce déficit provoque inévitablement une sortie de devises, qui diminue les réserves assurant la stabilité de la monnaie, en même temps qu'elle restreint les disponibilités d'investissement. Il n'y a pas de doute que la récession mondiale aura un rôle déterminant sur l'économie portugaise. Vu que le rôle de celleci dans la division internationale a conduit au développement de certains secteurs et à une grande dépendance du marché mondial au moment où le Portugal est privé simultanément de l'exploitation effrénée du marché colonial. D'autre part, il est certain qu'il y a eu une augmentation rapide de la productivité du travail dans la dernière décade au Portugal. Une telle augmentation résultant d'une croissance de la composition organique du capital, surtout dans les secteurs-clés de l'économie, exerçait une pression tendant naturellement à diminuer le taux de profit. Cette pression était cependant en opposition avec l'orientation de la production industrielle enviopposition avec l'orientation de la production industrielle vers le marché européen ce qui permettait d'élargir la production et donnait naissance à d'importantes économies de devises. - La diminution du marché européen oblige la bourgeoisie tenter désespérément de recourir à d'autres marchés, surtout les pays arabes et africains, dans la mesure où la structure 24 commerciale des pays de l'Est (qui sont aussi dans les projets commerciaux de la bourgeoisie) est trop pesante pour correspondre aux projets immédiats du capital. • Dans le cadre de cette analyse il est important d'introduire un élément fondamental pour la compréhension de l'actuelle situation économique. Il s'agit du boycott économique de la part des capitalistes. Et là il est nécessaire de savoir le situer et de connaitre ses agents. Par le sabotage, dont la fonction est surtout de faire rentrer dans leurs rangs la petite et moyenne bourgoisie, les capitalistes veulent montrer l'incapacité du gouvernement et * prouver • que la situation de crise est due à la présence des communistes au gouvernement. Les capitalistes avalent un domaine d'action fondamental : le système de crédit. L'économie portugaise comme nous l'avons dit, comprend un grand nombre de petites et moyennes entreprises que la fragilité de leur capital et des réserves rend très dépendantes du crédit pour le paiement de fournisseurs, la manutention des stocks, la commercialisation, etc. En restreignant le crédit aux entreprises, le capital financier désorganise le paiement des salaires, empêche le fonctionnement de certaines d'entre elles. Mais on ne peut pas tout attribuer au boycott du capital financier, puisqu'en fait il y avait peu de capitaux disponibles. Un tel boycott a, il est vrai, de profondes influences sur le fonctionnement de l'économie, d'autant plus s'il est complète par le refus de fournir des matières premières industrielles (comme le ciment et le fer pour construction civile), par l'accumulation de stocks jouant sur les profits à travers l'inflation, par le retrait massif de capitaux, les faillites frauduleuses, etc. Tout ceci empêche le gouvernement d'avoir une quelconque politique économique, empêche l'application d'une quelconque loi réglementant l'activité économique, Le capital financier a conscience de l'incapacité démontrée jusqu'ici par le gouvernement provisoire à canaliser l'ensemble des travailleurs vers un projet de collaboration de classes. La bourgeoisie voit donc qu'il est chaque fois plus nécessaire de limiter fortement les libertés démocratiques des travailleurs et d'imposer un Etat fort. Le chaos économique s'intègre dans la perspective d'élargir la base sociale pour un coup d'Etat dans ce sens. Le sabotage aggrave la crise et le chômage désorganise l'économie. On doit insérer le problème des nationalisations dans cette perspective: et considérer les récentes nationalisations comme de simples manœuvres tendant à assurer un fonctionnement plus rationnel du système capitaliste, ne nous semble pas une façon correcte d'appréhender la liaison entre le développement de la lutte des masses et ces nationalisations, D'une certaine manière on peut dire qu'elles furent imposées dans un contexte où le rapport de la force favorisait le prolétariat. Pour le Conseil de la Révolution les nationalisations ont des objectifs précis : orienter le crédit vers la petite et moyenne entreprise, donner son appui au développement agricole, etc. Mais comme nous l'avons dit plus haut et pour les motifs déjà signalés, le refus du capital financier à se soumettre à ces mesures engendre une tension entre le gouvernement et la petite et moyenne bourgeoisie commerciale et industrielle ce qui risque de provoquer un affaiblissement de la base sociale favorable au gouvernement. C'est dans ce sens que le mouvement de masses du 11 mars va être utilisé pour mener à bien ces mesures qui en principe se destinent à obtenir une canalisation adéquate du crédit et de l'investissement, concentrant dans les mains de l'Etat des grandes masses monétaires. Mais seul le développement de la lutte des classes pourra définir le contenu concret de ces nationalisations. Déjà, de la part du gouvernement provisoire et du M.F.A., la mesure prise a un contenu concret « progressiste » petit-bourgeois : il s'agit d'ébranler un peu les forces de sabotage du capital financier. Ainsi le gouvernement provisoire et le M.F.A. ont de fait plus de possibilités de reconstruire leur base sociale en jouant sur l'appui à la petite et moyenne entreprise, sur une politique de développement agricole, etc. Mais étant donné le rapport de forces actuel la dynamique d'application de cette mesure est d'entraîner d'autres nationalisations.
