Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › nouvelle série n° 20-21

La social-démocratie dans les pays nordiques

Tom Gustafsson · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 20-21 · printemps 1975 · p. 17-22 · 7 557 mots

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Les 11 et 12 avril 1974, des camarades venant de cinq pays nordiques se sont réunis afin de discuter du caractère et du développement de la social-démocratie nordique. Des camarades des sections du Danemark et de Suède (R.S.F.: Revolutionaere Socialisters Förbund), et R.M.F. (Revolutionära Marxisters Förbund) de Norvège (groupe octobre) de Finlande et d'Islande étaient présents. La réunion d'avril a été une première étape afin d'élaborer une analyse commune à l'ensemble des sections nordiques sur le développement politique de ces pays et d'adopter une conception commune sur la stratégie révolutionnaire dans ces pays-là. La réunion reflète l'accroissement de l'Internationale en Europe du Nord. Elle illustre la nécessité pour nos organisations nordiques de faire un bilan collectif du développement du mouvement ouvrier dans chaque pays respectif afin de combiner le développement inégal des organisations.

La première journée a été consacrée aux rapports et discussions comparatives sur la période du réformisme classique, sur le caractère des partis sociaux-démocrates jusqu'à la Première Guerre mondiale. La discussion a surtout été accentuée sur la liaison entre le développement des partis, le développement de l'économie capitaliste et le mouvement syndical.

La seconde journée, a notamment traité de la politique social-démocrate pendant les années trente était menée dans les pays respectifs, de son développement d'après guerre et de la situation actuelle. Les raisons de l'extension inégale de la crise des partis sociaux-démocrates ont été surtout discutées.

La réunion a abouti entre autres à une brochure nordique unifiée. Celle-ci contiendrait trois articles sur le développement des partis radicaux-démocrates en Suède, en Norvège et au Danemark, et un résumé comparatif traitant des conditions très particulières de la Finlande par rapport aux autres pays scandinaves.

La prochaine réunion nordique, qui se déroulera en août, traitera du développement de la radicalisation — notamment par rapport aux différentes couches au sein de la classe ouvrière — et de son influence sur les différentes organisations ouvrières. L'article publié ci-dessous est écrit par Tom Gustavsson, membre du bureau politique de la section suédoise de la IV* Internationale (Revolutionära Marxisters Förbund). C'est une version adaptée de son rapport qu'il a fait à la réunion nordique sur la social-démocratie.

DANS LES PAYS NORDIQUES

I. - LA SOCIAL-DEMOCRATIE SUEDOISE DE BRANTING A PALME

La social-démocratie suédoise a une position unique en Europe

Le Parti social - démocrate suédois (S.A.P.) (1), s'est trouvé au gouvernement pendant une période ininterrompue durant plus de quarante ans; depuis 1917, aucune crise sérieuse — qui aurait menacé de détacher des fractions importantes du parti — ne s'est produite; aujourd'hui encore, alors que les partis sociaux-démocrates européens sont mal insérés dans la lutte des classes, le parti suédois est relativement fort. Olof Palme, qui est entré en fonctions en 1969, est aujourd'hui le Premier ministre européen qui a été à son poste pendant le plus longtemps. Nous disons que le parti suédois a une position e relativement › forte car les mêmes tendances que dans d'autres pays européens apparaissent aussi en Suède. Mais elles n'ont pas encore abouti aux mêmes résultats qu'en Suède, en Italie, en Angleterre ou, pour choisir des exemples de plus près, au Danemark et en Norvège. La raison ?

Dès sa fondation, le parti suédois a eu une position au sein de la classe ouvrière au moment même où l'alliance des gouvernements sociaux-démocrates avec les couches monopolistes au sein de la bourgeoisie a pu être développée et consolidée. pendant plus de cinquante années. Cet ancrage durable par rapport à la classe ouvrière a donné aux sociaux-démocrates une vaste marge de manœuvre. Leur position n'a jamais été fondamentalement meпасбе.

Aucun courant d'opposition communiste ou de gauche n'a pu être capable de défier la social-démocratie dans le mouvement syndical et dans la classe ouvrière. malgré un certain nombre d'essais pendant les années 20 et au début des années 30. Dès que le c leader > social-démocrate Branting, en 1917, s'est trouvé dans la salle à manger du ministre des Affaires étrangères. la direction social-démocrate a fonctionné en tant qu'administrateur de premier rang de l'appareil d'Etat bourgeois. Une perte électorale pour les sociauxdémocrates mènerait auiourd'hui à une crise politique d'une étendue de large envergure. Deux questions fondamentales se posent : — Comment le parti suédois a-t-il pu aussi vite acquérir une position dominante au sein de la classe ouvrière suédoise ?

par Tom GUSTAVSSON - Comment a-t-il pu maintenir et consolider sa position dans un Etat qui n'est presque jamais menacé?

C'est à ces deux questions que nous essaierons de répondre. Pour terminer, nous ferons également quelques comparaisons avec les partis sociaux-démocrates au Danemark et en Norvège, qui sont confrontés à une crise plus prononcée que le parti suédois.

Une grande partie de l'article se fonde sur un matériel déjà publié par la section suédoise. Puisque ce matériel n'est accessible qu'en suédois et exceptionnellement en d'autres langues nordiques, l'article se voudrait être une contribution à la discussion sur le caractère de la social-démocratie. II. - * NOUS NE SOMMES RIEN,

SOYONS TOUT » L'enfance de la social-démocratie suédoise es. comme S.K.P. (Sveriges Komminus Jes organisations maoistes et stalinientiska Parti, Parti communiste suédois) et le V.P.K. (Vänsterpartie Kommunisterna, Parti communiste de gauche), disent qu'un changement décisif de la social-démocratie suédoise s'est produit au début du siècle et qu'elle est « devenue › réformiste.

