Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › nouvelle série n° 13 (n° 64)

Thaïlande : après le renversement de la dictature militaire

Pierre Rousset · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 13 (n° 64) · janvier-mars 1974 · p. 15-20 · 6 339 mots

In English: Thailand: After the October Days: An Ambiguous Situation (Inprecor no. 21, 13 March 1975).

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

En cinq jours de manifestations - du 10 au 15 octobre - les étudiants thaïlandais auront renversé la dictature militaire des généraux THANOM KITTIKACHORN et PRAPHAS CHARUSATHIEN. L'évènement est d'importance, car il touche à une plaque tournante de la politique impérialiste dans le Sud-est asiatique et éclaire partiellement l'agencement des forces qui détermineront le cours futur de la révolution thailandaise. LE DEROULEMENT DES EVENEMENTS

Le 21 juin 1973, 10.000 étudiants manifestaient pour réclamer la réintégration de 9 des leurs, exclus de l'université de RAMKAMHAENG et la démission du recteur. Sous la pression du mouvement, Sadki PASUKNIRAND, le recteur, se retirait cinq jours plus tard. Mais la lutte impulsée par le Centre national des étudiants thailandais (CNET) ne s'arrétait pas pour autant : un nouveau mot d'ordre était apparu, l'exigence d'une constitution dans les six mois. Or le premier ministre, le général Thanom Kittikachorn, ne le promettait que pour dans trois ans.

Le général Thanom n'en était pas à son coup d'essai. Déjà nommé premier ministre en 1963, il s'était engagé à assurer la rédaction d'une nouvelle constitution. Elle ne verra le jour qu'en 1968 - le temps de permettre l'élection parlementaire de 1969 et deux ans de régime « démocratique ». Le 17 novembre 1971, Thanom, toujours premier ministre, et le général Praphas dirigeaient un coup d'Etat et rejetaient gouvernement civil, parlementaires et constitution dans les oubliettes de l'histoire.

Depuis juillet 1973, l'activité étudiante ne cessait de croftre en Thailande. Le 5 octobre un grand meeting se réunit pour réclamer la constitution. THIRAYUDH . BOONMEE, un ancien secrétaire général du CNET, y prend la parole. Du 6 au 9 octobre, le gouvernement réagit violemment. Il arrête 13 personnalités - étudiantes ou non - associées au mouvement constitutionaliste, dont Thirayudh et KHAISAENG, un ancien député. Thanom Kittikachorn annonce alors la découverte d'un complot et se dote des pleins pouvoirs.

Dés lors, les manifestations se succèdent. Ils sont 10.000 à Bangkok, réunis à l'université THAMMASAT, le 10 octobre. Puis 50.000 le 11, 75.000 le 12 et dans la soirée 150.000 au stade universitaire. Le même jour, une autre manifestation réunissait 10.000 étudiants dans la ville provinciale de CHIANG MAI.

Le gouvernement propose alors un compromis : la libération sous caution des emprisonnés. Les manifestants refusent et lancent un ultimatum : si les 13 détenus ne sont pas libérés sans conditions et les poursuites judiciaires abandonnées, si la promesse d'une constitution dans les 6 mois n'est pas faite, ils marcheront sur le centre de la ville.

La crise finira de se nouer le samedi 13 et le dimanche 14. Samedi, le cortège étudiant sort de l'université pour se rendre au Monument à la Démocratie. Il est alors gonflé de dizaines de milliers de sympathisants. La manifestation regroupera, semble-t-il plus de 300.000 personnes. Un évènement sans précédent en Thailande.

Le gouvernement cédera sur l'essentiel en libérant les détenus et en promettant une constitution pour dans un an. Mais les manifestants ne se disperseront pas pour autant. Parce que les nouvelles circulent mal et sont contradictoires. Parce que certains veulent maintenir l'objectif d'une constitution dans les six mois. Parce que par son ampleur et son sens objectif la manifestation dépasse de beaucoup les seuls mots d'ordre sur lesquels elle a été appelée.

C'est le dimanche matin que la police attaque pour la première fois les étudiants et tire avec les armes à feu. Les manifestants, en fureur, montent à l'assaut de plusieurs bâtiments gouvernementaux. L'armée et la police font donner les tanks et mitraillent la foule depuis un hélicoptère.

A 18 h, le gouvernement donnait sa démission. Thanom restait néanmoins à la tête de l'armée A 19 h 45, le roi Bhumipol annonçait la nomination du recteur de l'université Thammasak, SANYA, au poste de premier ministre. Les combats décroissaient alors d'intensité progressivement et les manifestants se dispersaient.

Mais le lundi 15, Thanom et Praphas (l'homme fort de l'ancien régime) tenté. rent une dernière riposte. Thanom, dénonça l'infiltration de « terroristes » dans les rangs étudiants et de nouveaux combats éclatérent. Malgré des pertes très nombreuses (1), les manifestants s'emparèrent du quartier général de la police et y mirent le feu. Ils étaient maitres de la ville.

