Les camarades de la « Liga Comunista de Chile ».
Sont tenu leur premier congrès national, au Chili, il y a quelques semaines.
Congrès totalement clandestin, bien sûr, réuni dans des conditions particulièrement difficiles, alors que la répression des militaires chiliens redouble d'intensité.
Congrès donc numériquement restreint - auquel participait un représentant de Rouge - mais néanmoins d'une grande signification, bien que la « Liga Comunista de Chile » soit une organisation jeune aux dimensions très modestes: c'est le premier congrès, à notre connaissance, tenu par une organisation du mouvement ouvrier chilien depuis le coup d'Etat du 11 septembre.
Grande signification dans la mesure où, de toute évidence, la tenue d'un tel congrès, au Chili aujourd'hui, reflète le sérieux et la solidité de la réalité organisationnelle et politique de ce noyau de militants révolutionnaires qu'est la LCC. Grande signification surtout, dans la mesure où ce congrès s'inscrit dans une perspective de recomposition, de restructuration de la classe ouvrière et du mouvement ouvrier chilien. Recomposition et restructuration qui reste encore limitée, qui en est à son stade initial, mais qui s'articule sur les premières luttes des travailleurs chiliens, luttes dont nous avons régulièrement rendu compte et dont nous avons à plusieurs reprises analysé le caractère et l'importance (voir notamment l'article « quelle Rouge n° 243).
Grande signication enfin dans la mesure où les débats du Congrès n'ont pas eu un caractère académique et abstrait, mais ont en permanence traité des questions et des problèmes concrèts auxquels les militants
-Tactique et tâches concrêtes pour la période ouverte par le coup d'Etat,
— Rôle et place du Chili dans système le de domination impérialiste en Amérique latine et tâches internationalistes.
Enfin le Congrès a entendu et discuté un rapport sur le Xè
Congrés de la IV Internationale, adopté les de statuts
« la position l'organisation et élu une nouvelle direction.
Nous publions ci-dessous deux maintenue face extraits des textes adoptés lors de ce Congrès.
Le premier traite de la toute aux forces dernière période de l'Unité
Populaire. Le second est extrait armées, des thèses centrales sur «la période actuelle et les tâches du prolétariat ».
par les partis
L'origine qui dirigeaient de la Ligue
Formée en août 73, quelques semaines la classe avant le coup d'Etat, la « Ligue Communiste du
Chili a est le produit de la fusion de deux petits groupes, l'un et l'autre composés pour l'esouvrière ne sentiel de militants issus du MIR, mais dont la trajectoire a été différente.
L'un, le groupe « Combate » s'était essentiellement limité à une activité pouvait mener propagande politique sur la base des positions fondamentales du trotskysme — et ce depuis sa création en 1972 qu'à la défaite »
L'autre, le groupe 4 America Roja », avait développé une ligne militariste, ligne à partir de laquelle ses militants avaient rompu avec le
MIR. en 1969-70
Un bilan critique de cette orientation, suivi d'une discussion, a permis le rapprochement avec « Combate ». Rapprochement qui, à partir d'une pratique commune, devait se concrétiser par la fusion d'août 73.
Durant les quelques semaines de son existence légale, la nouvelle organisation unifiée devait faire preuve d'un grand dynamisme, publiant notamment son journal « Combate » imprimé sur 16 pages ainsi que 4 suppléments à celui-ci et de nombreux tracts et feuilles d'entreprises. Lors du coup d'Etat, les militants de la LCC ont participé aux affrontements avec les militaires dans plusieurs quartiers indus-
*triels de Santiago.
L'infrastructure semi-clandestine que les camardes de la LCC s'étaient attachés à donner à leur organisation leur a permis de continuer à fonctionner, malgré la répression; répression dont ont été victimes plusieurs militants et de nombreux sympathisants de sa périphérie ouvrière. Dès novembre était publié le premier numéro clandestin de « Combate a.
le premier numéro clandestin de « Combate s.
Trois numéros sont sortis depuis.
Parallèlement, plusieurs bulletins de discussion interne circulaient pour débattre des nouvelles conditions politiques, accroitre la formation politique des militants et préparer le formation politique des militants et préparer le
1** Congrès. Tant sur la base de ses analyses politiques de son programme marxiste révolutionnaire que sur la capacité qu'elle a montré à travailler dans des conditions de stricte clandestinité, la LCC a recruté depuis septembre 73, plusieurs cadres ouvriers venant du PC chilien ou du PS. Elle développe aujourd'hui son activité autonome essentiellement en milieu ouvrier à Santiago et Valparaiso tout en maintenant des relations fraternelles tant au niveau du débat politique que de la coopération quotidienne, avec les militants du MIR.
révolutionnaires du d'ailleurs, se doivent des réponses.
Les thèmes de
Chili et d'apporter deux ces journées de débat sont éclairants à cet égard :
- Caractère, bilan et leçons de l'Unité Populaire,
-Analyse de la situation présente, nature du régime, situation au sein de la classe ouvrière,
-Analyse de l'extrêmegauche, principalement du MIR et des rapports avec lui, résistance 7 »,
Après les élections législatives de mars 73 se produisent les derniers réalignements des forces de droite avant le dénouement définitif de la crise. Dans cette période, les forces armées deviennent le facteur politique clé. La Démocratie chrétienne misait sur elles pour assurer la continuité de l'Etat de droit bourgeois et amener le gouvernement à multiplier les capitulations, par exemple en confiant le contrôle des postes clés de l'exécutif à des militaires. Le Parti national, lui, veut entrainer le plus rapidement possible les forces armées dans un coup d'Etat pour renverser Allende. Ces positions trouvent un écho auprès des associations patronales, surtout la SOFOFA. LES PREMICES DU COUP D'ETAT
Au sein de l'Unité Populaire, les positions sont moins tranchées. A quelques heures des élections, une scission survient au sein du MAPU après la crise profonde qui couvait dans le parti après le 2ème congrès. Le PC réunit un plénum pour analyser le résultat des élections et déterminer les nouveaux axes de son intervention. En conclusion, les communistes chiliens définissent comme objectif principal l'élection d'un nouveau « gouvernement populaire » en 1976. Il en découlait que la tâche du moment du prolétariat, aux yeux du PC, était de redoubler d'efforts afin d'augmenter la production pour donner au gouvernement une base sur laquelle il puisse mener une politique d'assainissement financier qui permette de contrôler l'inflation et d'en finir avec le marché noir, de rentabiliser les entreprises du secteur étatique. En même temps, il se propose de mener une campagne contre la guerre civile brandie comme moyen de chantage par la bourgeoisie, afin d'isoler les golpistes, d'amener les secteurs e démocratiques » de la bourgeoisie à un accord et de préserver la continuité de l'état de droit. C'est à l'époque également la politique d'Allende et de tout le courant dominant de l'Union Populaire
D'autre part, les courants centristes de l'UP mettent en lumière la nécessité de faire face à l'attaque du patronat avec une politique plus agressive qui tienne compte de la force des masses et stimule leurs initiatives de façon permanente. Ces courants alliés au MIR, bien que de façon contradictoire et vacillante, ont fait de la lutte pour le pouvoir populaire l'axe de leur politique durant cette dernière période. Les mots d'ordre de pouvoir populaire ont eu, de pair avec le développement des organes de pouvoir populaire, une répercussion profonde dans les masses et finissent par s'imposer dans chaque manifestation. La période de lutte de classes ouverte par les élections de mars 73 se déroule dans un climat éxacerbé par l'accumulation de contradictions engendrées par la crise globale de la société bourgeoise. L'impasse ne peut se prolonger encore longtemps. Il faut avancer vers le socialisme temps. Taut avancer vers le sociaisie IN 12 ou reculer vers la barbarie fasciste, voilà les seuls termes dans lesquels peut se résoudre la crise, selon la capacité de chacune des classes en présence de s'imposer contre son antagoniste et de vaincre.
