Les experts internationaux du capitalisme s'accordent aujourd'hui à promettre à la France le plus brillant avenir économique : c'est à la troisième place dans l'harmonieux concert mondial de la coexistence et de la compétition pacifiques que notre pays pourrait prétendre d'ici à la fin du siécle... Cette prospérité, qui vient un peu tardivement récompenser une certaine « politique de grandeur », entend faire hommage à la remarquable aptitude dont aurait fait preuve le capitalisme français dans la période récente. pour tout à la fois affronter la concurrence mondiale, moderniser un appareil productif archaique, maintenir une croissance soutenue et régulière et... « digérer » économiquement les effets de la gigantesque crise sociale de mai 1968. Le mouvement révolutionnaire sera plus modeste que les spécialistes bourgeois de la politique-fiction à l'échelle planétaire. L'important, pour lui, est de comprendre, au-delà de leurs tableaux idylliques, quelles conditions sociales ont rendu possible une telle transformation de l'infrastructure, quelles contradictions internes cela entraine, quelles conditions objectives se trouvent ainsi créées aujourd'hui pour le développement de la lutte de classes. C'est à cette compréhension politique de la conjoncture présente de la lutte sociale, saisie dans l'ensemble de ses déterminations, que l'analyse de la situation économique actuelle du capitalisme français entend contribuer.
La « prospérité » et son revers On pourrait rapidement caractériser la période économique ouverte depuis 1968 au seul vu de ses traits distinctifs en tant que phase conjoncturelle. Cela conduirait à opposer terme à terme l'évolution présente caractérisée par une expansion soutenue de la production et une forte inflation à la période 1963-67 marquée par une croissance médiocre et une évolution modérée des prix, des salaires et du pouvoir d'achat. La seule continuité entre les deux périodes ne pourrait être trouvée que dans l'aggravation continue du chômage de 1963 à 1968 et de 1969 à aujourd'hui. Mais une telle vision dissimule les déterminations historiques réelles, déterminations profondé ment liées à la crise sociale générale du régime gaulliste telle qu'elle s'est nouée dès avant 1968 pour développer toutes ses conséquences depuis Mai. De ce point de vue, les formes prises par le développement capitaliste apparaissent inséparables :
des effets structurels de la stratégie mise en œuvre à partir de 1962-65 par la technocratie d'Etat aux fins d'organiser ou de faciliter la monopolisation - publique ou privée - des secteurs clefs du capitalisme français ; - de l'échec, consommé en mai 68, des formes gaullistes d'« économie concertée » et de « participation » et de la nécessité de définir de nouvelles procédures institutionnelles et idéologiques de pacification sociale. Replacée dans ce cadre historique général, la compréhension économique de la période suppose donc une étude (ici à peine ébauchée) qui porte sur ses déterminations profondes, soit : - le rapport de l'économie française au marché impérialiste, - les caractéristiques du procès d'accumu*lation, l'évolution des enjeux et des formes de la lutte économique de classe.
la conquête du marche européen.
conquête de l'industrie française | La période 1968-1972 enregistre la poursuite des effets généraux de la transformation du rapport entre le capitalisme français et le marché mondial telle qu'elle résulte . •
- de la décolonisation et de l'affirmation de bourgeoisies nationales plus ou moins dépendantes dans les pays de l'ancien empire français ; - de l'intégration économique croissante des économies européennes, intégration qui s'affirme sur les plans financier, commercial et technologique et s'impose comme cadre nouveau des contradictions entre les diverses économies nationales et avec l'impérialisme dominant des Etats-Unis. Aussi, les « hauteurs dominantes » du capitalisme français accèdent à partir de 1960-1965 au stade de l'organisation monopoliste supra-nationale: Ceci se marque de façon contradictoire dans la situation du capital national :
nduscès de ternationale. Sauf dans certains secteurs conquérants (notamment du capitalisme public : aéronautique, pétrole), le capitalisme français ne s'y taille généralement qu'une part subordonnée par rapport aux groupes financiers US ou européens.
croissa caise est de plus bouchés COr es isés Cette internationalisation croissante du développement des forces productives a pour contre-partie l'aiguisement des contradictions inter-impérialistes et implique de la part du capital français une défense serrée de ses intérêts propres tant sur le plan monétaire que commercial. Pour l'industrie française, la confrontation concurrentielle directe sur les marchés européens avec les secteurs les plus productifs des capitalismes italien ou allemand impose d'accéder de façon accélérée à des modes d'organisation du capital et d'utilisation des forces productives dont elle reste, dans nombre de branches, encore très éloignée. Cette pression de la concurrence capitaliste s'exerce d'ailleurs dans des conditions variables. Malgré la levée des frontières douanières, le capital national s'est trouvé, tout au long de la période gaulliste, protégé tant par les effets de la dévaluation de 1958 que par les aides multiples distribuées par le canal du capital financier public et par le soutien technocratique, apport à sa restruc turation.
Au lendemain de 1968, en revanche, il se trouve à nouveau découvert. En premier lieu, tout au long de la période 1965-1968, le coût des restructurations techniques et financières a placé le secteur monopoliste de l'industrie française dans une situation où les problèmes de financement de l'investissement sont devenus assez préoccupants: le ralentissement conjoncturel des débouchés nationaux et européens limitait leur capacité d'accumulation propre au moment même où le recours au marché financier se trouvait entravé par les très forts emprunts qui, dans cette période, devaient servir à financer les entreprises publiques et les équipements collectifs. Par ailleurs, l'échec ouvert des propositions gaullistes d'économie concertée, les effets salariaux de la poussée de lutte des classes de 1968 placent soudain l'économie française dans une situation de compétitivité d'autant plus délicate que la même concurrence internationale lui interdit alors de ralentir son rythme d'accumulation. 8
Le régime gaulliste à son déclin, de même qu'il avait tenté de faire face à l'explosion de la lutte des classes en accordant une augmentation générale et indifférenciée des salaires (Grenelle), tentera encore à l'automne 68 de sauvegarder par une politique tous azimuths d'aide financière et fiscale les intérêts économiques de toutes les composantes du capital français. Mais c'est pour une toute autre politique que le pouvoir sera mandaté aprés l'ultime fiasco du referendum sur la participation. Le règne s'ouvre sur la dévaluation et sur le lancement de la politique contractuelle. C'est à titre principal autour de la défense des intérêts du secteur le plus avancé du capitalisme français que s'organise la stratégie économique et sociale du régime postgaulliste (non sans qu'un tel choix, dicté par la concurrence internationale, ne risque d'aggraver les difficultés du régime à sceller, comme base d'appui idéologique et politique, l'alliance de toutes les couches de la bourgeoisie sous l'hégémonie du grand capital).
