Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › nouvelle série n° 9-10

La nature de l'opposition démocratique

Eric Laurent · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 9-10 · septembre-octobre 1973 · p. 48-50 · 3 058 mots

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DÉMOCRATIQUE 1) Les différents courants Si l'on veut caractériser plus précisément du point de vue idéologique l'opposition démocratique, sur la base de ses écrits, on s'aperçoit qu'elle est divisée en un grand nombre de courants aux contours plus ou moins bien définis. Roy Medvedev, dans son livre : « Sur la démocratie socialiste », propose la typologie suivante: - Les « occidentalistes » qui tant au niveau économique que politique font du système capitaliste occidental une panacée universelle. Il s'agit là moins d'un groupe d'opposition que d'un courant de pensée. - Les partisans d'un « socialisme éthique » qui insistent surtout sur la défense et le respect de la personne humaine. - Les « socialistes chrétiens » dont les positions rejoignent celles du socialisme éthique ; eux aussi affirment la nécessité d'une régénérescence morale de l'individu. - Les « démocrates du parti » dont se réclame Roy Medvedev, partisans d'une réforme interne du parti - Le groupe Grigorenko, lakhimovitch, etc... qui constitue l'aile la plus progressiste et la plus radicale de l'opposition et qui joue un rôle essentiel dans la campagne pour les libertés démocratiques. A l'exception des « occidentalistes », courants se réclament du socialisme, même si terme reste en général très confus et est souvent associé à un rejet radical tant du stalinisme que du léninisme. En réaction à la terreur bureaucratique, ces différents courants refusent tout recours à la violence sous quelque forme que ce soit. Ce « pacifisme » de l'opposition s'explique essentiellement par le fait que depuis la naissance du stalinisme la violence est le seul fait de la bureaucratie. Même si une partie des oppositionnels - cf. la lettre de Grigorenko publiée dans ce même numéro - a réfuté la thèse développée de points de vue opposés mais convergents et par la bourgeoisie et par la bureaucratie sur l'identité de la violence révolutionnaire de la période léniniste et de la violence réactionnaire de la période stalinienne, on retrouve souvent dans les textes de l'opposition la tendance à voir dans la première les racines de la seconde. A ce propos, il est intéressant de noter que Plékhanov, analysant l'idéologie des premiers socialistes utopiques, avait alors souligné que leur refus de la violence découlait de l'idée que la violence jacobine avait mené directement à la dictature bonapartiste, avec son cortège d'oppressions et de guerres. Et Plékhanov mettait en relation cette conception avec la situation d'isolement dans laquelle se trouvaient les 48 socialistes utopiques par rapport au mouvement de masse qui était à cette époque dans une phase de profond reflux. Il est clair que l'opposition soviétique actuelle s'est trouvée dans une situation peu différente comme nous le verrons par la suite. Par ailleurs, il faut souligner que la différenciation idéologique au sein de l'opposition n'est nullement stable ni définitive. L'expérience de la Hongrie, de la Pologne, de la Tchécoslovaquie montre qu'à ses débuts la lutte contre la bureaucratie s'est toujours présentée sous la forme d'un large rassemblement de forces et de courants très divers, une clarification et une radicalisation s'opérant peu à peu avec le surgissement et le développement d'un réel mouvement de masse anti-bureaucratique. Fondamentalement, les clivages actuels au sein de l'opposition soviétique sont largement superficiels et doivent se comprendre avant tout comme la conséquence du blocage de la situation objective et de l'impossibilité où se trouve l'opposition de mordre réellement sur la réalité sociale et politique. Enfin, par-delà les divergences idéologiques actuelles, les représentats des différents courants se sont retrouvés en pratique dans une large front unique dans le combat pour les libertés démocratiques et contre la répression, même si les militants les plus actifs dans ce mouvement étaient les représentants de l'aile progressiste. 