Documents de la IVe Internationale

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La revue › nouvelle série n° 15 (n° 66)

Sri Lanka (Ceylan) : « Je suis un bolchévik moderne »

Rohan Wijeweera · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 15 (n° 66) · juin 1974 · p. 19-22 · 5 174 mots

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La déclaration que nous publions cidessous a été faite devant la cour chargée d'enquêter sur les évènements qui se sont produits au Sri Lanka (Ceylan) en avril 1971, par Rohan Wijeweera, leader du Janatha Vimuthki Peramuna (JVP - Front de Libération du Peuple). Cette cour est en fait une machine à condamner le JVP. En avril 1971, la jeunesse d'origine essentiellement rurale fut soumise à des provocations calculées du gouvernement qui voyait grandir l'influence du JVP pour amener ses membres à un soulèvement désespéré (voir Q.l. n° 49, mai 1971). La répression fut d'une brutalité implacable : on estime le nombre des morts à une dizaine du milliers dans un pays d'environ treize millions d'habitants ; la police fut autorisée à brüler sans aucun contrôle les cadavres ; il reste encore à ce jour environ 6000 emprisonnés. Parmi eux, Wijeweera, arrêté à l'âge de 28 ans quelques jours avant le soulèvement, précisément pour décapiter son organisation et précipiter les membres de celle-ci dans une rébellion sans issue, est menacé de prison à vie. Le gouvernement du Sri Lanka c'était et c'est celui d'une coalition entre le SFLP, parti de la bourgeoisie nationale, dirigé par Mme Bandaranaike, le PC-proMoscou, et le LSSP, dirigé par d'extrotskystes exclus de la Quatrième Internationale en 1964, pour leur participation à une gouvernement bourgeois. Staliniens et ex-trotskystes sont devenus les Noske du Sri Lanka.

La déclaration de Wijeweera demande peu de commentaires. On y trouvera, exprimées en termes saisissants l'histoire et l'évolution politique de Wijeweera. Son histoire, c'est aussi celle de millions de jeunes originaires de pays coloniaux et semi-coloniaux, devenus révolutionnaires pour mettre un terme aux traitements infligés aux leurs par la colonisation. Son histoire, c'est celle d'une compréhension politique des carences et des trahisons des vieilles directions, acquise le long d'une route pénible et qui parvient à une conception de la révolution dans son pays très voisine de celle formulée par la théorie de la révolution permanente, une compréhension qui en fait, selon l'expression remarquable qu'il emploie, un « bolchévique moderne ».

Ce gouvernement de « gauche » qui s'est montré maître dans le domaine de la répression, a conduit, par sa politique, le pays à la catastrophe: Sri Lanka, cette ile où la nature éminemment généreuse en faisait comme un petit paradis terrestre par rapport aux pays asiatiques voisins, connait à présent la famine. Sur ces plantations où on produit le thé et le caoutchouc qui s'exportent, des êtres humains meurent par manque des produits alimentaires de base : dans les villes, on fait la queue pour le pain et la farine. Monsieur le président, Messieurs les membres de la commission,

Un représentant d'une classe sociale s'adresse aux représentants d'une autre classe sociale. Voilà ce qui se passe ici. Un représentant du prolétariat exploité se trouve ici en train de s'adresser aux représentants de la classe dominante. Nous ne devons pas oublier que la réalité vivante qui transparaît ici, c'est le combat pour l'accomplissement des intérêts de deux classes sociales opposées.