Le tournant est clairement marqué à la mi-1969 : la politique de stabilisation mise en place parallèlement à la dévaluation (restriction du crédit notamment) limite à la fois les débouchés et les ressources de financement des secteurs qui écoulent principalement leur production sur le marché intérieur. En revanche, les grandes activités exportatrices bénéficient à plein des conséquences de la dévaluation. Celle-ci, en effet, rétablit une situation de parité monétaire trés favorable à l'exportation des produits français sur les marchés des pays voisins. Malgré la dépression américaine des années 1969-1970, puis la mise en place aux Etats-Unis du dispositif protectionniste qui accompagne la première dévaluation du dollar, l'expansion du secteur exportateur joue aussi dans toute la période 1968-1972 un rôle moteur dans le développement de l'industrie française Ce phénomène a été d'autant plus vigoureux que la flottaison du mark (une réévaluation de fait, décidée pour « soutenir le dollar » mais qui a eu pour effet général de renchérir les prix des produits allemands) et la poursuite d'une inflation internationale ont permis à l'économie française de conserver au fil des années l'avantage de prix acquis par la manipulation monétaire d'août 1969. Ceci peut être mesuré à travers plusieurs indicateurs: - les taux de croissance (à prix constant) des exportations : 17,2 % en 1969, 17,8 % en 1970, 10,7 % en 1971 ; - l'évolution de la part occupée par les produits français sur les marchés d'importations des huit principaux pays capitalistes : ,5 % en 1967, 8,5 % en 1971 ; - la croissance de la part des exportations françaises dans l'ensemble de la production intérieure brute : 10 % en 1967, 15 % en 1971. Parallélement, on observe certes une sensible augmentation du recours de l'économie française aux importations : la part de celles-ci passe ainsi de 12% de la production intérieure en 1967 à prés de 15 % en 1971 (l'augmentation la plus sensible s'opère en 1969 où la très forte croissance économique se heurte en France aux limites physiques des capacités de production existantes). Mais, pour l'ensemble, la période 1969-1972 se marque parune amélioration continue du solde commercial entre l'économie française et l'étranger. L'un des corollaires de cette intégration commerciale accrue de l'économie française au marché européen est l'accélération du rythme de restructuration de l'appareil productif : une part croissante de la valeur se trouve, en effet, réalisée sur un marché extérieur auquel ont principalement accès les secteurs les plus avancés du capital monopoliste. Ceci explique qu'une part notable des profits et des investissements exceptionnellement élevés des années: 1969-1970 se soit concentrée dans le secteur de l'économie d'exportation. Un indi- cateur du même phénomène se trouve fourni par l'évolution du partage du résultat d'exploitation des entreprises privées entre sociétés et entreprises individuelles : malgré les aides nombreuses accordées à ces dernières, la part des sociétés fait un saut de plus de 5% de 1967 à 1969, passe de 38 % à 45 % de 1967 à 1971, alors qu'elle était stable depuis 1958. Enfin, les indications aujourd'hui disponibles sur l'évolution des structures industrielles montrent que l'année 1970 marque bien une reprise des mouvements de concentration qui ont contribué à affirmer le caractère monopoliste de certains secteurs : 275 opérations de concentration ont été recensées, portant sur 5 milliards d'actifs nets transférés et constitués dans 65 % des cas d'absorption. Signalons que cette concentration a affecté principalement la grosse et moyenne mécanique, la construction électrique, les matériaux de construction, les textiles, la chimie, le commerce. En revanche, les secteurs déjà très concentrés (pétrole, biens d'équipement) ont été peu affectés au cours de cette période. La transformation du rapport entre le capital français et le marché impérialiste, qui a été jusqu'ici étudié principalement du point de vue de ses effets sur les flux d'échanges, trouve ses déterminations profondes au plan des conditions interna tionales de concurrence et de mise en valeur des capitaux. A cet égard, l'évolution récente des flux internationaux d'investissement traduit à la fois que la participation du capital français au marché financier international s'est significativement intensifiée (les investissements français nets à l'étranger représentent près de 2 milliards en 1970, dont 30 % dans le secteur pétrolier) et que sa dépendance financière à l'égard des capitalismes les plus avancés — Etats-Unis, Allemagne - s'accuse (les investissements étrangers en France atteignent pour leur part 6 milliards en 1970, soit 6 % de l'investissement productif, auxquels il faut ajouter plus de 2 milliards de valeurs françaises détenues par l'étranger). C'est bien là le sens profond de la période ouverte par la dévaluation de 1969. Le régime n'a pas manqué de tirer gloire d'un rythme sans précédent de modernisation de l'appareil productif et des brillantes et durables « performances » réalisées à l'exportation, négligeant volontiers ce fait que la contrepartie ou plutôt la condition première d'une telle « percée de l'économie française » est qu'elle s'est réalisée de façon croissante à l'initiative et sous le contrôle d'un capital supra-national à dominante américaine. Et c'est principalement au regard de ce mode d'intégration à l'organisation monopoliste internationale, mode subordonné qui développe toutes les contradictions d'un impérialisme de second rang, qu'il faut comprendre le tournant de la « politique industrielle » par lequel se restaure et se renforce, au lendemain de 1968, l'hégémonie du capital financier au sein de la formation sociale française.
Men est en est apitallisme francalis B) Le coût de « l'impératif industriel » a) L'ensemble de la période ouverte par mai 68 est caractérisé par un rythme exceptionnellement soutenu d'accumulation du capital qui correspond à une nouvelle phase structurelle de la mise en valeur du capital : - La restauration financière et juridique du capital français (fusions, concentrations, etc...), intensifiée dans la période 1960-1967 (Vème Plan notamment), commence à marquer ses effets au niveau de la « rationalisation » du procès technique de production et implique un important réoutillage de l'appareil productif. - L'accentuation de la compétition commerciale et technologique européenne (allemande notamment) impose un mode d'utilisation des forces productives à forte productivité du travail. - L'élévation rapide du coût unitaire nominal de la force de travail (le salaire par tête croît de plus de 10 % en moyenne annuelle de 1968 à 1971 pour moins de 7 % de 1964 à 1968) incite, notamment dans de nombreux secteurs à faible composition organique du capital dont la survie était liée à l'emploi massif d'une main-d'œuvre peu qualifiée et sous-rémunérée (bâtiment, textile, etc...) à l'utilisation plus intensive de la force de travail. - Dans une phase plus générale de haute conjoncture et de croissance inflationniste, les incertitudes sur l'écoulement de la production et la rentabilité des investissements semblent réduites et il est vital pour le capital d'élargir rapidement les capacités de production installées. Au total, la période 1968-1972 est caractérisée par un flux très important de renouvellement, de modernisation et d'extension des équipements fixes tant dans le secteur industriel productif que dans celui des services, transports ou commerce.
