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La revue › nouvelle série n° 7-8

L'évolution de la social-démocratie en Europe

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 7-8 · mai-août 1973 · p. 60-60 · 3 239 mots

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Le texte suivant a été élaboré pour servir de base de discussion à la réunion des délégations des Bureaux Politiques des sections et organisations sympathisantes européennes de la /Vême Internationale, qui se sont réunies en mars 1973 à Bruxelles. Il a été complété tenant compte des résultats principaux de cette réunion.

1. Une étude de la social-démocratie européenne d'aujourd'hui doit être génétique, c'est-à-dire se fonder sur la méthode historique. On ne peut comprendre ce phénomène social de manière descriptive, purement statique, à un moment donné de l'évolution. Il faut au contraire partir de ses origines, et examiner les transformations subies, la direction dans laquelle elles peuvent se poursuivre, les freins à cette évolution, le contexte général du capitalisme en déclin, de la crise sociale en Europe, de la remontée des luttes de masse.

La social-démocratie a été l'organisation politique prédominante de la classe ouvrière et du mouvement ouvrier en Europe pendant plus de trente ans. Sous le poids d'une pratique quotidienne réformiste (élections, plus grèves salariales), d'une participation croissante aux institutions de la démocratie bourgeoise impérialiste, d'une

(Bernsrévision théorique du marxisme tein), et d'une conciliation croissante avec le révisionnisme (Kautsky) - reflets idéologiques de ces pratiques -, elle s'est progressivement transformée. d'une force de lutte de classe en une force de conciliation et de collaboration de classe. Elle est ainsi devenue la principale agence d'influence idéologique petite-bourgeoise et bourgeoise au sein du mouvement ouvrier, à partir du 4 août 1914. Mais dans l'époque consécutive à la première guerre mondiale, notamment par suite des effets de la dégénérescence stalinienne de l'Internationale Communiste, elle a su maintenir ou rétablir son hégémonie politique sur le mouvement ouvrier - un moment remise en question par l'I.C. - de la majeure partie des pays de l'Europe capitaliste : tous les pays de l'Europe du nord, à l'exception partielle de la Finlande; la GrandeBretagne, les pays de Benelux, l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse, Et même dans les pays où les PCs sont devenus hégémoniques (France, Italie, Espagne depuis les années 50), elle a conservé des assises solides dans la classe ouvrière.

Il s'agit donc de partis réformistes (sous l'influence idéologique petite-bourgeoise et bourgeoise) du mouvement ouvrier, de la classe ouvrière, ou, si l'on veut, de partis ouvriers bourgeois Aucune autre définition ne correspond à cette réalité historico-sociale.

2. La force principale de la socialdémocratie tradition elle résidait dans ses organisations de masse: sections locales (circonscriptions électorales) du parti ; sections syndicales; organisations coopé ratives ; organisations d'assurance contre la maladie, etc., etc. L'intégration organisationnelle d'une partie de la classe ouvrière dans toutes ces structures imbriquées était considérable, La bureaucratie de toutes ces institutions formait un appareil unifié (même si souvent déchiré par des appétits particuliers et des intérêts sectoriels), qui dominait l'ensemble du mouvement ouvrier. Cette structure continue à dominer le mouvement ouvrier dans la plupart des pays d'Europe où il est à hégémonie social-démocrate jusque dans les années 50. Quelquefois, elle prédomine même aujourd'hui.

A côté de cette bureaucratie de fonctionnaires du mouvement ouvrier, il y avait trois assises sociales supplémentaires du réformisme social-démocrate classique : a) L'aristocratie ouvrière, surtout celle des syndicats corporatistes.

b) L'intelligentsia petite-bourgeoise, affluant à la social-démocratie pour des mobiles carriéristes.

c) Les mandataires sociaux-démocrates, occupant un nombre croissant de prébendes au sein de l'appareil d'Etat bourgeois.

