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La revue › nouvelle série n° 7-8

Le nouveau SPD au sommet de sa puissance

A. Achterberg · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 7-8 · mai-août 1973 · p. 54-60 · 4 361 mots

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Le 15éme Congrès du Parti SocialDémocrate d'Allemagne (SPD) s'est tenu à Hanovre du 10 au 14 avril 1973 sur le théme : « Pour l'édification de la démocratie sociale en Allemagne ». Il eût été plus juste de dire : « Nous n'allons rien bousculer ». Ni le programme électoral, ni la politique gouvernementale, ni surtout le programme de Bad-Godesberg de 1959. Aprés Godesberg, le SPD, caractérisé d'une part par un programme social-libéral bourgeois et par une politique capitaliste « moderne », et par une fidélité massive de la classe ouvrière d'autre part, a atteint l'apogée de cette formule, mais ce sommet est en même temps une phase critique.

Il a obtenu aux élections de novembre 1972 au Bundestag le plus grand succès électoral de son histoire, devenant pour la première fois le plus fort des partis au Parlement de la République Fédérale ; il compte aujourd'hui plus de membres qu'il en a jamais eu, presque un million ; il constitue la majorité du gouvernement fédéral, qu'il domine. Lors de l'épisode Barzel (échec du vote de défiance du CDU en avril) et contre la « lutte des classes au sommet » menée par de puissants groupes nationaux utilisant à plein leurs finances, il a entraîné politiquement à sa suite une forte majorité de la classe ouvrière, avec un parfait ensemble. Il est au zénith de son influence : il a fait le plein des voix d'électeurs bourgeois qu'il pouvait obtenir

;et en même temps, il a affirmé son hégémonie sur la classe ouvrière. Mais c'est en même temps une phase critique : ces deux axes de sa « double stratégie » à la direction du gouvernement commencent à se disjoindre. Les premiers jours du congrés ont été assombris par les grèves d'avertissement dans l'imprimerie, qui ont empêché la parution de 80 % des journaux, de telle sorte qu'on manque dans une large mesure de comptes-rendus du congrés.

Il y a encore six mois, il aurait été impensable qu'un syndicat d'industrie et un secteur de la classe ouvrière fassent cela à « leur » SPD. Les paroles et les actes du gouvernement Brandt après le succès électoral ont amené un désenchantement des travailleurs; la déclaration gouvernementale de Brandt a été interprétée par eux comme une « déclaration de guerre » à la classe ouvrière. Les grèves de février, surtout chez Hasch et Mannesmann, ont montré que les travailleurs ne sont plus prêts à suivre les illusions réformistes pour l'amour de la « politique de pause » des dirigeants social-démocrates de leurs syndicats. De l'autre côté, pendant le congrès, près de 10 000 catholiques ont manifesté à Hanovre contre la « solution dilatoire » envisagée par le SPD (liberté générale de l'avortement jusqu'au 3éme mois de grossesse), réformant le paragraphe 218 (interdiction compléte de l'avortement), et les représentants du catholicisme, docilement courtisés par le SPD depuis 15 ans, déclarent que les catholiques « ne peuvent pas voter » pour le SPD.

Cette tendance à la dissociation de ce conglomérat que constitue I'« électorat SPD » est un processus objectif : comme le disait le ministre Ehrike au cours du congrés, les problèmes croissent plus vite que la capacité du SPD de les résoudre. Avec l'aggravation des difficultés d'exploitation du capital ouest-allemand, le caractère fondamental de l'époque du capitalisme déclinant s'exprime concrétement par l'impossibilité de nouvelles réformes qualitatives sur la base de la domination capitaliste. La survivance d'illusions réformistes donne au SPD un certain délai de grâce, mais, fondamentalement, le succès de la formule de Godesberg était lié à l'époque favorable résultant de la position spécifique du capital ouest-allemand dans la période suivant la deuxième guerre mondiale.

Que l'hégémonie du SPD sur la classe ouvrière soit au seuil d'une crise, c'est ce qu'indiquent aussi les données statistiques sur le parti, communiquées par Willy Brandt dans son rapport au congrès : il y a 10 ans, le parti comptait environ 650 000 membres, dont 55 % d'ouvriers. ! ne reste plus dans le parti, aujourd'hui, que la moitié de ces membres: les autres l'ont quitté, en ont été expulsés, ou sont morts. Mais parmi les 600 000 nouveaux membres, sur un million aujourd'hui, il n'y a plus que 28 % d'ouvriers (Brandt ayant naturellement compté comme tels les membres de la bureaucratie ouvrière et les ouvriers « promus » à des fonctions publiques et sociales). Brandt : « D'un simple point de vue statistique déjà, il ne saurait être question d'un parti de classe ».

