PREMIERE PARTIE : L'HERITAGE Depuis près de 400 ans, l'Ulster est la garnison britannique en Irlande. La « pax britannica » fut garantie par l'octroi de privilèges à la paysannerie protestante (fixité et garantie des baux aux fermiers), puis à la classe ouvrière protestante. Le métayer protestant garantit sa place contre le paysan catholique sans terre, l'ouvrier protestant son emploi contre le chômeur catholique. Les classes dominantes donnèrent à ces rivalités une sublimation idéologique en exploitant les différences culturelles entre les classes dominées (Gaëls catholiques et Anglo-saxons protestants). La bourgeoisie britannique rôda en Irlande la formule « diviser pour régner » qu'elle réemploya ensuite avec succès aux Indes, à Chypre et ailleurs. La division de l'Irlande en deux Etats correspondait au développement inégal du capitalisme dans l'ile. La bourgeoisie protestante du Nord-Est, plus développée, avait besoin des vastes marchés de l'empire britannique ; la petite-bourgeoisie catholique attardée aspirait à l'indépendance et au protectionnisme. La bourgeoisie unioniste utilisa les travailleurs orangistes, leur présentant une Irlande indépendante et unie à majorité catholique comme une dictature cléricale « papiste » féroce, persuadant les « loyalistes » que leur intérêt était dans l'attachement au Royaume-Uni. La bourgeoisie catholique, effrayée par la vigueur du mouvement ouvrier qui menaçait de conduire la révolution au-delà des simples objectifs nationaux, fit avorter la révolution nationale (1). Le résultat fut tel que l'avait prévu Connoly : un « carnaval de la réaction », aussi bien au Nord qu'au Sud. L'Etat orangiste L'Irlande du Nord est un Etat d'apartheid. La minorité catholique subit une diserimination systématique dans tous les domaies de la vie sociale : - en matière d'emploi : alors que le taux moyen de chômage est de 10%, il atteint le double ou le triple dans les Comtés à majorité catholique ; à Belfast, 70 % des jeunes chômeurs sont catholiques. La discrimination est particulièrement flagrante dans l'administration et les services, qui représentent 40 % des emplois. 94 % des salariés de la Fonction Publique sont des protestants (les catholiques représentent un peu plus d'un tiers de la population). Les emplois les plus qualifiés (et les mieux payés) sont réservés aux « loyalistes ». Dans une même entreprise, catholiques et protestants sont séparés par service : ainsi, dans le 34 port de Belfast, les dockers protestants s'occupent des bateaux taisant la navette entre l'Irlande et la GrandeBretagne, tandis que les dockers catholiques s'occupent des navires au long cours. - en matière de logement : dans le Comté de Fermanagh, à majorité catholique, sur les 1589 logements construits par le Conseil du Comté entre 1954 et 1969, 1021 ont été alloués à des familles protestantes, 568 à des familles catholiques (ef. de Paor, « Divided Ulster », Penguin Books). - en matière d'éducation : les écoles publiques financées par l'Etat, sont de dénomination protestante ; les écoles « volontaires », partiellement subventionnées par l'Etat, sont aux mains de l'Eglise Catholique. Seule l'Université est non-dénominationnelle. - en matière de représentation politique: les découpages des circonscriptions électorales ont été étudiées de façon à obtenir une majorité unioniste, même dans les Comtés à majorité nationaliste (catholique). Ajoutons à cela la bureaucratie étatique et la Gendarmerie Royale d'Ulster (RUC : Royal Ulster Constabulary), en grande majorité protestantes, la magistrature (la plupart des juges sont d'anciens politiciens unionistes nommés en récompense de leurs services) et une législation d'exception à faire rêver Marcellin (entre autres, le fameux « Special Powers Act » qui permet d'emprisonner sans jugement de perquisitionner sans mandat de jour comme de nuit, d'interdire toute réunion ou manifestation, de punir les prisonniers par flagellation, de les garder au secret, d'interdire toute enquête en cas de mort d'un détenu, d'interdire la possession de tout journal, disque, film, etc...). La principale institution politique du régime est l'Ordre d'Orange (2), qui sert à maintenir « un esprit uni et chaleureux entre les frères protestants de toutes les classes sociales » (cité par Barritt et Carter, in « The Northern Ireland problem », Oxford University Press). Dans les loges de ordre, tous les protestants, du plus gros banquier au simple balayeur, se retrouvent et communient sur un pied d'égalité. Là est distillé le poison sectaire : les catholiques veulent livrer les bons et loyaux sujets de Sa Majesté à la Republique du Sud, c'est-à-dire au Pape, idée que Eglise Catholique irlandaise, une des plus obscurantistes du monde, elle qui tient les écoles et à laquelle un article de la constitution de la République, récemment aboli, reconnaissait un statut spécial, a tout fait pour accréditer. La haine des « Ferrians » (3) est réelle chez la majorité des prolétaires protestants. Ces sujets « loyaux » (ils sont les seuls habitants