Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › nouvelle série n° 9-10

Lettre ouverte aux participants à la conférence des P.C. de Budapest

P. Grigorenko · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 9-10 · septembre-octobre 1973 · p. 31-38 · 6 637 mots

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DE L'URSS

DE L'OPPOSITION

DÉMOCRATIQUE

La lettre que nous publions est une des nombreuses lettres ouvertes écrites par P. Grigorenko, dans les années 60. Ce « genre littéraire » fut choisi par Grigorenko, comme par d'autres représentants de l'opposition soviétique de cette période parce qu'il permettait de rester, formellement, dans les étroites limites de la « légalité socialiste » telle que l'entendaient les bureaucrates post-staliniens, du moment, et aussi parce que la formule de la lettre ouverte correspondait parfaitement au contenu qui se limitait presque exclusivement à dénoncer des abus et des actes de répression. De ce point de vue, la lettre ouverte (adressée : « aux participants à la Conférence des Partis communistes de Budapest, camarades J. Kadar, W. Rochet, L. Longo et copie au camarade L. Brejnev ») écrite par Grigorenko en collaboration avec le vieux bolchévique Kostérine le 13 février 1968 constitue un document exceptionnel, aussi rare qu'intéressant. Il s'agit en effet d'un des très rares textes où l'opposition tente une analyse de la nature de l'Union Soviétique. Et il s'agit du seul exemple d'une analyse marxiste. Car tels ne peuvent être définis l'opuscule de A. Sakharov, ni le pamphlet d'Amalrik (« L'URSS survivra-t-elle jusqu'en 1984 ? »), même si la gauche occidentale a surévalué éléments technocratiques-conservateurs du premier. Bien que très différents par leur orientation et leurs conclusions politiques, ces deux auteurs en effet, déçus par l'incapacité du marxisme, défiguré par 40 ans de Thermidor, de se renouveler et donc de permettre une analyse de la société soviétique, empruntent leurs modèles analytiques à la sociologie bourgeoise. Grigorenko n'est pas un théoricien, il ne se pose pas le problème de la renaissance du marxisme en URSS. Mais il est un militant communiste : pour lui ce qui est essentiel c'est la référence au léninisme, libéré des falsifications staliniennes et post-staliniennes. Pour Grigorenko il est donc naturel d'utiliser le marxisme comme instrument pour sa bataille anti-bureaucratique. Et il est particulièrement intéressant et significatif que les conclusions de Grigorenko soient proches de celles du marxisme révolutionnaire, bien qu'on ne sache pas s'il a une connaissance directe des textes trotskystes. Ceci prouve qu'en URSS, comme en Pologne, en Tchécoslovaquie et en Yougoslavie, la lutte contre la bureaucratie, la renaissance du léninisme passent inévitablement par les conceptions trotskystes. Toutefois, en Union Soviétique en particulier, on est encore loin de cette reprise de la continuité historique avec l'opposition de gauche qui constitue non seulement notre objectif mais la premisse essentielle pour la réalisation de la révolution politique anti-bureaucratique. Dans cette phase, la tâche principale de tous les militants de la gauche révolutionnaire doit être de manifester sa solidarité active avec les nombreuses victimes de la répression bureaucratique en URSS et dans les autres pays de l'Est, en particulier avec les camarades qui ont mené et continuent de mener une lutte courageuse contre la bureaucratie avec le plus de cohérence et de clarté politique. Dans le cadre de cette campagne de solidarité, il faudra donner une place privilégiée aux actions pour imposer la sortie du militant Piotr Grigorenko de l'hôpital psychiâtrique dans lequel il est enfermé. Il est intéressant de noter qu'il n'y a pas eu à notre connaissance un seul écrit ou un seul groupe clandestin de tendance pro-chinoise en URSS. On trouve une situation semblable dans les soi-disant « démocraties populaires » à l'exclusion du fantômatique « parti communiste polonais » constitué par un vieux bureaucrate stalinien installé à Tirana. Et cela, en dépit du fait que la radio chinoise pilonne ces pays par des heures et des heures d'émissions journalières. On dirait que l'expérience directe du stalinisme a rendu les gens plutôt imperméables à la « pensée de Mao » ! Mais Grigorenko ne se pose pas seulement le problème de la nature de l'URSS, de l'histoire de sa dégénérescence bureaucratique. Un autre problème la préoccupe et pas seulement d'une façon marginale, si l'on en juge par la place qu'il lui consacre : c'est la crise du mouvement communiste international et les moyens de la résoudre. Il s'agit, là aussi, d'un fait hors du commun pour le problèmes internes du pays. Particulièrement intéressantes sont les solutions mouvement d'opposition soviétique, toujours préoccupé uniquement des à la crise proposées par Grigorenko, car elles reprennent intégralement les conceptions léninistes de la vie du parti et de l'Internationale, compte tenu de la nécessité de prévenir le danger de déformations bureaucratiques. Ce n'est pas par hasard que les propositions de Grigorenko correspondent à la lettre à la démarche de la IVème Internationale. A ce stade se pose le problème de savoir si Grigorenko croyait vraiment que ses propositions pourraient trouver un écho, si ce n'est auprès du mouvement communiste international dans son ensemble, tout au moins auprès d'une partie de celui-ci (les PC français et italien auxquels sa lettre est adressée). Il est difficile de donner une réponse définitive à cette question. Il faut toutefois souligner que s'il y a un certain temps (il y a dix à quinze ans) les PC occidentaux 32 jouissaient d'un grand prestige et représentaient un espoir pour les oppositionnels soviétiques, actuellement, après des déceptions répétées, ils représentent de moins en moins un point de repère. En fait, cependant avec son programme, Grigorenko cherche, plus ou moins consciemment, une liaison avec les forces marxistes et révolutionnaires occidentales. Et c'est cette liaison que nous devons réussir à opérer avec lui et tous ceux qui partagent ses idées en Union Soviétique.

