L'URSS fait périodiquement la « la presse bourgeoise: Le Monde 29 avril donne des informatio vement intéressantes sur les réce gements intervenus au sommet reaucratie soviétique: éviction c et Voronov, entrée de Gromyko, et Andropov au « Politbureau ». les raisons précises et immédiate nouvelle lutte au sommet - il sem travers de ce remaniement Brejn particulier, voulu amener les rep des militaires (Gretchko) et de la litique (Andropov) à caution vement sa politique très po « détente » et de a coopératio mique » avec les pays capitalistes pour laquelle ces deux secteurs m à priori relativement peu d'enth - ces remous bureaucratiques pe considérés comme l'amorce d'un sein de l'équipe dirigeante qui a Kroutchev et qui jusqu'a ces temps, avait montré une gran généité apparente. Simultanéme dices d'une nouvelle crise écono multiplient. Tout semble indiqu URSS, après une période de re bilité économique et politique, dans une nouvelle phase beauc agitée de la crise du système burai Nous présentons ici deux article: cemment écrits par deux de n rades : l'un porte sur l'analyse tuation économique actuelle en une » de des 28 et ns relatints chande la bue Chelest Gretchko Par delà i de cette ble qu'au ev ait, en ésentants police poner actiussée de n éconopolitique anifestent ousiasme, ivent être e crise au succédé à derniers le homont les inmique se ler qu'en ative staon entre oup plus icratique. i tout reos camade la siURSS et par Ellore Salvini
La constatation des difficultés économiques de l'Union soviétique dans l'étape actuelle n'est pas une nouveauté : Les dirigeants soviétiques généralement peu enclins à reconnaître des choses de ce genre, l'ont fait à la fin de l'année en admettant l'enregistrement « de graves difficultés objectives dans le développement de l'économie nationale » (rapport du président du Gosplan de l'URSS Baibakov du 18 dé-
1970 Plan Tréalité
REVENU NATIONAL 6 8,5
REVENU PAR TETE 5 5,8
PRODUCTO INDUSTRIE 6,3 8,3
Groupe A 6,1 8,2 Groupe B 6,8 8,5
PRODUCTIVITE (dans 5,2 7 l'industrie) Il résulte à l'évidence de ces données que les principaux indices économiques se sont déteriorés progressivement depuis 1970, année pendant laquelle le précédent plan quinquennal s'était brillament terminé. Il y a eu détérioration soit en ce qui concerne la diminution des rythmes de croissance, soit parce que les objectifs fixés par le plan, qui sont restés relativement stables jusqu'à l'année dernière, n'ont pas . été atteints. Même si les objectifs fixés pour l'année en cours sont atteints, la tendance à la diminution des rythmes de croissance sera confirmée et seul le renversement d'une telle tendance dans les deux années qui suivent permettra d'atteindre les objectifs globaux du plan quinquennal. Compte tenu cembre 1972). Dans une analyse précise de la situation économique, le correspondant du Monde va jusqu'à parler de « marasme » (Le Monde du 13 février). Les résultats de 1972 sont en effet particulièrement négatifs comme le montre le tableau que nous avons repris dans le Monde (et qui est fondé sur les données officielles soviétiques). 1971 1972 1973 Plan | réalité Plan réalité Plan
6,7
4.7
6,9
6,2
3,7
3,2
7.8
6,5
6,9
5,8
7.7
6,8
6,3
7,9
7,1
-
S
5,2
-
- des limites dans lesquelles il est possible d'utiliser cette définition en ce qui concerne l'économie soviétique (1), on peut donc affirmer qu'elle est en crise. Et dans une crise qui par sa gravité rappelle celle de 62-64, la plus grave de la période post-stalinienne, qui précéda immédiatement la chute de Kroutchev. (1) Et il s'agit de limites importantes et bien précises. En premier lieu, il ne s'agit pas de crises de surproduction qui caractérisent l'économie capitaliste, mais plutôt de crises de sousproduction, dûes aux contradictions de la gestion bureaucratique. En second lieu, il n'y a pas de stagnation ou de diminution de la production, mais seulement diminution du rythme de croissance qui demeure relativement élevé si on le compare à celui des pays capitalistes.