des iles britanniques à se considérer de nationalité « britannique ») défendent leur société protestante contre les « papistes » (élément religieux) ; ils défendent la « British way of life » contre les « taghs » (4) (élément chauvin, raciste) par le maintien de l'Union ; enfin et surtout, ils défendent le maintien de leurs privilèges économiques. Mais pour que le fait d'avoir une semaine de travail plus longue que la semaine... britannique, des salaires inférieurs de 25% à la moyenne... britannique (!), d'habiter des logements lamentables (25 % n'ont pas de sanitaires, 50% ni bain ni eau chaude, 20% n'ont pas l'eau courante, 40% des maisons datent du siéele dernier » (« International Socialism », N° 51) soit considéré comme « privilège », il faut qu'il y ait des gens encore plus pauvres, encore plus défavorisés. L'Etat orangiste est le ciment et la condition du maintien de la « supériorité protestante » (protestant ascendency). La République « gambeen » (5) L'exemple de l'Irlande illustre l'incapacité des petitesbourgeoisies « nationales » à accumuler suffisamment de capital pour développer l'économie. En 1932, la crise économique mondiale obligea la petitebourgeoisie irlandaise, représentée par le parti « Fianna Fail », à adopter une politique protectionniste pour pouvoir survivre. • Au début de cette politique, l'industrie nationale irlandaise prospéra. Entre la fin des années 30 et le début des années 50, le nombre des entreprises industrielles s'accrut de 100 %, Mais ensuite, l'expansion déclina rapidement. L'indice de la production industrielle n'augmenta que de 10,3 points entre 1953 et 1958 et le revenu national n'augmenta que de 1,3 % par an. A la fin des années 50, c'était la stagnation. Le principal problème était le manque de capital. Par exemple, les bénéfices nets montèrent d'abord de six millions de livres entre 1938 et 1948. Mais entre 1948 et 1958, ces bénéfices ne s'accrurent que d'un million de livres. Il fut done décidé en 1958 d'abandonner le protectionisme et de chercher des capitaux étrangers. Cette politique a été une réussite. Dans les années 60, l'industrie a connu une expansion moyenne de 5% par an et 80% des investissements proviennent de sources étrangères » (« The E.E.C. and Ireland », Revolutionary Marxist Group). Ces « sources étrangères » sont essentiellement britanniques. 70% des plus grandes sociétés sont contrôlées partiellement ou entièrement par des capitaux britanniques. En 1971, 60 % des profits de toutes les sociétés irlandaises allèrent dans les poches d'investisseurs britanniques. On mesurera mieux les conséquences de cette évolution si l'on tient compte du fait qu'en 1958 (année où fut conçu le premier programme de développement), 58 % des entreprises employaient moins 20 personnes, 23 % entre 20 et 49, 81% moins de 80. Selon « The Economist », environ 40 % de l'industrie irlandaise sera affectée par l'instauration du libre-échange d'iei 1975. Les effets de l'accord de libre-échange conclu avec la GrandeBretagne en1964, ne peuvent être qu'aggravés par l'entrée de l'Irlande dans la C.E.E. L'agriculture n'est pas moins affectée. Les lois agraires passées de 1883 à 1903 transférèrent les propriétés des landlords à l'Etat, qui les revendit aux paysans pour payer les landlords (15 ans après l'« indépendance », l'Etat des 26 Comtés du Sud continuait à payer l'indemnisation des gros propriétaires fonciers !). Depuis 1922, le nombre des petites exploitations a constamment diminué au profit des grandes entreprises agricoles de type capitaliste. L'entrée dans la C.E.E. va signifier, dans le cadre du plan Mansholt, un exode rural, estimé par les économistes à 5 000 par an d'ici 1978 (209 000 exploitations sur 290 000 ont moins de 50 acres : 1 acre vaut 40,5 ares). Il y a actuellement 75 000 chômeurs et 37 000 autres sont prévus d'ici 1978, dans la meilleure des hypothèses. Les investisseurs étrangers trouvent done en
June main d'œuvre abondante et à bon marché. Ils bénéficient en outre d'« incitations » à investir: exemptions fiscales, terrains et bâtiments gratuits. La moitié des coûts d'investissement sont ainsi financés par l'Etat, c'est-à-dire par les contribuables, au détriment des services et équipements sociaux, pourtant déjà défaillants. Une seule ombre au tableau de ce paradis néo-colonial : la combativité ouvrière. Au début des années 60, l'Irlande avait le plus fort pourcentage de grèves du monde !
