Documents de la IVe Internationale

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La revue › nouvelle série n° 6

Résolution du CEI de la Quatrième Internationale

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 6 · mars-avril 1973 · p. 4-6 · 2 308 mots

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I.- L'ouverture et l'évolution des négociations américanovietnamiennes ne peut se comprendre que dans le cadre complexe du rapport de forces existant, à l'échelle internationale comme en Indochine même, entre les forces révolutionnaires et les forces contre-révolutionnaires.

La faiblesse essentielle de la révolution indochinoise réside dans son isolement international relatif. La cause principale de cet isolement, c'est la politique conservatrice de coexistence pacifique menée par les bureaucraties de Moscou et de Pékin, et par les PCs qu'ils contrôlent à l'échelle mondiale. Cette politique a permis à l'impérialisme américain d'appliquer une escalade systématique de ses attaques meurtrières contre les forces révolutionnaires au SudVietnam, au Laos, au Cambodge et en RDV, sans qu'aucune riposte adéquate ne se dessine du côté des bureaucraties au pouvoir à Moscou et à Pékin. L'aide qu'ils ont accordée aux combattants vietnamiens est restée une aide au comptegoutte, utilisée simultanément de manière croissante comme moyen de pression politique sur ces combattants, afin de les induire à « modérer » leur combat. L'isolement relatif de la révolution indochinoise, que seule l'extension mondiale du mouvement de masse de lutte contre la guerre d'agression impérialiste a pu réduire partiellement, s'est aggravé après l'annonce des voyages de Nixon à Pékin et à Moscou. Nixon y a gagné la démobilisation d'une partie importante du mouvement anti-guerre aux USA, et la possibilité de promouvoir une nouvelle escalade militaire en Indochine. Dans ces conditions, la révolution vietnamienne ne peut vaincre sur le terrain purement militaire contre l'impérialisme. De là la recherche d'une solution négociée pour mettre fin à l'intervention militaire de l'impérialisme en Indochine. La force essentielle de la révolution indochinoise réside dans l'ampleur et l'énergie sans précédent du processus révolutionnaire initié et développé au Vietnam, au Cambodge et au Laos. De ce fait, l'intervention impérialiste a connu une série d'échecs stratégiques. Après l'échec de la « guerre spéciale », puis de la « guerre locale », ce sont aujourd'hui les bases de la politique de « vietnamisation » qui sont sapées en Indochine. Les victoires enregistrées par les forces révolutionnaires au Cambodge - après le coup d'Etat de Lon Nol - et au Laos - après la bataille de la route no 9 en 1971 - ont interdit l'étouffement de la résistance su Sud-Vietnam. L'offensive déclenchée depuis 8 mois au Sud-Vietnam a brisé la « pacification » des campagnes et renforcé globalement le rapport de forces en faveur des forces révolutionnaires populaires. La révolution agraire et la mise en place d'organes de pouvoir révolutionnaires se sont poursuivies dans de vastes zones rurales du Sud-Vietnam. L'escalade aérienne sur le Nord et les zones libérées des trois pays d'Indochine n'a pas réussi à casser la résistance de la population ou à interdire aux forces armées révolutionnaires de poursuivre leur offensive. Dans ce contexte, la recherche par le PCV d'une solution négociée du retrait des troupes imperialistes du Vietnam n'implique pas nécessairement un recul de la révolution vietnamienne. Seule une analyse correcte des conséquences militaires, politiques, sociales, économiques et psychologiques qu'entraineraient d'éventuels accords de cessez-le-feu sur les différentes classes sociales sud-vietnamiennes et leurs principales expressions politiques, permettrait de tracer les perspectives immédiates de la révolution vietnamienne et de définir les tâches des marxistes-révolutionnaires à son égard. II.- Un retrait des forces armées US du Vietnam, et l'arrêt des bombardements au Nord comme au Sud, constitueraient en tout cas un changement des rapports de forces en faveur de la révolution vietnamienne. Ils exprimeraient l'incapacité de l'impérialisme à briser la résistance héroique des masses vietnamiennes, ainsi que son recul devant la force des sentiments anti-guerre aux USA mêmes. Mais un tel retrait ne garantit pas en lui-même la victoire de la révolution permanente au Sud-Vietnam. Il implique seulement que le processus de cette révolution pourra se développer avec une ingérence contre-révolutionnaire étrangère réduite, mais pas nulle. L'aide US aux forces contrerévolutionnaires sud-vietnamiennes se poursuivra. La flotte américaine restera dans les parages de l'Indochine, faisant peser sur les masses de ce pays la menace d'une reprise des bombardements dès de nouveaux progrès de la révolution. Le maintien des bases impérialistes en Thailande implique une menace analogue. La pression de Moscou et de Pékin sur le PCV ne cesserait guère. Le réarmement continuel de l'armée fantoche, . la transformation de militaires US en « conseillers civils », la poursuite de l'aide financière et économique au régime de Thieu, l'accentuation de la terreur policière à Saïgon, l'envoi de forces de contrôle internationales qui interviendront en faveur de la contrerévolution dans la mesure où elles proviennent d'armées bourgeoises : tous ces facteurs montrent que l'impérialisme US saisira toutes les possibilités que le maintien d'une situation de dualité de pouvoir lui offrirait après la signature éventuelle d'accords du type de ceux d'octobre 1972. Tout dépendra dans ces conditions du développement de luttes révolutionnaires des masses dans les villes comme à la campagne, de la politique suivie par la direction du PC vietnamien, de l'interaction entre ces deux facteurs, et de leur impact sur ce que les fantoches de Thieu conserveront comme appareil militaire et répressif contre-révolutionnaire. I11.- La situation qui existe aujourd'hui au Sud-Vietnam est une situation de dualité de pouvoir de haut en bas. Et à l'échelle du pays dans son ensemble, et à l'échelle des provinces, et à l'échelle de nombreux villages et de plusieurs villes, des organes de pouvoir et des forces armees, des ouvriers et des paysans s'opposent aux organes de pouvoir et aux forces armées de la contre-révolution, des propriétaires fonciers et des bourgeois compradores, fantoches de l'impérialisme. Des régions importantes sont entièrement libérées et administrées par des organes de pouvoir révolutionnaires. Mais cette dualité de pouvoir ne s'est pas encore étendue aux principales villes du pays. C'est le succès ou l'échec des luttes révolutionnaires des masses pour généraliser la création d'organes de pouvoir révolutionnaires et détruire l'appareil d'Etat bourgeois, lutte poursuivie après la signature d'un éventuel accord de cessez-le-feu, qui déterminera l'issue du processus révolutionnaire en Indochine. C'est dans ce contexte que les problèmes d'un gouvernement ou d'un organe de « coalition nationale » doivent être abordés. Il est de notre devoir d'expliquer clairement qu'il n'y a pas de « concorde nationale » possible au Vietnam ou ailleurs, entre des classes exploiteuses et des classes exploitées. La Quatrième Internationale est et reste opposée aux gouvernements de coalition avec la bourgeoisie, quel que soit le contenu concret de ces gouvernements. Même lorsque les ministres bourgeois d'un tel gouvernement sont les otages d'un pouvoir d'Etat de fait déjà prolétarien, leur présence ne facilite pas la conclusion du processus de prise du pouvoir, et ne peut pas ne pas désorienter la conscience de classe du prolétariat. Mais cette opposition de principe à tout gouvernement de coalition avec la bourgeoisie ne nous autorise pas pour autant à définir chacun de ces gouvernements comme équivalent automatiquement à un gouvernement de front populaire, qui stabilise et défend le pouvoir économique et l'Etat des classes possédantes. L'histoire nous enseigne que s'il en a été ainsi en France et en Espagne en 1936 ; en France, en Italie, en Grèce, en Indonésie et ailleurs après la deuxième guerre mondiale, il n'en a pas été de même en Yougoslavie, en Tchécoslovaquie et en Chine, où la présence de ministres bourgeois au sein du gouvernement central n'a pas empêché la transcroissance socialiste de la révolution de s'opérer. Ce qui a été déterminant, c'est la nature du pouvóir d'Etat, c'est-à-dire la nature de classe de ceux qui conservent la force armée. S'il y a désarmement de fait de la bourgeoisie, les ministres bourgeois sont otages du pouvoir prolétarien