Il est évident que tant que durera ce rapport de forces la bourgeoisie conservera une large marge de manœuvre basée sur
Tindustrie privée, mais que son pouvoir économique est diminué : les banques privées et les assurances concentraient le capital disponible le plus important. Il est clair que la bourgeoisie pourra récupérer de telles mesures, surtout si on ne réussit pas à imposer le contrôle ouvrier et si elle réussit à stabiliser sa puissance sur l'industrie privée. Mais ceci exige qu'elle réussisse à imposer un autre rapport de forces avec le mouvement ouvrier. Si l'on considère donc les nationalisations actuelles comme une simple mesure de reconstruction du capital c'est une analyse fausse qui fait abstraction de leur signification par rapport à la lutte de classe.
L'analyse que nous venons de faire nous permet de comprendre au niveau économique le contenu concret des relations de classes.
La crise dans les secteurs de la production (habillement, alimentation, construction) qui pour le prolétariat portugais sont les composantes déterminantes de la valeur de la force de travail, l'abandon des subsides à des entreprises et à des produits essentiels de ces secteurs (voir par rapport à cela le problème du ravitaillement) entraine chez les travailleurs une lutte pour des augmentations de salaire. Cette lutte sape les bases d'accumulation de la bourgeoisie, ses plans de production. Pour que la bourgeoisie réussisse à résoudre en sa faveur la crise économique, pour marginaliser les petites et moyennes entreprises non rentables et recomposer la production, pour investir sans craintes elle a besoin au moins de pouvoir contrôler les augmentations de salaires, il lui faut reconvertir l'industrie sans qu'il lui en coûte beaucoup ; tout ceci passe inévitablement par le chômage, l'inflation, par une nouvelle discipline de travail. Mais la classe ouvrière, s'oppose énergiquement à cela, en défendant l'emploi, en luttant contre la détérioration de SOn oouvoir d'achat, remettant en cause la hiérarchie dans l'entreprise, etc. Et le problème est d'autant plus aigu que pour les capitalistes l'agriculture ne constitue pas aujourd'hui une source d'accumulation étant donné l'énorme retard technique de ce secteur. Plus encore : les tentatives d'utiliser les terres incultes, la réforme agraire contrôlée dans l'actuel rapport de forces et devant la résistance des grands propriétaires terriens peuvent accélérer le mouvement d'occupation de terres et engendrer une dynamique non contrôlable par la bourgeoisie. A la difficulté de diminuer le temps nécessaire de travail (à travers l'augmentation de la productivité des secteurs qui produisent les éléments cui composent pour l'essentiel le salaire des ouvriers) il faut ajouter la résistance des travailleurs au chômage, et la lutte contre les licenciements. La reconversion de larges secteurs de l'économie oui passait par la construction de nouvelles usines et de machines, par "utilisation d'un nouveau type de force de travail, rencontre la résistance énergique des travailleurs, peu disposés à payer les frais de la crise. Il est évident que dans cette situation la bourgeoisie hésite à investir, sabote l'économie et aggrave la crise. Mais cette situation est aujourd'hui pour elle, dangereuse, la classe ouvrière se bat pour la défense de son emploi, contre le sabotage économique pour le contrôle de la production : il est évident que si le sabotage économique et l'actuelle combativité des travailleurs persistent, le contrôle ouvrier gagnera une nouvelle dimension dans la mesure où justement les travailleurs prendront conscience que pour défendre leurs conditlons de vie et de travail, il n'y a pas d'autre solution.