Cours Nouveau Les répercussions de cette évolution sur la plan politique sont encore plus considérables que sur le plan économique. L'actuel parti au pouvoir « Fianna Fail » (les Soldats du Destin) est issu de cette fraction du mouvement républicain qui refusa de reconnaître le traité de partition de 1922. Au pouvoir presque sans interruption depuis 1932, il a inscrit à son crédit le « miracle économique » (protection et dévelop pement d'une industrie nationale) et une politique de souveraineté nationale (annulation formelle du traité de 1922 : dénonciation de la partition, protectionisme, neutralité pendant la seconde guerre mondiale). Ces deux éléments lui ont assuré sa base sociale (petits paysans, artisans, ouvriers et petits entrepreneurs). La vieille politique bonapartiste est désormais impossible. Le traité de 1922 est devenu caduque. Une coopération étroite entre les deux Etats irlandais et entre ceux-ci et la métropole britannique est nécessaire. Fianna Fail a dû abandonner la démagogie nationaliste et reconnaître l'Etat de fait au Nord. En 1965, un premier ministre de Dublin, Sean Lemass, se rendait pour la première fois en visite officielle à Belfast. L'année suivante, son collègue du Nord, le capitaine O'Neill, lui rendait la politesse à Dublin. " Pour unir l'Irlande, toute la structure économique et sociale devrait être modifiée. Dans les 6 Comtés, le revenu par tête est plus élevé de 30 % qu'au Sud. Les allocations de chômage sont supérieures de 20 % au Nord, les retraites de 30 %, les pensions de veuvage de 50 %. La construction de logements est, par rapport à la population, supérieure de près de 40 % et les dépenses pour l'enseignement de 100 %. De plus, il n'y a pratiquement pas de Sécurité Sociale au Sud » (« The Plough », N° 2). Il n'est évidemment pas possible d'intégrer les travailleurs protestants à un tel Etat, c'est pourquoi, le plan de l'impérialisme est une fédération irlandaise sous l'égide de Londres, Stormont (le Parlement de Belfast) ( et Leinster House (Parlement de Dublin) tenant le rôle d'assemblées provinciales. Mais cela implique d'abord de supprimer au moins les abus les plus criants au Nord et, à plus long terme, de démocratiser progressivement l'Etat orangiste, afin de faire avaler la pilule à la population des 26 Comtés. Pour cela, Londres s'appuya sur la fraction « moderniste » du Parti Unioniste, représentée à partir de 1963 par le Premier Ministre O'Neill. Mais la base du Parti n'était nullement disposée à accepter ce cours nouveau. Pour elle, plus d'emplois, plus de maisons pour les catholiques, cela veut dire moins d'emplois, moins de maisons pour les protestants. Les « loyalistes » se sentirent trahis, les fanatiques du pasteur Paisley commencèrent à s'agiter et les premiers assassinats sectaires eurent lieu. Les catholiques, en revanche, stimulés par les promesses, mais ne voyant rien venir, se mobilisèrent. En 1967, fut créée l'Association pour les Droits Civiques (Civil Rights Association). Chaque pas en avant des catholiques provoquait une réaction des protestants, les contre-manifestations se heurtaient aux manifestations, les protestants se tournaient vers les extrémistes dans le Parti Unioniste, la fraction dure qui entendait maintenir le statu quo et hors de celui-ci ; des organisations paramilitaires se constituèrent (une chanson orangiste proclame « On n'a jamais vu un meilleur catholique qu'un avec une balle dans le dos ! »). Ainsi, les tentatives de modernisation de l'Etat des 6 Comtés allaient aboutir à une perte de contrôle de l'impérialisme à la fois sur les protestants qui s'opposaient à toute concession et sur les catholiques, impatients et peu enclins à se contenter de fauxsemblants. L'impérialisme, emberlificoté dans des contradictions qu'il a lui-même créées, allait s'enfoncer dans un bourbier dont, malgré tous ses efforts, il n'a toujours pas réussi à sortir. DEUXIEME PARTIE : DES DROITS CIVIQUES A LA GUERRE CIVILE Sans faire un historique détaillé, il est nécessaire de récapituler les principales étapes de la lutte actuelle en Irlande pour comprendre la stratégie de l'impérialisme britannique et ses échecs successifs. Le mouvement pour les droits civiques Le programme de la NICRA (Northern Ireland Civil Rights Association) reflétait le niveau de conscience de la minorité catholique au début de la lutte : il s'agissait simplement de supprimer la diserimination et les abus policiers. Les catholiques ne remettaient plus fondamentalement en cause l'Union : les lois sociales de l'après-guerre (allocations de chômage, sécurité sociale), plus progressistes qu'au Sud et la stagnation économique dans les 26 Comtés avaient atténué la vieille nostalgie nationaliste d'une Irlande unie. Le mouvement était essentiellement démocratique et non-sectaire. Mais l'Irlande du Nord n'est pas un Etat bourgeois « normal ». L'Etat orangiste n'est pas démocratisable. La dynamique objective du mouvement devait inévitablement le conduire à poser la question de la destruction de l'Etat des 6 Comtés. L'étincelle qui mit le feu aux poudres fut la manifestation de Derry du 5 octobre 1968, organisée par la NICRA. Pour marquer le caractère non-sectaire du mouvement, les organisateurs avaient prévu un itinéraire traversant les quartiers protestants de la ville. Les « Apprentice Boys », une organisation orangiste locale, annoncèrent qu'ils tiendraient le même jour leur cérémonie « annuelle » (c'était la première fois et ce fut la dernière) au même endroit. Le ministre de l'Intérieur, William Craig, un unioniste ultra, saisit ce prétexte pour interdire la manifestation dans les quartiers protestants. Sous la pression des