Bien que j'aie été désigné comme étant le « treizième suspect » dans la présente enquête devant cette commission, le président lui-même a affirmé que j'étais le principal suspect. Puisqu'il en est ainsi, il est nécessaire qu'en premier lieu je vous dise qui je suis, moi, le treizième supect. Je suis un marxisteléniniste. Je suis un bolchévik moderne. Je suis un révolutionnaire prolétarien. Le terme « marxisme léninisme » a une signification précise. En aucune

Le mouvement ouvrier ceylanais, paralysé à la suite des évènements d'avril 1971 — l'étatd'exceptionn'a pas été levé depuis lors — commence à récupérer ses forces, avant tout grâce à l'action persévérante du principal syndicat du pays, le Ceylon Mercantile Union, dirigé par notre camarade Bala Tampoe à qui le gouvernement ceylanais vient de refuser le droit de voyager à l'étranger. Le gouvernement de la « coalition de gauche » continue à employer tous les moyens pour que la vérité sur les évènements• d'avril 71 ne soit pas connue dans le monde. II veut enfermer pour toujours dans des forteresses inaccessibles les cadres du JVP, des hommes comme Wijeweera dont la déclaration suffit à témoigner de son courage, de sa lucidité et de sa valeur de dirigeant révolutionnaire. Le gouvernement Bandaranaike avait en 1971, reçu l'appui d'une coalition internationale s étendant des Etats-Unis à la Chine, en passant par la Grande-Bretagne, la France, Israël, l'Egypte, l'Inde, le Pakistan, l'Union Soviétique. En face d'un tel « front unique », la solidarité prolétarienne internationale doit se manifester pour arracher la liberté de Wijeweera et des emprisonnés du JVP. Avec Wijeweera, elle dira aux assassins de la jeunesse du Sri Luka: « Vous avez une victoire temporaire ». La révolution ceylanaise n'est pas morte, elle vaincra. manière un marxiste léniniste n'est un conspirateur. Moi, en tant que bolchévik, je ne suis en aucune manière un terroriste. En tant que révolutionnaire prolétarien, je dois cependant affirmer nettement que je suis engagé dans la lutte pour le renversement du système capitaliste et son remplacement par un système socialiste.

Oui, messieurs les membres de la commission, j'ai pour but le remplacement de ce système social, qui est basé sur la propriété privée des moyens de production, l'exploitation de l'homme par l'homme et une oppression de classe cruelle — cette société capitaliste qui est non seulement responsable de la dégénérescence et de la ruine des gens du peuple mais qui est même devenue l'objet de leur mépris — par une authentique société socialiste, basée sur la propriété collective, dans laquelle, les classes ayant disparu, les besoins et les aspirations des gens du peuple seront satisfaits. Je crois fermement que c'est la seule solution juste, scientifique et sûre de tous les problèmes sociaux brülants de la société actuelle. Dire qu'il faut renier le système capitaliste vieillissant, banqueroutier, réactionnaire et désuet par rapport au développement de la société humaine, dire qu'il faut remplacer ce système par le socialisme, le nouveau système de production qui a acquis une place de premier plan dans la mesure où il convient à l'étape historique la plus moderne et la plus noble du développement de la société humaine, et agir en conséquence ce n'est en aucune maniére être un conspirateur. Je ne suis pas un conspirateur dans le contexte du développement de l'histoire. Je ne suis pas un conspirateur dans le contexte du développement de la société humaine.

Messieurs les membres de la commission,

Puis-je, pour commencer, présenter une demande ? Dans la mesure où j'ai été soumis à tous les affronts et à toutes les tracasseries possibles depuis que je suis entre les mains de la classe dominante, alors que je suis depuis plusieurs années calomnié, diffamé, traîné dans la boue -tout ceci sans aucune protection de la loi - j'espère que vous allez satisfaire ma demande. La seule demande que je vous présente, c'est que vous respectiez mon droit de m'exprimer librement. La classe dominante veut me bailloner pour une longue période si ce n'est pour toujours. Dans ces circonstances je ne veux pas avoir de regrets ou m'en vouloir par la suite pour n'avoir pas réussi ou pour avoir oublié de dire tout ce que j'ai à dire devant vous maintenant... Je vous demande de ne pas m'empêcher de m'exprimer. En tant que révolutionnaire prolétarien, je suis bien conscient de mes devoirs et mes responsabilités et c'est en les comprenant pleinement que je comparais devant vous... Un suspect qui se sert de son droit pour présenter les faits qui prouveront son innocence ne doit en aucune circonstance avoir l'intention de se retenir pour dire ce qu'il a à dire. Cette institution capitaliste a été utilisée contre moi de façon quelque peu sévère. Je n'en suis pas surpris. Je sais que la classe dominante met en place des institutions qui l'aident à satisfaire les besoins du capitalisme. Ma défense devant cette commission pourrait être considérée comme un exercice futile si elle fournissait une couverture légale aux décisions arbitraires et sans scrupules ainsi qu'à l'attitude honteuse que vous avez adoptée. Néanmoins j'ai l'intention de démontrer comment une compréhension correcte du processus historique conduisit au plus furieux, au plus barbare et au plus vaste massacre qui se soit déroulé au cours de l'histoire récente de notre pays.