SIGNIFICATION DU 11 MARS DANS L'ACTUELLE SITUATION POLITIQUE Les événements autour du 11 mars ont démontré une fois de plus, depuis le 28 septembre, un fait capital pour l'interprétation de la dynamique de la lutte politique au Portugal surtout en ce qui concerne la caractérisation du rapport de force entre les classes : la crise de la direction politique de la bourgeoisie caractérisée par l'absence d'un plan cohérent d'offensive capitaliste contre les conditions de vie, la sécurité de l'emploi, et les droits démocratiques des travailleurs, articulé et centralisé au niveau des instances médiatrices des intéréts et de la tactique de la bourgeoisie (partis de droite et d'extrême droite, associations patronales, secteurs réactionnaires de l'armée et des forces militarisées, etc.). En effet, s'il est sür que dans la logique de l'évolution politique la bourgeoisie parait avoir assuré la victoire électorale de ces partis (P.P.D., C.D.S., P.D.C.) à la Constituante, il est aussi sür que le plan d'institutionnalisation du M.F.A. (principalement au niveau de ses implications immédiates) a accentué les clivages et a creusé les divergences tactiques au sein des forces politiques capitalistes entre : A) D'un côté un secteur disposé à accepter les règles du jeu de l'institutionnalisation du M.F.A., c'est-a-dire à miser sur le rôle bonapartiste du M.F.A. dans la reconstitution de l'appareil d'Etat et dans la reconstruction de l'économie capitaliste à travers la reconversion de l'appareil productif dans le cadre de l'application du Programme Economique et Social d'urgence : cette perspective impliquait, d'un côté la stabilité de la coalition P.P.D.-P.S.-P.C., de l'autre l'acceptation de la dynamique de décolonisation (et ses conséquences surtout par rapport à l'Angola). B) De l'autre côté, dans le secteur disposé à résoudre tout de suite la crise économique et politique de la bourgeoisie, surtout à travers une attaque frontale des conquêtes sociales et politiques des masses ainsi que l'application d'une solution néocolonialiste pour l'Angola ce qui impliquait, bien entendu la marginalisation (ou même la liquidation) des organisations syndicales et politiques du mouvement ouvrier, de l'aile gauche du M.F.A. ainsi que du M.P.L.A. C'est surtout de cette divergence tactique de la bourgoisie qu'est né et a mûri le plan du coup du 11 mars et de l'actuelle offensive réactionnaire, impérialiste en Angola coordonné du reste avec le coup manqué réactionaire en Guinée. En effet, si comme nous avons vu plus haut, la crise de la société capitaliste au Portugal (au niveau économique, dans sociaux et dans le fonctionnement de l'appareil d'Etat) ne peut avoir pour la bourgeoisie qu'une solution : l'attaque frontale des droits des travaileurs, il est aussi certain que la réaction capitaliste n'est pas encore arrivée à formuler une politique d'ensemble, à se doter de moyens organisationnels de manière à pouvoir articuler ses actions dans les divers terrains de l'offensive : a - le sabotage économique interne (inflation, chômage, licenciements, etc.) et la pression économique du capital financier impérialiste : b - la campagne anti-ouvrière et anti-communiste et la mobilisation des couches intermédiaires contre les travailleurs, contre leurs luttes et contre les organisations syndicales et politiques parallèlement avec la réorganisation des forces fascistes (C.D.S., P.D.C., etc.) : c - les restrictions des droits démocratiques des masses et le retour du dispositif répressif à ses formes précédentes : d - la préparation matérielle du coup d'Etat avec le concours des forces militaires impérialistes (OTAN). Ainsi, l'absence d'un plan offensif systématique d'un côté, et de l'autre la permanence de la mobilisation ouvrière et populaire, et l'offensive désarticulée de la réaction capitaliste a permis la paralysie et même la déroute de cette dernière.
Et ceci malgré toutes les hésitations des directions réformistes (syndicales et politiques) et malgré les obstacles à la structuration d'un front prolétaire de classe dont le sectarisme des organisations centristes et maoïstes a sa part de responsabilité, même si la responsabilité majeure revient surtout au P.C. par son rôle de division de la classe ouvrière, isolant l'avant-garde des luttes les plus avancées et par son compromis dans une politique de collaboration de classe. Ce processus d'affrontement de la classe ouvrière contre la réaction capitaliste a eu à son tour pour conséquence un fait non moins Important : l'éducation de larges secteurs des masses laborieuses sur le terrain de la lutte anti-capitaliste, renforçant le potentiel de l'expérience et de la mobilisation de la classe ouvrière surtout dans les domaines suivants : 1. L'éducation de la classe dans les formes avancées de lutte et l'organisation contre le sabotage économique : - grèves actives avec occupation, développement de l'autodéfense, interdiction ouvrière de licenciements, formes élémentaires de contrôle sur les stocks, matières premières, carnets de commande et comptabilité des entreprises, occupation des terres: luttes pour la nationalisation des banques, assurances et autres grandes entreprises. 