(bureaucratiquement déformé ou non). S'il y a désarmement de fait du prolétariat et des paysans pauvres, il y a défaite de la révolution. S'il y a armement parallèle du prolétariat et de la bourgeoisie, le « gouvernement » ou l'organe de « coalition nationale » ne fait qu'entériner la dualité de pouvoir, c'est-à-dire ne marque qu'un armistice momentané dans une guerre civile qui se poursuit, et qui ne peut se terminer que par la victoire de l'une ou de l'autre des classes antagonistes en présence. IV.- L'offensive révolutionnaire des masses laborieuses au Sud-Vietnam se développera sur une série d'axes déjà visibles, qui rendent plus qu'improbable tout intervale de trève dans la lutte politique :

A la campagne, l'approfondissement de la révolution agraire qui a déjà atteint la phase coopérative dans de nombreuses régions, et son extension à d'autres régions, c'est-àdire sa généralisation dans tout le Sud-Vietnam. Eloignement des propriétaires fonciers, des usuriers, des gros commerçants et des gardes-chiourmes du régime Thieu, et opposition farouche à leur retour aux villages dont ils ont déjà été chassés. b) A la ville, lutte contre la cherté de la vie, la spéculation, l'agiotage, le stockage de vivres et des articles de première nécessité, l'exploitation des masses par la bourgeoisie industrielle, bancaire, et du gros commerce.