C'est vrai que le rôle du parti par rapport à la société a changé, ce qui a entraîné aussi plusieurs modifications idéologiques qui se sont exprimées dans des révisions continuelles du programme du parti, dont certains « dogmes démodés » ont été rejetés. Or, ce changement n'a pas impliqué une transformation de l'orientation du parti, ni de son idéologie.

Au contraire, suite au développement du capitalisme, la situation nouvelle a impliqué une adaptation de la social-démocratie. La bureaucratie croissante au sein du parti et des syndicats s'est donné un moyen de commencer à réaliser par des actions concrètes l'orientation déjà élaborée par le dirigeant Hjalmar Branting il y a une vingtaine d'années; une orientation qui, dès la fondation du parti, fut considérée comme sa propriété. La conception réformiste de Branting (1886)

Trois années avant le congrès de fondation du S.A.P. en 1889, le jeune Branting a tenu un discours très connu — le soidisant discours en Gävle — où il a, avec une clarté extraordinaire, développé les fondements de son idéologie réformiste sous le titre « Pourquoi le mouvement ouvrier doit-il devenir réformiste ? › (2).

Dans l'extrait d'une brochure écrite par le camarade Kenth-Ake Anderson, < La social-démocratie suédoise et l'enfance du mouvement ouvrier », qui vient d'être publiée en suédois (R.M.F.-Press Förlag), Anderson cite et commente l'intervention faite par Branting (3).

Dans ce discours — peut-être l'intervention la plus vaste sur les buts et les moyens de la social-démocratie — il répond à la question de savoir si la social-démocratie est révolutionnaire ou pas. Bien sür, Branting répond: < Le socialisme est révolutionnaire dans le sens où il signifie un principe tout nouveau, un principe de fraternité et de solidarité qu'il honore...> II n'est pas révolutionnaire dans le sens où il voudrait c descendre dans la rue >. Par rapport à cela, il est bien plus conservateur que d'autres mouvements politiques dans le pays, assure Branting. Seulement, si eles voies normales › (c'est-à-dire la voie légaliste) sont fermées (par une dictature tsariste), peut-être sera-t-il question de révolution.

Le discours en Gävle est marqué d'un déterminisme fortement économique. Chaque époque a sa propre organisation économique, bien adaptée aux besoins de la production. Elle ne peut être changée d'avance, mais elle est bien obligée d'expirer à la fin de son propre rythme. A ce moment-là, elle sera automatiquement remplacée par une organisation économique toute nouvelle. Maintenant, le capitalisme règne, mais à son terme il sera remplacé par un autre mode de production, * qui sera la production organisée, collective et sociale, laquelle s'adapte aussi bien que la libre concurrence (1) à la fabrication des marchandises à grande échelle, mais qui n'a pas ses défauts irréparables par rapport à la répartition des profits ». Sous le capitalisme, les petites entreprises suecombent et laissent place à la grande production monopoliste. La classe moyenne disparaît pour devenir une partie du prolétariat, qui augmente constamment en nombre. Branting n'y aborde pas du tout l'armée de réserve du capital, le fait que le capital constant augmente au détriment du capital variable, c'est-à-dire que des travailleurs moins nombreux seront forcés de produire plus de marchandises. Cela implique que le nombre des travailleurs qui produisent la plus-value se réduit à un moment donné, au cours du développement du capitalisme.

Cette image d'un prolétariat croissant qui s'oppose à un nombre réduit des capitalistes est centrale chez Branting. Le capitalisme peut plus facilement être remplacé lorsque le capital est plus concentré. « Car les difficultés se réduisent évidemment dans la même mesure où le nombre de personnes qui ont intérêt au maintien des vieilles choses se réduit... Le socialisme s'ensuit ainsi comme une conséquence nécessaire du développement. › Cependant, cela ne peut pas arriver avant que la production à grande échelle soit 18 dominante. « C'est la grande tâche historique de la classe ouvriere de notre époque de réaliser ce développement, de juger la classe capitaliste et de préparer la transition à la société socialiste. › Pour la suède, ce but est lointain, puisque le pays vient d'entrer dans la phase du capitalisme et qu'il faut d'abord qu'il se développe. Le capitalisme ne doit pas être supprimé, il doit « mürir ».

Apres avoir ainsi repoussé ‹ le but finai » dans le lointain, Branting passe aux questions des moyens pour y arriver. De sa manière de voir — déterministe → il ne déduit pas une attitude passive de « qui vivra verra ». Au contraire, il veut donner au mouvement syndical un rôle actif pour que la situation se développe. A part la lutte pour la défense syndicale, la classe ouvrière a pour but de s'emparer

< pouvoir prendre le pouvoir législatif dans ses propres mains, afn de réaliser toutes les réformes nécessaires, qu'on peut immédiatement exécuter pour le bien des travailleurs, et finalement d'organiser la transition à la société socialiste. Ceci est possible si le suffrage universel est donné à la classe ouvrière. Puisqu'elle s'accroit constamment, qu'elle est capable de voter pour le parti jusqu'au pouvoir, où, à ce moment-là, elle peut réaliser son programme. « Le suffrage universel est donc le prix par lequel la bourgeoisie peut être liquidée administrativement au lieu d'être portée devant le tribunal de la révolution. ›

Telle est la stratégie du « jeune > Branting. Il n'eut aucune raison de la réviser, ni en 1902, 1917 ou 1925. Ses successeurs non plus. Pour la stratégie socialdémocrate, il s'agissait de conquérir le pouvoir légal par des élections, ensuite de supprimer le capitalisme, au moment venu. La voix de l'opposition

Cette manière de voir la société était cohérente et conséquente. Branting s'y était strictement tenu et ce fut elle qui allait dès lors caractériser la social-démocratie.

Certes, il y avait une opposition contre les grandes lignes de Branting et les compromis innombrables passés avec la bourgeoisie libérale, aussi bien venant de la base ouvrière du parti que d'autres dirigeants sociaux-démocrates.