sur les tendances qui se dégageront au cours des mois à venir ; l'autre amorce un cours des mois a venir , autre amorce un bilan de l'opposition - encore surtout intellectuelle - qui courageusement, mais sur des bases politiques encore très larges. sinon floues, tente de secouer la chappe de plomb dont la bureaucratie parasitaire se sert pour étouffer la démocratie soviétique. Il manque toutefois à ce « dossier » sur l'URSS, un aspect très important de la crise actuelle du système bureaucratique ; le problème des nationalités et de l'opposition nationale, qui a pris aujourd'hui une ampleur extraordinaire - l'éviction de Mjavanadze, 1er secrétaire du PC Géorgien il y a quelques mois, de Chelest Ter secrétaire du PC ukrainien aujourd'hui, en sont un reflet déformé ; nous publierons dans un des prochains numéros un article spécialement consacré à ce problème des nationalités.
La crise de l'agriculture Depuis le début de l'année dernière, une série d'indices permettent de faire les prévisions les plus sombres sur les résultats de l'année agricole. Les données météorologiques n'ont pas été favorables. Une longue sécheresse estivale a succédé à un hiver rigoureux et peu enneigé. Une préoc cupation croissante transpirait des commentaires de la presse soviétique. Les récoltes ont largement confirmé ces prévisions, surtout pour deux produits décisifs : les céréales et les pommes de terre (tandis que les résultats du coton, des betteraves, de l'élevage ont été assez bons.). On a récolté 168 millions de tonnes de céréales, contre 181 l'année précédente, qui n'avait pas été particuliérement brillante). Les dirigeants soviétiques n'ont toutefois pas limité leur analyse à la météorologie. On a parlé d'insuffisances dans l'organisation, de manque de fournitures en moyens mécaniques et en engrais etc. Mais ceci ne suffit pas à expliquer un échec, surtout dans le secteur où l'équipe actuellement au pouvoir a consacré dans la décennie écoulée ses meilleures forces. Après que Krouchtchev, au début des années 60, face aux difficultés économiques croissantes, ait à nouveau limité les parcelles individuelles des paysans avec des conséquences désastreuses, Brejnev et Kossyguine avaient fait des concessions notables aux paysans, en favorisant le dévetant le pie di loppement de l'élevage privé et en augmentant le prix d'achat des produits agricoles. Dans l'alternance de concessions et de répression qui caractérise les rapports de la bureaucratie soviétique avec les paysans, elle se trouve actuellement dans une phase de concessions. En outre, pour la lère fois dans l'histoire du régime soviétique, on a fait des investissements considérables dans l'agriculture et dans les secteurs industriels qui lui sont liés. (en particulier celui des engrais chimiques). Mais tout ceci n'a pas suffi à surmonter les conséquences catastrophiques de la collectivisation forcée de 1929-33. Le régime ambigü de la propriété agricole, fondé sur les coopératives (les kolkhoses) dirigés d'une façon totalement bureaucratique et d'autre part sur les parcelles privées qui devraient en théorie servir à la consommation individuelle (mais qui, en réalité - par le biais des marchés kolkhosiens - couvrent aujourd'hui encore 30 % des besoins alimentaires des villes), s'est encore une fois révélé catastrophique. En effer, la seule solution effective du problème aurait été et demeure, un processus profond de démocratisation des kolkhoses et des sovkhoses. Mais c'est précisément ce que la bureaucratie ne peut acomplir sans se nier elle-même. Dès lors,l' agriculture soviétique demeure le point faible, le talon d'achille de la gestion bureaucratique de l'économie. C'est la raison pour laquelle un fois encore, comme toujours dans le passé, à partir des années 30, la crise de l'agriculture constitue le 46 ler symptôme d'une crise économique plus générale. A l'automne passé, en commentant les premières remarques sur la mauvaise année agricole, cette analyse a permis d'avancer l'hypothèse, qui s'est révélée correcte, de l'entrée dans une période de difficultés économiques généralisées. Mais si la crise de l'agriculture précède en général la crise industrielle, si elle en est le ler symptôme, il serait toutefois erroné d'y voir la cause des difficultés économiques. La crise agricole n'a d'influence directe que sur l'industrie légère. En effet, les difficultés de l'industrie ont des causes spécifiques et internes à l'industrie elle-même. La crise des investissements es bureaucrates sovietiques eux-meme voir le raooort de balbakov dela cite n