2) Le mouvement pour les libertés démocratiques La bataille pour les libertés démocratiques et les formes de lutte adoptées constituent un net progres par rapport à la période antérieure, mais le tait que l'opposition se soit cantonnée sur ce seul terrain permet de comprendre dans une certaine mesure son échec actuel. A partir de 1965, les revendications essentielles de l'opposition deviennent la liberté de parole, de presse, de réunion. En choisissant cet axe de lutte, l'opposition se place sur le terrain de la « légalité » et donne un caractère public à son action. En effet, la Constitution de 1935 - Staline ne proclamait-il pas qu'elle était « la plus démocratique du monde »? -garantit ces droits fondamentaux. Il s'agit alors d'exiger de la bureaucratie qu'elle respecte sa propre légalité, qu'elle viole en fait quotidiennement. En particulier, elle réclame l'abrogation des articles du Code Pénal qui sont en contradiction avec la Constitution - les articles sur les « activités anti-soviétiques ». Le mot d'ordre central du mouvement devient : « la légalité c'est nous ». L'opposition joue ainsi sur une contradiction importante du système bureaucratique où la bureaucratie, tout en maintenant un régime politique purement répressif, ne peut formellement rompre avec les principes du marxisme-léninisme et de la démocratie ouvrière qui en est partie intégrante. Ce caractère public et légal que l'opposition veut donner à son action explique le refus délibéré de toute organisation clandestine. Ainsi, dans certaines villes, comme à Vladimir, des jeunes iront déposer au raikom les statuts d'une organisation indépendante, au grand désarroi de la bureaucratie locale qui, bien sûr, ne tarda pas à retrouver ses vieux réflexes ré. pressifs. En 68, un « Groupe d'Action pour la Défense des Droits Civiques en URSS » est constitué publiquement par lakir, Levitin Krasnov, le mathématicien ukrainien Plioutch, N. Gorbonevskaja. Il compte 15 membres et 39 personnes organisent un comité de soutien. Ces comités ont une réalité qui dépasse largement le cadre de Moscou, puisque leurs membres sont aussi de Léningrad, Kiev, Kharkov, Tachkent, Krasnodar, Perm et d'Ouzbekhistan. e 30 avril 1969 paraît le premier numéro de l chronique des Evénements Courants, dont la pre mière page porte le préambule suivant : « les dif fuseurs de ce bulletin considérent que sa publication est parfaitement légale. Toutefois, comme le KGB a une étrange idée de ce qu'est la légalité, nous ne jugeons pas opportun de publier les noms et les adresses des diffuseurs ». La deuxième partie du préambule permet de mieux comprendre ce qu'est le caractère légal ou plus précisément semi-légal du mouvement. Les formes d'action seront aussi en accord avec cette tactique de semilégalité : lettres ouvertes, manifestations, pétitions, appels à l'opinion publique soviétique et interna tionale, où sont dénoncés systématiquement tous les abus et les actes de répression « illégaux » de la bureaucratie. Cette tactique de semi-légalité a permis pour la pre mière fois depuis l'écrasement de l'opposition de gauche à la fin des années 20 l'apparition et le déve loppement d'un mouvement d'opposition au régime bureaucratique, qui dépasse le cadre des petits groupes clandestins qui sont un phénomène permanent depuis les années 50 mais aux effectifs très limités et généralement rapidement decouverts par le KGB. Le mouvement démocratique né des protes tations individuelles contre l'arbitraire bureaucratique est arrivé à se donner une certaine cohésion et à gagner une certaine influence à l'extérieur, en particulier au travers de la circulation du bulletin - la Chronique - et des autres publications du Samizdat De plus, et surtout, il a permis au moyen des textes du Samizdat un large échange d'idées, aussi confuses qu'elles puissent être parfois, hors du cadre sclérosé de la pensée bureaucratique officielle. Par là, les gens ont réappris à penser et à discuter politique par euxmêmes et cette repolitisation ouvre la voie au déve. loppement d'une nouvelle opposition sur des perspectives plus claires. 3) Les limites du mouvement démocratique Par-delà ces aspects hautement positifs, le mouvement démocratique présente un certain nombre de limites qui permettent de mieux comprendre la crise qu'il traverse aujourd'hui et que seule la répression, aussi dure qu'elle ait été ces dernières années, ne suffit pas à expliquer.