Messieurs les membres de la commission,

« Le plus noble, le plus précieux, et le plus grand trésor qu'un homme possède est sa vie. Il ne vit qu'une seule fois. Il doit vivre de telle façon qu'au moment de sa mort il n'ait aucune raison d'éprouver du regret, du repentir, un choc ou de la façon qu'il puisse être vraiment heureux à l'idée d'avoir sacrifié sa vie pour le soulèvement. la libération et la victoire des peuples du monde, pour développement l'humanité entière » C'est l'interprétation de la vie donnée par un écrivain soviétique. Moi, qui suis d'accord avec cette in20 terprétation, je tiens à n'avoir aucune raison d'éprouver de la tristesse au cas où la classe dominante mettrait un terme à ma vie dans la fleur de ma jeunesse... Oui, je n'aurai pas le moindre regret à propos de ma vie et du sort qui lui a été réservé. Je compte bien vous parler de tout ce qui concerne l'histoire des incidents d'avril sans aucune inquiétude à propos d'éventuelles représailles contre ma personne. Les chefs d'accusation invoqués contre nous sont graves. Nous sommes accusés d'avoir violé les articles 114 et 115 du code pénal. D'aprés le mandat qui a été délivré par le gouverneur général et aussi d'après l'inculpation qui nous a été notifiée la période en jeu va du début de l'année 1968 à la fin de l'année 1971. Il est dit que ce fut durant cette période que nous avons « conspiré contre le gouvernement de la Reine ». Il est dit que c'est durant cette période que nous avons conspiré pour renverser criminellement le gouvernement de Ceylan. II est dit que nous avons « fait la guerre à la Reine » ou que nous avons été complices d'un tel acte. De façon similaire, si l'on considère la première plaidoirie du procureur du gouvernement, on voit qu'une tentative a été faite pour montrer que la naissance du Janatha Vimukthi Peramuna équivalait en elle-même à une conspiration. Ce que j'ai dit et fait durant cette période, voilà le nœud du problème et selon mes propres conceptions cela constitue autant le sujet de l'enquête que n'importe quoi d'autre... LES VERITABLES RAISONS DU PROCES

Après avoir lu l'acte d'accusation, je me suis demandé les raisons de mon inculpation. Une série d'événements me revinrent à l'esprit. Ils commencèrent au siècle dernier lorsque Karl Marx passa la plus grande partie de sa vie à la bibliothèque du British Museum à éplucher, à trier, à analyser les statistiques économiques faire de ces vastes provisions de données statistiques la base de certaines conclusions empiriques qui, il le pensait et nous le pensons, sont les facteurs décisifs et cardinaux pour expliquer le fonctionnement de la société actuelle. Ces conclusions furent plus tard reprises en compte dans certains livres écrits par Engels et Lénine et furent étudiées par des centaines de milliers de gens dans ce pays et par des millions de personnes ailleurs. Après les avoir étudiées et acceptées nous avons adapté nos principes et notre activité à ces conclusions. Voilà, je crois, la véritable raison de notre procès.