La crise politique s'aiguise au mois de juin. La grève d'El Teniente fournit l'occasion d'une nouvelle offensive de masse de la part de la bourgeoisie ; cette grève engendre à son tour une mobilisation vaste, énergique et résolue de la gauche qui freine brusquement l'avance de l'opposition et déjoue ses plans.
A la fin du mois, alors que tout semblait se calmer, se produit le soulèvement des unités blindées du régiment N° 2, qui cernent la Moneda et attaquent le ministère de la Défense. Cependant, le soulèvement ne réussit pas à entrainer d'autres unités des FFAA et se fait rapidement écraser. Loin de s'améliorer, la situation politique s'aggrave. La contre-révolution passe à la phase finale des préparatifs du coup d'Etat. Le gouvernement a dû lever l'état d'urgence en restituant le pouvoir aux intendants et aux gouverneurs face aux activités des FFAA (fermetures de radios et censure rigide de la presse sur les informations concernant les événements du 29 juin). En même temps, les perquisitions des FFAA se développent à une grande échelle dans les usines, les fundos, les locaux syndicaux et politiques, avec l'autorisation de la « loi de contrôle des armes ». Dans toutes ces perquisitions, les militants sont malmenés, les biens des locaux ou usines détruits. Ces actions ont conduit à la mort d'un ouvrier à Punta Arenas. Certaines radios sont perquisitionnées et fermées par les militaires alors qu'elles diffusent des programmes politiques. Un groupe de marins est arrêté sous prétexte qu'ils auraient comploté contre le haut commandement de la Marine.
déclarations nettements politiques de hauts officiers des FFAA se succèdent.
En résumé, les forces armées commencent à agir de leur propre chef, sans « prêter serment » au pouvoir civil, dans une perspective clairement golpiste. Les prémisses politiques du coup sont soigneusement préparées par l'opposition pour qu'il n'y ait aucune défaillance cette fois-ci. Sur ce plan, il faut réussir à présenter le gouvernement comme illégal, à déclencher une nouvelle offensive qui paralyse le pays. Le premier objectif est atteint à travers une campagne intense et systématique orchestrée depuis le Parlement, au moyen de déclarations des présidents des Chambres et du Sénat, relayées ensuite par un accord de la Chambre représentant le pouvoir législatif avec la Cour Suprême et la Trésorerie qui refuse d'accepter la promulgation partielle de la réforme constitutionnelle sur les secteurs de l'économie. Surtout, à travers les moyens de communication de masse qu'elle contrôle, l'opposition prépare le climat psychologique nécessaire au coup. Cela s'accompagne d'une forte pression exercée contre le chef de . l'armée, le général Carlo Prats, en vue d'obtenir sa démission. L'offensive de masse est de nouveau lancée avec la paralysie du transport routier auquel viennent ensuite se joindre les autres secteurs contrôlés par l'opposition: le commerce, les collèges professionnels, quelques secteurs étudiants, etc. Le PN se met à réunir des signatures « pour demander la démission d'Allende ». L'affrontement est inévitable.
Cependant, le gouvernement ne le voit pas ainsi et fait des efforts désespérés pour arriver à un accord avec la Démocratie Chrétienne. Allende lance un appel public au dialogue avec ce parti et se montre disposé à faire des concessions. Comme gage, on commence à attaquer à partir du gouvernement, par l'entremise du ministre de l'intérieur Carlos Briones et d'Allende lui-même, les organes, de lutte créés par les travailleurs durant la crise d'octobre et renforcés sans cesse depuis.
En même temps, la remise aux patrons de la plupart des usines occupées par les ouvriers durant le « Tankazo » est ordonnée. Pour sauver les apparences et son image responsable, la DC accepte le dialogue mais sans l'intention d'arriver à un accord. Les conditions que la DC impose sont : l'intégration des FFAA au cabinet avec un pouvoir de contrôle, la promulgation intégrale du projet de cloisonnement des secteurs économiques adopté par le parlement. la restitution du canal 9 de télévision, etc... Après des hésitations, le gouvernement commence à céder aux exigences de la DC en réorganisant le cabinet avec la participation des commandants en chef des trois branches des FFAA et du directeur général des carabiniers. En destituant le soussecrétaire des transports Jaime Faivovich, en ordonnant la restitution du canal 9, et... Cependant les dés ont été joués et la faiblesse du gouvernement ne fait que favoriser les golpistes. La démission du commandant en chef des armées et de deux autres généraux haut placés est un signe éloquent de ce qui se passe à l'intérieur des hauts commandements. On peut observer le même scénario à l'Amirauté. D'autre part, les travailleurs ne sont pas disposés à quitter la scène sans bataille: ils ont manifesté leur mécontentement à l'égard de la politique du gouvernement et organisé des manifestations à la base. Significatifs dans ce sens sont les huées à l'égard du cabinet des militaires lancées dans une manifestation de la CUT, et les marches de pobladores et des cordons sabotées par le PC et la direction de la CUT. Enfin, le 11 sep- tembre, le coup d'Etat se produit. Les FFAA arrivent à étouffer la résistance dans ses propres rangs d'éléments de la troupe et des sous-officiers, à faire plier Je corps de carabiniers et à maintenir la situation, réduisant au silence les radios de gauche et imposant le couvre-feu. Les travailleurs abandonnés par tous leurs vieux partis, sans pouvoir neutraliser la voix de la dictature à travers sa propre radio, sans pouvoir faire taire celle de l'ennemi, sans un commandement central qui organiserait la lutte, ne sont pas en mesure de livrer une résistance efficace au coup, malgré la résolution et l'héroïsme de beaucoup qui sont tombés, victimes des affrontements. LES FORCES ARMEES ET LE GOUVERNEMENT DE L'U.P.