2. Lutte contre la réorganisation des fascistes, boycott des publications réactionnaires, des meetings et congrès des partis fascistes, etc. 3. Luttes qui ont débordé, objectivement et subjectivement les restrictions légales aux droits démocratiques des travailleurs : grèves politiques et de solidarité, meetings et manifestations non autorisées, réunion et organisation des soldats. 4. Lutte pour l'élargissement du front syndical. 5. Développement de l'alliance entre ouvriers et soldats manifesté d'une façon éloquente lors de la manifestation ouvrière du 7 février. 6. Généralisation de l'organisation d'auto-défense des travailleurs contre les menaces de coups fascistes 7. Combat des masses contre le pacte ibérique et la présence impérialiste au Portugal. Il importe néanmoins de rappeler que, sauf quelques exceptions, la riposte des travailleurs à l'offensive de la réaction capitaliste assume un caractère partialisé voire désordonné qui s'observe dans l'action des divers secteurs de la classe ouvrière. Est particulièrement aiguë la différence dans les formes et les contenus de lutte entre les secteurs encadrés par les appareils syndicaux et politiques réformistes, et les secteurs de l'avant-garde ouvrière mobilisés par les commissions des travailleurs (influencés par les organisations révolutionnaires). Cependant, l'existence d'affrontements d'une plus grande envergure comme le 14 janvier, le 11 mars et même le 7 février a permis la convergence ponctuelle (et jusqu'à un certain point la fusion) des différents contenus d'expériences de lutte et d'organisation, combativité et conscience politique acquis par les divers secteurs de la classe ouvrière. Il est évident que la pratique unificatrice du front prolétaire de la part de quelques organisations révolutionnaires qui réussirent à combiner le combat contre le réformisme avec la préoccupation d'un combat unitaire contre l'offensive de la réaction capitaliste (L.C.I. -M.E.S. - F.S.P.) n'est pas étrangère à ce phénomène. De cette façon, le 11 mars représente du point de vue de la lutte de classe un caractère éminemment contradictoire : 1° En premier lieu, le coup a avorté non parce que la réaction capitaliste a manqué de réserves d'appui dans les couches de la petite bourgeoisie urbaine et rurale ou dans l'armée: l'échec du coup se doit surtout à la déficiente articulation entre la mobilisation civile et la carence opérationnelle de la conspiration militaire d'un côté, de l'autre à la capacité de prompte et d'efficace riposte des masses travailleuses, de la résistance des soldats et marins, ainsi que des organisations syndicales et politiques du mouvement ouvrier. En ce sens, l'échec du coup ne peut pas être interprété comme une déroute définitive de la réaction capitaliste mais comme une 26 expérience de la bourgeoisie dont elle saura tirer les leçons et qu'elle pourra récupérer si l'on ne détruit pas immédiatement les bases de son pouvoir économique et politique. En second lieu, l'échec du coup manqué (et ses conséquences politiques : nationalisations, etc.) ne représente pas une victoire définitive de « l'aile progressiste » du M.F.A., ni la liquidation du secteur spinoliste des Forces Armées lequel bien que affaibli, continue à occuper non seulement des positions-clés dans le Conseil Suprême de la Révolution mais pourra récupérer facilement les positions perdues si persistent les mêmes bases de constitution de l'assemblée des délégués du M.F.A.; dans ce sens l'institutionnalisation du M.F.A., s'il est sûr qu'elle assure la stabilité de la coalition gouvernementale de collaboration de classe n'écarte pas la possibilité à moyen terme d'un tournant vers un régime de droite. En deuxième lieu, la victoire des masses travailleuses (surtout tenant compte des formes d'organisation et objectifs de lutte qu'a pris son combat contre le coup manqué). la mobilisation massive autour des nationalisations et la revendication généralisée de la sortie des partis bourgois du gouvernement (M.D.P. au lieu de P.P.D.) ont porté la lutte de classe à un niveau sans précédent jusqu'à maintenant - la lutte pour le socialisme et pour la substitution du gouvernement de collaboration de classe par un gouvernement des travailleurs et les conditions mürissent pour la consolidation d'un fort mouvement anti-capitaliste de masse.
CONSEQUENCES IMMEDIATES DE L'ECHEC DU COUP Le nouveau rapport de forces sur la scène politique apparait ainsi déterminé d'abord par les conséquences de la confrontation du 11 mars: 1. - Aggravation de la crise de direction politique de la bourgeoisie. 2. - Combativité, organisation et conscience politique des masses laborieuses. 