se réfèrent aux mauvaises récoltes que de façon secondaire. A l'inverse, on cite en premier lieu « la non réalisation du plan d'entrée en fonction des potentiels productifs et dans de nombreux cas leur lente mise en œuvre, de même que la réalisation incomplète des mesures destinées à accroitre l'efficacité de la production dans certains secteurs ». En particulier le fait que «la productivité du travail s'accroît à des rythmes plus lents que prévus ». « La non réalisation du plan d'entrée en fonction des potentiels productifs » est un phénomène de la plus haute importance qui avait donné lieu l'automne dernier à un rapport préoccupé de Kossyguine, lors d'une réunion extraordinaire des fonctionnaires du Gosplan (2). • Voyons rapidement de quoi il s'agit. Dans les phases d'élaboration du plan, divers groupes de bureaucrates (les ministères techniques, les républiques, les régions, etc...) tentent - d'accaparer le maximum possible de la somme globale des investissements, car, plus ils obtiennent d'investissements, plus leur secteur (république, région...) devient important et par là même leur pouvoir s'accroît. Ceci crée déjà des disfonctionnements considérables, parce que cela conduit souvent a une distribution des ressources en fonction de la force contractuelle des divers groupes bureaucratiques, et non en fonction des objectifs économico-politiques du plan. Dans les phases d'exécution du plan, chaque secteur bureaucratique attribue les ressources obtenues non pas selon le principe de l'augmentation plus rapide des potentialités de la capacité productive (comme le ferait un capitaliste pour obtenir le maximum de profit), mais en lançant parallélement le plus grand nombre possible d'installations. (2) Il résulte d'une analyse faite par la direction Centrale des Statistiques pendant la première moitié de 1972 que la « la capacité projetée n'a pas été atteinte dans 1005 entreprises sur 1751, bien que le temps prévu se soit écoulé. Il en résulte que 500 000 T d'acier, 4,4 M de tonnes d'engrais chimiques, 584 000 pneus, 169 000 T de cellulose n'ont pas pas été produits. » Selon Kossyguine, 75 milliards de roubles ont été congelés pendant l'année écoulée, contre X en 1964.
Ceci dans l'espoir de pouvoir obtenir l'année ou le quinquennat suivant (quand sera élaboré, le nouveau plan) le maximum de ressources upplémentaires pour pouvoir achever la construction des installations commencées. Comme les ressources disponibles globales sont limitées, tout ceci fait que, dans le même temps, un grand nombre d'installations « congelées » est créé (c'est à dire commencé et non terminé faute de fonds) et, d'autre part, les ressources manquent pour pouvoir faire fonctionner en temps voulu les installations dont la production permettrait d'atteindre les ohior tifs fixés par le plan. Tel est, très schématiquement, le mécanisme du phénomène qui, faisant boule de neige, met périodiquement en crise le développement régulier de l'économie planifiée. Soit dit entre parenthèses, ce mécanisme contribue à faire que le temps nécessaire à la construction de nouvelles installations industrielles soit bien supérieur à celui qu'il faut dans les pays capitalistes avancés, ce qui signifie que très souvent les nouvelles installations sont dès le départ techniquement dépassées et qu'en conséquence l'efficacité de nouveaux investissements en URSS est plutôt faible. Ces phénomènes, typiques de la gestion bureaucratique de l'économie dès le départ, se sont particuliérement étendus et sont devenus surtout lourds de conséquences après la guerree, quand, avec le développement massif des structures industrielles du pays, le caractère parasitaire de la bureaucratie est devenu particulièrement évident. Ces phénomènes ont déterminé et caractérisé la grosse crise de 1962-64 et furent déjà à ce moment dénoncés véhémentement par Krouchtchev qui tenta, mais sans succès, d'adopter toute une série de mesures administratives pour les combattre (détermination centralisée des imbattre dans prition, entralisée des imOù est passée la réforme ? Le débat sur la réforme économique s'est développé en URSS juste dans les années où la crise explosa avec violence et il fut largement marqué par la réflexion sur des phénomènes négatifs de ce type. Selon les partisans de la réforme, seul le libre jeu du marché (« socialiste ») et le moteur du profit (de l'usine, mais qui arriverait jusqu'au directeur dans une certaine mesure) auraient éliminé, entre autres disfonctionnements, même les tragédies des implantations « congelées » et de la « dispersion