En février 1973, le PSR (Parti Socialiste Revolutionnaire) nouveau groupe trotskyste chilien, affilié à la affilia à la IVème Internationale et issu du regroupement en novembre 1972 de deux noyaux trotskystes, la « Tendance Révolutionnaire Octobre » et le « Front Révolutionnaire Trotskyste », faisait paraître le premier exemplaire de son nouveau journal : « Révolution Permanente ». Depuis plusieurs autres numéros sont parus. Nous publions ci-dessous deux analyses faites par nos camarades chiliens et publiés dans Révolution Permanente : l'une « Assemblée d'Action Populaire et comités populaires embryon du pouvoir ouvrier », publiée dans le premier numéro souligne comment concrètement, dans une situation comme le Chili se pose le problème du double pouvoir, même sous forme embryonnaire. L'autre est l'éditorial politique de « Révolution Permanente » No 3, paru au lendemain des dernières élections chiennes. tions chiliennes. 12 un mensuel trotskyste
Assemblées d'Action Populaires el comités populaires.
embryons du pouvoir ouvrier
Le gouvernement par l'intermédiaire du mi- La anivo nistre des Finances Fernando Flores a annoncé une série de mesures drastiques pour affronter le probleme aigu du ravitaillement et du marché noir. Au-delà d'une quelconque motivation d'ordre circonstanciel, en relation avec les prochaines élections législatives de Mars, on doit chercher l'origine de l'attitude du gouvernement de l'UP dans la grave crise économique qui est en train d'amener au désespoir d'amples secteurs de la petite bourgeoisie et y compris du prolétariat et de l'ensemble des travailleurs, avec comme conséquence la détérioration de la base sociale du gouvernement, donc pour finir de l'UP. Mais fondamentalement, cette décision gouvernementale a ses racines dans le fait que l'exécutif se trouve dans una situation défensive insoutenable, prise entre le feu roulant des classes antagonistes de la société. D'une part une bourgeoisie insolente et toute puissante, en pleine et virulente offensive politique dans son désir de récupérer tout le pouvoir. Bourgeoisie qui, face à l'attitude conciliatrice de l'UP au lieu de se sentir satisfaite exige toujours davantage et réajuste ses cadres de direction et ses méthodes pour asséner le coup définitif à l'UP. Telles sont les leçons de la crise d'octobre.
REVOLUTION PERMANENTE Nol
Le double pouvoir A l'opposé, nous trouvons un mouvement ouvrier qui n'a souffert, en tant que classe, d'aucune défaite, qui se trouve puissant et décidé et qui, en dépit du maintien de son soutien général à l'UP, fait pression résolument pour aller de l'avant sur le chemin de la nationalisation de l'industrie et de la création des organes de base de pouvoir ouvrier, avec les batailles qui en découlent contre son propre gouvernement. Il y a, sous-jacente dans la société chilienne, une situation de double pouvoir. Ce ne peut être qu'une étape transitoire et instable. Les classes adverses ne peuvent affronter le problème du pouvoir dans la pacifique et idylique arène électorale, bien que le gouvernement prétende se transformer en un arbitre de la lutte des classes, essayant de se placer au-dessus d'elles dans une attitude bonapartiste qui lie les mains du prolétariat, le démobilise en le laissant à la merci de la bourgeoisie. La bataille du pouvoir se résoudra à travers un affrontement de classes. La politique de la « voie chilienne » sur ce plan là en est à son dernier râle. Ce que ne dit pas Flores Ce sont là les causes sociales profondes qui ont provoqué l'exposé du ministre Florés. Après avoir défini le problème du ravitaillement comme ayant un caractère politique dú à l'action de l'impérialisme et de la bourgeoisie nationale, le gouvernement annonce une série de mesures importantes. Il est clair que Flores n'approfondit pas les causes fondamentales du phénomène. C'est-à-dire l'existence d'une économie capitaliste qui empêche la planification socialiste mais qui, frappée par les mesures d'étatisation et confronté aux luttes ouvrières pour la nationalisation de l'industrie et pour le contrôle ouvrier, ne se sent aucunement stimulée pour augmenter la production et va même jusqu'à la boycotter. L'apparition d'une sorte de couche bureaucratique qui commence à avoir des intérêts différents et des objectifs opposés à ceux du prolétariat est devenue le point d'appui d'une politique réformiste et un obstacle difficile à sauter pour l'essor de la lutte révolutionnaire. La démobilisation et la frustration des masses laborieuses qui en découlent sont provoquées par la direction de l'UP. Tout ceci a pour origine la politique boiteuse du gouvernement face à l'assaut de la bourgeoisie. En outre, les mesures annoncées ne seront d'aucun effet si