A LA CONFÉR DE BUDAPEST UN PEU D'HISTOIRE Tout le monde sait qu'il y a un demi-siècle, le communisme est passé de la théorie pure à la pratique et qu'à partir de ce moment-là on à commencé à en discuter non plus sur la base des livres et des déclarations de ses chefs et théoriciens,mais sur la base du cheminement effectif de l'Union Soviétique. Ce cheminement, dans les premières années, a été un exemple inspirateur pour les travailleurs du monde entier. Malgré l'opposition des ennemis et les énormes difficultés d ordre intérieur, les ouvriers et les paysans ont réussi à défendre le pouvoir qu'ils avaient conquis et le pays, dirigé par des hommes qu'ils avaient choisis, remportait de nouveau succès : - dans une période historique extrêmement brève, il est passé d'un état semi-barbare à un haut niveau de développement économique : • on a réalisé le plus difficile de tous les processus sociaux : on a collectivisé les petites et les très petites exploitations paysannes, on a créé des complexes agricoles mécanisés qui sont parmi les plus grands du monde, • on a effectué une véritable révolution culturelle : les masses les plus larges du peuple ont eu accès à la science, se sont familiarisées avec la culture et l'art. Les larges masses des communistes à l'intérieur du pays et l'opinion communiste au-delà des frontières ne savaient comment et par quelles méthodes tout ceci avait été réalisé et donc ne se posaient pas le problème de savoir si ces succès avaient un caractère effectivement socialiste. Les citoyens soviétiques et nos amis de l'extérieur étaient positivement impressionnés par le fait que tout ceci avait été réalisé par les travailleurs, sans propriétaires fonciers et sans capitalistes, sans bureaucrates tsaristes et sans aide extérieure - sans prêts étrangers, sans contribution et sans exploitation coloniale d'autres peuples, dans une situation d'encerclement capitaliste. Il faut en effet s'arrêter en particulier sur le problème de l'encerclement. L'intervention étrangère, puis le blocus créèrent comme réaction la tendance à tout faire avec nos propres forces. Cette réaction naturelle,

ENCE DES P.C. saine, a dégénéré, avec le temps, en un isolationisme réactionnaire. La propagande bourgeoise, hostile et calomnieuse, fit que nos amis extérieurs se refusaient à croire toute information venant de cette source, pendant qu'à l'intérieur de l'Union Soviétique, surtout parmi la nouvelle intelligentsia, on vit se développer la tendance à ne donner aucun élément d'information sur nos défauts, de peur de fournir des armes à cette propagande. Cette attitude eut pour résultat que, non seulement dans les rapports avec l'étranger, mais même à l'intérieur du pays, on commença à cacher les phénomènes négatifs, à parler de ces phénomènes uniquement au sein des réunions des dirigeants du parti et de l'Etat. Staline utilisa très habilement les réactions aussi bien intérieures qu'extérieures à la propagande contre l'URSS. En instaurant une censure féroce, en interdisant aux citoyens soviétiques sous peine de mort tout contact avec les étrangers, en faisant du mensonge un instrument systématique de sa politique, Staline réussit à obtenir que ne circulent sur la vie soviétique que des informations qui le montrent sous un jour favorable. Tout succès - réel ou inventé - était gonflé triomphalement; toute erreur ou tout échec étaient imputés aux manœuvres de l'ennemi ou étaient niés. La bureaucratie fut pour Staline d'une aide précieuse. En mourant, le grand Lénine mit en garde les communistes soviétiques en les prévenant qu'il leur laissait en héritage non seulement le pouvoir soviétique mais « un pouvoir soviétique avec des déformations bureaucratiques ». Lénine souligna à ce propos que le bureaucrate est l'ennemi principal et le plus terrible du pouvoir soviétique. Malheureusement, le parti n'écouta pas cet avertissement et la bureaucratie soviétique se renforça de plus en plus. Peut-être inconsciemment la bureaucratie se rendait-elle compte que les masses représentaient le plus grand danger pour son pouvoir. C'est pourquoi, lorsque des tendances à la limitation de la critique ouverte des erreurs se firent jour parmi les masses, les bureaucrates appuyèrent activement ces tendances et les exploitérent à leur fin. Lorsque Staline voulut se libérer du contrôle du parti et des masses travailleuses, la bureaucratie lui fut d'un grand secours, car de cette manière elle pouvait se libérer elle aussi du seul contrôle qui lui faisait peur : le contrôle de la base. De cette manière, Staline et l'appareil qu'il dirigeait échappèrent au contrôle des masses à l'intérieur du pays et à la critique des partis communistes du reste du monde. Il en résulta que l'expérience de la construction d'une société rêvée (imaginée) par les meilleurs esprits de l'humanité, au succès de laquelle étaient intéressées les plus larges masses de travailleurs