Le rôle de premier plan dévolu à l'armée bourgeoise dans les évènements qui culminèrent dans le coup, dans la défaite du prolétariat chilien, et la tendance aujourd'hui à se transformer en principal instrument de domination politique, économique et sociale des grands monopoles nationaux et étrangers rend nécessaire une explication plus détaillée de sa conduite dans la dernière période.
Cette conduite ne peut étre comprise sans rappeler explicitement certaines caractéristiques générales qui expliquent, en dernière instance et souvent de façon directe, le rôle des FFAA. Ces caractéristiques se rapportent au caractère de classe des FFAA et à la fonction spécifique pour laquelle elles ont été créées. Sans ce rappel, toute explication court le risque d'aller au plus facile en trouvant l'origine des évènements qui ont amené les FFAA à assumer le rôle qu'elles qu'elles jouent aujourd'hui, dans le dénouement de conflits internes (donc à des facteurs conjoncturels), explication qui ne peut que méséduquer la classe ouvrière et réduire ses chances dans les tâches politiques qui sont désormais les siennes.
Première caractéristique: les FFAA sont, dans tout pays capitaliste, partie intégrante et importante de l'appareil d'Etat bourgeois. De plus l'Etat capitaliste est l'expression d'une société profondément divisée en classes antagonistes aux intérêts irréconciliables, et l'instrument de la classe dominante, pour maintenir son hégémonie sur l'ensemble de la société. Historiquement, les FFAA ont rempli les fonctions suivantes : règler les conflits qui surviennent avec des classes dominantes d'autres pays, découlant de divergences d'importance: coloniser des secteurs de la population afin de les incorporer par des moyens spécifiques au système capitaliste; et celle de règler les conflits internes (de classe) mettant en danger la stabilité de la bourgeoisie.
Un deuxième point important: leur caractère de classe ne saurait être modifié puisqu'il ne dépend pas de facteurs internes aux FFAA (bien que l'origine de classe des officiers, type d'éducation reçue, idéologie prédominante, etc., déterminent le degré de leur homogénéité), mais de son articulation avec le système (la verticalité de commandement propre à toute armée, l' « indépendance » du commandement vis-à-vis des déterminations et intérêts des grandes majorités) dépendance du commandement (et partant des subordonnés) aux objectifs impliqués par le maintien de l'appareil d'Etat, ce qui implique que l'apparition de tendances révolutionnaires en son sein doit obligatoirement prendre la forme d'une rupture radicale avec l'armée bourgeoise.
Si ces considérations ne sont pas clairement assimilées ou sont délibérément occultées, on court le risque de confondre les facteurs qui peuvent empêcher conjoncturellement l'armée bourgeoise de remplir sa mission d'endiguer l'avance des forces de la révolution, avec un changement ou une transformation de son caractère même, empêchant la classe et les éléments d'avant-garde d'assurer les tâches qui sont les leurs.
L'expérience récente nous montre comment des caractérisations erronées qui s'appuient sur des phénomènes passagers, conduisent à des politiques qui finissent par être désastreuses pour les perspectives révolutionnaires des masses. C'est ce qui s'est passé avec l'attitude adoptée par certains secteurs du haut commandement des forces armées dans la dernière période et linarmées dans la dernière période et l'interprétation qu'en ont faite de larges secteurs des directions politiques de la classe ouvrière.
Quelques semaines avant les élections présidentielles de 70, le commandant en chef de l'armée d'alors, René Schneider, a remis une déclaration dans laquelle il précise l'attitudes des forces armées devant les résultats électoraux.
Il affirme dans cette déclaration que l'armée respectera le verdict populaire et, au cas ou aucun des candidats n'obtiendrait une majorité absolue, le vote du Congrès. L'armée n'abandonnera pas le rôle qui lui est assigné par la Constitution. Cette position constitutionnaliste sera connue par la suite comme la « doctrine Schneider».
Cette déclaration est une réponse aux riaire cas de victoire de candidate rumeurs d'une de l'UP. Ainsi, le constitutionnalisme, comme « doctrine » se réfère au fait que le haut commandement, dans cette situation particulièrement critique, s'est montré disposé à participer au projet réformiste, rejetant de cette façon certaines positions de la réaction qui voulaient faire des militaires un instrument de leurs intérêts immédiats.
Le constitutionnalisme répété n'est, dans cette situation, que le résultat de la force acquise à l'intérieur des FFAA des positions réformistes. Pour en donner quelques exemples: dans la revue de l'Etat-Major de l'Armée on a vu fréquemment apparaître au cours de la dernière année du gouvernement Frei, une série d'articles dans lesquels on dénonce la subordination de l'armée aux intérêts de la grande bourgeoisie. Il était en outre de notoriété publique que les professeurs et responsables des écoles du haut commandement étaient des partisans résolus des positions réformistes.
De nouvelles conceptions sur le « sécurité nationale » gagnaient du terrain. Ici, les facteurs internes de « dissolution » n'étaient pas simplement attribués à l'image traditionnelle de l' « araignée Rouge » et du « communisme international », mais à des facteurs tels que la surexploitation de la classe ouvrière et à l'incapacité des classes dominantes à résoudre les problèmes les plus urgents d'une grande partie de la population nationale, et à la montée des tensions internes que cela provoquait nécessairement.
Vue l'existence d'un grand nombre de généraux partisans résolus d'un modèle réformiste, il est clair qu'avant de renverser Allende, et d'instaurer dans le pays une dictature militaire fasciste brutale, les généraux golpistes ont dû effectuer un véritable « coup d'Etat interne ».
Cependant, ce phénomène touchait surtout les généraux du plus haut grade et n'était nullement étendu à tous les généraux. Le développement de la lutte des classes et l'intensité croissante de la combativité ouvrière faisait planer le risque d'une situation révolutionnaire qui n'entrait nullement dans les plans de la grande majorité des officiers. Dès que les masses ont commencé à déborder la armandé à dähorder la direction bureaucratique des partis de TUP. impulsant dans les faits une série de mesure qui allaient beaucoup plus loin que la portée limitée d'un programme réformiste, une partie importante des officiers a commencé à se replier vers des positions qui impliquaient un accord avec les secteurs les plus réactionnaires du pays: ceux qui, depuis la victoire d'Allende étaient arrivés à concevoir le coup d'Etat militaire comme la solution la plus favorable pour les intérêts de la bourgeoisie.