Le SPD, en tant que parti politiquement bourgepis, ne peut plus exercer directement son contrôle sur la classe ouvrière. Il a besoin à cette fin de la bureaucratie syndicale social-démocrate comme courroie de transmission. Brandt l'exprime dans son discours par cette formule pertinente : « Le SPD et le mouvement syndical ne peuvent pas marcher du même pas, mais ils sont réduits à compter l'un sur l'autre ». Si à « syndicats », on ajoute « bureaucratie », les faits sont ainsi correctement esquisses. Et le président du DGB H.O. Vetter se plaint amerement, dans son salut au congrés : « Dans les dernières discussions tarifaires, les syndicats ont fait preuve d'une extrême modération. Mais les prix ont quand même monté ». En d'autres termes, peu à peu, la bureaucratie ne peut plus imposer à la base la politique socialdémocrate, si elle ne veut pas perdre son propre contrôle sur elle.

Le ministre des finances, Helmut Schmidt, président du parti, pourrait bien s'être fait une vague idée de tout cela quand il dit dans son rapport introductif : « Si le SPD cesse d'être l'aile laborieuse de notre société, il court le danger de s'effondrer au niveau d'une secte insignifiante ».

Le SPD est en même temps confronté à une crise de direction à moyen terme. Les garants des succès remportés dans la foulée de Bad-Godesberg sont des hommes qui viennent du mouvement ouvrier socialiste et même, la plupart du temps, de son aile gauche (Brandt vient du SAP, Wehner du KPD) et partaient de l'idée de transformer le SPD en parti à programme bourgeois sans perdre l'hégémonie sur la classe ouvrière. Les nouveaux dirigeants, au contraire sont : a) soit des technocrates pragmatiques de la génération

« sceptique » d'après-guerre, marqués par le fascisme et la restauration capitaliste, et qui constituent l'épine dorsale de la droite du l'évolution de la so- cial-dém- parti ; b) soit des réformistes bourgeois qui viennent du libéralisme ou du christianisme, qui sont « progressistes » selon une problématique interne à la société bourgeoise, mais sans aucuns rapports avec le mouvement ouvrier ou la classe ouvrière, ils sont comparables aux démocrates « de gauche » aux USA ; c) soit des produits de la bureaucratie syndicale, mais qui sont issus d'une classe ouvrière dans laquelle la continuité du mouvement ouvrier socialiste a été brisée par le fascisme, la guerre mondiale et la période de guerre froide, et qui - sans orientation politique - siegent souvent à l'extrême droite du SPD comme le ministre de la Défense Georg Leber, ancien dirigeant du syndicat du bâtiment; ne vos doutes d) enfin, la « jeune gauche » académique, dominante chez les Jeunes Socialistes, qui est un dérivé plus ou moins dégradé de la radicalisation de la jeunesse, qui n'a ni liaisons ni prestige dans la classe ouvrière, qui pour les électeurs bourgeois est purement et simplement un épouvantail et dont l'action aggrave la crise interne de la socialdémocratie, mais est incapable de constituer une politique alternative, ou même une direction de rechange.

Cette dispersion de la direction a eu pour résultat - surprenant pour la presse bourgeoise - la décision, pour remplacer Wehner, démissionnaire, au poste de deuxième président du parti, d'élire Heinz Kühn, qui a presque le même âge, qui a suivi à gauche, dès avant 1933, le même itinéraire que Brandt et Wehner. L'actuelle tête du parti cherche autant que possible à maintenir sa continuité (1).

Un congrès entre l'incertitude et l'autosatisfaction Dès le deuxième jour, après le discours de Brandt, on aurait pu répondre en faveur de la deuxième hypothèse à la question du ministre Ehmke demandant au début du congrés si l'on jouait là Le crépuscule des dieux de Wagner ou Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare. Nationalement et internationalement, on attendait beaucoup de ce congrès : plus de 1 300 journalistes étaient présents, les tribunes du corps diplomatique étaient combles. La presse réactionnaire (trust Springer) avait tellement crié au « danger d'une poussée de la gauche », tellement mis en avant la controverse avec les Jeunes Socialistes, le CDU avait fait un usage tellement massif de l'épouvantail d'une « socialisation de l'Allemagne » par le SPD, que le congrès fut suivi avec tension et excitation. Toutes ces spéculations crevèrent comme des bulles de savon - ce qu'elles étaient. L'analyse du à laquelle les marxistesSPD révolutionnaires que nous sommes se sont tenus même lors des élections au Bundestag a été pleinement confirmée.