Rentier, finit entre les mains d'une dans le monde poignée de « prêtres du communisme » qui agissaient dans le secret de leurs bureaux en présentant tout ce qu'ils faisaient comme le meilleur résultat du génie humain. En d'autres termes, à l'expérience scientifique qui était la première tentative de construire une société socialiste succédèrent des conditions qui ne pouvaient assurer le développement correct d'une telle société. La pire des choses fut que personne n'eut la possibilité de révéler et d'analyser les erreurs de cette expérience. En Union Soviétique se déchaina rapidement une répression terroriste de masse qui frappa non seulement l'opposition réelle mais aussi tous les critiques potentiels du régime stalinien. Cette répression se développa dans une situation extrêmement favorable à Staline. La masse fondamentale de la population était convaincue des intrigues des ennemis, de leurs efforts constants pour saboter, de leur capacité de pénétrer dans nos rangs à tous les niveaux, en se faisant passer habilement pour des amis. Le peuple croyait aussi que le pays était en train d'édifier avec succès une société socialiste. Même parmi ceux qui tombèrent dans les mains des tortionnaires de Staline et de Béria, nombreux sont ceux qui ne réussirent pas à comprendre, pendant longtemps, ce qui était en train de se passer. Il leur semblait qu'il s'agissait d'une épouvantable erreur, des intrigues de l'ennemi de classe, que leur parti, que leur régime finirait par se rendre compte de tout cela et qu'en attendant, il fallait supporter et accepter. Ils ne se rendaient pas du tout compte qu'il se produisait un phénomène tout à fait inédit, jamais vu dans l'histoire, qu'un peuple entier était passé au rouleau compresseur par la machine bureaucratique. Celle-ci visait à transformer en exécutants muets de la volonté d'autrui, non pas des masses ignorantes opprimées par le besoin, mais des gens qui ont acces la culture, qui ont obtenu les meilleurs résultats sur le plan de la science contemporaine, de la littérature et de l'art. Pour atteindre cet objectif, on employa les méthodes les plus inouies. Si dans le passé on adoptait l'extermination seulement lorsqu'il s'agissait de réduire à l'obéissance des troupes rebelles, durant cette période, tout un peuple fut traité plus férocement que les troupes rebelles d'autrefois. Mais, jusqu'à la guerre, aucun de nos amis de l'étranger ne pouvait connaître cette réalité. Pendant la seconde guerre mondiale, l'Union Soviétique apparut aux yeux de tous les peuples comme le pays qui libérait la terre de la tyrannie inhumaine du nazisme. Les forces progressistes du monde entier avaient une profonde estime pour notre pays et ne voulaient rien entendre de mal sur son compte.