La polarisation des forces politiques a ainsi précipité une situation de glissement de plus en plus marqué à droite d'une majorité des officiers. Cependant les généraux réactionnaires ne disposaient pas à ce moment-là d'un rapport de forces favorable pour agir, et le comprenaient ; ils se sont mis à tracer un plan de grande envergure qui impliquait la solution préalable de plusieurs problèmes:
La) l'existence de généraux partisans d'Allende, b) l'immense force manifestée par les masses ouvrières.
c) le poids acquis sur d'importants secteurs de la troupe et des sousofficiers, des positions socialistes, d) les divergences stratégiques entre les deux principales fractions de la bourgeoisie.
L'existence d'un conflit au sein des FFAA était visible. D'une part, une partie des officiers voulait maintenir les FFAA dans leur loyauté à l'exécutif, d'autre part, certains secteurs s'étaient engagés dans la préparation des plans golpistes.
Qu'est-ce qui a en définitive empêché la victoire des positions des hauts officiers constitutionnalistes ? Qu'est-ce qui rendait utopiques et criminelles les positions qui faisaient reposer le sort de la classe ouvrière sur le dénouement des contradictions exposées plus haut ? En premier lieu, c'est que l'aiguisement du conflit de classe mettait à l'ordre du jour le dilemne déterminant entre la victoire de la révolution socialiste et celle de la réaction patronale. Il n'y avait plus de place pour les positions intermédiaires (comme le e constitutionnalisme a), et parce que, dans ces conditions, quand la révolution prolétarienne est posée 14 comme une question inéluctable, celle-ci ne peut être dirigée que par le prolétariat, organisé politiquement at militairement pour assumer les tâches de la conquête du pouvoir, et par son avant-garde de classe. L'issue de cette grande entreprise dépend en définitive des forces que la classe ouvrière réussit à opposer, sous son contrôle, au x forces de la réaction. Il est possible que des secteurs importants de l'armée bourgeoise, préalablement influencés par les positions de la révolution socialiste (à travers l'agitation pour la dissolution de l'armée bourgeoise et la construction de l'armée des milices ouvrières) se rangent du côté de la classe ouvrière, mais cela impliquerait que ces contingents aient déserté les rangs de l'armée bourgeoise et que par conséquent, ils n'appartiennent plus à elle. Les révolutionnaires doivent travailler pour que cela se produise de façon massive dans les moments décisifs.
Mais c'est tout autre chose que de laisser entre les mains de secteurs influencés par le conflit qui pourrait traverser le corps des officiers, mais qui ne représentent nullement les intérêts du prolétariat et qui bien au contraire s'opposent à un travail pour la dissolution de l'armée bourgeoise, la responsabilité de l'affrontement. Cela revient à sacrifier toute possibilité que le prolétariat (au travers de la structure de l'armée professionnelle) puisse acquérir une influence importante sur des éléments de celle-ci.
Avec les sous-officiers et la troupe isolés des luttes ouvrières, sans la possibilité de s'intégrer aux milices ouvrières au moment critique puisque celles-ci n'existent pas, abandonnés à un sort incertain en cas de conflit entre secteurs petit-bourgeois etofficiers professionnellement préparés à assumer les tâches de la contre-révolution, soumis à la discipline draconienne... on ne peut en attendre d'autre issue qu'une répression sanglante de la classe ouvrière.
Dans ces conditions, les secteurs les plus réactionnaires des FFAA pouvaient commencer à :
a) - réprimer violemment tous les secteurs des FFAA, surtout tous les sous-officiers gagnés aux positions du prolétariat. Déjà plusieurs mois avant le coup, de nombreux soldats et marins ont été torturés, emprisonnés et expulsés des FFAA. L'épisode des marins, connu par la classe ouvrière plusieurs semaines avant le coup, n'était qu'un pâle reflet de ce qui se passait réellement.
b) — multiplier de véritables assemblées de généraux et d'officiers d'où émanaient des cahiers de pétitions dans lesquels ont demandait à l'éxécutif des mesures qui signifiaient la paralysie de la combativité du prolétariat.
c) - donner libre cours à l'utilisation de la «loi sur le contrôle des armes » promulguée par le Congrès avec l'approbation du gouvernement de l'UP. Cette loi, qui donnait toute liberté d'action pour réprimer et perquisitionner n'importe où sur le territoire national, était utilisée par les officiers golpistes pour s'emparer de toutes les armes qui auraient pu servir plus tard pour entraver leurs projets.
d) - expulser les éléments du haut commandement qui étaient favorables au gouvernement. Pour y arriver, diverses formes de pressions étaient projetées. La plus visible était la manifestation des femmes de tous les officiers golpistes devant la maison du commandant en chef de l'armée d'alors, le général Carlos Prats, afin d'obtenir sa démission de l'armée, qu'illes ont réussi à obtenir étant donnée la veulerie du gouvernement.
Ces préparatifs n'étaient un secret pour personne. Le gouvernement de l'UP n'ignorait pas ce qui se préparait. Cependant, la position maintenue, face aux FFAA, par les partis qui dirigeaient la classe ouvrière ne pouvait mener qu'à la secteurs dominants du réformisme, s'appuyant sur la non-intervention initiale des FFAA, niaient avec insistance qu'il y eût une origine de classe de l'armée. Les FFAA n'étaient pas des institutions bourgeoises mais des corps essentiellement « non-délibérants » * loyaux envers l'exécutif », « professionnels et patriotiques », etc. Il est clair que c'était seulement en niant le caractère de classe des FFAA qu'on pouvait démontrer à la classe ouvrière qu'il ne fallait pas lancer ses propres organisations de pouvoir politique et militaire. La cécité et la lâcheté ont atteint un tel point que c'était le gouvernement lui-même qui intentait une procédure selon les dispositions de la « loi sur la sécurité intérieure » contre des marins qui avaient dénoncé les plans de coup d'Etat, espérant ainsi réaffirmer les positions « constitutionnalistes » du gouvernement, et priver les projets golpistes de toute « légitimité ». Cette attitude du gouvernement face aux FFAA exprimait d'une manière claire, le caractère déformant et criminel des positions réformistes.