La tactique suivie au congrès par la direction correspondait à un schéma simple : Nous voulons continuer à gouverner, c'est pourquoi nous n'ébranlerons pas l'alliance avec le FDP (Schmidt: « Cette alliance avec les libéraux, il y a déjà 100 ans que le SPD aurait dû la contracter »), c'est pourquoi nous ne toucherons pas au programme électoral, pour « ne pas trahir la parole à l'électeur » (au congrès pré donnée électoral, on avait dit que le programme électoral devait être assez opportuniste pour gagner des voix ; on ferait passer par derrière le « vrai » programme SPD) ; c'est pourquoi nous ne modifierons pas la politique gouvernementale du Cabinet BrandtScheel, qui fait la meilleure politique « faisable » : c'est pourquoi nous nous en politique « constitenons tutionnelle », et c'est pourquoi nous continuerons à agir contre le « danger de la gauche » (occupation d'immeubles à Francfort, action contre la visite de Thieu à Bonn, ordonnance ministérielle contre l'emploi d'« extrémistes » dans les services publics, etc.) (2) : la « gauche du parti » est d'une part superficiellement sermonée, d'autre part magnaniment louée pour sa «bonne conduite » au congrès. Brandt imposa sans peine cette ligne avec son « rapport introductif » sur lequel se fit l'unité de tous les groupes du parti. Brandt : « En tant que chancelier, je ne peux accomplir la volonté du SPD, je suis le chancelier de tous les citoyens du pays... Je me sens responsable devant les hommes de ce pays, et non devant quelque force sociale que ce soit... Nous avons besoin à l'intérieur du parti de résolution et de confiance », etc. Brandt a caractérisé comme « nouveau centre » la substance du gouvernement de coalition socialistes-libéraux. « Oui ne tient pas le centre ne peut gouver

SPD ner en République Fédérale ». L'objection d'un délégué : « La coalition avec le FDP est nécessaire, mais seulement si elle fait le nécessaire », fut engloutie par le pathos de la direction.

Pendant tout le congrès, le SPD se tapait sans relâche sur l'épaule et s'assurait qu'il allait bien.

Si cette tactique a si bien réussi, cela tient aussi à la structure de ces congrès socialdémocrates. Le fossé entre la tête du parti, qui fait de la « grande politique », voire maintenant de la politique mondiale, et la politique de boutique des propositions faites par des milliers de sections locales est simplement trop grand. Les délégués

Le commencement de la fin d La « gauche du parti » a dû être la grande déception de la presse bourgeoise : la droite attaque, la gauche bat clopin-clopant en retraite. Dés l'ouverture des débats, après le discours de Brandt, trois éminents représentants de la « gauche » (Steffen, Voigt, Roth) s'inscrivent pour faire acte d'allégeance à cette « figure du père » qu'est Brandt. Ce n'était pas ce qu'on pensait, les divergences n'étaient souvent que des malentendus, la gauche n'avait jamais défendu les positions incriminées. Elle se borne à évoquer le mécontentement des travailleurs, à décrire avec embarras la misére sociale en République Fédérale et à fournir des données technologiques. Elle accepte le pragmatisme comme principe directeur du doivent examiner en quatre jours les grands traits de la politique du SPD, les projets volumineux de la présidence du parti, et plusieurs milliers de propositions isolées émanant de la base. Il en résulte au congrès une démocratie verbale profondément antidémocratique où chacun peut dire ce qu'il veut, y compris sur la culture des betteraves sucrières ou sur son dernier livre de chevet, jusqu'à ce que le congrès capitule, exténué par la masse des problèmes et que, dans le désert des anecdotes, s'impose finalement le fil d'Ariane de la stratégie de la direction, qui ne perd jamais de vue son but essentiel, avoir en mains, à la fin, pleins pouvoirs et chèques en blanc.

e la « nouvelle gauche du parti »

SPD. Un membre de la « gauche », Rudi Arndt, déclare : « Godesberg a fermé la boutique d'antiquités, il n'y a pas de raison de la rouvrir ». Et le professeur Peter Von Oertzen, membre de la gauche du parti, considéré comme un « marxiste », renvoie au XIXème siécle la socialisation des moyens de production, se reconnaît dans le programme de Godesberg, et ne veut plus que l'on se demande aujourd'hui pourquoi, il y a 14 ans, il avait voté contre ce même programme. La « gauche » reçoit en échange quelques louanges qui ne coûtent rien : les « discussions théoriques » de la gauche sont utiles, le SPD d'après-guerre souffrant de « faiblesse théorique », mais | l'activité quotidienne du parti ne doit pas être gênée par ces discussions ; la pratique de l'analyse marxiste est licite dans le SPD, mais elle ne doit pas servir de base à sa politique, car elle n'est pas adaptée « à la réalité de notre époque », etc.