Si l'on s'en tient à l'industrie, un cycle conjoncturel assez accusé se dessine certes au cours de la période : les investissements productifs de l'industrie privée croissent à prix constants de plus de 20% par an en 1969-1970, de 7 % en 1971-1972. Mais audelà de ces fluctuations dansla croissance de l'investissement, un phénomène structurel caractérise l'ensemble de la période : le passage à un mode d'organisation du procès de production marqué par une utilisation beaucoup plus forte du capital constant (et de la part fixe de celui-ci). Ce phénomène peut être mesuré (de façon indicative) par l'élévation continuelle du taux d'investissement productif (soit investissement de l'année/production) qui, pour l'indutrie, passe de 18% à 22% en quatre ans. Du point de vue de la mise en valeur globale du capital, il se manifeste aussi, du fait des transformations du procès de production, une forte tendance à l'élévation de la composition technique (travail mort/travail vivant) et organique (capital constant/ capital variable) du capital. Ce trait struc. turel fait que le capital industriel est confronté en permanence au problème d'assurer conjointement l'extraction des ressources d'accumulation nécessaires à son propre développement et la rentabilité des investissements en place, menacée par la baisse tendancielle du taux de profit. Le capital se trouve ainsi dans une situation critique : — Les formes prises par la concurrence capitaliste européenne ne lui permettent de poursuivre sa mise en valeur (la production et la réalisation sur le marche de la valeur et de la plus-value) qu'à condition d'élever considérablement son niveau de productivité, ce qui implique notamment une acivité, ce qui implique notamment une accumulation sans précédent de capital cons. tant. - Cette accumulation pose dans l'immédiat des problèmes de financement, dans la mesure où le partage entre profits et salaires tel qu'il résulte de la lutte économique de classe dans cette période ne suffit pas à fournir les ressources nécessaires à l'accélération du rythme d'investissement. Une des conséquences en est que, sous l'hégémonie croissante du capital financier, les rapports entre capital industriel et capital bancaire et leur contribution respective à l'accumulation productive connaissent dans la période une sensible évolution. Le rôle du système bancaire et notamment du système bancaire privé dans le financement des investissements se développe puissamment. A titre indicatif, on signalera que la capacité de financement des institutions financières (1) a plus que doublé de 1967 à
1971. Corrélativement, l'intensification de l'accumulation industrielle s'est partiellement fondée sur un développement sans précédent de la collecte bancaire, notamment auprès des particuliers, assurant ainsi la récupération aux fins de mise en valeur du capital d'une partie croissante des revenus distribués par les entreprises sous forme de salaires. - Mais ce recours au financement bancaire ne résout en rien les problémes de rentabilité du capital industriel. Au contraire, l'alourdissement des charges financières s'ajoute à l'ensemble des facteurs (accumulation accélérée de capital constant, élévation de la composition organique du capital, alourdissement du coût nominal de la force de travail, etc...) qui font que, dans période ouverte taux de profit, de tendancielle, menace en nen b) Cette situation contradictoire explique pour l'essentiel l'acuité prise dans la période récente par la lutte sociale menée autour des diverses composantes du taux d'exploitation (salaires, prix, productivité...). On a déjà souligné l'accélération très sensible du rythme de croissance des rémuné rations salariales nominales depuis les accords de Grenelle par rapport à la période antérieure. Ceci résulte, bien sûr, des nouvelles formes prises par la combativité ouvrière et de la façon dont les centrales syndicales ont entendu l'utiliser au plan de la lutte proprement salariale. Il faut cependant souligner qu'une partie au moins du bloc politique de « hauts salaires » comme l'un des éléments d'une stratégie globale de déve pp A certains égards, cette politique ne faisait que poursuivre cette vieille tentative de programmation sociale de l'expansion du pouvoir d'achat salarial par laquelle le capital voudrait faire face aux exigences contradictoires de sa reproduction élargie : permettre une croissance suffisamment soutenue et régulière de la dépense des salariés, conformément aux nécessités d'écoulement de la valeur produite dans le secteur des biens de consommation, sans compromettre ni les capacités immédiates d'accumulation, ni l'évolution à plus long terme du taux de profit. Mais, dans la période consécutive à 1968, la fraction moderniste du patronat était, en outre, consciente de l'échec définitif de l'économie concertée « au sommet » ou de la « politique des revenus » expérimentée vers 1965. Ces formules, qui ne pouvaient guère survivre au bonapartisme gaullien, étaient trop globales à la fois pour réaliser une intégration ouvrière efficace et pour laisser au patronat une marge de concurrence suffisante sur le marché du travail. De ce point de vue, la politique contractuelle engagée en 1969 permettait d'envisager une évolution différenciée des salaires favorable à l'intégration économique et idéologique des couches de salariés liées 10 aux secteurs les plus rentables et productifs de l'industrie. Elle permettait parallélement une survie temporaire des secteurs les plus arriérés, mais créait, au niveau de la rémunération de la force de travail, une incitation puissante à accélérer le rythme de restructuration de l'appareil productif. Les mêmes objectifs explicites (« cohésion sociale » par l'intégration ouvrière et liquidation des archaïsmes industriels) étaient par ailleurs assignés aux nouvelles orientations de la « politique sociale » : réforme et relévement du SMIC, mensualisation, etc... Du point de vue du patronat, le pari etait serré et il s'avère aujourd'hui assez large. ment perdu. Au niveau économique, le mécanisme contractuel n'a pas permis d'enfermer les revendications salariales dans les limites espérées. Au plan idéologique, quels que soient les atermoiements syndicaux, la légitimité de la procédure contractuelle n'a
Men est copitalisms francalls en rien pu s'imposer comme régle générale de collaboration entre le patronat et la classe ouvrière. La detense du taux de profit n'a done pu passer par la voie d'un blocage direct de
Au contraire, jointe à la tendance à l'élévation de la composition organique du capital, une croissance soutenue du coût unitaire de la force de travail a été observée sur toute la période. La défense du taux de profit a donc dû de ce fait emprunter deux autres canaux :
Run pouvoir d at, une tique systématique de restriction de la dépense publique, en tant que faux-frais de sous couvert d'une gestion « en bon père de famille » et à travers une défense abstraite du dogme de l'équilibre budgétaire, toute la politique budgétaire a tendu A limiter les préle vements collectifs sur la plus-value en pla fonnant l'augmentation des recettes fiscales et sociales, c'est à dire, par voie de conséquence, l'expansion de la sphère non marchande de l'économie, des consommations et des équipements collectifs. Cette politique n'a pas été sans effet sur le procès d'accumulation. Signalons par exemple que la suppression du « versement forfaitaire sur les salaires » est venu compenser les charges salariales additionnelles nées des accords de Grenelle. Sur la période 1967-71, les charges fiscales totales (TVA et impôt sur les sociétés notamment) des entreprises privées non agricoles ont décrû de 19,7 % de leur valeur ajoutée à 17,3 %. La politique de stabilisation budgétaire a donc bien pour contrepartie directe une contribution à la capacité d'accumulation du capital industriel.