D'autre part, le MIR et les autres secteurs centristes n'ont jamais réussi à caractériser correctement les FFAA et à formuler une position représentant réellement les intérêts du prolétariat (pour cette question). Le MIR et d'autres organisations de la gauche révolutionnaire ont commis, dans un premier temps, dans la période électorale et les premiers mois du gouvernement Allende, une erreur d'appréciation typiquement ultra-gauche (qui servi, paradoxalement, à appuyer des thèses qui impliquaient une conciliation avec le réformisme): ils caractérisaient correctement les FFAA comme des institutions bourgeoises, comme un appareil de répression des classes possédantes, mais ils attendaient d'elles une réponse automatique et mécanique devant le renversement de la situation politique (la thèse du coup automatique). Ils ne pouvaient pas saisir le fait qu'une institution de classe répond aux intérêts stratégiques des classes dominantes, sans que cela signifie une autonomie pleine et totale pour agir en accord avec les intérêts pour lesquels elles avaient été créées, à n'importe quel moment, et dans n'importe quelle situation, et le fait que dans des conjonctures données, des éléments secondaires, qui ne modifient en aucun cas le caractère de classe d'une institution, peuvent avoir un poids décisif (idéologie réformiste de caractère petit-bourgeois, etc...).
Le réformisme s'est vu largement favorisé par cette erreur : comme le coup d'Etat ne se produisait pas immédiatement, il était « démontré » que les thèses de la gauche révolutionnaire étaient erronées et que la « voie pacifique » était validée.
Après une longue période sans meilleure définition des positions, Tankazo du 29 juin met de nouveau à l'ordre du jour la question des FFAA. Le MIR et d'autres secteurs centristes (une partie du PS, du MAPU) ont mis en avant des positions qui impliquaient de fait une appréciation éclectique du caractère des FFAA: le sort de celles-ci dépendrait en dernière instance de l'affrontement interne que se livraient alors les officiers golpistes et les secteurs réformistes, entre les secteurs réactionnaires et les sous-officiers de gauche.
Alors qu'en ce moment décisif d'affrontement de classe, une position sur les FFAA devait étre fondée sur la nécessité évidente pour le prolétariat d'arracher un rapport de forces favorable sur le terrain militaire face à l'affrontement inévitable qui s'approchait. Les conceptions centristes laissaient le problème du rapport de force favorable au prolétariat dans l'affrontement en cours reposer sur le dénouement des contradictions à l'intérieur des FFAA, se privaient ainsi de l'orientation correcte: l'aboutissement de l'affrontement serait décidé principalement par la force que les organisations mêmes du prolétariat pouvaient opposer à l'ensemble des forces de la réaction et de la bourgeoisie engagées dans un projet d'insurrection définitive.
L'agitation à l'intérieur des FFAA, les appels programmatiques cherchant à attirer les soldats vers les rangs du peuple et à diviser l'armée pour ne pas lui permettre de présenter un bloc homogène au moment décisif, ce sont sans doute des questions importantes: l'ap- profondissement des contradictions à l'intérieur des appareils répressifs des FFAA est une condition préalable pour l'insurrection victorieuse. Mais l'agitation à l'intérieur de l'armée, en tant que question importante l'est dans la mesure où elle est un élément auxiliaire (et liée) à la préparation et à l'organisation des forces du prolétariat dans ses propres milices, celles qui joueront finalement le rôle décisif.
Au moment de l'affrontement, tout ce qui a pu être gagné à l'intérieur des FFAA en faveur de la révolution socialiste sera perdu si le prolétariat n'est pas capable d'opposer aux forces de la réaction ses propres organisations de combat et à attirer vers celles-ci les secteurs de l'armée gagnés à la cause de la révolution prolétarienne.
LA PERIODE ACTUELLE
ET LES TACHES DU
PROLETARIAT
Le coup d'Etat militaire du 11 septembre a marqué la fin d'une longue période de montée des luttes de masse qui a duré presque 6 ans sans interruption, terminant dans une crise révolutionnaire aigue et le commencement d'une nouvelle période de caractère contre-révolutionnaire. dominée par la défaite du mouvement ouvrier et de brusques déplacements au sein des classes dominantes. Dans ce cadre la détermination correcte de la tactique de lutte du prolétariat exige un examen attentif des éléments qui les composent.
crise prérévolutionnaire qui secoué pays provoqué une polarisation brusque des forces en conflit : ce qui à son tour la stimulé dans chacune d'elles le développement de certains changements dans leur physionomie par ensemble déplacements et de recompositions internes. Ainsi, par exemple, au sein du mouvements ouvrier s'est fait sentir avec une force grandissante la crise du réformisme et l'apparition d'une grande effervescence révolutionnaire dans les masses, celle-ci étant canalisée dans les différents courants centristes dont les positions défient ouvertement les orientations dominantes de l'UP et du gouvernement.
Au sein des classes dominantes, les modifications opérées ont été également significatives et seule une bonne compréhension de celles-ci nous permettra de définir avec exactitude le caractère de la dictature et ses objectifs.
modification principale qui s est cristallisée définitivement après le coup mais qui commence bien avant, c'est le rôle décisif qu'ont commencé à jouer les associations patronales du pays en tant que facteurs politiques. Ces secteurs agissaient traditionnellement de manière indirecte dans la politique nationale par le truchement presse écrite parlée ou en exerçant une pression constante sur les différents gouvernements bourgeois du passé mais remettaient en dernière analyse la mission de sauvegarder la continuation et le fonctionnement du système capitaliste et la défense de leurs intérêts essentiels aux partis politiques bourgeois. Sous le gouverneinent l'UP vertu nécessité impérative quils" avaient de leurs intérêts de classe, ils ont commencé à prendre une autonomie politique propres organisations, qui se sont transformées en véritables centres dirigeants de la contre-révolution, et l'organisation d'amples secteurs de la petiteconnus sous le nom de Ces - en particulier le secteur industriel réuni au SOFOFA - prenant son inspiration dans le « miracle brésilien » ont esquissé les lignes centrales d'un projet bourgeois de dénouement de la crise dont les aspects fondamentaux sont les suivants:
1) Contrôle total du pays par les forn du reten 2) Forte stimulation du processus de et de concentration du 3) Stimulation des investissements étrangers réalisés sous le contrôle de l'Etat
4) Surexploitation du travail. C'est projet programme à la dictature et dont les principaux promoteurs ont été appelés par elle à assumer les tâches de gouverles ministères, 15 secrétariats, en tant que conseillers et autres postes d'importance.
La présence des associations patronales dans la conduite du pays et dans la définition des objectifs qui l'orientent, détermine aussi bien le caractère de la dictature que celui des contradictions qui secouent le camp politique bourgeois.