Thanom et Praphas tentèrent de promouvoir un nouveau coup d'Etat militaire. Mais une partie trop importante de l'armée, derrière le général KRIS SIVORA (2), ne suivit pas. Ils quittèrent 16 alors le pays. Le régime militaire avait (provisoirement) vécu. LE DETONATEUR ETUDIANT ET LA FIN DU « BOOM VIETNAMIEN »

Les journées d'octobre auront permis aux étudiants thailandais de jouer un rôle de détonateur comparable à celui des étudiants français, pakistanais ou mexicains en 1968. Dans nombre de pays néo-coloniaux, le milieu étudiant pèse d'un poids social nouveau par rapport à l'avant-guerre. Il forme aujourd'hui un milieu massif, urbain, concentré, intellectuel, culturellement spécifique et en contact avec l'évolution idéologique de l'étranger - issu majoritairement de la petite bourgeoisie et des fonctionnaires. Ceci leur assigne un rôle particulier dans un pays comme la Thailande où la paysannerie reste encore dispersée économiquement, géographiquement, politiquement et ou la classe ouvrière est particulièrement faible socialement et numériquement. Le mouvement étudiant devient ainsi un vecteur de conscience de « stabilité programmatique » même confuse et réformiste, sur des périodes parfois longues. En l'absence de partis oppositionnels forts, il tend alors à cristaliser et coordonner les luttes sociales.

L'insécurité de l'emploi et la crise du système universitaire rendait le milieu étudiant thailandais particulièrement sensible aux évolutions politiques et sociales. Chaque année il y a 3 fois moins de place disponible dans les universités que de demandes d'admission. Et l'absence de diplómes universitaires signifie généralement travail très peu qualifié. De plus il y a deux fois moins d'emplois décents offerts aux diplômés que de diplômes décernés. Le chômage universitaire est profond. Et l'inadaptation de l'enseignement est presque totale.

Surtout, les récentes manifestations sont la marque d'un changement dans la situation politique. Le coup d'Ftat du 17 novembre 1971, qui avait mis fin à deux ans d'expérience parlementaire, s'était déroulé dans la plus parfaite indifférence. La Thailande a une longue tradition de régimes militaires. Et le mouvement étudiant avait une réputation bien arrêtée de passivité. C'est en 1972, qu'il commence à s'organiser et à devenir plus actif

A la fin de cette année il se lance en effet dans une campagne de boycott des produits japonais. Il semble avoir l'accord du gouvernement. Mais c'est là l'occasion pour le mouvement étudiant de commencer à s'organiser, à acquérir une conscience anti-impérialiste, à prendre conscience de sa puissance. Il engagera, alors des batailles • parfois victorieuses, contre des cas de corruption, la politique universitaire, la présence américaine et les bases US et initie le mouvement pour constitution.

Quand, à la rentrée 1973, il engagera l'épreuve de force avec le régime il recevra un appui populaire immédiat et très large. Les manifestations atteindront le chiffre de 300.000 personnes, alors que la population étudiante totale de Thailande ne dépasse pas les 50.000 !

C'est que la situation économique et sociale en Thailande connait une brusque détérioration avec les débuts de la politique de « vietnamisation » de la guerre d'Indochine et le rapprochement sino-américain. L'avenir politique de la présence TS et des régimes fantoches devient plus incertain. • se mario and supera ve et Le marché ouvert aux produits et massive des soldats américains permission. naires se rétrecit brusquement (des « Ret R » (permissionnaires américains) rapportaient en janvier 67, selon la presse thailandaise 5 millions de dollars par mois...). La conjoncture internationale devient, de façon générale, plus mauvaise. Et la Thailande grenier à riz du Sud-est asiatique, subit la concurrence des dons américains à des pays acheteurs et du développement du « riz miracle ». La situation paysanne devient plus dure. L'inflation, le chômage et des crises de surproduction apparaissent, aggravées par la main-mise américano-japonaise sur la production thailandaise.

L'octobre étudiant - et le soutien populaire qui s'est alors manifesté - ne peuvent se comprendre que dans ce cadre. Celui de la crise née de la fin du boom économique lié à la guerre du Vietnam et des incertitudes politiques dues à la réorientation de la politique US. C'est aussi cela qui permet de comprendre les appuis qui se sont manifestés à l'égard du mouvement étudiant dans les classes dirigeantes elles-mêmes. DES APPUIS DANS LA BOURGEOISIE

Très tôt, le CNET a en effet reçu l'appui de fractions importantes de la bourgeoisie thailandaise. Lors du meeting du 5 octobre une liste de personnalités, dont beaucoup de la « classe politique » dirigeante, a été publiée, appelant à la rédaction d'une constitution dans les six mois. On y trouvait par exemple le nom de l'ancien premier ministre THANAT KHOMAN. Une partie de la presse (pourtant étroitement contrôlée) a appelé le gouvernement à plus de considération à l'égard des revendications étudiantes, telles le Bangkok Post (3). Le roi lui-même a marqué sa défiance à l'égard des militaires en recevant le samedi 13 les dirigeants étudiants beaucoup plus longuement que Thanom Kittikachorn lui-même.