Au niveau des entreprises, une stratégie (globale portant sur les déterminantes non salariales du taux d'exploitation : les effets globaux de la transformation de l'appareil productif et de la lutte économique de classe peuvent ainsi être observés à travers l'évolution de la productivité, du chômage et des prix. La transformation du procés de production (élévation de la composition technique du capital, formes nouvelles d'organisation du travail) se traduit par des gains de productivité très importants dans le bâtiment, l'industrie et les services. Ces effets sont surtout sensibles à partir de 1971, où les investissements réalisés en 1969-70 commencent à entrer en usage. Ces gains sont de l'ordre de 5,5 % par an pour l'ensemble des branches alors que la tendance à mo. yen terme était inférieure à 5 %. Ce mode de croissance intensif, fondé sur une forte accumulation de capital productif. explique pour sa part la dégradation continue de la situation de l'emploi du début 1970 à l'automne 1972 (200 000 demandes d'amplois non satisfaites alors, prés de 400 000 aujourd'hui)
Alors que les effectifs employés dans l'agriculture et les autres emplois indépendants régressent et que la population active croit fortement, la création d'emplois salariés nouveaux dans l'industrie et les services n'a pas été plus rapide de 1968 à 1971 malgré la forte croissance de ces années que dans la période antérieure à 1968 (2% par an environ). Par ailleurs, à cet effet global s'ajoutent les conséquences des transformations du marché de l'emploi liées à la modernisation de l'appareil productif : é volution rapide des qualifications, déclin accéléré de certains secteurs ou régions, etc... Une part croissante des demandes d'emploi non satisfaites (près de 40 %) résulte ainsi de difficultés de reclassement après licenciements collectifs. Le même phénomène explique que la croissance du chômage s'accompagne, du côté des entreprises, de fortes difficultés d'embauche, notamment pour les emplois les plus qualifiés: les offres d'emploi non satisfaites ont crû réguliérement de 80 000 en moyenne en 1969 à 220 000 en décembre dernier. Enfin, la période 1968-72 est marquée par un rythme trés soutenu d'inflation mesurable au niveau des prix à la consommation qui ont crû en moyenne annuelle respectivement de 7,1 % en 1969, 4,9 % en 1970, 5,6 % en 1971 et 5,9 % en 1972, pour 3,3 % de moyenne 1963-67. On peut donner de certains aspects de cette inflation des éléments d'explication analytique : - L'anarchie capitaliste internationale, notamment le déséquilibre chronique de la balance des paiements US, se traduit par un afflux croissant de capitaux « flottants » sur les marchés européens (marché de l'euro-dollar). Ce phénomène permanent a pu inciter le pouvoir à pratiquer une politique de bas taux d'intérét (pour ne pas attirer ces capitaux spéculatifs) qui, sur le plan interne, a créé une situation d'« argent facile » dans une période où le secteur bancaire intensifiait particulierement ses activités de collectes et de distribution de crédits. Ceci explique que la masse monétaire se soit accrue très rapidement dans les années récentes : 15 % en 1970, 17,5 % en 1971, 19 % en 1972. Sans tomber dans une conception mécaniste (type théorie quantitativiste de la monnaie), il est permis de penser que les développements exceptionnels des crédits aux entreprises et des préts personnels (consommation ou logement) ont joué un rôle décisif à la fois dans le soutien de la croissance et comme encouragement aux pratiques inflationnistes (en créant une situation d'euphorie sur les débouchés telle que la réalisation de la valeur n'a jamais semblé menacée à court terme malgré les importantes hausses de prix pratiquées par les producteurs et les commerçants. L'accélération del'inflation dans les autres pays industriels et les effets de la dévaluation (forte compétitivité des exportateurs, renchérissement des prix des importations françaises) se sont conjuguées pour inciter les entreprises françaises à pratiquer de très fortes hausses de prix dans la mesure où aucune sanction immédiate ne résultait de la concurrence extérieure. - Des facteurs plus ou moins autonomes sont, en outre, à signaler : hausse des prix agricoles (effets de pénurie sur le marché des produits animaux, politique des prix agricoles au niveau du Marché Commun), hausse des tarifs publics en application de la doctrine Nora de rentabilisation du secteur public. Mais ces facteurs d'explication n'épuisent • pas l'analyse du ressort central de l'inflation capitaliste. Celle-ci se situe bien au cœur des mécanismes de production, de réalisation et de distribution de la valeur. L'inflation caractérisée comme mouvement général d'élévation de l'expression monétaire nominale des prix de marché des diverses marchandises, ne fait en effet que traduire l'un des effets, dans la sphère de la circulation, des contradictions d'ensemble qui traversent la formation sociale et dont l'enjeu central est bien le partage final du produit social : - entre les classes sociales bien sûr, puisque l'évolution du prix des marchandises (notamment dans le secteur des biens de consommation) représente (avec celles du salaire nominal et de la productivité du travail) l'un des facteurs qui règlent en dernière instance l'évolution réelle du rapport de valeur entre force de travail et marchandises, le partage du produit social entre travail nécessaire et surtravail ; - mais également entre les divers capitaux, entre les divers secteurs et les diverses économies nationales qui entrent en concurrence et se répartissent la valeur et la plusvalue globale en confrontant, sur le marché interne et mondial, l'efficacité productive de leur mode d'exploitation de la force de travail. En ce qui concerne les rapports entre les diverses couches de la bourgeoisie française, le rythme soutenu de l'inflation, rendu possible dans la période récente par l'environnement capitaliste international, a sans doute permis d'atténuer quelque peu les conséquences sociales pouvant découler de l'accentuation de la concurrence et de la concentration des capitaux. Le secteur de la petite production et du petit commerce, base d'appui décisive pour le régime, a largement bénéficié de l'inflation et a pu ainsi maintenir une expansion brillante de ses revenus (le revenu par tête des entre. preneurs individuels croit de près de 11 % par an sur toute la période). En ce qui concerne les rapports entre travail salarié et capital, si l'on s'en tient à une mesure globale de l'évolution du pouvoir d'achat (salaire annuel par tête / prix à la consommation), l'inflation ne semble pas avoir détérioré de façon significative le par- tage du produit social aux dépends des salariés. Ce pouvoir d'achat a crû de 4,7 % en • 1968, 4 % en 1969, 4,4 % en 1970, 4 % en 1971 (pour une moyenne 1965-1967 de 3,1 %). Mais il s'agit là d'un indicateur qui n'est guère significatif car il rend peu compte des différenciations introduites entre les diverses catégories de salariés. Or, cellesci se sont sans doute aggravées au cours de la période récente du fait des formes prises par les hausses de salaires et de prix. Du côté des prix, l'indice global dissimule les hausses exceptionnellement fortes