Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › nouvelle série n° 7-8

Problèmes et perspectives de la révolution irlandaise

G. Werner · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 7-8 · mai-août 1973 · p. 40-44 · 3 664 mots

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«Nous ne pouvons pas concevoir une Irlande libre sans une classe ouvrière libre : nous ne pouvons pas concevoir une classe ouvrière libre sans une Irlande libre » (1. Connolly).

Le mouvement républicain : les « provos » (extrait d'un article de Bob Purdie et Gery Lawless, publié dans « The Red Mole », NO 56). « Lénine a défini le Parti Travailliste comme un parti bourgeois malgré sa composition prolétarienne parce que son programme, loin d'ouvrir la voie au socialisme, n'était qu'une méthode alternative de gérer le système capitaliste. Dans ce sens programmatique, les « provisoires », malgré leur adhésion à l'objectif d'une « république socialiste démocratique », sont des nationalistes petits-bourgeois. Une telle définition n'est pas une épithète, mais seulement le point de départ d'une analyse sérieuse. Cela ne signifie absolument pas que les « provos » sont réactionnaires, au contraire, le nationalisme irlandais présente certaines exigences nécessaires et progressistes qui, bien qu'elles correspondent aux tâches classiques d'une révolution démocratique bourgeoise, représentent les intérêts de la masse des ouvriers et petits paysans irlandais. Ces derniers doivent combattre pour ces objectifs, que la bourgeoisie irlandaise le fasse ou non, et contre la bourgeoisie, si elle s'oppose à cette lutte. Par conséquent, les rapports des provos avec le capitalisme irlandais ne découlent pas abstraitement de leur programme, mais de l'attitude de la bourgeoisie irlandaise par rapport à ces tâches politiques. La bourgeoisie irlandaise a laissé tomber depuis long40 temps la bannière du nationalisme et elle est résolue à garder ses rapports serviles avec l'impérialisme britannique. Dans la mesure où les provos luttent pour un programme national-bourgeois, ils doivent nécessairement non seulement entrer en conflit avec la bourgeoisie, mais ils ne peuvent s'appuyer que sur les ouvriers et les petits paysans. La question importante est de savoir s'ils peuvent transcender ce programme par conflit avec la bourgeoisie irlandaise et par la pression des intérêts de classe de leur base sociale. C'est cette contradiction entre le programme des provos et le processus de la révolution permanente en Irlande qui favorise leur évolution à gauche. Mais seule l'intervention des marxistes, expliquant la nécessité d"une stratégie socialiste à partir des problèmes immédiats auxquels sont confrontés les masses engagées dans la lutte nationale, pourra faire comprendre clairement la nécessité d'un autre programme (1) (...) Les provos ont deux objectifs stratégiques principaux : mettre fin à la partition en détruisant l'Etat du Nord et en forçant l'impérialisme britannique à retirer ses troupes d'Irlande, et transférer le pouvoir d'Etat des deux assemblées partitionistes à de nouveaux parlements régionaux basés sur l'organisation communautaire du peuple. Ce dernier objectif est rarement discuté, mais n'en est pas moins un aspect extrémement important de la strategie des provos, puisqu'il est destiné à résoudre des problèmes aussi importants que la relation des masses du Sud à la lutte au Nord et à briser la résistance des protestants à l'unité irlandaise (il est avancé qu'un parlement régional pour les neuf comtés d'Ulster (2) aurait une majorité protestante et qu'un degré d'autonomie aussi radical, opérant en faveur des protestants gagnerait leur adhésion). En analysant cette stratégie (des parlements régionaux), les marxistes ne peuvent pas simplement affirmer qu'elle est utopique et non socialiste, mais ils doivent essayer de voir la direction dans laquelle elle entraine les provos. La proposition d'un « Dàil Uladh » (Parlement d'Ulster) a un certain potentiel révolutionnaire. Bien qu'il ait été originellement présenté comme une institution créée au sommet, il fut plus tard radicalement modifié et destiné à être basé sur les comités de rue et autres organisations créées dans le Nord par la lutte contre l'impé rialisme britannique. Néanmoins, en dépit de ces buts affichés, en pratique, « Comhairle Uladh » (l'organisme créé pour préparer l'établissement du Dail Uladh) s'est adonné à une propagande apolitique, ahistorique et sans contenú de classe pour le gouvernement régional. H en va de même du Comhairle Connacht (créé dans la province de Munster) et le Comhairle Laghain (dans la province de Leinster), ne montrent aucune différence. (...) La campagne de « bombardement économique » des provos a été presque uniformément incomprise ou présentée d'une manière déformée. De soi-disants « marxistes » ont sévèrement dénoncé le « terrorisme », qu'ils ont défini d'une façon a-marxiste comme une question de technique militaire, et non comme une question de relation politique entre l'action militaire et les masses. La campagne de bombardement avait deux buts. Premièrement, désorganiser sérieusement la vie commerciale dans les principales villes, ce qui poursuivait deux objectifs : exercer une pression sur le gouvernement britannique et simultanément, saper les fondations de l' Etat des 6 comtés. Deuxièmement, c'était une importante mesure défensive : l'Armée britannique devait déployer des forces importantes dans le centre des villes, forces qui auraient pu être employées dans la période avant l'opération Motorman (3) pour saturer les ghettos catholiques. Les méthodes maintenant utilisées dans ces quartiers donnent une idée de ce que cela aurait signifié. Des populations entières sont sous la surveillance constante de l'Armée, constamment menacées d'arrestation et harcelées. Celà mine sérieusement leur capacité à s'engager dans la résistance politique. Heureusement, l'Armée n'a pas encore été capable d'écraser totalement le peuple, mais si elle pouvait disposer de forces suffisantes, elle serait en mesure de le faire. En obligeant l' armée à protéger les centres-villes, PIRA provisoire contribue directement à rendre possible une opposition politique de masse. Par conséquent, la campagne de bombardements n'est pas terroriste. Si l'on établit un bilan, l'actif l'emporte très largement sur le passif. La campagne a contribué à prolonger considérablement l'existence des zones libérées en immobilisant des effectifs militaires importants. Elle força le gouvernement britannique à user successivement plusieurs politiques et par dessus tout, elle a détruit Stormont, qui était le ciment du monolithe unioniste. (…) Mais il y a bien sûr un côté négatif. La campagne a fait un nombre élevé de victimes civiles. Certaines actions ont paru être dirigées contre la population protestante plutôt que contre l'Etat ou les forces d'occupation). En particulier, les républicains « officiels » indiquent l'élimination de points de contact entre travailleurs protestants et catholiques tels que la « West Belfast Housing Alliance ». (...) II faut dire clairement que le but de la campagne n'était pas sectaire. A cause de la structure de l'emploi dans les 6 comtés, une campagne de bombardement économique frappe inévitablement plus dur les travailleurs protestants que les catholiques. Il est dommage que la West Belfast Housing Alliance ait été détruite, mais il faut se demander si de telles organisations peuvent unir la classe ouvrière sans la destruction des principales barrières entre les travailleurs, les institutions de l'Etat sectaire. Ceux qui disent qu'on ne devrait entreprendre aucune action aggravant le sectarisme vont avoir un problème. Etant donné que toute action menaçant le statu-quo d'un état sectaire polarisera ceux qui sont pour et contre cet état, elle aggravera le sectarisme. Le mouvement pour les droits civiques est un exemple classique, ses buts et ses activités étaient manifestement non-sectaires, mais il mena directement à la violence inter-communautaire d'août 1969. Est-ce que quelqu'un pourra dire sérieusement qu'il n'aurait jamais fallu commencer la campagne pour les droits civiques ? Il y a eu des actions directement sectaires menées par des catholiques contre des protestants. Il faut les déplorer, et tout doit être fait pour les éliminer. Mais elles ne sont pas directement imputables aux provos. (...) Seule une stratégie politique beaucoup plus claire, indiquant comment la lutte des ghettos du Nord est intégrée dans une lutte englobant toute l'Irlande, dans une lutte inteñationale contre le capitalisme l'impérialisme, pourrait battre brèche l'arriération culturelle et politique. Cet