L'homme est le produit du travail. Le fondement de l'existence humaine c'est le travail. Le développement systématique de la société humaine est le fruit du travail et l'utilisation des outils. Cette société qui se développait et évoluait s'est divisée • en classes, et durant toute l'histoire de cette stratification sociale, à chaque étape de cette histoire, elle a tournée autour d'un objectif commun ou d'un but central. C'est le droit de propriété. L'histoire montre clairement comment tous les principes ,Premiers, comment toutes les opinions, qu'elles se rapportent à la justice, à la politique, à la religion, à la philosophie, à la morale ou à la culture sont rattachées à ce trésor suprême et incomparable : le droit de propriété. Dans la société capitaliste la classe qui posséde les moyens de production a donné au système de la propriété privée un caractère sacré. Quel type de droit de propriété qui est le produit du travail doit-on choisir ? La propriété doitelle être privée ou commune ? Quel système de propriété serait le plus avantageux pour l'humanité 7 Voilà des questions qui sont au cœur de la controverse qui nous oppose. Nous qui sommes marxistes léninistes nous disons que la propriété privée des moyens de production, c'est-à-dire le système de la propriété privée, doit être abolie, et qu'il faut assurer la propriété commune des moyens de production, c'est-à-dire des rapports de propriété collectivistes. Voilà, à notre avis, la solution à tous nos problèmes sociaux: nous n'en faisons pas un secret.

Oui, messieurs les membres de la Commission, nous sommes certainement coupables de faire un travail d'agitation et d'organisation avec pour buts l'abolition de ce système de propriété privée et l'instauration d'un système de propriété collectivisée. Aucun obstacle ne peut me faire me détourner de ce noble but. Quelle que soit la peine à laquelle pourra me condamner la classe dominante, je ne rebrousserai pas chemin...

C'est pendant cette période, c'est-à-dire vers novembre 1961, quand se réunit le 22 ° Congrès du PCUS que je fus témoin de divergences d'opinion qui bouillonnaient et couvaient à l'intérieur du mouvement communiste international, qui éclatèrent et se révélèrent au grand jour. Il est vrai qu'à ce moment là nous nous sentions insatisfaits de la ligne politique et du programme du Parti Communiste Ceylanais dont nous étions devenus des suivistes à toute épreuve, en raison de notre maigre connaissance marxisme. Ce que nous ressentions, c'est que les tendances droitières et socialdémocrates étaient devenues les forces dominantes du PC ceylanais. Nous pensions que le PC ceylanais dégénérait en un parti social-démocrate et donc, pour sauver le PC de ce désastre nous devions lancer une campagne de rectification idéologique en son sein. Pendant cette période, moi et l'actuel dirigeant national du PC, le camarade K.P. Sylva, qui était alors en visite en Union Soviétique et le camarade Dharma Kerthi, primes l'initiative de créer le « Cercle d'Education Marxiste » ouvert aux étudiants ceylanais.

En juillet, pendant les vacances de l'été 62, je vins à Ceylan, mais dus retourner en Union Soviétique avec une confiance encore plus ébranlée dans le PC. C'est en septembre 1962, pendant ma deuxième année de médecine que mon intérêt pour la politique prit le dessus. reléguant mon intérêt pour la médecine à la seconde place. C'est pendant cette période que j'eus la chance de discuter le point de vue du PC chinois sur le conflit idéologique sinosoviétique avec des camarades comme Murad Aidit, un de mes proches amis et le frère du leader de l'époque du PC indonésien, le camarade D.N. Aidit, et le camarade Che Ali qui était un dirigeant de l'Union des Etudiants Indonésiens. Il résulta de ces discussions que je me sentis en état d'adhérer à la plupart des vues du PC chinois et me retrouvai donc du côté de la Chine dans le conflit idéologique sinosoviétique. Ceci ne signifie en rien que je devenais anti-soviétique. Ce conflit nous ap- paraissait du dehors comme une lutte idéologique fraternelle entre les partis soviétique et chinois avec en commun, le but d'arriver à un programme correct. Je ne réalisais pas alors qu'il allait se développer en un conflit entre ennemis. Je pensais qu'il resterait une lutte fraternelle. Je n'acceptais pas qu'il pût y avoir deux voies conflictuelles et contradictoires dans le mouvement communiste international. Cependant j'admettais qu'il était préférable qu'il y eût deux voies, une juste et une fausse, plutôt que d'en avoir une seule, et fausse. Mais ce qui fut le plus malheureux ici, c'est que, bien qu'il y eût deux voies, elles se révélèrent toutes deux fausses.