intervenues sur les produits alimentaires et de consommation courante, c'est-à-dire l'ampleur de l'effet de l'inflation sur le pouvoir d'achat des revenus les plus bas. Du côté des salaires, l'évolution est également trés divergente selon les secteurs de production et les catégories. La politique contractuelle encourage en effet, à accentuer une différenciation des salaires selon les gains de productivité réalisés dans chaque branche ou entreprise. Par ailleurs, malgré la « politique sociale » de relèvement des bas salaires (et le développement de revendications d'augmentations uniformes), la situation du marché du travail comme les impératifs idéologiques de la stratégie patronale se sont avérés favorables à un relévement plus substantiel des rémunérations des catégories d'encadrement et des éléments les plus qualifiés de la classe ouvrière. Par ailleurs, l'Etat patron a voulu donner un exemple particulièrement rigoureux de stabilisation salariale, si les conditions créées par l'action revendicative ne lui ont pas permis d'aboutir à ce que les hausses accordées au titre de la politique contractuelle dans le secteur public soient notoirement inférieures à celles généralement observées dans l'industrie privée, en ce qui concerne la fonction publique au sens strict, non seulement le rattrapage des retards anciens n'a pas eu lieu, mais le pouvoir d'achat se trouve de fait bloqué au niveau atteint fin 1968. Enfin, les conséquences de l'inflation sont également directement sensibles au niveau de la dépense publique ; les crédits budgétaires sont votés en francs courants et leur contrepartie réelle est d'autant plus faible que la hausse des prix est forte. L'inflation aggrave donc les effets de la politique de stabilisation des dépenses publiques et constitue, par ce biais aussi, l'un des leviers occultes de la lutte économique globale entre les classes sociales. Une passse difficile pour le capital Malgré les brillants succès du capitalisme français en termes de croissance industrielle et de conquête des marchés étrangers, la situation économique actuelle réunit les indices d'un aiguisement des contradictions internes au procès d'accumulation. 12
Entrecote Talon Gile Gila Seine grasse iTalon Basse Cola Griffe Griffe 1A3 •13 la: la pléce LA PIECE A) Les difficultés de l'accumulation 1) Certes, malgré un ralentissement relatif de l'investissement, la croissance de la production industrielle n'a pas enregistré de fléchissement sensible dans la période récente. En effet, les débouchés de l'économie française sont restés favorables et ont pu, à court terme, soutenir l'expansion globale de l'activité économique. Ainsi, malgré nombre de prévisions catastrophistes, qui annonçaient que la politique protectionniste américaine engagée fin 1971, marquerait la fin de l'expansion en Europe, les échanges internationaux continuent à croître vigoureusement et le capital français s'y taille une part appréciable
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1972 a même été une année exceptionnellement favorable pour les secteurs exportateurs (la croissance des exportations à prix constants est de plus de 12 %).
De même, la consommation privée, soutenue par des revenus nominaux élevés, a continué à croître à un rythme vigoureux.
A la rentrée, une nette reprise conjoncturelle s'est dessinée dans le secteur des biens durables (automobiles notamment).
Le rythme de la hausse des prix ne peut d'ailleurs qu'encourager à la dépense...
Enfin, les entreprises industrielles ont révisé en hausse des projets d'investissements relativement pessimistes à la fin de 1971: la facilité du recours au crédit, les hausses de prix et les perspectives favo- rables des débouchés ont joué en ce sens. La seconde moitié de 1972 enregistre une reprise sensible des investissements productifs. Au total, la croissance très soutenue de la production pendant la seconde moitié de 1972, autorise une forte expansion annuelle de l'indice de la production industrielle (6 % environ) et annonce la poursuite d'un tel mouvement en 1973. En revanche, les caractéristiques de cette croissance, conformes à celles observées sur l'ensemble de la période, n'autorisent pas d'amélioration significative de l'emploi : l'essentiel de la production supplémentaire est acquis par des gains de productivité ( près de 5,6 %) et compte tenu de la poursuite de fortes baisses contractuelles de la durée du travail, les effectifs salariés ne s'accroissent que trés peu (1,6 %). Cela contribue à expliquer la poursuite de l'aggravation du chômage : les demandes d'emploi non satisfaites ont continué à croître et, malgré une légère régression en fin d'année, passent de 350 000 unités en septembre 1971 à 399 000 en décembre dernier (si l'on tient compte des bénéficiaires de la « pré-retraite » instituée en cours d'année).(3) 2) Les déséquilibres qui menacent la reproduction élargie du capital semblent cependant s'être accusés dans la période récente. Un des signes en est la réapparition de tensions dans l'utilisation de l'appareil productif. Malgré une forte accumulation productive réalisée depuis 1968, l'industrie présente à nouveau certaines difficultés tenant aux limites des capacités de production installées à satisfaire l'expansion de la demande intérieure et des débouchés extérieurs. Les « goulots de production » au niveau de l'équipement productif, qui connaissaient une détente relative par rapport au niveau très élevé atteint en 1969, marquent à nouveau (depuis la mi-1972) une nette tendance à la hausse : le capital constant disponible s'avère souvent insuffisant notamment dans les secteurs industriels exportateurs ou fabricants de biens de consommation. C'est là un indicateur conjoncturel d'une difficulté plus durable pour le capitalisme français à imposer un partage du produit social entre salaire et profit conforme à ses besoins d'accumulation et à une croissance équilibrée des deux secteurs de l'économie. On en donnera quelques indices portant sur l'ensemble de la période : - Les prix unitaires à la production ont, dans la période récente crû à un rythme voisin de celui du cout salarial par unité produite. Malgré l'inflation et les gains de productivité, il est donc probable que les résistances sociales à une aggravation du taux d'exploitation ont été suffisamment fortes pour que le partage salaires/ plus-value ne se soit pas déplacé significativement au cours de la période récente en faveur du profit. - La part de l'investissement industriel financée sur ressources propres des entreprises industrielles (et non par endettement bancaire) a décrú régulièrement depuis 1968, notamment dans les secteurs les plus exportateurs. Pour aussi approximatifs que soient les informations et les concepts ici employés, ils indiquent au moins : a) que la masse du profit industriel a certes crû rapidement sur toute la période: le résultat d'exploitation des entreprises industrielles aurait crû de 65 % dans les trois années consécutives à 1968. Ainsi la part du « résultat brut d'exploitation » de l'industrie, dans sa « valeur » ajoutée », est plus forte aujourd'hui qu'en 1967-1968 : les gains de productivité et les allégements fiscaux ont plus que compensé l'effet des hausses salariales ; b) que cette