éléments d'avant-garde du mouvement, notamment les «Jeunes Socialistes », une organisation trotskysante, il fut décidé de tenir la manifestation prévue. Celle-ci fut sauvagement chargée par la police alors qu'elle s'apprêtait à sortir du ghetto catholique. La charge fut filmée par la télévision et remua vivement l'opinion. Deux jours plus tard, des étudiants de la Queen's University de Belfast allèrent manifester devant l'hôtel de ville, mais les partisans de Paisley pratiquèrent à nouveau l'obstruction. La police les laissa parader et dérouta la manifestation des étudiants. Ces étudiants inspirés par l'exemple français, vont prendre pour un temps la tête du mouvement. « People's Democraey » (« Démocratie Populaire » ou « Démocratie de tout le monde ») nait, des figures populaires émargent : Mike Farrell, Bernadette Devlin. « People's Democracy » galvanisera le mouvement par la méthode de l'action directe. Tandis que les « modérés » exhortent au calme et font confiance à O'Neill. P.D. met en avant un programme de réformes radicales pour démontrer que le gouvernement ne peut les appliquer. Les démonstations de rue prennent de plus en plus d'ampleur. Le 30 novembre, une manifestation de la NICRA est prévue à Armagh, mais Paisley annonce une épreuve de force. Ses partisans, armés d'objets contondants divers et de pistolets, arrivent la veille et occupent la 36 ville. La olice les laisse faire et charge les marcheurs de la NICRA. O'Neill congédie l'Ultra Craig, qualifie les supporters de Paisley de gangsters, appelle au calme et promet des réformes. La NICRA lui accorde jusqu'à Noël. Comme rien ne vient, PD décide d'organiser une longue marche de Belfast à Derry. Paisley et ses nervis tendent une embuscade aux marcheurs au port de Burntollet, près de Derry, faisant une vingtaine de blessés graves. Des « B Specials » (police spéciale « anti-émeute », c'est à dire fauteuse d'émeutes) s'y signalent aux côtés des extrémistes protestants. Le soir de l'arrivée à Derry, les flies, ivres, livrent à leur sport favori : le pogrom. Ils attaquent le ghetto catholique du Bogside, pénètrent dans les maisons, brutalisent et terrorisent tout le monde. Le lendemain, O'Neill, dans une allocution fait l'éloge de l'impartialité de la police, les « extrémistes » en question étant bien sûr les marcheurs. C'est en fait un appel aux leaders catholiques « modérés », aux politiciens opportunistes du genre d'Eddie Mac Ateer et de John Hume, sur lesquels compte O'Neill pour mener à bien sa politique de réformes graduelles. En effet, il ne peut abolir d'un coup la « protestant ascendency » sans être balayé par la droite de son parti et par le soulèvement des masses protestantes. Toute réforme étant nécessairement extrêmement lente, il a besoin de la passivité des masses catholiques. Mais il apparaît rapidement que cette politique est vouée à l'échec. Aux élections générales de février 1969, O'Neill dut faire campagne en faveur des réformes contre la droite de son parti (W. Craig, B. Faulkner). Les électeurs orangistes montrèrent où allaient leurs préférences : O Neill faillit être battu par Paisley dans sa propre circonscription. Les catholiques votèrent massivement pour les candidats de la NICRA et de PD, signifiant par là qu'ils ne demandaient pas la justice pour les générations futures, mais qu'ils entendaient en profiter eux-mêmes. Pour les orangistes, O'Neill devait partir, c'était une lavette, il fallait flanquer une bonne correction aux « Fenians » pour qu'ils se le tiennent pour dit une fois pour toutes. Le 19 avril, police et extrémistes protestants se livrent à un pogrom à Derry, faisant la première victime, battue à mort par les flies dans sa propre maison. Le 29 avril, O'Neill démissionne et est remplacé par le Major Chichester Clark. Le 12 août, à l'occasion de la parade commémorant la levée du siège de Derry par l'armée catholique de Jacques Il le 12 août 1689, un pogrom éclate : mais cette fois, les habitants du Bogside et de Creggan, instruits par l'expérience, élèvent des barricades et repoussent les pogromistes (dont la police constitue les troupes de choc comme d'habitude). L'émeute s'étend à Belfast et à d'autres villes. Les flics tirent à la mitrailleuse sur les maisons, des quartiers entiers sont rasés par le feu. Mais l'impérialisme ne peut tolérer un massacre généralisé qui mettrait en danger ses intérêts au Sud : le 14 août, l'armée britannique intervient et rétablit une paix précaire entre les deux communautés.