A ce niveau, j'aimerais soulever une question qui est d'importance vitale dans ce procès, à savoir le point de vue marxiste sur la paix et la violence. Je le fais parce que le problème de la violence est en relation avec l'ensemble de mon témoignage. Les deux points de dissensions les plus importants entre les PC soviétique et chinois. touchaient aux problèmes suivants: le passage du capitalisme au socialisme et les relations entre les systèmes capitaliste et socialiste dans le monde aujourd'hui. Messieurs les membres de la Commission, il faut admettre que le problème de la transition du capitalisme au socialisme est devenu le sujet de votre enquête. J'expliquerai donc mon opinion en détails. LE ROLE DE LA VIOLENCE DANS L'HISTOIRE

La question de savoir si un passage pacifique du capitalisme au socialisme est possible, a été le sujet d'une controverse chaude et aigüe dans le mouvement communiste mondial et la classe ouvrière depuis longtemps... La réponse y fut déjà correctement donnée en 1847 par le jeune Engels. Dans son traité « Principes du Communisme », il pose la question comme suit : • La propriété privée peut-elle être pacifiquement abolie ?»

La réponse est tout à fait claire. Oui, nous marxistes, nous révolutionnaires, sommes désireux de voir le pouvoir d'Etat se voir transférerde façon pacifique de la classe dirigeante de l'exploiteur capitaliste dans les mains du prolétariat. Nous serions très heureux de recevoir pacifiquement les moyens de production des quelques détenteurs de la propriété, afin de les placer sous le contrôle du peuple entier. Si une abolition pacifique du système basé sur l'exploitation de l'homme par l'homme pouvait s'obtenir avec facilité et rapidité, nous n'émettrions aucune objection. Si les distinctions de classe de la société pouvaient être supprimées sans conflit et d'une façon amicale, nous n'aurions pas de raison de nous y opposer. De fait, nous communistes, préfèrerions certainement des méthodes paisibles pour la réalisation de nos projets, pour l'aboutissement de nos aspirations, c'est-à-dire l'instauration du communisme sur la moitié de tout le genre humain, afin que les distinction entre classes antagonistes n'existent pas, que tous les moyens de production appartiennent à la société toute entière et que cette noble politique « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » soit pratiquée.

Cependant il faut bien souligner que ce n'est pas aux révolutionnaires prolétariens de décider si la révolution socialiste se fera de façon pacifique ou impliquera le recours à la violence.

Marx a montré clairement comment l'histoire humaine démontre que l'exploiteur, la classe détenant les moyens de la production n'a jamais abandonné son pouvoir dominant ni ses privilèges de bon gré, à aucun moment de cette histoire... II n'existe pas d'exemple dans le globe d'une classe dominante qui se soit rendue de façon pacifique lorsqu'elle s'est trouvée confrontée au verdict de ['histoire sans appel en raison des besoins ét de la volonté de la majorité... Cette classe qui détient le pouvoir d'Etat dans notre société use de ce pouvoir pour protéger et renforcer ce système de propriété. En d'autres termes, pour protéger leur propriété, ces classes capitalistes dominantes ne reculeront devant aucun acte cruel ou crapuleux contre les masses opprimées.