échec dans la lutte contre l'arriération a été la source des dissenssions dans la minorité opprimée. Le mouve ment pacifiste de cette année (1972) représentait des forces réelles dans les ghettos, influencées par l'Eglise et le manque de perspective pour sortir de la lutte prolongée avec l'armée. Si les incidents qui ont causé la fin du cessez-le-feu des provos et la brutalité de l'armée britannique depuis l'opération Motorman ont enterré ces tendances pour le moment, cela ne veut pas dire qu'elles n'existent plus. Au contraire, elles sont susceptibles de se manifester à nouveau, sous une forme moins maitrisable. A partir de celà, on peut voir comme l'inadéquation de la stratégie des parlements régionaux ajoute aux problèmes posés par la conduite de la lutte au Nord. Cependant, la faiblesse ne vient pas que des provos, s'il y avait une direction plus capable, ils auraient été dépassés. || faut souligner que le développement d'une telle stratégie est extrêmement difficile. Elle doit résoudre les problèmes créés par les vastes différences dans les conditions politiques au Nord et au Sud, dans une situation ou les deux Etats sont en crise. La crise au Sud évolue d'une manière différente de celle du Nord, et les problèmes politiques posés par une lutte coordonnée au Nord et au Sud sont excessivement complexes étant donné que certaines des tâches de la révolution nationale ont été accomplies au Sud, d'une manière incomplète et déformée. Les provos doivent être critiqués non pour ne pas avoir encore réussi à résoudre cette contradiction mais parce que leur programme et leur politique ne leur permettent pas de

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trouver une solution. Les provos ont gagné leur position présente après que la minorité catholique ait fait l'expérience de toute une série de directions diffé rentes dans une période extrêmement brève. Les politicards du Parti Nationaliste furent écartés par ceux qui demandaient les droits civiques. Ensuite, ceux qui se battirent pour les droits civiques vinrent au premier plan, suivis de ceux qui étaient résolus à pousser le mouvement pour les droits civiques jusqu'au point de défier l'Etat du Nord ; et finalement, par ceux qui étaient préparés à porter la lutte au delà de l'étape des droits civiques, jusqu'à une lutte armée nationale contre l'armée britannique. Les provos avaient les réponses qui correspondaient aux besoins de la minorité après juiller 1970. S'ils sont politiquement moins sophistiqués que certains éléments qui ont été rejetés, le fait est que ces autres tendances n'avaient pas lees réponses nécessaires pour développer la lutte » Le mouvement républicain : les « Officiels » C'est à la suite de l'échec de la campagne militaire contre le Nord de 1956-62 qu'un processus de reflexion politique amena une partie du mouvement républicain à prendre conscience de la nécessité pour le mouvement de se donner une stratégie politique claire. Cela amena ces militants à se rapprocher du Parti Communiste d'Irlande du Nord et du Parti des Travailleurs Irlandais (réunifié depuis 1970 sous le sigle « Parti Communiste d'Irlande »). L'influence révisioniste présente un aspect contradictoire : d'une part, elle a introduit le marxisme dans les écoles de formation du mouvement, mais d'autre part, il se ressent fortement de sa révision stalino-menchévick La stratégie développée jusqu'à récemment par Sinn Féin (officiel) (4) décomposait la révolution irlandaise en trois étapes: la première étape verrait la démocratisation de l'Etat des 6 comtés : les travailleurs protestants, dépourvus de leurs privilèges, ne verraient alors d'autre issue que de combattre au coude à coude avec leurs camarades catholiques et pourraient alors être gagnés à la cause du socialisme. La deuxième étape verrait la réunification de l'Irlande, rendue possible par la réalisation de l'étape précédente. Enfin, la troisième étape serait celle de la révolution socialiste. Ce schéma pêche par son mécanisme abstrait; le développement concret de la lutte l'a déjà réfuté. Le mouvement pour les droits civiques était l'expression initiale du niveau de conscience de la minorité catholique. Les revendications démocratiques restent toujours un objectif concret pour la minorité, mais l'expérience a déjà amené le dépassement de ces mots d'ordre en posant