« La paix armée » (août 1969 - juillet 1970) L'armée britannique avait été accueillie favorablement par la population catholique qui ne voyait en elle que la force qui l'avait sauvée du massacre. Sans elle, la minorité catholique n'aurait plus eu d'espoir que dans le régime du Sud et ses forces armées, mettant le gouvernement de Dublin dans une situation très embarrassante. Pour l'impérialisme, il s'agissait de contenir la révolte des ghettos dans des limites acceptables le temps nécessaire pour réformer l'Etat des 6 Comtés. Le « business vote » (6) fut aboli, la RUC désarmée, les B Specials dissous et remplacés par un régiment de défense de l'Ulster. Des réformes furent à nouveau promises, mais cette fois de Londres : James Callaghan (Ministre de l'Intérieur du cabinet Wilson) alla lui-même discuter avec des gens et serrer des mains sur les barricades. L'Eglise catholique et les « modérés » regagnèrent de leur influence et les barricades furent bientôt défaites. Mais les protestants, eux, se sentirent définitivement « vendus au Pape ». L'inévitable ne put être évité : des troupes britanniques tirèrent sur des extrémistes orangistes. Paisley, le pogromiste, hurla au meurtre. Ce ne fut pas le moindre paradoxe de voir les « loyalistes » attaquer les troupes de Sa Majesté en brandissant l'Union Jack. En juin 1970, un début de pogrom eut lieu à Belfast; cette fois, les orangistes furent accueillis par des coups de feu et laissèrent trois des leurs sur le terrain : l'IRA, totalement hors du jeu jusque là, venait d'entrer dans la lutte. En face, les organisations armées protestantes se renforcèrent, les B Specials reprirent du service dans leurs rangs. Londres, où le parti conservateur, traditionnellement lié au parti unioniste, venait de revenir au pouvoir, décida de procéder à un désarmement général, en commençant par les catholiques afin de faire baisser la tension chez les orangistes et d'accorder un répit aux unionistes réformateurs mis en difficulté par les ultras dans leur parti. La fouille des quartiers catholiques commença le 2 juillet : « après avoir ordonné aux habitants du quartier de rentrer chez eux et après avoir bien imprégné le quartier de gaz CS, les soldats entreprirent de chercher des armes en dévastant les maisons, arrêtant les gens en masse, abattant trois hommes et en écrasant un avec un blindé. Les gens du quartier peuvent témoigner que leurs maisons ont été ravagées, des ornements religieux brisés et de l'argent volé » (The Red Mole, Vol 2, N° 6). Si la quantité d'armes trouvées fut ridicule, en revanche, les dégâts furent considérables. Le vandalisme et les exactions de la soldatesque lui valurent la haine farouche des habitants des ghettos. Les barricades furent reconstruites. « Free Derry » et « free Belfast » Dès les premiers pogroms, les habitants des ghettos avaient improvisé eux-mêmes la résistance, élevant des arcades et repoussant les assaillants a coups d ierres et de cocktails Molotov. Puis vint l'IRA. o plus exactement les IRA. Les armées républicaines ne sont pas seulement des organisations de guerilla urbaine dévalisant des banques ou des dépôts d'armes, faisant des coups de main contre les forces ennemies, ce sont de véritables milices populaires, formées de volontaires, pour la plupart habitants des ghettos Elles sont divisées en deux corps : les « réguliers », combattants (et combattantes) à plein temps, et les « volontaires » qui continuent à habiter chez eux, à exercer leur métier et interviennent pour défendre leur quartier ou pour des actions limitées. Lors de l'invasion des Falls (ghetto catholique de Belfast), en juillet 70, l'IRA « officielle » engagea une bataille de heures avec l'armée britannique. Les armées républicaines disposent en outre de réseaux de renseignement très efficaces. D'après « Lotta Continua », le nombre total des combattants « officiels » et « provisoires » réunis, pouvait être estimé à 30 000 (entre août 71 et janvier 72). Derrière les barricades, une vie nouvelle s'organisa : la population élit des comités de rues, forma des coopératives, reconstruisit les maisons détruites. En refusant de payer les loyers et les impôts, la minorité catholique marqua son refus de l'Etat des 6 Comtés. Indépendamment des faiblesses politiques des républicains, la commune de Derry, avec son territoire fermé aux troupes d'oceupation (« no go area ») fut la première zone libérée en Europe. Voulant contenir la révolte des ghettos et donner un os à ronger à l'extrême-droite orangiste, l'impérialisme envoya ses troupes d'occupation désarmer les catholiques. Peu d'armes furent trouvées, mais les exactions de la soldatesque eurent pour effet de mobiliser toute la population nationaliste derrière son avant-garde militaire. L'importance de l'armée britannique, l'audace et la force des guerilleros, apportait de l'eau au moulin des ultras dans et hors du parti unioniste. Il fallut done aggraver la répression, s'aliéner toujours plus la population catholique, pour autant pouvoir écraser les armées républicaines ni satisfaire l'extrême-droite, cercle vicieux entrainant une escalade qui devait culminer avec le « Dimanche Sanglant ».