Les classes capitalistes font usage de leur pouvoir illimité dans cette société pour intégrer les membres des classes opprimées à l'idéologie bourgeoise. Si, pendant ce temps, la menace d'établir une idéologie indépendante se fait jour dans les rangs du prolétariat, les classes dominantes réalisent le danger et emploient toutes leurs méthodes habituelles pour la détruire. Ils ne se contenteront pas d'infiltrer leurs agents pour la détourner et la récupérer, pour gagner des individus dégénérés et traîtres à la cause dans son sein, mais ils emploieront même plusieurs projets assez rusés pour désarmer idéologiquement ce mouvement indépendant au sein du prolétariat. Ils auront recours également à des ruses dans le but de diviser et d'humilier sa politique comme ses membres disciplinés. Lorsque tous ses efforts réunis échouent, ils cherchent sa destruction par les lois capitalistes, la justice, les prisons, les lois et méthodes répressives et pour finir même en arrivent à des attaques violentes et des massacres. Ceci est la vérité vérifiable dans les annales de la lutte des classes... « Pour protéger leur propriété, les classes capitalistes dominantes ne reculeront devant aucun acte cruel ou crapuleux contre les masses opprimées ».

L'appareil de l'Etat est une institution dont l'existence résulte de l'émergence des oppositions de classe fondées sur le système de la propriété privée et le conflit de classe en résultant. Il naquit et se développa comme unepuissante arme nécessaire à la classe dirigeante au pouvoir. pour réprimer et gouverner le prolétariat qu'elle exploite. Sans l'existence de cette institution — l'appareil d'Etat — qui est la création de la lutte des classes, la classe dirigeante ne peut protéger et satisfaire ses intérêts et ses besoins... Il n'a jamais été neutre. Dans chaque société de classe, l'appareil d'Etat protège les intérêts d'une classe et les sert. Dans une société féodale, l'appareil d'Etat est l'arme de l'aristocratie : dans une société socialiste c'est, bien sûr, la dictature du prolétariat qui est au service du prolétariat.

Toute l'histoire de notre société d'aujourd'hui témoigne du fait que lorsque le prolétariat qui représente la majorité, en commun avec d'autres minorités opprimées, essaie de protéger ses droits ou de changer le système social en place par des moyens pacifiques, représentent une faible minorité, agissent toujours dans le sens de la protection de la propriété complètement le combat pacifique du prolétariat par l'usage de la violence.

Nous marxistes, sommes des révolutionnaires prolétariens. Nous ne cachons ce fait à personne. Oui, nous espérons un complet changement révolutionnaire du système social actuel et nous agissons conformément à cet objectif. Le nôtre n'est pas d'attendre les bras croisés, le jour où le système capitaliste sera enterré par les efforts des autres. Ce système capitaliste a imposé souffrance et oppression à la classe ouvrière de ce pays fort de trois millions de bras. Il a fait de la pauvreté et de la famine le seul leg laissé aux petits et moyens paysans qui forment plus de la moitié de la population; il a apporté le chômage aux jeunes et la malnutrition aux enfants; il est la cause et la source de tout problème social contemporain dont l'ensemble de la nation doit souffrir. La révolution socialiste dans un pays donné peut être activée ou retardée en fonction de la maturité des conditions objectives et de la façon dont les conditions subjectives, c'est à dire la conscience de classe, l'organisation et la direction révolutionnaires se sont développées.

Les contre-révolutionnaires ont recours à la violence. Il devient de fait alors nécessaire aux révolutionnaires prolétariens, pour assurer l'éxécution du nouveau système social, d'employer la violence révolutionnaire contre celle des contrerévolutionnaires capitalistes. Le camarade Engels dans « La guerre paysanne en Allemagne » l'a montré correctement: « Capitalistes | C'est vous qui prenez les armes les premiers ». Si la vieille classe dirigeante n'employait pas la violence, le prolétariat n'aurait pas recours aux armes.

Le problème fondamental est la question du pouvoir d'Etat. La tâche principale de toute révolution socialiste est la destruction de l'Etat capitaliste et la création d'un Etat prolétarien, en d'autres termes, la dictature du prolétariat. Nous marxistes léninistes pensons que la consolidation de la dictature du prolétariat est la condition essentielle pour une transitión vers un régime socialiste. Le socialisme ne peut être cons-

21 LC truit sans que le prolétariat ait d'abord pris puis consolidé le pouvoir. Pour garder ce pouvoir, la classe capitaliste aura recours à la violence. Nous prédisons seulement l'inéluctabilité d'actes violents pendant la révolution. Nous annonçons que pour empêcher la marche en avant de la société vers une révolution socialiste, la classe dominante décadente aura recours à une violence contre-révolutionnaire et que le prolétariat devra répondre avec sa propre violence révolutionnaire.