Ceci est vrai pour le journaliste Axel Dianielsson et ses amis du sud de la Suède. Mais ils n'ont pas réussi à élaborer une stratégie alternative ou à organiser l'opposition au sein du parti.

Ça l'est également pour le tailleur August Palm, vieux social-démocrate qui, au début de 1880, a fondé les premiers cercles sociaux-démocrates, alors que Branting, fils de professeur, était encore étudiant en astronomie et de tendance libérale. La critique de Palm contre la direction du parti a été affective et moraliste, basée sur une méfiance générale contre la bureaucratie. Pas plus que Danielsson, Palm n'a été capable d'examiner le « déterminisme » économique à fond, la conception libérale de la neutralité et de la conquête progressive de l'Etat. C'est pour cela que ses objections n'ont pas entraîné de résultats durables.

Dans la voix de l'opposition, nous retrouvons également l'anarchiste Hinke Bergenson et ses jeunes socialistes, représentants d'une contestation inorganisée et gauchiste. Il y avait aussi d'autres adversaires de Branting, plus personnels et isolés, qui, après un certain temps, furent neutralisés ou émigrèrent aux Etats-Unis.

Les cours les plus opportunistes de la politique du S.A.P. ont souvent été accompagnés d'un grondement morose de certains secteurs de la base ouvrière. Ces travailleurs de l'opposition n'ont pu élaborer aucune théorie politique révolutionnaire. Leur position en général dans la société — séparation entre travail intellectuel et manuel — et le faible niveau de la lutte de classes ont empêché toute élaboration, ainsi que le manque de tradition marxiste en Suède, l'absence d'un courant révolutionnaire organisé qui aurait pu soutenir leur protestation en la faisant évoluer. A cause de cela, ils se sont tus pour toujours après un certain temps.

Alors, Branting et consorts étaient les seuls maîtres, tandis que leur ‹ politique des résultats › entraîna le gonflement du INH! corps des fonctionnaires, une représentation parlementaire et une influence politique croissantes. Il a fallu une aggravation de la lutte de classes, une grève générale (1909), une guerre mondiale et deux révolutions russes pour que l'opposition de gauche se forme. Mais même après la scission du parti en 1917, alors qu'un courant hétérogène se regroupe autour de la majorité et que la Ligue de Jeunesse se détache en fondant une organisation propre, Branting est resté le dirigeant incontesté pour la majorité de l'ancien parti et a un fort soutien de la partie principale du mouvement syndical.

Les conditions pour que l'idéologie réformiste s'implante au sein de la classe ouvrière ont été favorables. Nous avons déjà mentionné l'absence d'une tradition marxiste — les textes marxistes traduits et publiés en suédois ont été peu nombreux — ainsi que le bas niveau de la lutte de classes à la fin du XIX' siècle, qui ont empêché une confrontation entre les travailleurs et les couches bureaucratiques grandissantes au sein du parti et des syndicats. Mais certaines particularités spécifiques du développement du capitalisme et du mouvement syndical ont contribué à la percée des idées réformistes. Le cours de la révolution bourgeoise - Le capitalisme suédois s'est développé tardivement et la bourgeoisie est restée très longtemps très faible politiquement et quantitativement. Dans la seconde moitié du XIX* siècle seulement, l'industrialisation a pris un véritable essor, avec une force extraordinaire.

- En même temps, le capital suédois a été très tôt concentré à un haut degré monopolistique, ce qui a empêché la petite et moyenne bourgeoisie de se développer. - La transformation agraire a traîné pendant deux siècles et fut réalisée par en haut sous des formes assez pacifiques. La question agraire en Suède n'a pas revêtu la même importance que dans plusieurs autres pays, où la lutte des paysans pour la terre a accumulé une force explosive ; la réforme agraire fut l'œuvre, à l'origine, d'une classe de paysans conservateurs et indépendants, qui n'avaient pas intérêt à des changements radicaux. Elle n'a pu jouer le rôle de base de manœuvre de la bourgeoise qui se développait. Certes, au milieu du XIX siècle, le mécontentement s'est développé, dû à la misère à la campagne chez les tenanciers, les habitants de cabanes, ouvriers agricoles et indigents, mais ça n'a jamais été d'une importance politique bouleversante.

L'émigration aux Etats-Unis de centaines de milliers de Suédois sans ressources a offert une soupape de sûreté politique à la campagne. Beaucoup de travailleurs qui formaient l'armée de réserve du capital sont allés dans les villes et ont obtenu du travail dans les usines qui ont commencé à apparaître. — La faiblesse de la bourgeoisie, le manque de soutien effectif de la classe paysanne, inerte, ainsi que de la classe ouvrière peu nombreuse, a entraîné le fait qu'elle n'a pas été capable de faire des changements radicaux dans la société suédoise.

L'aceroissement de la production capitaliste a entraîné des changements politiques qui se sont réalisés par étapes durant une période assez longue. La liberté de l'activité industrielle fut, par exemple, introduite par une série de lois au milieu du XIX' siècle, le parlementarisme et d'autres réformes politiques en 1886 et après. Ces mesures ont été exécutées principalement par en haut et par l'intermédiaire des compromis passés entre la vieille noblesse et la bureaucratie conservatrice, étatique au pouvoir, ainsi que par les représentants de la bourgeoisie.

Le mécontentement venant des couches prolétariennes a certainement accéléré ces mesures (en particulier la vague de grèves entre 1870 et 1880). Mais c'est seulement avec l'aggravation de la lutte des classes entre 1910 et 1920 qu'on peut voir une relation directe entre la lutte du prolétariat et les changements qui furent effectués aux niveaux politique et judiciaire dans la société.