L'attitude du mouvement étudiant a d'ailleurs reflété cette situation. Le 13, les drapeaux brandis par les manifestants étaient thailandais et côtoyaient des portraits du roi. Le soir, après la libération des détenus, de violents désaccords sont apparus entre les dirigeants du mouvement. Libéré, Thirayuth Boonmée, l'ancien secrétaire général du CNET, était venu appeler au nom du Centre national étudiant les manifestants à la dispersion. Il s'était attaqué à cette occasion à la minorité la plus radicale et avait notamment dénoncé SEKSUN PRASERTKUL comme « rebelle » « traftre » et « communiste » (4). Enfin, une fois les généraux enfuis en exil et en l'absence de toute de force de police cohérente, c'est le CNET qui a contribuer à ramener l'ordre à Bangkok et a apaisé rapidement la situation.

C'est donc un profond clivage qui est apparu au sein de la bourgeoisie thailandaise. Il n'est en fait pas nouveau. Il date de la « révolution nationale » de 1932 qui a mis en question le type d'alliance passée entre le royaume et l'impérialisme anglais, a imposé une monarchie constitutionnelle et a recherché un cadre plus favorable au développement d'un capital national. Une partie des classes dirigeantes, à savoir essentiellement les militaires et une majorité de fonctionnaires d'Etat, veulent s'appuyer sur le contrôle qu'ils ont de l'armée et de l'Etat pour accumuler des fortunes grâce à la prévarication, la corruption, le détournement de fonds publics, le nepotisme... ! s'agit de ce qu'Anne Vimille appelle la « fraction militaires » des classes dirigeantes. (5)

Les généraux Thanom et Praphas et le colonel Narong (6) (fils de Thanom et gendre de Praphas) sont de bons exemples de ce personnel politique. Aujourd'hui le scandale éclate et leurs biens sont (un peu tard) « gelés ».

Praphas Charusatien, selon « Etudes Vietnamiennes » de 1972 (7) était propriétaire de 43 compagnies et 2 banques. Sa femme possédait de gros intérêts dans le commerce de la viande, de la volaille et des œufs. Les « révélations » actuelles le confirment (8) : présidence de la Bangkok Bank, contrôle d'une importante plantation d'hévéas, d'entreprises « politiques », importants investissements dans l'immobilier, l'élevage, le tourisme et les terrains. Thanom, curieusement épargné par la grande presse internationale, toujours selon E.V était directeur de la compagnie Orient et possédait des actions dans plus de 30 compagnies Sa femme en avait dans 10 autres. Evidemment, il était battu par son fils Narong qui aurait eu des actions dans 43 entreprises, aurait contrôlé une radio provinciale, la Saha Siam Insurance Compagnie, et trempait directement dans le commerce de la prostitution, la contre-bande et le trafic de drogue.

A elles deux, les familles Thanom et Praphas avaient accumulé une fortune d'au moins 150 millions de dollars et posséderaient aujourd'hui de confortables comptes en banque... à l'étranger.

La force de cette fraction de la bourgeoisie provient de l'appui reçu de l'impérialisme américain tendant à faire de la

Thailande une plaque tournante de sa politique contre-révolutionnaire régionale. Sa faiblesse née de son incapacité à développer économiquement le pays et à user d'autres armes que la répression quand une montée des luttes populaires se dessine.

L'autre fraction de la bourgeoisie thailandaise veut elle aussi utiliserl'Etat. Mais pour impulser une industrialisation « à l'occidentale », avec laide, toujours, du capital américain. Elle est dominée par l'alliance entre le capital commerçant thailandais, largement d'origine chinoise, et une fraction minoritaire des fonctionnaires. C est ce qu'Anne Vimille appelle la « fraction civile ».

De façon générale ce sont les militaires qui ont dominé la vie politique thailandaise à quelques brefs interludes « démocratiques » prés. Une alliance a pu se nouer entre les deux principales composantes des classes dirigeantes lors des « booms » coréens et vietnamiens. Les USA étaient alors prêts à payer le maximum pour s'assurer l'aide directe des Thailandais. (La Thailande est le seul pays asiatique à maintenir encore un contingent militaire en Corée de Sud , elle est intervenue de façon massive et direct au côté des américains en Indochine). L'appui américain se destinait tout naturellement d'abord à l'armée. Et la présence des GI comme les marchés ouverts par la guerre favorisait le développement économique. La Thailande est ainsi un des pays de la région avec la Malaisie et Singapour à avoir bénéficié le plus directement des « guerres asiatiques » de l'impérialisme US.

Mais aujourd'hui, comme au lendemain de la guerre de Corée, la crise de « l'aprés boom » fait resurgir toutes les contradictions internes aux classes dirigeantes. L importance objective des militaires décroit dans le nouveau contexte politique régional. Leur détournement systématique des fonds publics devient un frein dramatique au développement économique. Ils contribuent à accumuler les rancœurs olitiques et s'avérent incapables de faire face à la montée du mécontentement social. Telle est du moins la façon dont la « fraction civile » de la bourgeoisie thailandaise voit les choses.

C'est cette opposition chronique que l'octobre étudiant vient de contribuer à résoudre en faveur de ces derniers. LE MOUVEMENT INSURRECTIONNEL ET LE PARTI COMMUNISTE THAILANDAIS

L'opposition bourgeoise au régime militaire a donc su exploiter à son profit le mécontentement et la radicalisation étudiante. L'importance des derniers événements ne peut cependant être comprise sans tenir compte du poids dont pèse sur la situation nationale les mouvements insurrectionnels.