3. - Alignement des couches petites bourgeoises des villes et des campagnes autour des initiatives politiques de la bourgeoisie et du prolétariat. a) En réalité, désorientés par l'échec de la tentative putchiste, ayant perdu, dans la personne de Spinola, un instrument précieux capable de cristalliser un vaste soutien populaire autour d'une alternative autoritaire, essayant de survivre à la vague de protestation populaire qui exige leur sortie du gouvernement (ou même leur démantélement...), les partis de la bourgeoisie (P.P.D., C.D.S.) qui jusqu'il y a peu de temps se payaient le luxe de marchander les termes de l'• institutionnalisation » du M.F.A., sont maintenant obligés d'avaler d'un seul trait les nationalisations, de laisser passer sans protestation la suspension du P.D.C. et de condamner Spinola et les putchistes, bref, d'essayer de survivre au déluge écrasant du mouvement de masses. Même ce qui, du point de vue de la bourgeoisie était un avantage stratégique - face à la concession tactique de l'unité syndicale - le Plan Economique et Social « d'Urgence », qui lui permettrait de mettre le syndicat unique au service de la reconstruction et de la reconversion de l'économie capitaliste, a fini aussi par étre mis en cause avec les nationalisations, qui sont le prix qu'elle a dû payer après l'échec du coup du 11 mars. Les partis de la bourgeoisie sont passés temporairement à la défensive, essayant de garantir les élections et leur permanence au gouvernement avant et après celles-ci, même s'il faudra pour cela feindre de se rallier à la nouvelle lecture progressiste du nouveau programme du M.F.A., même s'il faudra abandonner leur lutte contre la présence du P.C.P. au Gouvernement Provisoire. La tactique immédiate des partis bourgeois sera de chercher à insérer les nationalisations dans le cadre étroit du Plan Economique d'Urgence, et d'utiliser à une plus grande échelle la force de pression du Capital financier international et du dispositif militaire impéraliste pour démoraliser et bloquer les nouvelles mesures anti-capitalistes. Les partis du Capital seront confrontés à partir de maintenant à une menace potentielle d'effritement de leur base sociale dans la petite bourgeoisie rurale et urbaine qui pourra passer à soutenir des mesures anti-monopolistes qui leur garantissent des possiblités de crédit, libéralisation de la concurrence, etc. C'est pour cette raison que le P.P.D., et en une moindre mesure le C.D.S., loin de s'opposer aux nationalisations prévues, les ont soutenues et dans certains cas ont prétendu en prendre l'initiative (d'autant plus que la nationalisation de certaines entreprises peut avoir des effets démobilisateurs sur les luttes ouvrières en ce qui concerne les salaires et les heures de travail). Cela ne signifie pas, toutefois, que la bourgeoisie dans son ensemble va assurer une attitude défensive et concentrer ses efforts par la voie légale et électorale de son appareil de domination. Bien au contraire, ce qui reste du 11 mars (I'nstitutionnalisation du M.F.A., son possible contrôle et celui des partis de gauche sur la prochaine Assemblée Constituante, etc.) et en même temps la mobilisation du mouvement de masse autour des revendications anti-capitalistes, vont aggraver la crise de direction politique de la bourgeoisie, accentuant le manque de coordination entre les divers secteurs de l'offensive de la réaction capitaliste, poussant celle-ci à utiliser des tactiques oue*tement terroristes, des attentats violents contre les organisations et militants ouvriers, etc. De la même manière, l'affaiblissement relatif de ses bases de soutien dans le M.F.A. et dans les Forces Armées doit étre compensé par une plus large participation du dispositif militaire impérialiste (OTAN, CIA, Espagne franquiste) dans la structuration, financement et coordination de l'offensive réactionnaire au Portugal et dans les ex-colonies (surtout Angola). 2° Les résultats de l'échec du coup du 11 mars sur la lutte des travaileurs et de leurs organisations syndicales et politiques sont assez évidents : L'élévation, déjà mentionnée ci-dessus, du niveau de combativité, organisation et conscience politique des masses laborieuses - cimentés par l'expérience de mobilisation contre le coup et par le sentiment généralisé de victoire dans la lutte contre la réaction capitaliste (traduite par les nationalisations et par la revendication confuse de sortie des ministres bourgeois du gouvernement) - aura des conséquences directes sur les revendications d'autres secteurs, d'autant plus que s'aggravent les conditions de vie et d'emploi, créant une dynamique qui permet de mettre à l'ordre du jour l'exigence de nationalisation des secteurs-clés de l'industrie ou même d'autres secteurs économiques impliqués dans des actes de sabotage économique. b) Le rôle fondamental de l'appareil syndical et politique réformiste contre le coup d'Etat (ou dans la collaboration avec les mesures de nationalisation) permet à celui-ci de capitaliser l'essentiel de la victoire du 11 mars, élargir et approfondir son encadrement sur de vastes secteurs des masses laborieuses, et non seulement canaliser la combativité ouvrière vers l'effort de • reconstruction nationale », mais aussi essayer d'isoler les luttes qui débordent leur encadrement, ainsi que les secteurs de l'avant-garde ouvrière organisés dans les commissions de travailleurs ou au sein même des syndicats D'autre part, et dans le même sens, les mesures prises à l'encontre de l'A.O.C. et du M.R.P.P. ainsi que l'interdiction des symboles communistes à la F.E.C. et I'U.D.P., sont aussi des signes de cette détermination des réformistes à utiliser le nouveau apport de forces (et la ligne de plus en plus sectaire des maoïstes) pour liquider ou neutraliser l'éventail des forces révolutionnaires à leur gauche. c) Les modalités de recomposition du gouvernement de collaboration de classe vont permettre au P.C. non seulement de consolider ses positions à l'intérieur de l'appareil gouvernemental, couvert par le renforcement du rôle du M.F.A. (et de son aile pro-réformiste) dans les organes du pouvoir d'Etat, mais aussi de compromettre le P.S. et même le P.P.D. avec le maintien de la coalition et avec l'exécution de mesures • anti-monopolistes » dont les points politiques seront pour l'essentie capitalisés par le bloc réformiste et renforceront la polarisation de celui-ci autour du P.C.P. lui-même. A son tour, le P.S., mise à part l'hypothèse de changement des termes de la coalition après les élections (par exemple gouvernement P.P.D.