concrètement la question de la destruction de l'Etat des 6 comtés Ainsi, la lutte anti-impérialiste s'est trouvée mise à l'ordre du jour. Pour que l'issue de la guerre actuelle soit favorable à la minorité du Nord, il faudra que les masses des 26 comtés soient entrainées dans la lutte pour chasser l'impérialisme et ses troupes d'occupation. La bourgeoisie du Sud est une bourgeoisie compradore qui a du s'associer au capital impérialiste pour prolonger son existence. Elle est intéressée au règlement néo-colonial de la question irlandaise et c'est pourquoi les tâches démocratiques et nationales ne pourront être accomplies que par la classe ouvrière et les petits paysans des 26 comtés contre la bourgeoisie « gombeen », qui interne aujourd'hui dans des camps et traduit devant des tribunaux militaires les patriotes de l'IRA provisoire. Ainsi, la théorie de la révolution permanente se trouve une fois de plus confirmée par l'exemple de l'Irlande. Le schéma par étapes des officiels est formel, abstrait et sans lien avec la réalité. Cela les a conduits à mener campagne contre la suspension de Stormont par le gouvernement britannique, alors que c'est précisément l'in"capacité de l'unionisme à se réformer lui-même qui a décidé Londres à assumer l'administration directe des comtés. Mais l'impérialisme ne vise qu'à faire quelques aménagements modestes en faveur des catholiques, tout en conservant l'essentiel des structures réactionnaires de l'Etat orangiste. Le Livre Blanc prévoit une assemblée provinciale élue au scrutin proportionnel qui permettra d'accroitre la représentation parlementaire des catholiques, mais les patrons orangistes resteront maîtres dans leurs entreprises et libres d'embaucher qui bon leur semble. La maigreur de la carotte ainsi tendue et la pression constante de l'extrémisme orangiste nécessitent la destruction militaire et politique des forces décidées à refuser les compromis pourris. L'écrasement de l'avant garde nationaliste actuelle, MIRA provisoire, ne ferait que précéder la destruction une par une de toutes les forces anti-impérialistes. Aussi les officiels se bercent-ils d'illusions dangereuses lorsqu'ils s'imaginent pouvoir s'adresser plus facilement aux protestants dans un Etat des 6 comtés « démocratisé ». Et d'ailleurs, on ne peut le « démocratiser » sans le détruire. C'est évidemment la question des travailleurs protestants qui a semé le plus de confusion, tant dans les rangs des républicains que dans l'extrême gauche: comment une révolution socialiste pourrait-elle s'accomplir sans, et même contre, une partie de la classe ouvrière ? Ce ne serait pourtant pas la première fois dans l'histoire. La jeune Russie des soviets a du parfois, pendant la guerre civile, imposer la volonté des couches les plus avancées du prolétariat aux couches les plus arriérées. Le degré de résistance des travailleurs protestants à la révolution dépendra de la force de la mobilisation de la classe ouvrière et de ses alliés dans les 32 comtés. Aucun secteur important du prolétariat protestant ne pourra être arraché à son idéologie réactionnaire avant la destruction de l'Etat orangiste, garant de ses privilèges (et dont les réformes actuelles conservent l'essentiel). L'argument des officiels selon lequel le bombardement économique des provos aurait détruit toutes les chances d'unité entre les deux communautés ne tient pas : les pogroms et la formation de bandes para-militaires (telle l'Ulster Volunteer Force, qui sévissait déjà avant que l'IRA ne retourne au combat) étaient inévitables dès lors que les protestants sentaient leus privilèges menacés. Les officiels, empêtrés dans le carcan de leur schéma étapiste, ne surent pas prévoir celà et laissèrent les ghettos désarmés en août 69. La formation de l'Ulster Vanguard, de l'UDA et autresgangs est le produit de la suspension de Stormont. Traditionnellement, les protestants ne se sont pas organisés de façon autonome ; ils ont toujours compté sur l'Etat (RUC, B Specials) pour faire le travail. La formation de bandes comme l'UDA (de composition essentiellement prolétarienne) est un signe de l'éclatement du monolithe orangiste. Alors que la lutte militaire est un élément important de la résistance de la minorité, TIRA officielle a décrété un cessez-le-feu, toujours maintenu depuis juin 1972, même après l'opération Motorman.