De l'internement au Dimanche Sanglant L'internement, en aout 1971, de centaines de « suspects » dans des camps de concentration ne pouvait pas être d'une grande efficacité militaire : les listes noires de la police n'étaient plus à jour et aucun cadre important de l'IRA ne fut capturé. Faulkner (premier ministre d'Irlande du Nord depuis la démission de Chichester Clark en mars) put bien fanfaronner comme les généraux américains avant l'offensive du Têt et proclamer que l'IRA était liquidée : il y eut plus de soldats britanniques tués dans les deux mois qui suivirent que dans les deux années précédentes et les attentats à la bombe atteignirent le record de 9 par jour ! En fait, l'internement avait une fonction plus politique que militaire : c'était une concession à l'extrême-droite unioniste destinée à consolider la position de Faulkner. « Le monolithe orangiste est structuré comme une pyramide, combinant toutes les classes de la communauté orangiste en un seul bloc pou tandis réactionnaire. sommet de cette pyramide était poussé par l'impérialisme britannique dans une direction tandis que sa base se déplaçait dans la direction opposée. L'effet de cela se fit sentir dans la chute successive d'un premier ministre après l'autre, jusqu'a ce que la position de Brian Faulkner, le dernier des Mohicans, fut menacée. La Grande-Bretagne réalisa que la chute de Faulkner serait le commencement de la chute de la Maison d'Orange : Faulkner étant le dernier premier ministre crédible, la chute de Faulkner entraînerait la chute de Stormont. Stormont était nécessaire comme le ciment maintenant le bloc des quatre classes. Le plan global de l'impérialisme britannique pour l'Irlande du Nord implique la réforme du monolithe orangiste, mais il vise à maintenir dans son essence cette structure réactionnaire pro-impérialiste pour s'en servir comme d'un levier et d'un tuteur pour les intérêts britanniques en Irlande. Pour ces raisons, le 9 août 71, la politique de « contenir et réformer » fut abandonnée et remplacée par une politique de confrontation avec la quasi totalité de la communauté catholique. La tori ture, les camps de concentration, le meurtre, la. répression et la brutalité militaires, la propagande d'intoxication furent employés pour écraser la résistance de la communauté catholique » (G. Lawless : « Red Beret and Green Paper » in The Red Mole N° 55).
Le résultat fut que la position des « modérés » devint intenable : la preuve était apportée que les espoirs de démocratie, de « normalisation » de l'Etat des 6 Comtés étaient vains. Dans les ghettos, les volontaires s'engagèrent dans l'IRA par centaines. La guerilla fut portée à un stade supérieur : l'IRA « provisoire » entreprit une campagne de « bombardement économique », les grands hôtels, les banques, les grands magasins et les usines impérialistes commencèrent à sauter en série. La répression ne cessa de gagner en sauvagerie. Le dimanche 30 janvier 1972 les forces d'occupation abattaient de sang-froid 13 marcheurs pour les droits civiques à Derry. Ce massacre fut diversement interprété, mais une chose est sûre, les paras ne se sont pas affolés (ils n'étaient nullement menacés) mais ont exécuté des ordres. Le régiment auteur du forfait n'était à Derry que depuis le matin et il en repartit le soir même, mission accomplie (le lieutenant-colonel Wilford a été depuis décoré de l'ordre de l'Empire). Le brigadier Kitson, responsable de l'entraînement de l'infanterie britannique, a écrit un livre dans lequel il préconise la mise sous surveillance des syndicats, des organisations de gauche et éventuellement des « massacres limités ». On voit que le mouvement ouvrier britannique a quelque chose à apprendre de la lutte en Irlande. Quoi qu'il en soit, le Dimanche Sanglant n'intimida pas la population catholique, au contraire, comme en témoigne la marche de Newry, tenue malgré l'interdiction. Pire, par sa politique de répression brutale, l'impérialisme britannique avait mis en danger ses intérêts au Sud. L'ambassade de Grande-Bretagne à Dublin fut brûlée par la foule en colère tandis qu'un mouvement anti-impérialiste se développait en Angleterre même. Londres se résigna à laisser tomber Stormont et prit directement en mains l'administration des 6 Comtés. L'administration directe La nouvelle tactique visait à détruire l'IRA en évitant de susciter un mouvement anti-impérialiste au Sud et un mouvement de solidarité en Grande-Bretagne. Pour cela, il fallait isoler l'IRA de la population catholique en accordant des concessions à la minorité (promesse d'élections locales au scrutin proportionnel, libération de certains internés). Ces concessions mettaient bien sûr le monolithe orangiste en danger de désintégration, mais le Gauleiter Whitelav espérait bien écraser les forces patriotiques avant. Le problème était qu'il ne pouvait pas envoyer dans les ghettos des troupes arrêter des volontaires sans engager un type d'action qui aurait réduit à néant son peu de crédibilité. Toutefois, un mouvement pacifiste commença à apparaître, notamment chez les femmes de Derry Libre, causé surtout par la fatigue et les privations. Mais les masses catholiques n'étaient pas encore prêtes à tolérer l'écrasement de l'IRA. En 38 outre, Whitelaw se trouva débordé sur sa droite. Certes, I'« Ulster Vanguard » de Craig n'était qu'un tigre en papier. Ses grandes parades et ses rodomontades n'étaient que des moyens de pression sur le gouvernement britannique en vue d'obtenir la