Le caractère semi-légal de la tactique adoptée par l'opposition est une relative limite à l'extension du mouvement du fait de ce que l'on pourrait appeler une « hiérarchie de la répression ». Du fait de l'apparition publique qu'elle implique, la seule protection face à la répression pour les militants est l'opinion publique intérieure et extérieure. La répression frappe beaucoup plus durement un simple ouvrier ou un étudiant qu'un savant ou un écrivain aussi connus que Sakharov ou Soljenytsine. Qu'on se souvienne également de la mobilisation considérable des savants lors de l'internement du biologiste Jaurès Medvedev dans un hôpital psychiatrique spécial. Cela explique partiellement que l'opposition démocratique ait été essentiellement le fait de l'intelligentsia. De son côté, le KGB a trouvé une solution à ce problème : il incite par tous les moyens les oppositionnels trop connus pour étre emprisonnés à sortir de l'Union Soviétique et les prive, dés leur sortie du territoire, de la nationalité soviétique. C'est ce qui s'est passé en particulier avec le biologiste Jaurès Medvedev, le juriste Chalidze. Et la bureaucratie rêve que Sakharov et Soljénytsine acceptent leur visa déjà tout prêt... Par ailleurs, la tactique de pression sur la bureaucratie par une action publique suppose un minimum de marge de mancuvre par rapport à la bureaucratie. A partir du moment où la bureaucratie estime que toute concession, aussi mince soit-elle, a une dynamique incontrôlable et décide de passer d'une répression plus ou moins sélective à une répression massive - ce qui est le cas de ces deux dernières années, les militants se retrouvent complétement désarmés, et le refus de toute organisation clandestine comme support à cette action publique semi-légale s'avère négatif. En ce qui concerne le contenu des revendications, les revendications pour les libertés démocratiques, comme a pu l'écrire un des représentants du groupe des « démocrates du parti », n'expriment directement que les intérêts de l'intelligentsia créatrice en tant que telle. De fait, tant par son origine - un sursaut moral contre les abus de la bureaucratie - que dans sa composition sociale, le mouvement pour les libertés démocratiques est resté essentiellement le fait de l'intelligentsia au sens large. Les revendications sur les libertés de presse, de parole, de réunion demeurent relativement abstraites pour les autres couches de la population. Et l'intelligentsia oppositionnelle s'est retrouvée isolée, dans l'impossibilité tant objective que subjective de sortir de son ghetto. D'une part, la tactique de la bureaucratie visant à isoler et à dresser les unes contre les autres les différentes couches et classes s'est avérée relativement payante ; en particulier, dans sa propagande, elle a toujours cherché à opposer la classe ouvrière, la « classe au pouvoir » aux intellectuels, ces « privilégiés souvent à la remorque de l'idéologie bourgeoise ». Face à i cela, l'intelligentsia s'est avérée relativement incapable de trouver un joint avec la classe ouvrière. « Nous avons nos problèmes, qu'ils - les ouvriers - résolvent les leurs, comme les ouvriers polonais de la Baltique en 70 » écrivait un oppositionnel. De fait, on a assisté à une théorisation de la passivité apparente de la classe ouvrière, les intellectuels se plaçant dans la situation de « conscience » de la nation. Seuls les éléments les plus progressistes, tels lakhimovitch et Grigorenko, ont, tant dans leurs écrits que dans leur pratique, affirmé la nécessité pour l'opposition intellectuelle de briser son isolement. Ils l'ont montré pratiquement en sou- tenant dès le départ la lutte des Tatars de Crimée pour leurs droits nationaux, le seul mouvement de masse réel à l'époque. Plus fondamentalement, il s'agit moins de peser les mérites et les défauts de l'opposition en lui opposant une opposition marxiste-révolutionnaire - encore, hélas 1, imaginaire - que de comprendre comment, tant dans son idéologie, son action que dans sa crise actuelle, l'opposition est un reflet plus ou moins direct de la réalité sociale et politique de l'URSS au cours des années 60. "Dans son origine, l'opposition a été marquée profondément par les espoirs réformistes nés au XXeme et au XIlème Congrés, même si aujourd'hui elle a dans les faits dépassé cette problématique. Par ailleurs, un des traits fondamentaux de cette période est la stabilité relativement grande de l'équipe dirigeante actuelle, à la différence de la période krouchtchevienne où la crise interne de la bureaucratie avait pris un tour particulièrement aigu. Parallélement, la classe ouvrière, depuis les grandes révoltes de 62 à Novotcherkask et dans d'autres villes, a fait preuve d'une relative passivité (cf. à ce sujet l'article d'Ettore Salvini dans le numéro 7-8 de la revue). Le mouvement de l'opposition n'a pas trouvé de relai ou de • PIOTR GRIGOREVIC GRIGORENKO Piotr Grigorevic Grigorenko est né en 1907 à Borisovka (Ukraine), dans une famille de paysans pauvres. En 1920, il est engagé comme apprenti mécanicien au dépôt ferroviaire de Berdjansk. A Borisovka, il était l'organisateur de la cellule du Komsomol. En 1927, il est secrétaire du comité d'atelier du Komsomol de l'usine métallurgique où il a été transféré entre-temps et il entre au parti. La même année, il commence à étudier à la « faculté ouvrière » (rabfak), en 1929 il entre à l'institut technologique de Kharkov, en 1931 il est « mobilisé par le CC du PC (b) » à l'académie technico-militaire. Après trois ans de servive dans le génie il entre, en 1937, à l'Académie du Quartier Général. Dans les années suivantes, il est en service en Extrême-Orient et il participe à des engagements contre les Japonais. En 1943, il est envoyé, sur sa demande, sur le front occidental où il reste jusqu'à la fin 1945 : il est blessé deux fois et décoré de cinq ordres et six médailles. Il finit la guerre avec le grade de colonel, bien qu'au début de la guerre il ait reçu une punition du parti pour avoir exprimé des doutes sur la préparation du pays et sur la responsabilité de ses dirigeants (il est intéressant de rappeler que pour des raisons analogues - critiques à Staline pour la manière dont est menée la guerre - Kopelev et Soljenitsyne sont arrêtés et envoyés en camp de concentration). Après la guerre, Grigorenko enseigne la cybernétique à l'académie du Quartier Général. Il publie 78 travaux scientifiques dans ce domaine. Après 1956, il est promu général. En 1961 il intervient à la conférence du parti de l'académie en critiquant le « culte renaissant de la personnalité de Kroutchev ». Il est aussitôt écarté de son poste d'enseignant, il reçoit une punition du parti (« reproche grave ») et est envoyé en Extrême-Orient dans un poste bien moins important. Au cours de l'automne 1963, dans le cadre des discussions qui s'engagent lors du XX|lème congrès, il forme un groupe : l'Union de lutte pour la renaissance du léninisme. Ce groupe étudie : « L'Etat et la Révolution », écrit des tracts sur la répression des émeutes de Tbilissi, Novocerkassk,