Cependant, l'ard-fheis (conférence nationale) de décembre 72 de Sinn Fein (officiel) a révélé une certaine diversité de vues, bien qu'on ne puisse encore parler de tendances cristallisées. Certaines résolutions ont soumis la théorie des étapes à une critique sévère, rejettant toute idée de reconnaissance de l'Etat des 6 comtés, affirmant que la lutte pour la démocratie et la lutte nationale étaient une. Un document caractérisant le Parti Communiste d'Irlande comme « réformiste » provoqua l'opposition de certains délégués qui y virent un signe d'« anti-communisme ». Le document ne fut pas publié L'intervention des officiels dans les élections générales de février 73 n'a fait que mettre en relief leurs principales faiblesses. Le programme d'Action de Sinn Féin a totalement évacué la question de la lutte au Nord, se concentrant uniquement sur les problèmes sociaux dans les 26 comtés, sans chercher à relier la crise de la société néo-coloniale de la République à la lutte anti-impérialiste de la minorité opprimée du Nord. Plus grave encore est la confusion des officiels sur la question de l'Etat. Les candidats de Sinn Féin se sont engagés à être des députés « au service du peuple » s'ils étaient élus, mais ils n'ont pas dit s'ils entendaient réaliser programme de nationa lisation de l'industrie et des banques en gagnant la majorité au Dàil (Parlement) ou en détruisant l'Etat bourgeois, sa « Garda » (police), qui chasse à coups de matraques les familles qui ne peuvent plus payer leur loyer et attaque les piquets de grève, son armée qui détient les militants républicains dans le camp de concentration du Curragh ; ces corps de répression ne seront jamais « au service du peuple ». Le programme exige la « nationalisation des ressources minérales et pétrolières et leur développement par l'Etat pour le compte du peuple », ce qui implique que l'état actuel (bourgeois) pourrait demain travailler « pour le compte du peuple », et il n'est bien sur pas soufflé mot de la manière dont le « peuple » pourrait créer ses propres organes de pouvoir pour renverser l'Etat et gérer ses affaires pour son propre compte. Les républicains devront clarifier ces questions s'ils ne veulent pas s'enliser dans les marais du réformisme. La IVème Internationale en Irlande Si la gauche révolutionnaire irlandaise reste numé riquement réduite, son rôle est appelé à devenir important. Le républicanisme irindais est un courant po litique unique reposant sur une longue tradition démocratique révolutionnaire. Cette tradition d'héroisme et d'abnégation n'a pas été démentie par la lutte actuelle. Mais les républicains n'arriveront pas à dépasser seuls leurs propres limitations. Un mouvement n'évolue pas mécaniquement dans une direction donnée par la seule dynamique de la lutte. Seule l'intervention des marxistes-révolutionnaires pourra permettre aux meilleurs éléments des deux Sinn Fein de réaliser la fusion du marxisme-léninisme et du meilleur de la tradition républicaine. Le Groupe MarxisteRévolutionnaire (R.M.G. : Revolutionary Marxist Group), organisation sympathisante de la IVème Internationale, saura y contribuer. Dans les 26 comtés, la tâche de l'heure est de réunir les meilleures conditions pour soutenir la lutte de la minorité du Nord. La vague de chômage qui accompagne la restructuration accélérée de l'économie ir44 landaise, l'exode rural, la hausse des prix, l'étouffement de la langue irlandaise, ont une origine