Aussi les cris des hommes torturés dans les prisons de 34

Béria et les plaintes de millions de libérateurs des peuples européens, qui mouraient dans les espaces infinis de la Sibérie et de l'Extrême-Orient ne parvinrent pas, pendant longtemps, aux oreilles de l'opinion publique mondiale. Le froid impitoyable et les maladies fauchaient ces hommes à demi-nus, affaiblis par la faim, par les fatigues insoutenables, par les conditions insupportables et par les traitements in humains, pendant que le monde écoutait les hymnes triomphants et les informations hypocrites sur la vie heureuse que le « grand chef et maître », « notre cher et aimé Staline » aurait donnée au peuple. Et cependant, les temps avaient changé dans le monde d'après-guerre. L'accès au pouvoir des partis communistes dans une série de pays de l'Europe sud-orientale et centrale ainsi qu'en Asie et surtout la révolution chinoise, provoquérent un affaiblissement de l'URSS dans le mouvement communiste mondial. Le rêve léniniste d'une « Union Mondiale de Républiques Socialistes Soviétiques » non seulement ne fut pas prés de se réaliser mais on peut même dire qu'il s'éloigna. Les forces centrifuges commencèrent à se manifester avec force à la mort de Staline. Aucun des dirigeants des nouveaux Etats socialistes n'avait plus envie de trembler face à la machine (l'appareil) stalinienne de destruction des personnes non appréciées. Ce fait et quelques autres phénomènes de la vie intérieure de l'Union Soviétique obligerent justement la direction du PCUS à dénoncer partiellement les années sombres de l'ère stalinienne. LE XXème CONGRES DU PCUS Toutefois, le XXème Congrès ne fit pas toute la lumière sur ce qui était arrivé. A ce congrès, on ne dit pas toute la vérité, pas même la moitié, ni un centième de la vérité. Au congrès, on révéla, dans une forme modérée et avec des déformations la part la plus petite de vérité sur un seul problème - celui des délits commis pendant la période stalinienne. Mais, en ayant dit si peu de choses, les dirigeants du PCUS prirent peur et aussitôt après le congrès, ils commencèrent à ondoyer : tantôt « Staline était une sentine d'horreurs », tantôt « nous ne permettrons à personne d'offenser Staline ». Le fait est que ces délits n'avaient pas de sens en soi mais étaient simplement la conséquence d'un certain système de direction de l'Etat. La vérité, toute la vérité était beaucoup plus terrible : toute l'évolution de l'URSS n'avait rien en commun avec la théorie du marxisme-léninisme. Ceci est démontré par les éléments suivants : I) Le régime social créé sous la direction de Staline n'a pas été en mesure de donner une productivité du travail plus élevée que le capitalisme. Et c'est là, d'après la doctrine marxiste, le critère principal pour la détermination de l'existence effective du nouveau régime social. Il ) L'Union soviétique non seulement n'a pas pu réaliser l'objectif principal de la révolution prolétarienne - à savoir la destruction de l'Etat grâce au dépérissement de son activité politique - mais elle n'a même pas ouvert la voie vers un tel objectif. En effet, le processus qui a fait suite à octobre a suivi la voie de toutes les révolutions précédentes, c'est-à-dire il a créé un appareil oppressif encore plus parfait que celui qui existait avant Octobre. Selon la théorie marxiste léniniste, au contraire, il était nécessaire de détruire, de rompre le vieux mécanisme de l'Etat et de la remplacer par « un Etat en voie d'extinction » qui « commencerait immédiatement à s'éteindre et ne pourrait pas ne pas s'éteindre. » III ) Au lieu de l'élargissement illimité de la démocratie prévu par la théorie marxiste léniniste, la démocratie fut liquidée entièrement sans laisser aucune trace. Et fut créé un Etat incroyablement totalitaire. Toute la vie de la société soviétique est monstrueusement centralisée. Il n'existe dans le pays aucune organisation autonome de la population. Non seulement l'appareil du parti et de l'Etat, mais aussi les syndicats, les associations scientifiques et culturelles, les communautés religieuses, "les rédactions, les maisons d'édition, etc... sont tous des pseudopodes d'un seul appareil bureaucratique, largement ramifié, dirigé par un seul centre et contrôlé par un organisme créé uniquement dans ce but (actuellement cet organisme s'appelle le KGB). Cette pieuvre bureaucratique gigantesque pénétre toute la société et en étouffe les forces vives. On ne peut entreprendre aucune action sociale organisée si elle n'est prévue et autorisée par l'instance bureaucratique supérieure. Les activités religieuses elles-mêmes ne sont possibles qu'à cette condition. Les réunions, meetings, manifestations et autres activités organisées par l'appareil bureaucratique sont réalisées ou suivant des modèles bien connus ou suivant des mises en scène soigneusement préparées. Personne ne peut dire ou faire quelquechose de différent, si cela ne correspond pas à la volonté des organisateurs. Tout cela ne se réfère pas seulement aux hommes de la rue, mais encore aux fonctionnaires de la hiérarchie bureaucratique à tous ses niveaux et même aux savants, aux écrivains, aux artistes. Toute personne ayant tenté de résister à ces méthodes a été éliminée ou a été complètement isolée de la société. Boulgakov, Mandelstam, Pilniak, Platonov et des centaines d'autres hommes de lettres, savants, et artistes qu'il serait trop long d'énumérer, font partie de ceux qui ont cherché à défendre leur droit à la libre expression des idées et des sentiments, qui ne voulaient pas dire ou faire ce qui leur était commandé si cela allait contre leurs convictions.... Les discours sur le parti, sur son rôle dirigeant pendant la période de la dictature personnelle de Staline ne sont que des bavardages démagogiques dépourvus de sens et ne correspondant pas à la réalité. Le parti, pour employer l'expression de Gramsci, n'était à ce moment là « ..qu'un simple exécutant qui ne discute pas... Son nom est une simple métaphore de caractère mythologique ». Il s'agissait en effet de la faillite complète de la première tentative de l'humanité de créer un régime social plus juste que le capitalisme. Personne (à moins qu'il ne s'agisse d'un fou) ne voudrait remplacer le capitalisme le plus rétrograde par un semblable « socialisme ». Il est possible que ce soit justement pour cette raison que ceux dont tout cela dépendait s'opposaient à la révélation de la vérité. Mais nous savons tous qu'on ne peut cacher la vérité, et elle commença à être connue de plus en plus largement. Mais comme on s'entêtait à la cacher et qu'elle était répandue surtout à travers les canaux bourgeois, les gens commencèrent à penser que le système soviétique et le communisme étaient la même chose. C'est justement sur ce terrain que s'est développée la crise actuelle. C'est dans le système soviétique que l'anti-communisme puise des arguments pour lutter contre le mouvement communiste mondial. Dans une telle situation le mouvement communiste mondial pouvait se sauver, en tant que courant idéologique, d'une seule manière : en se séparant nettement et sans compromis du systéme « socialiste » de l'URSS. Mais cela ne fut pas fait et la responsabilité en retombe en premier lieu sur le PCUS. A PRES LE XXème CONGRES Aprés le XXème Congrès, la direction de notre parti non seulement ne s'est pas engagée à corriger le. processus anti-communiste du stalinisme, mais elle a commencé à faire de plus en plus obstacle à sa dénonciation. La ligne tendant à un retour complet au stalinisme s'est exprimée très clairement surtout après le XXIllème congrès du PCUS. Actuellement la censure ne permet la publication d'aucun document qui révèle le caractère véritable de la domination stalinienne. Officieusement il est même interdit d'employer l'expression « culte de la personnalité ». Et au contraire on encourage tout ce qui est plus ou moins ouvertement en faveur de Staline. Nous observons la même tendance dans les déclarations officielles des dirigeants du parti et de l'Etat. (Grigorenko cite des déclarations de Brejnev et d'Andropov qui confirment son affirmation). C'est de cette manière que s'effectue la préparation psychologique, si l'on peut dire, à la renaissance du stalinisme dans toute son ampleur. Des succes semblables ont été obtenus dans le domaine de sa renaissance pratique. Nous savons que les changements qui ont eu lieu dans le pays après le XXème congrès ont touché seulement les manifestations les plus repoussantes du stalinisme sans arriver à ses racines. Par exemple on a mis fin aux répressions de masse et aux tortures bestiales. Toutefois la possibilité de leur reprise persiste puisque, comme pendant la période stalinienne, le mécanisme de la justice n'agit pas publiquement et que les organes du KGB (sécurité de l'Etat : police politique) agissent comme par le passe en dehors de tout contrôle. Un phénomène positif s'est produit : c'est un certain nivellement du niveau de vie de la population, et bien qu'il en soit résulté un abaissement du niveau de vie des ouvriers des villes, des ingénieurs et des techniciens ainsi que des employés d'un niveau inférieur, au moins les kholkosiens ne meurent plus de faim. D'autres changements, d'une plus faible portée, sont intervenus. Mais pour l'essentiel, les éléments caractéristiques du régime stalinien sont restés et le pouvoir les défend avec entêtement. Certains symptômes de démocratisation de la vie intérieure du parti, qui s'étaient manifestés après le