Ces mesures-là furent principalement réalisées d'en haut par une série de compromis continuels. Ceci a favorisé la conception d'une société se développant dans un processus continu. Et personne (à de rares exceptions), au sein du mouvement ouvrier suédois, n'a été capable de comprendre quel chemin devait prendre la révolution socialiste. Les partisans peu à Ainsi, détermi ter dar la fin conscie Le röle

Le r cipal a rentes furent peu remplacerait le capitalisme. il n'y a rien d'étonnant à ce qu'un inisme économique ait pu s'implanis les milieux sociaux-démocrates à des années 80 et s'enfoncer dans la nce de larges masses de travailleurs. : de l'Etat suédois ôle de l'Etat suédois a été le pringent des réformes agraires. Difféformes de répartition de la terre réalisées par des décrets publics.

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Nombre d'ouvriers

Années d'usine

35 000

1870

1880

57 000

93 000

1890

1896

265 000

1900

1907

. .....

déjà fonmontre le le nombre

Nombre de syndiqués

15 000

23 000

66 000

230 000

Les premiers syndicats furent organisés par des artisans professionnels relativement privilégiés économiquement. Avec leur idéologie réformiste et individualiste, ils les ont marqués dès le début. Lorsque les habitants des campagnes politiquement non éduqués et sans conscience politique sont partis en foule vers les villes, ils se sont généralement syndiqués dans les syndicats déjà bien organisés où ils allaient représenter la masse des membres. Ainsi, une hiérarchie s'instaure au sein des syndicats, où les travailleurs les plus privilégiés ont formé une fraction bureaucratique. Leur position fut rapidement consolidée par une centralisation où l'on a donné aux administrations des syndicats une position forte.

C'est cette couche grandissante de dirigeants syndicaux qui, avec des groupements d'intellectuels, a été la principale animatrice à la fondation du parti socialdémocrate en 1889. Dès le début, ils allaient ensemble dominer l'idéologie et la politique du parti.

C'est pour ces raisons que nous — contre la théorie erronée présentée par les autres organisations de gauche en Suède de la « transformation › réformiste de la social-démocratie - nous pouvons affirmer que le parti suédois, malgré sa phraséologie parfois radicale, n'a jamais fonctionné comme un parti révolutionnaire. Au contraire, il y a une continuité remarquable entre la direction « Branting> et les sociaux-démocrates radicaux de nos jours.

III. - • UN COMPROMIS HISTORIQUE » REALISE

Dans les parties antérieures, nous avons montré que les sociaux-démocrates ont été prêts à jouer un rôle actif pour pousser le développement de la société en avant et comment ils ont compris l'appareil d'Etat comme en étant l'instrument. Ils n'ont pas été non plus étrangers à une collaboration proche avec des courants bourgeois dans ce but.

En 1902, Branting a formulé l'orienta tion des sociaux-démocrates sans équivoque : e Dans la mesure où un parti travailliste, par l'intermédiaire du suffrage universel, s'avance dans l'Etat moderne, celui-ci perd son caractère répressif par rapport à la majorité du peuple, alors que sa capacité d'apporter assistance et protection sur une grande échelle aux personnes peu favorisées socialement est déterminant. L'Europe se trouve actuellement dans cette phase de développement... Il ne faut pas nécessairement que la transition vers le capitalisme prenne la forme d'une catastrophe, d'une bataille furieuse contre «la seule masse réactionnaire ». mais doit au contraire mener à un gouvernement commun sur un programme positif de réformes entre le parti ouvrier social-démocrate et des fractions politiques passablement proches... > Ensuite, avec ce principe de base, les sociaux-démocrates princine de base. les sociaux-démocrates ont toujours agi pour obtenir une collaboration avec les libéraux afin qu'ils puissent agir ensemble pour ‹ dévêtir l'Etat de son caractère répressif › et de réaliser « le programme positif des réformes › - ce qui était l'équivalent du programme minimum des sociaux-démocrates: huit heures de travail par jour, le suffrage universel, des privilèges sociaux.

Ainsi, ces partis ont posé les fondements d'une proche collaboration qui a duré pendant deux décades et qui, sur la scène de la révolution ont vu le socialisme comme quelque chose de prédestiné, qui mx XVI et XVII* siècles, l'Etat a n rôle actif pour apporter le capicessaire à l'industrie du fer, il a ent activement soutenu l'industrie qui a pris de l'ampleur au siècle. Pendant l'industrialisation certaines couches sociales.

Le mouvement syndical suéd veloppé à toute vitesse dès

1880. Au début des années 9 politique, allait exprimer les intérêts communs des bureaucrates et de la bourgeoisie monopoliste. L'exemple de 1917

Le capitalisme suédois a percé assez tard mais a pu ainsi profiter de la concurrence internationale exacerbée, sous la forme d'un équipement relativement moderne qui a pu se développer grâce au progrès technique des autres pays. Il a pu profiter des ressources naturelles abondantes (avant tout du fer, du bois et la force hydraulique) et l'offre bien suffisante de force de travail pas trop chère. Son développement fut accéléré par des interventions publiques actives, ainsi que de la présence des instituts de crédit bien organisés; la forte position des banques dans le processus d'industrialisation a mené à une centralisation et à une monopolisation importantes du capitalisme suédois. Le capitalisme suédois a, dès le début, eu une puissante orientation vers l'exportation. En outre, il a, à un haut degré, été favorisé par l'expansion capitaliste de la fin du siecle.

En même temps, la faiblesse de la bourgeoisie a contribué à ce que l'appareil d'Etat suédois, jusqu'en 1917, soit dominé par la bureaucratie conservatrice des fonctionnaires, des militaires et des propriétaires fonciers. Le parti dominant au parlement, le parti des fonciers, le Lantmannapartiet (parti des agraires), s'est chargé de défendre les intérêts parlementaires. des groupements nommés ci-dessus.