masse de profit a cependant cru sensiblement moins vite que les dépenses d'investissements réalisées dans I industrie (d'où un accroissement du taux d'endettement des entreprises) : c) que l'accumulation productive ainsi réa1 isée, limitée par ces difficultés de financenent, n'a satisfait que pour partie les besoins d'élargissement ou de renouvellement de l'appareil productif, imposés. par ailleurs par la concurrence capitaliste internationale et par l'expansion de la part des marchés internes ou externes couverte par l'industrie française (ceci se traduit notamment par l'apparition de nouveaux goulots de production au niveau de l'appareil productif) : Enfin, last but not least, d) compte tenu des très forts investissements réalisés notamment dans la période 1969-1970, la masse de profit dégagée dans la période plus récente s'avère insuffisante pour rentabiliser pleinement le capital accumulé. L'étude statistique de l'évolution récente des séries de capital et de profit indique en effet qu'il y a eu une baisse limitée mais effective du taux de profit à partir de l'année 1971. Il s'agit, bien sûr, d'un mouvement qui peut n'être que conjoncturel. Il indique cependant que le capitalisme industriel se trouve dans une situa tion très contradictoire, où les investissements réalisés s'avèrent physiquement insuffisants pour répondre à ses débouchés internes et internationaux potentiels, mais où dans le même temps, la tendance à la
Men ect Le capitalisme francalls : baisse du taux de profit menace directement la rentabilité des investissements réalisés et à venir. C'est sans doute à une telle contradiction qu'il faut rattacher la vive accélération de l'inflation observée en 1972. 3) C'est bien à un palier supérieur d'inflation que passe l'économie française en 1972. : en cours d'année 1972, l'indice des prix de détail (dit des « 295 articles ») croítra de près de 6,9% (pour 6 % en 1971, 5,2 % en 1970, 5,6 % en 1969). En termes annuels, le glissement des prix a été de 5,7 % au dernier trimestre 1971 et au premier de 1972, puis de 8,4 % sur la fin de 1972. Cet effet est dû principalement aux produits alimentaires (9,8 % en termes annuels, sur les six derniers mois). Mais l'accélération touche également de façon sensible des produits industriels et les entreprises de services. Rien n'assure que cette stratégie inflationniste pratiquée par le capitalisme français lui suffise à surmonter les difficultés qu'il rencontre au niveau du procès d'accumulation. Certes, en accélérant le rythme de l'inflation, il peut tenter de « prendre de vitesse » les revendications salariales. C'est ce qui s'est passé au troisième trimestre 1972, où le taux de salaire a continué à croitre au rythme précédent (2,5%) alors que la hausse des prix s'accélérait brutalement : le pouvoir d'achat ne s'est donc acerú que de 0,7 %, ce qui est l'un des plus faibles résultats observés dans la période récente. Mais, à plus long terme, la perpétuation d'un tel avantage au profit des entreprises n'est pas assurée. 13
D'une part, les dispositifs mis en place par la politique contractuelle (clauses d'indexation salaires/prix), comme le mode de conduite des luttes économiques par les centrales syndicales, assure avec une relative efficacité (au moins au plan global) la défense de la progression du pouvoir d'achat face à l'accélération de la hausse des prix : ainsi, en 1972, la croissance du taux de salaire ne sera pas inférieure à 11,2% (pour 10,7 % en 1971), ce qui correspond à une évolution du pouvoir d'achat par tête de 4,8 %, qui poursuit la tendance des années récentes. Par ailleurs, la perpétuation de l'inflation au niveau des prix de détail entraîne nécessairement des effets de contagion au niveau du coût des biens d'équipement. Tous ces facteurs peuvent annuler le bénéfice immédiat pour les entreprises des hausses de prix et concourent surtout à les inciter à une fuite en avant perpétuelle qui, sans pouvoir résoudre durablement les contradictions de la mise en valeur du capital (c'est-à-dire les problèmes de financement et de rentabilité de l'investissement productif), crée une puissante tendance à l'accélération de l'inflation capitaliste. Les divers éléments très grossièrement analysés ci-dessus incitent à penser que, dans la période qui s'ouvre, les tendances les plus spontanées du développement du capitalisme français devraient conduire à la poursuite d'une phase de croissance soute. nue, fondée sur une inflation aussi rapide que dans les derniers mois. Si les prévisions officielles retenaient à la fin de 1972 l'hypothèse pré-électorale d'un net ralentissement des hausses de prix, tous les bureaux de prévision privés notent qu'aucun facteur spontané ne peut concourir à un freinage de l'inflation. De fait, le dispositif des contrats anti-hausse apparait comme un rempart dérisoire contre la hausse des prix industriels dans une période où les entreprises entendent défendre leur capacité d'accumulation et où la forte inflation mondiale ne crée guére de concurrence par les prix entre les divers pays capitalistes. Par ailleurs, les facteurs de hausses propres aux prix alimentaires (pénurie mondiale de viande, défense du revenu agricole) n'ont aucune raison de s'estomper en 1973. Au total, pour l'indice général des prix, la simple poursuite du glissement observé en 1972 (6,9 %) conduirait, compte tenu de ce qui est déjà acquis à la fin de l'année, à une croissance moyenne des prix de consommation de près de 7 % (pour 6 % en 1972). Dans une telle situation, compte tenu des thèmes de mobilisation qui fondent la stratégie des centrales syndicales (retraite à 60 ans, salaire à 1000 F, défense du pouvoir d'achat) comme des autres formes que peut prendre la combativité ouvrière, le salaire nominal pourrait croître lui aussi très vigoureusement. La défense d'une croissance du pouvoir d'achat analogue à celle obtenue dans la période rérente supposerait, par exemple, une crois14 sance moyenne du taux de salaire d'environ 12 %. Ces perspectives inflationnistes peuvent être associées à une croissance de la production à un rythme voisin de 6 % : la consommation privée, dans un climat de forte hausse des prix et des salaires, pourrait continuer à croître rapidement. D'autre part, les investissements ne peuvent guère fléchir, compte tenu des tensions observées dans l'appareil productif et des tacilites de financement qu'ouvre l'inflation. En définitive, les seuls facteurs qui pourraient contribuer à une inflexion du type de croissance que connaît le capitalisme français depuis plusieurs mois tiennent soit à l'évolution de la conjoncture mondiale du capitalisme, soit à des facteurs politiques internes autorisant un renforcement significatif du dispositif de stabilisation lancé par Giscard en décembre dernier. B) L'inflation à l'échelle mondiale On remarquera tout d'abord qu'à l'heure actuelle la conjoncture française et la conjoncture mondiale sont « en phase » c'est à dire qu'il s'y manifeste en même temps les mêmes tendances fondamentales à une croissance soutenue et à une forte inflation. Les Etats-Unis sont sortis de la « stagflation » et devraient connaître une poursuite de leur reprise en 1973 tant au niveau de la production que des investissements productifs. Une