des investissements ». Mais la bureaucratie centrale s'aperçut très rapidement que les propositions des réformateurs finiraient par miner son pouvoir. L'exemple tchécoslovaque, avec son parallélisme entre les réformes dans l'économie et dans la démocratie politique, avec la création par la classe ouvrière de conseils dans les usines en un proocessus rapide de politisation, épouvanta définitivement les bureaucrates peureux du Kremlin qui mirent fin brutalement au libre jeu de la fantaisie liberma- nienne (pour une analyse plus détaillée de la réforme et de son sort, voir Quaderni Piacentini N° 38). La réforme se réduisit à une série de mesures modestes de rationalisation qui n'éliminérent aucune des absurdités les plus évidentes du mécanisme économique en vigueur. Les rares et timides initiatives de décentralisation conduisirent à une augmentation des primes du personnel dirigeant, mais aussi à l'extension des améliorations salariales aux ouvriers. Il en découla des tensions inflationnistes qui, en l'absence d'une augmentation considérable de la production des biensde consommation, et dans le cadre de prix politiquement contrôlés, firent gonfler dangereusement les dépôts dans les caisses d'épargne. La réforme économique (jamais abolie officiellement) est restée sur les premières pages des journaux et sert à créer une certaine image de l'Union Soviétique chez les capitalistes américains en voyage de promotion et pour quelques commentateurs occidentaux des pensées de Mao, peu précis et peu informés. On n'en trouve que très peu de traces dans la réalité soviétique. Le dilem ne des biens de consommation A partir des années 50, la fin de la terreur stalinienne a contraint la bureaucratie à régler ses comptes avec la classe ouvrière (et avec une classe ouvrière remarquablement forte sur le plan quantitatif et qualitatif, bien que profondément dépolitisée) avec d'autres méthodes que le code pénal et les camps de travail forcé. Puisque la bureaucratie n'avait pas de marges pour faire des concessions politiques, qui auraient immédiatement mis sa précaire domination en péril, le problème se posa d'une amélioration économique, d'une augmentation du niveau de vie notoirement bas. Au milieu des années 50, Krouchtchev affronte le problème des logements populaires et de l'amélioration de l'approvisionnement des villes en denrées alimentaires. Mais il s'agissait en outre de réorienter radicalement les investissements, de modifier profondément la structure industrielle soviétique fondée sur la prépondérance écrasante de la production des moyens de production (Groupe A). La bureaucratie krouchtchévienne s'y prépara à la fin des années 50, mais sans grand succès. Krouchtchev eut beau tempêter contre les « dévoreurs d'acier », il ne réussit pas à modifier les proportions existantes dans le développement des divers secteurs de l'industrie. Le dogme stalinien du développement prioritaire des moyens de production résistait, inébranlable, non tant par le manque d'imagination des idéologues que parce qu'il correspondait aux intérêts établis de vastes secteurs de la bureaucratie, dans l'économie ou dans le parti, liés au développement de l'industrie lourde. La supercentralisation permanente du reste correspondait bien mieux en tant que forme d'organisation au développement des aciéries qu'à celui des industries de confection.
La crise économique des années 62-64, avec les tensions sociales qui l'accompagnèrent, démontra que le conservatisme dans ce secteur pouvait être lourd de crises sociales dangereuses pour le pouvoir de la bureaucratie. Même les plus obtus des bureaucrates comprirent que la paix sociale avait un prix économique. Après une période de réajustement à partir de 68, la production de biens de consommation (Groupe B) commença à se développer à des rythmes plus rapides que l'industrie lourde. Il s'agissait, il est vrai, de mesures encore bien modestes bien que largement diffusées par la propagande officielle. Quelques 10 % d'augmentation du développement de l'industrie légère ne pouvaient pas compenser la dégradation très longue de 30 années de quasi stagnation. Les insuffisances qualitatives des produits restaient énormes. Toutefois, ceci semblait le début d'un renversement de tendance. Un phénomène préoccupant, ou pour le moins étrange, commença à se manifester tout de suite après les difficultés économiques de 1969. Dans un discours fameux, Brejnev, faisant appel à la nécessité d'augmenter rapidement la production de biens de consommation, et pour l'agriculture, donna comme