Avant la deuxième guerre mondiale, il y avait symbiose entre ces différents éléments de la bureaucratie social-démocrate, dans la mesure où les prébendes des mandataires dépendaient de la force électorale de la social-démocratie, qui dépendait à son tour de la force de l'organisation et des journaux sociaux-démocrates, où l'intelligentsia petite-bourgeoise pénétrait en masse. Les liens entre ces appareils et une fraction considérable de la classe ouvrière étaient évidents, et représentaient les sources dernières de sa force. De là l'identification de cet appareil avec la démocratie bourgeoise (et son incapacité organique à « faire la paix » avec des régimes de type fasciste), condition indispensable pour le déployement de toutes ces imbrications. L'acceptation croissante du statu quo social ; l'abandon de tout projet révolutionnaire : la réduction de la « conquête du pouvoir » à la « conquête » de la majorité absolue pariementaire dans le cadre de l'Etat bourgeois; l'acceptation du mythe du caractère « neutre » du point de vue de classe de la démocratie parlementaire bourgeoise et de l'apareil d'Etat bourgeois ; l'abandon progressif de la doctrine, même réformiste, de la lutte de classes en faveur de la défense de l'« intérêt général » qui n'est que l'intérêt du maintien de la société bourgeoise ; l'acceptation de la « défense nationale » impérialiste d'abord, de la défense des Empires coloniaux ensuite ; la généralisation de la participation ministérielle à des gouvernements de coalition avec la bourgeoisie; l'acceptation de la défense de l'ordre bourgeois contre les travailleurs révoltés ou même simplement en grève pour défendre leurs intérêts immédiats qui en résultait fatalement: toutes ces transformations idéologiques datent en réalité de plus d'un demi-siècle (Noske !) et ne sont nullement en contradiction avec les analyses sociologiques qui précédent. La social-démocratie ne peut jouer un rôle utile pour la conservation de l'ordre bourgeois ; les mandataires sociauxdémocrates ne peuvent élargir leurs prébendes ni l'appareil social-démocrate accroître ses privilèges, que dans la mesure où les assises de masse, électorales ou organisationnelles, dans la classe ouvrière, ne sont pas brisées.

3. Dès les années 30 (lendemains de la grande crise économique de 1929-30), et surtout au lendemain de la deuxième guerre mondiale, interviennent un certain nombre de modifications dans la composition de l'appareil social-démocrate et de ses rapports avec la classe ouvrière, qui sont étroitement liées à des modifications de fonctionnement du capitalisme en déclin. Les principales modifications sont les suivantes :

a) Par suite d'une extension considérable du secteur étatique dans l'économie capitaliste: (surtout en Autriche, en GrandeBretagne, en Italie, en France) et d'une intervention beaucoup plus large et systématique de l'Etat bourgeois dans la vie économique, ainsi que la multiplication d'institutions de conciliation et de collaboration de classe (outre les pays mentionnés plus haut surtout en Scandinavie, dans les pays de Benelux, en Allemagne et en Suisse), une nouvelle couche sociale prend du poids au sein de l'appareil socialdémocrate : la couche de fonctionnaires et de technocrates permanents de l'appareil d'Etat et d'institutions para-étatiques, ainsi que d'entreprises nationalisées ou « mixtes ». Du fait de leur permanence au pouvoir pendant de longues périodes, des mandataires municipaux acquièrent une position de semi-fonctionnaires, et s'ajoutent à cette masse de technocrates, avec un train de fonctionnaires clients.

b) Au sein de l'appareil social-démocrate, ce groupe acquiert une position équivalente, sinon plus importante, que celui des fonctionnaires des organisations ouvrières. Le déclin relatif de certaines organisations social-démocrates (coopératives, organisations de jeunesse, presse socialdémocrate) joue dans le même sens. Entre ces technocrates et fonctionnaires de l'Etat bourgeois d'une part, et la bureaucratie syndicale d'autre part, il y a différence réelle d'intérêts sociaux. Le premier groupe s'identifie avec l'appareil d'Ftat bouraenie même lorsque celui-ci est amené à s'oppo- ser de front aux dirigeants syndicaux réformistes. Le second ne peut pas effectuer pareille identification, lorsque l'Etat et les gouvernements bourgeois entrent en conflit ouvert avec l'ensemble du mouvement syndical.

c) Les fonctionnaires d'Etat et technocrates sociaux-démocrates détiennent leurs positions de manière largement indépendante des fluctuations électorales à court terme. En temps normaux, la bourgeoisie européenne considère la social-démocratie comme un parti de gouvernement, comme partie intégrante de son dispositif politique. Ses membres participent donc normalement aux fonctions supérieures de l'appareil d'Etat, des institutions paraétatiques et des sociétés nationalisées ou mixtes, indépendamment du fait de savoir si leur parti participe ou ne participe pas au gouvernement du moment. Ce fait renforce encore l'indépendance relative de cette couche petite et moyenne-bourgeoise de l'appareil social-démocrate par rapport à la base de masse ouvrière et à l'appareil syndical de la social-démocratie.