telle conjoncture se développant au lendemain d'un blocage des salaires et des prix ne permet pas d'envisager un ralentissement significatif de l'inflation. Il en va de même en Allemagne où se manifestent de pair une reprise industrielle et un durcissement de la revendication salariale. Les perspectives globales pour 1973 sont donc, pour les principaux partenaires industriels et commerciaux du capitalisme français, à une reprise de la production s'accompagnant de la poursuite d'un rythme d'inflation comparable à celui de 1970-1971 (5,5/6 % environ). Si l'on excepte la Grande-Bretagne, assiégée par les problèmes de dégradation de la balance commerciale, aucun des grands pays impérialistes ne semble contraint à une politique de stabilisation rigoureuse : l'Allemagne dispose d'un confortable avantage commercial et ses problémes politiques ne lui permettent guère un blocage salarial. Pour les Etats-Unis, la très vive inflation des pays européens et l'avantage monétaire créé par le nouvelle dévaluation du dollar font qu'ils peuvent accepter sans grands risques commerciaux une forte inilation pourvu que le rapport des prix à l'exportation entre Europe et Etats-Unis reste favorable. Enfin, la plupart des capitalismes avancés seront tentés de permettre la répercussion dans les prix à la fois des effets de la revendication salariale et des hausses des prix de matières premières imposées par les pays dominés (pétrole, mais aussi métaux et textiles), qui s'annonce déjà très forte. Ce n'est donc pas par hasard si le dispositif anti-inflationniste récemment mis en place dans le Marché Commun est dérisoire : aucun Etat européen n'entend se lier les mains dans la période actuelle où le recours à l'inflation pratiqué par chacun permet de surmonter à court terme nombre de contradictions internes. Dans une telle conjoncture, le capitalisme français ne subira, de la part des autres pays impérialistes, aucune contrainte directe (politique ou commerciale) tendant.à
Men est le capitalliam DG francalle limiter son inflation et il devrait, en revanche, continuer à bénéficier à l'exportation de la vive croissance des courants d'échanges liés à la reprise mondiale. Le seul: élément qui pourrait entraver un tel processus serait, en fait, un durcissement marqué de la concurrence inter-impérialiste pour le contrôle des divers marchés mondiaux. Une telle situation n'est pas à exclure dans la mesure où la « nouvelle politique économique » de Nixon a permis un rétablisse. ment précaire de l'équilibre économique interne des Etats-Unis, mais n'a en rien amélioré le déséquilibre de leur balance des paiements, structurellement lié à leur situation d'économie dominante (exportation de capitaux) et aggravé depuis plusieurs années par la concurrence commerciale directe des économies européennes et japonaise. En 1972, le déficit commercial des Etats-Unis a atteint 6 milliards de dollars et cela malgré l'avantage de la dévaluation et la mise en place d'un dispositif protectionniste. On ne peut donc exclure que Nixon, réélu et devant faire face aux problèmes de reconversion de l'économie de guerre, détende plus vigoureusement encore les intérêts commerciaux du capital national américain. C'est bien une nouvelle guerre des débouchés - sur les marchés des pays industriels comme sur ceux des pays dominés - qu'annonce la seconde dévaluation du dollar. Après avoir marqué un premier point en obtenant du Japon et des pays européens qu'ils acceptent de limiter leur expansion commerciale pour contribuer au soutien du dollar, les Etats-Unis se préparaient à une offensive plus large : resserrement du dispositif protectionniste du marché intérieur américain, renégociation globale du statut douanier établi entre le Marché Communet les EtatsUnis (Nixon round). A terme, une telle politique pourrait avoir pour effet une contradiction du rythme d'expansion des échanges internationaux, ou plutôt une restriction de la part de ceux-ci qui alimentent les exportations allemandes, japonaises ou françaises. Un effet dépressif sur les économies internes de ces pays pourrait en résulter. Mais pour l'ensemble, dans les conditions politiques actuelles, une telle perspective ne semble guère pouvoir être ouverte à court terme. La pression américaine ne peut s'exercer qu'avec une certaine prudence, chaque pays (et le bloc européen) entendant doser subtilement la défense des intérêts propres de sa production nationale et les exigences de la solidarité panimpérialiste. En tout état de cause, sauf hypothèse d'une nouvelle crise ouverte du système monétaire, ce n'est certainement pas avant 74 que pourra sonner pour les pays européens la fin des « vaches grasses » et l'obligation d'une politique rigoureuse de stabilisation. C) La politique Giscard... et ses lendemains C'est au regard de cet environnement général qu'il faut apprécier la probabilité de ce que l'Etat français recoure à une politique de stabilisation sévère en 1973. Il est vrai qu'au lendemain des élections, nombre de facteurs pourraient l'y inciter : les formes prises par l'inflation et son accélération récente représentent, en effet, un danger à terme pour le capitalisme français. Compte tenu de l'impossibilité sociale de maîtriser les salaires par la procédure contractuelle, la hausse des prix ne permet pas de résoudre durablement les problèmes de l'accumulation. De plus, le grand capital est de plus en plus dépendant de l'économie d'exportation : sa reproduction élargie peut donc se trouver directement menacée par la poursuite de l'inflation dès que l'avantage de la dévaluation se trouvera épuisé ou dés que se manifestera un retournement de la conjoncture mondiale. Par ailleurs, la perpétuation, voire l'accélération de l'inflation ne limite pas ses effets sociaux et idéologiques à une accentuation de la revendicativité ouvrière au sens strict. C'est également toute une partie des couches moyennes traditionnelles qu'elle menace dans leurs intérêts économiques immédiats (pensionnés, fonctionnaires, porteurs de « valeurs à revenu fixe » type obligations et emprunts publics)... Tout cela explique qu'au niveau du pouvoir d'Etat la préoccupation puisse exister de freiner le processus inflationniste, même si dans l'immédiat le pouvoir se trouve dans l'impossibilité politique et sociale d'en maitriser les mécanismes. A cet égards, le « plan anti-hausse » annoncé à grand renfort de publicité en décembre dernier ne doit pas faire illusion. A la fois tardif et précipité, il ne tend qu'à boucher les brèches principales à la veille des élections. Sans aucun effet sur les ressorts profonds de l'inflation, il ne représente pas même, du point de vue du capital, une parade durable contre les contradictions présentes de l'accumulation : a) Les mesures fiscales de ce « plan antiinflationniste » (baisse générale des taux de TVA, dégrèvements sur la viande et divers produits de consommation courante) représentent son aspect le plus spectaculaire et le plus ouvertement pré-électoral. De fait, il a conduit, dans les premiers mois de l'année, à des « effets d'étiquette » et à une stabilisation relative de certains prix ; on remarquera cependant que : - si les baisses fiscales peuvent affecter directement le niveau des prix, elles