Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › nouvelle série n° 20-21

Les nôtres : Jabra Nicola

Saleh Jaafar · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 20-21 · printemps 1975 · p. 30-30 · 924 mots

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Jabra Nicola, ancien dirigeant du Parti Communiste Palestinien (PCP) longtemps membre du Comité Exécutif International de la IV° Internationale et, plus récemment, un des principaux théoriciens de l'Organisation Socialiste Israélienne, est mort à Londres, le samedi 28 décembre 1974. Pendant plus de trente ans, le camarade Nicola, que beaucoup connaissaient mieux sous le nom de Abu Said, avait déployé la bannière du marxisme-révolutionnaire au Moyen-Orient. Dans un bastion réactionaire aussi total qu'israël, ce n'est pas là une mince réalisation. Sa mort est une perte douloureuse pour le mouvement ouvrier arabe et la IV* Internationale. Une évaluation de cette perte doit prendre comme point de départ le contexte historique qui a produit et qui fut à son tour le produit de... Abu Said. Le PCP est né en 1922 d'une scission du Parti Ouvrier Sioniste. A la suite de cette scission, Il s'affiliait à la III° Internationale (communiste). Une couche significative de cette jeune génération révolutionnaire fut déportée en URSS dans les années 20 et 30 par les autorités du mandat britannique qui gouvernaient alors la région. Avec la dégénérescence de la III° Internationale ils tombèrent tous victimes des purges de Staline. Une nouvelle génération de dirigeants ouvriers, plus en accord avec le stalinisme, reprit alors en mains les commandes du PCP. Des processus similaires étaient en cours dans d'autres parties du monde arabe. Abu Said est le genre d'exception qui fait mieux que confirmer la règle. En effet, dans sa personnalité solitaire se concentraient non seulement la voix de l'opposition politique aux équivoques du PCP — entre sionisme et nationalisme arabe — mais aussi le souffle vivant de ce qui avait été une Internationale révolutionnaire. Durant les années 40, il fut éliminé de toute Instance de direction du PCP. Son évolution vers le trotskysme et les rangs de la IV° Internationale, où il demeura jusqu'à sa mort, suivirent peu après. En 1963, Said adhéra à l'Organisation Socialiste Israélienne (Matzpen) qui avait été fondée en 1962 par un petit noyau de révolutionnaires juifs exclus du PCP. Le Matzpen, dans une large mesure sous l'influence de Said, rejeta complètement le sionisme et en vint à la reconnaissance fondamentale que, objectivement, la ligne de clivage politique principale dans la société Israélienne tournait autour de l'acceptation ou du rejet du sionisme. D'autre part, Said apporta au Matzpen la conception d'une nation arabe unique (artificiellement fragmentée par l'impérialisme à la sulte de la première guerre mondiale) à l'encontre de la conception stalinienne qui prévalait alors, de différentes nations arabes en Irak, en Syrie, en Egypte, etc. Ce faisant, le camarade Said tissait un lien direct avec le passé révolutonnaire du PCP. Car ce n'est qu'en 1927, et malgré l'opposition de la jeune direction révolutionnaire du PCP que le Comintern en dégénérescence abandonna sa position sur la question de l'unité objective du monde arabe. Ces deux aspects du programme de l'OSI furent intégrés dans la perspective d'une révolution socialiste à travers tout le Moyen-Orient comme seule solution historique aux problèmes de la région, y compris la question nationale. Sur ces fondements, une organisation authentiquement julve-arabe a vu le Jour en Israël, se différenciant de façon qualitative du vleux 30 30

PCP, dans la mesure où elle rejetait fermement, sans jamais les mettre sur un pied d'égalité, les formes de nationalisme à la fois juif et arabe. I s'agissait là d'un gigantesque pas en avant, dont l'importance allait bien au-delà du nombre limité de cadres qui ont constitué l'OSI. Cependant la radicalisation qui traversa le monde arabe après la défaite de la Guerre des Six jours, et celle qui se produisi: en Europe après la révolte de Mai 68, ont combiné leurs effets objectifs sur la situation en Israël. Un programme pour la révolution au Moyen-Orient, en dehors d'une perspective mondiale d'ensemble, ne pouvait se maintenir. En 1971, l'OSI s'est divisée en deux groupes et Abu Said, selon la logique de toute son existence, rejoignit les rangs de l'OSI (Marxiste), section israélienne de la IV° Internationale. Jabra NICOLA au IX° congrès mondial de la /V° Internationale (1969) Le camarade Said est surtout connu en Europe pour son article, rédigé en collaboration avec Moshe Machover, intitulé * La révolution arabe et les problèmes nationaux dans l'Orient Arabe », publié dans le numéro d'été 1973 de l'international (revue théorique de l'International Marxist Group, section britannique de la IV° Internationale). Nous attirons l'attention sur cet article parce qu'il résume une autre des contributions théoriques centrales du camarade arabe. Said a littéralement été l'un des premiers arabes à se rendre compte que la reconnaissance programmatique du droit de la nation israélienne à l'autodétermination dans le cadre d'un Moyen-Orient socialiste, se plaçait dans l'intérêt objectif de la lutte contre le sionisme et pour un Orient arabe socialiste. Bien que de grands débats aient par la suite fait rage sur cette question dans l'internationale et en dehors d'elle, ce qui compte avant tout, c'est le fait que le camarade Said ait appliqué la méthode marxiste de façon créative à la réalité concrète de la question nationale au Moyen-Orient. Il en a découlé un enrichissement de l'héritage théorique du marxisme sur la question nationale. En conclusion, pour apprécier la signification de la perte que représente pour nous la mort de Said, il n'est pas nécessaire d'être d'accord avec tel ou tel point de l'analyse. Il suffit de nous rendre compte que Abu Said, tel un roc têtu, tenace et Inamovible n'a jamais fléchi dans sa défense de la classe ouvrière. C'est à ce trait de l'homme que nous rendons notre plus profond et plus humble hommage.

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