-P.S.), se trouvera mis devant l'alternative suivante: - soit disputer prioritairement au P.P.D. le terrain de la petite bouregoisie et des couches supérieures de la bourgeoisie, et abandonner de plus en plus ses liens avec le mouvement ouvrier et ses luttes, permettant ainsi le renforcement de l'influence du P.C. au sein des masses laborieuses; - soit renforcer ses liens avec les luttes des travailleurs, disputant le terrain d'influence du P.C., mais en devenant prisonnier de la radicalisation du mouvement de masse. d) Cette contradiction entre la généralisation des revendications • anti-capitalistes des masses et le maintien du gouvernement de collaboration de classe est, toutefois suffisamment aigué non seulement pour mener le P.C. à critiquer la participation du P.P.D. au gouvernement, et pour obliger le gouvernement et le Conseil Supérieur de la Révolution à décréter de nouvelles mesures de « contrôle du pouvoir économique », mais également pour forcer l'appareil syndical réformiste à prendre des initiatives de mobilisation contrôlées en ce qui concerne le salaire minimum et l'horaire de travail. e) La marge de manœuvre des organisations révolutionnaires (qui ont eu la lucidité de ne pas briser l'unité du Front Prolétarien face au Coup dEtat) se trouve considérablement accrue en rapport direct avec leur poids objectif dans l'encadrement des actions de masse. Néanmoins il faut voir que l'appareil réformiste n'est pas indifférent au renforcement politique apparent de certaines organisations (M.E.S., F.S.P., et même L.C.I.) comme méthode d'augmenter sa marge de marchandage des postes ministeriels tace au P.S. et mème face au P.P.D., ou d'accentuer la marginalisation des courants sectaires maoistes et centristes. f) Cependant, la compréhension correcte des tendances et des rythmes de radicalisation des masses sous contrôle réformiste d'une part, et une offensive politique vers l'avant-garde ouvrière qui lui permette d'élever son empirisme anti-réformiste au niveau de la compréhension globale des tâches de transition, d'autre part, donneront aux marxistes-révolutionnaires la possibilité de renforcer la solidité, l'unité du Front Uni contre l'exploitation et la réaction capitaliste et passer d'une composante tolérée du mouvement de masses à un courant reconnu au sein du mouvement ouvrier; d'un autre côté conquérir l'hégémonie au sein de l'avant-garde ouvrière et conférer à l'unité du Front Prolétarien un caractère offensif contre la domination capitaliste, en l'opposant à toute forme de collaboration avec la bourgeoisie et ses politiciens. 3° Les incidences de l'échec du 11 mars dans le rapport de forces entre les classes se traduisent également au niveau des organes de l'appareil d'Etat: - La création du Conseil Supérieur de la Révolution (et la concentration dans cet organe des pouvoirs, antérieurement confiés à la Junte de Salut National et au Conseil d'Etat)
traduit non seulement l'élimination des représentants politiques de la droite et de l'extrême-droite, mais aussi une diminution du poids relatif des représentants militaires de ces forces : l'influence de l'aile gauche du M.F.A., apparait clairement renforcée, non seulement par l'intégration de la commission de coordination du Programme du M.F.A., mais aussi par celle des ministres militaires (et autres anciens représentants du M.F.A. dans le Conseil d'Etat) au sein du
Conseil de la Révolution. - Les caractéristiques du nouveau gouvernement reflètent le renforcement du bloc réformiste polarisé par le P.C.P., non seulement élevant le nouveau M.D.P.-C.D.E. à la participation paritaire avec les autres partis mais intégrant aussi toute une série d'intellectuels réformistes qui vont occuper des points-clés pour l'application de la • stratégle antimonopoliste •: aussi la participation du M.F.A. au nouveau gouvernement, apparait politiquement moins différenciée en même temps réfléchit le nouvel équilibre politique interne du M.F.A. dans le contrôle de points-clés de l'appareil gouvernemental (Information, Intérieur, Défense, etc.). - Mais, le rapport de forces entre les partis apparait maintenant, plus directement déterminé par la dynamique de
- I'nstitutionnalisation du M.F.A. », qui semble écarter la possibilité, à court et à moyen termes d'un • coup d'Etat
Constitutionnel • de la droite capitaliste et qui cherche à prévenir les effets d'une victoire électorale du C.D.S. et P.P.D et d'une majorité de centre-droite à l'Assemblée Constituante.