d) Le reflet de cette transformation sociologique dans le domaine de l'idéologie est une rupture croissante avec l'idéologie réformiste traditionnelle enveloppée dans un vocabulaire marxiste, et l'acceptation ouverte d'idées-maîtresses de l'idéologie bourgeoise dans les programmes officiels nouveaux de nombreux partis sociauxdémocrates : abandon du but de l'appropriation collective des moyens de production ; acceptation du principe de l'économie de marché ; anti-communisme militant du style de guerre froide dans certains cas ; acceptation de la suppression des libertés démocratiques pour des militants ouvriers d'extrême-gauche dans d'autres cas, etc., etc.

4. Cependant, si l'évolution sociologique de l'appareil social-démocrate détermine un détachement croissant par'rapport à la base de masse traditionnelle de la socialdémocratie, un détachement complet de cette base transforme totalement la situation de ces partis. En effet, un parti socialdémocrate ayant perdu l'essentiel de sa base ouvrière électorale devient un parti petit-bourgeois mineur, la socialdémocratie étant incapable de conquérir une large base de masse de substitution à son ancienne base ouvrière. Si cette transformation s'effectue, le poids de la bureaucratie social-démocrate, y compris au sein de l'apareil d'Etat et para-étatique, doit décliner vers le niveau de celui d'un partenaire politique mineur de la bourgeoisie. Le seul exemple où pareil glissement de la nature de classe de la social-démocratie s'est effectué réellement est celui du parti social-démocrate de Saragat en Italie, résultat d'une scission de droite de la socialdémocratie: La perte d'influence globale de ce parti est suffisamment frappante pour servir de repoussoir à tous les autres partis sociaux-démocrates, avant tout à l'ancienne SFIO française. Conserver ou reconquérir une base de masse électorale et une base de masse syndicale (même minoritaire) reste une précondition essentielle pour que l'appareil social-démocrate puisse conserver ou élargir ses prébendes au sein de l'appareil d'Etat bourgeois, pour qu'il puisse remplir la fonction de conciliation de classe qui reste objectivement et subjectivement celle que ses dirigeants se sont assignée.

5. La base objective de la montée du réformisme et du révisionnisme socialdémocrate au sein du mouvement ouvrier d'Europe était la phase de « prospérité » impérialiste et de stabilité relative du régime bourgeois dans les pays impérialistes fondée sur cette « prospérité ».

La première guerre mondiale, la victoire de la révolution russe, la période de crises révolutionnaires et économiques qui succède à cette époque de prospérité depuis 1914 - à l'exception d'un bref intermède entre 1923 et 1929 - était défavorable à la social-démocratie, qui s'est vue constamment soumise à un processus d'écartèlement entre des tendances centristes ou révolutionnaires, évoluant vers la gauche, et des tendances de droite, rompant avec toute pratique, même réformiste, de lutte de classe. L'immédiat après-guerre de 1944 à 1950 a maintenu en gros cette situation, sauf dans les pays les plus prospères comme la Suède et la Suisse.

La longue période d'essor de l'économie capitaliste qui va du « boom de la guerre de Corée » à la récession ouest-allemande de 1966-67 a permis à la classe ouvrière d'Europe de gagner de nouvelles améliorations de son niveau de vie, même si celles-ci ont été souvent achetées au prix d'une exploitation intensifiée (augmentation de la productivité) et si elles restent loin en-dessous de l'accroissement des besoins vitaux des travailleurs. Cette stabilisation relative du capitalisme a recréé une certaine base pour des politiques de réformes, mais dans un contexte social et politiques fort différent de celui d'avant 1914 ou de celui de la période 1923-29. La social-démocratie s'est efforcée d'obtenir ces réformes exclusivement par la voie de la législation parlementaire, en évitant, étouffant ou même réprimant toute tentative des travailleurs d'améliorer leur niveau de vie par l'action directe gréviste. Elle n'a pas hésité, dans de nombreux pays, à accepter des législations limitant le droit de grève et imposant une politique des revenus. Elle a vigoureusement appuyé la tendance à intégrer la sécurité sociale dans la politique économique d'ensemble de l'Etat et des gouvernements bourgeois, établissant ainsi un contrôle étatique sur une partie du salaire ouvrier (le salaire différé). Ainsi, même dans la période de remontée temporaire de projets réformistes, le changement de la composition sociale de l'appareil social-démocrate s'est reflété dans le type même des réformes que la social-démocratie a essayé d'oc troyer aux travailleurs placées sous le signe de la défense et de la consolidation de la « paix sociale » bourgeoise.