Les frontières thailandaises - largement artificielles - traversent pour l'essentiel des régions de montagnes habitées par des minorités ethniques à longues traditions de dissidence. Par ailleurs , le Mékong formait plutôt l'axe central de développement d'une même population qu'il ne séparait deux civilisations. Cette somme de questions « nationales », « éthniques » ou « tribales »- et la faiblesse du pouvoir central - a donc facilité l'emmergence de guerillas à la périphérie du pays. Ce développement centrifuge de la lutte armée a été d'autre part accentué par le retard relatif accusé par le développement des forces sociales motrices de la révolution.

La question agraire, tout d'abord, pesait ici d'un poids beaucoup plus faible qu'en Chine ou au Vietnam. A l'image du Cambodge, la terre en Thailande ne manquait pas et le développement de la grande propriété foncière était faible. Et ce d'autant plus que la politique britannique, puis américaine, avait été prudente. La Thailande était en effet un « Etat tampon » entre les colonies britanniques et françaises avant de le devenir entre la révolution indochinoise et le reste du Sud-est asiatique. Elle ne fut jamais colonie directe. La Grande-Bretagne ne tenta pas d'accélérer outre mesure le processus de concentration dans l'agriculture. Pour éviter une crise économique et sociale. Et parce qu'elle y trouvait son compte. La Thailande était en effet le « grenier à riz » de l'Asie du Sud-est. Et les profits impérialistes étaient tiré essentiellement de la revente de ce riz dans les possessions britanniques. La faiblesse générale de l'industrialisation a interdit l'apparition d'un prolétariat concentré, capable de jouer un rôle égal au prolétariat urbain et agricole au Vietnam. Enfin, le développement du communisme n'a pas été porté par une tradition nationale quasi millénaire de luttes d'indépendance.

On connait mal le mouvement communiste thailandais et pas du tout son intervention, clandestine, dans Bangkok et les principales villes provinciales. Meme l'extension de son action dans les campagnes est difficile a apprécier, car elle reste longtemps souterraine avant de s'affirmer au grand jour.

Il ne semble pas avoir réussi à dépasser, à ce jour, les facteurs qui interdisaient la jonction des luttes révolutionnaires armées des provinces frontalières et celle du centre urbain et campagnard de la Thailande.

Le Parti communiste thailandais (PCT) est cependant, hormi l'Indochine et aprés la défaite en Indonésie de 1965, le plus important PC du Sud-est asiatique. Et l'action des guerillas mérite d'être détaillée.

Durant la seconde guerre mondiale, deux composantes essentielles participent à la résistance anti-japonaise. A l'intérieur, le mouvement des « Thais libres » est animé notamment par les militants communistes. Il se réclame de l'autorité de PRIDI BANOMYONG, un des deux représentant - et le plus radical - de la « révolution nationale » de 1932 (9).

Le gouvernement thailandais lui, prend avec la « fraction militaire » fait et cause pour le Japon derrière son premier ministre PHIBUL SONGKRAM, le deuxième représentant de la « révolution nationale » de 1932.

Aux Etats-Unis cependant, un mouve ment bourgeois se réclame des « Thais libres » partir de 1943. Le gouvernement américain met en avant SENI PRAMOJ, ambassadeur thailandais à Washington. L'impérialisme US se préparait aini et : bloquer le mouvement révolutionnaire thailandais et à évincer, à l'occasion de la défaite japonaise, les anglais. Au lende main de la guerre le pouvoir est donné à Seni Pramoj, qui fondera le « parti démocrate », parti de la « bourgeoisie civile » et l'Angleterre renonce à ses prérogatives (contrôle du commerce extérieur, présence de troupes...).

Le 9 juillet 1946, le roi MAHIDOL est mystérieusement empoisonné. Il avait la réputation d'etre favorable aux britanniques. Son frère, né à Boston, est alors sacré roi. C'est l'actuel roi Bhumipol. Enfin, en novembre 47, un coup d'Etat porte à nouveau au gouvernement l'ex-pro-japonais Phibul Songkram (10)

Les « errements » de la fraction militaire, durant la seconde guerre mondiale, sont pardonnés par l'impérialisme US qui dispose dorénavant d'un «instrument adéquat» en Thailande pour sa politique asiatique.

Jusqu'en 1950, marqué par la victoire de la révolution chinoise, les progrès de la résistance vietnamienne, on n'entendra semble-t-il plus parler des guerillas. Mais c'est surtout après 1965 -début de la « guerre locale » US en Indochine, qu'elles recommencent à prendre de l'ampleur.

Aujourd'hui, des activités militaires ont été signalées, selon Anne Vimille, dans environ la moitié des 71 provinces du pays. L'ampleur des moyens utilisés par Bangkok pour lutter contre les guerillas montre la réalité du problème De la « pacification » au bombardement au napalm bien des leçons du Vietnam sont réutilisées. En 1971, 503 opérations o t été, selon « Etudes vietnamiennes », menées dans le Nord-est (et jusqu'à Bangkok). Au début 1972 jusqu'à 12.000 soldats ont été engagés dans la même opération.