LES TENDANCES DE L'EVOLUTION DE LA SITUATION
POLITIQUE ET LES TACHES DES REVOLUTIONNAIRES Nous avons déjà défini le rôle de ce quatrième gouvernement de collaboration de classes dans le contexte des luttes de la classe ouvrière. Il remplit, actuellement, l'essentiel de la tactique réformiste qui consiste à mobiliser sous l'égide du M.F.A un éventail de forces sociales pour obtenir des réformes antimonopolistes et anti-latifondistes, la décolonisation et la neutralisation d'un secteur important du dispositif militaire stratégique impérialiste. Pour cette raison la bureaucratie réformiste du P.C. tend à épuiser tous les recours de la collaboration avec les forces politiques bourgeoises et à s'assurer le concours du P.S. pour obtenir la reconnaissance du régime (au niveau économique, politique et diplomatique) de la part de la droite capitaliste et de la Social-Démocratie européenne Aussi, la dynamique de la politique réformiste montre un rapprochement économique et diplomatique avec les blocs non alignés comme alternative à l'échec éventuel d'une intégration économique dans l'Europe capitaliste, dans le cadre de la stratégie réformiste globale des P.C. européens. De cet aspect de la politique réformiste du P.C.P., indépendamment de ses rapports de forces avec la bourgeoisie (et ses partis) dépendront les rythmes d'applications et les termes de sa ligne • anti-monopoliste » et de « transition pacifique vers le socialisme ». Pourtant, dans le cadre de la crise économique et sociale du système capitaliste au Portugal et dans les conditions de crise profonde de l'appareil de domination politique de la bourgeoisie, la politique de collaboration | de classes ne permet pas d'assurer les conquêtes économiques sociales et politiques des travailleurs ; bien au contraire, elle ouvre en permanence des brèches pour l'offensive de la réaction capitaliste contre leurs conditions de vie et de travail, contre leurs droits sociaux et démocratiques, contre leurs luttes et organisations. L'offensive de la réaction capitaliste continuera de se développer si on n'atteint pas profondément les bases de son pouvoir économique et politique, ce qui exige des moyens anti-capitalistes radicaux. Mais l'utilisation de ces moyens exigerait (et aussi produirait des mouvements sociaux et politiques d'une large masse de travailleurs, créant une dynamique révolutionnaire qui dépasserait inévitablement l'actuel encadrement politique et idéologique, non seulement de la collaboration de classes, mais même du réformisme en général. D'un autre côté, on a vu que les contradictions entre la généralisation de la montée anti-capitaliste des luttes des masses et l'encadrement des réformistes sur de larges secteurs de la classe ouvrière et des travailleurs ne peuvent être que provisoirement atténuées par la prise en charge de moyens anti-capitalistes et anti-latifondistes Or, ces derniers, par la dynamique de leur application, seront susceptibles de provoquer, soit de grandes mobilisations de travailleurs, soit une résistance chaque fois plus forte de la part du grand capital, de la même façon les couches petites bourgeoises pourront étre poussées à une prise de position face à la lutte anti-monopoliste. Les termes précis de l'évolution de la situation politique vont dépendre des facteurs suivants : 1° La capacité de la part de la bourgeoisie de résoudre la crise de sa direction politique, en combinant la pression éco28 nomique externe avec le sabotage des moyens anti-monopolistes, en tenant compte de la dégradation des conditions de vie et de l'emploi des travailleurs, en se mobilisant sur une base anti-ouvrière et anti-communiste, avec l'appui de certains militaires, avec la tactique terroriste et les pressions militaires et diplomatiques de l'impérialisme. 2° La capacité de l'appareil réformiste de maintenir et renforcer son encadrement politique et organisationnel sur les luttes des travailleurs, isolant, neutralisant (ou même absorbant) des secteurs importants de la nouvelle avant-garde ouvrière. 3° L'alignement des couches intermédiaires de la population dans le cadre de la lutte sociale et politique entre la bourgeoisie et le prolétariat. 4° La capacité des révolutionnaires de donner une alternative politique et organisationnelle aux crises du système politique bourgeois et à la crise de direction révolutionnaire des luttes ouvrières. C'est de la combinaison dialectique de ces quatre facteurs (et du rôle croissant du M.F.A. dans la participation et direction du processus politique) que vont ressortir les termes précis de l'évolution de la situation politique. Il est évident que dans ce cadre, à un renforcement de l'encadrement réformiste correspond nécessairement une incapacité de l'avant-garde révolutionnaire. Cependant, l'incapacité de créer cette alternative peut ou non avoir pour résultat le maintien du contrôle réformiste des plus larges secteurs de la classe ouvrière. De la même manière, la bourgeoisie pourra ou non résoudre sa crise de direction, et les couches intermédiaires de la petite bourgeoisie urbaine et rurale pourront choisir un des protagonistes fondamentaux de la lutte de classe. La variante la plus probable sera cependant, considérant l'actuel renforcement du poids des réformistes (dans le cadre des mesures de nationalisation) et la nature actuelle de la crise de direction politique de la bourgeoisie (et la conséquente difficulté d'instrumentaliser des secteurs significatifs de la petite bourgeoisie et des Forces Armées), la maturation d'une situation pré-révolutionnaire. Cette maturation, si elle a lieu en l'absence d'une alternative révolutionnaire, pourra avoir une des issues suivantes:
- soit le progrès de la lutte anti-capitaliste de masses, en provoquant des ruptures décisives dans la structure de l'Armée elle-même, rendra difficile l'instrumentalisation de celle-ci au service de la défense des rapports sociaux capitalistes :
- soit le maintien global du rapport de force entre les classes, dans le cadre d'une aggravation de la crise économique, sociale et politique, pourra mener le M.F.A. et l'Armée à prendre toutes les responsabilités du Gouvernement, ouvrant le chemin à une recomposition rapide de l'appareil d'Etat bourgeois et l'instauration d'un régime de droite. Il faut par conséquent assurer les conditions permettant, dans le cadre de la maturation d'une crise pré-révolutionnaire (situation que nous définissons par l'absence d'un ou plusieurs éléments indispensables pour une issue insurrectionnel victorieuse), de résoudre le problème, fondamental du rapport de force, c'est-à-dire, le problème de la direction révolutionnaire du mouvement anti-capitaliste de masse. La résolution de ce problème présuppose 1º L'unification du combat de la classe autour de revendications économiques et démocratiques qui éduquent les travailleurs dans l'expérience de la force de leur unité et d'organisation contre l'exploitation et la réaction capitaliste, et renforcent l'alliance entre les ouvriers et les soldats : 2º Le développement de l'organisation de lutte autonome des travailleurs dans les locaux de travail et d'habitation, la généralisation de leur pratique d'auto-défense et de leur expérience de contrôle sur la production et l'échange capitalistes 3° La généralisation et extension des luttes des travailleurs, et la construction de structures de coordination locale et sectorielle comme premier pas vers la centralisation nationale de l'organisation autonome et des expériences d'auto-défense contrôle ouvrier surgies au cours des luttes.