XXème Congrès, ont été depuis longtemps supprimés. Les membres du parti n'ont aucun droit et ont un seul devoir : obéir sans discuter à l'appareil du parti, de l'Etat et de la production. Même les organes de la sécurité de l'Etat ont récupéré leurs anciens privilèges ; on sait qu'après la liquidation de Beria et l'abolition de ses systèmes, leur activité fondamentale avait été limitée à l'espionnage et au contre-espionnage. Aussi le personnel de ces organismes avait été fortement réduit et on avait nommé à leur tête un spécialiste du contre-espionnage. Or, ces services sont à nouveau, comme sous Staline, orientés surtout vers la lutte contre la protestation populaire à l'intérieur du pays, y compris les organisations du parti. De même on est revenu au personnel d'avant et leur direction est de nouveau passée aux mains d'un homme politique qui fait partie Actuellement, le Comité pour la Sécurité de PEtat de l'élite de l'Etat et du (KGB) n'est un comité que de nom. De par son importance, de par le nombre. des personnes employées il est redevenu un super-ministère, comme aux temps de Beria. La caractéristique principale du régime stalinien, à savoir l'usage du mensonge et de la terreur en tant qu'instrument du pouvoir, est restée la même. Il est vrai que cette terreur ne se manifeste plus aussi ouvertement et ne prend plus de formes aussi hideuses qu'en ces temps lointains. Par contre le mensonge a atteint des niveaux incroyables. Ils mentent ouvertement, dans la presse, à la radio, à la télévision. Ils mentent même en cachette : dans des réunions non publiques, dans les conférences, les rapports, les conversations, etc... Le mensonge est utilisé ouvertement pour montrer, sous un jour favorable aux dirigeants, notre vie économique et sociale, pour falsifier des évènements qui ont eu lieu, pour gonfler certains succès, pour passer sous silence certains échecs... Particulièrement graves sont les falsifications des événements historiques. L'histoire du parti et de l'Etat soviétique est falsifiée à tel point qu'on a honte de la lire. Les mêmes épisodes ont été racontés de manière différente selon les années, mais dans tous les cas on a menti. Même le massacre horrible et illégal accompli par Staline contre ceux qu'il considérait comme des concurrents désireux de le supplanter (les meilleurs éléves et les plus proches compagnons du grand Lénine, de vrais communistes, des bolchéviques comme Boukharine, Zinoviev, Kamenev, Rykov et bien d'autres) est encore caractérisé aujourd'hui comme un fait positif, comme la liquidation des pires ennemis du socialisme. Toute tentative pour rétablir la vérité historique est durement poursuivie. Il n'y a pas longtemps on a exclu du parti A.M. Nekric uniquement parce qu'il a osé lever un peu le voile sur les secrets de la préparation criminelle à la seconde guerre mondiale. (Grigorenko donne ici des exemples de mensonges « cachés » contre les oppositionnels). On continue à cultiver le mensonge au plus haut niveau, dans la loi fondamentale du pays, dans sa Constitution. Ce document a encore aujourd'hui un caractère purement déclamatoire, il sert seulement pour créer à l'étranger le mythe qu'en URSS les travailleurs ont tous les droits et les libertés démocratiques. En fait le Code pénal ignore complétement cette 36 partie de la constitution. On trouve dans le Code un article par lequel on peut supprimer toutes les libertés constitutionnelles (il s'agit de l'article sur les menées anti-soviétiques). Il existe des articles analogues seulement dans les législations des pays à dictature fasciste. Aucun pays démocratique bourgeois n'a un article de ce genre. Même aux Etats-Unis, où la monopolisation et le conformisme ont atteint des niveaux très élevés, on n'a pas pu faire passer la loi sur les activités anti-américaines. Mais dans notre pays, à présent, même cet article anti-populaire a paru insuffisant. On a adopté, de nouvelles lois draconiennes contre les oppositionnels possibles. C'est ainsi qu'en septembre 1966 ont été adoptées deux annexes au Code pénal qui abolissent totalement les droits constitutionnels des citoyens -la liberté de parole, de presse, de réunion, de manifestation, et même la plus grande conquête de la classe ouvrière, le droit de grève. Ces annexes ont été adoptées dans le plus profond secret, on les a cachées au peuple sous la couverture de la lutte contre le banditisme. Les camps de détenus politiques, aujourd'hui comme sous Staline, ne sont pas très différents des camps de concentration hitlériens. Comme autrefois, il n'y a pas en URSS de procès ni d'instruction (au sens normal du terme) pour les « délinquants » politiques. (Grigorenko donne ici une série d'exemples concrets d'illégalités commises contre des oppositionnels.) Même si c'est à une échelle plus réduite que sous Staline, la politique de génocide continue et a pris des formes et des méthodes particulierement inadmissibles à l'égard des Tatars de Crimée et des Allemands de la Volga. Les premiers ont été prives tout à fait officiellement - par un décret du présidium du Soviet suprême de l'URSS - du droit de se définir comme une nation. Dans le décret du 5 septembre 1967 et dans des documents ultérieurs ils sont appelés « citoyens de nationalité tatare, résidant précédemment en Crimée ». Il est clair que de la même manière les Hongrois pourraient être définis « citoyens de nationalité tatare résidants, pour le moment en Hongrie »Il est évident que, dans ces conditions, n'ont pas pu se développer des rapports sociaux normaux. Chez les bureaucrates se sont épanouis le carriérisme et l'absence d'idéaux. Aucun d'eux n'a étudié sérieusement le marxisme léninisme, même si on jure sur son nom, mais on n'a pas envie d'en connaître les fondements. La vie leur convient telle qu'elle est. Les bureaucrates les plus importants décrivent, si besoin est, avec force couleurs, les lendemains heureux qui attendent les travailleurs soviétiques, sans oublier de défendre par tous les moyens leur situation présente. Ils citent même Lénine. Mais ces citations leur sont choisies par des secrétaires et des spécialistes dans le seul but, de renforcer avec une citation la pensée « géniale » de l'orateur.