Avec la fin de la longue période de croissance accélérée, l'accentuation simultanée de la concurrence inter-impérialiste, les marges des concessions de la bourgeoisie européenne à la classe ouvrière se réduisent et, du même fait, l'ampleur des réformes sociales nouvelles devient négligeable ; dans certains pays d'Europe, des réformes jadis accordées sont même remises en question (surtout en Grande-Bretagne et en Suède). Périodiquement, la bourgeoisie se voit amenée à ouvrir une véritable offensive contre le niveau de vie, les conditions de travail et les libertés démocratiques de la classe ouvrière. Dans ces conditions, l'opposition entre l'aile technocratique de l'appareil social-démocrate et l'aile représentant la bureaucratie traditionnelle des organisations ouvrières doit nécessairement s'accentuer, et dans certaines conditions même s'exacerber.

6. La remontée des luttes ouvrières partout en Europe capitaliste confirme et renforce cette tendance. Plus la classe ouvrière redevient active, plus elle commence à se politiser, et plus critique doit-elle devenir à l'égard des compromissions extrêmes de l'appareil social-démocrate avec la bourgeoisie. Par ailleurs, plus s'accentuent les contradictions sociales, plus se précise l'évolution de la bourgeoisie vers l'Etat fort, et plus les positions de sociauxdémocrates même modérées risquent d'être menacées, et plus ceux-ci redeviennent favorables à une pression des masses allant dans l'autre sens. C'est pourquoi on constate un peu partout en Europe (quelquefois, comme en Grande-Bretagne, après des défaites électorales assez prononcées) une tentative de la social-démocratie de regagner une alliance privilégiée avec des parties de l'appareil syndical, ou avec cet appareil tout entier. L'opération Mitterrand en France symbolise de manière frappante le sens et les possibilités de réussite de telles tentatives; le fait qu'elle ait été effectuée à l'initiative d'un politicien bourgeois traditionnel ne peut qu'en rendre le sens social d'autant plus net encore. Une opération analogue s'était déjà produite auparavant aux Pays-Bas et au Luxembourg, chaque fois au prix d'une scission de droite dont l'ampleur a pu être circonscrite électoralement, ou même entièrement compensée. Si dans quelques pays comme l'Autriche ce phénomène de rapprochement avec les syndicats tarde à se manifester, c'est parce qu'il y a un certain décalage dans l'ensemble de l'évolution de ces pays par rapport au reste de l'Europe capitaliste. Les PS de ces pays payeront d'ailleurs ce retard par un fléchissement électoral, qui sera un des facteurs amenant un ajustement de l'orientation politique.

7. On peut donc conclure que les partis sociaux-démocrates restent en règle générale des partis à base électorale ouvrière, objectivement considérés comme tels par des fractions importantes de la classe ouvrière et de la bourgeoisie, et faisant partie organiquement du mouvement ouvrier. Mais leur rapport avec la classe ouvrière subit deux changements importants comparés à ceux de la période d'avant la deuxième guerre mondiale:

a) Leur contrôle sur les organisations syndicales s'affaiblit ou disparait. L'indépendance de la bureaucratie syndicale par rapport à ces partis s'accentue. Dans l'absence de partis communistes de masse, et vue la faiblesse encore prononcée de formations centristes et révolutionnaires, les appareils syndicaux ont tendance parfois à remplir le vide que la disparition d'une formation réformiste classique de masse a créé, et à se transformer en porte-paroles de la majorité de la classe ouvrière, non seulement dans le domaine syndical, mais encore à de nombreux propos politiques (sauf sur le plan électoral).

b) Quelles que soient les fluctuations à droite ou à gauche de la phraséologie social-démocrate, et de ses rapports électoraux avec les partis communistes, la crédibilité de la social-démocratie comme instrument de réalisation d'une transformation socialiste de la société, même par la voie électorale et parlementaire, a baissé dans des proportions qualitatives, non seulement aux yeux de la classe ouvrière mais même aux yeux des électeurs sociaux-démocrates eux-mêmes. Cela ne signifie pas que l'influence électorale de la social-démocratie baisse ; elle peut même battre les records historiques, comme elle le fit en Allemagne occidentale. Mais cela veut dire que les masses qui votent pour elle votent bien davantage contre les partis bourgeois conservateurs que pour un parti qu'elles identifient consciemment avec un projet socialiste. C'est pourquoi des formules comme « la social-démocratie au pouvoir pour réaliser un programme socialiste » se heurtent au scepticisme d'une grande partie de la classe ouvrière.