elles ne vont de pair avec les progrés dans l'expropriation des industries et dans la structuration du contrôle ouvrier, qui permet de plus l'augmentation de la production. Fondamentalement, est à l'ordre du jour le contrôle de l'Etat sur le commerce intérieur et la planification de la distribution. Pour cela il faut considérer les besoins de •chaque famille. La programmation de ces besoins sera à la charge des comités communaux et des Assemblées d'Action Populaires (JAP) qui se mettront en relation avec le Secrétariat National de la distribution. Les JAP non seulement dénonceront la spéculation, mais encore leur action directe pour l'empêcher sera autorisée. L'extension de l'organisation de ces organismes de base à toute l'unité villageoise avec la participation de tous les habitants et des commerçants est aujourd'hui propice sans qu'aucune obligation soit faite aux commerçants de s'intégrer, tout en annonçant que dorénavant celui qui refuse sera privé de ses avantages traditionnels comme le crédit. La bourgeoisie accuse le coup A peine connaissait-on le projet du gouvernement que la bourgeoisie sonnait les cloches d'alarmes. Ses partis, ses personnalités, ses organes de presse dénonçaient les mesures proposées par l'UP, comme le début du chemin vers la dictature du prolétariat. Ils accusérent les Assemblées d'Action populaire et les comités communaux d'être des organes de pouvoir révolutionnaires en marge de la loi. Ils appelèrent à la « résistance civile » pour empêcher l'application du plan proposé et à se préparer à l'affrontement. Ils avaient raison. Les assemblées (JAP) et les comités communaux sont effectivement des embryons de pouvoir ouvrier qui en menant jusqu'au bout dans toutes ses conséquences la politique proposée par le ministie des Finances, acquéreront une grande importanc puisqu'ils regrouperont d'importants secteurs ouvriers et impulseront la lutte anti-capitaliste dépassant les cadres étroits prônés par l'UP. Conclusions révolutionnaires Dans la concrétisation du plan gouvernemantal, la lutte des classes deviendra plus aigue et le mouvement ouvrier plus fort. Nous allons droit vers l'affrontement décisif.
REVOLUTION PERMANENTE No3 Editorial : « LE BILAN DES ELECTIONS » Les résultats des élections législatives du 4 mars constituent un élément précieux pour comprendre l'évolution politique du pays. Les données en sont amplement connues et leur interprétation controversée sert les visées des uns et des autres, excitant l'enthousiasme de chacun. Poser sèchement la question : qui a triomphé ? C'est dédaig ner et par là-même altérer le caractère, le sens et les perspectives des forces sociales investies dans la bataille électorale. Plus encore, c'est accroitre dangereusement la signification de l'acte réalisé. Pour importante que soit la vérification comptabilisée qui vient de se faire, il n'en reste pas moins évident que les forces antagonistes n'en sont pas encore arrivées à confronter sur le terrain direct de la lutte leur potentiel effectif. La CODE (1) fait ses comptes. D'avril 71 (2) à mars 73, elle a amélioré sa position de 48 à 55 %. Sa conclusion est raisonnable : elle a remporté une victoire. Sans doute, la bourgeoisie ne se trompe pas. Tout en étant renforcée, elle se sent frustrée. Son objectif était d'obtenir les 2/3 au Parlement, instrument légal pour renverser le gouvernement ou au pire l'obliger à une capitulation, un abandon de sa ligne politique. Par avance, la bourgeoisie savait que ses propres forces s'étaient regroupées, y _compris, s'étaient politiquement galvanisées et que certains secteurs de la petite bourgeoisie passaient à droite. Mais son but était d'entraîner et de casser la base ouvrière et paysanne, colonne vertébrale de tout le processus révolutionnaire que vit le pays et qui paralysa l'offensive contrerévolutionnaire d'octobre 72. Ces objectifs centraux ont échoué et c'est cela que nous devons considérer au-delà des chiffres. La bourgeoisie a entre les mains une victoire inutile : ses 55% sont faits de la partie stérile et amorphe de la population qui, bien qu'elle soit capable de voter, manque de cohésion et d'efficacité pour défendre la société capitaliste. Les dirigeants bourgeois comprennent clairement qu'ils se trouvent coupés des forces profondes du peuple et que cet abime ne peut être comblé par les résultats du 4 mars. En comparaison des résultats d'avril 71 l'UP a perdu 6 % de ses voix qui se portées à droite. Cette vérité ne peut ni ne doit étre cachée. Encore moins, lorsque cette baisse n'atteint pas fondamentalement le potentiel révolutionnaire qu'incarnent ouvriers et paysans. Un simple regard sur le corps électoral nous montre que cette perte correspond aux bases du Parti