restauration de Stormont. La Vanguard n'était prête ni à affronter l'armée britannique dans un coup d'Etat, ni à marcher sur Derry Libre. Mais les éléments plébéiens de la communauté protestante, démoralisés par la suspension de l'Etat qui avait été le garant traditionnel de leurs privilèges, étaient prêts à agir. L'Association pour la Defence Association), l'organisation sectaire la plus extrémiste, engagea une campagne de terrorisme individuel, assassinant des catholiques isolés dans les rues. Le terrorisme de l'UDA renforçait bien sûr l'IRA en la rendant indispensable comme milice de défense : Whitelaw devait donc isoler et l'IRA et l'UDA en s'appuyant sur les « modérés », c'est à dire sur les représentants de la petite-bourgeoisie aspirant à la paix à tout prix, le SDLP (Social Democratic and Labour Party) côté catholique, le Parti de l'Alliance côté protestant. Les élections à la proportionnelle, d'abord fixées à octobre, offraient un sucre d'orge à la minorité catholique et donnaient au SDLP une alternative à proposer aux masses. En juin, un cessez-le-feu bilatéral fut convenu entre l'armée britannique et l'IRA « provisoire » (P'IRA « officielle » avait déjà décrété un cessez-le-feu unilatéral). Le commandement britannique s'engagea à ne plus envoyer ses troupes dans les « no go areas », Whitelaw promit la fin de l'internement et le statut politique aux prisonniers républicains et convia les « provos » à a table de négociation afin de montrer sa bonne volonté. Certes, l'impérialisme avait reculé : il acceptait de négocier avec des « terroristes ». C'est que la campagne de « bombardement économique » faisait très mal. Mais le tapis vert cachait un guetapens : si les « provos » avaient accepté les concessions offertes, ils auraient contribué à la démobilisation des masses catholiques, sciant ainsi la branche sur laquelle ils étaient assis et permettant à l'impérialisme de les écraser isolément. Mais les provos déjouérent le piège : ils acceptèrent de négocier, montrant ainsi aux masses qu'ils ne porteraient pas la responsabilité de la prolongation du conflit, sans pour autant céder d'un pouce sur le principe de l'autodétermination du peuple irlandais. Dès lors, la tactique de Whitelaw était vouée à l'échec, d'autant que l'extrême-droite se faisait pressante : l'UDA exigeait une action décisive contre Derry Libre et Belfast Libre. Les orangistes élevèrent à leur tour des barricades, proclamant qu'ils ne les déferaient que lorsque les catholiques auraient défait les leurs. Lorsque l'armée britannique, cédant aux pressions de l'UDA, revint sur sa promesse de reloger 114 personnes et leurs 212 enfants chassés de chez eux par les progromistes dans Lenadoon Avenue et accueillit les familles venues réemménager par un tir de balles en caoutchouc, l'IRA provisoire put rompre la trêve après avoir forcé Whitelaw à jeter le masque. Les explosions reprirent de plus belle. la carotte et le bâton Ce sont les attentats du « Vendredi Sanglant » (le 28 juillet) qui firent 8 morts, dont un enfant, qui fournirent le prétexte à l'invasion des « no go areas » le 31 juillet 1972. Les « provos » avaient, comme ils le font à chaque fois, averti les autorités afin de permettre l'évacuation des lieux. L'armée reçut ces avertissements et n'en tint aucun compte, à dessein. Les victimes venaient à point nommé justifier l'invasion des zones libérées. L'invasion inaugurait la tactique actuelle de l'impérialisme : celle de la carotte et du bâton. Whitelaw avait compté détacher les catholiques de l'IRA en leur tendant une carotte. Il espérait arriver rapidement à ses fins et éviter ainsi une « radicalisation » trop rapide dans la communauté orangiste. Ce fut l'échec sur tous les tableaux et le Gauleiter se retrouva dans un dilemne : écraser militairement TUDA ou céder, et réprimer une fois de plus les mal derni catholiques. Le choix était prévisible : l'impérialisme capitula devant l'UDA et lui jeta en pâture l'invasion de Derry Libre et de Belfast Libre. La tactique actuelle est une combinaison des deux précédentes. Faulkner avait mené une politique de choe frontal avec la totalité de la communauté catholique, Whitelaw a tiré les le çons de cette erreur. La carotte reste tendue à tous ceux qui voudront bien s'y laisser prendre et les internés jouent le rôle d'otages dans son chantage, le rôle de miroir aux alouettes étant dévolu au SDLP. Pour les autres, ce seront les coups de bâton. L'occupation des « no go areas » est une défaite momentanée pour la population catholique (c'était notamment les seules zones du Nord où l'on pouvait mener une activité politique non clandestine). Les déploiements de troupes, les fouilles à chaque coin de rue, les vexations diverses sont destinées à semer la lassitude, à user la minorité jusqu'à ce qu'elle plie le genou. C'est dans ce contexte qu'il faut considérer la présente vague de terrorisme. L'UDA a inauguré la méthode consistant à abattre au hasard des gens dans la rue : elle a fait école. Il a été établi que les SAS (bérets verts britanniques) sont