Temir-Tau. Un des tracts avait pour titre : « Pourquoi il n'y a 50 jonction avec un mouvement anti-bureaucratique de masse. Ces deux facteurs, par-delà les limites propres au mouvement, permettent de comprendre la crise actuelle de l'opposition. Aujourd'hui, un certain nombre d'indices permettent de penser que la situation est en train de changer : des fissures sont apparues dans la façade bureaucratique et les difficultés économiques internes - problèmes agricoles, problèmes des biens de consommation - risquent de cristalliser le mécontentement latent de la population en un large mouvement de masse anti-bureaucratique. Et nous sommes certains que l'expérience et les militants du mouvement démocratique se retrouveront pleinement dans cette phase nouvelle de la lutte antibureaucratique. Le rôle des marxistes révolutionnaires dans cette nouvelle phase de la lutte antibureaucratique, alors que la bureaucratie cherche à liquider toute opposition, y compris physiquement : que l'on se souvienne de Galanskov mort à 33 ans dans les camps, d'Amalrik recondamné pour les mêmes faits, de Grigorenko interné à vie dans un ho. pital psychiatrique spécial - passe par la solidarité active et militante, par la défense de tous les emprisonnés.

Eric LAURENT Suite de " Un bilan de l'opposition " dans Q.I. No 7-8 Pour des raisons de place dans notre traduction de la lettre de Grigorenko nous avons omis quelques passages se référant à la discussion des problèmes spécifiques de la Conférence de Budapest). pas de pain ». A propos de ce tract une des « autorités » dira plus tard à Grigorenko : « dans ce tract on dit les mêmes choses qu'a dites Brejnev au Plenum, mais d'une façon plus concise et avec plus de clarté ». Le malheur pour Grigorenko ce n'est pas d'avoir dit ce qu'il a dit mais de l'avoir dit une année et demi avant le parti. Le 1er février 1964, Grigorenko est arrêté en même temps que d'autres membres du groupe. !! est reconnu fou et enfermé dans un asile criminel. En même temps (ce qui n'est pas très logique) il est dégradé au rang de simple soldat et expulsé du parti. Toutefois il réussit à se faire libérer le 23 avril 1965 sous couvert d'invalidité du lème groupe, qui devient après un mois invalidité du Illème groupe. Après six autres mois, il est reconnu comme sain mais n'est pas réintégré dans l'armée ni dans le parti. A partir de ce moment il prend part à l'activité de l'opposition dont il devient un des représentants les plus en vue. En particulier, il tente et il réussit à établir, avec le vieux bolchévique Kostérine, une liaison entre les groupes intellectuels l'opposition et le mouvement des nationalités opprimées, notamment celui des Tatars de Crimée, déportés encore aujourd'hui en Asie centrale. Il écrit, entre autres, un important pamphlet où il démontre avec documents à l'appui la responsabilité du stalinisme dans l'impréparation de 'URSS au cours de la première période de la seconde guerre mondiale (ce document a été diffusé en URSS dans le Samizdat). Au mois de mai 1969, il se rend à Tachkent pour participer au procès des représentants des Tatars de Crimée, sur la base d'une requête signée par plus de 2000 Tatars pour qu'il intervienne comme défenseur public. Le 7 mai, il est arrêté. L'expertise psychiatrique sur place le reconnait sain d'esprit, mais après de fortes pressions de Moscou, elle est reconsidérée et Grigorenko est déclaré atteint de « manies paranoïaques de réformes à caractère permanent» qui requièrent « une cure forcée dans une clinique psychiâtrique spéciale ». Depuis lors, Grigorenko est détenu dans un asile d'aliénés, dans des conditions épouvantables qui pourraient vraiment le rendre fou. Tous les six mois, il est interrogé par une commission du KGB qui, jusqu'à présent, a toujours confirmé le diagnostic initial.

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