Les sociaux-démocrates ont changé les structures politiques dans la société. Ils se sont obstinément employés à profiter de leur expérience parlementaire pour faire cela, mais ce ne fut qu'en 1917 — lorsque, dans une situation de crise profonde et vaste de la société, ils se sont trouvés dans un gouvernement de coalition avec les libéraux - qu'ils ont pu sérieusement mettre leur projet en œuvre. C'est dans cette période que l'alliance de longue durée entre capitalistes monopolistes et dirigeants sociaux - démocrates a commencé à prendre forme.

Les dirigeants sociaux-démocrates ont de très bonne heure montré leur ‹ responsabilité sociale > et ont été prêts à réformer le système capitaliste sans lui faire trop de mal. — Dans un accord en 1907 entre « Landsorganisationen > (L.O.) et « Arbetsgivareföreningen › (S.A.F.) (5), les dirigeants syndicaux ont échangé le droit de négociation contre l'approbation, en même temps, du droit des patrons de

«diriger et de répartir seuls le travail », c'est-à-dire d'instaurer leur totale dictature sur les lieux de travail

— règlement qui est encore valable, mais que les sociaux-démocrates essaient maintenant d'adoucir. — Par sa façon d'agir dans la grève générale de 1909 — qui a mené à une défaite morale des travailleurs — ils ont montré leur répugnance à tirer 20 profit de la puissance du mouvement syndical centralisé, signal que les patrons n'ont pas pu s'empêcher d'observer. - Pendant la Première Guerre mondiale, la direction de la social-démocratie a pris une position chauvine — position largement critiquée par Lénine. En

1917, ils ont fait exclure la majorité des membres de la Ligue de Jeunesse ainsi qu'un grand nombre des membres du parti au Parlement, à cause de leur déloyauté envers la direction du parti.

L'opposition devait cesser sa propagande antimilitariste, supprimer ses campagnes contre la trêve des partis et supprimer la démocratie interne au sein du parti.

Ces quelques exemples de l'état des services › de la social-démocratie suédoise sont bien suffisants pour montrer que le capitalisme monopolistique — à la différence de la bourgeoisie droitière — n'a rien eu à craindre d'un Branting au pouvoir. Bien au contraire : - Ils ont eu le même intérêt à réformer l'appareil d'Etat pour supprimer la bureaucratie monarchiste et militariste. Et ils ont voulu la remplacer par une autre bureaucratie plus moderne. — Ils ont eu le même intérêt à faire des réformes démocratiques et sociales pour organiser un soutien au parlement afin de moderniser l'appareil d'Etat, d'améliorer la situation de la classe ouvrière, d'augmenter son pouvoir d'achat et finalement d'endiguer la vague révolutionnaire qui commençait à s'accroître.

(Une situation pré-révolutionnaire était en train de se développer dans le pays, avec des manifestations et des meetings en masse, avec des collisions avec la police et les militaires, des confiscations de biens alimentaires et la naissance de conseils ouvriers dans différentes parties du pays.)

En ce temps-là, les sociaux-démocrates au pouvoir ont appliqué la même méthode. couronnée de succès, qui est encore aujourd'hui caractéristique: la carotte et le bâton, une répression sélective contre les courants révolutionnaires ainsi qu'une politique généralement hostile à la classe ouvrière (blocage des salaires, attaques contre l'auto-organisation des travailleurs, sOUtien aux bouchers blancs de Finlande). combinées avec une série d'interventions (des comités ouvriers contrôlés par la bureaucratie, des actions parlementaires. des appels idéologiques qui n'ont engagé à rien).

Ces mesures ont activement contribué à une stabilisation économique après la guerre, et ont aussi servi à casser l'assaut révolutionnaire. Le Parti social-démocrate de gauche, à l'origine de l'opposition et qui vient d'être fondé, n'a pas été capable d'intervenir dans la lutte des classes où il aurait pu développer un rôle dirigeant alternatif. Il a principalement joué un rôle propagandiste. Ceci a entraîné le S.A.P.

à avoir une position totalement dominante dans la classe ouvrière, malgré les tentatives existantes d'opposition syndicale et des mouvements en dehors du parlement, dans les années 20.

IV. - LA SOCIAL-DEMOCRATIE

MODERNE: SA FORMATION

Le développement de la social-démocratie pendant les années 30 peut être décrit comme s'inscrivant dans une période transitoire. La phase initiale des changements sociaux a été réalisée et plusieurs des projets du programme minimum socialdémocrate étaient réalisés. La situation au parlement n'a pas été stable; les sociauxdémocrates n'ont pas réussi à convaincre les groupements larges en dehors de la classe ouvrière, et c'était eux qui, à l'avenir, allaient être les meilleurs à administrer et développer la société suédoise. Ils se sont trouvés au gouvernement de temps en temps: cependant, ils n'avaient pas la majorité et n'ont pas réussi à se consolider dans l'appareil d'Etat et à s'enraciner aux strapontins gouvernementaux.

Ce n'est qu'en 1933 que cette situation a changé. La « social-démocratie moderne » a commencé à se former (6).

Cette phase s'est ouverte par le soidisant programme de crise, une formule social-démocrate pour une politique économique expansive, avec un budget sousbalancé, des travaux préparatoires payés avec des salaires stipulés selon des négociations et l'assurance contre le chômage. Ce programme a été passé entre les sociaux-démocrates et Bondeförbunder (l'Association paysanne), alors que d'autres partis bourgeois s'opposaient intensément à cette intervention publique de plus en plus étendue dans la vie économique. Par cette politique — qui, dans la plupart des autres pays d'Europe, ne s'est développée qu'après la Seconde Guerre mondiale les sociaux-démocrates ont contribué à accélérer la montée de l'économie suédoise et à remédier à quelques-uns des effets les plus dévastateurs de la crise des années 30.