indication à l'industrie lourde d'en développer la fabrication. Et il cita comme exemple une entreprise métallurgique qui produisait des casseroles et l'industrie aéronautique qui s'était spécialisée dans la production de poulets. Les directives sonnaient curieusement dans la bouche d'une direction qui se piquait de sa fidélité aux impératifs de la rationalité de la production. Les directives du nouveau plan quinquennal ( 71-75 ) soulignaient toutefois l'importance d'un développement prioritaire des biens de consommation et de ce point de vue le nouveau plan avait réalisé un tournant décisif. Les chiffres publiés confirmaient seulement en partie ces affirmations grandiloquentes et laissèrent dans un premier temps des marges d'incertitude considérables qui furent interprétées par beaucoup - (probablement à juste titre) comme l'expression d'une lutte sourde entre les divers groupes de bureaucrates. Pendant l'année écoulée, comme on peut le constater d'après les chiffres reportés sur le tableau, les prévisions du plan n'ont été réalisées que pour l'industrie lourde, l'industrie légère se développant encore une fois comme par le passé à un rythme inférieur. Mais le plus grave, c'est que pour cette annee le plan ne prévoit qu'un léger ralentissement de l'industrie lourde (6,8 % à 6,3 %), tandis qu'il annonce une diminution notable des rythmes de croissance de l'industrie légère (de 6 à 4,5 %). Il s'agit d'un phénomène temporaire, du fait que les consommateurs devront faire les frais du réajustement nécessaire pour affronter la crise, comme l'écrit le correspondant du Monde. Peut-être. Mais il semble qu'il s'agisse plutôt d'un phénomène de plus grande portée, car il est également douteux qu'il suffise de cette année pour sortir d'une crise qui s'annonce grave. Il ne semble pas sans fondement d'avancer l'hypothèse selon laquelle les « mangeurs d'acier », les groupes bureaucratiques les plus liés aux intérêts de l'industrie lourde, aient encore gagné, profitant des difficultés de la situation économique. Ce n'est pas là, naturellement, l'unique raison. Le mauvais fonctionnement de l'agriculture joue aussi en partie, rendant difficile l'approvisionnement des industries du Groupe B en certaines matières premières. Joue aussi le fait, dont nous avons déjà parlé, qu'une direction économique hyper-centralisée favorise automatiquement un meilleur développement du Groupe A. Par ailleurs, la désignation de Polyonski, membre du Politburo, comme ministre de l'agriculture, démontre que le groupe dirigeant se rend compte de l'importance stratégique de ce secteur. Donc, même du point de vue de la lutte entre les secteurs de la bureaucratie, la situation est encore ouverte et les revirements les plus inattendus peuvent advenir. L'année décisive... sur le dos des travailleurs Les bureaucrates veulent que l'année 73 soit l'année décisive pour assurer la réalisation des objectifs du plan quinquennal, en dépit de la crise économique et ses conséquences surmontées. Un appel au pays pour concentrer le maximum de forces dans le but d'atteindre les chiffres fixés par le plan annuel découle de cette afirmation, devenue un slogan obsessionnel de la propagande. Ce plan qui, préviennent les spécialistes, est extrêmement « rigide » (voir Den'gi Kredit, N° 2, 1972), c'est-à-dire n'a ni marges ni réserves. Comme nous l'avons vu ci-dessus, les premiers à en faire les frais sont les connsommateurs (et donc les travailleurs), avec la réduction des objectifs de l'industrie légère. Mais les travailleurs en paieront le prix d'un autre côté et plus directement. En fait, l'augmentation du salaire moyen, prévue pour cette année (2,7%), n'est pas seulement inférieure à celle de n'importe quelle année depuis les 5 années de crise de 61-65, mais aussi aux chiffres du plan quinquennal qui prévoyaient une augmentation de 4,5 %. A ceci s'ajoute que les hausses du salaire moyen prévues par le plan (22 %) étaient dès le départ inférieures à celles réalisées effectivement dans le cours du plan précédent (prés de 26 %). Examinons maintenant le rapport entre l'augmentation des salaires et celle de la productivité (cf. le tableau). Nous voyons que ce rapport qui n'avait été favorable aux travailleurs qu'en 65, 68 et 69, redevient dans les dernières années, et en particulier dans l'année en cours, presqu'égal à celui de 61-65. URSS