LE JUGE FERNANDO: Si un voleur soupçonneux vient vous demander conseil, lui direz-vous alors : « Eh bien, tu devrais peut-être prendre un revolver au cas où le propriétaire de la maison en aurait un aussi ». Notre législation interdit le port du revolver dans ce genre de circonstances.

LE 13 ème SUSPECT (WIJEWEERA ): Vous connaissez bien vos lois : ma connaissance vient des idées que j'ai et des choses que j'ai faites et dites. Nos actes et nos paroles ont été présentés ici d'une manière complètement déformée. Si la vérité tout entière est rendue publique, vous pourrez alors intenter les actions que votre loi permet...

Au milieu de l'année 1967, d'après un arrangement intérieur, un camarade dont je ne peux divulguer le nom et le camarade Sanath, vinrent à la maison de ma mère à Hannuadnya. Nous eûmes là une discussion à propos de notre action à venir. Il en résulta, à la fin de 1968, une discussion entre beaucoup de nos sympathisants et nous mêmes. Cette discussion fut d'une importance historique, puisqu'elle montrait la voie vers l'émergence d'un nouveau mouvement politique : le Jamata Vimukthi Peramuna. Il y avait des raisons particulières pour tenir cette discussion à ce moment là. Une couche politique nouvelle qui avait grandi à l'échelle internationale gagnait rapidement du terrain, même dans ce pays. QUELLE VOIE POUR LA REVOLUTION ?

Après l'assassinat du camarade Che Guevara en Bolivie. après le congrès tricontinental de l'OLAS, cette couche fut l'objet de publicité dans le monde entier et eut une répercussion importante. L'ambassade cubaine à Ceylan fit imprimer plusieurs discours écrits des camarades Castro et Guevara en Sinhala et les distribua largement dans le pays. Parmi ceux-ci. figuraient de Castro « l'Histoire me jugera ». « la seconde déclaration de la Havane », « le chemin de la révolution latino-américaine ». « ceux qui ne sont pas des militants révolutionnaires ne sont pas des, communistes » et « de Moncada à la Victoire ». Le résultat fut que beaucoup de nos sympathisants sentirent que Ceylan devait prendre le même chemin et qu'il fallait faire connaitre l'exemple héroïque du Che. Le fond de ce projet, c'était que dans les conditions présentes. la révolution pouvait se 22 faire sans parti révolutionnaire. Cette conception rejette la conception léniniste de la nécessité d'une organisation révolutionnaire solide. pour la victoire du prolétariat et de la révolution socialiste. Dans cette optique, la trahison du vieux Mouvement de Gauche en face de la répression capitaliste avait créé une situation dans laquelle un parti révolutionnaire ne pouvait se créer. la seule chose possible pour un groupe de révolutionnaires était alors de commencer la lutte armée afin que le peuple opprimé soit secoué de sa torpeur par le son du fusil des révolutionnaires. procédé qui devait rallier le peuple à la révolution. Ces mêmes camarades soutenaient que les activités politiques. les classes politiques, les discussions. les campagnes d'agitation et les combats idéologiques pour organiser le prolétariat en tant que classe et combattre pour la révolution, étaient impossible ou inutiles. Ceux-là même qui étaient prêts à suivre la voie cubaine, ne l'avaient pas assimilée correctement. Ils avaient la vision erronée que la révolution commençait. se développait et se gagnait avec 11 hommes et des fusils. Ils ne voyaient pas que de larges secteurs des masses (l'organisation Larnaud et le mouvement du 26 juillet) s'étaient mobilisés contre la cruelle dictature de Batista. Cette conception fausse fut totalement rejetée à la discussion de Kallatawa. Là. l'aventurisme petit-bourgeois qui s'était développé sous le couvert du modèle cubain fut battu et nous discutâmes de ce que nous allions faire. Lesinnombrables exemples négatifs qui s'étaient développés dans le vieux parti de gauche et sa scission, la clique Shannugathasan qui se proclamait révolutionnaire. et d'autre part la considérable expérience du mouvement communiste international, se révélaient utiles comme bases à nos discussions.