Il y eut beaucoup de candidats de la gauche pour les 36 postes de la présidence du parti, quelques-uns furent élus, qui avaient manifesté le plus largement leur bienveillance pour la « ligne du parti » (3). Ce qui se produit avec la « nouvelle gauche du parti » est une vieille histoire, qui s'est déjà produite une demi-douzaine de fois dans le SPD depuis la guerre : elle fait nau. frage en se heurtant au caractère objectif de parti capitaliste du SPD. Si elle veut rester dans le SPD, elle doit se placer sur le terrain du parti, qui est capitaliste et, de ce fait, n'offre pas d'alternative réelle à l'époque du capitalisme déclinant. Si elle développe une alternative réelle, elle sort nécessairement du cadre de ce parti. De telles « vagues de gauche » dans le SPD finissent constamment de ce fair par la scission d'une petite partie du parti (processus qui pourrait avoir commencé par le passage au DKP de de ce fait par la scission d'une petite partie du parti processus qui pourrait avoir commencé par le passage au DKP de 31 Jeunes Socialistes de Francfort); par l'intégration des plus éminents porte paroles de la gauche à la tête du parti, dont - grâce à leur flexibilité - ils atteignent souvent les sommets (c'est ainsi que Wehner, qui fustige le cours « parti populaire » a d'abord été le dirigeant de la première « gauche » de l'après-guerre), pro- cessus qui a sans aucun doute commencé avec cette élection de la direction du parti, avec l'intégration de la « masse » des adhérents de la gauche la routine du parti - jusqu'à ce qu'une nouvelle gauche soit de mode. Le caractère contradictoire du SPD comme parti bourgeois à base ouvrière conduit par de masse une nécessi•té objective à cette constitution périodique d'ailes gauches, et, tout aussi objectivement, à leur naufrage toujours renouvelé. Pour le SPD dans son ensemble, cela a l'avantage que, dans des situations critiques d'agitation sociale, il dispose d'un flancgarde de gauche qui le protège, qui élargit son potentiel d'intégration, et qui rend possible le contrôle et l'étouffement de mouvements de masse naissants.

Des réformes, oui, mais pas trop chères SVP Le parti avait trois grandes thèmes difficiles à l'ordre du jour : le plus important, c'était le programme à long terme - la « gauche » a collaboré au projet, mais le résultat doit

Immeuble «historique»

Où naquit K. Marx à

Trier (Allemagne fédérale)

le 5 mai 1818. nécessairement la démoraliser : le programme à long terme est une reconduction jusqu'en 1985 de l'actuel système capitaliste et de la politique économique et sociale « capitaliste réformiste » actuelle. En avalisant cela, la « gauche » a indirectement ajourne pour 12 ans ses « réformes de structures anticapitalistes ». La fonction de cette politique de réformes du SPD a été correctement définie par le secrétaire d'Etat Ehrenberg : sans réformes internes, il n'y a pas, à long terme, de croissance économique possible. Les conclusions du « rapport de Rome » sur les conséquences d'une croissance économique effrénée ne pourraient être appliquées en République Fédérale, parce qu'elles coûteraient trés cher. On ne devrait pas freiner ou infléchir trop fortement la croissance économique car, dit Helmut Schmidt: « l'homme est maintenant, dans une large mesure, un animal dressé », qui a certains désirs et certaines habitudes de consommation. Le point le plus important du programme à long terme est sa claire approbation d'un contrôle des investissements. Sur le moment, cela fera crier les capitalistes, mais il s'avérera rapidement qu'il s'agit seulement là de ce que Marx avait reconnu depuis longtemps, à savoir que l'Etat doit réaliser les intérêts d'ensemble du capitalisme contre les intérêts bornés des capitalistes individuels. Le probléme des sociétés multinationales fut reconnu. La crise monétaire ne jouant pas là le dernier rôle. Solution proposée par le SPD ? « On doit mettre les sociétés multinationales au service du progrés » (Brandt).

difficile pour le SPD de Il sera en tout cas s'en sortir, avec la classe ouvrière, grâce à ce programme à long terme. Sous la pression des usines, le dirigeant du DGB Vetter avertissait déjà dans son salut : « Le SPD ne doit pas jouer la " qualité de la vie » contre la quantité des biens de consommation ».