Les zones insurrectionnelles sont regroupées essentiellement en 3 régions :

Dans le nord-est où vit une population d'origine Lao. La résistance est ici directement dirigée par le PCT. En 1971, au lendemain du coup d'Etat militaire, l'ancien régime estimait à 1500 hommes les forces du PCT (11). Le PCT contrôlerait alors de 100 à 200 villages. En 1964, le PCT fonda le Front 18 patriotique thailandais (FPT). En 1958, Pekin a annoncé la création d'une « Armée populaire thailandaise », devenue plus tard « Armée de libération du peuple ».

Dans le nord, dans les provinces de Chiang Rai et Chiang Mai notamment, l'insurrection la gagné les tribus Méos qui seraient 60.000. Les « Méos rouges » ont à lutter non seulement contre la police et l'armée thailandaises mais aussi contre le KMT. Les KMT (de Kuomingtang) sont les restes de troupes chinoises nationalistes de Tchang Kai Chek, repliées après la victoire communiste, en Birmanie, Laos et Thailande. Elles y resten. depuis, vivant du trafic de l'opium. Le nord de la Thailande appartient en effet au « Triangle d'or » de l'opium. Et les forces du KMT sont utilisées de plus en plus systématiquement depuis 1970 par le gouvernement pour lutter contre les « Méos rouges » (12). Narong Kittikachorn était d'ailleurs en contact, pour ses affaires propres, avec l'un des deux chefs du KMT, le « général » LI.

* Au sud, se sont les musulmans d'origine malaise qui se sont soulevés à la fois contre Bangkok et contre le gouvernement malais : de l'autre côté de la frontière, les mêmes populations sont engages dans un même mouvement insurrectionnel.

Ces trois foyers principaux de guerilla seraient maintenant coordonnés par le PCT. Ce dernier avait la réputation d'être intégralement pro-chinois Formé en 71 selon Fejtö de 2500 à 3000 militants, il a refusé de participer à la conférence de Moscou de juin 1969 et avait envoyé en novembre 1966, par contre, un délégué au congrès du Parti des travailleurs albanais. Le 13 mai 1970 il a condamné dans un communiqué, l'attitude de l'URSS vis-à-vis du Cambodge et a appelé ses militants à coordonner leurs actions avec celles des combattants indochinois. Depuis plusieurs bases US ont essuyé attaques de commandos du PCT.

Il est impossible de connaître l'évolution politique qui a pu suivre le PCT, en regard de la politique étrangère de Pékin. Des contacts étroits semblent établis depuis longtemps avec le Pathet Lao et l'ensemble du mouvement communiste indochinois La presse nord-vietnamienne a régulièrement suivi l'actualité thailandaise (notamment le quotidien du parti le Nam Dhan) L'indépendance que manifestera, ou pas, dans le futur, le PCT vis-à-vis de Pékin peut-être déterminante dans la marche des évènements.

D'autant plus que, même compte tenu d'une éventuelle action clandestine dans les villes, l'existence des guerillas a d'ores et déjà largement pesé sur la situation politique du pays entier.

La bourgeoisie thailandaise, face à la crise, devrait tendre à exproprier les paysans pour créer une main-d'œuvre libre, rentabiliser et diversifier la production, peser sur les salaires, etc. Mais faire cela, ce serait risquer de voir les mouvements insurrectionnels s'étendre brusquement. L'existence • des guerillas contribue donc à paralyser la bourgeoisie thailandaise corrélativement le renversement de la dictature militaire par le mouvement étudiant peut favoriser le développement du travail urbain du PCT. CONSEQUENCES DE LA CHUTE DU REGIME MILITAIRE :

UN AFFAIBLISSEMENT DES REGIMES FANTOCHES INDOCHINOIS.

La chute du régime militaire, quelque soit la nature réactionnaire du nouveau gouvernement, a porté un coup aux positions régionales des régimes fantoches indochinois. La Thailande a toujours joué un grand rôle dans la politique indochinoise de l'impérialisme US. C'était déjà le premier pays asiatique à avoir envoyé des troupes en Corée. Elles y sont d'ailleurs toujours. En 1966, Bangkok envoie une force navale au Sud-Vietnam et en 1967, la division des « Panthères noires » (devenue plus tard celle des « Léopards noirs » pour éviter toute confusion) soit jusqu'à 12.000 hommes. La police des frontières a régulièrement préter main forte à Phom Penh et Vientiane. C'ust la Thailande qui convoque en mai 1970, la conférence de Djakarta, qui réunit 11 pays asiatiques pro-américains, pour porter assistance à Lon Nol. Les forces aériennes ont procédé à de nombreux bombardements dans la région d'Angkor. Des techniciens thais sont envoyés au Cambodge. Et avant le renversement de Sihanouk les pressions militaro-politiquesétaient constantes.

L'intervention thailandaise au Laos était (est ? ) encore plus importante. Les liens entre les deux pays ont des racines historiques. Avant la colonisation, le Laos était en effet pour partie sous domination thai. Des liens familiaux existent toujours entre les « élites » des deux côtés du Mékong. Bangkok, à partir de 1969, envoya des renforts au secours des troupes de Van ao. Début 72 on comptait au Laos 26 bataillons thailandais, soit environ 20.000 hommes. Depuis, quittant le Vietnam, la division des « Panthères noires » y serait allée.