En effet la dictature militaire n'est rien d'autre qu'un instrument au service direct des monopoles pour le seul bénéfice desquels elle a imposé à feu et à sang une politique brutalement répressive sur tous les aspects de la vie nationale. Son objectif politique central a été et est de briser par la force toute résistance au projet de réarticulation du système capitaliste qu'elle a mis en marche. Les méthodes de guerre civile qu'elle emploie contre les masses ouvrières et populaires ont amené quelques camarades à caractériser cette dictature comme « fasciste ». Néanmoins une telle caractérisation n'est pas complètement appropriée et ne peut avoir d'autre portée que de signaler sa nature contre-révolutionnaire et le caractère férocement contrerévolutionnaire de ses méthodes.
Le fascisme dans son expression classique, c'est-à-dire comme en Italie et en Allemagne entre les deux guerres impérialistes qui ont secoué l'Europe dans la première moitié de ce siècle, présente des différences substantielles avec la dictature militaire qui gouverne le Chili.
Par exemple, il ne s'agit pas ici de la défense des intérêts d'une bourgeoisie nationale fortement développée et décidée à exécuter une politique de caractère expansionniste face aux bourgeoisies d'autres pays impérialistes, mais des intérêts d'une classe bourgeoise faible et dépendante qui a abandonné tout espoir de développement autonome, aspirant seulement à se convertir en associée mineure des monopoles impérialistes dans les conditions les plus avantageuses possibles. Le « nationalisme » des bourgeoisies comme la bourgeoisie chilienne a cette époque du développement historique n'est rien d'autre qu'une illusion ou une tromperie consciente.
D'autre part le fascisme a été un mouvement politique à caractère 16 prédominant civil, avec une grande capacité de mobilisation de masse et un déploiement énorme de propagande, qui une fois au pouvoir s'est emparé de toutes les institutions de l'Etat, y compris des forces armées, et les a mis à son service. A cet effet, il est significatif que sous le régime fasciste la répression était exercée préférentiellement par la police secrète et non par l'armée. Au Chili s'il est vrai qu'il y a un état d'exception semblable en beaucoup d'aspects à la dictature fasciste ou à n'importe quel autre type d'état d'exception, celui-ci adopte la forme d'une dictature militaire c'est-à-dire un régime dans lequel les forces armées assument la totalité des fonctions politiques et administratives de la nation. Néanmoins, caractériser simplement la junte de dictature militaire amène de nouveaux problèmes dérivés de l'existence objective de différents types de dictature militaire.
Le gouvernement de Juan José Torres, par exemple, malgré son caractère militaire présentait des différences très marquées avec celui des gorilles brésiliens. Pour cela, dans l'absence d'une définition plus adéquate et prenant en compte aussi bien les objectifs que les méthodes de la Junte, il nous semble approprié de la caractériser comme une dictature militaire-fasciste. En plus l'idéologie des gorilles brésiliens se différencie peu de celle des nazis ayant comme base des notions telles que celle de « géopolitique » « instinct belliqueux de tuer», « le principe de l'autorité », la « supériorité de la race », etc.
L'instauration de cette dictature a déplacé dans la bourgeoisie les secteurs politiques qui jusqu'alors occupaient une position privilégiée au sein des classes dominantes, touchant sérieusement leurs intérêts, allant même jusqu'à la menace de leur propre dissolution. Pour cela les contradictions existantes entre les deux ailes du bloc bourgeois ne tarderont pas à se faire jour et chaque fois de manière plus évidente, jusqu'à ce qu'un dénouement définitif permette à l'une d'entre elles d'imposer son hégémonie. En d'autres termes, la stabilisation de la dictature militaire-fasciste exige comme condition essentielle non seulement l'écrasement du prolétariat mais aussi la répression de toute manifestation de résistance à sa politique qu'elle provienne de la petite-bourgeoisie ou de quelques secteurs de la bourgeoisie ellemême. Ces contradictions ne sont pas encore résolues au sein des classes dominantes et se manifestent aussi à l'intérieur des forces armées, rendant objectivement possible l'union de l'immense majorité des Chiliens contre la politique anti-populaire de la dictature,opposant à chaque initiative des réactionnaires une mobilisation ample et combative des masses.
La tactique révolutionnaire doit avoir la flexibilité suffisante pour permettre l'utilisation à son profit des contradictions qui se produisent dans le camp ennemi. Néanmoins tout dépend en définitive de la propre capacité de lutte des masses ouvrières et populaires, de leur niveau d'organisation et du caractère de leur direction. Dans le cas contraire ce ne sera pas le prolétariat qui sera en condition d'utiliser à son compte les contradictions interbourgeoises, mais à l'inverse ce sera l'aile « démocratique » de la bourgeoisie qui profitera du potentiel de lutte bourgeoisie qui profitera du potentiel de lutte des travailleurs. Pour cela la clef de la question du point de vue révolutionnaire a été et sera toujours la situation politique et organisationnelle du mouvement de masse et particulièrement du prolétariat: si l'on ne prête pas suffisamment att ention au caractère des orientations politiques dominantes dans les mieux ouvriers et populaires, au degré de combativités des masses et à son réel niveau d'organisation. il résulte qu'il est à tous points de vues impossible de déterminer correctement les objectifs tactiques centraux de la révolution dans chaque période.
La dictature militaire fasciste a réussi à désarticuler partiellement l'organisation syndicale des travailleurs, à éliminer une partie significative de l'avant-garde ouvrière qui était à la tête du prolétariat dans la période antérieure au coup et à supprimer la totalité des droits conquis dans le passé. Jusqu'à maintenant les ouvriers ont du supporter l'un après l'autre ces coups sans pouvoir encore mettre sur pied une riposte massive.
Dans ce cadre de récession généralisée une série de questions relatives aux taches qu'il faut faire dans l'immédiat se posent dans le milieu d'avant-garde. Ceci est dû à ce que. même si l'actuelle période contrerévolutionnaire est par sa nature même transitoire, sa durée dépendra fondamentalement de la capacité du mouvement révolutionnaire à remettre en position de combat les masses ouvrières et populaires. tout en évitant le danger d'alimenter des illusions opportunistes ou de tomber dans des déviations ultra-gauches. Il est d'autant plus important dans les capables correcte facile de circonstances actuelles d'être d'élaborer une ligne politique qu'un dénouement relativement l'actuelle période de reflux du mouvement de masse est objectivement favorisé par :
- Les conditions internationales qui découlent de l'actuelle conjoncture critique du système capitaliste mondial.
— la montée extraordinaire des luttes ouvrières dans les pays impérialistes.
- les caractéristiques mèmes du mouvement ouvrier chilien, son haut niveau de conscience classiste et sa riche tradition de lutte et d'organisation.