La seconde difficulté, c'était le droit foncier, un thème déjà, que le SPD était amené à traiter sous la seule pression des problèmes (crises des villes) et d'un début de mouvement de groupes de quartiers, avec grèves des loyers et occupations d'immeubles. On eut recours à un plan distinguant propriété du sol (qui doit autant que possible être municipale) et propriété de l'utilisation (l'utilisation du sol productrice de profit par construction, etc. doit rester aux mains des capitalistes privés). Un point particulièrement piquant : à l'avenir, la valeur du sol ne doit plus être établie par les autorités d'après un barème, mais par l'estimation de chaque propriétaire de terrain. Un délégué indiqua avec raison, mais en vain, que cela transformait en spéculateurs fonciers des millions de petits propriétaires de maisons, qui joueraient sur l'augmentation de valeur de leur terrain (car les terrains ne s'aggrandissent pas, mais la population, si), entraînant ainsi une augmentation du prix des terrains et de la spéculation foncière au lieu d'y mettre fin. Le troisième thème était celui de l'« intéressement ». Sur ce point, on tomba d'accord, comme on pouvait le prévoir, sur la conception, comme depuis longtemps au SPD, de la participation « calme » des travailleurs aux revenus de la production par des fonds dont les capitaux restent à la disposition de l'entreprise ou des pouvoirs publics. Cette conception tend à faire de millions de travailleurs de petits capitalistes, qui n'ont pas le moindre pouvoir de décision pour autant, et ne voient jamais directement la couleur de leur « capital », mais qui - espère-t-on - se comporteront à l'avenir dans les luttes de classes, comme il convient à des « propriétaires de capitaux ». Nous sommes convaincus qu'une telle conception n'a jamais eu dans la pratique une grande importance (4).

Politique extérieure Les débats de politique extérieure furent marqués par une reconnaissance véhémente par la direction du parti de l'alliance atlantique et du « parténaire » américain, « alpha et oméga de toute politique allemande » (Brandt). Et ce fut presque le seul point sur lequel la direction se montra enragée : toute critique à l'OTAN, toute attaque de l'augmentation du budget de l'armement, toute mise en cause du silence de Brandt sur le Vietnam et sur la visite de Thieu fut réguliérement matraquée.

La non-participation de Brandt à la réunion de l'Internationale Socialiste à Paris fut justifiée par la « politique illusoire de Front Populaire du PS français ». La solidarité avec le Chili fut limitée explicitement, et aprés passage aux voix, au Partido Radical, avec l'argument hypocrite qu'il était le seul à appartenir à la Ilème Internationale (comme si cela indiquait autre chose que l'insignifiance de ce cadavre en Amérique Latine).

Quant à la Palestine, tout ce qu'on trouva à dire, c'est que rien ne pouvait remettre en question le droit à l'existence de l'Etat d'Israël, pas un mot n'étant dit pour condamner la tuerie de Beyrouth qui venait d'êtreperpétrée par les israéliens.

Libération des femmes Que le SPD se soit prononcé dans sa majorité pour une solution dilatoire à la question de l'avortement, et pour l'abrogation du paragraphe 218, c'est un progrès. Les raisons en sont que : a) 80 % des femmes sont pour l'abrogation du paragraphe sur l'avortement, et pour la légalisation de l'avortement dans les trois premiers mois, et les femmes représenteut pour le SPD un potentiel de voix de plus en plus important ; b) pour ses conceptions, le SPD a un besoin pressant de réformes qui ne coûtent rien ou peu ; c) le mouvement des femmes contre l'interdiction le l'avortement est certes terriblement faible en Allemagne, et se développe à peine, mais il a son bastion parmi les femmes social-démocrates, qui ont sur ce point une longue tradition remontant à August Bebel et Clara Zetkin. L'Eglise catholique a impulsé contre cela une mobilisation « pour le droit à la vie » à l'échelle nationale, convergeant sur Hanovre. Il vint environ 10 000 personnes, principalement des régions rurales. Quelques groupes et des femmes socialistes et démo- appelérent à crates une contremanifestation à laquelle répondirent, malgré une préparation lamentable, 500 participants (le congrès du SPD n'en pris naturellement pas note).