Et malheur à Lénine si on ne lui trouve rien qui convienne : dans ce cas ils prennent la première phrase qui leur tombe sous la main et la tronquent honteusement.

Il n'y a donc pas à s'étonner si, dans les procès politiques, les juges se trouvent souvent en difficulté et tombent dans le ridicule lorsqu'ils doivent polémiquer avec des accusés « anti-soviétiques » parmi lesquels on trouve souvent des hommes qui ont étudié longuement et sérieusement le marxisme-léninisme. On a trouvé maintenant une issue à cette situation absurde, qui naturellement n'est pas de nommer des juges cultivés. Dans les procès politiques, il est maintenant défendu de citer les classiques du marxisme-léninisme et de se référer à eux. C'est une énormité n'est-ce pas ? Eh bien, cela est arrivé. Nous ne pouvons pas nous en étonner sachant que de nombreux écrits de Lénine, surtout ceux des dernières années et notamment ceux sur le probléme de la bureaucratie avaient été interdits par Staline et que, maintenant encore, ils sont officieusement interdits malgré les assurances données que l'on a publié ses « œuvres complètes ». On a l'impression que ce nouvel « élargissement » de Lénine a été fait non pas dans l'intérêt de la science marxiste-léniniste, mais pour cacher plus sürement le vrai Lénine au grand public. Mais, peut-être le léninisme lui-même est-il une question intérieure de la direction du PCUS ? Est-ce que les partis frères n'ont pas le droit de se demander pourquoi tout cela se produit? Il est naturel qu'à l'intérieur du pays cela ne manque pas de provoquer des protestations qui commencent à se manifester de plus en plus ouvertement. Voici quelques faits. (Ici Grigorenko décrit les manifestations les plus importantes des éléments de l'oppositin dans la période 1965-67) Et voici que la direction du parti qui entretient dans le pays tout ce qui a été dit ci-dessus, affirme avec force la nécessité de reconstruire l'unité « sur la base du marxisme-léninisme ». On peut se demander : mais qu'est pour elle le marxismes léninisme ? Est-ce la politique qu'elle mène chez elle? Mais de toute évidence une telle politique ne peut servir de base à l'unité. Désormais, de nombreux partis communistes ont dû déclarer plus ou moins ouvertement, pour conserver leur influence, que lorsqu'ils prendront le pouvoir ils ne permettront pas que se renouvelle ce qui s'est passé en URSS. Donc, une unification sur la base de l'expérience soviétique est à exclure. Qu'est-ce qui peut servir de base à l'unité ? Il nous semble qu'il n'y a qu'une seule réponse à cette question : purifier totalement l'idéologie communiste des deformations du stalinisme. Le grand Lénine a dit que les partis communistes sont « l'intelligence, l'honnêteté et la conscience de leur époque ». La politique menée par le PCUS ne permet pas qu'on lui attribue une telle caractéristique. Et les partis qui ne veulent pas le dire ouvertement ne méritent pas, eux non plus, une telle définition. Leurs déclarations, selon lesquelles, lorsqu'ils arriveront au pouvoir, ils ne permettront pas que se renouvelle ce qui est arrivé en URSS doivent être considérées comme une manœuvre tactique, une tentative de tromper le peuple. Qui est effectivement fidèle à l'idée communiste ne peut pas avoir peur de dire la vérité, ouvertement et sans ambiguité, aux peuples du monde entier. Les affirmations selon lesquelles le fait de révéler les crimes du passé aurait pour résultat une perte du pouvoir d'attraction des idées communistes sont sans fondement, tout autant que sont sans fondement les attaques anti-communistes qui se servent de l'expérience soviétique pour couvrir de boue la doctrine marxiste léniniste, pour démonter qu'elle n'est pas réalisable, qu'il s'agit d'une utopie. En URSS ce ne sont pas les idées communistes qui ont subi une défaite, c'est un système bien déterminé, qui s'est défini socialiste mais qui en fait ne l'était pas. L'idéal d'une société communiste existe dans les rêves de l'humanité depuis bien plus longtemps qu'il n'existe une doctrine marxiste. Et il est clair que cette dernière, en tant qu'expression scientifique du rêve de l'humanité, ne peut disparaitre seulement parce qu'il y a eu une tentative de réaliser ce rêve qui a échoué. L'expérience, même si elle est râtée, ne peut qu'enrichir la science, que contribuer à la renforcer. Les millions de victimes du stalinisme ne sont pas morts en vain. Leur sang et leurs souffrances nous poussent à n'épargner aucun effort pour liquider le plus rapidement possible la très grave crise actuelle. Il est clair je pense que ce problème ne peut être résolu par des accords secrets entre dirigeants du Le communisme est le rêve de toute l'humanité, mais l'expérience de sa réalisation a été accomplie en secret par les vastes masses du peuple tavailleur. Pire encore, on a trompé le peuple sur les véritables résultats de l'expérience et l'expérience a échoué justement à cause de cela. Cette faillite ne s'est pas produite dans des laboratoires secrets mais sous les yeux de l'humanité étonnée. Il est évident qu'après cela, les peuples du monde ne peuvent permettre qu'on leur cache, derrière des portes fermées, les