L'intervention de Bangkok ne s'est pas ici contentée d'une aide militaire contre le Front de libération. Elle fut aussi politique et économique. Les militaires thailandais ont toujours soutenu l'extrême-droite laotienne, en recevant et aidant ses représentants après l'échec de diverses tentatives de coup d'Etat. La dernière en date, celle du 20 août, visait à forcer Souvana Phouma a revenir sur la signature des accords du 21 février sur le Laos. Elle avait notamment été fomentée par Phoumi Nosavan, exilé à Bangkok. Enfin, en contrepartie de son aide, Bangkok a largement profité de la politique économique américaine d'aide au régime de Vientiane. D autant plus que le Laos est entièrement dépendant de la Thailande pour ses débouchés maritimes. 75 % des exportations et 26 % des importations se faisaient avec la Thailande. La participation au « Comité du Mékong » se fait au bénéfice de cette dernière (13).

Aujourd'hui, avec le désengagement (partiel) militaire US, le rôle de la Thailande devait augmenter dans le soutien aux régimes fantoches. Lon Nol notamment n'a cessé de réclamer un accroissement de l'intervention directe de Bangkok. Or, il apparait certain que le nouveau gouvernement ne pourra se permettre - quels que soient ses désirs - de poursuivre et accroitre l'engagement militaire thailandais. Et on voit mal quel pays enverrait ses forces en remplacement des « mercenaires ».

L'octobre étudiant et ses suites illustrent les contradiction de la politique américaine actulle en Indochine. Pour permettre à Bangkok de jouer à fond son rôle de relais pro-impérialiste, y comprit sur le plan militaire, Washington aurait du porter secours à Thanom et Praphas - ou devrait demain les remettre, eux ou leurs semblables en selle. Pour éviter de voir leur « arrière » thailandais s'effriter en ouvrant une crise socio-politique majeure, Washington doit laisser l'actuelle tentative de « démocratisation » se poursuivre. C'est-à-dire que si le gouvernement américain ne veut pas mettre en cause son ultime « ligne de défense » contre l'extension de la révolution indochinoise au reste du Sud-est asiatique, la ligne du Mékong, il doit accepter de voir encore se réduire les moyens dont il dispose pour maintenir à flot, avant tout, Lon Nol. UN ECHO POLITIQUE REGIONAL thailandais bord L'incidence de l'octobre thailandais est aussi directement politique. D'abord, en ce qu'il accroit l'inquiétude des régimes fantoches de Saigon, Phom Penh et Vientiane et en ce qu'il encourage dan ces villes l'opposition urbaine, étudiante, petite bourgeoise, intellectuelle et ouvrière. Mais l'écho n'est pas qu'indochinois. Le Sud-est asiatique tout entier a vu des régimes militaires s'instaurer. Et souvent le gouvernement en place se heurte à des contradictions analogues à celles qui ont miné la dictature Thanom-Praphas. Le mouvement étudiant se réveille notamment en Indonésie (14) alors qu'à l'autre bout de l'asie extrême-orientale, les étudiants coréens ont réussi à faire plier le régime de Séoul.

C'est dire que le renversement du régime militaire thailandais va renforcer très probablement le courant « démocratique » (avec tout ce qu'il a de confus et de contradictoire) à l échelle de l'A.ie du Sud-est, de la Malaisie aux Philippines en passant par l'Indonésie. UN CADRE NOUVEAU POUR LES LUTTES FUTURES EN THAILANDE

Le gouvernement reste un gouvernement réactionnaire et pro-impérialiste. Sa composition seule le démontre. Les ministres sont généralement connus pour leur long passé. Et si les militaires sont peu nombreux à avoir gardé des postes, on retrouve le maréchal DAWEE CHULLASAPYA au ministère de la Défense. Ce même Dawee était chef d'état-major et ministre des communications en 1972. Il était en même temps directeur de la compagnie ETO (Express transportation organisation) et possédait aussi 1200 camions (entre autres). Cette compagnie était spécialisée dans le transport au Laos et dans les bases thailandaises du matériel de guerre américain. On voit que ce ministre - membre d'un gouvernement censé lutter contre la corruption - a une compréhension affirmée de la conjonction des intérêts personnels et publiques. Et que son anti-impérialisme doit être plus que relatif. Le général KRIS SIVARA reste commandant en chef de l'armée. Il a été formé par le dictateur SARIT THANARAT. De façon générale, le gouvernement s'est empressé de souligner qu'il ne mettrait pas en cause son alliance avec Washington.

La possibilité d'un nouveau coup d'Etat militaire n'est, de plus, évidemment pas à exclure. Les régimes civils n'ont de tradition, duré que de brefs interludes. Le sort de l'actuel gouvernement tient à l'accord d'une partie de l'armée. Praphas garde certainement d'importants soutien dans le pays et reste encore actuellement à Taïpe (Formose) ce qui ne manque pas d'inquiéter le gouvernement. Il semble en effet que la Chine nationaliste soit une place de choix pour ourdir des complots...