n'affectent ni les mécanismes de leur formation ni donc leur rythme d'évolution : celui-ci sera ralenti sur quelques mois ; sur l'ensemble de l'année, dans la meilleure des hypothèses, la croissance moyenne des prix restera supérieure à 6 %. - Les dégrèvements fiscaux n'étant assortis d'aucun contrôle direct des prix, rien ne pouvait assurer que leur répercussion dans les prix de détail soit effective : de ce point de vue, les 8 milliards de baisse de la TVA ont été pour une part importante purement et simplement « encaissés » par les producteurs et les distributeurs. Pour cette partie, le dégrèvement fiscal peut être directement assimilé à une subvention, venant grossir les ressources de l'accumulation du capital (et consolider l'assise sociale du régime au sein des couches moyennes). b) Le dispositif monétaire ne comporte pas plus d'effets véritablement « anti-inflationnistes ». En effet, l'encadrement quantitatif du crédit répond au souci de prémunir à court terme le développement capitaliste contre les déséquilibres qui le menacent, en tentant notamment : - d'éviter une « surchauffe » de l'économie, c'est à dire une expansion trop rapide de la demande (plus précisément de la consommation privée) à laquelle l'appareil productif ne pourrait faire face ; - de rétablir, au niveau de l'utilisation des revenus (faute de pouvoir l'imposer dés leur distribution initiale) un partage du produit social plus conforme aux besoins de financement de l'accumulation productive. Ces deux objectifs expliquent la logique des mesures retenues. Il s'agit de favoriser l'épargne des ménages afin de tenter de réinvestir globalement une partie des salaires distribués (« excédentaire » du point de vue des impératifs de la reproduction élargie du capital) pour la faire servir au financement des dépenses de l'accumulation (c'est le sens du relèvement de la rémunération de l'épargne) ou des frais généraux de reproduction sociale (emprunt d'Etat). De même, le mécanisme de contrôle du crédit, trop peu contraignant et de trop courte durée pour aboutir à une contraction des projets d'investissement des entreprises (qui ont d'ailleurs une trésorerie très à l'aise au début de 1973 et bénéficieront dans le même temps des effets favorables des dégrèvements fiscaux), devrait principalement affecter les prêts personnels et les crédits aux particuliers. Ceci correspond donc également à une réorientation vers l'accumulation de l'utilisation globale des disponibilités financières. On remarquera qu'un tel dispositif tend bien à corriger certaines des difficultés et des disproportions apparues dans la période récente et qui menacent l'équilibre de reproduction élargie du capital. Au moins dans l'immédiat, il permet de faciliter le financement de l'accumulation en accroissant les ressources propres des entreprises (cf. la TVA) comme celles auxquelles elles peuvent recourir sur le marché financier. L'ensemble de ces mesures va donc contribuer à détendre quelque peu à la fois les problèmes de financement et de rentabilité du capital en jouant sur les différents flux de redistribution (fiscale ou financière) des revenus. Mais, du point de vue des intérêts plus généraux du capital, il est clair que les contradictions de l'accumulation ne peuvent être durablement résolues par de tels expédients. Ce qui reste centralement en cause, pour le capital, c'est son aptitude à faire prévaloir un déplacement substantiel en sa faveur du partage profit-salaire. Les conditions politiques et sociales générales de la lutte économique de classes ne lui permettent pas aujourd'hui d'aller audelà des déclarations d'intentions. Ainsi, Giscard pose comme norme souhaitable, sans l'assortir d'aucune mesure contraignante, une croissance du pouvoir d'achat de 2 % par an, alors qu'elle avoisine 5 % par an depuis 4 ans... Pour le patronat, l'impuissance politique actuelle du pouvoir à gager un tel vœu par une procédure institutionnelle et idéologique efficace marque clairement la limite de la politique récente. Cela explique dans l'immédiat, qu'en contre-partie il ait pu imposer quaucune entrave directe ne se trouve posée à la hausse des prix industriels. Cela signifie aussi que, même si le financement des entreprises peut se trouver facilité par la politique actuelle, le recours à l'inflation comme composante essentielle de la stratégie de profit, n'a aucune raison d'être ralenti dans les mois qui viennent. Cela signifie, enfin et surtout, que l'exigence d'une stabilisation salariale vigoureuse reste pour la bourgeoisie plus que jamais à l'ordre du jour au sortir des Bections. élections. 16
Une telle entreprise présente cependant de réelles difficultés pour le bloc au pouvoir. Outre les échecs successifs de l'« économie concertée » (politique des revenus, puis politique contractuelle), la reprise de la hausse des prix, après les premiers effets dûs à la baisse de la TVA, rend peu probable le fait quele régime puisse associer le mouvement syndical aux objectifs de la stabilisation. Ce n'est donc que la voie du blocage qui reste ouverte. Or, dans les conditions présentes des luttes syndicales, un blocage des salaires semble politiquement inséparable d'un dispositif de contrôle des prix industriels, autrement plus contraignant que les pseudo-contrats anti-hausse pratiqués jusqu'ici. On voit mal comment le pouvoir pourrait s'engager dans une telle politique alors même que les industriels mettent au premier chef de leurs préoccupations la défense immédiate de leur capacité d'investissement. C'est pourquoi une nouvelle tentative pour imposer une police des salaires devrait sans doute s'assortir d'une vigoureuse démagogie anti-inflationniste fondée sur un dispositif très modéré de contrôle des prix et de substancielles aides à l'investissement (type « déductions fiscales pour investissements » de 1966 et 1968). Ainsi, à part quelques retombées inévitables des promesses de Provins, la stratégie du patronat et de l'Etat devrait dans ses grandes lignes rester inchangée : répercuter au maximum les hausses salariales dans les prix industriels en tentant tant bien que mal de rester dans les normes d'inflation qu'autorise la concurrence interimpérialiste ; subordonner l'ensemble de la gestion économique publique aux impératifs de l'accumulation productive. Mais au seuil d'une période où la concurrence internationale devrait progressivement resserrer les contraintes proprement économiques qui pèsent sur un tel projet, l'effondrement désormais consommé de la mystification idéologique gaullienne laisse en outre celui-ci apparaitre pour ce qu'il est : la défense la plus étriquée de l'ordre du capitalcapital.
Veuve de Bonaparte, la bourgeoisie française n'aura trouvé pour second parti qu'un Joseph Prud'homme, capable de gérer consciencieusement sa dot mais bien imprudent de croire éblouir autre que lui-même avec ce qu'il reste de pétards mouillés de la noce électorale. Trop vite rassurée par la prospérité consécutive à la crise de mai, la classe dominante ne devrait pas tarder à se rendre compte qu'il lui reste encore à en payer tout le prix. Jamais, depuis longtemps, elle n'a été aussi dépourvue des moyens économiques et idéologiques de détourner les travailleurs des chemins de la lutte de classes.