Des bouleversements profonds sont prévisibles en France . La montée croissante des luttes ouvrières, la remise en cause du droit patronal dans l'entreprise, les mobilisations de la jeunesse scolarisée et ouvrière contre l'embrigadement militaire, le chômage et la surexploitation, sont le prolongement de la brêche ouverte en mai 68.
Ces luttes de la classe ouvrière et de la jeunesse traduisent une combativité que ni la répression, ni l'intégration n'ont réussi à briser. Elles se situent dans le cadre d'un approfondissement de la crise de l'Etat fort né du coup d'Etat de 58 : crise des institutions, crise des instruments de domination de la bourgeoisie, visible dans la justice, l'armée, la police.
Dans ce contexte les élections présidentielles prennent une signification toute particulière : pour des millions de travailleurs et de jeunes, elles peuvent apparaitre comme une issue politique au combat quotidien qu'ils mènent. Ceci d'autant plus que les formations politiques bourgeoises donnent l'image d'une crise et d'une division sans précédent depuis 58.
Mais les réponses à la crise offertes par l'Union de la gauche sont dérisoires. Les mêmes qui ont failli à leur tâche en mai 68, dénonçant cette crise révolutionnaire comme un complot ourdi par la bourgeoisie, ne proposent aujourd'hui rien d'autre qu'un aménagement du système, laissant les mains libres à la bourgeoisie, pour comploter économiquement et militairement quand elle le jugera utile. Non seulement, ils n'appellent pas les travailleurs à s'organiser dès maintenant, seule garantie pour s'opposer à la répression bourgeoise et assurer le succès des revendications, mais ils préconisent une trêve sociale et une union nationale démobilisatrices.
Les tâches des révolutionnaires sont dès lors, immenses. Il s'agit non seulement d'être présent dans toutes les luttes qui contestent la société capitaliste, mais encore de proposer une réponse politique à une avant-garde ouvrière de plus en plus nombreuse qui rompt en pratique avec la politique réformiste. Il s'agit également, en cas de victoire de l'Union de la gauche de préparer dès maintenant les conditions de l'auto-organisation et de l'auto-défense des travailleurs, face à la résistance acharnée qu'opposera la bourgeoisie. Il s'agit enfin de donner aux luttes anti-capitalistes leurs dimensions internationalistes aussi bien en tirant les leçons de l'expérience chilienne, qu'en opposant la création des Etats-Unis socialistes d'Europe au maintien de l'Europe des trusts et des monopoles que le Programme commun de la gauche ne remet nullement en cause.
C'est parce qu'ils défendent de telles idées et qu'ils s'efforcent de les intégrer dans leur action, que les marxistes révolutionnaires ont du, de tous temps, faire face à la répression. Une répression bourgeoise qui a recours aux emprisonnements et aux dissolutions d'organisations. Ce fut le cas pour la Ligue communiste dont nous assurons les ex-militants de notre appui dans la lutte pour l'abrogation du décret scélérat du 28 juin 1973 qui les a frappés parce qu'ils s'étaient opposés aux menées racistes d'organisations fascistes tolérées par le pouvoir. Par ailleurs, au sein même du mouvement ouvrier, les marxistes révolutionnaires se heurtent à une répression bureaucratique qui s'est toujours efforcée, mais avec de plus en plus de difficultés, de les exclure du mouvement ouvrier.
Pour faire face à ces tâches, pour reprendre le combat entrepris par le parti bolchévique en Russie, poursuivi par Trotsky et la 4ème Internationale, pour prendre part activement à la lutte de dizaines de milliers de militants révolutionnaires aujourd'hui en Europe et dans le monde, les soussignés décident de créer une organisation. Dans la tradition de l'internationalisme prolétarien, cette organisation s'efforcera de lier la lutte des travailleurs français au combat mondial contre le capitalisme. En reconnaissant le droit de tendance, tout en maintenant la centralisation nécessaire pour préparer la destruction de l'Etat bourgeois par les travailleurs eux-mêmes, cette organisation rompra avec la caricature stalinienne du centralisme démocratique. Elle s'efforcera enfin de susciter partout l'auto-organisation de la classe ouvrière, pour préparer dans les luttes d'aujourd'hui l'autogestion socialiste de demain démocratiquement centralisée par l'Etat des Conseils ouvriers.
C'est pourquoi, les militants révolutionnaires soussignés, ayant participé aux principaux combats de la classe ouvrière depuis 68, appellent à former une nouvelle organisation, à constituer partout ses fédérations et sections en vue de tenir prochainement un premier congrès. Ils désignent dès maintenant à cette fin, une direction provisoire et appellent les travailleurs et les jeunes à rejoindre massivement la nouvelle organisation.
Vive le FRONT COMMUNISTE REVOLUTIONNAIRE !
VIVE LA REVOLUTION SOCIALISTE !
Signatures :
Elsa PETIT (enseignante), Michel ROUSSEAU (employé PTT), J.P. RATAJ (infirmier), André FICHAUT (ouvrier électricien), Michel RECANATI (étudiant), Pierre FRANK, Michel LEQUENNE (correcteur), Michel FIELD (lycéen), Marcel-Francis KAHN (médecin) Jean-Marc Poiron (enseigant), R. ADRASTE (comptable): Alain Krivine (journaliste), Jean-Marie Vincent (économiste), S. ROUX (infirmier), Jules FOURRIER (ouvrier du bâtiment, ancien député communiste du front populaire), Pierre ROUSSET (journaliste), Emilia SCIALOM (enseignante) Wilfrid PASQUET (docker), G. TOMASSIN (fonctionnaire), Jacques HOUDET (ouvrier ajusteur), J.L. DION (ouvrier chimiste), G. REY (ouvrier métallurgiste), J.P. BILLARD (employé de banque), D. VAILLANT (technicien chimiste), Sophie PETERSEN (employée), Paul ADAM (étudiant). Marcel DELPELL (éducateur spécialisé), Gérard PESSY (employé PTT), Suzette ROBICHON (employée) Colette BLIESENICK (enseignante), J.P. PUJNIK (ouvrier).