Cette action fut un succès : la police ayant interdit une manifestation particulière, les 500 manifestants se placérent avec leurs mots d'ordre à la tête du cortège catholique, lui enlevant ainsi tout l'effet propagandiste. Quant la police « dispersa », à l'appel des catholiques, le groupe des contre-manifestants, ceux-ci se rangèrent à droite et à gauche du cortège, l'accompagnant dans sa marche, de telle sorte que la manif catholique était comme prise en sandwich et que, de l'extérieur, on ne voyait presque que les banderoles et les pancartes des contre-manifestants. La manifestation réactionnaire fut complètement ridiculisée auprès de la population par ce comportement des contre-manifestants et par leurs slogans moqueurs comme « c'est les catholiques, qui n'baisent qu'une fois par an » et « un gosse tous les ans, un gosse tous les ans, jusqu'à ce qu'il y en ait cent » (5).

13/4/1973

A. Achterberg (1) Pour comprendre les actuelles tendances centrifuges dans le SPD, il faut savoir que le gonflement de ses effectifs s'est produit en deux grands blocs : après Godesberg, en 1958-59, la gauche bourgeoise sceptique et pragmatique qui confrontée à la tendance au bipartisme (cette tendance était alors plus forte qu'aujourd,hui le FDP étant stabilisé), ne trouvait plus d'alternative bourgeoise au CDU réactionnaire, entra dans le parti, et après la radicalisation de la jeunesse, en 1968-69, les jeunes, essentiellement intellectuels, qui, après l'échec des attaques de l'opposition extra-parlementaire contre la société, abandonnèrent leur rigorisme moral et se décidèrent, avec le SPD, pour la « réalpolitik ».

(2) Contrastant avec les proclamations des grandes gueules de la « gauche du parti » un seul délégué, qui n'appartient pas du tout à cette gauche, à mentionné l'expulsion d'Ernest Mandel. Wehner répondit sur ce point, en même temps que sur l'interdiction d'entrée en RFA des représentants du FNL Vietnamien, en déclarant qu'il était contre toutes les interdictions d'entrée « globales ».

(3) Apparemment, la « gauche » s'est bien tirée des votes ; elle dispose de 6 représentants sur les 36 que compte le comité directeur : Rudi Arndt (bourgmestre principal de Francfort), Peter von Oertzen (ministre des cultes de Basse-Saxe), Hony Ristock (Berlin), Wolfgang Roth (Président fédéral des Jeunes Socialistes), Jochen Steffen (Président du Schleswig-Holstein), Werner Vitt (Président de I'I.G.-Chimie), la plupart élus seulement au deuxième tour. Mais ce « succès » ne saurait être considéré indépendament des conditions de capitulation politique dans lesquelles il a été obtenu. A cette fin, quelques « vétérans » (Carlo Schmid, Kathe Strobel) et deux représentants trop encroûtés de la droite (la présidente du Bundestag, Annemarie Renger et le ministre de l'intérieur Egon Fronke) ne furent pas réélus, parce qu'ils gênaient les projets d'intégration de la « gauche » conçus par la direction. Comme président, Brandt obtient 404 voix sur 428, ses suppléants Helmut Schmidt (286) et Heinz Kühn beaucoup moins. Comme la « gauche » n'avait pas opposé de contre-candidats, ce fut un vote d'approbation apolitique. Ceci se manifeste également par l'élection du trésorier du parti, Alfred Nau. Au premier tour, avec 216 voix, il n'obtient pas la majorité nécessaire. Au deuxième tour, après que Brandt s'est engagé en sa faveur, il obtient 286 voix des mêmes délégués.

(4) Ce fut un des rares points sur lesquels la «gauche» se battit réellement - même si ce fut en vain. La raison doit en être que la puissante IG-Metall s'est elle aussi prononcée contre cette idée d'intéressement. La gauche obtint par ailleurs quelques petits succès : pour l'institution d'agences publiques de location immobilière, éliminant les courtiers ; pour la reprise des subventions de l'Etat à l'Union des Etudiants Allemands (VDS), à direction social-démocrate de gauche/communiste ; pour l'amélioration du statut des objecteurs ; pour une remise en cause du statut des fonctionnaires, réactionnaire et remontant à l'époque impériale.

(5) Adaptation par le traducteur de ce dernier slogan (NDT).

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