Mais dans l'hypothèse où le nouveau gouvernement durerait -hyôthèse crédible vu le changement opéré depuis 1972 dans la situation politique régionale - c'est le contexte des luttes de classes dans les centres urbains thailandais qui changerait. Dans l'immédiat, le nouveau gouvernement a réussi à désamorcer une situation explosive. Le prestige personnel du roi sort même peut-être renforcé de cette épreuve Mais la bourgeoisie thailandaise n'a pas pour autant résolu aucun de ses problèmes fondamentaux.

L'assainissement de la situation économique continue à exiger l'expropriation de nombreux paysans, la rentabilisation de l'agriculture, diversification des cultures, la création d'un prolétariat industriel... toutes choses difficiles à faire vue l'existence d'une opposition communiste organisée

La capacité d'industrialisation relative dépendrait aussi d'une liquidation minimum de la corruption généralisée et de mesures anti-impérialistes minimum pour affaiblir la main mise américano-japonaise. L'actuel gouvernement est organiquement lié et aux milieux qui bénéficient de la corruption et à l'impérialisme. De plus, une telle politique nécessiterait l'appel aux masses pour interdire toute réaction des oppositions bourgeoises. Mais là encore, comment contrôler une telle dynamique vu la façon dont la révolution indochinoise domine l'horizon thailandais.

Enfin, les actuels ministres doivent leurs postes au mouvement étudiant. Mais l'idéologie de ce mouvement reste anti-impérialiste. Il a fait ses premières armes contre l'entrée en force du capital japonais en Thailande et contre la dépendance militaire à l'égard de l'impérialisme américain. Il sera difficile au nouveau gouvernement de préserver ses alliances internationales sans devoir, un jour, réprimer à son tour l'aile la plus radicale du mouvement étudiant.

Les échéances sont peut-être plus proches que prévues. Trois facteurs montrent en effet que les contradictions du gouvernement SANYA risquent d'apparaître fort rapidement: la poursuite de l'action insurrectionnelle dans les provinces frontalières - la différenciation politique en cours au sein du mouvement étudiant,- et l'éveil du mouvement revendicatif urbain.

Le PCT n'a pas désarmé, en effet. Le problème est d'importance. Car le gouvernement actuel va sûrement accélérer l'ouverture politique et diplomatique à la Chine déjà annoncée par le régime précédent. Cela pourrait suffire pour que Pékin réclame des militants communistes thailandais une mise en veilleuse de leur action. Et Pékin a de rééls moyens matériels pour faire appliquer sa ligne. Si tel était le cas, le test pour le PCT serait décisif.

Or, aujourd'hui, il n'aura pas attendu longtemps pour affirmer sa combativité Il a salué, par son émetteur clandestin, « La voix du peuple », la victoire de l'octobre étudiant. Mais il a aussitôt qualifié le gouvernement Sanya de réactionnaire, réprimant le « mouvement révolutionnaire étudiant ». Ses activités militaires se poursuivent et une importante embuscade a fait, dans le Nord-est (province de Khalasin) 27 tués et 10 blessés, chez les forces gouvernementales le 4 novembre. « Sud-Vietnam en lutte », organe central du FNL relate dans son numéro du 12 novembre, deux autres embuscades tendues le 20 octobre dans la province de Loi (15)

Le journal « Mainichi daily news » 19 relatait par ailleurs que « les insurgés communistes dans les provinces méridionales ont renouvelé leurs attaques contre les autorités gouvernementales

«Ils appellent la population à la révolte, affirmant que l'actuel gouvernement ne représente pas le peuple... on pense que les insurgés commenceront leur offensive à la fin de l'année » (16)

L'orientation des communistes vietnamiens s'affirme identique Le Nhan Dan, lui aussi a salué le succès des étudiants. Mais lui aussi l'a salué comme un succès « initial », soulignant combien la lutte pour la liberté du peuple -thailandais reste difficile. « Sud-Vietnam en lutte » renchérit : « La lutte entreprise par le peuple thailandais se heurtera encore à des difficultés, car l'ennemi du dedans et celui du dehors, s'ils ont reculé d'un pas, ne se sont pas encore résignés à se croiser définitivement les bras. Soudoyer, dissocier, saboter pour arriver finalement à liquider le mou/ement, ce sont leurs procédés classiques... » (17)

L'important réside aussi dans le processus parallèle de clarification qui semble s'opérer au sein du mouvement étudiant thailandais.

Nayan R.Chanda raconte, dans le « Monde diplomatique » (18), comment certains étudiants parmi les plus radicaux: avaient le sentiment d'avoir été dupés : leur mouvement a: , à régler un contentieux au sein de l'élite réactionnaire et conservatrice. Et les divergences qui s'étaient fait jour dans le feu de l'action, quand à sa poursuite, se prolongent maintenant par une scission ouverte et organisationnelle sanctionnée au comité exécutif du CNET du 19 novembre. Sa majorité s'est affirmée nettement pro-gouvernementale. Son objectif est d'éduquer la « démocratie » les masses paysannes pour préparer les élections prochaines. Elle vient d'organiser une conférence économique régionale avec des représentants des mouvements étudiants des régimes fantoches indochinois mais à l'exclusion de ceux de Chine, de RDVN, du GRP, du GRUNK...