Augmentation moyenne en Années Productivité 1951-60 7,4 1961-65 4,6 1965-70 5,7 1965 4,2 1966 5,2 1967 6,7 1968 5,2 1969 4,7 1970 7 1971 6,3 1972 5,3 1973 (plan) 5 Il était naturellement impossible de maintenir longtemps une augmentation des salaires supérieure ou égale à celle de la productivité sans réorientation de l'industrie vers une production de biens de consommation bien supérieure à celle commencée dans les années écoulées. Autrement, on courait le risque de créer une demande de biens de consommation impossible à satisfaire au moment où elle survenait. Mais la direction prise actuellement va à l'opposé : elle ralentit le développement de la production des biens de consommation et comprime les salaires. Le tout accompagné d'appels continuels à l'augmentation de la productivité et au renforcement de la discipline sur les lieux de travail ! Une politique semblable n'a guère de chances de donner des résultats positifs sur le plan économique. Elle pourrait au contraire accroître considérablement les tensions sociales. Les bureaucrates s'en rendent compte et cherchent des solutions partielles dans le commerce extérieur. L'URSS et le marché capitaliste mondial Se souvenant du fait que la crise agricole du début des années 60 avec la diminution de l'approvisionnement des villes en denrées alimentaires avait conduit à des tensions sociales aigués, et débouché ça et là sur des révoltes sporadiques, et ayant surtout bien présent à l'esprit que de telles tensions n'avaient pas joué un mince rôle dans la création des conditions de la chute de Krouchtchev, les bureaucrates ont eu rapidement recours aux remèdes. Krouchtchev avait déjà alors acheté du blé à l'extérieur (surtout au Canada), expliquant qu'il valait mieux faire cela que laisser les gens mourir de faim comme pendant les disettes de la période stalinienne. Et il avait raison, mais il n'importa pas assez de grain pour éviter les protestations de la population. Brejnev et 48
% Augmentation des salaires pour 1% de hausse de la productivité
2,6 0,35
2 1,6 0,56
5 0,88
5,8 1,38
3 ,5 0,66
5,2 0,78
7,5 1,44
4 1
4,4 0,63
3 0,54
4 0,75
2,7 0,54 ( DeVoprosy Ekonomiki N° 8, 1972, y compris les chiffres du plan de 1973). Kossyguine ont fait l'an dernier les plus gros achats de blé jamais survenus dans l'histoire, passant contrat pour un montant général évalué à 1 milliard et demi de dollars. Les fonctionnaires du commerce extérieur soviétique cherchant aujourd'hui à acquérir des biens de consommation dans différents pays utilisent des crédits à long terme. Les bureaucrates montrent en somme qu'ils ont appris la leçon : mieux vaut se tourner vers le marché mondial que risquer de perdre sa place. Toutefois, cette solution ne va pas sans problèmes pour l'Union Soviétique. En fait, ses échanges avec les pays capitalistes avancés sont jusqu'à aujourd'hui plutôt limités (3 milliards de roubles en 1972) et jusqu'alors elle a importé de ces pays surtout des machines et des installations d'un haut développement technologique. Ce qui signifie que l'économie soviétique est très dépendante du marché mondial en particulier dans les secteurs de pointe de l'économie (mécanique, pétro-chimie, électronique, etc...). Pour cette raison, les Soviétiques ne peuvent pas diminuer les importations de machines des pays capitalistes sans provoquer plus tard une crise dans leurs perspectives de développement industriel. D'autre part, il n'est pas possible d'augmenter rapidement les exportations soviétiques de façon appréciable, puisque les matières premières disponibles sont employées pour faire face au développement industriel intérieur et alimenter les autres pays de l'Est auropéen, tandis que les produits manufacturés sont plutôt de mauvaise qualité en général et par là même difficilement concurrentiels sur un marché mondial qui semble par ailleurs être entré dans une phase de récession durable. L'unique perspective réaliste est de recourir à des crédits à long et moyen terme de la part des pays capitalistes. Et c'est ce que fait l'URSS actuellement d'une manière beaucoup plus large que jamais par le passé, en commençant d'autre part à utiliser des formes de crédit sans les facilités antérieures (c'est à dire les subventions des gouvernements faites à un taux inférieur à gouvernements laites a un taux meneur d celui du marché), mais au taux du marché. Compte tenu de l'intérêt que manifestent aujourd'hui les pays capitalistes pour le marché socialiste, l'URSS peut obtenir des crédits pratiquement illimités dans des conditions particulièrement favorables. Toutefois, le recours massif aux crédits sert à contourner les problèmes plutôt qu'à les résoudre. Les crédits devront en fait être remboursés d'ici 5, 7 ou 9 ans. C'est dire que pendant cette période, 