A la ville comme à la campagne, lutte immédiate pour la libération des 200 000 prisonniers politiques, pour les droits politiques et la pleine liberté de toutes les organisations illégalisées par le régime Thieu. d) A la ville comme à la campagne, la désintégration des appareils militaires et administratifs fantoches, sous l'effet combiné des processus que nous venons de décrire. Tout laisse prévoir que les cadres du FNL et du PCV préparent systématiquement la population du Sud-Vietnam à cette lutte politique de masse. Le retrait US, comme la perspective de réunification avec le Nord et l'acceptation du principe d'élections libres avec la participation légale de tous les partis politiques aujourd'hui rejetés dans la clandestinité ne manqueront pas de stimuler ces luttes de masse et d'infléchir davantage les rapports de forces en faveur de la révolution. V.- Le prestige et l'autorité du PCV et de la direction du FNL au sein des masses laborieuses sud-vietnamiennes sont tels que son orientation influencera considérablement le rythme et l'ampleur des mobilisations des masses. Pour juger de toutes les actions de cette direction, il faudrait connaître en détail la situation au Sud-Vietnam, ce qui nous est actuellement impossible. Nous pouvons seulement formuler quelques remarques générales. D'abord une capitulation de la direction du PCV, qui impliquerait la dissolution des forces armées autonomes de la révolution, semble extrêmement improbable, vue l'expé rience de ce qui arriva aux cadres et aux masses au SudVietnam après les accords de Genève. Ensuite, si la formation politique stalinienne des dirigeants du PCV implique la possibilité de manœuvres opportunistes, qui se reflètent dans le programme écrit public du FNL, le bilan des quinze dernières années indique clairement l'orientation tenace de ce parti vers le renversement du pouvoir d'Etat bourgeois au Sud-Vietnam. Enfin, les relations entre le PC et le mouvement de masse sud-vietnamien ne sont pas seulement fonction de l'autorité politique du PC, mais aussi de la pression 9 exceptionnelle de masses révolutionnaires sur un parti, dont l'orientation pratique est en rupture avec la ligne menchévique classique des staliniens dans les pays coloniaux et semi-coloniaux, et indépendante des bureaucrates de Moscou et de Pékin. VI.- Toute possibilité d'intervention autonome des marxistes révolutionnaires dans ce processus doit être exploitée à fond, avec comme but principal d'approfondir la révolution permanente au Sud-Vietnam et de l'aider à remporter une victoire totale. Sur place, cela impliquera une action pour le renforcement des organisations autonomes du prolétariat de Saïgon, au sein duquel notre mouvement détient une tradition réelle. Il est particulièrement nécessaire de souligner le rôle qui nous revient à l'échelle internationale, non seulement aujourd'hui, quand la guerre à outrance continue de la part de l'impérialisme, mais aussi demain, dans l'hypothèse de la signature d'un accord de cessez-le-feu. La révolution continue après cette signature. La solidarité internationale avec cette révolution restera plus que jamais une nécessité vitale pour elle, d'autant plus que les PCs dans le monde accentueront leur immobilisme, sinon leur abandon ouvert de la défense des masses vietnamiennes luttant pour parachever leur révolution. Notre responsabilité dans le développement d'actions de masse de soutien à la révolution indochinoise se verra donc accrue, et il nous faudra combattre toutes les tendances à la démobilisation de la solidarité internationale active. Les principaux axes de notre intervention apparaissent clairement : développement de l'action de soutien actuellement engagée par nos sections, notamment contre toute ingérence impérialiste se poursuivant après la signature d'éventuels accords de cessez-le-feu (pour le retrait total de la flotte US, des « conseillers civils » US, pour la suppression des bases aéro-navales en Thailande, contre l'envoi de « forces de contrôle internationales » en provenance d'armées bourgeoises) ; le développement d'une propagande renforcée contre la politique de « coexistence pacifique » des bureaucraties d'URSS et de Chine, qui ont puissamment contribué à détériorer les rapports de force internationaux dans lesquels se déroule la révolution indochinoise. Dans l'hypothèse de la signature d'un accord de cessez-lefeu, notre mouvement doit expliquer que l'appui à la révolution indochinoise ne doit pas connaître de trêve. C'est sur la ligne d'un soutien total à la révolution indochinoise jusqu'à la victoire finale - ligne à traduire en mots d'ordre concrets dans chaque pays, en tenant compte de la situation concrète du mouvement de masse - que nous devrons mobiliser les militants et poursuivre notre travail de masse pour l'appui à la révolution indochinoise. Une campagne d'agitation internationale pour la libération immédiate des prisonniers politiques au Sud-Vietnam et contre la terreur instaurée par le régime de Thieu - terreur pour laquelle l'impérialisme US porte toute la responsabilité - doit être dès aujourd'hui préparée. La responsabilité du gouvernement américain dans tout massacre de ces prisonniers doit être dès aujourd'hui clairement soulignée. Cette campagne devra être développée de façon aussi unitaire que possible. L'évolution de la situation au Laos et au Cambodge devra être suivie avec attention. Elle nécessitera très vraisemblablement, elle aussi, de multiples actions de solidarite. VII.- L'importance des problèmes soulevés par l'avenir de la révolution indochinoise implique la nécessité d'une poursuite de la discussion dans la cadre de la préparation du Xème Congrès Mondial (| Vème Congrès après la réunification).

6 décembre 1972

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