Radical qui s'abrite dans l'UP. Les votes du PC et du PS conservent les valeurs enregistrées en avril 71. Il n'y a aucun signe de détério ration et y compris comme dans le premier cas, il y a progression.. C'est là une réalité suffisamment éloquente qui est révélée à la bourgeoisie nationale : elle appauvrit à ses propres yeux, cette majorité électorale qui consacrair sa victoire. Il est manifestement 14 arbitraire d'analyser les résultats des élections par rapport à 1969, 1964 ou 1958. La lutte des classes dans le pays et ses phases distinctes doivent être strictement limitées au cours ouvert le 4 septembre 1970. C'est à ce moment là que sont entrés en lutte de nouveaux secteurs sociaux avec une dynamique nouvelle comme en témoignent les transformations rapides et profondes de leur conscience politique qui s'est manifestée par le caractère et le contenu de leurs revendications. Si jusqu'en 1970 la mobilisation des masses était imprégnée d'une conscience réformiste, à partir de ses propres succès, elle s'est changée en une volonté révolutionnaire dont l'objectif est la conquête du pouvoir par les ouvriers et les paysans pour imposer les réalisations socialistes qui écraseront définitivement le régime d'exploitation. En octobre dernier, ceux-ci stopèrent la contre-révolution bourgeoise en s'engageant avec décision vers l'expropriation des capitalistes nationaux. Le 4 mars c'est précisément cette orientation qui était mise à l'épreuve. Le résultat des élections confirme la rigueur des forces motrices de la révolution qui n'ont pas abandonné et n'abandonneront pas leur perspective de détruire à l'étape actuelle, le régime capitaliste. L'émigration des radicaux vers la droite appauvrit électoralement l'UP sans enlever un capital effectif aux ouvriers et paysans. De façon contradictoire, cette situation réajuste la superstructure politique et transfome de fait le caractère de l'UP en éliminant les scories bourgeoises. Au niveau des classes, ce qui importait dans l'UP c'est alliance ouvriers-paysans et au niveau des partis le front PC-PS. Cette réalité essentielle s'estompait avec la présence des « bases radicales » et aujourd'hui elle perce avec toute sa force. La transformation de TUP coincide avec les nécessités et le profond désir des grandes masses qui luttent pour le socialisme. Le processus électoral a accéléré la polarisation politique et plus fondamentalement la polarisation entre classes. L'une et l'autres ne correspondent pas strictement. Bien que les petites organisations disparaissent, la confrontation entre l'UP et la CODE garde un aspect technique et cache les différences qui demeurent en leur sein. Le résultat de mars nous montre les classes s'affrontant, luttant pour des buts distincts et définitivement antagoniques. Mais il a fallu peu de temps pour mettre en évidence que dans la sphère des partis, c'est-à-dire dans la direction politique des différentes classes cette polarisation est plus apparente que réelle et qu'une profonde différentiation est en voie à l'intérieur de chaque bloc. A chaque pôle se mène une lutte de plus en plus aigüe. Le renforcement du Parti National nous indique que l'aile la plus réactionnaire gagne du terrain a l'intérieur de sa classe, tout en restant relativement isolée et sans liens solides avec la petite bourgeoisie. La démocratie chrétienne conserve son caractère de parti majoritaire foulant un terrain dangereux, contrainte de maintenir son alliance avec le Parti National. A la base de l'UP l'alliance entre ouvriers et paysans est robuste, leur haine de l'ennemi commun, leur offensive contre le système les unit. Mais les transformations de l'UP ont seulement commencé. Socialistes et communistes vivent une trêve transitoire. Il existe entre eux une divergence profonde qui augure d'un éclatement. Le PC renonce au cours permanent de la révolution et contre la réalité politique et sociale, se noie dans une chimérique perspective électorale qui l'entraîne contre la volonté des masses et de ses propres militants a des compromis avec des secteurs de la bourgeoisie. Le PS est apparu comme le plus important parti ouvrier à cause de sa sensibilité aux aspirations des travailleurs. Sa devise « avancer sans transiger », bien qu'elle ne s'accompagne pas d'une attitude conséquente qui la concrétise, le place dans une situation avantageuse. L'issue de tout le mouvement dépend de la solution progressiste de cette contradiction : la victoire de l'aile dure du pôle prolétarien. Les masses travailleuses ne peuvent arrêter leur combat et doivent nettoyer la demeure à la veille de nouveaux et grands affrontements. (*) Coalition bourgeoise (démocrates chretiens et parti nationaliste). (2) Elections municipales