Ce phénomène n'est pas seulement dû au discrédit croissant qui a frappé l'appareil social-démocrate, après d'innombrables trahisons et compromissions avec la bourgeoisie. Il exprime aussi un début de désenchantement et de scepticisme de couches ouvrières croissantes par rapport aux illusions réformistes électoralistes et parlementaristes.

Dans ces conditions, les marxistes révolutionnaires n'ont pas d'intérêt à revaloriser ces illusions. Tout en adoptant les tactiques electorales les mieux appropriées à chaque situation concrète (ce qui inclut, dans des cas d'affrontement clair entre des partis sociaux-démocrates et des partis bourgeois qui prennent un caractère objectif d'affrontement de classe, la possibilité d'appeler au vote pour ces partis), ils doivent orienter leurs formules gouvernementales plutôt dans le sens de gouvernements des travailleurs résultant des luttes extra-parlementaires des masses et des organisations de masse effectives de la classe ouvrière.

8. Pratiquement, toutes les scissions importantes qui se sont produites au sein de la social-démocratie européenne au cours des dernières années ont été des scissions à droite (Italie, Pays-Bas, Luxembourg, groupes sociaux-démocrates français rejoignant les « réformateurs » par refus du pacte electoral avec le PC). Des scissions à gauche sont-elles exclues à présent, vu le changement de composition sociale de l'appareil sucial-démocrate? L'apparition de nouvelles ailes gauches dans ces partis sont-elles peu probables? Les mouvements de jeunesse social-démocrates qui stagnent, reculent, ou n'arrivent pas à démarrer, pourraient-ils de nouveau se développer ?

Pour répondre à cette question, il faut tenir compte de l'interaction entre deux facteurs : la réorientation de nombreux partis sociaux-démocrates vers la recherche d'une nouvelle alliance avec des appareils syndicaux et une reconquête d'une base électorale ouvrière d'une part ; l'apparition d'une avant-garde de masse autonome des partis traditionnels d'autre part.

Vu le caractère de masse de la radicalisation de la jeunesse dans la plupart des pays d'Europe, on ne peut exclure l'éventualité d'une large pénétration de tendances môme au coin do la « contestataires » même au sein de la social-démocratie. Le rajeunissement spectaculaire de la social-démocratie allemande au cours des dernières années en constitue un exemple typique. Mais d'autre part, l'ampleur et le niveau de conscience des couches de jeunes les plus radicalisées rendent impossible la récupération de l'ensemble de ce phénomène par la socialdémocratie et par les PC C'est là une des distinctions frappante de la phase actuelle de radicalisation comparée à celle des années 30 ou 40. Dans ces conditions, l'apparition de courants centristes de gauche au sein des partis sociaux-démocrates est moins probable sauf dans les pays qui marquent un grand retard par rapport au reste de l'Europe dans l'ampleur de l'avant-garde nouvelle. L'éventualité la plus probable est celle de phénomènes de « gauchissement » réduit au sein des partis sociauxdémocrates, se maintenant à un niveau idéologique plus bas que par le passé, les éléments les plus radicaux étant constamment attirés par les formations et courants révolutionnaires en dehors de la social-démocratie.

Il ne faudrait cependant pas en conclure que dans les pays où le mouvement ouvrier subit encore l'hégémonie social-démocrate, ces phénomènes d'apparition de nouvelles tendances de gauche pourraient être négligés par les marxistes révolutionnaires. Ceux-ci doivent les suivre avec attention, et essayer de les influencer politiquement et idéologiquement, dès qu'elles prennent une certaine ampleur, sans pour autant modifier leur orientation fondamentale de construction d'organisations révolutionnaires indépendantes, la seule appropriée dans la période actuelle.

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