Mais dans le fond ceci s'est passé au détriment de la classe ouvrière. La base de la position forte de la social-démocratie en 1935 et les années suivantes est due à la croissance du capitalisme suédois, qui a été favorisé par de bonnes conditions objectives et par une politique social-démocrate dont ils ont habilement tiré profit. Il faut aussı ajouter quelques autres facteurs. La Suède a été en dehors des deux guerres mondiales. Ceci a créé une marge de manœuvre d'une étendue vaste pour les capitalistes suédois qui (pour utiliser une citation de Mao Tsé-toung) ca pu s'asseoir au sommet de la montagne pour voir se battre les tigres>, et ensuite (surtout après la Seconde Guerre mondiale) reprendre la lutte sur les marchés internationaux avec un équipement de production intact. Ceci a aussi donné aux sociaux-démocrates des possibilités de se présenter comme les seuls garants d'un développement social caractérisé par le calme et la continuité. La « neutralité » en Suède a grandi au même rythme que le réarmement international et les terreurs de la guerre, qui ont été habilement captées par les sociaux-démocrates, avant tout par le Premier ministre Per-Albin Hansson.

Le parti communiste n'a pas été capable de s'opposer à la législation bourgeoise des libertés, droits syndicaux et politiques à la fin des années 20 et les épreuves pendant la dépression, les restrictions pendant la guerre et finalement le manque d'une alternative révolutionnaire à la politique social-démocrate de collaboration de classes ont été des facteurs qui ont joué en faveur des sociaux-démocrates. Ils ont favorisé le maintien de son influence sur le mouvement syndical, consolidée par une offensive anticommuniste.

‹ D'une part, les cycles du capitalisme ont pu être maîtrisés par une politique de conjoncture active. D'autre part, les conditions pour une concentration et une centralisation du capital, rapide, ont été créées par différentes formes de soutien aux entreprises les plus e vigoureuses › et par la soi-disante politique des salaires qui, entre autres, a visé à accélérer la « rationalisation structurelle › au sein de l'activité industrielle. Cette politique a été favorable aux grandes entreprises. D'un côté, le marché du travail fut stabilisé par une législation qui a pris forme dans le soidisant accord en Saltsjöbaden conclu en 1938. De l'autre côté, on a satisfait certains intérêts de certaines parties de la classe ouvrière par une élaboration importante de la politique sociale, dont la réforme principale fut celle sur la retraite (A.T.P.), qui a été réglée en mai 1959 après une vaste lutte politique. La politique sociale a, au cours des dizaines d'années après la Seconde Guerre mondiale, stabilisé l'emploi à un niveau beaucoup plus haut que pendant les années 20 et 30.

Une politique industrielle favorable à la monopolisation, la législation antisyndicale ainsi qu'une centralisation à un degré élevé (emploi pour tous et une politique sociale développée) ont été les éléments principaux de la « politique du bien-être › qui a entraîné une alliance entre le capital monopoliste et la social-démocratie (6).

Tout ce développement a entraîné une passivité importante de la classe ouvrière, jusqu'à ces cinq dernières années. Cette politique réformiste — qui fut réalisée d'en haut par le parti au pouvoir, plutôt qu'elle ne fut imposée par la lutte des ouvriers — a consolidé les illusions électoralistes et parlementaristes chez les travailleurs.

Durant cette période du développement de la social-démocratie, nous voyons également un changement de la composition et du programme du S.P.A. Par l'intervention de l'Etat étendue à la production capitaliste, par l'accroissement du secteur public et par la multiplication des organes de réconciliation et de collaboration de classes, une nouvelle couche de fonctionnaires s'est étendue aux institutions publiques et communales. Beaucoup de ces fonctionnaires ont cherché à entrer dans le parti social-démocrate. Le S.A.P., antérieurement dominé par des fonctionnaires syndicaux, employés au sein des « mouvements du peuple», des membres du parlement, des fonctionnaires communaux et des groupements d'intellectuels, se trouve maintenant mélangé à une série de parvenus et de bureaucrates. Leur unique vision est de monter.

Entre ces courants, certaines tensions se sont produites qui se renforceront dans l'avenir. Les arrivistes s'identifient avant tout à l'appareil d'Etat bourgeois, et jouent souvent le rôle d'arbitre entre les patrons et les bureaucrates syndicaux, plutôt qu'ils ne chargent d'une façon traditionnelle de défendre les intérêts de la bureaucratie syndicale.

Ce changement au sein du parti se reflète aussi dans les changements idéologiques et programmatiques: une rupture totale avec les « habits marxistes > de l'idéologie social-démocrate et une acceptation de l'idéologie bourgeoise.

Cependant, l'ancrage du S.A.P. subsiste au sein de la classe ouvrière, surtout avec ses relations organiques avec le mouvement syndical qui, en Suède, organise la majorité des travailleurs dans le pays. Et cette orientation de classe n'est jamais remise en question par aucune couche importante au sein du parti social-démocrate. Il n'existe aucune base de masse qui puisse servir comme alternative pour les différentes couches du parti. Malgré le caractère de plus en plus bourgeois de la politique et de l'idéologie du S.A.P., ses liens avec la masse des travailleurs ont été maintenus — il jouit encore d'un grand crédit auprès des travailleurs ouvriers. Le parti reflète, même d'une façon déformée et étroite, l'activité des travailleurs. Le S.A.P. doit encore être caractérisé comme un parti travailliste, ou un parti travailliste bourgeois.

V. - LES PARTIS SOCIAUX-DEMOCRATES DANS LES AUTRES PAYS NORDIQUES Quelques points de comparaison des partis danois et norvégien

Lorsque & Det Norske Arbeiderpartiet, D.N.A. parti ouvrier norvégien) s'est fondé en 1880 et 1890, l'industrialisation était encore très modeste et en retard par rapport à celle de la Suède. En Norvège, le parti est également issu des syndicats et s'est implanté dans le prolétariat industriel peu nombreux. Cependant, il s'est également fait admettre chez les tenanciers, les pêcheurs, et d'autres groupements au sein de la petite bourgeoisie relativement nombreuse.