à l'origine de nombreux meurtres de ce genre, créant une atmosphère de terreur et de désespoir, sans qu'il soit possible de canaliser l'indignation vers l'occupant. La destruction de l'IRA est à la fois une condition du succès de cette politique et son objectif. C'est là que la collaboration de l'« Union Jack » Lynch est essentielle. Certes, l'ouverture de camps de concentration au Sud a suscité des remous la population des 26 Comtés. Mais c'est là qu'est la point faible des républicains. Les « provos » n'ont jamais su mobiliser le prolétariat et les petits-paysans pour soutenir activement la lutte de la minorité au Nord. Whitelaw : crimes et châtiments L'échec de Whitelaw est d'ores et déjà patent et sa chute n'est plus qu'une question de temps. Aucun objectif n'a été atteint. L'élément principal et prioritaire de la présente tactique (et des précédentes), la destruction de l'IRA « provisoire », est loin d'être réalisé, au contraire : jamais une organisation de guerrilla urbaine n'a paru aussi invulnérable. Le lanceroquettes TRG 7 fait des ravages et n'incite pas les soldats de l'armée d'occupation à rempiler, au point que l'armée britannique connaît actuellement une crise de recrutement. Un député travailliste a révélé qu'un bataillon et un régiment stationnés en Allemagne avaient refusé de partir pour l'Irlande. Mieux : le Daily Mirror du 9 décembre révélait qu'une unité s'était mutinée à Clochester. Le retrait du général
Cuzo, commandant en chef des forces d'occupation, évoque le sort du général Westmoreland. Le fiasco est total. L'annonce de changements dans les structures de l'Etat des 6 Comtés a provoqué un sursaut désespéré des extrémistes orangistes, prenant la forme habituelle de meurtres de catholiques, de profanations d'églises, ete... Ces actions ont évidemment ramené des secteurs entiers de la population nationaliste derrière son rempart militaire T'IRA. Du reste, la mobilisation s'est étendue à des secteurs géographiques (par exemple dans le centre) jusqu'ici moins militants. Dans cette situation, Lynch ne pouvait plus se permettre de poignarder ouvertement dans le dos les défenseurs des ghettos. Donc, Whitelaw devait faire cesser les meurtres sectaires pour permettre à son fantoche de mieux faire sa besogne, d'où l'arrestation de dirigeants de l'UDA et les fouilles dans les quartiers protestants (avec les poids et les mesures appropriés : 60 protestants arrêtés contre 551 catholiques dans la même période). Mais pour faire cela sans déclencher une réaction incontrôlable des ultras (qui ne ferait que compliquer les choses), il faut offrir un holocauste aux orangistes : ce qui signifie concrètement que l'armée britannique doit prouver qu'elle peut faire « mieux » que l'UDA. L'assassinat de 6 personnes dans une queue de cinéma dans New Lodge Road à Belfast (un exemple de « massacre limité ») remplissait cette fonetion. Le seul résultat concret a été d'ouvrir l'appétit de meurtres de l'UDA. On n'éteint pas un incendie avec un lance-flammes. Le referendum-plébiseite sur la question de l'union des 6 Comtés à la Grande-Bretagne a été massivement boycotté par la minorité nationaliste, le résultat de cette mascarade étant connu d'avance. Le Livre Blane du gouvernement britannique a institué une assemblée provinciale en remplacement de Stormont ; les élections sont fixées à « dès que possible », ce qui laisse suposer qu'il y aurait quelqu'impossibilité à l'heure actuelle. Et cela pourrait bien durer. Tout ce que Whitelaw (et Heath) voulaient éviter se produit. Si, en Grande-Bretagne, le mouvement antiimpérialiste reste pour l'instant limité à l'avant-garde ouvrière et étudiante, son rôle n'est pas à sousestimer. L'opinion commence à se lasser de la boucherie et ce n'est pas un hasard si l'opposition travailliste, sentant le vent électoral, lance un slogan, rendu célèbre par le mouvement anti-guerre américain, « Bring our boys home ». L'Irlande sera-t-elle le Vietnam de l'impérialisme britannique ? NOTES : (1) Cf. N. Weinstock : « Irlande : une colonie en Europe » in « Irlande : révolution en marche », cahier LRT N° 1. (2) Fondé en 1795, l'Ordre d'Orange était à l'origine une association de paysans anglicans exaspérés par la concurrence des catholiques pour la terre. Il fut utilisé par l'aristocratie terrienne pour défaire l'insurrection républicaine de 1798. Les agrariens et les capitalistes entrèrent dans les loges et l'Ordre devint l'instrument par excellence pour diviser paysans et ouvriers catholiques et protestants. La majorité des protestants est membre de l'Ordre. (3) Ferrians : du nom de la « Ferrian Society ». société secrète de paysans révolutionnaires du siécle dernier, employée par les protestants dans un sens péjoratif. (4) Tagh : terme raciste (comme « bicot » ou « bougnoul »). (5) Gambeen : de l'irlandais « gaimbin » (usure) : terme péjoratif qui désignait la petite-bourgeoisie catholique usuraire et parasitaire. (6) Business vote : système électoral dans lequel le nombre de voix est proportionnel à la fortune individuelle.