Une minorité vient de fonder le (Free independant student of Thailand) avec Seksan Praserkul (19) le dirigeant étudiant qui avait appelé à la poursuite de la manifestation malgré la libération des détenus. Le FIST critique le rôle para-étatique joué par le CNET au lendemain du mouvement, il pense qu'au contraire organiser des brigades populaires et des milices indépendantes. Il se donne pour objectif une « démocratie du peuple » et si son programme reste encore largement confus, il n'en représente pas moins très clairement un courant radical de gauche.

La divergence d'orientation du CNET et du FIST s'est à nouveau CNET et du FIST c'est à nouveau 20 illustrée lors du développement de luttes populaires urbaines Depuis novembre en effet, des grèves ont secoué presque toutes les couches de travailleurs urbains (hôpitaux, banques, hôtels, fonctionnaires, enseignants, etc.) (20) avec, notamment chez les chauffeurs de bus, de violents affrontements entre grévistes et jaunes. Le CNET pour sa part a appelé à l'arrêts des mouvements au nom de l'intérêt de l'économie nationale. Le FIST, lui, a apporté son soutien aux travailleurs. UN PIVOT REGIONAL situation en thal add froide od de ra L'importance de l'évolution de la dans la situation géo-politique de ce pays. Ce n'est pas par hasard que le gouvernement US en a fait un des principaux points d'appui de sa politique. Washington a toujours eu pour souci premier de bloquer l'extension de la révolution chinoise et vietnamienne. Il n'a pas pu empêcher les dominos laotien, sud-vietnamien, et cambodgien de commencer à tomber. Et maintenant que le foyer indonésien est (provisoirement) éteint et que les dernières cartes se jouent en Indochine, c'est la Thailande qui doit être le verrou des luttes futures. Derrière l'ancien royaume siamois, en effet, se profilent au sud la Malaisie, Singapour et l'Indonésie et à l'ouest la Birmanie, l'Inde et le Bengladesh.

Pour comprendre l'ampleur du problème, il faut toujours se rappeler que les frontières de ces pays sont largement artificielles, donc perméables. Elles courent le long des lignes de crêtes, c'est-à-dire qu'elles traversent des régions-refuges où, de part et d'autre des sommets, on retrouve les mêmes minorités ethniques. Et la solidarité d'ethnie est toujours plus forte que le sentiment d'appartenir à des Etats différents. Par ailleurs, les mêmes courants politiques, pro-impérialistes ou révolutionnaires commencent à structurer ce sous-continent. Si l'Inde, le Bengladesh et l'Indonésie représentent l'avenir de la révolution asiatique, si l'Indochine en représente le présent, il est bien possible que la Thailande soit l'actualité de son extension.

Décembre 1973

NOTES (1) On parlera en tout de 300 à 400 morts. Un mois après les heurts, le ministre de la Santé publique publiera un bilan de 66 morts, 876 blessés et un nombre encore indéterminé d'étudiants disparus. (2) Alors commandant en chef de l'armée de terre. (3) Voir le long récit des évènements donné par le « Far eastern economic review » du 22 octobre 73, p. 13 (4) « Le Monde » du 16-10-73 (5) Voir l'article d'Anne Vimille dans « Critique de l'économie politique » No 13-14 d'octobre-décembre 1973 qui retrace l'histoire des luttes de classe en Thailande (6) Le colonel NARONG était un des personnages cles de la dictature militaire. Il dirigeait le BIGFO (Board of inspection and follow up of gouvernemental operation), soit le principal organe de répression du régime. (7) « Etudes vietnamiennes » No 37, «aperçus sur le néocolonialisme-US » tome 3, Hanoi 1973, article de Nguyen Thuy-Trah. (8) « Le Monde » du 31-10 et « Far eastern economic review » du 5 novembre. Se reporter aussi à J. Decornoy, « Le monde diplomatique » de juillet 70. (9) Pridi Banomyong se trouve depuis quelques années à Paris, après avoir passe 21 ans en Republique populaire de Chine selon F. Fejtö (« dictionnaire des partis communistes et des mouvements révolutionnaires ». Castermann 1971), il serait l'actuel président du PCT. Mais cela ne semble confirmé nulle part ailleurs. (10) Incapable de continuer à répondre aux exigences : de la pénétration économique américaine, Phibul Songkram sera à son tour évincé par un coup d'Etat en 1957. (11) «Le Monde» du 23 septembre 1971. Dans le « Monde diplomatique » de juillet 73, le chiffre de 6000 combattants est fourni. Bien évidemment, vu leur origine, ces chiffres doivent être utilisés avec prudence... (12) Voir le livre de Catherine Lamour et R.Lamberti « Les grandes manœuvres de l'opium » Le Seuil, déc.72 (13) Marcel Barang, « Le Monde diplomatique » de juin 1973, p.11 (14) Voir article de J.Decornoy. « Le Monde ». du 14-12-73. (15) « Sud Vietnam en lutte » No 222, p.7 (16) Mainichi daily news du 6 novembre. Cité par « Intercontinental Press » du 19 novembre 73. (17) « Sud-Vietnam en lutte » No 220 (23 octobre) p.7. (18) Le Monde diplomatique » de novembre 73 (19) Etudiant en sciences politiques à l'université THAMMASAT (20) Voir Tariq Ali, « Red Weekly » 14-déc 73, No 31

Une erreur sur cette page ?