'URSS diminuera ses achats et devra augmenter ses ventes. Telle est la raison pour laquelle les Soviétiques s'intéressent tout particulièrement à des affaires comme des exportations de gaz vers les USA en échange de gazoducs, de navire de transport, etc... ou à l'acquisition d'installations complètes payables avec leurs propres produits. Il est clair que des affaires de ce type requièrent un contact très étroit et une collaboration à longue échéance entre les deux partenaires commerciaux, c'est-à-dire l'URSS et les pays capitalistes. Et de fait, il n'y a rien là d'automatiquement anti-socialiste. Non sans à propos dans ce cas, des Soviétiques se réfèrent à la proposition léninienne des « concessions » faites aux capitalistes dans la Russie soviétique ( c'est-à-dire la gestion d'entreprises, pour un certain nombre, bien précis, d'années) afin d'obtenir les capitaux et la technique nécessaires à l'industrialisation du pays. Le problème est que, compte tenu du caractère ambigu et politiquement réactionnaire de la bureaucratie, celle-ci ou une partie de celle-ci, peut devenir la trame de la restauration du capitalisme par le biais d'une collaboration étroite de ce type. A travers la création de soviets mixtes par exemple (qui existent en Yougoslavie, qui sont en voie de création en Roumanie, en Hongrie et en Bulgarie, mais, quoi qu'en disent quelques ultra-pessimistes mal informés, qui n'existent pas pour le moment en Union Soviétique, bien que de nombreux capitalistes veuillent en créer), ou d'autres instruments du même genre. Donc, à longue échéance, et si la passivité du prolétariat soviétique doit durer comme jusqu'alors, le danger d'une intégration effective au marché capitaliste mondial (et au marché parallèle) existera, par le biais de sa pénétration directe en URSS. A court terme, cette extension des échanges commerciaux, sans résoudre pour autant tous les problèmes économiques et sociaux du pays, risque de créer des contradictions au sein de la bureaucratie. Les contradictions inter-bureaucratiques Les premières notes sur l'affaire du gaz avec les USA (encore en discussion par ailleurs) ont soulevé une pluie de critiques contre cette « tentative de vendre les richesses naturelles de la nation ». Et ces salaire moyen critiques ne viennent pas seulement d'intellectuels en veine d'écologie, mais aussi de certains secteurs de la bureaucratie de tendance nationaliste et anti-occidentale plus marquée. Il est difficile cependant d'évaluer le poids de ces critiques et des secteurs qui les font. Du reste, ce n'est pas le problème. Il s'agit de voir en fait quel est aujourd'hui le degré de cohésion de la bureaucratie et comment la crise en cours pourrait le modifier. Pendant la décennie orageuse de 1953-64, la bureaucratie recherchait avec difficulté un nouvel équilibre, après avoir perdu l'équilibre parfait de la terreur de l'époque stalinienne (mais la perfection même des camps de concentration ne dure, hélas, qu'un temps), et elle se trouvait aux prises avec des mouvements révolutionnaires dans les pays satellites et avec la crise du mouvement communiste international ainsi qu'avec les mouvements sporadiques de protestation en Union Soviétique même Tou: ceci explique la fréquence des crises au sommet, du cas Béria au cas Jukov, du « groupe anti-parti » aux réorganisations du début des années 60. Par ailleurs, la destitution de Krouchtchev a été aussi une réaction instinctive de la bureaucratie dans son entier contre ces réorganisations qui menaçaient son unité. Le groupe dirigeant guidé par Brejnev et Kossyguine s'est fait l'expression adéquate de cette aspiration de l'ensemble de la bureaucratie à la recomposition d'une nouvelle unité monolithique, fondée non plus sur la terreur mais sur le consensus (des bureaucrates, naturellement, pas des masses). Cet objectif a été remarquablement atteint jusqu'à ce jour. Grâce à une série de circonstances favorables, le groupe dirigeant a été trés uni toutes ces dernières années (exceptée la rapide mise à l'écart de Mikoyan, qui n'est pas importante). Mais cette cohésion interne, qui a été un élément de force du groupe dirigeant actuel, a coûté cher : il a fallu repousser toutes les décisions de politique intérieure qui pouvaient constituer un motif de rupture et trouver des compromis au niveau du plus petit dénominateur commun de tous les secteurs de la bureaucratie. Ceci explique l'immobilisme considérable de la politique intérieure soviétique ces dernières années et aussi la grisaille remarquable du groupe dirigeant lui-même. Un des