La question agraire n'avait pas d'importance en Norvège. Le système foncier s'est mal développé et le nombre de paysans indépendants était très grand. Au contraire. la question nationale — la rupture de l'union avec la Suède — a été importante. Le D.N.A. s'y est engagé aussi, mais sans pouvoir jouer un rôle aussi indépendant que d'autres courants qui ont agi en faveur de l'indépendance nationale.

Avant tout, il existe deux aspects du développement du parti norvégien qu'il faut traiter ici: son profil plus radical que celui du parti suédois pendant les années 1910 (D.N.A. fut, pendant une période, section de la III Internationale) et ses problèmes plus profonds aujourd'hui.

On doit caractériser le D.N.A., ainsi que le S.A.P., comme parti réformiste dès le début. Malgré ceci — entre autres à cause d'une bureaucratisation au plus bas degré — il a réussi à s'adapter à la radicalisation au sein de la classe ouvrière entre 1910 et 1920 d'une tout autre façon que le parti suédois. Cette radicalisation est issue d'un mécontentement général sur les conditions de travail et de vie dans une situation où la société capitaliste n'a pu offrir aucune réforme sociale importante. De plus, elle n'a pas eu à sa disposition des mécanismes d'intégration (en somme, l'appareil bourgeois a été mal développé, entre autres suite à l'union, durant quatrevingt-dix ans, avec la Suède dominante). Or, cette adaptation s'est passée — pour la majorité de la direction du parti — d'une façon pragmatique, sans rupture décisive avec la pratique menée jusque-là : le parti entier doit être caractérisé comme centriste à la fin des années 10. La scission qui a eu lieu à propos de l'exclusion de la majorité du Komintern a certainement été inévitable.

Dans le développement du D.N.A., il y a, dès ce temps-là, plusieurs traits caractéristiques communs avec ceux du S.A.P. en Suède, mais le parti norvégien n'est jamais parvenu à la même puissance politique que le parti suédois.

Le D.N.A. est arrivé au pouvoir après la libération de l'occupation nazie en 1945 ; il s'y est maintenu continuellement jusqu'au milieu des années 60. Cependant, plusieurs facteurs, qui ont été favorables au parti suédois, n'ont pas fait évoluer le parti de la même manière en Norvège. Il s'agit surtout des conditions économiques. L'économie norvégienne s'est développée pendant les années 50, mais jusqu'aux années 60, elle était en retard sur la Suède, avec un grand nombre de petites et moyennes entreprises et un secteur agraire décentralisé. Les capitalistes norvégiens n'ont pas pu profiter de l'expansion d'après guerre au même degré que les suédois et n'ont pas eu la même marge de manœuvre pour les réformes sociales. Le parti est encore le parti dominant au sein de la classe ouvrière, mais sa position n'est pas aussi stable qu'avant.

Au Danemark, le parti social-démocrate n'a jamais eu la même influence que le parti en Norvège durant ces quarante dernières années.

On doit surtout trouver l'explication dans la structure particulière du capitalisme danois. Dans les années 60, la pro- duction agraire danoise a eu une position centrale. Elle a été vigoureusement centralisée et bien intégrée dans le reste de la production capitaliste. Elle a donné aux paysans une position politique forte.

Pour être au gouvernement, les sociauxdémocrates danois ont été obligés de se lier avec les représentants politiques de certains paysans et des intellectuels libéraux: < Der Radikale Venstre ». La Gauche Radicale

Ceci a réduit les possibilités pour les sociaux-démocrates de réaliser des réformes sociales vastes et les a empêchés de s'opposer aux intérêts étroits de la bourgeoisie. comme le parti suédois a pu se permettre de le faire dans certaines situations.

Cette situation a contribué à diminuer encore plus les perspectives du parti et à accélérer son caractère de plus en plus bourgeois, ce qui, à son tour, a eu des contrecoups par rapport à son ancrage au sein de la classe ouvrière. Sa position au sein du mouvement syndical s'est affaiblie. le nombre de ses membres a diminué, ainsi que le tirage de la presse social-démocrate, etc.

Ce processus s'est graduellement développé durant ces dernières années et aujourd'hui, le parti danois traverse une crise profonde. Les couches technocratiques se développent de plus en plus et le parti perd du terrain dans la classe ouvrière par rapport au parti communiste, de plus en plus fort localement. Certes, la socialdémocratie suédoise a des problèmes; la norvégienne se trouve également en crise, mais c'est au Danemark que l'on peut voir ce qui se passe lorsqu'un parti socialdémocrate commence à perdre sa position hégémonique dans la classe ouvrière.

VI. - QUELQUES

PROBLEMES ACTUELS

DE LA SOCIAL-DEMOCRATIE

SUEDOISE

La même tendance de stagnation économique qui a caractérisé tous les autres pays impérialistes pendant cette dernière année s'est également développée en Suède. Et cela implique bien évidemment que la position de la social-démocratie est influencée. L'expansion du capitalisme suédois pendant la période d'après guerre et jusqu'à la moitié des années 60 a été une condition fondamentale pour l'influence de la bureaucratie social-démocrate dans les masses des travailleurs. Mais depuis, les difficultés se sont accrues — l'inflation augmentant, le nombre des chômeurs croissant, etc. → ont contribué à réduire les marges de manœuvre des sociaux-démocrates.

Le problème central pour la bourgeoisie suédoise est et reste la question de l'accumulation du capital. La nécessité immédiate la plus importante est d'assurer à l'industrie d'exportation — qui est la colonne vertébrale du capitalisme suédois — 22 une position favorable sur le marché international qui, à son tour, impose aux capitalistes de faire abaisser les coûts de production à ce secteur. Ces efforts s'opposent actuellement de plus en plus aux revendications de la classe ouvrière, ainsi qu'à l'idéologie de la « Suède du bienêtre ›. Le gouvernement social-démocrate est fidèle à sa tradition, d'accord sur le fait que l'industrie, surtout l'industrie d'exportation, devrait être stimulée. Pour cela, il profite de sa position au sein de l'appareil d'Etat.