4° La structuration de l'avant-garde ouvrière autour d'un pôle révolutionnaire cohérent et la conquête de l'hégémonie politique sur les secteurs fondamentaux des masses laborieuses, arrachée aux réformistes. 5º La conquête des couches intermédiaires de la petite bourgeoisie urbaine et rurale pour le camp du prolétariat des villes. La réalisation de ces prémisses peut conduire à l'aggravation non seulement de la crise de direction politique de la bourgeoisie urbaine et rurale pour le camp du prolétariat des villes. lui-même, permettant le développement des vastes mouvements revendicatifs et politiques de masse, qui mènent, par la pratique du contrôle ouvrier sur la production et l'échange, et par l'armement général des travaileurs, vers la situation révolutionnaire, c'est-à-dire, la situation qui permet l'acte insurrectionnel victorieux. Comme nous l'aovns déjà signalé plus haut, à partir d'un bilan de l'expérience acquise par le mouvement ouvrier au cours des luttes plus récentes, on peut conclure à l'existence au niveau des masses d'un minimum d'organisation autonome et de conscience politique anti-capitaliste, dont la généralisation au cours de mobilisations successives a pris des formes embryonnaires de coordination sectorielle et nationale de luttes. Nous nous référons aux Commissions des Travailleurs et à la coordination de luttes inter-entreprises dans la même branche, aux Commissions de Moradores et Assemblées Populaires par quartiers et zones, aux Commissions de Soldats, aux ligues de paysans pauvres, aux mobilisations coordonnées et centralisées par les syndicats aboutissant à des grèves politiques, au contrôle sur les mouvements de capitaux, à l'auto-défense, à l'occupation de moyens de communication et télé-communication, à la lutte pour la nationalisation des entreprises-clés et pour la sortie des bourgeois du Gouvernement, etc. Toutefois, pour que ces embryons d'organisation autonome, d'auto-défense et de conscience politique des travailleurs se développent, se généralisent et se centralisent, dans la perspective de la création d'une dualité de pouvoir dans la situation révolutionnaire, il est nécessaire dès maintenant de stimuler les formes d'organisation concrètes que cette centralisation du combat autonome des travailleurs devra prendre, et en même temps donner des perspectives politiques concrètes au développement et généralisation de ce combat. C'est dans ce sens qu'il faut mener des maintenant la lutte pour un gouvernement des travaileurs, formé par les organisations ouvrières, syndicales et politiques, disposées à rompre avec la bourgeoisie et à appliquer un ensemble de mesures anti-capitalistes qui s'attaquent frontalement aux bases du pouvoir économique et politique du capital et stimulent le développement et le renforcement de la lutte anti-capitaliste des masses jusqu'à la destruction totale de l'exploitation capitaliste et de l'Etat bourgeois, l'instauration du pouvoir révolutionnaire des travailleurs ouvrant le chemin à la construction du socialisme. Ce gouvernement dont le programme a été déjà défini et diffusé par nous, devra étre imposé par la voie de la mobilisation anticapitaliste des masses, même à partir d'une défaite électorale des partis bourgeois. Dans tous les cas, l'arme fondamentale que la classe ouvrière devra utiliser pour son imposition devra étre la grève politique de masses, ouvrant le chemin à la mobilisation et l'offensive permanente des masses laborieuses contre l'exploitation et l'Etat capitaliste, vers son renversement et sa destruction complète, et d'édification d'un nouvel Etat, ouvrier, qui incarne le pouvoir révolutionnaire des Conseils ouvriers, paysans et soldats. C'est pour ces raisons que nous devons lutter dès maintenant pour la perspective de centraliser — dans le cadre de la situation pré-révolutionnaire - des structures de coordination locales et sectorielles, des commissions de travailleurs, de moradores et de soldats, des organismes de vigilance et autodéfense, les Assemblées Populaires, les syndicats et les ligues de paysans pauvres dans une véritable ASSEMBLEE NATIONALE DES TRAVAILLEURS, seule garantie de la centralisation démocratique de l'organisation autonome des travailleurs et de l'accomplissement des tâches de la révolution prolétarienne.
Comité Central de la Ligue Communiste Internationaliste. Le 26 mars 1975.