Néanmoins, ce n'est qu'une simple possibilité. L'objectif tactique central de la période actuelle est de la convertir en une réalité concrète et objective dans la lutte. Pour cela il faut en premier lieu réorganiser dans la clandestinité toutes les organisations de lutte des travailleurs et mobiliser dans chaque usine, atelier ou chantier la totalité ou au moins l'immense majorité des ouvriers sur la défense de leurs revendications élémentaires.
La ligne de masse du mouvement révolutionnaire a besoin de s'appuyer fermement sur un ensemble défini de mots d'ordre agitatoires de caractère démocratique et de transition qui permettent d'isoler la dictature et entraîner dans la lutte pour sa destitution tous les secteurs mécontents de sa politique économique et répressive et ses actions arbitraires. En exploitant toute situation de mécontentement aussi limitée qu'elle soit, il est possible et nécessaire d'unir l'immense majorité du pays autour de la classe ouvrière et former un ample et solide Front Unique Anti-fasciste. En comprenant clairement la portée précise de cette orientation et ses limites, les militants révolutionnaires ont le devoir d'accroître leur influence directe sur les secteurs d'avant-garde du prolétariat, et les prévenir du caractère instable des alliés circonstanciels et de la nécessité d'approfondir de façon permanente les objectifs de la lutte chaque fois que la dynamique d'affrontement le permet.
La tactique du Front Unique ne suppose en aucun cas l'abandon de la lutte idéologique contre le réformisme ou d'autres secteurs contre-révolutionnaires, mais au contraire fait d'elle une des conditions fondamentales pour son succès. Il s'agit de regrouper des forces hétérogènes dans le but de réussir un rapport de forces favorable face à l'ennemi, ce qui permet d'atteindre les objectifs apparaissant comme indispensables, mais en aucun cas ne s'agit-il de cacher les divergences existant entre elles. D'autre part, il ne s'agit pas de promulguer une tactique de Front Unique seulement au niveau de la lutte contre la dictature militaire-fasciste, mais aussi de l'étendre à des accords plus solides et permanents entre toutes les tendances de lutte de classe et révolutionnaires en articulant une politique cohérente d'alliances orientée pour fortifier les positions révolutionnaires et élever la conscience et la combativité du prolétariat. Dans ce sens, la structuration d'un Front Unique Révolutionnaire est indispensable. Les actions concrètes de lutte que de tels fronts sont capables d'impulser doivent être bien sür subordonnées complètement aux objectifs
Seulement quand il y a certaines conditions spéciales, tandis que l'organisation des masses prolétariennes, l'organisation des travailleurs a été et continue à être propriété beaucoup plus profonde et permanente de cette même révolution et une condition de son triomphe. Précisément dans cette organisation de millions de travailleurs se trouvent les meilleures prémisses de la révolution, la source la plus profonde de ses victoires ».
Les secteurs révolutionnaires doivent comprendre clairement cette question et se consacrer pleinement au travail d'agitation politique et de propagande au sein des masses, les organisant et les mobilisant combativement. C'est actuellement le seul moyen d'avancer de manière sérieuse et décisive sur le chemin de la révolution prolétarienne, c'est à-dire d'une révolution dont les uniques et inchangeables protagonistes seront les masses travailleuses sous la direction de leur parti révolutionnaire. CONSTRUIRE UN PARTI DU PROLETARIAT L'IMPERATIF STRATEGIQUE ACTUEL DE LA REVOLUTION
La construction de ce parti du prolétariat est, comme nous l'avons déjà dit, l'objectif central des marxistes révolutionnaires à l'étape actuelle de la lutte. Cet objectif, au delà des préparations indispensables aux conditions spécifiques de la lutte des classes dans chaque période, exige le développement d'un travail théorique, politique et organisationnel dont les caractéristiques principales, c'est-à-dire celles qui lui confèrent une physionomie particulière tout en la différenciant du reste des partis et organisations existants, ont déjà été définies pleinement par le mouvement révolutionnaire, spécialement pendant premières années de l'internationale Communiste dirigée par Lénine et Trotsky.
Quelles sontces caractériqtiques ? En premier lieu, le lien étroit qui unit la construction d'une direction révolutionnaire à l'échelle nationale avec la construction d'une direction internationale du prolétariat, d'un état major qui centralise et dirige la lutte révolutionnaire dans tous les pays du monde jusqu"à la victoire totale et définitive du communisme. Pour tout marxiste, ceci est une vérité élémentaire qui dérive du caractère international du capitalisme et des classes fondamentales qui l'animent: la bourgeoisie et le prolétariat. Il est du reste superflu de s'arrêter à démontrer ceci quand saute aux yeux à chaque instant l'existence d'une stratégie globale de domination au niveau mondial des forces contre-révolutionnaires, auxquelles le prolétariat ne peut qu'opposer sa propre stratégie globale révolutionnaire. L'internationalisme prolétarien n'est pas un vague sentiment de solidarité avec la tactiques centraux
Ceci est le cas des type opérationnelles.
La question qui de cette période.
actions armées du se pose avec insistance, c'est celle du rôle que ce type d'actions peut jouer dans le cadre de l'orientation décrite en tant que facteur de démoralisation des forces ennemies et d'appui aux tâches centrales de réorganisations du mouvement ouvrier. Ces actions de caractère tactique comme toute autre doivent. être valorisées en fonction du rapport de forces existant et surtout en fonction des tendances générales de l'affrontement de classe en cours. En conséquence, dans une période de détérioration progressive des positions de l'ennemi et de montée de la lutte des masses, elles peuvent objectivement contribuer à approfondir ces tendances et servir en même temps à ouvrir une phase de transition à la guerre civile révolutionnaire, quelle que soit la forme dominante que celle-ci prendra finalement. Mais dans un moment où l'ennemi se trouve dans une position de force particulièrement avantageuse comme aujourd'hui, ce type d'action équivaudrait à mettre le mouvement révolutionnaire pour ainsi dire au bord de l'abime.
L'expérience de la gauche révolutionnaire brésilienne, dont la faillite ne peut s'expliquer par les défaillances techniques qui ont pu être commises mais par une conception erronée de la lutte politique, est suffisamment éloquente à ce sujet. Mais comme le signale Lénine en rappelant l'expérience des bolchéviques : « il n'y a pas de doute que sans ce trait - sans la violence révolutionnaire - le prolétariat n'aurait pas pu vaincre, mais à n'en pas douter non plus, la violence révolutionnaire constitue un moyen légitime et nécessaire de la révolution, seulement à certains moments de son développement.
lutte révolutionnaire des peuples d'autres pays du monde, mais au contraire, une position politique concrète, pratique, militante, qui se traduit dans la nécessité de placer sous une direction politique unifiée et centralisée la lutte révolutionraire à l'échelle internationale.