raisons de ce qui s'est produit, mais veulent connaitre toute la vérité et ils en ont le droit. Dans ces conditions toute conférence menée en secret à l'issue de laquelle serait publié un communiqué qui convienne à tout le monde, sera considéré à juste titre par les peuples du monde entier comme une conspiration totalitaire contre les intérêts fondamentaux de ces peuples. Profondément convaincu de tout cela j'ai rédigé cette lettre ouverte et pour cette raison je n'ai pas abordé les manifestations les plus fortes de protestation sociale dans notre pays et même les aspects des problèmes traités qui sont liés à la défense de mon pays. Mais il s'agit de problèmes que je suis tout disposé à analyser si on me demande de le faire. Les pourparlers sur l'unité entre les mains des militants communistes de la base ! Voilà le seul mot d'ordre sur la base duquel la conférence sera conforme à ses tâches. On peut seulement s'étonner que ce mot d'ordre, le seul efficace, n'ait pas été proposé jusqu'à présent. Les dirigeants actuels des partis ont démontré leur totale incapacité à liquider les divergences qui ont surgi. Ces divergences se sont manifestées ouvertement depuis plus de vingt ans et depuis lors non seulement elles n'ont pas été liquidées mais elles diviennent de plus en plus profondes. On est arrivé au point où des pays qui se disent socialistes se menacent l'un l'autre avec les armes. L'acceptation de ce mot d'ordre signifiera pratiquement le recouvrement de l'unité internationale entre les partis qui y auront souscrit. La conférence aura rempli sa tâche et constituera dans les faits un tournant dans l'histoire du mouvement communiste si elle fait sien ce mot d'ordre et si, pour le mettre en œuvre, elle s'engage à faire ce qui suit : 1) Condamner ouvertement l'actuelle politique inté- rieure de l'URSS en tant que politique anti-socialiste, en contradiction avec les idées fondamentales. du marxisme-léninisme. Le principe de « non intervention dans les affaires des autres partis » est dans ce cas non seulement inacceptable mais pernicieux et réactionnaire. On ne peut interpréter ce principe comme le droit de faire dans son propre parti ce que l'on veut. Les partis communistes sont des partis internationalistes et donc ils ne peuvent pas refuser le droit indiscutable de critiquer ouvertement tout parti frère qui violerait son propre devoir international et les principes fondamentaux du marxisme-léninisme. Et aucun parti communiste, s'il est vraiment tel, n'a le droit de traiter cette critique sans l'attention et l'estime nécessaires. Le devoir international du PCUS est de construire un régime social qui puisse servir d'exemple et d'inspiration pour tous les partis frères ; s'il ne fait pas cela, les partis frères ont le droit de le critiquer. 2) Exiger de la direction du PCUS qu'elle revienne aux régles léninistes dans le parti et dans le pays, non en paroles mais dans les faits. Il taut pour le moins revenir au centralisme démocratique dans le parti. Il faut en particulier faire rentrer dans le parti tous ceux qui en ont été expulsés parce qu'ils avaient une conception différente de celle des dirigeants en ce qui concerne les principes léninistes de la vie intérieure du parti et de l'Etat et aussi ceux qui ont été expulsés en violation du statut du parti. Dans la vie intérieure du pays, il faut appliquer effectivement la loi fondamentale de celui-ci, et pour ce faire abolir toutes les lois qui sont en contradiction avec elle , insérer dans la Constitution les adjonctions nécessaires pour la rendre entièrement conforme à la « Déclaration des Droits de l'Homme ». 3) Entamer dans tous les partis communistes de larges discussions internes pour clarifier à fond les causes de la crise actuelle. Ces discussions doivent avoir un caractère international, ce qui signifie en premier lieu que les compte-rendus des dicussions soient publiés dans la presse communiste internationale. Les différents points de vue devront être illustrés par leurs auteurs et non par des commentateurs. En deuxième lieu, le droit de critiquer l'activité de son propre parti, mais aussi tout autre parti. En troisième lieu, le droit, pour chaque participant à la discussion, de réclamer et de recevoir tout le matériel dont il aurait besoin pour développer la discussion sur n'importe quel parti. Enfin, le droit d'une enquête internationale sur toute déclaration dénonçant le caractère non démocratique de la discussion ou affirmant que tel courant de pensée a fait l'objet d'une discrimination. En ce qui concerne le PCUS, les participants à la conférence doivent recommander d'engager la discussion avec la publication de la plate-forme du C.C et de toutes les autres plate-formes qu'il y aura au début de la discussion. Ensuite, les défenseurs de toutes les plate-formes qui auront été ou qui seront publiées dans le courant de la discussion doivent avoir les mêmes possibilités de défendre leur position - soit par la publication d'un organe de presse pour le défenseur de chaque plate-forme, soit en accordant un même nombre de pages ou en attribuant une même place dans la rédaction de l'organe de presse commun.