Il subventionne la tentative de l'industrie d'exportation de carotter des parties du marché international — par des impôts, des fonds publics, des réformes, des emplois soumis aux cotisations.

Il continue sa politique de « neutralité › qui, dans la concurrence exacerbée entre les blocs impérialistes, donne au capitalisme suédois certaines possibilités de tirer profit de son « indépendance>, et de ‹ louvoyer › entre eux. En même temps, elle permet au capital suédois d'entrer dans l'Europe orientale et dans certains pays coloniaux et semi-coloniaux. Le gouvernement suédois soutient activement une exportation croissante de capitaux aux soidisant pays de bas revenus, qui donne des profits plus forts que des placements de capitaux en Suède. A ces difficultés d'accumulation du capital s'ajoute toute une série de problèmes, qui sont particuliers de la société néo-capitaliste et qui ont mis les sociaux-démocrates devant de nouvelles épreuves: < Justement ces facteurs, qui ont contribué le plus activement à l'expansion, se transforment en facteurs de crise : la technique expansionniste, sous des conditions de production capitaliste. fait naître une crise écologique et menace le mécanisme biologique humain. L'Etat — le secteur public qui a antérieurement stabilisé le capitalisme, devient maintenant un problème dans tous les pays impérialistes. Les frais augmentent, les charges fiscales sont insupportables. Les parties idéologiques de l'appareil publie (les secteurs d'éducation) sont des éléments de troubles: les transports publics, la politique de la circulation sont en difficulté. En même temps, le besoin social des contributions pour satisfaire toute une série de nécessités sociales augmente encore plus vite que les coûts. Le troisième facteur, qui est intimement lié avec ceux aui viennent d'être mentionnés, est la crise régionale. Des régions, d'une faible densité de population, se retrouvent dépeuplées. Les grandes villes s'accroissent à des dimensions inhumaines aliénantes au prix de problèmes sociaux énormes. (7) >

La dépendance de la social-démocratie d'un capitalisme expansionniste — emploi pour tous, activités de réformes étendues, etc. - apparait également dans le fait ou'elle n'a pas été capable d'aborder les phénomènes de crises structurelles qui sont apparus. Le chômage réel est au plus haut niveau depuis la période de l'après-guerre. La distorsion régionale, la pollution, la crise de l'éducation, les problèmes de In circulation, rien de tout cela ne peut être résolu avec les moyens traditionnels.

Quelles sont alors les possibilités des sociaux-démocrates, dans l'avenir, de continuer d'administrer avec succès la société capitaliste et en même temps de maintenir leur forte position au sein de la classe ouvrière ?

La réponse à cette question tombe en dehors du cadre de cet article. Elle demanderait une analyse beaucoup plus élaborée ainsi qu'une évaluation du développement de la lutte des classes dans la société suédoise. Laissons-nous seulement confirmer : le chemin vers un capitalisme réellement stable en Suède passe par une attaque de front contre le niveau de vie de la classe ouvrière, ainsi que de ses droits politiques et syndicaux. Les revenus réels ont baissé. Les augmentations conquises sont, par le soin de l'Etat, volées sous la forme des prix, par l'augmentation des impôts, etc. La législation de classe est appliquée d'une manière plus vive. Les démissions politiques deviennent de plus en plus fréquentes. La répression sélective contre les courants révolutionnaires s'est accentuée.

Cependant, ce processus fera-t-il également avancer les luttes de classes ? Nous en voyons les prémisses aujourd'hui sous forme d'un renforcement de la lutte dans la production, une classe ouvrière de plus en plus radicalisée, à propos des dernières négociations, l'activité mise en cuvre par d'autres couches sociales. Nous en voyons aussi les résultats inévitables dans la stratification politique entre les partis bourgeois, où un pôle assez agressif commence à se cristalliser, ainsi qu'un commencement des différenciations politiques au sein de la bureaucratie social-démocrate.

Pour les marxistes-révolutionnaires de Suède, les années 70 créeront-elles des ouvertures politiques inexistantes pendant cinquante ans et réussiront-ils à remettre en cause la social-démocratie? C'est ce que nous aborderons dans un autre article. Mai 1974. Tom GUSTAVSSON

(1) S.A.P. : Sveriges Socialdemokratiska Arbetaparti (Parti ouvrier social-démocrate de Suède).

(2) Le titre s'explique par le fait que la social-démocratie, à cette époque-là, s'est trou. vée en lutte avec des secteurs libéraux. Il s'agissait de la direction du mouvement syndical, une lutte qui était très vite remportée par les sociaux-démocrates.

(3) Pour élaborer l'analyse de la ligne social-démocrate, Kenth-Ake Andersson a été de la plus grande importance dans R.M.F. Par son décès en janvier de cette année, une œuvre de pionnier fut interrompue dans sa phase initiale.

4) Hialmar Branting Fôrord och noter till « Socialismens utveckling » av Engels. (Avantpropos et notes sur « le développement du socialisme » par Engels.)

(5) Landsorganisationen (L.O.): l'Organisation du pays: la lédération nationale des syndicats ouvriers. Sveriges Arbetsgivarefôrening (S.A.F.): l'association suédoise des patrons.

(6) L'analyse suivante, dans ce chapitre, est essentiellement fondée sur la partie d'un article • La social-démocratie, ce qu'elle n'est pas. ce qu'elle est, où va-t-elle?, qui est paru dans le journal de la section suédoise Mullvaden (maintenant internationale), n° 10, 1972.

(7) Idem. N° 10, 1972.

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