Nous avons pensé tout d'abord que les opinions sur l'état de la révolution à Ceylan que nous avions lorsque nous étions dans l'aile chinoise étaient incorrectes. Voilà ce que je veux dire : lorsque nous étions dans l'aile chinoise. nous avions une opinion particulière sur l'état de la révolution. Nous en étions à l'étape de la démocratie du peuple: lors de la discussion à Kallawata, nous rejetames cette opinion. C'était la révolution socialiste et non la révolution démocratique et populaire qui était à l'ordre du jour à Ceylan.

Je vais expliquer pourquoi nous avons rejeté « c'était la révolution socialiste, et non la révolution démocratique qui était à l'ordre du jour à Ceylan ».

l'idée d'une révolution démocratique populaire

Le Parti Communiste de Ceylan avait copie cette idée sur la direction réformiste de la III° Internationale (communiste) et sur la Chine. D'après cette analyse de la nature actuelle et de l'état du développement social à Ceylan, et le caractère international du capitalisme. nous en arrivâmes à l'idée que les tâches antiimpérialistes et anti-féodales de la révolution dans les sociétés coloniales et semi-coloniales ne pouvaient être menées à bien qu'en effectuant les tâches socialistes : aucune tâche antiimpérialiste ne peut étre effectivement achevée sans le socialisme. Et ainsi les tâches inachevées et négligées de la révolution démocratique bourgeoise. telles que l'indépendance nationale. la révolution agraire. la démocratie pour le peuple, ne peuvent s'accomplir qu'à travers la révolution socialiste. Ces tâches ne peuvent être effectuées que par le prolétariat.

Discuter sur le thème « une nouvelle étape démocratique existe entre le système social capitaliste et le système socialiste ». c'est ignorer les principes du développement social et des relations entre les classes. Le monde capitaliste pris dans sa totalité, s'est développé suffisamment pour créer les conditions objectives favorables à une révolution socialiste à l'échelle du globe. et donc, les tâches socialistes sont à l'ordre du jour. même dans les pays sousdéveloppés.

A la même discussion. nous avons admis qu'un parti révolutionnaire prolétarien devait être construit. . Cependant, il ne peut y avoir de parti marxiste sans marxistes. Qu'a fait le vieux mouvement de gauche pendant trente ans et plus pour former des marxistes ? Il est très clair que les dirigeants de la vieille gauche ont succombée à l'idéologie capitaliste et n'ont accordé qu'une attention très médiocre au problème de donner à la classe ouvrière une compréhension marxiste élémentaire. D'une part ces dirigeants n'avaient pas les cadres qui auraient pu propager les idées marxistes dans le Singhala alors que d'autre part, bien qu'ils aient organisé une ou deux écoles politiques sur quelques sujets au hasard et de façon irrégulière. ils n'ont pas donné à l'avant-garde ouvrière une éducation politique systématique. Ils n'ont fait aucun effort sérieux pour créer et maintenir un certain niveau de conscience politique dans leurs propres rangs. Le résultat, lorsqu'ils virèrent à droite. c'est qu'il n'y avait pas un groupe de marxistes assez fort pour les combattre effectivement. et la plupart de leurs membres les suivirent.

Je dis tout ceci pour essayer de vous montrer le contexte dans lequel nos 5 écoles ont été créées. En considération des expériences négatives que nous avions connues de la vicille gauche, nous avons compris que pour donner au peuple une connaissance du marxisme súre. il fallait adopter une méthode süre. correcte et simple pour qu'il puisse saisir de suite le sujet. Lire dans " Inprecor " n° 0, 1 et 2 la résolution du Comité central de la section Ceylanaise et la Quatrième Internationale sur la situation politique actuelle au SRI/LANKA.

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