exemples les plus évidents de cet immobilisme a été l'attitude du groupe dirigeant par rapport à la réforme économique, abandonnée de fait avant que les événements de Tchécoslovaquiel'aient définitivement convaincu de son danger, parce qu'elle risquait de bouleverser l'équilibre interne de la bureaucratie. Il existe aujourd'hui quelques symptômes d'une lente évolution de cette situation. L'an dernier, deux membres du Politburo ont été écartés: le dirigeant ukrainien Chelest (3) et le secrétaire georgien Mzhavanadze. Il s'agit de cas différents qui n'ont de commun qu'un élément objectif : dans les deux cas, ont été frappés des représentants de républiques où les sentiments de protestation et de rébellion contre l'oppression grand-russe sont très dévelopés. La question nationale qui fut dans les années passées la contradiction réelle de la plus grande envergure en Union Soviétique, a sans doute produit les première fissures dans la muraille grise de la bureaucratie soviétique. Ce qui ne signifie naturellement pas que Chelest ou Mzhavanadze aient sympathisé avec les mouvements nationalistes indigènes, même si on les en a accusés au départ. Leur mise à l'écart a résulté de la croissance de tels mouvements. La crise économique actuelle, en particulier si elle s'aggrave, risque de troubler l'eau calme de la bureaucratie soviétique. En fait, la crise nécessitera de telles décisions politiques et économiques qu'elles ne pourront que fissurer l'unité monolithique maintenue avec tant de mal cette dernière décennie. L'alternative entre les biens de production et les biens de consommation, entre l'hyper-centralisation et la décentralisation, le développement du commerce extérieur et l'autarcie aiguiseront sans doute une fois encore la lutte pour le pouvoir entre les divers groupes de bureaucrates et ouvrira par là même une nouvelle période d'instabilité. La bureaucralie et les masses Ce processus se développera dans la mesure où il s'agit véritablement, comme il semble d'une crise profonde et pas seulement de difficultés passagères, facilement surmontables en une année ou deux. Pendant les dix dernières années, les masses populaires soviétiques ont fait preuve d'une passivité remarquable qui ne peut s'expliquer seulement par leur dépolitisation et par la répression politique, qui sont les éléments permanents de la société soviétique de la période stalinienne. Il semble en effet que la raison de cette passivité ait été la coïncidence d'une série de facteurs politiques et économiques, en particulier celle de certaines concessions faites par la bureaucratie sur le plan économique avec une stabilité politique remarquable de la bureaucratie elle-même. Ceci a rendu beaucoup plus difficile la manifestation d'un mécontentement profond, mais complètement étouffé, des masses en face de la domination bureaucratique. L'ouverture d'une telle période de luttes internes à la bureaucratie favorisera certainement la reprise des mouvements de protestation de la part des masses qui voient leur niveau de vie menacé par la crise. Tous les éléments que nous avons analysés font de cette crise une expression typique des contradictions les plus générales de la gestion bureaucratique et donc, pour reprendre la formule de Mandel : «la contradiction entre le caractère planifié de l'économie soviétique et l'instinct privé des bureaucrates, considéré comme le moteur principal pour la réalisation du plan…. ses effets se combinent avec deux autres contradictions qui résultent de cette gestion bureaucratique : la contradiction entre le haut niveau de développement des forces productives et la pénurie des biens de consommation d'une part, la contradiction entre les besoins d'une planification intégrale et les méfaits de l'hypercentralisation bureaucratique d'autre part » (4). Ces contradictions sont sans cesse présentes dans une société de transition bureaucratiquement dégénérée. Toutefois, dans les moments de crise, elles explosent et manifestent avec la plus grande évidence le caractère parasitaire de la bureaucratie. Ce qui promet la reprise et l'accroissement du mouvement anti-bureaucratique de masse. Pour cela, il est nécessaire que les révolutionnaires suivent avec la plus grande attention les développements de cette nouvelle phase de la crise de la bureaucratie et en tirent les conclusions nécessaires.
mars 1973 (3) Chelest est resté au Politburo, mais il a perdu sa position la plus importante, celle de premier secrétaire de l'Ukraine. (4) Mandel, Traité d'Economie Politique, page 247, Tome II, Edition Julliard.