La discussion devra se conclure par un congrès du parti pour lequel les délégués seront élus sur la base des plate-formes (motions). Je crois qu'il n'est pas 38 besoin d'apporter d'autres témoignages prouvant qu'il s'est créé dans le PCUS cette situation dont parlait Lénine au Xème Congrès du parti, c'est à dire une situation qui peut exiger dans les élections pour le congrès le vote sur la base de plate-formes (motions). L'URSS a réalisé des transformations qui ont un caractère socialiste. Seule la bureaucratisation qui s'est profondément enracinée l'empêche de devenirun pays socialiste. Pour vaincre le système bureaucratique, il faut développer largement la démocratie. Le PCUS, pour mériter le nom de parti communiste, a le devoir de prendre la direction du processus de démocratisation de la vie de notre pays. Toutefois, il ne s'agit pas d'une affaire intérieure : si je veux, je lutte avec les bureaucrates, si je ne veux pas, je contribue encore plus au système de bureaucratisation. Les partis communistes du monde entier sont inréressés à ce que l'expérience socialiste interrompue par la dictature de Staline soit poursuivie et à ce que soit créée une société qui puisse servir d'exemple à tous les peuples du monde. Et si la direction du PCUS n'accepte pas, les véritables communistes du monde entier ont le devoir de suspendre tout rapport avec elle et de déclarer ouvertement et sans ambiguité qu'ils ne considèrent parti comme un parti communiste n'estiment pas que le pays qu'il dirige est socialiste. Camarades participants à la conférence, je vous prie de donner au camarade Kostérine et à moi-même la possibilité de participer à la conférence. Nous savons et nous sommes en mesure de démontrer que ce qui est exposé dans nos lettres reflète des conceptions múries au sein des opposants à l'intérieur du PCUS. Et nous sommes convaincus que le moment viendra où ces conceptions l'emporteront dans notre parti. J'estime que c'est là une raison suffisante pour que vous accueilliez favorablement notre requête.

P. Grigorenko, 13/2/1968

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