En deuxième lieu, le caractère de son programme. La direction révolutionnaire, aussi ben à l'échelle nationale qu'a l'échelle internationale, est liée aujourd'hui comme par le passé à la défense totale et conséquente du marxisme révolutionnaire, de toutes les conquétes théoriques et programmatiques du mouvement ouvrier exprimées actuellement par la lutte du mouvement trotskyste et de la Quatrième Internationale. Ce n'est qu'en se réclamant totalement du marxisme, de l'internationalisme et de la démocratie prolétarienne, de la théorie de la révolution permanente et du rôle de la violence dans la lutte révolutionnaire qu'il est possible de construire une organisation qui soit vraiment celle du prolétariat, politiquement homogène, strictement mais consciemment disciplinée. Sans cette base programmatique, toute tentative de centralisation aura comme résultat inévitable processus de bureaucratisation, ainsi que d'autre vices que nous avons déjà connus dans l'expérience d'autres organisations. Dans ce sens, la lutte pour un parti du prolétariat est en premier lieu la lutte pour un programme marxiste, pour l'imposition dans les milieux d'avant-garde des idées du socialisme révolutionnaire, pour éduquer et fusionner en fonction de celles-ci les meilleurs éléments de la classe ouvrière et de l'intelligentsia révolutionnaire.
En troisième lieu, une politique de masses correcte et appliquée de manière conséquente. Sans se lancer avec audace et résolution à la conquête des masses populaires, sans parvenir à s'implanter dans la classe ouvrière en y exerçant une influence chaque fois plus grande, sans gagner•en définitive la direction effective de ses luttes, l'organisation révolutionnaire ne pourra jamais jouer le rôle d'avant-garde qui lui incombe, ni libérer les masses de l'influence de l'idéologie dominante et les conduire à la défaite du régime bourgeois et à l'instauration du pouvoir ouvrier.
La ligne de masse est donc, pour 1e l'organisation du prolétariat, un des piliers décisifs de son activité. Les critères permanents qui doivent être pris en considération dans son élaboration doivent être essentiellement les suivants:
1). Une évaluation correcte de la situation politique, rapport de forces et des tendances en cours, des conditions politiques, et de combativité de la classe ouvrière et des masses populaires.
2). Une détermination claire et précise des objectifs tactiques fondamentaux de la période et de la façon dont ceux-ci sont liés au développement des objectifs stratégiques de la lutte, une élaboration claire des consignes, etc...
3). Les forces sur lesquelles il faut compter afin d'assurer un rapport de forces favorable qui permette le succès de CONTE DER L VOL TONN la lutte pour les objectifs proposés, c'est-à-dire une politique d'alliances correcte (Front Unique) et une claire compréhension du caractère des éventuels alliés et des relations qu'il faut avoir avec eux. En tout cas, quels que soient les objectifs immédiats qui se dégagent du caractère de la situation spécifique à chaque moment, la cohérence de la ligne politique du prolétariat dérive de ses objectifs permanents, qui sont ceux de renforcer à chaque pas les positions de la classe ouvrière, ses niveaux d'organisation, mobilisation et conscience révolutionnaire.
En quatrième lieu, le caractère de son organisation, non seulement dans l'aspect essentiel déjà signalé de l'internationalisme, mais aussi dans celui de sa structure interne et de son fonctionnement. Le parti du prolétariat est un parti de type nouveau, complètement différent du reste des partis qui, dans une mesure plus ou moins grande, expriment les intérêts de la préservation du système d'exploitation, et délimité du reste de la classe ouvrière par une organisation ferme et disciplinée de ses membres.
Cette organisation est basée sur quelques principes fondamentaux qui garantissent l'unité d'action de ses nouveaux militants et leur travail clandestin :
a) Le centralisme démocratique. qui garantit a tous les militants le droit de participer activement à l'élaboration de la ligne politique de l'organisation, à travers la la réalisation régulière et périodique de congrès, mais qui exige en même temps la stricte soumission de la minorité à la majorité et des instances inférieures aux supérieures afin que le parti agisse avec unité, en appliquant partout une même orientation. D'accord avec ce principe, l'organisation révolutionnaire doit être construite de haut en bas, à partir de l'instance suprême du congrès, sans laisser de place à l'intérieur au caudillisme ni a d'autres manifestations d'individualisme petit-bourgeois. Toutes ses instances agissent de manière collective. Le principe du centralisme démocratique est le pilier fondamental de structure organique du parti du prolétariat.
b) La centralisation politique et la décentralisation administrative. qui met en relief le caractère essentiellement politique du lien qui relie toutes les structures et membres du parti et l'autonomie relative avec lesquels ces derniers doivent agir dans leurs fronts spécifiques en application de la ligne politique commune, déployant la plus grande initiative, sans attendre 05 supérieures donnent à chaque instant les indications précises de comment le faire.
c) La sélection rigoureuse des militants. exigeant de chacun d'eux un dévouement total aux tâches politiques qui lui incombent. Dans le parti révolutionnaire, il n'y a pas de place pour des éléments instables qui n'ont qu'une certaine sympathie pour la cause du prolétariat mais qui sont incapables de réaliser un travail systématique. et permanent pour elle. Au contraire, il est indispensable que le parti soit constitué par des communistes cent pour cent à tous niveaux pour lesquels leur activité révolutionnaire soit par dessus toute autre et pour laquelle ils sont disposés à réaliser n'importe quel sacrifice. Les sympathisants et périphérie de la révolution peuvent être intégrés à des organismes d'encadrement plus vastes (cercles d'appui, cercles rouges, fronts, et.) mais pas au parti.
d) Le cloisonnement cellulaire de sa structure afin de faire front avec succès à la répression patronale. empêchant que la capture d'un militant ou l'infiltration d'espions ne puissent fournir à l'ennemi une information qui lui permette de désarticuler le fonctionnement de l'organisation ou de la détruire. Il est clair que pour que cette dernière éventualité ne puisse arriver, il ne suffit pas que l'organisation garde rigoureusement sa structure compartimentée, mais il est également nécessaire que chaque militant possède une instruction minimum qui lui permette d'agir dans la clandestinité avec une sécurité relative.
Dans le cadre de ces principes organisationnels, et des bases théoriques et politiques déjà signalées, la Ligue Communiste se propose de travailler intensément pour la construction d'un parti du prolétariat, qui soit capable de surmonter la crise actuelle de direction révolutionnaire des masses ouvrières et populaires et de les conduire jusqu'à la victoire totale et définitive du communisme: la Section Chilienne de la Quatrième Internationale.