commune : la domination et le pillage du capitalisme impérialiste et de ses agents locaux. Les rapports de subordination du capitalisme gombeen avec l'impérialisme et la querre dans les 6 comtés ont entrainé l'arrestation de militants républicains. Le gouvernement de Dublin brandit un poignard dans le dos de la population des ghettos. Dans le contexte de la crise actuelle, les lois d'exception (une exception qui est depuis longtemps la règle en Irlande), comme la loi sur les Atteintes à la Sûreté de l'Etat (Offences Against the State Act) ne sont pas destinées aux seuls combattants de l'IRA. Diverses lois scélérates ont déjà été passées contre les syndicalistes, les squatters, etc... Les syndicats ont déjà pris position contre les lois « anti-IRA ». Ainsi, le combat de la classe ouvrière et des autres couches exploitées pour la défense de leurs conditions de vie, des libertés démocratiques et la solidarité avec la population nationaliste au Nord forment un tout, dirigé contre les mêmes ennemis. Cette unité objective doit être réalisée concrétement. C'est pourquoi le R.M.G. a soutenu les candidats de Sinn Fein (officiel) aux dernières élections (Sinn Fein « provisoire » a boycotté ces élections, se privant d'une tribune d'agitation), contre les partis bourgeois, dénonçant la farce électorale et ce qu'elle visait : Fianna Fail souhaitait renforcer sa position avant la publication du Livre Blanc, que Lynch savait étre inacceptable pour la population catholique des 6 comtés. La Coalition Nationale (Fine Gael et Parti Travailliste) de Liam Cosgrave, le nouveau premier ministre, poursuivra la politique de « Union Jack ». Par ailleurs, nos camarades ont commencé une intervention en direction des entreprises. L'explosion de toutes les contradictions du néo. colonialisme en Irlande survient au moment où le capitalisme britannique, restructurant son appareil de production, doit attaquer les acquis de « sa » classe ouvrière. Le mouvement ouvrier britannique, un des plus puissants d'Europe, connait actuellement un grand regain de combativité: la révolution irlandaise aura un allié puissant. « L'Irlande peut allumer un brasier européen qui ne s'éteindra que quand le dernier trône et la dernière chaîne capitaliste seront consummés sur le bûcher du dernier seigneur de guerre ». (J. Connoly)

G. WERNER (1). Le programme de Sinn Fein (provisoire), « Eire nua » (« l'Irlande nouvelle ») préconise l'établissement d'un Etat fédéral et une réorganisation de l'économie (indépendance vis à vis de l'étranger, rôle accru de l'Etat, planification, etc....). Sinn Fein préconise notamment une campagne de « résistance économique » contre les trusts impérialistes et les gros fermiers, consistant à former des coopératives de producteurs, des instituts de crédit, etc... Cette conception est d'ailleurs partagée par les « officiels ». (cf. Irlande : révolution en marche, Cahier L.R.T. N° 1).

de producteurs,

2) La province historique d'Ulster comprend 9 comtes : l La province historique d'Ulster comprend 9 comtés: le comtés d'Irlande du Nord et 3 comtés de la Réoublique (3) Opération Motorman : invasion des quartiers libérés, le 31 juillet 1972. (4) « Sinn Fein » (« Nous seuls ») : nom de l'organisation politique du mouvement républicain. Les deux branches du mouvement (« officiels » et « provisoires ») portent le même nom. Voir page 72 bibliographie et informations,

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